Le Bulletin des
recherches historiques
Société des études historiques, Québec, Archives
de la province de Québec, Société des études ...
Cam, i
Harbartl Collfge library
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BRIfrHT LKdACT.
Descendants nf Henry Bright, jr., who died at Water-
town, Mass., in 1686, are entitled to hold scholarships in
Harvard College, established in 1SS0 under the will of
JONATHAN BROWN BRIGHT
of Waltham, Mass., with one hajf the income of this
legacy. Such descendants failing, other persons are
eligible to the scholarships. The will requires that
this announcement shall be made in every book added
to the Library under its provisions.
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RECHERCHES HISTORIQUES
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BULLETIN D'ARCHÉOLOGIE. D'il ISTO IKK. DK
biographie, DE BIBLIOGRAPHIE. DK
NUMISMATIQUE, ETC, ETC.,
PUBLIÉ PAR
PIERRE-GEORGES ROY
VOLUME CINQUIÈME
LEVIS
1899
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I
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 5 JANVIER 1W& / • No. 1
NOTRE-DAME DE LA VICTOIRE DE LÉVIS
Lorsque, au mois d'octobre 1843, Mgr J.-D. Déziel fut
nommé curé do Saint -Joseph do la Pointe-de-Lévy, cotte
aueionne paroisse comptait 4229 catholiques. Elle s'éten-
dait do lieaumont a Saint-Nicolas et du fleuve Saint- Lau-
rent à Saint-Henri.
Le nouveau curé n'eut pas besoin d'un bien long séjour ù
Saint-Josoph de la Pointe-de-Lévy, pour prévoir qu'avant
longtemps il faudrait subdiviser oette vaste paroisse.
C'est en 1845 que se commencèrent les démarches qui de-
vaient aboutir, six ans plu» tard, à l'érection de la paroisso
de Notre-Dume de la Victoire de Lévis. C'est le choix du
site du nouveau temple qui retarda ainsi la fondation de-
mandée.
Le 2!) septembre 1850, avait lieu la bénédiction de la
pierre angulaire do l'église de Notre-Dame de la Victoire.
Au mois de septembre 1851, un décret de l'archevêque de
Québec détachait la nouvelle paroisse de celle de Saint -
Joseph do la Pointe-de-Lévy.
Enfin, le 20 novembre suivant, Mgr Cazeau bénissait so-
lennellement le temple que les paroissiens do Lévis venaient
d'élever.
L'église Notre-Dame de la Victoire a snbi, en 1895, des
réparations qui en font un des plus boaux temples de la
rive sud.
Depuis 1850, trois curés se sont succédés à Lévis : Mgr
J.-D. Déziel. 1850-1882 ; MM. Antoine Gauvreau, 1882-
1895, et F.-X. Gossoliu, curé actuel.
Pierre-Georoes Roy
— 8 —
LE FLIBUSTIER BAPTISTE (1)
Un matin — environ quinze jours avant que la Parque
Atropos ne trancha brusquement le fil de see jours — feu M.
Joseph Marmotte m'apporta sous enveloppe, quelques notes
copiées ici et là dans l'un des volumes manuscrits de la
Correspondance Générale des fonctionnaires de la nouvelle,
avec les ministres du roi de la vieille France. Son intention
était de composer un petit roman, mais il avait déjà à mener
à bien le feuilleton ayant cours dans la Revue Nationale, et
ceci, avec probablement d'autres conceptions littéraires, oc-
cupait de reste, pour le moment, notre regretté romancier
canadien. Mais en me donnant ces copies, il ne me dit pas
un mot du petit roman qu'il avait rêvé faire. Si plus tard
j'en ai le loisir, et que le terrain n'ait point été exploité,
non» verrons y a possibilité de reprendre l'idée.
Pour le moment, j'oflre aux Recherches Historiques les
notes que j'ai recueillies sur ce personnage acadicn, et par là
.je réponds, longuement peut-être, à la question posée, en
1897, par l'un des lecteurs des Recherches Historiques au
sujet de mon homme.
Le 3 mai, 1668, eut lieu à Québec, (2) le mariage de
Jean Baptiste, fils de Pierre Baptiste et de Jeanne Pasqué,
do Notre-Dame de Mantes, évêché de Rouen, et de Fran-
çoise Hermel, tille de Pierre Herrael et de Marie Coquemer,
de Notre-Dame du Ilâvre-de-Grâce, évêché de Rouen. Ces
conjointe étaient donc Normands.
Ces deux personnes — ou je devrais dire— ce Baptiste est-il
le même que celui qui fit la course sur les côtes de l'Acadie
quelque vingt ans plus tard ? Si cela est, il ne devait
(1) III, VII, 338.
(2) Tanguay, Dictionnaire Généalogique, VoL L
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eompter en 16(3$ gui- re plus d'une vingtaine d arm 'es, mai*
l'acte de mariage le qualifie originaire de Normandie, et
vous verrez plus loin, que M. de Vaudreuil awura à M. de
Frontenac avoir connu la première femme du tueur Baptiste,
en France, qui demeurait proche de chez lui eu Ldn'judor !
Peut-être, l'un des lecteurs des /{erhvn'hes Jfistori'jucs
pourra-t-il contribuer à élucider ce point, s'il est en connais*
nance de cause.
T^a première mention que je trouve ensuite du flibustier,
est au volume 12, Canada, Correspondance tifitirale ; en
date du 12 septembre, à Québec, Frontenac donne des ins-
tructions à d' Iberville qui doit croiser sur les cites de l'A-
cadie : d'Iberville et de Bonaventure prendront le capitaine
Baptiste a la Baie Verte où le sieur do Vilbon le conduit,
ou, s'iJsle rencontrent sur leur route, il pourra leur indiquer
mieux que personne ce qu'il y aura de plus facile et de plus
avantageux a entreprendre tant sur les bâtiments qu'ils y
rencontreront, que pour les descentes et attaques de petits
forts qu'ils pourront faire à terre ferme. Un certain nom
bre de sauvages s'étaient abouchés avec Baptiste pour se
joindre à d lborvîlle, conformément aux instructions du
Gouverneur-Général.
Le 25 octobre. ltîî)3, Frontenac écrit au ministre : " Le
sieur Baptiste, fameux flibustier de ces côtes-là (Acadie) et
qui les commit parfaitement passe en France pour vous
proposer les vues qu'il y aurait là-dessus. C'est un homme
qui les a beaucoup désolé, dont ceux qui le commissent disent
du bien ; qui m'a donné, dopuis qu'il s'est déclaré pour nous,
aucun sujet de croire qu'il n'eut pas toute la lidélité qu'on
en doit attendre, qui s'est même marié à Port Royal à une
fille du lieu, qu'il avait envie d'amener ici (1) ne ia croyant
pas en sûreté là où elle est, et qui me parait avoir des pen-
(1) Québec.
2
1
— 10 —
nées qui seraient d'une grande utilité et d une médiocre dé-
pense. Ce sera a vous, Monseigneur, à les examiner et me
faire savoir ce que vous aurez résolu là-dessus."
L'année suivante, le capitaine Baptiste revint a l'Acadie,
en charge d'un brigantin que le roi lui avait accordé.
Dans le mémoire adressé à M. do Pontchartrain sur l'en-
treprise à former contre le fort de Pemiquid, M. de Vilbo n
dit :— " Ce poste étant pris, on pourrait aller faire des des-
centes le long de la côte ; Mr Baptiste avec quelques pilotes
que nous avons ici conduiraient sûrement les vaisseaux, et
on pourrait détruire une partie des Isles qui sont à la vue
de Boston, sans risque."
Ceci démontre que Baptiste pour bien connaître ces para-
ges avait dû y passer plusieurs années, et pour mériter la
confiance qu'on avait en lui, j'opine que l'homme devait
l'inspirer autant par un âge mur que par sa vaillance.
Voici le flibustier armé en course grâce à la bienveillance
du roi. Avec son brigantin, dans l'espace d'un trimestre, il
prend dix petits bâtiments aux Anglais (1). Cependant, deux
de i>es prises lui sont enlevées par l'ennemi. Il guerroit
bravement, et ne ménageant pas assez son équipage, la plus
grande partie l'abandonne. (2) Sur ce fait, un violent coup
de vent jette son navire à la côte ; au moment où Baptiste
est occupé à le radouber, les Anglais surviennent et l'atta-
quent. Cost un combat de "pygmée et de géant quo celui
du petit brigantin et do la grosse frégate anglaise. N'im-
porte, Baptiste se défend longtemps, et ce n'est que lorsque
la lutte n'est plus soutenablo que l'Acadien eschoue son na-
vire à terre, où il se sauva avoc son équipage, laissant le
brigantin au pouvoir des vainqueurs. (3)
(1) Champigny au ministre, 24 octobre 1694, Québec.
(2) Frontenac au ministre, 24 octobre 1694, Québec.
(3) Champigny au ministre, 11 août 1695, Montréal.
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A la même date, c'est-à-dire le 24 octobre 1694, Fronte-
nac, au 40e article de la volumineuse correspondance qu'il
adressait au ministre, mande que le sieur de Vilbon l'in-
forme des prises faites par le capitaine Baptiste, et que cet
homme se prépare à reprendre la mer pour en faire de nou-
velles. Le corsaire Be plaint d'un missionnaire aux Mines,
appelé le sieur de St-Cosme, qui le traverse fort dans tous
les préparatifs qu'il est obligé d'arranger en ce lieu et même
qu'il inspire à des habitants qui lui sont affidés, des senti-
ments, qui, se propageant, pourraient à l'avenir avoir des
conséquences fort préjudiciables au service. M. de Fronte-
nac manda à M. de Vilbon " d'y avoir l'œil fort exacte-
ment " pour empêcher d'autres désagréments.
Le printemps de 1095, le capitaine Baptiste, par le tra-
vers du cap de Mallebarre prit un bâtiment de soixante
tonneaux, chargé de sucreries, melasae et autres marchan-
dises, qu'il confia au capitaine Guyon, flibustier de Québec.
11 captura ensuite un navire de vingt-cinq tonneaux, qui lui
fournissait toutes les choses nécessaires pour armer tout
l'été. Mais, étant allé vera la baie des Espagnols, à l'em-
bouchure du fleuve St-Laurent dans la pensée qu'il y pour-
rait trouver le sieur de Bona venture, au lieu do cela il y
rencontra une frégate anglaise, contre laquelle il se battit
tout un jour, jusqu'à ce qu'il vit son vaisseau entièrement
criblé de coups de canon, ce qui l'obligea de l'abandonner,
et de se jeter à terre avec son monde ; comme il atteignait
la terre ferme il vit son bâtiment couler à fond, avec huit
marins anglais, qui venaient d'y monter.
Le capitaine Guyon retournait à Québec avec sept prises
lorsqu'il rencontra la frégate désastreuse à Baptiste. Il
voulut prendre la fuite, mais aussitôt, comprenant qu'il ne
pouvait échapper, il échoua sa flottille sur un rocher nom-
mé le Loup Marin, et lorsque l'ennemi s'en approcha, il l'a-
vertit que plutôt de ho rendre, il mettrait le feu aux sept
bâtiment». Le capitaine anglais oiVrit a Ciuyon de lui eder
un naviro avec toute sa charge et liberté de continuer sa
route, « il abandonnait les six autres navires. Guyon accep-
ta, mais le bâtiment était trop endommagé, et il demanda
de l'échanger ; ces Anglais y consentirent, mais le Canadien
ne profita pas par cette transaction, car d.s que le navire
lut déchoué il coula bas. Les Canadiens n'eurent plus que
leurs grands canots de bord pour regagner Québec, où ils
arrivèrent aux premiers jours de juillet.
Voici que nous allons connaître un peu mieux le capitaine
Baptiste. Frontenac écrit de Québec, le 2 novembre 1G!)5,
au ministre :
*' Je vous avoit, monsieur, recommandé les années précé-
dentes, le nommé Batiste, sur les bons témoignages que M.
de Vilbon m'en avoit rendus, mais j'ay apris depuis deux ou
trois mois qu'il avoit tenu des discours peu de temps avant
qu'il passast en France qui marquoient qu'il n'a voit pas tie
trop bonnes intentions. On m'a dit de plus que c'est un
homme qui est marié en plusieu r» endroits en France et en
Hollande, outre la femme qu'il a présentement au Port
Royal, M. de Vaudreuil m'a assuré qu'il connaissoit celle
qu'il avoit en France, et qui est proche do chez lui en Lan-
guedoc. J'ay cru devoir vous en avertir, aussi bien que M.
de. Chevry, afin qu'il ne puisse pas vous surprendre, puis-
qu'on prétend qu'il est allé demander en France un autre
vaisseau à la place de eeluy qu'il a }>erdu, pour avoir plus
de facilité de transporter en Hollande ou en quelqu'autre
pays enuemy la femme qu'il a a Port Hoyal. avec tous si*
efl'ectz."
Par le journal de M. de Vilbon, de ce qui s'est passé en
Acadie depuis le moi6 d'octobre 1 Mb" jusqu'à la fin de mai
101)7, îl est à supposer que le voyage en France du sieur
Baptiste pour obtenir un second vaisseau n'eut pas de
succès.
Le ;j novembre lt>î»G, De Vilbon envoie Baptiste aux
Mines et à Port Royal, pour avoir des pois, les fèves de la
garnison s'étant trouvées presque toutes gâtées, renvoyant
en même temps trois soldats invalides pour être nourris aux
Mines, pour ménager les vivres de la garnison de De Vilbon.
Baptiste, en partant, promit de rétablir la course, avec le*
deux pirogues de l'armement des Anglais que l'on avait
trouvé sur la côte, s'il pouvait trouver du monde aux Mines
et à Fort Royal.
De Vilbon commandait au fort Matchouak ou Xaxouac ;
il reyut. le 28 décembre suivant, des vivres apportées par un
bâtiment de Fort Royal. 11 apprit alors que le capitaine
l'aptiste avait levé du monde pour aller en course.
Le 2 février Kill", quatre flibustiers arrivèrent au fort,
avec une lettre de Baptiste. 11 demandait une commission
pour faire la course avec ses deux pirogues et vingt-un
hommes d'équipage.
Le 10 mars, à trois lieues de C'asquebaye (l) les Acadiens
rencontrèrent huit chaloupes pêcheuses de marvilletto, dans
le^juelles il y avait trente-huit hommes. Baptiste et son
équipage, depuis plusieurs jours ne subsistaient que de co-
quillages ramassés le long de la mer ; ils résolurent d'atta-
quer les chaloupes croyant y trouver quelques vivres.
Les chaloupes étant mouillées les unes près des autres, le
capitaine Baptiste résolut d'attaquer a la nuit du 10 au 11
nmix. Ses deux pirogues accostèrent deux chaloupes, dont
l'équipage dormait. Il s'en rendit maître en un coup de
main, mais le bruit que cette opération occasionna réveilla
(1) Cusco Bay, état du Maine.
— H —
lee equipages des autre» embarcations, qui firent feu sur les
Acadiens avec beaucoup de vigueur. Les flibustiers se lan-
cèrent bravement à l'abordage des chaloupes, se battant
comme des lions, et se rendirent maîtres de six bateaux, les
deux dernières chaloupes voyant le résultat du combat so
sauvèrent à la faveur du vent.
Il y avait sept Anglais de tués sur les ponts, dont cinq
capitaines de bateaux, quatre de blessés et vingt prisonniers.
Baptiste eut trois blessures, ot huit de ses hommes furent
blesses, mais tous sans gravité.
Le capitaine Baptiste emmena ses prises pour les mettre
en lieu plus sûr ; il relâcha à terre les Anglais qui avaient
sept lieues pour aller au plus proche de leurs forts.
11 arma ensuite la meilleure voilière de ces chaloupes,
dans le dessein d'aller vers Boston faire quelques prises,
mais comme il était à la garnir, et l'avait échouée pour rac-
commoder sa fausse étrave, il entra dans le hâvre oû il y avait
deux bâtiments armôs en guerre qui le cherchaient et qui
étaient de Salem, destinés pour convoyer les pêcheurs le
long de la côte. Ils étaient cinquante hommes dans les deux
bâtiments, et le plus grand avait quatre pièces de canon.
L'on était au 19 mars. Le plus grand bâtiment vint s'em-
bosser à la portée de pistolet de celui de Baptiste pour le
canonner, pendant qu'il envoyait l'autre pour l'aborder. Les
flibustiers qui étaient cachés à terre laissèrent arriver l'en-
nemi et amarrer une haussière à la chaloupe-voilière. Les
Anglais ne voyant personne crûrent les Acadiens enfuis, et
ils attendirent la marée montante pour hâler le bateau de
Baptiste au large. Tout-à-coup, Baptisto fait faire une dé-
charge sur eux, si vigoureuse, qu'elle culbuta tout l'équi-
page anglais. Ceux-ci n'ourent rien de plus pressé que de
couper la haussière et de se retirer au large. Sur le soir, la
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chaloupe étant à flot, Baptiste s'embarqua avec son équi-
page.
Le lendemain, (le 20 mars) dès le matin, les deux bâti-
ments anglais revinrent à la charge. L'un d'eux voulut
aborder Baptiste, mais fut repoussé et eut quatre ou cinq
hommes tués. Alors l'ennemi se retira à l'entrée du hiivrc,
et le petit bâtiment s'éloigna pour aller chercher du ren-
fort, à sopt ou huit lieues de là, emportant les morts et les
blessés, pendant que l'autre gardait Baptiste qui no pouvait
aisJment sortir de ce hâvrc, la passe étant fort étroite.
A la nuit, le temps devenu couvert augmenta Intensité
des ténèbres, et comme Baptiste n'était pas en état d'atta-
quer le grand bâtiment, son équipage n'ayant vécu depuis
quinze jours que de coquillages et les vivres trouvés dans
les chaloupes ne consistant qu'en poissons, il résolut de pro-
fiter de la marée baissante pour sortir. Ce qu'il fit.
Baptiste mit ensuite le cap au nord-est, se dirigeant vers
les Mines où il voulait se ravitailler pour retourner en
course.
Il manda alors au sieur do Vilbon qu'il serait au bas de
la rivière St-Jean, au plus tôt à la tin d'avril. Les Anglais,
prisonniers des chaloupes, lui dirent, ce dont il fit part à
Vilbon, qu'à Boston l'on tenait la paix faite avec la Savoie
et l'Espagne, et qu'on parlait de celle d'Hollande... Que le
conseil de Boston avait résolu de faire attaquer de nouveau
le fort de Matchouak, et qu'ils avaient donné des ordres
pour la levée de leurs troupes, étant résolus on môme temps
de détruire Port Koyal, les Mines et Boaubassin, et d'en
transporter les familles hors du pays en représailles, disant
que les Français firent la même chose à quatre places, en
Terreneuve, l'automne précédent...
■ 1^
— lb- —
Le 29 avril. Baptiste n'avait ]mu\ encore paru au Itas de
la rivière, tel que promit», mais le 5 mai. sa femme arriva au
fort jxjur annoncer qu'il était reparti en course.
Le 14 mai. le capitaine Baptiste se montra à l'entrée de
la rivière St Jean, accompagné d'un bâtiment command.1
par le capitaine Basset (Français) qui était venu au eap de
Sable ramener des prisonniers Français de Boston.
Ixî 17, Baptiste reprit la mer de nouveau.
l)au< la relation de l'attaque faite par les Anglais contre
le fort Matchouak en octobre (l'année n'est pas mentionnée,
probablement 1097.) il est «lit que le sieur Baptiste venu au >
foin le matin du 17 octobre, avait passé la nuit précédente
avec M. de Clignaneourt. huit Français* et trois Sauvages, à
l'entrée de la petite rivière de Naxoiiassis, environ une
demie lieue audcssus du fort, et d'où l'on |>ouvait découvrir
de loin quand l'ennemi monterait... Pendant que les Anglais
et les Français se rationnaient et s'adressaient des priées
de rnousqueterie. DcClignaueourt et Baptiste dans le désert
du fort avec le** huit Français et les trois Sauvages tiraient
sur l'ennemi posté de l'autre côté de la rivière.
Le 11', Baptiste alla en d« couverte et rapporta que les
Anglais avaient un bateau de dix-neuf tonneaux, deux pi-
rogues, deux grandes chaloupes et un canot d'éeorec. ce qui
donna l'impression qu'ils étaient peu de inonde. Le soir du
20, les assiégeants se retirèrent à Forneuse, trois lieues plus
loin, et brûlèrent trois maisons. L'ennemi n'osa toucher à
la maison du flibustier Baptiste, sise vis-à-vis le fort, et iu-
habitée. qui y allait quelques fois pour tirer des coups do
tusil et de boîte jxjur faire croire qu'il y avait une garde.
La foi-tune des armes varie, et le capitaine acadien eu Ht
l'épreuve.
Répondant à la lettre du comte de Bellemont. gouverneur
— 17 —
de la Nouvello York, le comte de Frontenac, le 8 juin 1698.
proteste contre la retention dans les chaînes à Boston du
capitaine Baptiste, flibustier, qui y est traité avec beaucoup
de rigueur, et demande sa mise en liberté. Le sujet de cette
correspondance est l'échange de prisonniers français et
anglais.
Je n'ai pu trouver que l'on a'it écouté les remontrances de
Frontenac, et jusqu'à quelle date Baptiste demeura aux
mains des Bostonnais.
Si la chose m'est possible, je compléterai ces notes plus
tard.
Réois Roy
LES MÉTIS OU BOIS-BRULÉS
Il y a deux cents ans, les Sauvages du Bas-Canada n'a-
vaient plus guère d'importance comme chiffre, — mais il
restait des tribus dans le sud, l'ouest et le nord-ouest. Nos
coureurs de boiB commencèrent à métisser rondement. Point *
de femmes blanches dans ces vastes contrées. La galanterie
française y brilla sur tous les points. Une raco nouvelle vit
le jour, tenant le milieu entre la barbarie et la civi-
lisation. Telle est l'origine des Métis on Bois-Brûlis : — père
français, mère sauvage. Ces sangs mêlés ne sont pas venus
se joindre à nous. Ils occupent encore le pays do lours an
cêtres. Impossible donc do les confondre avec les Canadiens-
Français.
Les Bois-Brûlés datent à peine de 1675 ; la principale pé-
riode de leur création va de 1700 à 1740, et leur développe-
ment se calcule depuis la cession du Canada (1760), alors
que, abandonnés a eux-mêmes les Canadiens de l'ouest tirent
corps plus que jamais avec les tribus des grandes plaines.
3 Benjamin Sulte
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— 18 —
LA TRAVERSÉE DU SAINT-LAUREXT
Lee passagère qui, aujourd'hui, font le trajet entre Québec
et Lé vis, en hiver, dan» l'entrepont confortable des puis-
sants bateaux à hélice qui se croisent d'une rive à l'autre en
quelques minutes, coupant, brisant, refoulant, bousculant
des monceaux de glaçons charrias par la marée, et filant
droit à travers le chasse-neige et les brouillards secoués par
la rafale, ne se doutent guère de ce que c'était que la tra-
versée du Saint-Laurent autrefois, surtout par les " gro»
temps " de décembre et de janvier.
Le voyage se faisait en canots.
Ces canots étaient des espèces de pirogues creusées dans
un double tronc d'arbre, dont chaque partie était solide-
ment reliée a l'autre par une quille plate en bois de chêne,
polie et relevée aux deux extrémités, de façon à ce que
l'embarcation pût, au besoin, servir en même temps de
traîneau.
Le patron s'asseyait à l'arrière sur une petite plate-forme
élevée d'où il dirigeait la manoeuvre, et gouvernait a l'aide
d'une pagaie spéciale, tandis qu'à l'avant et quelquefois
debout sur la " pince "—on appelle " pince " la projection
effilée de la proue — un autre hardi gaillard scrutait les
passes et surveillait les impasses, la main sur les yeux, tout
blanc do givre, avec des stalactites glacée» jusque dans les
cheveux.
En avant du pilote, un certaine espace était ménagé pour
les passagers, assis à plat-fond, tout emmitouflés et recou-
verts de peaux de buffles, encaqués comme des sardines, par-
faitement à l'abri du froid, mais aussi entièrement immo-
bilisés.
Les autres parties de l'embarcation étaient garnies de
têtes, qui, tout en assurant la solidité du canot, servaient
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-de bancs aux rameurs à longues bottes et aux costume*
plue ou moins hétéroclites, qui pagayaient en cadence, «'en-
courageant mutuellement du geste et de la voix.
Le métier n'était pas tendre ; et, comme les hivers de ce
temps-là dépassaient de beaucoup les nôtres en rigueur, il
devenait quelquefois dangereux.
Chaque mise à l'eau c'est-à-dire chaque départ, donnait
infailliblement des émotions aux plus hardis, même à ceux
qui y étaient les plus habitués.
Quand on se voyait lancé du haut de la " batture "—en
termes canadiens, on appelle " battures " ou " bordages "
les bancs de glace .adhérants au rivage et contre lesquels
glissent ou se brisent les banquises emportées par le courant
— quand on se voyait, dis-je, lancé du haut de la batture
dans les eaux noires et bouillonnantes du fleuve, l'équipage
sautant précipitamment à bord dans un enchevêtrement
éperdu de mains et de bras accrochés aux flancs bondissants
de la pirogue, cela ne durait que l'espace d'un clin d'reil.
mais c'était plus fort que soi, le cœur vous tressautait dans
la poitrine.
Et nage, compagnons !... Haut les cœurs, les petit*
cœurs !...
D'immenses blocs verd&tres barrent la route : vite, le cap
dessus ! Bon là ! Lâchons l'aviron, l'épaule aux amarres,
et en avant sur la surface solide du grand fleuve !
Plus loin, ce sont d'énormes fragments entassés et bous-
•culés les uns sur les autres ; le passage semble impraticable.
n'importe, hissons le canot à force de bras : et en avant
toujours !
Voici un ravin qui se creuse, descendons-y J C'est un abîme
peut-être : en avant quand même !
La neige détrempée s'attache et se congèle aux flancs de
l'embarcation, qu'elle menace d'immobiliser : hardi, lea
— 20 —
Graves ! Pas une minute a perdre, roulons î roulons î... Et
noua voilà reparti».
Ici, c'est autre chose : tout s'effondre sous nous. Ce n'est
plus de l'eau, ce n'est plus de la glace ; impossible de paga-
yer, plus de point d'appui pour traîner. Il faut pourtant
*e tirer de là, les enfant* !
En-dedans, vous êtes paralysé ; en dehors, vous enfoncez
ik mi-jambe dans la neige fondante et la glace en " frasil " :
il n'y a pas à dire, il faut se tirer de U.
Et cela durait de» heures, quelquefois des journée*
entières...
Oh ! non, il n'était pas tendre le métier.
Victor Hugo a raconté les w travailleurs de la mer " d une
façon sublime : que n'a-t-il vu nos canotiers de Saint-Lau-
rent a l'œuvre !
Louis Frechette
L' II ONO RABLE JUGE A. N. MORIX
C'était le 1er janvier 1842.
L'honorable A.- X. Morin, alors juge au tribunal de Ka-
mouraska, remontait à Québec, avec l'intention d'arriver
chez lui le jour même. Les mauvais chemins, cependant,
l'ayant trop retardé, il s'arrêta à l'église de sa paroisse
natale : Saint-Michel de Bellechaase.
C'était un peu avant l'heure de la grand'messe du jour
de l'an. M. Morin se met, aussitôt descendu de voiture, à
chercher non respectable père parmi la foule, à la porte de
l'église. Il le trouve bientôt, et, là, aux yeux de toute la
paroisse, le juge Morin ôte sa coiffure se met à genoux sur
la neige et implore la bénédiction paternelle.
Quelle leçon pour le fils dénaturé d'aujourd'hui, qui sem-
ble rougir de ses parents parce qu'ils sont vêtus d'étoffe du
pays !
Auguste Bêcuard
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— 21 —
RÉPONSES
Le Journal des Jésuites. (II, II, 155.)— Le Jour-
nal des Jésuites couvre Ut période comprise de septembre
1645 à juin 1668, excepté quelques lacunes entre le 5 février
1654 et le 25 octobre 1656. Ce manuscrit appartenait ori-
ginairement aux archives du vieux collège des Jésuites de
Québec, et il fut trouvé là après la mort du père Jean-
Joseph Casot, qui mourut le 16 mare 1800. Il disparut alors,
mais fut retrouvé vers l'année 1815. lorsque Andrew-William
Cochran, secrétaire civil du gouverneur sir John-Cope
«Sherbrooke, le découvrit accidentellement dans un coin do
«on bureau. Après la mort de il. Cochran arrivée le 11
juillet 1840, sa veuve le présenta à George -Barthélémy
Faribault, de Québec M. Faribault mourut le 21 décembre
1866. et par son testament donna tous ses livres, manuscrits,
peintures et gravures ayant rapport à l'histoire du Canada
au séminaire de Québec. L'original du Journal des Jésuites
passa ainsi au Séminaire, et est aujourd'hui parmi les tré-
sors précieux de la bibliothèque de l'Université Laval.
On a des preuves que le Journal des Jésuites fut continué
jusqu'à 1755 ; mais les manuscrits de cette continuation qui
devaient comprendre au moins deux volumes sont disparus.
En 1897, M. l'abbé Henri-Raymond Casgrain, de l'Université
Laval, fit des recherches en Angleterre parmi les héritiers
de William Smith, l'historien du Canada, mais sans succès.
Smith avait cité le Journal des Jésuites à la date du 20 dé-
cembre 17 10 et encore en 1752 ; et dans sa préface il men-
tionne spécialement le Journal des Jésuites au nombre des
sources qui lui ont donné les " informations les plus pré-
cieuses." MgrThomas-E. Hamel, bibliothécaire de l'Uni-
versité Laval, est sous l'impression que Smith avait accès
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aux manuscrits en question, et qu'il n'en était pas le pro-
priétaire ; et que ce sera seulement par un hasard provi-
dentiel que les volumes disparus seront retrouvés s'il n'ont
pas été détruits.
En 1871, le Journal de* Jésuites fut publié sous la direc-
tion des abbés Laverdière et Casgrain ; mais à peine quel-
ques exemplaires— peut-être soixante — avaient-ils été distri-
bués, que le feu consuma l'établissement de l'éditeur. M.
Léger Brousseau, et presque toute l'édition lut détruite.
Quelques exemplaires (Henry-C. Murphy dit douze, mais
une note au crayon dans l'exemplaire de la Société Histori-
que du Wisconsin dit quarante), qui avaient été gâchés par
la fumée et l'eau forent reliés et vendus.
En 1893, J.-M. Valois, de Montréal, a publié une réim-
pression de l'édition de 1871.
Reibex-Gold Thwaites
Les journaux de Longrueuil. (III. XI, 375.)— Le
22 janvier 1885, M. Jean-Baptiste Rouillard faisait paraître
à Longueuil le premier numéro d'un journal hebdomadaire,
intitulé : Jj Impartial.
Le journal promettait d'observer strictement les promes-
ses contenues dans son titre ; il s'engageait de s'occuper
spécialement des intérêts de la rive sud, et surtout du comté
de Chambly.
M. Rouillard fit d'abord imprimer son journal à Mont-
réal ; mais au printemps de 1885, ayant acheté des presses,
il installa son matériel dans l'ancienne manufacture Crevier,
et dès lors le journal se composa et s'imprima à Longueuil
même.
L' Impartial, rédigé avec soin par M. Rouillard et quel-
ques amis dévoués, fit une vigoureuse campagne en faveur
du chemin de fer de Montréal et Sorel ; il parvint à forcer
le gouvernement fédéral a accorder de généreux subsides à
cette ligne si importante pour l'avenir de Longueuil.
Réellement indépendant des partis politiques, Y Impartial
consacra ses colonnes à toutes les questions vitales pour
Longueuil et les paroisses environnantes.
Cependant la mort de Kiel fit changer la ligne de conduite
du journal. lï Impartial se jeta résolument dans le mouve-
ment national qui se forma à cette occasion.
En 1886, M. Rouillard transporta ses presses à Sorel, et
V Impartial, quoique daté de Longueuil, a été imprimé la
jusqu'à sa disparition en 1890.
M. Rouillard lit, en 1886, avant son départ pour Sorel,
paraître un journal humoristique appelé Le Bourru. ; mais
cette feuille décéda après quelques semaines d'existence.
J.-L. Vincent
Le comte de Vaudreuil. (IV, III, 426.)— Le
comte de Vaudreuil, petit-fils de notre premier gouverneur
de Vaudreuil, aimait passionnément les arts et les lettres.
Toutes les semaines, il donnait un diner qui était uniquement
composé de littérateurs et d'artistes. La soirée se passait
dans un salon où l'on trouvait des instruments de musique,
des crayons, des couleurs, des pinceaux, des plumes, et
chacun composait, peignait, écrivait selon son goût ou son
talent.
M. de Vaudreuil possédait une fort belle voix et il était
excellent musicien. Ces deux talents qu'il avait eu le bon
esprit de cultiver le firent beaucoup rechercher dans lu
monde.
La première fois qu'il fut reçu chez la maréchale de
Luxembourg, épouse en premières noces du comte de
Bouftiers, celle-ci, qui aimait le chant et la musique, voulut
le fairo chanter.
— Monsieur, lui dit-ello après le souper, od dit que von»
chantez fort bien ; je aérais charmt'o de vous entendre ; mai»,
si voua avez cette complaisance pour moi, ne me chantez
point d'ariette», point de granda aire, un Pont-Neuf, un
simple Pont-Neuf. J'aime le naturel, l'esprit, la gaiété.
M. de Vaudreuil, content de faire parade de son talent, ne
so tit guère prier et, ignorant qu'avant non veuvage hou
hôtesse avait été la comtesse de Bouftiera, il chanta le pre-
mier couplet d'un Pont-Neuf où il était fait allusion un
peu irrespectueusement du comte de Boufflere.
Le premier vers de ce couplet commençait ainsi :
Quand Boufflere parut à la cour
A ce moment les nobles personnages qui emplissaient lus
salons de la maréchale de Luxembourg se mirent à tousser
et à éternuer afin de le faire taire. Mais M. de Vaudreuil
continua d'une voix pleine et sonore :
On crut voir la mère d'Amour.
Le bruit, l'agitation redoublèrent. Ce ne fut qu'après le
troisième vera
Chacun cherchait à lui plaire
que M. de Vaudreuil s'arrêta en voyant tous les yeux fixés
sur lui.
La maréchale de Luxembourg qui était une des femmes
les plus spirituelles de la cour de Louis XVI prit la chose
un riant.
— Poursuivez donc, monsieur, dit-elle, au comte de Vau-
dreuil, confus, humilié, et elle chanta elle-même le dernier
vers :
Chacun l'avait à son tour. .
M. de Vaudreuil, tant par son esprit que sch brillantes
qualités, réussissait beaucoup auprès des femmes. Son
Din
langage avec elles était plein d'agrément et de charme.
Aussi la princesse d'Hénin a dit qu'elle no connaissait que
deux hommes qui' sachent parler aux femmes : le tragédien
Lekain ot M. de Vaudreuil.
A la cour do Louis XVI. M. de Vaudreuil no possédait
pas exactement un grand er.'dit. Mais il était dans les
bonnes grâces de la reine Mario- Antoinette. Il faisait mémo
partie de sa société intitue. Il fut un de ceux qui contribuè-
rent à l'élévation de la duchesse de Poliguac, grande amie
de Marie- Antoinette. R.
La quête de l'Enfant Jesus. (IV, XI, 536'.)— La
<juête de l'Knfant Jésus a pris son nom du temps où elle
était faito, quand l'Église, célébrant la naissance du divin
Sauveur, Jésus enfant est exposé à la vénération des
fidèles.
La visite paroissiale se fait encore presque partout ù la
«ampagne à la mémo époquo, et elle a conservé jusqu'à nos
jours sa primitive beauté.
Avoe quel plaisir, quel légitime orgueil lo marguillier
conduisait naguère M. le curé !
Il choisissait la plus belle carriole et son cheval lo mieux
dressé.
Il le revêtait de son harnais de prédilection, surmonté de
nos grelots les plus sonores, faisant son apparition de grand
matin, souvent par un froid intense, et ou dépit de formida-
bles avalanches do neige.
Le capot d'étoffe grise, avec le fameux capuchon, la cein-
ture fléchée et les bottes sauvages s'affirinaieut à ce temps
dane toute leur importance.
Voyez aveo quel soin il installe M. lo curé en voiture,
comme il l'enveloppe précieusement dans ces robes de car-
riole si chaudes.
IJ inspecte tout, soulève le harnais, promèno sa main sur
4
I
— 20 —
la crinière du beau cheval, lui dégage le» yeux, puis il part
avec bonheur en tête du cortège, on promettant du beau
temps et un joli succès.
Viont ensuite la voiture du second marguillier.
C'est lui qui recueille les viandes, la laine, les pains de
sucre, le savon et même le tabac ; il ne refuse rien.
Enfin le troisième marguillier occupe le dernier traîneau,
muni d'une boite haute et longue ; les habitants y dépose-
ront les divers grains de leur otlrande sur tout le parcours
de la visite.
Il s'agissait de commencer à l'extrémité du rang le plus
éloigné de la paroisse, ce qui fournissait une longue course.
N'importe, les chevaux étaient vifs et forts ; ou arrivait
bien vite au but.
Quelle réjouissance !
Voyez la joie sur toutes les figures de la belle maisonnée,
quand M. le curé franchit le seuil de cette enceinte déjà
bénite de sa main, et où son œil contemple plusieurs généra-
tioas dont les éphémérides de joie et de deuil sont intime-
ment liées à son ministère.
Oui, le beau spectacle quand les vieux parents, le fils
ainé, sa femme, les petits enfants s'agenouillent aux pieds
du pasteur.
Ils se relèvent avec joie pour recueillir ses pieux accents,
autour du poêle familial, contribuant sa part de la visite
par un feu dont on se souvient.
S'il y a des malades, dos infirmes, ils sont consolés. Les
petites dissensions sont apaisées, les misères secourues, la
paix est rétablie.
Pendant ce temps les petits enfants sont proprement assis
suivant leur fige, et le frais tressaillement de leurs joues de
rose indiquent qu'ils attendent quelque chose de M. le curé :
une petite image, une médaille
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Il faudra recevoir de la main droite en disant merci ; la
mère est là pour y voir.
Tout cola se fait trop vite, il semble ; et puis sur un signe
de M. le curé, le marguillier ramène poliment sa voiture à
la porte et, après un gros bonjour, on tile chez le voisin.
Tout de suite les femmes donnent au second marguillier
de la laine, des moroeaux de lard, etc., pendant que le jeune
mari dépose au troisième traîneau un minot ou deux do
blé ou d'avoine, bon an, mal an, donnant quelque chose pour
Dieu qui le rend toujours au centuple. De père en fils, c'est
comme cela.
A quelque distance suit le bedeau.
Je n'ai pas à décrire l'utilité, rimportanco de ce person-
nage si intimement lié au ministère sacerdotal. De tout
temps il a été entouré de considération. Il faut dire que
plusieurs bedeaux ont légué leurs noms à la postérité, à
raison des côtés saillants de leur esprit parfois très rusé,
comme aussi de leurs précieux services.
Tous les objets do la visite paroissiale étaiont conservés
chez M. le curé jusqu'au jour de la vento sur la place de
l'église.
Au jour fixé, le plus habile de la paroisse en verbiage
montait à la boîte aux criées, et présidait aux enchères.
Or, il est bon de dire que ces enchères sans avoir les en-
nuyeuses formalités des affermages importants, en gardèrent
néanmoins les principales allures encore en honneur parmi
nous, et considérées comme indispensables.
Ainsi l'objet est offert, l'un enchérit sur l'autre ; et arrivé
a un certain prix, le plus haut enchérisseur attend avec
anxiété. Le crieur répète le prix une fois; répète encore
deux fois ; onfin, trois fois, adjugé.
Ce mode est l'abrégé de ce qui était en vogue dans le
pays en 1663 et les années suivantes, Jjiaez au premier vo-
— 28 —
lunie des Délibération* et Jugements du Conseil Souverain
de Québec, pages 39 et 40 ; seulement au lieu de dire une
fois, deux ibis, trois fois, ou allumait successivement trois
feux : u Et ne s'étant présenta plus haut enchérisseur, a été
allumé le premier feu pendant lequel il n'y a pas eu
d'enchères.
" Et a été allumé le second feu pendant lequel il n'y a eu
aucune enchère : et a été allumé le troisième et dernier feu,
et n été enchéri par le dit sieur, et attendu qu'il n'y a pas
eu plus haut enchérisseur, et le troisième fou s'est éteint, le
conseil a adjugé."
L'abbé Chs-P. Bkai uikn
Le fondateur du college des Jésuites de
Quebec*. (IV, VI, 473.) — Le vicomte de Meaux raconte
que, se promenant par une belle matinée de décembre, à
travers la petite ville bâtie tout au bord du Niagara, il ren-
contra une humble église en bois où venait de s'achever une
messe basse. Quelques bonnes femmes en sortaient, se
hâtant vers leur logis par les chemins rejnplis de neige ; et,
devant deux ou trois religieuses, une troupe d'enfants, livres
et cahiers sous le bras, couraient vera la maison voisine, sur
la porte de laquelle on pouvait lire autour d'une croix cette
inscription : Spes messis in semine. < "était l'école paroissiale.
" L'espoir de la moisson est dans la semonce." Voilà pour-
tjuoi, d'un bout du monde à l'autre, chrétiens et patriotes
attachent tant d'importance aux écoles ; pourquoi les parti»
rivaux s'en disputent partout avec acharnement la direction.
Rien de plus vrai que ces paroles fSpes vussis in semine,
principalement sur une terre encore inculte et nue.
L'éducation est le principe de vie de toute colonie qui se
fonde et qui veut grandir et se perpétuer. Le collège est
à la colonie ce que les sources sont aux rivières. C'est du
collège que sort le fleuve des générations humaines, c'est là
qu'il »' alimente, et ce fleuve porte dans son cours la gran-
deur des pays nouveaux ou leur déeadonce. Il taut remon-
ter jusqu'au college, si l'on veut s'expliquer l'état d'une
société, la sociét é se recrutant chaque jour et se renouve-
lant sans cosse des générations qui lui viennent des écoles.
Ausoi, partout où la compagnie de JCsus pose le pied sur
la terre étrangère, elle élève le collège à côté do la Rési-
dence : le professeur apprend aux entants les connaissances
qui font les hommes et la science qui fait les chrétieus ; le
missionnaire, continuant l'œuvre du maître, prend le jeune
homme au sortir do l'école, le dirige dans la vie, l'instruit du
haut do la chaire, l'absout au confessionnal, lo fortifie a la
sainte table. Il porte aux malades et aux pauvres les divi-
nes et salutaires consolations de la foi.
En ir»2(), Québec ne comptait qu'une soixantaine de Fran-
çais, et déjà les Jésuites avaient arrêté le projet d'un établis-
sement scolaire. Un jeune gentilhomme picard, ltené
Kohault, avait offert à cet effet la somme nécessaire. Kené
Kohault, fils aîné du marquis de Gamaches, avait fait ses
études littéraires au collège dirigé par les Pères à Amiens.
Pendant son cours d'humanités en 1625, il sollicita avec les
plus vives instances son admission dans la Compagnie de
Jésus. C'était à l'époque oa le P. Coton faisait la visite du
collège d'Amiens en qualité de Provincial de la Province de
Franco. Ce religieux, qui touchait à la fin de sa longue
carrière, vit le jeune postulant, il causa longuement avec
le marquis do Gamaches, et il fut décidé que Kené entre-
rait, dans lo courant de mars 1(J2G, au noviciat fondé depuis
bientôt quiuzo ans par madame de Sainte-Beuve, à l'hôtel
de Mézières, à Paris. Les monummta do la mission du
Canada font remarquer que ce fut lit un des derniers actes
importante de la vie de ce vieillard ; il mourait huit jours
après, le 19 mars lo'2»j. Avant de s'aliter, il avait dirigé une
— 30 —
dernière fois ses pas vers le noviciat, pour y embrasser son
jeune novice.
Il n'y avait pas encore un an que le Canada s'était ouvert
aux entreprises de l'esprit apostolique des fils de saint
Ignace. Au moment de dire adieu à sa famille, René pensa
à cotte belle mission de l'Amérique, si chère au cœur de son
Provincial et riche de tant d'espérances. Il pria son père
de consacrer une partie du patrimoine qu'il lui destinait, à
la fondation d'un collège à Québec. Le marquis était un
homme de bien et de foi ; il entra volontiers dans les pieuses
intentions do son fils, en donnant au P. Coton la somme de
seize mille écus d'or, à laquelle il ajouta personnellement, de
son vivant, une rente annuelle de trois mille livres.
Les démêles de la France et de l'Angleterre et la prise de
Québec ne permirent pa* do réaliser immédiatement les
désirs des fondateurs ; mais, à son arrivée sur les rives du
Saint-Laurent, le P. LeJeune reprit le projet et posa les
fondements du collège, près du fort Saint-Louis, sur un
terrain concédé dans ce but aux Jésuites par la Compagnie
des Cent-Associés.
Le père René Rohault mourut au collège d'Eu le 29 juin
1639. Il avait fait ses vœux de prolès l'année même de sa
prêtrise, le 15 août 1634.
Camille de Rociiemonteix
Le mot Shawmigan. (IV. IX, 507.) — Shawinigan
vient du mot abénakis asaSanigan (prononcez asawanigan),
qui signifie l'endroit où la côte change, la où le portage
change. Il ne peut être question de tarrière ou de tire-bou-
chona parcoquo l'eau de la chute tomberait en spirale, toutes
choses que les Sauvages ne connaissaient pas a l'origine.
Charles Gill
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— 31 —
QUESTIONS
■
559 — Quel est ce curé des environs de Québec, qui en
1759, avec quelques-uns de sea paroissiens, so fortifièrent
dans une maison et tinrent tête pendant plusieurs heures à
un détachement de l'armée anglaise envoyé pour les faire
prisonnier ? Riio
5(»0 — Je lis dans un vieux numéro de la Revue des Reçues:
il Un Canadien fort riche a dépensé dix ans de sa vie, sans
prejudice de sommes fort considérables, à collectionner les
boutons d'uniformes dos officiers de tous les régiments de
Tarin e anglaise." Pouvez-vous rao donner le nom de ce
compatriote. Curieux
5(51 — Un journal affirmait récemment que sir Allan
MacXab, ennemi des Canadiens- Français, de leur langue et
surtout de leur religion, s'était converti au catholicisme sur
son lit de mort. Où aurai-jo la confirmation de cet avancé ?
Jules.
5(12 — Les missionnaires et les laïques f rançais brûlés par
les féroces Iroquois furent-ils mis à mort plutôt en haine de
la foi que du nom français ? En d'autres termes, ces hom-
mes dévoués sont-ils des patriotes ou des martyrs f
Paon.
503 — Sous le régime français, y avait-il des punitions
pour ceux qui se battaient en duel ? Nos lois contiennent-
elles quelques dispositions relatives au duel ? Epéë
564 — Qui donna a J.-B. Eric Dorion le surnom d'Enfant
Terrible ? Ce fougueux tribun s'est-il réconcilié avec
l'Eglise ? Pt.
565 — D'où venait sir Edmond Cox, décédé régistrateur
du comté de Drummond, en octobre 1877 ? Où avait-il
conquis ou reçu ce titre do " sir " ? Rob.
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— 32 —
56G— " Ayant appris les nouvelles du la mort de M. de
Montmagny le Conseiller, frère de M. le Gouverneur, lisons-
nous dans le Journal des Jésuites à la date de août 164G, on
dit une grande messe de requiem le lendemain."'
Est-il connu ce frôre de notre deuxième gouvernour ?
X'a-t-on pas mêlé un peu la vie dos deux frères ?
A. B. C.
5t>7 — N'y a-t-il pas en Espagne une ville qui jjorte le nom
de Montréal ? Spa.
5(J8 — "Elu dès 1833 coadjuteur de Québec.il parait que l'am-
bassadeur de France à Home s'opposait a sa nomination," c'est
ainsi que la deuxième edition du Panthéon de Bil>aud nous
apprend la consecration de Mgr Turgeon, archevêque de
Québec. Quelle est la vérité à ce sujet ? Ptrk
5(19 — Qui me renseignera sur Thomas Pichon qui a écrit
une histoire du Cap- Breton ? XX
570 — Quand la Beauee a-t-elle commencée à être colonisée ?
• A. B.
T>71 — Par qui Terrebonne a-t*il été fondé ? Riio
572 — Quelqu'un ]>cut-il me dire ce que sont devenus les
registres de Memramcook du temps des Acadiens ?
Acai».
573 — Je lis dans une lettre publiée récemment : " Vous
vous rappelez, sans doute, le St -Michel dont on parle dans
la vie de Mgr Plessis et qui faillit jouer un si mauvais tour
à ce grave prélat : l'archange, revêtu du brillant costume
<le grenadier, menaçait Lucifer de sa carabine."
Je n'ai pas sous la main la Vie de M<jr Plessis. Quelle est
cette aventure arrivée au grand évoque de Québec à cause
d'un Saint-Michel ? Riot
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*
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BULLETIN
DES
RECHERCHES H I S TO R I Q U ES
VOL. 5 FÉVRIER 1899 No. 2
SAINT-JOSEPH DE LA POINTE-DE LÉVY
La première messe si la Pointo-de-Lévy fut dite par le
pire jésuite Bailloquet, le 12 avril 1648.
C'est en 1673 que la Pointc-de-Lévy fut mise sous le
patronage de saint Joseph, patron de la Nouvelle France.
En 1675, on commença la construction d'une église, (''était
la première qu'on élevait sur la rive sud du Saint-Laurent.
Elle était en pierre. Mgr de Saint- Vallicr, deuxième évê-
que de Québec, qui la visita en lGHtï, nous apprend "qu'elle
était une des plut* propres et des mieux bâties du Canada."
En 1759, elle servit d'hôpital aux soldats anglais qui fai-
saient le siège de Québec. Après la bataille des Plaines d'A-
braham, le cadavre de Wolle fut transporté à la Pointe-
de-Lévy, probablement dans l'église, où il lut embaumé.
Le 19 septembre, il était déposé à bord du " Royal- William,"
qui le débarquait a Portsmouth, le 17 novembre suivant.
Cette église fut incendiée le 15 février 1830.
Le 11 mars, moins d'un mois après l'incendie, Mgr Signay
fixait le site d'une nouvelle église à une vingtaine do pieds
plus éloignés du chemin.
Elle fut reconstruite immédiatement . C'est l'église actuelle.
Missionnaires et curés : G. Druillettes, 1052 ; P. Ra-
gueneau, 1660 ; J. Garnier, 1668 ; G. Hard, 1679 ; T. Mo-
rel. 1680 ; C. V. de Saint-Claude, 1682 ; G. Morin, 1683 ;
A. Pellerin, 1684 ; .T. Piiuçuet, 1686 ; P. Boucher, premier
curé en titre, 1694-1721 f A.-.ï. de La Rue. 1722-1739 ; L.-
,T. Mereereau, 1739-1754 ; C.-M.-M. Youville-Dufrost, 1754-
1760 ; D. Cliche, (desservant), 1760 ; B.-S. Dosque. (desser-
vant), 1760 ; Daniel, 1760-1761 ; C.-M.-M. Youville-Dufrost,
1761-1774 ; D.-A. Hubert, 1774-1775 ; F.-I. Berthiaume,
1775 1794 ; M. Masse, 1794-1831 ; P. Angers, 1831-1838 ;
G. M. Belcourt, 1838-1839; Mgr C.-E, Poiré, 1839-43;
MgrJ.-D. Deziel, 1843-1852; H. Routhier, 1852-1873 ; E.-
S. Kafard, 1873. ' Pierrk-Gkoroks Roy
— 36 —
LE PREMIER CARDINAL CANADIEN
t
Doit-on appeler " premier cardinal canadien" Mgr Weld,
qui n'est pas né au Canada, qui n'est jamais venu au Canada,
qui n'y a pas exercé sa juridiction, et qui dut remettre son
titre do coadjuteur pour recevoir le chapeau rouge ?
L'abbé Thomas Weld naquit à Londres le 22 janvier
1773 d'une ancienne famille catholique anglaise très distin-
guée. Il reçut son éducation complète dans son pays, et ù
la mort de son père, il hérita des propriétés de sa famille
situées à Suenorth, dans le Dorsetshire.
11 fut d'abord marié et eut une tille qui, plus tard, épousa
lord Clifford — un descendant de lord Clifford s'est établi à
Beardsley, au Minnesota, depuis plusieurs années.
Madame Wold mourut en 1815,. et pou après, son mari
résigna tous ses titres en faveur de son frèro pour embras-
ser le sacerdoce.
Après quelques années do retraite et d'études il fut
ordonné prêtre par l'archevêque do Paris en 1821.
De suite il retourna en Angleterre où il fut nommé curé
de Chelsea.
Il y était encore quand Mgr MacDonell, vicaire apostoli-
que du Haut-Canada et premier évêque de Kingston, le
demanda comme coadjuteur au Pape Léon XTI. Ce qui fut
gracieusement accordé. Le 6 août 1826, après cinq ans
de prêtrise, Mgr Weld fut sacré évêque in partibus
d'Amycla.
Mais sa santé délabrée ne lui permit pas de passer en
Canada. 11 se retira chez les Bénédictins de Hammersmith
qui se mirent sous sa direction. Sur l'avis des médecins, il
dut, non seulomont remettre son départ pour l'Amérique,
mais y renoncer absolument.
La santé de sa tille n'étant pas moilleure que la sienne, ils
partirent ensemble pour un climat plus doux, et vinrent en
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— 37 —
pèlerinage au tombeau des apôtres. A peine fut-il quelque
temps à Home que le Pape Pie VIII le créa cardinal et lui
assigna la Tille Eternelle pour résidence définitive (25 mai
1830).
Mgr Rémi Gaulin, né à Québec lo 30 juin 1787, et curé
du Sault-au-Récollet, fut nommé à sa place et sacré évêque
de Tabracca, 20 octobre 1833, avec droit de succession au
siège de Kingston.
Mgr MacDonell obtint de Rome bien des faveurs par
l'influence du cardinal Weld et la correspondance du pre-
mier démontre que le cardinal anglais porta toujours un
grand intérêt à l'Église du Haut-Canada et l'enrichit sou-
vent de dons magnifiques.
Le cardinal Weld mourut le 10 avril 1837 et fut inhumé
dans l'église de Saint-Marcelle, où un très-richo monument,
dû au ciseau de tiorgioli, rappelle aux visiteurs que le pré-
lat tut aimé de tous et particulièrement des pauvres de
Rome.
Suit-il de là qu'il ait été le premier cardinal canadien?
S'il éiait venu on Canada il n'aurait probablement pas eu
cet honneur.
Il n'a pas plus de droit, je crois, d'être appelé '' le premier
cardinal canadien " que Mgr de Cheverus, ancien évêque
de Boston, transféré en France, au siège de Bordeaux, et crée
cardinal, n'a le droit d'être appelé le premier cardinal amé-
ricain. Lui, au moins, avait été l'apôtre et le premier évêque
de Boston.
C'est notre cher cardinal Taschereau, l'ornement
de l'Église du Canada, né au pays, citoyen de la vieille ville
de Québec pendant 70 ans, qui est vraiment " le premier
cardinal canadien."
L'abbé E.-B. Gauvrkau
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— 38 —
LES ANCIENS HUISSIERS ET PRATICIENS
En faisant l'antre jour le dépouillement d'anciens papiers
de mon cabinet d'avocat, j'ai trouvé une copie d'une lettre
adressée au juge T. I. I. Loranger qui peut-être intéressera
les lecteurs des Recherches Historiques. Elle fut écrite à la
suite de l'examen que je fis la môme année (1884) des 57
gros volumes qui de 1720 :V 1759 forment les archives de la
juridiction royale de Montréal. Je l'entrepris pour complé-
ter le mémoire que je préparais sur la famillo Girouard et
qui a été imprimé la même année pour l'usage des membre»
de la famille. Il me fournit aussi l'occasion d'écrire le 30
août 1884 uno lettre au procureur-général de Québec qui a
parue dans le " Legal News " de cette époque et a été plus
tard reproduite dans le " Rapport du Régistraire do la Pro-
vince " de 1888. J'insistais dans cette lettre sur l'impor-
tance de faire un dépouillement des archives de nos cours
et de les publier. En 1885, le gouvernement était à l'œuvre
et publia le premier volume des jugements et d «.-libérations
du Conseil Supérieur et il fut suivi de quatre autres volu-
mes. Le dernier parut en 1889 et depuis ou n'a plus enten-
du parler de cette publication qui est presque sans utilité
pratique, puisqu'elle n'a pas même do table alphabétique
des matières. Elle n'est peut-être pas parfaite ; bien des
pièces de procédure ia^ignifiantes y ont vu le jour que l'on
aurait pu laisser dans la poussière de nos voûtes ; mais
enfin abondance de biens vaut mieux que le besoin. J'espère
donc que cette entreprise éminemment nationale sera reprise
et conduite à bonne tin.
D. GlUOUARD
■
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i t i
Montréal, 28 octobre 1884.
Cher Monsieur )o Juge,
Scion le désir que vous m'exprimiez ce matin, je vous en-
voie la commission ou plutôt l'installation d'Antoine Gi-
rouard, mon trisaïeul et quoique» notes dont vous disposerez
comme vous l'entendrez.
L'Edit de création de la juridiction Koyalc de Montréal
de mars 1693, enregistré au Conseil le 8 octobre 169G pour-
voyait à la nomination d'un juge, un greffier, quatre huis-
siers royaux, quatre notaires* royaux, et quatre procureurs
postulants.
Le nombre des huissiers resta le même jusqu'à 1755 où il
fut, je crois, augmenté d'un nommé Houillier, qui avait
beaucoup de vogue lors de la cession et quelques années
avant. Mon ancêtre a exercé comme huissier de 1723 ù 1735,
ayant pour confrères Dudevoir, Le Pailleur et Dubreuil.
David était greffier de la cour. Adhémar, Le Pailleur.
Ilodiesue et Foucher en étaient les notaires, Iîaimbault le
juge ou lieutenant civil et criminel. Bégon, I>upuy et
Hot-quart étaient intendants de son temps.
Il agissait en même temps comme " practicien " avec «es
confrères et les notaires royaux, et après 1735, il paraît
s'être contenté do comparaître dans quelques cas comme con-
seil. Il est mort à Montréal le 5 juin 17(»7 après avoir passé
quelques années en France, probablement de 1751 à 1750.
seul et sans être accompagné de sa famille. En 1725, 172<>
et 1727, M. Girouard parait avoir eu la plus lorte clientèle
de Montréal. Vous savez, sans doute, qu'à cette époque les
huissiers avaient un autre rôle qu'aujourd'hui ; ils faisaient
les décrets et en cela remplissaient les fonctions de shérif» ;
ils faisaient aussi les sommations des tribunaux que font
aujourd'hui les greffiers. Enfin ils faisaient les protêts que
— 40 —
font aujourd'hui les notaires et aussi les significations des
pièces de la procédure.
Votre dévoué,
D. Girodard
Hon. T. 1. 1. Loranqer
A Monsieur le Lieutenant-Général de la Jurisdiction Royalo
de Montréal.
Supplie humblement Antoine GiroUard, Disant que Mon-
seigneur l'Intendant Luy aurait accordé une Commission
d'Huissier exploitant dans l'éstendue de Votre Jurisdiction
pour en jouir par le Suppliant aux droits profits revenus et
émoluments y attribués en date du 26e avril dernier, le sup-
pliant désirant estre reçu et installé au dit office. Il a re-
cours a vous pour luy être sur ce pourvu. Ce considéré,
Monsieur, Il vous plaise tenir la dite commission cy jointe,
recevoir et installer lo Suppliant au dit office d'huissier ex-
ploitant conformément à la dite commission, ot vous ferez
justice.
A. Girouard
Soit communiqué au procureur du Roy pour requérir
ce qu'il avisera estre bon. A Montréal ce 25e May 1723.
Bouat
Veu la Requête cy dessus et la Commission y attachée je
Requiers qu'il soit informé & une Requête des vie, mœurs
et Religion du Suppliant pour l'information faite et à moy
communiquée requérir ce que j'aviseray. Fait à Montréal
ce 25e May 1723.
P. Raimbault
Information faite par Monsieur François Marie Bouat
Conseiller du Roy, et son Lieutenant général civil et crimi-
nel au siège de la jurisdiction Royalle de Montréal à la Re-
quête du procureur du Roy en ce Siège, des vie et mœurs
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■
— 41 —
et Religion Catholique Apostolique et Romaine de Antoine
Giroiiard, pourvu d'uno commission d'huissier exploitant
dan» toute l'étendue de cette jurisdiction, et a luy accordée
par Mgr l'Intendant le vingt-sixième avril dernier.
Au Vendredi vingt-huitième May mil sept cent vingt-trois
deux heures do Relevée en la Chambre d'Audience.
Est comparu Mtre Michel le Pailleur Notaire Royal, âgé
de soixante huit ans, auquel nous avons fait faire serment
de dire vérité, et après serment fait, et qu'il nous a dit
n'être parent, alié, serviteur ni domestique des parties et
noms, à représenté l'exploit d'assignation u luy donné par
l'huissier Dudcvoirio vingt sixième de ce mois pour venir
déposer.
Dépose qu'il connaît le dit (ïirouard, pour un honneste
homme, qu'il l'a vu demeurer chez M. de Ramsay pendant
plusieurs années en qualité de secrétaire, dont le dit Sieur
<de Ramsay en est oit fort contant, qu'il l'a vu fréquenter les
églises et faire son jubilé la présente année, qui est tout ce
qu'il a dit savoir, lecture à luy faite de sa déposition a dit
icelle contenir la vérité, y a persisté et a signé
Lk Railleur
Bouat
David
(ï reffier
Est comparu Sieur Jacques Croquelois dit La Violette
âgé de cinquante quatre années, sergent dans les Troupe»
<lu détachement de la Marine, demeurant en cette ville,
lequel après serment fait, Et qu'il nous a dit n'être parent,
allié, serviteur ni domestique des parties et noms, a repré-
senté l'exploit d'assignation à luy donné par l'huissier
Dudevoir le vingt six de ce mois pour vonir déposer.
2
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— 42 —
Dépose qu'il connaît le dit Girouard pour un hoimostc-
nomme, qu'il l'a vu demeurer ches M. de Ramsay qui ci*
paraissait fort contant, l'ayant vu souvent fréquenter Ies-
églises, vivant en bon chrétien, qui est tout ce qu'il a dit de
savoir, lecture a luy faite de sa déposition a dit icelle conte-
nir la vérité, y a persisté et a signé avec nous en notre
' greffe.
Jacques Croqvei.ois
Bouat
' I>AVID,
Greffier
Soit communiqué an procureur du Roy en ce siège pour
requérir ou conclure ce qu'il aviserait sur son rapport être
ordonné ce qu'il appartiendra. • Fait les dits jour et an.
Bouat
Vu l'information ci dessus, je n'empêche que le dit Gi-
rouard soit reçu et installé au dit office d'huissier exploitant
corformémerrt à la commission qui luy en a été accordée
par Mgr l'Intendant, eu faisant le serment requis et accou-
tumé. Fait à Montréal ce 28 May 1723.
P. Rai MB AU LT
Mgr IGNACE BOURGET
Mgr Bourget, évêquo de Montréal, aimait à raconter,
comme une pieuse tradition dans sa famille, que l'un de
§es ancêtres, natif de Chartres, était allé, avant de qnitter
la France pour le Canada, nu sanctuaire de Notre- Damc-de-
Chartres, et qu'après avoir prié devant la statue de la Vierge,
il avait gravé son nom quelque part sur les boiseries inté-
rieures de l'église. Le saint évêquo, passant un jour par
Chartres, voulut s'assurer si cette tradition était bien fon-
dée. G randes furent sa surprise et sa joie, lorsqu'après avoir
cherché longtemps, il découvrit en effet le nom d'un Bour-
get. écrit sur la lx>iserio d'une des stallos du chœur !
L'abbé Auuuste Gosselin
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MADAME DAILLEBOUST ET LE DJCTIOXNA IRE
GÉNÉALOGIQUE
Sous le numéro 532 et les initiales II. O., an abonné du
Bulletin des Recherche* Historiques pose la question
suivante :
" Louis d'Aiileboust mourut à Montréal le 31 mai ltîtiO,
laissant une tille, Barbe, qui devint la femme du gouver-
neur do Lauzon."
J'avais toujours été sous l'impression que le gouverneur
d'Aiileboust et sa femme ayant fait vœu de virginité n'a-
vaient pas ou d'enfant.
Suis-je dans l'erreur ? "
Je trouve à cette question beaucoup d'à-propos, et ce,
pour deux misons. D'abord parce que je suis prêt à lni
répondre Bans aucun surcroît de travail, ensuit» parce
qu'elle me fournit un prétexte excellent pour arrêter, s'il se
peut, un mensonge historique qui court le monde savant
depuis 1871, année de la publication du premier volume du
Dictionnaire Généalogique des Familles Canadiennes par
l'abb '• Tanguay.
Ce qui me rend apte à répondre, ot sans aucun surcroît
<le travail, est l'étude môme que je viens de publier sur Ld
Chapelle Champlain. Alors il m'a fallu compulser attenti-
vement, dans les précieuses archives de l'Hôtel- Pieu, les
documents connus sous le titre de papiers d'Aillettoust. Je
les sais encore par cœur et je profite de cette bonne disposi-
tion de ma mémoire pour y retrouver sans peine les pièces
justificatives et la preuve de ce que je vais atfirmer.
Est-il né des enfants du mariage de Barbe de Boulogne
et de Messire Louis d'Ailleboust, troisième gouverneur du
Canada ?
Mgr Tanguay dit oui. Ne lui en déplaise, l'histoire
devra dire non. Elle l'a toujours dit d'ailleurs. Mais n'allons
— 44 —
pas conclure avant do discuter, et n'anticipons pas sur
l'issue de la querelle.
Nous lisons donc, ù la page 152, volume Ter du Diction-
naire Généalogique :
D'Ailleboust. Louis. 3i.'me gouverneur du Canada,
turc 1er juin l(m>), -\ Montr al.
De Boulogne. Barbe, sépulture 7 juin 1635, à Qu bec.
liar he, baptisée...; marié... u .Jean De Lauzon."
Puis, à la page 172 :
" De Lauzon. Jeun, Mcssire, ancien intendant de Vienne,
•n Lauphin.'-, bapttsé 1582, sépulture 1»> lévrier I(î(iGà Paris.
lo Goudard, marié — {en premières noces).
(tfuit té numération des rnfants nés de son mariage arec
Marie (Soudard).
2o D* Ailleboust, Barlje — {en secondes noces)."
J'en suis taché pour Mgr Tanguay. mais il faut bien lui
dire que son Dictionnaire Généalogigue commet lu deux
erreurs capitales. Harbe de Boulogne et Km mari, Messin»
Louis d* Ailleboust, n'eurent jamais d'enfants. Conséquem-
ment, Jean de Lauzon ne put marier leur tille on secondes
noces. Comment taurait-Jl fait, puisqu'elle n'était pas née ?
La preuve me direz-vous.— La voici.
Je lis d'abord dans YlUstoire des Grandes Familles
Françaises du Canada, de l'abbé J)aniel, page 201 : " Mada-
me d'Ailleboust rompit tout ù l'ait avec le monde et se
retira ù l'Hôtel-Pieu de Québec qu'elle fit héritier de set»
biens. C'est lu qu'elle finit ses jours, comblée de mérites, le
5 juin 1685, à luge do 70 ans et alla ivjoindre sa pieuse
*anr(ljqui l'avait devancée de plusieurs années dans la
(1) Philippe-Gertrude de Boulogne, religieuse ursuline,
décédée ù (Québec le 23 aoiït 160'7, — ainsi qu'une autrc de
•es soeurs qui était religieuse bénédictino en Franco.— Cl' :
Lem Crsulincs de Québec,, tome 1er, page 261.
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tomb«. Ayant fait vœu de virginité perpétuelle, ainsi que
son mari, elle ne laissa pas d'enfants."
Et d'un f
Ouvrons maintenant les Annales manuscrites de V Hôtel-
Dieu du Précieux Sang, de Québec. Nous y liions :
u Madarao d'Ailluboust avait resté en Canada depuis la
mort de Monsieur son époux. Elle y «'tait tort estimée,
quoiqu'elle cachât sous les apparences d'une vie commune
les grandes vertus qu'elle possédait. Plusieurs personnes
d un rang distingué l'avaient recherchée dans son veuvage.
Monsieur de Courcelles. gouverneur, et Monsieur TaU>n,
intendant, la demandèrent tous deux en mariage, mais com-
me elle était vouée dès sa jeunesse à Jésus-Christ, et que le
temps qu'elle avait passé avec Monsieur d'Ailleboust, son
mari, ne l'avait pas empêchée de garder une perpétuelle
virginité, elle refusa constamment Ich partis les plus avanta-
geux qui ne présentèrent ; et pour vivre d'une manière plus
retirée et plus conforme :\ lu perfection dont elle taisait
profession, elle prit la résolution de se donner ;Y notre com-
munauté en qualité de pensionnaire perpétuelle."
Et de deux f
Si nous consultons maintenant les Papiers <T Ailleboust
(1) nous y trouverons d'abord un document (daté du 30
octobre 1(152) intitulé : Don mutuel (2) de Barbe do Bou-
gne ;V son mari et de Messire Louis d'Ailleboust a sa fem-
me, où les parties déclarent n'avoir pas d'enfants.
Et de trois !
(1) Les Papiers d? Ailleboust couvrent une période de
plus de (55 ans ; le premier en date est du 10 avril 1G21, le
dernier, du 13 juin 1685.
(2) Ce Don Mutuel correspond an testament dont pari»
M. Krnest <iagnon a la page 18 de sa romarquablo étude
archéologique : Le Fort et le Château St-Louis. Ce n'est
qu'un seul et mOrae document.
Toujours consultant les Papiers d' AUleboust, dont le bel
ordre chronologique facilite et abrège le travail du cher-
cheur, nous arrivons, à la date du 12 août 1664, à la décla-
ration suivante, document officiel d'une incontestable valeur
légale :
" Je, soussigné,gouverneur de l'Ile de Montréal,on la Nou
velle- France, certilie à tous qu'il appartiendra, que dét'unt.
Messire Louis d'Ailleboust, chevalier, seigneur de Soulan-
ges, lieutenant-général pour Sa Majesté en la Nouvelle-
France, est décédé au dit Montréal le dernier jour do mai,
mil six cent soixante sans avoir laissé aucuns enfants pro-
créés du mariage d'entre lui et Dame Barbe de Boulogne
sou épouse.
Kn foi de quoi j'ai signé le présent certificat à Québec, h
douzième jour d'août, mil six cent soixante-quatre.
De Maisonneuve "
Et de quatre !
Enfin une nouvelle déclaration solennelle, en date du 14
août 1664, corrobore absolument la piveédeute :
" Nous. Louis Rouer, sieur de Villeray. Jean Juchereau,
siour do la Ferté, Denis-Joseph Ructte, sieur D'Auteuil,
conseiller du Roy en son Conseil Souverain de la Nouvelle-
France, et Jean Bourdon, sieur de St- François, procureur-
général de Sa Majesté, certifions il tous qu'il appartiendra
que défunt Messire Louis d'Ailleboust ci-devant gouverneur
et lieutenant-Général pour le Jioi en ce pays y est décédé
sans avoir laissé aucuns enfants de son mariage avec Dame
Barbe de Boulogne sa femme.
Vax foi do quoi nous avons «igné le présont certificat à la
dite Dame d'Ailleboust, pour lui servir et valoir ce que de
raison.
Fait a Québec, ce quatorze août, mil six cent soixante-
quatre.
Rouer, Sr Villeray
JUCHEREAU DE LA FERTÉ
BoCRDON, PROCUREUR-GÉNÉRAL DU Roi
Ruette D'Auteuil
Et de cinq /
— 47 —
Il serait fastidieux d'accumuler les preuves d'une erreur
rendue manifeste il ht seule lecture de la déclaration solen-
nelle du 14 août 1664. (.'et unique document suffirait à
l'établir de manière à défier toute contradiction.
Sans doute il est fâcheux qu'une aussi grave inexactitude
se rencontre, pour l'un dos personnages les plus marquants
de la noblesse franco-canadienne, dans le Dictionnaire <rê-
néalogique. Cette faute, étroitement consignée dans l'ouvra-
ge de Mgr Tanguay n'eut peut-être pas tiré à conséquence.
Mais, par malheur, ou plutôt par bonheur pour la vérité
historique dont les droits étornels domeurent imprescripti-
bles, d'autres archivistes prenant cotte iausso indication
pour un renseignement précis, l'ont copiée à leur tour, ot
fait circuler. (I) Non seulement elle s'est échappée du
Dictionnaire, non seulement elle court le pays, en tous sens
et à tous hasards, mais elle a passé la frontière, voyage à
l'étranger et s'installe effrontément aux places d'honneur
des bibliothèques publiques à la faveur d'une publication
magistrale qui la promène s\ ses frais et dépens.
A lie will travel seven leagues while truth is getting on its
boots. Co vieux proverbe anglais, l'un dos plus typiques que
je connaisse, s'applique avec une admirable justesse a l'erreur
généalogique commise par Mgr Tanguay. Non seulement elle
est à sept lieux de nous, mais lt voici rendue aux Etats-Unis,
(1) M. Benjamin Suite est do ce nombre. On lit
en effet âla page 29, tome I V, de son Histoire des Canadiens-
Français : " En mémo temps que s'éteignait la fameuse
Compagnie des Cont-Associés disparaissait aussi de la scène
du mondo M. Jean de Lauzon qui l'avait vn naître et en
avait été un des membres les plus actifs. Retourné en
France (1656) ce vieillard s'était remis en ménage en épou-
sant Barbe d1 Ai lleboust, fille de M. Louis d'Aillebouxt, ancien
g< uverneur du Canada. 11 mourut à Paris, le 16 février
1666, âgé de 82 ans," etc.
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— 48 —
A Cleveland, Ohio, a plusieurs centaines de milles d'ici. VAkr
vient d élire domicile dans un ouvrage laineux. Ceux-là d'en-
tre nous qui aiment et cultivent par le detail l'histoire du
Canada — leur nombre augmente, Dieu merci— savent par-
faitement qu'il se publie actuellement ù Cleveland, «Hat de
l'Ohio, ohe» les célèbres imprimeurs The Burroughs Brother*
Company, une edition, royale à tous les points de vue, des
Relations des Jésuites, texte français rigoureusement calqué
sur l'original, avec, on regard, une belle traduction anglaise
des plus serrées pour le sens, comme des plus châtiées poul-
ie style. Terminée cette colossale entreprise comptera soi-
xante volumes et coûtera une somme énorme.
X-a publication de celte œuvre classique est placée sous la
direction immédiate de M. Rouben-tîold Thwaites, secré-
taire île la Société Historique de TKtat du Wisconsin.
Or, à la page 328 du tome 23ièrae. nous lisons ce qui suit :
Louis d'Aillcboust, one of the Montreal proprietors,
succeeded Moutmagny (Sept 1G48) as Governor General of
Canada ; three years later he was replaced by Jean de
Lauson. In lt>52 he obtained a grant of land on Isle of
Orleans (St- Francis parish). In the following year he was
chosen as a syndic of Quebec. During the interval between
DeLauson's departure and d'Argenson's arrival (Sept. lo'57
— .luly lt>58) d'Aillcboust was acting governor of the
country.
He died at Montreal, May 31, ln'iïO, leaving but one child.
Barbe, who married De Lauaon, the governor. — (note lt>,
p. 28» ).
Aurai-je eu la satisfaction de convaincre M. Thwaites au
point do l'amener à corriger cette erreur historique qui fait
tache au bel ouvrage qu'il publie ? Mon assurance sur ce
point confino à la certitude.
Loin de moi l'étroite et mesquine pensée de vouloir dis-
créditer auprès d'un savant archiviste étranger le Diction-
naire Généalogique. Qu'il le tienne, au contraire, en une
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— 49 —
grande et croissante estime. Cette œuvr» gigantesque,
absolument unique, est à la fois un monument scientifique
et national. Elle représente quarante années d'études aride*,
de labours acharnés, do rechorches interminables, poursui-
vies quand même, en dépit d'obstacles et de difficultés sans
nombre. Un seul homme a eu le courage, la patience et la
force d'entreprendre et de parachever ce travail d'Hercule.
Ce vaillant a lo droit de dire à son pays ce qu'Horace écri-
vait de ses odes : Exeyi monument um are perennius.
Je no fais pas ici un procès au Dictionnaire, je sou-
tiens seulement, mais fermement, à M. Beuben-Gold
Thwaitcs qu'il est très dangereux de s'appuyer sur cet ou-
vrage et se réclamer de son autorité, dans une discussion
relative aux familles de Boulogne et d'Ailleboust. Je le
répète, Mgr Tanguay a été exceptionnellement malheureux
dans la préparation de leurs arbres généalogiques, et il a
commis & leur propos uno dos pires erreurs do son livre.
Qu'on en juge.
Voici ce que nous lisons à la page 16*2, du tome 1er :
" De Boulogne, Florentin, de St-Kustache, de Paris.
Philippe, Gertrude, baptisée l(i03, née ù Bavière, en
Champagne, uraulhie dite St-Dominique, lo 2 déc. 1048 ;
sépulture, 20 août 1667, ù Québec.
Barbe, baptisée 1018, mariée à Louis d'Ailleboust. 3ièmt
gouverneur de la colonie, sépulture 7 juin 1085. Inhumé*
dans le chœur des Hospitalières de Québec."
Or, si nous consultons uno dernière fois les Papiers
(V Ailleboust nous constatons, par lo contrat de mariatje de
Barbe de Boulogue, en date du 6 septembre 1638, quo la
femme de Florentin de Boulogne n'était pas Gertrude-
Philippe, mais Kustache Qurau ! Mgr Tanguay prend ce
nom de Philippe pour un nom de famille. Ce n'est qu'un
nom de baptême ; et ce nom de baptême appartient à Ger-
3
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— 50 —
trude-Philippe de Boulogne, sœur aînée de Barbe de Bou-
logne, femme du gouve rnear d'Ailieb just. C'est-à-dire que
Mgr Tanguay marie le pire avec sa niie. et de cette union
fait naître un enfant, Barbe, qui se trouve être, conséquem
ment, la propre sœur de sa mère î ! (1)
11 est heureux, pour Madame d'AJlleboust, qu'elle ait eu
le soin de mettre en bon ordre et liou sûr ses papiers de
famille. Autrement les mauvaises langues eussent insinué
qu'il lui était arrivé un gros accident î
Comment une aussi monstrueuse erreur a-t-ellepu échap-
per à l'auteur du Dictionnaire Généalojique f Je l ignore.
Elle est d'autant moins excusable que huit ans avant la pu-
blication du Dictionnaire on lisait ce qui suit dans X Histoire
des UrsuUnes de Québec : (2)
" Le deux décembre 1648 on reçut au Noviciat Mademoi-
selle Philippe Gertrude de Boulo.jue. sœur de Madam?
d'Aillebottst, si bien connue eu ce ]>ays. Cette pieuse demoi-
selle était venue en Canada avec sa sonir, femme du troi-
siime gouverneur. M. Louis d'Aillcboust de Soulanges.
Elle n'eut pas plus tôt fait connaissance avec nos premieres
nu- res qu'elle désira se consacrer à Dieu parmi elles ; mais
M. et Madame d'Ailleboust ne manquèrent pas de pr» tentes
(1 ) Je signale particulièrement à l'attention de M. Reuben-
Gold Thwaites une fort intéressante esquisse de la vie de
Barbe de Boulogne, par M. le docteur N.-E. Dionne, parue
dans La Kermesse, revue hebdomadaire, publiée à Québec en
1892, — numéro du 30 septembre, pages 29, 30, 31 et 32.
(2) Les Ursulines de Québec depuis leur établissement
jusqu'à nos jours — Tome 1er, page 139. — Québec : Des pres-
tes de C. Darveau, 8 rue LaMontagne, Basse-Ville, 18U3.
Le premier volume du Dictionnaire Généalogique de»
Familles Canadiennes de l'abbé Tanguay, ne parut que
huit ans plus tard, en 1871, chez Eusèbe Senécal, à
Montréal.
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pour lui faire différer son entrée aux Ursulines. Cependant
lludeinoiselle de Boulogne poursuivait toujours son pieux
dessin, et dès qu cllo eut obtenu la permission si longtemps
désirée, elle quitta joyeusement la résidence du gouverneur
qui était déji à cette éjKKjuc le rendez vous des belles dames
et des brillants chevaliers du pays, et rint partager avec
générosité les travaux pénibles et les privations sans nom-
bit; de ses pieuses amies des Ursulines."
Il est heureux, pour Mgr Tanguay, que Madame d'Aille-
boust n'ait jamais eu d'entant ! Les héritiers de ce grand
nom eussent alors été bien fondés à poursuivre en domma-
ges, exemplaires et viudictifs, son fameux Dictionnaire
(Unéalotjique.
Kunkst Myrand
LE GENERAL ARNOLD
A l'assaut de Québec, le M décembre 1775, Benedict
Arnold qui conduisait la seconde attaque lut blessé assez,
griè vement à la jambe. Le 7 octobre 1777, à Saratoga, il se
battit comme un lion et fut de nouveau blessé à la infime
jambe.
Trois ans plus tard, en 1780, Arnold trahissait la cause
de rindéjHjndance américaine et essayait de livrer West-
Point à sir Henry Clinton.
Arnold fut fait brigadier-général dans l'ami éo anglaise.
Envoyé dans la Virginie, pour y opérer une diversion, il
lutta contre Lafayette et s'empara de Richmond.
C'est dans le coure do cette expédition qu'Arnold faillit
être tait prisonnier par ceux qu'il avait renié.
— Qu'eussiez-vous fait de moi si j'étais tombé entre vos
mains, dit-il quelques jours après cette alerte à un officier
américain ?
— Nous aurions enterré avec les honneurs do la guerre
votre jambe brisée au service de la patrie, répondit celui-ci.
et nous aurions pendu lo reste. P. G. R.
RÉPONSES
Le Journal des Jésuites. (II, II, 155.)— Le Jour-
nal des Jésuites a été tiré à 000 exemplaires ; mais presque
toute l'édition a été détruite par le feu, en même temps que
la majeure partie de l'édition de Y Histoire de Cinquante
Ans. par T. -P. Bédard. Le* exemplaires de ces deux ouvra-
ges non endommagés par l'eau et la fumée sont très rares.
Soixante-trois exemplaires du. Journal des Jt'su>'te~s sont daus
le public, et la majeure partie de ce nombre restreint se
trouve aux États-Unis, if. Valois en cataloguait un exem-
plaire, il y a quelques années, à $50.00, si ma mémoire ne
me fait pas défaut. L'honorable L.-Ii. Masson a payé son
exemplaire $75.00 de M. Brousseau. J'en ai trois exem-
plaires : un qui provient do la bibliothèque do l'abbé Boau-
det. deux que j'ai achetés dernièrement de M. Brousseau, le
tils do l'éditeur.
M. Brousseau n'en a plus qu'un exemplaire, qu'd conser-
ve comme les yeux de sa tête. J'ai aussi un exemplaire
intact, non rogné, de Y Histoire dr Cinquante Ans, de
Bédard. Il vient de la bibliothèque de feu Guillaume
Amyot. La réimpression laite par M. J.-M. Valois, en 185)3,
e*t figurée de l'édition originale, qui était imprimée avec
des caractères anciens. Cette réimpression se vendait $5.00.
Raoul Renault
La mort du gouverneur de Mesy. (IV, IT,
435.) — Dans l'hiver de 1064, M. de Mésy tomba malade de
la maladie dont il mourut. 11 se fit porter à l'IIûtcI-Dicu
dans la salle des pauvres. Sa maladie fut assez longue pour
lui donner le temps de se préparer à, la mort. On sait qu'il
avait très mal agi à l'égard de Mgr de Laval, qui avait été
pour ainsi dire son protecteur. 11 le tit prierdo venir le voir,
ko réconcilia avec lui et lui demanda pardon. Il fit publier
4 son de trompe, et afficher sur toutes les places publique*,
la rétractation de tout ce qu'il avait dit et écrit contre le vé-
nérable évêque de Québec, et le pardon qu'il demandait au
public du scandale qu'il avait donné, et ù l'évoque de l'ou-
trage qu'il lui avait lait. Il prit même Mgr de Laval pour
son confesseur, et voulut mourir entre ses mains. Entin,
pour y mettre le dernier sceau, il lit un testament où il re-
nouvelait les mémos protestations, et par esprit d'humilité
et de pénitence il demanda d'être enterré dans le cimetière
de l'llûtel- Dieu, au milieu des pauvres, sans pouipos et sans
distinctious.
M. de Mésv mourut le 6 mai 1664.
V
Ses dernières volontés furent exécutées, à l'exception des
honneurs fun ibres, que Mgr de Laval, a la tête do son clergé
et de tous les corps do la colonie, lui rendit le plus solennel-
lement possible. Lo corps fut porté par quatre congréga-
nistes, et les coins du drap par quatre Sauvages. Il fut d é-
posé à la cathédrale où il passa la nuit. Le lendemain on
le reconduisit ù l'HOtel-Dieu.
De Latour
L'ancien Conseil de Quebec. (IV, V, 431).)— Au
dire do Charlevoix ce Conseil n'était pas d'une composition
bien régulière. Parlant de l'organisation civile et judiciaire
avant le régime de 1763, il écrit :
u II est vrai que dès l'année 1640, il y avait un grand
aéuéehal de la Nouvelle-France, et qu'aux Trois-Rivièros il
y avait une juridiction qui rcssortissait au t ribunal de ce
magistrat d'épée ; mais il parait que celui-ci était subor-
donné dans ses fonctions aux gouverneurs-généraux, qui
s'étaient toujours maintenus dans la possession de rendre la
justice par eux-mêmes, quand on avait recours à eux, et
que cela arrivait souvent. Dans les affaires importantes,
ils assemblaient une espèce de conseil composé du grand
sén chai, du supérieur des Jésuites, qui, avaut l'arrivée d'un
— 54 —
évéque. était le soul supérieur ecclésiastique du pays, et Je
• quelques-uns de» plus notables habitants, auxquels on don-
nait la qualité de conseillers. Ainsi lorsqu en 1651. le sieur
Godcfroy tut envoyé avec le P. Dreuillettes dans la Nou-
velle Angleterre, "pour y traiter d'une paix perpétuelle
entre les deux colonies, il lut qualifié dans ses lettres de
créance de concilier au Conseil tie la Nouvelle- France :
mais ce conseil n'était point j>ermanent ; le gouverneur gé-
néral l'établissait en vertu du pouvoir que le roy lui eu
donnait, et le changeait suivant qu'il le jugeait à propos."
i >e son cjt '. voici ce que dit l'abb: Ferland de cet ancien
Conseil :
M. d'Ailleboust apportait un nouveau règlement royal,
donné le cinq mar*> lt>4S, et modifiant considérablement
uclui de l'année précédente. Voici quelles en étaient les dis
positions. Dans la suite le gouverneur-général devait être
nommé pour trois ans ; eelui qui sortirait de charge une
première fois pourrait être continué dans ses fonctions pen-
dant trois autres années. Le roi créait un conseil comjiosé
du gouverneur de la colonie, du supérieur des Jésuites de
Qir bec, en attendant qu'il y eu un évêque. du dernier gou-
vemeur sorti de charge, de deux habitants du pays élus de
trois ans en trois ans par les gens tenant le conseil et par
les syndics des communautés de Québec, de Montréal et des
Trois Rivières, s'il n'y avait pas d'ancien gouverneur dans
le pays, l'on choisissait le cinquième conseiller parmi les ha-
bitants de la colonie. Le conseil formé en 1648 tut composé
de M. d'Ailleboust, du P. Jérôme Lalemant et des sieurs de
Chavigny, (îodefroy et Gitfard. Les gouverneur» ties Trois-
Kivières et de Montréal avaient entrée, séance et voix déli-
bér.itive au conseil lorsqu'ils se trouvaient à Québec... Le
conseil avait le droit de faire des lois locales ; il réglait les
affaires de commerce, décidait de la paix et de la guerre
avec les nations sauvages, jugeait les différends entre les
particuliers ; il possédait des pouvoirs législatifs et judici-
aires, toujours néanmoins sous la direction du gouverneur-
général."
Tel était cet ancien Conseil de la Nouvelle- France qui
a précédé le Conseil Souverain de lu'G3.
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Malheureusement lea registres do ce conseil sont disparu*
Ils ont péri probablement dans quelque incendie. Charlevoix
lui-même ne semble pas avoir eu l'avantage do les compul-
ser. En ettet, au sujet de ce projet de traite? do paix et d«
commerce entre le** colonies anglaises et la colonie française
tlont il est question plus haut, il cite deux pièces " quo l'on
garde, dit-il, au dépôt do la marine." La première est une
lettre écrite par le Conseil do Québec u aux commissaires d«
la Nouvelle-Angleterre " ; la seconde est la nomination du
«ieur Godef'roy commo ambassadeur avec le P. Dreuillette,
ot porte en titre : " Extrait des registres de l'ancien Conseil
de ce pays, du vingtième jour de juin 1651."
C'est au dépôt de la marine quo le P. Charlevoix avait pu
se procurer ces extraits. U n'avait donc pas eu eous les yeux
les registres eux-mêmes.
Lu Sœur Juehereau ^crit dans son ouvrage sur l'Hôtel-
Dieu que les registres du Conseil Supérieur avaient péri
dans l'incendie du jour des Kois 171.'}. Heureusement elle a
commis là une erreur de fait. Ces prédeux registres nous
ont été conservés et il y en a déjà six volumes d'imprimés.
Mais il est fort possible que l'annaliste de l'Hôtel- Dieu ait
simplement, par une inadvertance bien compréhensible, cou-
fondu les registres du Conseil Supérieur avec ceux de
l'ancien conseil antérieur à 1603, et que ce soit ces derniers
qui aient brûlé en 1713. Ils se trouvaient sans aucun doute
dans le palais de l'Intendant, où se tenaient les séances du
Conseil Supérieur. Ce palais était situé au pied de la côte
du même nom, un peu a gauche. C'était un bel édifice de
480 pieds, dans lequel on pénétrait par une porto monumen-
tale. Dans la nuit du 5 janvier 1713, le feu s'y déclara avec
tant de violence et se répandit avec tant do rapidité que
l'intendant, M. Begon, et madame l'intendante purent s'é-
chapper à grande peine, en costume de nuit. Celle-ci fut
t
— 56 —
obligée de briser les fenêtres de sa ohambre pour respirer
un peu d'air avant de pouvoir s'échapper, car la fumée
était répandue partout. Deux do ses femmes de chambre» pé-
rirent dans les flammes ; un valet de l'intendant eut le mémo
•ort. L'intendant perdit, dans ce l'eu, paraît-il, plus de
quarante mille piast res en valeur.
C'est à cette désastreuse conflagration que l'annaliste de
l'Hôtel-Dicu fait allusion, quand elle parle de la perte de»
registres du Conseil. Seulement, au lieu de ceux de l'ancien
Conseil elle mentionne ceux du nouveau Conseil.
Combien d'autres documents précieux, pour notro his-
toire, ont péri dans des incendies analogues, ici et en Europe.
I0.VOTU8
Encore le» Mettrons. (IV, IX, 512.)— On a écrit que
le régiment des Mourons était composé de Suisses.
I! peut 6c faire qu'il le fut originairement, mais tel qu'il
nous vint en Canada c'était un régiment composé de toutes
sortes do nationalités.
Une partie sinon toutes les recrues de ce régiment étaient
des prisonniers de guerre que l'on expédia de l'île de Malte
pour venir faire le coup do feu contre les Américains en
1812.
La plupart n'étaient pas mécontents de quitter l'île où
ils n'avaient pas toutes leurs aises, dit-on.
Voici les noms de quelques-uns de ces Meurons qui ob-
tinrent des octrois de terre en 1815 et 1816* dans les town-
ships de Grantham et Markham, comté de Drummond alors
comté de Buckinghamshire : Zach. Jenery, Geo. Brait h-
waite. John Adoly, Jacob Weitgs, Jacob Bonner, Jean
Keogh. André Burzuifsky, Simon Milofl'sky. Jean Gres-
kobigh, Stephan Gourdzky, Thtodore llumsrachy, Amable
Marchand, Pierre Lemetto,John Bowman,Vincent Josarsky,
Martin Koeankwitz, Laurent Gastostosky, Antoine Gradz-
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inskv, Martin Gregortch, Carlo Bowa, Santo Ohalopiua.
Jean Jeasiko:!', Stephen Renkowitz. Albert Draus, John
-Schmidt. Jo*enh Flatkosky, Johannes Cussagrands. etc.
Pour lors, p»ur le sâr. comme disait un vieux Mouron.
Allemand de naissance, tous ces noms en jt/;y, en tz et ff
n'étaient pas des noms de Suisses.
Il y a encore à Drum mond ville, à Saint-Germain de
Grantham, à Wickham et à l'Avenir, un grand nomhre de
descendants des Mourons et des Wattovillo. Véga
Le chauffage de nos églises autrefois.
(IV, XI, 542.) — Lescomptosdu raarguillier du Sault-au-
Ji&oilct, en 1751), montrent un item de 72 livres pour un
réchaud.
Il est à propos do comprendre cette expression au point
de vue historique.
Durant nos hivers vous ète> confortablement assis à l'é-
glise sans vous pr occuper du froid régnant au dehors.
Vous êtes-vous demandé comment nos ancêtres pouvaient
suivre, sans feu, les offices les plus longs ?
Les églises dans leur temps n'étaient pas tinies. pour la
plupart, et quand elles étaient une fois terminées, le froid
y régnait en maître, il n'y avait certainement pas de
poêles !
(.' est ce qui fait écrire à M. Henjamin Suite :
•' Lch églises turent privées de poêles jusque vers l'année
ISO;». Le prêtre qui célébrait tenait une chaufferette sur
l'autel ; quelques paroissiens avaient «les chaufferettes sous
les pieds. Les poêles de» forges de Saint-Maurice, qui datent
de 17'W au moins, attendirent prés d'un demi-siècle le privi-
lège d'entrer dans la maison du bon Dieu. " (Histoire iks
Canadiens- Français, III, p. 118).
Mais comment supporter le froid ? Le réchaud du bon
ouré du Sault-au- Récollet, porté au chapitre des dépenses
pour 1759, explique pour le pasteur. 4
- 58 -
Quant aux fidèles, la calotte couvrait la tête des hommes ;
de chaude!» coi nos protégeaient celle des femmes.
Il est intéressant do voir ce que le Jour mil des Jésuites
dit à ce sujet.
A propos des cendres de l'année 1G40, le Journal s'expri-
me comme suit (p. 34) :
" On avait advertis quelles ne se mettraient ni sur les
calottes ni sur les coéti'es dos femmes, mais qu'il fallait pré-
senter les cheveux."
La calotte était donc en usage alors parmi les simples
fidèles, et de bous vieillards l'ont gardée avec soin. Les
prêtres, à l'église, en dehors du saint sacrifice, se servaient de
leur camail, préservant leur tête et leurs épaules de l'atteinte
trop s ;vère du froid.
LesPùres de Quen et Druillettes u vinrent mêmodeSillerv
à Quélwe-, dit le Journal des Jésuites (p. 22) pour les stations
du jubilé de 1045 " en surplis et dominau (camail) " en un
temps grandement froid."
Mais voici une citation qui établit clairement la fonction
du réchaud.
Au sujet de la célébration de Noël 1646, le Journal des
Jésuites dit (p. 74) : " Le temps fut si doux qu'on n'eut pas
besoin de réchaud sur l'autel pendant toutes les messes."
C'était donc une habitude dés ce temps d'avoir un réchaud
•ur l'autel ; le célébrant s'en servait afin d'accomplir ses
augustes fonctions.
Il y eut cependant des essais pour chauffer l'église à
Québec, ce qui fait dire au Journal des Jésuites (p. 98) au
•ujet de la fête do Noël do 1047 : 44 II y avait trop de chau-
dières a l'église do la messe d« minuit, deux suffisent avec
celle de M. le gouverneur, et elles furent allumées trop
tard, de sorte qu'il les fallut faire oster ; il y en avait
5 ou 6."
*
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— 59 -
Evidemment, le *eu était mi* au bois dans cos chaudières
longtemps avant les offices ; la fumée montait à la voûte, et
les braises dans les 5 ou b" chaudières jetaient une chaleur
miioii .suffisante, du moins de nature à consoler.
JYabbé Chs. P. Kkauiukn
I>e Kamcziiy. (IV, XI 1. 550.)— Timothéde Ramozay,
(père de Claude qui se maria a Québec en lu:>0) seigneur
de la Jesse, Montigny et Rivière, descendant, je crois, d'une
famille écossaise du nom de Iiam>ay.
J'ai feuilleté Daniel, Histoire de nos grandes families ca-
nadiennes, sans y découvrir ce quo l'on d sire savoir. //Ar-
moriai de M. d'JIozier eut ensuite son tour. A l'article De
Salcert. le nom de Ramezai figure par alliance. Antoinette,
tille d'André de Hamezai, sieur d'Orsonville, épouse un
Dt Salcrrt. Ceci a lieu en Bourgogne. A un autre endroit,
Ramezay, le gouverneur de Quéltec, rentré en France après
la conquête, est eité par d'IIozier, à la date 1763, appuyant
M. de Marin, officier français, qui combattit en Cumula, et
qui en ce temps voulait établir ses droits à certains titres de
noblesse.
J'examine alors L'Armoriai général de J. R Riotstap,
(2e édition, 1SS4) et j'y cueille une longue liste de Ramsay,
et vous remarquerez que l'armoierie est presque la même
partout, ce qui m'incline à les croire tous plus ou moins
parents.
Le premier que mentionne Rietstap s'établit en la
Finlande, mais on ne dit pas quand. Ses armes sont : I • ar-
gent à l'aigle de Sable. Devise : Ora et Labora. Cimier :
une licorne issant d'argent. Support : deux irritions d'or.
Ramsay (de Suède) anobli H»:>3, même blason.
Ramsay de Bal main (Ecosse) baronnet en mai 180(>.
Presque la même chose.
Ramsay de Batntf, (comté de Perth, Keosse) baronnet en
1G(>iJ. D'argent à l'aigle de sable, becqué et membre do
'T
— m —
gueules. Cimier : une tête et col de licorne. Support : deux
grillons. T)evise : Sj/emit jitrii <ila rirtus.
Ramsay-Fairfax de Maxton (Ecosse) baronnet, 14 mai-»
1K3i>. C'est un Fairfax qui acquiert le nom de Ramsay par
alliance. Ecart eh? au 1 et 4, il blasonne comme nos autres
lîamsay. L'un de ces Fairfax, capitaine de frégate qui
devint plus tard vice-amiral, assistait au si. ge de Québec,
nous Wolte.
Ramsay, comte de ITolderness (Angleterre), baron de
Kingstoit-upon Thames, et comte de llolderncss, 22 janvier
1021, maison «.'teinte en 102">. Au 1, d'argent à l'aigle de
sable.
Eniin, voiei le dernier et le plus important.
Ramsay. (Kroun- Ramsay, marquis de J>alhousie, Ecosse)
Lord l',in,.s,i;/ tir M, (n>*>\ 2"> août 1GIS ; Baron Ratnsay de
Kerriiigton. et comte de lhilhou.Mc 29 janvier, UV.iï ; titres
dans la pairie d'Ecosse. Baron Daîhousie de Palhousie. 11
août lsl,">. Marquis île î>alhousie. I juin 184!) ; titres dans
la pairie du Royaume- Uni. Maison éteinte le lt> décem-
bre IHfiO. (Do,r.< Pernir/r dit ISSU.) Eeartclé, aux 1
et 4 : d'argent à l'aigle de sable, becqué et membre de gueu-
les ; ( Ramsay) au 2 et li : de gueules à trois tleurs de lis
d'or. (Kroun) ('inner : une t.te et col de licorne, d'ar-
gent, crime et aecornée d'or. Support : deux grillons,
au naturel. Devise : Ont et itihora.
Hnrlu' sPt'crtti/r «(• /ifirom tnt/r.-i la généalogie des Rams<iif-
Dalhousie. nous apprend qu'en 1702. l'un des tils de Ramsay
mourut à la guerre en Hollande. Un autre, en 1707, eut le
même sort a Almanza, en Espagne. Ceci démontre que les
membres de eette maison n'avaient pas des dispositions sé-
dentaire*, et le chevalier Timothé de Ramezav est très pro-
bablement le lils de Jacques ou (luillaume de Ram/.av nés
•ntre HÏ35 et 1045, et sur le sort desquels fiurkës Peenvjf
t
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i
— 01 —
«est muet. Ktant connu Ion r propension aux d '-placements,
■d'aprs les notes recueillies, il ne serait pris surprenant que
l'un Ues derniers personnage s nommés vint échouer et s'éta-
blir en Bourgogne, au plateau de Lanières. La maison des
Ramsay- Dalhousie existait eu Ecosse eu Vil), et le nom
décrivait alors De Ramezai.
Tîécîis Rot
Un tableau «lu Correge au Canada. (IV, XII
Ô52. ) — Il y a dans la cathédrale de Sherbrooke une peinture
à l'huile dont le sujet est V Ium'-lulité </r taint Thomn*.
Kilo mesure trois pieds et sept pouees sur deux pieds dix
pouces. Cette toile n'est pas de Michel-Auge, mais de
Antoine Allogri, dit he (.'orK-ge, le c lèbre fondateur de
l'école lombarde.
Le Corn-ge est le premier 'pli ait os* peindre des figures
■dans les airs. Deux de ses plus beaux tableaux. Saint-
~Ur<>m<' et le Chrixt <ltta<-h<' <lr la rrnix. sont au Louvre. Le
■due de Modône olFrit deux millions pour le premier de ces
tableaux qui avait été payé au Convie deux cents francs.
Kt encore cette somme lui fut-elle comptée eu monnaie de
«cuivre d'un poids si lourd, que le pauvre artiste ayant voulu
l'emporter sur ses épaules jusqu'à sa demeure, éloignée de
«ieux lieues, la fatigue qu'il en éprouva lui donna une fièvre
violente qui termina ses jours.
On sait de quelle façon sa vocatiou se révéla. A la vue
-d'un tableau de Raphael, il s'écria : ': Kt moi aussi, je suis
peintre."' Et à partir de cet instant, il se mit à peindre
presque sans maîtres. Ses d. buts même sont des chefs-
d'œuvre.
Le tableau de la cathédrale de Sherbrooke porte l'au-
lJjentique suivant :
- 6*2 —
♦
" New- York, April 4, 189?.
This is to certify that tho painting now belonging to the
cathedral church of St. Michael. Sherbrooke, Province of
Quebec, was given to me by the venerable Abbé Desjardins,
chaplain of the Hotel- Dion of Quebec, and was by bin*
cert i tied as the Saint Thomas of Correggio" one of the
master-pieces of Italian Art.
Bernard O'Reilly, D. D ; L. D ;
Domestic Prelate of His Holiness ;
formerly Rector of Sherbrooke."
Les paroissions de Sherbrooke sont fiers, et avec rais*)»,
du trésor de leur cathédrale
L'abbé Chs.-Jos. Roy
Sir Allan MacNab et le catholicisme. (V, I.
5(»0. ) — Sir Allan- Napier MacNab, qui tut le chef de l'ad-
ministration MaeXab-Morin.de 1S54 à 185tî, fut inhumé, le
12 août lSt>2, dans le cimetière catholique de Hamilton,
Ontario, avec les cérémonies de TKglise catholique.
C'est la belle.steur de sir Allan Mae Nab, la femme de hou
frère David, fervente catholique, qui l'instruisit des mystè-
res de notre religion.
Les sacrements de baptême, de confirmation et d'extrê-
me onction lui lurent administrés sur son lit de mort par
Mgr John Farrell, évoque de Hamilton.
lies circonstances extraordinaires qui accompagnèrent la
mort du vieux baronnet créèrent une excitation considérable
dans le temps. Sir Allan avait été toute sa vie membre de
l'église d'Angleterre. A plusieurs reprises même, il avait
prouvé que s'il n'aimait pas les Canadiens- Fraudais leur
religion plutôt que leur langue en était la cause.
P. G. R.
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QUESTIONS
574 — Dans mon enfance j'ai entendu raconter par les vieil -
lards qu'un vaisseau anglais, en 17t>0, remontant le fleuve
Snint-Laurent,avait tiré un coup de canon sur l'église de Des-
chambault. C'était pendant la grand'messe du dimanche.
Le prêtre était en chaire. Le boulet ajTant traversé les deux
murs alla tomber quelques arpents plus loin, sur la terre de
Jean (Jroloau, occupée aujourd'hui par M. Z. Gignac.
Y a-t-il quelque chose de vrai dans eette légendo ?
IL
575 — Kn quelle année et par qui a été érigé la grande
croix du Cap Tourmente ? Voy
57<î — Je constate qu'au Canada on écrit, lorsqu'on veut
parler du deuxième évêque de Québec. Saint- Valier. En
France Je comte de Saint- Vallier écrit son nom avec deux 1.
Quelle est la meilleure orthographe ? La signature même
du deuxième évêque de Québec ne fixerait-elle pas le débat ?
XXX
577 — Avez-vous remarqué qu'aucun des portraits de
Wolfe, le vainqueur des plaines d'Abraham, ue se ressem-
ble ? N'a-t-on pas fait, par hasard, pour le héros anglais ce
qu'on a fait pour Frontenac, c'est-à-difc inventé un por-
trait ? Pinx
578 — L'histoire dos luttes de Charles Menou, siour
<l'Aulnay, et de Charles de La Tour, en Acadie, a-t-elle été
écrite ? .Quel est l'autcurvqui traite le plus au long de ces
luttes émouvantes ? Acad.
579 — L'épée qu'on a acquise, il y a quelques années, pour
notre musée national à Ottawa, commo étant celle portée
par Wolfe lorsqu'il tomba sur les Plaines d'Abraham, est-
elle bien authentique i
t
580 — Depuis ces dernières années, il est souvent question
du [jerrymandering dans les journaux ou devant ht Chambre-
dos Communes. Ce mot est-il d'origine eamulionne ou an-
glaise ? XXX
581 — A quelle époque de notre histoire nos bons habitants
veulent-ils taire allusion lorsqu'ils parlent de» *• bonnes
années " ? * Hex
582 — Sous le rJgime français, oî e mprisonnait on bs
criminels à Québec ? Le gouvernement français avait-il fait
ériger une prison dans la vieille capitale ? Ceol.
583 — Doit-on écrire Samuel Chainplain ou Samuel de
Chainplain ? Le fondateur de Québec était-il noble ?
Cm
58-1 — Où trouverai s- je le texte do la fameuse ordonnance
lancée par lord Durham, quelques jour.», après son arrivée à
(Québec, et dans laquelle il accordait une amnistie aux re-
belles, en exceptant de cette mesure l'apineau et quelques
autres chefs ? Polt
5S5 — Dans le comté de Montmagny. il y a un endroit qui
s'appelle canton Rolette. Pourait-on me renseigner sur
l'origine de cette apj)ellation ? II. A.
58(5 — M. De Celles, dans son bel ouvrage sur les Ktats-
l'nis. dit que le premier ouvrage publié en 1 l ançais dans
l'Amérique du Nord le l'ut à New- York en 1<>'.MÎ. 11 portait
pour tit îv : *• Le trésor des eunsotations dieines et humaine*
ou Traité dans lequel te ehrétien pent appreiulre à bannir et
>'i .surmonter tes afflirtions et tes misères tie ret te rie. A New-
York, chez Cuiilaumo Bradford, à l'Knseigne delà Bible,
vm."
Qui mo dira pourquoi cet ouvrage fut. publié eu français ?
XXX
I
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ÉGLISE NOTRE-DAME DU LAC SAINT-JEAN
(robehval)
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BULLETIN
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 5 MARS 1899 Nu. 3
NOTRE-DAME DU LAC SAINT-JEAN
(roberval)
Le premier colon de lu région fut un Alsacien, Jos.
Schambach, marié à une sauvagesse. Parmi lea premiere
colon* de Roberval, on compte : Jacob Duchène, Prime
Thibault. Louis Jean, I rouée Tremblay, Oélestin Desbiens
dit Begin, Protais Guay, Hubert Villeneuve, Am bruise
Jatnme, Thomas J anime, Célestin, Chrysostèmc, Octave et
Charles Buiviu, etc. Ces promiere coloùs arrivèrent en 1855.
La première chapelle, en pièces, de 30 sur 'M, fut bâtie
sur la terre occupée actuellement par M. Ismaél Girard,
dans l'Anse ; transportée sur l'emplacement actuel de l'église,
elle servit de salle publique, |R>ur être ensuite démolie et
vendue. L'église actuelle tut commencée en 1872 et ache-
vée dans les années subséquentes.
Roberval fut érigé en paroisse canonique et civile en 1870.
En 1881, arrivèrent six Ursulines de Québec, et les classes
commencèrent en 1882. Le premier couvent était au bord
du lac ; il fut transporté et servit d'école ménagère au nou-
veau monastère qui fut incendié le (î janvier 18117. Un autre
bâtiment en pierre a depuis remplace le premier monastère.
En 18if7, on ap]>ela des Frères Maristes â la direction du
nouveau collège, dont lo ]>ersonnel enseignant est mainte-
nant coincé de cinq membres.
Les missionnaires, desservants et curés furent : MM. Al-
phonse Casgrain, curé de N.-D. de Laterrière ; Joseph
lludon, curé d'Hébertville ; Auguste Bernier, premier
missionnaire résident, 18(iU-ti3 : Prime Girard, 18b'3-71 ;
F. X. Delâge, 1871-78 ; J.-E. Lizotte, curé actuel. U.
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T*1
•
— IÏ8 —
PIERRE KALM AU CANADA
Pierre K aim naquit en 17KJ dans la province d'Anger
mankind. Suède, où ses parents, le pasteur finlandais (labriel
Kalra, de Xerj^s en Ostrobotnie, et sa femme. Catherine
Ross, s'étaient réfugiés lors des dévastations des Pusses.
Kn 1735, Kalin entra en qualité d'étudiant à l'université
d'Abo. Le professeur, plus ta I'd évêque, J. Hrovallins, re-
marquant son penchant et ses aptitudes pour l'étude des
sciences naturelles, le recommanda au baron Sten Charles
Iijelke. un mécène aussi instruit que riche.
A ses frais, Kalm entreprit un voyage scientifique eu
Finlande, et. Tannée suivante (1741 ). dans les provinces
suédoises d' Upland et de Vastmanland. A ce dernier voya-
ge il se Ht immatriculer à l'université d Upsale et lut reçu
avec lx>aucoup de bienveillance par Lino '■. qui lui donna de
Ihiii9 conseils ]>our son voyage projet? dan.-* les provinces de
Vastergotland et de Bohnslan (1742).
Après ce voyage et après avoir, fann'a suivante, aux Irais
du baron Bjelke. exploré les petites îles des côtes de Soder-
manland et de Rostagcn, il accompagna sou protecteur, en
1744, à travel's la Russie et une partie de l'Ukraine.
Encore étudiant, il avait déjà acquis assez tic renommé
pour être élu, en 174»î, membre de l'Académie Royale de
Stolkholm.
En 1747, il était nommé professeur d'économie- à l'univer-
sité d'Abo.
C'est cette même année qu'il entreprit son fameux voya-
ge dans l'Amérique du Nord.
En .Suède, au dix-huitième siècle, l'argent était plus rare
que les savants. Pour pourvoir aux dépenses d'un aussi
long voyage. l'Académie Royale des Sciences de Stockholm,
qui s'était chargé de son organisation, s'adressa aux trois
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universités d'Abo, de Lund et d'Upsal qui souscrivirent
d'assez importantes sommes. Kulm dépensa dansée voyage,
outre les sommes souscrites, près de l'Ai) louis pris sur ses
propres économies.
Kalin partit d'Upsal le 1«> octobre 1747. Le jardinier
Lars Yungstrocem, l'accompagnait. Après avoir voyagé en
lOuropo» pendant plusieurs mois, les deux voyageurs s'em-
barquèrent à Londres le â août 174S et arrivèrent à Phila-
delphie le 2<» septembre suivant, Kalm passa tout prè>
d'une année à visiter la flore des provinces de New-Jersey
et de New- York.
C'est au mois de juillet 1749 que le naturaliste suédois
passa dans la Nouvelle-France. 11 fut reçu ici à bras ou-
verts. Not îv pays était alors gouverné par M. de La (îalis-
sonnière. un savant en même temps qu'un marin très expé-
rimenté.
Voici dans quels ternies l'intendant Bigot- rendait compte
au ministre, quelques semaines plus tard, du séjour de Kalm
dans la Nouvelle- Franco :
Québec, lô octobre 174!».
Monsi i g rieur,
.l'ai l'honneur de vous informer qu'il est venu en ce pays
un académicien Suédois nommé- Pierre Kalm. muni des pas
soportsdu Roy de France et de Monsieur le Marquis de
Laumary, ambassadeur à la Cour de Suède. Lorsqu'il arriva
au fort St -Frédéric, venant de la Nouvelle- Angleterre, le
commandant de ce fort en donna avis à Monsieur le Comte
de la Calissonnière qui luy ordonna de lournir au dit Sr
Kalm un canot armé et tout ce qui lui sentit nécessaire pour
se n ndre à Québec, où il ne s'est occupé suivant le compte
qui nous en a été rendu parle Sieur (iautior, médecin qui
Pa toujours accompagné, qu'à faire des observations sur les
minéraux, sur les végétaux et 6ur les animaux, ce médecin
nous a assuré que ce* observations n'avoient d'autre objet
que de les connaître et d'en faire la description.
II a séjourné à Québec environ 40 jours, et Monsieur de
la (Taltasonniére m 'ayant dit que de pareils botanistes qui
avoient esté envoyé de France en Suède, y avoient esté bien
traités et même défrayés, j'ay fait payer icy par représailles,
sa pension, ainsi que les dépenses que les recherches qu'il y
a faites ont occasionné.
Il est parti de Québec il y a environ un mois ; je donnay
ordre à Montréal de le défrayer dans sa route et ]K>ndant le
séjour qu'il y feroit ; on m'écrit qu'il en est parti le 10 de ce
mois pour se rendre ù Orange par le fort St- Pruderie, il
vouloit s'en retourner par le fort Frontenac pour se rendre
à Chouaguîn, mais Monsieur le Marquis de la Jonequière
n'a pas jugé à propos de luy permettre de prendre cette
route, dont il a paru mortifié.
Ce botaniste emporte avec luy beaucoup de plante* et
d'arbres.
J'espère, Monseigneur, que vous approuvez que j'ay fait
payer les dépenses qu'il a occasionné et dont cy joint on
«•ont les états.
Je suis avec un profond respect,
Monseigneur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
BlUOT.
L'état de compte dont parle Bigot dans la lettre ci -dessus
a été conservé. On aimera peut-être à savoir ce qu'il en
eoûta au gouvernement français pour faire les honneurs de
*a colonie de la Nouvel le -France au savant suédois. Voici :
Etat de la dépense que le sieûr Pierre Kalms, académi-
cien suédois, muni des passeport» du roy pour la recherche
des diverses plantes, graines et herbes, u faites pendant son
séjour à Québec, s>;avoir :
Payé H la demoiselle La jus pour son logement et
nourriture pendant trente huit jours à raison
de 4 1. 10 s. par jour 171 lbs.
Payé & la dite demoisello pour le logement et nour-
riture de Lament imgstrom (Lars Yungs-
troeem) son domestique pendant le même
espace do temps à 1. 1 10 s 57 "
Payé à divers habitans qui l'ont mené en canots
avec Monsieur Gautier médecin du Koy en
ce pays de Québec à la baye St-Paul pour
aller à la découverte des Mines qui sont au dit
endroit , tant pour le dit voyage que pour leur
subsistance 358 44
Payé a un homme de Loretto comme guide 12 "
Payé a divers habitans qui l'ont conduit en canot
de Québec à Montréal 180 "
778 tbs.
Après avoir visité la Nouvelle-France, Kalm retourna
dans la Nouvelle-Angleterre. Ce n'est qu'en 1751 qu'il se
rembarqua pour l'Angleterre. La traversée fut périlleuse.
Enfin, le 13 juillet, il revoyait Stockholm, après une ab-
sence de tout près de quatre années.
Il se fit alors consacrer pasteur, et, on 1757, il était nom-
mé pasteur d'abord à Pikkis, puis à la prébende de Sainte-
Marie.
Au jubilé de 17o'8, Kalm fut promu au grade de docteur
en théologie ; et en 1772, à l'occasion du couronnement du
■
- 72 -
Roi, il fut nommé chevalier de l'ordre de Wasa. conféré
alors pour la première lois à un pasteur sti.'dois.
11 mourut le 1(5 novembre 1771».
Kalm a laissé 150 dissertations académiques, de nombreux
mémoires d'histoire naturelle, dVconomie et do topogra-
phie.
Le récit de son voyage en Amérique a été traduit en
allemand, en anglais et en français. Cette dernière traduc-
tion, faite par feu M. L.-W. Marchand, a «'té publiée dans
es Mémoires de la Société Historique de Montréal.
PlKRKE-CÎEOROKS ROT
LE MORCELLEMENT DES PROPRIÉTÉS
Sous le régime français, l'autorité s'opposait de toutes
ses forces à ce que les colons n'établissent sur des propriétés
«le peu d'étendue. Par une ordonnance du 28 avril 1745,
lo roi Louis XV défendit de construire des maisons sur de*
pièces de terre de moins d'un arj>ent et demi de front, sur
trente de profondeur. Cinq habitants de l'île d'Orléans
furent jwmrsuivis pour contravention à ce règlement et
furent condamnés, le 12 janvier 1752, par l'intendant Fran-
çois Bigot, ù payer chacun cent francs d'amende aux pau-
vres de leur paroisse respective et :l déimdir leurs bâtisses
«lans un délai de quatre mois. Les noms de ces propriétai-
res étaient : Pierre Laehance, sieur Curodeau, J.-Bte
Martel, forgeron, Jean-Marie Plante, tous de Saint-Jean, et
le nommé Serrant, cabaretier de Sainte- Famille (2e vol.
Ed. et Ora\ 594).
L'abbé L.-E. Bois
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ARMES DES LIEUTENANTS-GOUVERNEURS
DE LA PROVINCE DE QUÉBEC
Voici la description donnée par M. Eugène Taché des
armes des lieutenants-gouverneurs de la province de Québec :
»Sir Narcisse-F. Belleau, l'honorable René-Edouard Carou,
l'honorable Luc Letellier de Saint-Just, l'honorable Théo-
dore Robitaille, l'honorable Louis- Rodrigue Masson, l'hono-
rable Auguste-Réal Angers, sir J.-Adolphe Chapleau et
rhonorable Louis-A. Jetté.
BELLEAU
D'azur au chevron d'or, accompagné de trois chouettes
de sable deux et un,— avec la devise : Je veille. 2
— 74 —
CARON
ïVargent à la bande d'azur scmde de fleura do lis d or, —
»vec la devise : Suaviter in modo, fort iter in re,
LETELLIER DE SAINT-JUST
De gueules do la fasco d'argent chargée de trois feuilles
livrable tiges de sinople, accompagnée de deux éperons d «»r
en chef et d une main senestre coulour naturelle en pointe,
—avec la devise : Hœc inanus ob patriatn.
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— 76 -
RO BIT AILLE
nxw. la «levine : A ciel ouvert.
MASSON
Tranche" d'or et d'azur, ce dernier chargé on chef «l'une
tête «le griffon ailé d'argent, — avec la devise ï T>ku ayiont.
— 76 —
ANGERS
Ecartelo en sautoir, au premier et au quatrième d'azur X
l'étoile d'argent, au deuxième et au troisième d'or à la roœ
de gueules tigée de sinople. Sur le tout, de gueules à la
tête de chérubin d'or aîlé du même, — avec la devise: Par
<t roi et s chemins.
CHAPLEAU
4k
D'argent à la fasce d'azur accostée de deux burèles du
même, accompagnée de trois têtes de lions de sable, arra-
•chées de gueules, armés et lain passés d'or j l'éeu de la pro-
vince de Québec, qui est d'or & la fasco do gueules chargée
■d'un lion passant regardant du champ, accompagnée de
deux fleurs do lis d'azur en chet et de trois feuilles d'érable
tigées de sinople en pointe, brochant sur le tout, — avec la
•devise : Toujours pour elle.
.JETTE
D'azur au cygne d'argent nageant sur une mer du même-,
surmonté de deux étofles d'or en chef, — avec la devise :
Spe$ mea supra steltas.
***
Répétons ici, pour mémoire, que dans le blason, les cou-
leurs s'indiquent sur la pierre, le marbre, le bronze ou le
bois par des hachures tracées solon des règles convention-
nelles. Ainsi, le rouge (de gueules) est représenté par des
lignes verticales ; le bleu (d'azur) est représenté par des
lignes horizontales ; le vert (de sinople), par des lignes dia-
gonales allant de droite à gauche ; le pourpre, par des
lignes diagonales de gauche à droite ; le noir (de sable), par
■
— re-
des lignes horizont ales et verticales crois es. L'or est repré-
Bénir par un pointillé ; l'argent est indiqué par l'absence de>
toute hachure ou incrustation (fond uni).
Les armes dont on vient de lire la description peuvent,
pour la plupart, être vues au Palais Législatif de Québec,
où elles ont été sculptées dans la pierre. On les a distribuées
de la manière suivante :
Les armes de Sir N.-F. lielleau et de l'honorable R-E^
Caron, au-dessus de la porte d'entrée de la fayade donnant
*ur la Grande Allée ;
Les armes de l'honorable Th. Robitaillc et de l'honorable
L.-K. liasson dans les parements du vestibule de l'entrée
d'honneur du Palais, au-dessous du campanile \
Les armes de l'honorable L. Lctellior de Saint-Ju&t et d»
sir Adolphe Chapleau au-dessus de la porte d'entrée cerv
traie donnant sur la rue Saint- Augiuftiu ;
Les armes de l'honorable A.-JÎ. Angers au-dessus de la
porte d'entrée donnant sur la rue Sainte-Julie.
Les armes de l'honorable L.-A. Jotté n'ont pas encore été
aculptées au Palais Législatif. K. G.
LE LUTIN
Sorte de génie malfaisant,ayant autrefois donné coursa une
superstition fort répandue. Le iuttin. qui connaissait l'amour
de nos " habitants " pour leurs chevaux, se plaisait surtout
à épuiser ses diableries sur ces intéressants quadrupèdes.
Tantôt, se glissant dans les écuries, il emmêlait queues et
crinières ; tantôt encore il lançait les pauvre» bêtes dan»
un galop désordonné à travers champs, et ne les ramenait
au petit matin, quo fourbues, poussives, et les flancs blancs
d'écume. Pour éloigner le lutin des écuries, il fallait t nicer
une grande croix sur les portes, et c'est ce qui se fait encore
aujourd'hui parmi les Acadiens et les riverains du ba*
Saint-Laurent.
Sylva Cl a pin
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LA BOUJONNIER
Dans une colonie de cinq ou six cents âmos, comme l'était
le Canada en 1650, tous les individus attirent l'attention à
un degré intense, pareequo même le plus humble d'entre
■eux compte en sens inverse du petit nombre de la masse.
Un notaire devient un personnage historique, puisqu'il con-
signe par écrit certains laits que sa signature revêt d'un
caractère d'authenticité indéniable. Parlons donc, aujour-
d'hui, du premier tabellion des Trois- Rivières.
M. Ernest Myrand (Recherche* Historiques, novembre
1898, p. 325) nous montre Flour Boujonnier secrétaire du
gouverneur général d'Ailleboust à la date du 10 février
1649. Il faut en conclure que M. d'Ailleboust, arrivant de
France, le 20 août 1648, avait amené avec lui ce fonction-
naire que l'on ne voit nulle part dans les années précédentes
Iians le tome I, p. 404, des Jugement* du Come.il Souverain,
on voit que, le 2 juin 1050., Boujonnier enregist re, par ordre
du gouverneur, le titre du 5 avril 1644 accordaut à Jacques
llertel le tief de l'Arbre-à-la-Croix qui se trouva compris
par la suite dans la seigneurie de Charaplain.
Le greffe des notaires des Trois- Rivières commence le 19
Juin 1650, par un acte de La Boujonnier. La deuxième
pièce est de Nicolas Gatineau dit Duplessis, du 7 août sui-
vant. Le 4 juin 1651 M- d'Ailleboust étant aux Trois- Ri-
vières, accorde aux Pères Jésuites le petit morceau de terre
appelé tief Pachirini. En cette circonstance la signature du
secrétaire du gouverneur prend la forme de " 0. Bouron-
sier" mais, d'après M. .Myrand et le notaire Ameau, on doit
lire " Boujonnier." L'inventaire de la succession de Jaeques
Hertel, aux Trois- Rivières, mois d'août 1651, est dressé par
Gatineau, qui était commis du poste de traite. Le 19 mars
— 80 —
1652, Sévérin Ameau signe .son premier acte mais sans dire
qu'il est notaire aux Trois-liivières. Il écrivit son dernier,
dans le même lieu, cinquante ans plus tard.
Jusqu'à l'automne de 11551, Lu Boujonnier parait avoir
vécu à Québec, auprès de M. d'Aillebou&t, mais ce dernier
passant alors la charge de gouverneur-général à M. de
Lauzon, il faut croire que notre secrétaire garde-notes
suivit M. Guillaume Duplessis Kerbodot qui allait gouver-
ner aux Trois- Ki vivre». Kerbodot était venu de Fiance
avec M. de Lauzon ; il s'embarqua, à Québec, pour les
Trois .Rivières le 10 novembre KJ51. Le 2i5 du mêmt mois.
La lioujonnicr instrumentait en qualité de notaire dans ce
dernier lieu.
Le 1!) avril 1G52, d'après le Journal îles Jésuites, La Bou-
jonnier, Charles Lcmoine et Jacques Leneuf de la Poterie
arrivèrent à Québec venant des TroU- Rivière*.
1a> 7 juillet 1U52, La Boujoiiuier dresse, aux Trois- Riviè-
res, un contrat de mariage auquel signe, comme U moin.
Melle Mance, de passage en cet endroit.
Le 5 août suivant. La Boujonnier prépare, aux T rois-
Rivières, un acte par lequel Mathurin Baillargeon, Claude
Jloussard et Denis Métayer vendent il Guillaume Dupiessi»
Kerbodot un emplacement avec maison dessus construite.
Le 18 août suivant, La Boujonnier est tué par les Iro-
quois, à la sortie de la rivière des Trois Hi vière». Le lende-
main Guillaume Duplessis Kerbodot est tué par ces Sauva-
ges dans la banlieue, au-dessus tic la bourgade (Journal des
Jésuites). 11 n'y a pas de mention de ces deux attaints au
registre dos sépultures de la paroisse.
])ix jours après, 28 août, l'inventaire des biens de Tho-
mas Godefroy de Normanville, tué le 1!», est faite par
Ameau, qui prend le titre de notaire pour la première fois.
Le lii décembre, Ameau déclare que le contrat de vente du
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5 août précèdent n'ayant pas été signé par La Boujonnier
celui-ci étant " m>rt iuopinémimt ", n'a aucune valeur.
Duplets Kcrbodot n'existant plus, les vendeurs passent la
propriété en question à François Boiviu et Jean Parent.
La Boujonnier a donc demeuré en Canada quatre ans,
toujours employé comme secrétaire des gouverneurs, et
notaire i l'occasion.
Benjamin Sultk
LES NOYAUX
Voici que par hasard en parcourant curieusement le-
feuillets d'une Encyclopédie «iénéralo des jeux, compilation
de M. Benjamin l'ifteau, j'y trouvai un jeu: Lr* noyaux,
de provenance canadienne, nous assuro-t-il. M. l'ifteau à
édité ce livre probablement veis 1S40, car le millésime, que
l'on trouve ^éuéra le ment au bas de la première page du
livre, manque complètement ici, ou ailleurs dans le volume,
mais a en juger par la plus récente date des ouvrages ayant
servi au compilateur, un )>en plus d'un demi siècle s'est
écoulé depuis la publication de l'Encyclopédie (Jénérale de-
jeux, de Fi fléau.
Des ouvrages remontant même au milieu du dix-septième
siècle ont fourni matière à M. l'ifteau.
Le jeu des noyaux est sans doute d'origine indigène. Les
Sauvages, l'apprirent aux Français, coureurs des bois, ou
vhas.sours, et quelque scribe amateur des jeux de hasard en
prit note, afin qu'aujourd'hui, je puisse vous en rejKirler.
Fifteau dit : li C'est un vieux jeu, qui vient du Canada.
( >n v joue avec huit novaux. noirs d'un côté et blancs de
l'autre. On jette ces noyaux en l'air. S» les noirs se trou-
vent impairs, celvii qui a jeté les noyaux gagne ce que
l'autre a mis au jeu ; s'ils se trouvent ou tous noirs ou tous
blancs, il en gagne le double. En dehors de ces deux cas
il perd sa mise ' Régis lîov
3
- 82 —
RÉPONSES
La mort de lord Sydenham. (IV, IV, 435).— Le
4- septembre 1841, comme lord Sydenham revenait d'une
excursion à cheval dans les environs de sa résidence. 1 Kings-
ton, sou cheval Ht une chute et en tombant lui écrasa la
jambe droite. Les médecins découvrirent que l'os principal
de la jambe était fracturé obliquement et qu'il y avait en
outre au-dessus du genou une largo blessure causée évidem-
ment par l'angle d'une pierre.
La prorogation du parlement avait été fixée au 15 ; elle
fut retardée de deux jours afin de permettre au gouverneur
d'être présent. Mais.dans l'intervallc.le mal de lonl Sydenham
n'aggrava tellement que les m 'détins l'avertirent qu'il n'y
avait pas de guérison possible. C'est le général Clitherow
qui, par procuration, prorogea le Parlement le 18 septembre
au matin.
Ce jour-là môme, lord Sydenham ayant parfaitement
conscience de son état , se tit donner les dernières consolations
de son église. Il dicta aussi son testament et prit congé de
tout son monde, en disant un bon mot à chacun. Il pria M.
Murdoch, son secrétaire civil, d'écrire l'histoire de son ad-
ministration au Canada. 11 manifesta à plusieurs reprises
sa satisfaction de voir le Parlement prorogé, et les princi-
paux points de sa mission au Canada accomplis. A son secré-
taire privé, M. Grey, il dit : " Au revoir, <irey ; vous défen-
drez ma mémoire ! " Puis il parla affectueusement au major
Campbell et à M. Baring et termina en disant a- tous ceux
qui l'entouraient : " Maintenant, laissez-moi seul avec
Adamson (son chapelain) afin quo je me prépare à la mort.''
Il passa le reste de la journée ot touto la nuit en prières
• avec le chapelain Adamson. Ses souffrances, parait-il, étaient
atroces. Il mourut le dimanche, à sept heures do la matinée.
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Pour se rendre mu désir maintes ibis exprimé "de lord
Sydenham, il fut inhumé à Kingston même. Les funérailles
eurent lieu le 23 et furent tr.'s solennelles. Jamais Kingston
n'avait vu pareille démonstration. Ce fut une journée de
deuil publique ; les magasins et les usines furent fermés et
les affaire* suspendues.
liord Sydenham mourut célibitaiiv et son titre s'éteignit
avec lui. 1I.-J. Moroan
Adeisheim. (IV. X, 520).— Charles- Frédéric Chrét ien,
baron de Adeisheim, était fils de Charles.harou de Adeisheim.
major d infanterie au service du landgrave de liesse Castcl.
seigneur de Waekback. Ilaektel et autres lieux, et de Louise
de Arnirn. Cette famille demeurait à Waekback. en F ran-
çon ie.
Le baron, dont il est question, avait un oncle, le baron
Krnestin Chrétien de Adeisheim. qui était lieutenant-colonel
de Brunswick, et un frère, le chevalier Christian de Adei-
sheim.
Le 5 septembre 1778. le baron d' Adeisheim, qui demeu-
rait alors ;Y Québec, rue Champlain, cédait ses droit » dans
la succession de son père en faveur do son frère pour le prix
de (piat re mille florins deFranconie, soit deux mille piastres
d'Espagne. J. E. R.
Les poêles dans nos églises. (IV, XI, 542.)—
L'église de Vaudreuil fut chauffée pour la première fois
vers 1850. Avant cela la sacristie seule était chauffée. Mon
père qui pratiquait la profession d'avocat en cet endroit à
cette époque obtint du grand vicaire Archambault. alors
curé, l'introduction d'un poêle dans l'église.
La chose ne se fit pas sans hésitation. Le curé croyait
que i; la chaleur et la fumée détruiraient les dorures de
l'église "
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- *.< —
Qu'on me permette une petite anecdote à ee sujet.
C'était en hiver. Il faisait un froid i\ fendre les pierres et
l'officiant, M. Roux, après avoir entonné le credo à la grand'
messe au lieu do se rendre de l'autel à son siège comme la.
«♦ont urne l'exige, s'en lut a la sacristie. Ix\s assistants crurent
que cet aimable prêtre s'était senti indispose pour en agir
ainsi et après la messe quelques-uns de st>s amis furent K
trouver pour s'informer de sa santé :
— Ave/.- vous été malade. M. lioux. que vous êtes sorti
pendant le credo ?...
— Pas du tout ... mais j'étais transi de froid. J'ai taillé
de la besogne aux chantre* et je suis allé me chantier à la
sacristie, voila !...
Gl STAVE Ol ÏMET
Le» naufrage de P "Africaine". (IV, XII, ô-K!.)—
En 1822, la frégate française Y Africaine faisait naufrage
sur les récifs de l'île de Sable. L'équipage échappa à la mort.
Il n'y a pas eneore bien longtemps, une des grandes ver-
gues de Y Africaine servait de mât de pavillon au poste prin-
cipal de l'île.
Dans son étude sur Les Sablons. M. J.C 'fâché raconte
que Louis XVI H, roi de France, fit tenir a M. Darby, alors
surintendant do la station de sauvetage de 1 île, avec l'ex-
pression de sa gratitude, une médaille d'or frappée pour
l'occasion, avec une coupe remplie de louis d'or pour les
membres du corps de sauvetage.
Je crois quo M. Taché faisait erreur en donnant M. Darby
comme le récipiendaire de la médaille en question, car M.
Darby ne fut nommé surintendant qu'en 1830. C'est M.
Kdward Hodgson qui remplissait cette position en 1S22.
Geokgk Johnson
Irlandais, " ttsis de Sine". (IV, X1L :.ôl.)— Cu
•honorable citoyen de .Montréal, venu lui m.* me d'Irlande il
y a soixante ans. m'a fourni l'explication suivante sur cette
appellation do Bus de Soie que l'on donnait aux Irlandais,
plut ".t il y u quelque vingt-cinq à cinquante ans. qu'on ne
Je fait maintenant, dans le Canada Français. - Mes compa-
triotes, me dit-il, qui arrivaient alors en grand nombre à
Québec et à Montréal, portaient pour la plupart là culotte
■courte ne descendant que jusqu'aux genoux, et comme leurs
bas ne montaient guère plus haut que la chaussure il y
avait solution de continuité de vêtements de la culotte à la
botte, laissant la jambe nue. ( ' est cette peau de jambe au
naturel que les Canadiens avaient par plaisanterie qualifiée
de " bas de soie !', et passant bientôt de la jambe à toute la
personne on appelait les Irlandais les bas de soie."
C C.
Discount <le Cliafcauguay. ( IV. XII. 5.">s.)— u«
a fait circuler dans les journaux un discours que le colonel
de Sa la berry aurait adressé à ses soldats avant que de com-
mander le feu. le matin de Châteauguay. Passons le en
revue avant que de l'admettre au rang des pn-cs officielles.
Il renferme quatre-vingts mots qui prêtent à quatre réfle-
xions, pour le moins :
li Voltigeurs !
" L'armée américaine est sur vos talons, mais il faut l'ar-
rêter dans sa marche ou mourir. Que chaque balle abatte
un ennemi, et malheur à celui qui manquera ou perdra sa
poudre, car mon sabre lui fera sauter la tête ! Clairons !
faites un bruit d'enfer, afin que les Américains nous croient
en grand nombre et qu'ils sont tomb -s dans une embuscade.
Officiers ! faites votre devoir. Ordonnez :'«. vos soldats de
faire un feu roulaut, et vive la vieille Angleterre !"
<
— M —
La coutume de haranguer les troupes nu montent d'eu
Tenir aux mains avec l'ennemi date de la révolution Iran
çaise ; elle ne paraît avoir été pratiquée par aucun comman-
dant eu Canada, car il n'existe pas de trace j>armi nous de
rot te manière d'agir. Nous ne comprenons pas que de
Salaberry en ait fait usage. Mais voyons plus loin.
Kn ce qui regarde Cbâteauguuv, les narrations si pr«'c:ses,
si completes des deux témoins oculaires, Michel O'Sullivan
et de Charles l'inguet n'en distînt mot. Remarquons aussi
que les cinq cents hommes de Salal»erry étaient dispersés sur
un mille de profondeur avec un demi mille de f ront. La
tonne de la bataille écarte toute idée d'une improvisation de
ce genre. Napoléon lui-même, qui se montrait prodigue de
ces so îles d'apostrophes, adressait ses paroles aux troupe?
par le moyen de papier» imprimés que chaque colonel quel-
quefois un sergent, lisait dans les corps, avant que d'ébran-
ler ceux-ci.
L'existence du morceau littéraire ci-dessus, assez ampoulé
d'ailleurs, semble d'une origine fort douteux». Xous aurions
besoin de bonnes preuves pour croire à son authenticité his-
torique. C'est évidemment une eonqiosilion de collège —
mais elle a pu être faite par un vieillard tout aussi bien que-
par un enfant.
Voltigeur» ! s'écria-t-il. Pourquoi les Voltigeurs, plutôt
que les autres qui dépassaient huit fois leur nombre V L'au-
teur du discours tombe dans l'erreur populaire qui donne
aux Voltigeurs le gain de la bataille. Salaberry n'aurait
pas fait cette bourde s'il eut parlé, car il y avait en première
ligne les Fencibles. la milice de Heauharnois et les Volti-
geurs, suns compter les autres.
4- Mon sabre lui fera sauter la tête." Tout cela pour avoir
manqué un coup de fusil ! Tamerlan parlait de la sorte.
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•.s adressant à des barbares. Los chrétiens n'ont pas de -ces
.-allures.
"Clairons! faites an bruit d'enfer" Ces paroles nous
remettent en mémoire le bon nègre Soulouque 1, emjiereur
d'Haïti, clamant d'une voix forte : " Tambours, roulez î "
Pas de roulement. Le tambour-major, interpellé, réjK>nd
eu son langage naïf : Ti <lis tambous oulez — pouquoi tidis
pas tambous oulez, si ous plait ? "
A la tin arrive le bouquet : " Vive la vieille Angleterre !"
Ces quatre mots signifient peut-être : Hourrah pour les
4. .'an ad i ens ! "
.J'ai connu plusieurs des combattants de Cbâteauguay
qui appartenaient aux Voltigeurs et aux Fencibles, soit les
deux compagnies près desquelles de Salaherry s'est tenu le
plus longtemps toute cette journée. Ils m'ont fourni d'a-
bondants details sur l'allaire et cela est consigné dans mes
notes prises au fur et à mesure de ces conversations. Aucun
d'eux n'a fait allusion à un discours quelconque, mais le
sergent ('barb's Hurke (Canadien-Français) m'a raconté, en
JSGO, ce qui suit :
Le colonel avait l'œil partout lin voyant un soldat qui
épaulait sou arme il se plaça derrière celui-ci pour juger du
tir. Le coup partit. L'homme visé resta debout. C est-y
pour sa que tu es venu ici, Jérôme ?" lui dit le colonel d'un
air bourru. 11 savait nos noms par cœur. Lorsque Izard
monta par le chemin, pour nous prendre en flanc, le colonel
passa tranquillement derrière notre compagnie et on l'enten-
dait dire, tout haut comme s'il était agacé : Bravez, mes
damnés ! bravez ! si vous ne bravez pas vous n'êtes pas îles
hommes !" Ensuite, lorsqu'il monta dans un arbre pour
voir ce qui se passait à la rivière, il criait a nos gens :
— s* —
' Tirez pas tous ensemble !... Laissez avancer le capitaine
J>aly !... Ça, c'est mieux. Continuez ! "...
Combien plus eette description est naturelle ! et à quo<
sert d'imaginer des phrases qui ont l'air de dire : •• Soldat.- '■
contemplez les pyramides pendant quarante siècles!"
Benjamin Sli.te
Patriotes OU 3Iartyi*s. (V. I.5ti2.) On.se demande
encore aujourd'hui si les missionnaires de la Nouvelle-
France, brfdés ]>ar les Iroquois ou assassinés par les l Lirons
renégats furent mis à mort plutôt en haine de la loi chré-
tienne que du nom et du sang français. Le martyre de .lean
de Brébeuf est le seul qui ne soutire aueun doute possible à
eet égard. Ses l>ourreaux témoignent admirablement en sa
laveur et s'il est, comme j'en ai la fern\e conviction, cano-
nisé dans un avenir beaucoup plus prochain qu'on ne le
croit généralement, le premier dos martyrs du Canada par
l'héroïsme de son courage et le ralliucmcnt des tortures
subies, devra aux Iroquois l'honneur de monter sur les
autels. C est eux qui lui disaient avec une ironie féroce,
un sarcasme diabolique : ;- Tu baptisais nos enfants avec de
l'eau froide, nous allons te baptiser à notre tour avec de
l'huile bouillante ! '' A lui seul ce lait historique, dont la
vérité demeure indéniablement établie, sutht à prouver que
Jean de Brébeuf fut vmrtyrht ; en haine </> la fvi <:hrtUi< rune.
Il est fâcheux que nous n'avions pas une preuve aussi
positive en faveur d'isaac Jogues, lîéné Goupil, Daniel.
Lalemant, (Marnier, Chabanel. Buteux, Garreau, et des
autres, missionnaires ou catéchistes, massacrés par les farou-
ches Agniers. Le moins que l'on puisse atliriner cependant est
qu'ils furent exterminés autant en haine du nom français
qu'en haine de la foi chrétienne. Lisez, par exemple, dans
i i i
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les Relations ties Jésuites, l'exécution de cot héroïque habi-
tant du Cap- .Rouge, Mathurin Franchotot, qui fut brûlé le
8 î-eptembre 105:?, et mourut on chantant Y Ave Maris
Stella d'une voix aussi forme, aussi lente, aussi douce qu'au
lutrin de la cathédrale de Québec. Et. devant ce miracle de
courage physique et moral, vous hésiterez à prononcer sur
le caractère patriotique ou religieux de eette mort admira-
ble que saint Francois- Xavier lui-même, de$i>lcrio martyr,
eût enviée à cet obscur prisonnier de guerre dont. l'histoire
du Canada devrait mieux retenir et transmettre le nom
glorieux à la postérité.
Kl il en est de Louis (iuimont, Pierre Rencontre, Antoine
de la Meslée (Epistola lier. P. Gabriclis Druillettex, Sodé-
tatis Jesu Presbi/teri, a<l Dominum il lux trim mu m Dominum
Joannem Winthrop, seufan'um), de tous les chrétiens, fran-
çais ou sauvages, missionnaires ou néoph)rtes, catéchistes ou
cat. 'chu mènes, tomb's victimes de la barbarie indienne.
Mais il y a plus. Nous jiouvons, sans témérité historique,
prétendre et soutenir maintenant avec preuve documentaire
à l'appui, que ces confesseurs de la foi, ces héraults de l'E-
vangile et de la Civilisation, ces apitres do l'Humanité, con-
nus ou anonymes, périrent plutôt on haine du Christ qu'en
haine du nom français.
Voici ce que nous lisons dans uue lettre du Père Gabriel
Druillettes. missionnaire jésuite chez les Ab -nakis, adressée
à. Jean Winthrop, gouverneur des Etats de la Nouvelle-
Angleterre. (Cf : Relation tics Jésuites, année 1001 — page
35.) Cette lettre importante n'est point datée, mais les
historiens la croient antérieure à l'année 1051. pour des
raisons trop longues à énumérer ici.
" Quare patere me tuum in quo spem pene omnem, post
Deum, positam esse censeo patrocinium implorare per litte-
— 90 —
ras în causa Domini Jesu Christi, sen in dcfensione Christi-
auorum conlni mohaghs qui non tantum ehristianos Cana-
denses versus Kebecum jamdiu persequitur. at crudclissimc
lento igne torquet in odium Fidei Christians." (Traduction)
•• Soutirez donc que par les présentes j'implore votre pro-
tection, sur laquelle, après Dieu, je crois devoir reposer
toute mon espérance, dans les intérêts de Xotre-.Seignour
Jésus Christ, je veux dire pour défense des chrétiens (Les
catéchumènes de la rivière Konneliec, si>écialement commis
aux soins du Père DruillettOH, de K546 à lbT>2) contre le
Mohack (Ix»s Iroquois d' Albany appelés Ayniers par les
Français. Mohawks par les Anglais, étaient les plus belli
queux des Cinq Nations) qui non seulement persécutent les
Canadiens ehritiens, mais encore les torturent très cruelle
ment, les brûlent à petit feu <'/» fuit ne de la foi chrétienne."
La lettre du Pére Druillettes. texte original latin avec
(a traduction anglaise en regard, sera tout prochainement
publiée dans la célèbre édition américaine des Relations des
Jésuites actuellement eu voie de publication (le trentième
volume vient do paraître) chez The Burrow* Brother*
Company, Cleveland, Ohio, E. U.
A lui seul ce fragment de lettre suffirait a établir l'incon-
testable valeur historique du document qui va paraître et
que je me fais un devoir de signaler aux souscripteurs pri
vilégiéB de cet ouvrage essentiellement classique.
E. M.
Doriou, l*"Enrant Terrible". (V, I, 5G4.)— Je
tiens de M. l'abbé J. H. Dorion, ancien curé d'Yamachiche.
que le surnom d'" Enfant Terrible," porté par son frère
J.-B.-Erie, lui avait été donné dans sa famille, alors qu'il
manifestait, dès ses premières années, des allures assez
tapageuses. D.
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Le fondateur de Terrebonne*. (VI. I. 571.)—
L'existence do Terrehounc, I'. (,>.. dale de l'an ne'e 1<>78.
époque ù laquelle* la .seigneurie «le Torre hon ne lût conexh'e
au sieur d'Autier-des Lande-, qui on tût le premier soigneur ;
lequel construisit dès lors les premiers moulins à scies et à
l'urine sur l'un des chenaux forme la rivière Jésus, entre
l'île du moulin " et la ville de Torrehonne.
Vers l'année llï!»S. M. Lol'ago devint propri •.'•taiiv de la
dite seigneurie et de ses dépendances, et clans sa munificence
il érigea sur la pointe de terre que l'orme la ville de Terre-
honne. aujourd'hui vis-à-vis la c. ièhro île • St-.Jean "et celle
■•du moulin. " l'une des plus antiques et des plus holies églises
qui lurent construites en cailloux; laquelle pouvait eu com
hraver les siècles à venir ; malheureusement, par un acte de
vandalisme inexplieahle. ce vieux monument d'un autre
âge a été détruit sans hut avéré, attendu que le terrain sur
lequel il était construit est maintenant vacant.
'."était l'endroit le plus pittoresque connu et choisi par
l'ancien seigneur lui-même et c'est duns cette église, si pré-
cieuse en souvenirs (tour tant de générations, que les descen-
dants de la famille Le l'âge ont conservé l'usage gratuit de
leur hanc seigneurial, à titre de reconnaissance.
Les successeurs de .\L Le l'âge, comme propriétaires de la
seigneurie de Terre! ton ne, furent successivement MM..
MeTavish, McKcn/.ie. hourgeois de la Compagnie du Xord-
Ouest.et tinalement l'honorahle Joseph M assoit et son
épouse, dont les héritiers sont actuellement les propriétaires.
.1. C. A ne; eu
** Les bonnes années."— (V. IL 5sl.)— Le Canada
s'était révélé aux yeux des officiera anglais durant la guerre
de l'indépendance des Etats-Unis (177"» 17 s 1). Ses produc-
. fW
l'a*
9
tions naturelles, peu ou j.Kiint exploitées alors, offraient
d'immenses ressources à qui voudrait en tirer partie. Lors-
que la France s'arma (17ï>2) il devint évident, que les hos-
tilités allaient renaître en Kurope, aussi l'Angleterre se
liât a-l-elle de pourvoir à ses armements et â sa nourrituiv
par des achats faits en dehors des Trois- Ko van mes, ear
cette puissance ne rencontre point dans son territoire pro-
pre tous les produits qui lui sont nécessaires. On tit app«l
au Canada et bientôt le blé. le chanvre, le goudron, les bois
de mâtures sortirent du Saint-Laurent en abondance. Au
cool's des antii'cs 17ÎKJ-1812 ce conuneree ne lit (pu* se déve-
lopper ; la construction des navires devint chez nous une
industrie sérieuse, la hache entama nos lorêts s culahvs, les
cultivateurs doublèrent et quadruplèrent leurs revenus,
tous les métiers avaient de l'emploi, le crédit était inconnu,
chaque opération se réglait argent comptant — ce lurent
*' les lionnes années.'' expression maintenant légendaire, qui
disparaîtra, comme toutes les légendes, si on ne la consigne
dans l'histoire avec son véritable sens.
Benjamin Scltb
Thomas Piclion. (V. I, ôtifl.) — M. le comte de Ray-
mond débarqua il Louisbourg le 11) août 17ol pour rempla-
cer M!. Dos Herbiers, comme gouverneur de l'Ile Royale.
Thomas Pichon accompagnait le comte à titre de sécré-
tai re.
Le 4 novembre suivant, le gouverneur, écrivant au minis-
tre demandait pour M. Pichon la charge do conseiller du
Koi, à l'amirauté, à Louisbourg, dans les intérêts du com-
merce.
Le 22 septeinbiv 1752. M. do Raymond fait rapport d'un
voyage d'inspection dans l'île Royale. Son secrétaire qui
était aussi du parti commença alors l'envoi de lettres tri»
détaillées au sujet des ressource:* de l'île, sa topographie, h»
population, moyens de défonce, etc. Ces é pitres très intéres-
santi s étaient destinées à des officiers de Sa Majesté Britan-
nique.
Bichon, tout bonnement, était un traître, un espion.
En 175::, le -1 juillet, le comte demande nu ministre la
permission d'envoyer le sieur Bichon à Beauséjour. La per-
mission lui fut accordée, ear Piehon parait à cet endroit, et
Venhnd avec les officiers anglais pour livrer les secrets des
officier* français.
Il avait ù Bkuius'jinir de dignes eomp>res ; entrant .res
Vorg >r. qui eouimandait. Beauséjour succomba facilement
à la première démonstration hostile de l'ennemi. Cet
épisode ligure dans l'histoire de l'Acadie sous le vocable :
>/u sii-jc de velours, en dérision du peu do résistance, ou plu-
tôt de la lâcheté de son commandant.
Après cela. Bichon, il parait, fut mené à Halifax comme
prisonnier de guerre. I<\, il recherchait les Françait (pie
le sort îles armes poussaient aux mains des Anglais, et il
cherchait X s'insinuer dans leur contiance et à surprendre
les plans de ses compatriotes pour en faire le profit des sol-
dats d'Albion.
Enfin d'après .ses lettre* (Lettres et mémoire* pour servir
à l'histoire naturelle, civile et politique du Cap Breton,
depuis ton établissement jusqu'à la reprise rie cette isle par
/es Antjlti'S en 175S), on retrouve Bichon au siège de Louis-
bourg en 17ôS. Buis il passa eu Angleterre, où il finit se>
jours en 1781.
Je conseillerais à, XX qui demande des renseignements
sur Bichon de lire Aeadia de M. Edouard Bichard, surtout
le tome I.
Béuis 11 tr
— 04 —
Le mot 44 gerrymander *\ (V. II, r.so.)— Pnnw»-
eez >f/crr(iiii)(iniu'"lcr. Néologisme politique, d'origine
américaine, servant ïi désigner un arran^eruoiit particulier
dt* divisions électorales d'un état ou d'un comté, l'ar cet
arrangement, le parti au pouvoir cherche à remanier ce*
divisions électorales do lelle sorte eue advenant une élection,
il obtiendra sûrement l'avantage sur *.>u concurrent, q r.iu:
même celui-ci aurait en réalité pour lui la majorité de* voies
L'origine du mot <jerr»jiii«nd<'r est. assez curieuse. Ce lut.
tu 1S1 l, et dans l'étal du Massachusetts,, que celte expres-
sion prit naissance. A cette époque, le parti démocratique,
qui i tait au pouvoir, d Virant s'assurer le Massachusetts,
dont la majorité était I éd. raie, s'avisa du rapiéçage in^é
nieux dont nous venons de parler, et la nouvelle loi l'ut
sanctionnée par le principal fonctionnaire de l'Etat, le you
verneur ( ieny.
Or, il se trouva que, sur une carte, le nouveau remanie
ment pouvait assez bien figurer — avec quelques coups de
crayon appliquas ca et là. et un peu de bonne volonté —
pour h; dessin d'une certaine bêle curieu.se, se rapprochant
•l'une salamandre, en anglais *<t/<iiitiiii<f<r. Sur ces entre
faites, un loustic s'écria : " Bah ! un Mliuitiiniit'r. pourquoi
pas un i/erry/Danrfer /" faisant ainsi allusion au gouverneur
(Jerry. Le mot eut du succès, et est depuis resté.
S VI. VA Ct.AIMN
L'Amnistie de 1.838. (V, 1 1. 581.)— L'ordonnance
du Conseil Spécial en date du 2S juin IS.'}*, accordant une
amnistie aux J{ebdh\< se trouve dans le deuxième volume
des ordonnances de ce Conseil, et porte le titre suivant :
- Ordonnance qui pourvoit à la sûreté- de la Province du
Has Canada."
Cne proclamation portant la même date lit aussitôt con-
naître cette ordonnance au public. V. J. Aldkt
— 05 -
QUESTIONS
5^7 — A la page 37 da premier volume du Dictionnaire
* i éntalogique de Mgr Tanguay, au sujet de Louis Bégin.
r ancêtre de Mgr Begin, archevêque de Québec, nous lisons:
*• Baptisé cm UVMi, rils de Jacques et d'Anne Meloque, de
Liénard, évèque de Lizieux, sépulture le 2(J décembre 1708.
à Lévis."
Cette paroisse de Liénard cxiste-t-elle encore ? Dans quel
département de la France est-elle située ? XXX
5s8 — Pourquoi dit-on, dans le peuple, d'un individu qui
part pour les tëtats-Unis, qu'il émigré, qu'il s'en va
m Amérique f Emi
589 — Quand les milices canadiennes ont-elles pris nais-
sance ? Est -ce longtemps après la mort de Champlain V
Q.uel fut leur organisateur ? A. B.
590 Dans une récente visite au village de Saint-Stanislas,
sur la rivière Bat i seau, on m'a dit que la designation offi-
cielle de la paroisse est " Saint-Stanislas de la rivière des
Envies." Personne cependant n'a pu me dire l'origine de.ee
curieux nom. La rivière des Envies est un petit coure d'eau
à une petite distance de l'église et du village de Saint-Sta-
nislas. Quelqu'un de vos lecteurs, peut-être, pourra satis-
faire ma curiosité ? W. P. G.
591 — Observo-t-on encore la i; guignolée " au Canada
Qu'était-ce que cetto ancienne coutume ?
K. O. B.
592 — Quel uniforme portait les miliciens canadiens eu
1812 ? Soli».
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1
— 96 —
593— On désigno souvent par tnitainc l'office religieux
des protestants :— Ils sont ailés à la mitaiue. Quelle wt
l'origine de ee mot employé dan« ee sens ? Rio.
594 — M. Bouehettc fut-il le sueeessour immédiat du major
Holland en qualité d'arpenteur- général du Canada ? Pou-
vez-vous me dire eu quelle annéo le major Holland cessa
d'exercer ses fonctions ? Arp.
595 — Dans une conférence que faisait, il y a quelques
années, M. Lorenzo Prince, au Club National, à Montréal,
sur le jurisconsulte Doutre, il déclarait que M. Doutre était
parvenu à faire révoquer la nomination d'un gouverneur
général du Canada. — Pourriez- vous me dire quel était ce
gouverneur; Quelles sont les raisons qui ont amené cette
destitution ? Cuuikl x
596 — Où trouverais-je des renseignements sur la fameuse
'•fidiise-gatvrie qui tit lYpouvantail de tant de générations '.'
XXX
597 — En quoi consistait le rlairon-da-roi, cet amusement
de société si en vogue autrefois ? Rico.
598 — Pouvez-vous me dire ce qu'on entend exactement
par le mot corvée dans notre pays ? A. R.
599 — Qu'est-ce qu'on entend a la campagne, par le mot
« épluchette " ? Hab.
600 — N'y avait-il pas un capitaine Mat how ou Mass
Leake avec le général Hraddock lors de sa défaite au fort
Duqueanc en juillet 1755 ? K. L. P.
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
— . — „ — . — . „ ,
VOL. 5 AVRIL 1899 No. 4
SAINT-FABIEN DE R1MOUSKI
La paroisse do Saint-Fabien de Rimouski, a été érigée
canoniquement le 11 décembre 1828 ; son érection civile eut
lieu le 5 mars 1835.
La pretuicru chapelle de Saint-Fabien fut bénite le 6
février 1848. La première messe y fut dite le mémo jour.
L'église actuelle a été construite en 1854.
L'année suivante, l'Ordinaire de l'Archidiocôse donnait
un pasteur à cette paroisse dans la personne de M. Augustin
Lad ri ère.
M. lo chanoine P. Audot lui succédait en 1870.
En ces dernières années, cette paroisse a fait des progrès
vraiment étonnants. Elle compte aujourd'hui 1850 âmes et
possède une fromagerie, une beurrerie, huit magasins, trois
moulins à scie et à bardeaux, une grande fabrique de meu-
bles, portes et fenêtres, trois forges, etc., etc.
L'église qui a subi, en 1898, une véritable transformation
est aujourd'hui très belle.
Le 20 décembre dernier, Mgr Biais, évêque de Rimouski,
se rendait à Saint- Fabien pour y faire la bénédiction de
trois nouvelles cloches. Les personnes qui assistaient à cette
belle démonstration n'en perdront pas le souvenir do sitôt.
R.
LES LÉGENDES DE NOS ANCÊTRES
C'est un fait parfaitement avéré que nullo contrée n'a eu
d'aussi fréquent s rapports avec les revenants et les esprits,
que nulle terre n'a engendré autant de feux-follets, vu
courir autant do louj>s-garous que l'île d'Orléans. Délicieu-
ses histoires, contes charmants, qui me rappelez les souve-
nirs de mon enfance, pourquoi vous laisscrais-je dans l'oubli ?
Pourquoi ma plumose refuserait-elle à ret racer cos légendes
naïves qui peignent si bien la bonne foi de nos ancêtres,
leur esprit religieux, eu même temps qu'elles rappellent leur
noble origine.
Ceux qui nous ont légué ces contes, qui, depuis quelques
années, commencent à se perdre dans la mémoire du peuple,
les racontaient au bivouac, au milieu de la forêt, à la belle
étoile, entre le combat du jour et celui du lendemain. Et
ees héros, soldats aussi îiers sur le champ de bataille que
citoyens paisibles à la chaumière, versaient des larme» en les
transmettant à leurs enfants : ear. pour oux.e'était le souve-
nir de leur belle Normandie ou de leur noble Brelagne.qui se
retraçait à leur esprit. Ainsi donc, pourquoi ne K-s pas
ni] (peler ?
Les feux-follets bo manifestent sous l'apparence de flam-
mes, dont la couleur est loin d'être uniforme; les uns la
disent bleue, d'autres, rouge, d'autres, verte. Peu importe
la couleur ; c'est un détail qui regarde les feux follets, et
personne n'a le droit de leur imposer de règles là-dessus.
Mais il est un point sur lequel tout le monde est d'accord,
et que personne n'a songé à contester: c'est que le feu-follet,
dont le vol est rapide, les zi/.gags très nombreux ; n'a d'au-
tre ambition que d'attirer les gon» dans les précipices. Triste
prérogative que possède la lumière du feu-follet, en coin,
inuii avec bien d'autres lumières du siècle, moins brillantes
peut et re, mais dont les danger* de s'ductiou ne sont pas
moins à redouter.
llwn qu'à cette part icuhirit é, qui pourrait douter que le
feu-follet ne soil autre chose «pie le malin esprit ? A usai la
présence de ces diablotins ennumm's aurait elle été pour les
habitants de l'île d'Orhans une souive amèro de d.sagré-
ments, si leur esprit inventif n'eût découvert deux movens
aussi simples qu'infaillibles de se débarrasser de leur présence
imp.»rtuue.
C'est un secret, cela et, à titre d'initié, mon indiscré-
tion rue serat-olle pardonn. e ?
A tout risque, voici la recette : Piquez une aiguille ou
votre couteau sur la clôture, et le feu- fol lot s'arrête tout
court, comme par un charme. Alors de deux choses l'une :
ou bien le teu-lollot *o déchire sur le couteau, et par là mê-
me se tit-ltvm ; ou bien il s Y puise en cîî'ortsinterininables pour
passer par le trou de l'aiguille, et, dans l'intorvalle, vous
avez le temps de regagner votre demeure et de vous mettre
à l'abri.
Ce n'est pas tout ; le diable trouvait encore bien d'autres
moyens de s'immiscer dans les allai tvs des gens de l'île
d'Orléans.
C est ainsi, par exemple, qu'on le rencont rait parfois au
bal. sous l'apparence d'un beau monsieur, tout habillé de
draj) tin, des pieds à la tête.
Dans cette circonstance, il gardait toujours ses gants pour
cacher se» grilles, et son chapeau, pour dissimuler ses cor-
nes ; et d'ordinaire il dansait arec la plus fringante des tille*
de la compagnie. Puis, au beau milieu d'une dance, voici
ce qui arrivait : tout à coup un cri perçant se faisait enten-
dre, et lo beau monsieur faisait comme un éclair à travers
une fenêtre, emportaut avec lui quelque menu détail du
ménage comme le lour, par exemple. Quant à, la demoiselle,
— 102 —
elle en était quitte pour un coup de grille. Il n'est pas pans
intérêt d'ajouter que lu présence accidentelle d'un enfant au
milieu de l'appartement ne manquait jamais de trahir la
présence du diable, tanU le pauvre innocent criait et pleu-
rait.
C'était quand on allait quérir le prêtre pour quelque ma-
lade durant la nuit, que le diable en taisait de ces eit'orts, —
j'allais dire surhumains, — pour relarder l'arriver du minis-
tre de l>ieu. Comme de raison, il jouait gros feu, puisqu'il
s agissait pour lui, ni plus ni moins, que du gain ou de la
perte d'une fiine. Aussi que de choses n'arrivait-il pas
alors !
Aut*i, les chevaux, tout à coup et sans aucun à-propos, se
trouvaient dételés ; le harnais se retournait, et de lui-même
bout pour bout ; des chandelles tout allumées apparaissaient,
sur la tête du cheval.
Kn prévision de toutes ces aventures diaboliques, on n'al-
lait jamais quérir le curé qu'avec deux voitures : si quelque
accident survenait à l'une, l'autre au moins était encore
disponible.
Combien de fois encore n'est-il pas arrivé qu'en allant à-
l'écurie, le matin, pour faire son train, on ait été tout sur-
pris de trouver son cheval harassé, épuisé, blanc d'écume,
avec le crin du cou et de la queue tout tressé. 11 aurait
fallu être bien naïé pour ne. pas reconnaître encore là un de
ces tours du lutin, qui profitait de la nuit et de l'al«ence des
gens pour se promener à leurs dépens. 11 est consolant
d'ajouter que, pour lui faire passer cette fantaisie, il suffisait,
de verser un minot do son à la porte de l'écurie. Le lutin,
homme d'ordre avant tout, avait le soin, en prenant congé
du cheval, de remettre ehaqvie eln»c >a place comme il
l'avait trouvée : tâche dont il s'acquittait à merveille et en
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— 103 —
homme nom pu leu x. Or, pour parvenir à l'écurie désormais,
il lui fallait bien mettre le pied sur le son, dont les grains se
trouvaient par là dérangés.
Force lui était donc de remettre un à un tous ces milliers
de grains en leur place, comme ci-devant ; durant ce temps,
l'aurore venait, et adieu la promenade !
Heureusement qu'une occasion, comme il no n'en présente
gu ro, s'otl'rit un jour aux sorciers de l'île d'Orléans pour
faire expier au diable une partie des mécomptes dont il
s'était rendu coupable envers eux. Dans ce temps-là, on
construisait l'église de Saint-Laurent. Or, prés de cette
église se trouvent les coteaux de Saint Laurent, dont la
pente est abrupte et la montée difficile. Les chevaux en
avaient tout leur raide à charroyer la pierre en ces endroits,
et les habitants se plaignaient amèrement.
Le constructeur, tin matois, et homme bien éduqué, leur
annonça un jour, pour faire cesser leurs plaintes, qu'il allait
leur procurer un cheval bien fort, si fort, qu'il pourrait
traîner, à lui seul, la charge de quatre chevaux ordinaires.
Aussitôt dit, aussitôt fait : voilà notre homme qui s'en-
ferme pendant quelque temps à l'écart, sans doute pour lire
le Petit Albert. C'est un livre extraordinaire que celui-là,
at qui contient des choses fort mervoilleuses, entre autres,
un chapitre tout écrit avec des croix ?
Peu de temps après, l'entrepreneur revint, conduisant
par la bride un cheval si beau, qu'on en avait jamais vu de
pareil. Kt alors il dit aux habitants :
— " Or ça,faite»-le travailler sans pitié ; mais, pour aucune
raison au monde, il ne faut lo débrider. Qu'il piaiTe, qu'il
rue, qu'il hennisse, n'importe ; ne lui ôtez pas sa bride, pas
même pour le faire boire."
Le cheval fut confié aux mains d'un jeune homme, qui
se mit à charroyer la pierre ; et tout allait à merveille.
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— 104 —
Mais, pendant tout ce temps, le pauvre animal avait l'air
si fatigué, si exténué, il paraissait tant soullrirdu besoin do
boire, que, vers le soir, son conducteur,— jeune gars inexpé-
rimenté comme tous eux d'alors, et probablement ceux
d'aujourd'hui.— se laissa toucher de pkL. et le conduisit au
ruisseau voisin pour le taire boire. .1 usque-l.i eu u était pas
mal ; mais, comme le pauvre animal faisait mine do ne pou-
voir avaler avec sa bride, voila- not re étourdi qui la lui en-
lève : et aussitôt, plus de cheval ! il se précipite dans le ruis-
seau voisin, transformé en anguille, et rour» djirès.
Heureusement qu'à cette heure les pierres étaient toutes
charroyées, À l'exception d'un seule, qui, depui> lors, a tou-
jours manqué à l'édifice*.
Ht itKKT LaRue
LA RARETÉ DE L'ARGENT AUTREFOIS
On ne s'imagine pas aujourd'hui combien était rare l'ar-
gent au commencement du dix-huitième siècle dans la Xou-
velle-France. Voici un fait qui peut en donner une idée.
Les iles à l'Aigle et à la Grenouille, comprenant cinq cent
soixante et cinq arpents en superficie, qui avaient été con-
cédées le 1!) octobre HW{. À Etienne Volland, aieur de Ra-
disson, par M. le comte de Frontenac et le chevalier sei-
gneur de Champignv. gouverneur et intendant, furent ven-
dues à Jacques Brissct par le dit Radisson. par contrat de-
vant Mtre Adhémar Saint -Martin, notaire à Montréal, le 13
juillet 1712, pour la somme de .100 francs du pays. En atten-
dant le paiement, qui devait être ù la convenance du pre-
neur, il y avait une rente de 15 francs pur année, qui ne fut
éteinte par le paiement des :-J0O francs que le 21 janvier
1752. Vn seigneur à qui il fallait quarante-deux ansetdomi
pour payer une somme de 850 !
L'abbé Vincent Plinguet
I
- 105 —
HABITANTS vs HIVERNANTS (1)
Il y a à distinguer entre les mots colons, hivernants, in-
terprètes, employ és de la traite, frutiguis, commis, habitants
et fonctionnaires, durant les premières cinquantes années au
innus qui vont de IMS à ltîtfO. Aucun terme n'a la
même signification que l'autre dans cette série. Comprenons
bien le sens attaché alors à chaque expression et notre his-
toire, à ses débuts, deviendra plus claire, plus intelligible,
plus réelle.
Les Français qui ont les premiers fait la traite au Canada,
y laissaient parfois des hivernants. Ceux de Chauvin, à
Tadoussac,en 1599, périrent avant le retour de l'été. Ceux de
M. de Monts, à Sainte-Croix, Acadie, en 1604, succombèrent,
pour la plupart, à une espèce de scorbut, appelé le mal-de-
terre. Lorsque Champlain eut construit une habitation à
Québec, en 1608, il résolut d'y passer l'hiver, avec vingt-
sept hommes ; le printemps arrivé, il n'en restait que huit
— les autres ayant été emportés par la même maladie, cau-
sée par les privations.
Il n'y avait pas encore d'habitants dans le Canada. Les
compagnies de traite, qui se succédèrent jusqu'à 1627, en-
voyèrent des hivernants, mais il ne vint qu'un seul habitant,
Louis Hébert, le pionnier de la population canadienne- fran- •
çaise ; car tous, tant que nous sommes, nous descendons de
l'habitant ot non pas do l'hivernant.
L'hivernant était aux gages des compagnies de traite ;
après trois ou quatre années, il retournait en France.
L'habitant était celui qui prenait nne terre, se fixait à
demeure dans le Canada et comptait y laisser sa famille ;
dès les jours de Champlain, on le distinguait de l'hivernant.
(1) IV, XI, 537.
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Cet homme modeste, abatteur de la forêt, fondateur do
paroisse, est la touche unique de notre peuple.
I)e l'hivernant vinrent les Français, employ «s de la traite
— administrateurs civils, officiers militaires, et menu- mis-
sionnaires, gouverneurs-généraux, et tout ce qui repréêen-
tait la Fiance proprement dite. Le Français " était de la
classe des hivernants, purcoque lui et l'hivernant se recru-
taient en France, et y retournaient après un certain séjour
au Canada. Il en a été ainsi jusqu'à la conquête (17<»0).
De l'habitant sortent, et sortent uniquement, les Cana-
diens-Français. La distinction entre ces deux branches de
la niée française, dans notre pays, date du temps de Chain-
plain. L'homme qui faisait du Canada sa patrie d'adoption,
tut de suite considéré comme un être distinct, des Français.
Les compagnies de traile, repr sent/es par ]es employés, les
missionnaires envoyés ici, les gouverneurs, les hommes de loi.
et les officiers de l'armée formaient un monde à part, Entre
ces doux groupes, il y a toujours eu divergence d'idées :
l'une tenait pour le Canada, l'autre pour la France.
L'habitant, et le terme qui le distingue, remontent donc
à l'année Ifjl 7, autrement dit, à l'année de Louis Hébert-
Qu'importe que les historiens n'aient pas saisi cela ! Ce n'est
pas dans les hist orieus «pi'il faut étudier la question, mais
dans les chroniques du temps. Si vous lise/, celles-ci, vous
distinguerez aisément la différence, et vous arriverez à vous
expliquer comment, en ln'45 — alors qu'il n'y avait pas plus
de deux cent cinquante personnes établies sur notre soi — on
a pu former la compagnie dito des habitants, qui enleva au
moins le tiers de la irai to à la compagnie de la Nouvelle-
France, protectrice intéressée des hivernants. Depuis ce jour,
jusqu'à la conquête, la lutte dans le Canada a toujours été
entre les habitaats et les hivernants.
C'est donc une chose bien acquise que le mot u habitant ".
Durant cinq quarts de siècle après 1U45, nous, les habitants,
nous avons été appelée " Canadiens " parce que nous avions
— 107 —
fait du Canada notre patrio. Le» autres étaient des 41 Fran-
çais " et ce terme couvrait le» gouverneurs, los missionnaires,
les officiers de l'année et généralement tous eeux qui ve-
naient de France exercer quelques fonctions durant une
Après la conquête, la politique anglaise distingua très
bien entre les habitants, qui formaient le gros de la popula-
tion, et les Français restés au milieu do nous. Ces derniers
finirent par disparaît re.
Ce sont les his de l'habitant qui ont crée notre clergé na-
tional, lait les luttes politiques, reconstitué U commerce
dont nous avions été privés sous les Français et sous le» pre-
miers Anglais, par la force des circonstances qui réservaient
aux Européens l'exploitation de notre pays. J)e l'habitant
aussi viennent ces écrivains passionnes pour nos gloires na-
tionales, inspirateurs du sentiment canadien et dont la tiîclx»
est aujourd'hui plus belle que jamais.
Lorsque le duc do Clarence, plus tard (iuillaume IV.
visita le Canada.il s'avisa un bon jour de traverser la f rou-
tière qui sépare la province de Québec de l'état du Ver-
mont. Comme un bon bourgeois, il se rendit chez un barbier
pour se t'ai iv raser. La femme du barbier, une très jolio bru-
nette, entrait juslemeut comme le prince se levait de la chai-
se. Le prince la saisit parle cou et lui donna un retentissant
baiser. — *l Allez maintenant^ lui dit-il, et dites à vos voisines
que le fils du roi d'Angleterre a donné un baiser royal à, la
temme d'un barbier yankee."
L histoire ne dit pas si la jeune femme fut flattée de l'hon-
neur que lui faisait le duc de Clarence. Fille n'est pas aussi
silencieuse au sujet du barbier. Celui-ci saisissant le prince
par les épaules lui donna un coup de pied au bon endroit en
lui disant : — " Maintenaut,allez.et dites aux femmes de votre
pays qu'un barbier yankee a donné un royal coup de pied
période déterminée.
Benjamin Sulti
UN ROYAL COCP DE PIED
LE COMTE DE MALARTIC
La famille do Malartic compte parmi la plus vieille no-
blesse de l'Armagnac. Elle remonte à Odon de Malartic,
damoiseau vivant en 1209, père du chevalier croisJ Arnaud
de Malartic présent, en 1252, au camp devant Joppé.
Anne-Joseph-Hippolyte de Maurès, comte do Malartic,
était le deuxième fils de Pierro-Hippolyte-Joseph de Maures
de Malartic, et de Antoinette-Charlotte de Savignac de
Saint- Urrisse. Trois de ses frères devinrent généraux.
C'est à Montauban, le 3 juillet 1730, que naquit Anne de
Malartic. Sorti, à l'âge de quinzo ans, du collège de Nan-
terre il fut aussitôt nommé sous-lieutenant dans le régiment
de la Sarre. Peu après, il obtint une compagnie dans lo ré
giment de Béarn, avec lequel il tit, comme capitaine, les
campagnes de Flandre,d' Italie et de Provence. Il fut nomuaé
aide-major en octobre 1740.
En 1755, il s'embarque pour la Nouvelle- France avec son
régiment. L'année suivante, Montcalm remplace comme
commandant dos troupes françaises, le baron Dieskau fait
prisonnier au lac Saint-Sacrement. Dès lors, de Malartic
le suit presque partout.
Il îait partie de l'expédition dirigée par Montcalm en
175f> contre le fort Oswego ou Choueguen.
L'année suivante, il assiste à la prise de William- Henry.
En 1758, il prend part à la bataille de Carillon. Le régi-
ment de Béarn était |»osté à 1» d roi to, et, au plus fort de
l'action, Malartic eut le genou gauche percé d'une balle.
Cette blessure lui valut la croix de Saint-Louis.
A la bataille des Plaines d'Abraham, le 13 septembre
1759, il se bat comme un lion. Son cheval est tué sous lui
et ses habits percés de balles.
C'est de Malartic qui commandait la garde laissée à l'Hô-
— 110 —
pîtal-Général pour protéger les nombreux blessés, officiere-
et soldat». Il gagna même l'estime du général Murray
qui l'invita plusieurs loi* à dîner avec lui.
A la bataille de Sainto-Foye, de Malartie fut de nouveau
légèrement blessé. Cette fois ce fut un boulet de canon qui
lui effleura la |H)itrine.
Malgré cette belle victoire de SainU-Foye, Lévis fut obli-
gé de lever le siôgo et de se replier sur Montréal.
Après la capitulation do Montréal, de Malartie rentra en
France avec les restes de l'armée.
Kn avril 1763, de Malartie fut nommé major du régiment
Royal-Comtois.
Choiseul, alors ministre de la guerre, ne le trouvant pas
assez récompense de ses beaux états do service, le fit nom-
mer, deux mois après, colonel du régiment do Vermandois.
Quatre ans après, tson régiment eut ordre de so rendre
aux Antilles. C'est pendant cette campagne qu'il fut nom-
mé commandant en chef et gouverneur de la Guadeloupe
avec le grade de brigadier.
Il passa ensuito à la Martinique et à Saint-Domingue où
il fut d'un grand secours au prince de Rohan pour répri-
mer les désordres qui s'étaient élovés dans cotte île.
Rentré do nouveau en France avec son régiment, il fut
détaché avec lui en Corse.
Le 3 mars 1780, il était promu man chai de camp.
Douze ans plus tard, le 27 janvier 1702, Louis XVI le
nomma lieutenant-général et gouverneur des établissements
français à l est du cap do Bonne- Kspérance, avec l'îl» de
France pour chef-lieu de son gouvernement.
C'est là qu'il expira le 28 juillet 1800, regretté de tous.
Pierre -Georces Roy
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— Ill —
L'AMOUR DE LA FR.tXCE EX ACADIE
*
L'amour do la France ost resté un objet de culte pour les
Acadiens. Son nom est une musique a leur cœur ; et son
sourenir, grandissant dans la fantasmagorie du passé, s'élè-
ve jusqu'au ciel, seuibbiblo à un sommet étoilé. Après Dieu
et sou Eglise, c'est la France la première. A la Confédéra-
tion des provinces, dont la plupart des Acadiens ne su sou-
ciaient guère, plusieurs pensaient toujours ,f qu'elle revien-
drait." Plusieurs le pensent encore, s'appuyant sur des pro-
phéties que l'aïeul raconte à ses petits-enfants. On est ré-
signé, on est fidèle à l'Angleterre ; mais on aime la France.
11 est si naturel, il est si doux d'aimer sa mère, même quand
elle n'est plus là, même quand elle ne doit plus revenir !
Vers 18t>4, il s'échappa d un navire passant près de la
dune de Bouctouche, un matelot fatigué de la mer, qui
gagna la rive à la nage, ayant appris q*o cette plage était
habitée par des Français. On le recueillit, on l'habilla, et l'on
s'aperçut bientôt qu'il savait lire et écrire. Une écolo fut
incontinent ouverte, à laquelle se rendirent tous les enfants
du village. A la Confédération (lSo'7), il fut choisi candi-
dat pour la chambre fédérale, et élu, en dépit d'une opposi-
tion anglaise acharnée. M. Auguste Renaud, c'est son nom.
siégea aux Communes canadiennes, de 18t>7 a 1872, en qua-
lité de seul représentant aeadien. et «acquitta de ses fonc-
tions avec beaucoup d'habilité et une grande fidélité. Il n'y
a que l'anglais qu'il ne put jamais apprendre et qu'il pro-
nonça toujours d'une façon réjouissante. AleLeod, son con-
current, devenait Madott ; et Kingston, un des centres
principaux du comté, faisait Quinze tonnes, ou quelque
chose pis encore. 11 est mort en juillet 1897.
Pascal Poiiuer
— 112 —
RÉPONSES
La mort du duc de Richmond. (IV, IV, 435).—
Le 29 juillet 1818, le duc de Richmond arriva à Québec et
entra dans l'exercice de ses fonctions de gouverneur. Il n'oc-
cupa pas la charge longtemps, car le 28 août 1819, treize
mois après son arrivée — suivant le rapport fait par le juge
en chef Sewell, qui remplit temporairement les fonctions
d'administrateur jusqu'à l'arrivée du juge en chef Monk—
lé duc mourut à Richmond, village que, d'après le jjige en
chef Sewell, le duc " avait lui-même fondé à titre d'asile
pour les officiers et les soldats qui ont servi dans la dernière
guerre " (1812). Le village de Richmond est à environ 20
ou 21 milles d'Ottawa, mais la tradition veut que le duc ne
soit pas mort là, mais dans un hameau du nom de Fallow -
field, situé à quelques milles de Richmond. Après qu'il fût
arrivé à Québec pour se charger des fonctions d'adminis-
trateur, le juge en chef Monk fat rapport, le 20 septembre,
de la mort du duc arrivée à un endroit près de Montréal,
après son retour d'une exploration " dos parties étendues
du Haut-Canada ", et, continuant, il dit : " Je suis désolé
d'ajouter que des symptômes d'ydrophobie ont été ( m'infor-
me-t-on) la cause de sa mort inévitable." Que la rumeur à
laquelle le juge on chef Monk fait allusion soit bien fondée
c'est ce que fait voir une lettre do M. Charles Cambridge,
adressée de Belfast à lord -Bat burst, en date du 14 octobre
1819. L'autour de cette lettre ayant quitté le Bas-Canada
le 8 septembre, parle de cette mort avec pleine connaissance
de ses circonstances, autant qu'on peut le voir. Après avoir
décrit l'objet do l'exploration que le duc avait faite dans le
Ilaut-Canada, ses intentions éclairées, sa dernière visite à
lord "William et lady Mary Lennox à Kingston, et d'autres
incidents de moindre importance, l'auteur continue :
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" Le 23 août le duc dina avec un détachement d'officiers
posté à Perth, et ce lut le -5 seulement que s'annoncèront
lea premiere symptômes de la cruelle maladie qui, trois jours
après, se termina par la mort. De bonne heure ce matin-là
le valet du duc trouva Sa Ci race alarmée i l'aspect d'arbres
qui étaient près d'une fenêtre do la chambre où il avait cou-
ché et qui, insista t -il, étaient des gens qui regardaient dans
la chambre ; et lorsque peu après on lui apporta une cuvette
d'eau, une évidente horreur se peignit sur ses traits à la vue
de ce liquide. En plusieurs occasions, ce jour-là ot le 26, les
symptômes ne furent que trop évidents chaque fois qu'il fut
présenté au duc quelque liquide auquel Sa Graco ne tou-
chait plus maintenant qu'avec une extrême répugnance. Le
26. au diner, il avait prié le lieutenant-colonel Coekburn de
prendre du vin avec lui, mais Sa (irâee n'eut pas plutôt
porté la liqueur à ses lèvres qu'incupable de contrôler la
violence du mal il remit son verre sur la table en disant :
" N'est-ce pas trop ridicule ? Allons ! je le boirai quand je
n'y penserai pas." Le soir du même jour on envoya cher-
cher un aide-chirurgien, (le seul médecin qu'il y eut dans
les environs) qui le saigna, et Son Excellence se trouva ap-
paremment si soulagé par l'opération qu'il se lova de bon
matin le lendemain et proposa de traverser le bois de Rich-
mond à pied jusqu'à la colonie qui avait récemment été bap-
tisée du nom de son illustre fondateur, lequel était mainte-
nant à la veille do l'immortaliser par la catastrophe de sa
mort.
Dans le bois, s'étant mis à courir en entendant japper un
chien, on eût de la peine à le rejoindre, et quand la bande
arriva à la lisière du bois, le duc, à la vue d'uno eau sta-
gnante quelconque, s'élanva par-dessus une clôture et se
précipita dans une grange voisine où ses compagnons terri-
nés le suivirent avec empressement. Le paroxysme de sa
— 114 —
maladie était maintenant à son apogée. Ce fut presque un
miracle que Sa Grâce ne mourût pou dans la grange : on le
transporta avec peine à une misérable chaumière du voisina-
ge, et de bonno heure, le matin du fatal 28, le duc de Rich-
mond expira dans les bras d'un tidèlo Su Use qui n'avait ja-
mais quitté un instant son bien aimé maître.
Pendant que le duc était duns cette misérable cabane de
rondins, la raison reprit parfoit chez lui non empire, et Sa
Grace profita do ces intervalles lucides pour écrire à lady
Mary Lennox, une lettre dans laquelle il lui rappelait qu'un
jour (il y avait cinq mois do cela) s'étant fait une entaille
au menton en se rasant, dans une chambre du château
Saint-Louis, il avait voulu faire lécher la biosure par un
chien lavori de la maison qui se trouvait là, et que ce chien
l'avait mordu au menton.
Le souvenir de cette circonstance ne faisait que trop pres-
sentir au duc le sort qui l'attendait, vu que le chien en
question avait été par la suite atteint de la rage, et c'est
pourquoi dans sa let Ire à lady Ixmnox, Sa Grâce exprima
la conviction que sa maladie était l'hydrophobie (chose qui
semble ne pas faire le moindre doute).
Le duc traça la ligne de conduite quo ses enfants de-
vaient suivre dans la pénible situation où ils allaient se
trouver à son décès, et l'on dit qu'il demanda a être enterré
à Québec, sur les remparts, comme un soldat, pour rester là.
Les souffrances du due étaient extrêmes ; cependant l'es-
prit chez lui, dominait l'agonie du corps. Il enjoignit au co-
lonel Cockburn de ne plus faire attention à ses ordres, " car
vous voyez à quel état je buis réduit," ajouta t-il. Pendant
un paroxysme de douleur il s'écria: " Fi ! Richmond, ti donc !
Charles Lennox, endures tes souffrances comme un hom-
me ! " Il mourut peu après, le 28, et sa dépouille mortelle ar-
riva à Montréal le 30, jour auquel il avait été annoncé qu'il
tiendrait un lever."
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Dans l'histoire du Dr Kingsford (vol. IX. p. 182) se
trouve un récit qui s'écarte un peu de ce qui précède,
mai» les deux narrations ne dînèrent pas essentiellement.
D'autres historiens mentionnent le fait de la mort sans en dé-
crire les circonstances particulières.
Doublas Brymxkr
Un prêtre médecin. (IV, IX, 509.)-— M. Pierre-
Joseph Coin pain, qui mourut curé à Saint-Antoine deCham-
blv eu 1806, avait la réputation d être un excellent tu'do-
cin. Il avait étudié cet art à Montréal sous le docteur
Eellz, chirurgien-major des troupes. Il avait, dit-on, un
remide infaillible pour guérir les cancers. Le 1(5 octobre
1795, il proposait à M. l'iessis, alors curé de Québec, de
faire connaître son secret pour traiter les maladies si le cler-
gé voulait bien lui paver une pension. " Je possMe. disait-il,
un secret utile à l'humanité. Une foule d'indigents aecourt
à moi et ma cure est pauvre. Qu'on me promette d'avoir une
aide de la législature ou qu'on me paye une pension et je
livrerai mon secret ". Dans une autre lettre il disait encore :
" Je ne veux point m enrichir, mais si je livre mon secret les
docteurs s'en empareront et ils feront payer les pauvres-
L'argent que je ferai, je lo donnerai aux pauvres."
Voyez dans la Gazette de Québec du mois de mars 1799,
No 1706, une annonce de M. Compain, où il dit qu'il guérit
des chancres. J. E. R.
Les Meurons et les Wattevilles. (IV, IX, 512.)—
Ces deux régiments, composés de troupes suisses, officiera et
soldats, portaient chacun, comme c'était alors l'usage, le
nom do leur colonel.
En garnison au Cap de lionne- Espérance, et au service
de la Hollande, elles ne vinrent a Malte qu'après l'occupa-
tion du Cap par l'armie anglaise en 1806.
A leur passage en Angleterre, en route pour le Canada,
on adjoignit à leur etVectif les prisonniers français qui vou-
lurent bien accepter le service aux colonies, en « change de
leur con linemen t pur les }>ontons ou dans les forteresses;
mais à la condition ex press .'ment convenue de part et d'au-
tre, de ne jamais les obliger à porter les annes contre la
France.
Quelques-uns de ces soldats »i étrangement rendus à la
liberté, s'établirent, le terme de leur engagement expiré,
sur divers point* de la province, et tirent des souches de
Canadiens.
Nous nous rappelons qu'en 186*9, à l'occasion de la fête
du 15 août, nous nous rendions à Xapierville, en compagnie
du vice-consul de France it Montreal, ten le Dr Pieault.
porter trois médailles de Sainte- Hélène, venues du ministère
de la guerre à l'adres>e de trois vieux braves anciens soldais
du régiment de Meuron.
Ces soldats, devenus laboureurs.et dont le plus jeune avait
73 ans, reçurent cette distinction avec un indicible atten-
drissement. Us riaient et pleuraient à la lois, examinant le
revers et la face de la médaille ; et tous trois comme aux
grands jours de victoire, cri.' rent : Vive l'F.mpereur.
At'Ot'STE Ac II IN THF.
Le regiment de Carignan. (IV, XI, 5;;i.)— Le
régiment de Carignan nous a laissé quelques uns de ses sol-
dai vers humée Hi70. Si l'on su]. pose que l'un de ces hom-
mes était alors âgé de vingt ans, il aurait eu cent six ans
l'année où Montcalm écrivait. Cela me parait tort. Je ferai
observer que les gens du siècle dernier rangeaient sous le
nom de Carignan tous les militaires. Ainsi le patriarche
de la lîaio Saint- l'aul doit avoir appartenu aux cinq ou six
compagnies d'infanterie qui arrivèrent de 1*:S4 ù 1700, les-
quelles n'avaient aucun rapport avec le régiment de Cari-
gnan retourné en France avant 11570.
Benjamin Sulte
Au temps des réchauds. (IV, XI. 512 .)— Dans le
temps des églises non chftult. es, un vieux curé d'en bas
do Québec, avait entouré son autel d'une cloison vitrée.
Ce compartiment était chauftV.
Le brave homme y avait ménagé une ouverture. A cha-
que Dominas Vohiscum. il ouvrait gravement sa fenêtre,
chantait magistralement les paroles liturgiques et continuait
le *aint office, après fermeture hermétique de la fenêtre.
Il *'t ait vu pleinement du pieux auditoire sans pourtant
soulîrir de l'incommodité de vingt degrés au-dessous de zéro.
Les prônes et sermons «levaient être courts à cette époque,
et l'éloquence de ces bons curés ne devait pas faire dormir
les <jen.s debout. F. L. L. A.
La harangue de Salaberry. (IV, XII, 558.)— La
harangue du colonel de Salaberry telle que reproduite dans
les Recherches Historique* (V, p. 85) m'a été transmise et
rapportée par mou père, lieutenant sous Salaberry a la ba-
taille de Châteauguay.
Au nombre de plusieurs articles que j'ai publiés en 1879,
à l'occasion de la célébration du centenaire et du cinquan-
tième anniversaire de la mort du 'héros de Chûteauguay,
pour engager le gouvernement fédéral à élever un monu-
ment au grand soldat, se trouvaient les lignes qui suivent
(article du 81 janvier 18751) :
''Mon père, qui, en 181*2 et à Chfiteauguay, combattait
comme lieutenant à côté du colonel de Salaberry, lui fut
toujours dévoué et attaché dans la suite. Pour lui le vain-
queur de Châteauguay était un second Napoléon, une
espèce de dieu ! Il fut toujours son ami fidèle, et après *a
mort, il fut l'ami intime de sa famille. Combien de fois n'a-
t-il pas manifesté son vif mécontentement contre l'ingratitu-
de des Canadiens et des autorités gouvernementales, parce
— 118 —
qu'ils n'élevaient point un monument au colonel do Sala-
berry ! Dans un moment où, devant plusieurs personnes, il
parlait de la bataille de Châteauguay avec un enthousiasme
bien légitime, il ajouta :
*4 — Si ceux qui n'étaient pas nés ou qui suçaient béate-
ment le lait du sein de leur mère, lorsque nous nous bat-
tions à Châteauguay, et qui sont peut-être aujourd'hui au
timon des affaires du pays, avaient été avec nous, ils aime-
raient a se rappeler et à conserver le souvonir du comman-
dement donné par notre brave colonel avant la bataille :
" Voltigeurs ! s'écria-t-il, l'armée américaine est sur nos
talons ; mais il faut l'arrêter dans sa marche ou mourir !
Que chaque balle abatte un ennemi, et malheur à celui qui
manquera ou perdra sa poudre, car mon sabre lui fera sau-
ter la tête ! Clairons ! faites un bruit d'enfer, alin que les
Américains nous croient en grand nombro et qu'ils sont
tombés dans une embuscade. Officiers, faites votre devoir !
ordonnez à vos soldats de faire un feu roulant, et vive la
vieille Angleterre ! "
" Voilà comment parla notre commandant. Oh ! je le ré-
pète, si ceux qui stmt à la tête de nos destinés voulaient faire
appel à leur patriotisme, et s'il» pouvaient apprécier le dé-
Vouement héroïque de trois cents soldats décidés à se faire
tuer jusqu'au dernier plutôt que de livrer le chemin à l'en-
nemi, ils auraient honte de leur apathie et ils élèveraient un
monument au héros de Châteauguay, puis une pierre com-
mémora tive à ses compagnons d'armes."
Enfin, ce n'est que vingt ans après cet appe! et protesta-
tion que le gouvernement a fait ériger, on 1S1»5, à Château-
guay, un monument incomplet et qui laisse beaucoup à
désirer.
Lore de l'inauguration de ce monument. Sir A. -P. Caron,
auquel j'avais passé le discours du colonel de Salaberry, no
Fa pas récité absolument dans toute sa teneur.
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► . . -
^"^^
♦
— 119 —
C'est sous lu dictée do mon père que j'ai pris not e du com-
mandement plus haut cité que je crois fidèle, absolument
authentique, et voici pourquoi : après la guerre, mon père
visitait souvent le colonel de Salaberry ; il est plus quo
probable qu'au cours de la conversation il a dû s'assurer du
mot à mot des paroles vibrantes qui ont été prononcées par
«on bravo commandant, avant la bataille.
C.-A.-M. Globknsky
Sir Allan Ma«Xal>. (V, 1, 500.)— On ignore généra-
lement que la femme do Sir Allan MacNab et ses deux seuls
entants, madame Daly et la comtesse d'Albermalo, étaient
catholiques. Le comte d'Albermalo se tit catholique et une
de se» tilles religieuse. M. Daly et son père, Sir Dominique
Duly, étaient aussi catholiques.
J'ai bien connu fou sir Allan MacNab qui m'honora même
de quelqu'amilié. Je ne nie pas qu'il ait ou d'abord de fort as
preventions contre les Canadiens-Français qu'il considérait,
alors, tous comme des rebelles ; mais je puis assurer que ses
préventions avaient considérablement diminuées sinon en-
tièrement disparues dès 185<>.
L.-N. Casault
L'" Elliilllt Terrible.»'(V, 1, 564.)— Je no sais à quelle
date, ni dans quelles circonstances, le nom d'Enfant Terrible
lui donné ù J.-M.-Kric horion. Il parait toutefois que c'est
au célèbre Joseph Cauchon que revient l'honneur ou la res-
ponsabilité d'avoir donné" au fougueux tribun un qualifica-
tif aussi caractéristique et ayant ou une aussi grande
vogue.
Ce pauvre Dotïon se l'était un peu attiré quand il se dé-
crivait lui-même dans les quelques lignes rimées suivantes
publiées en 1844 :
■
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.fe suis un petit garçon
Tout court et qui n'est pas long.
Et qui ne pense pas de loin ;
Mais qui s'apperçoit très bien
De tout lo pou qui se passe
Et de ce qui se repasse.
H das ! je suis tout potit
Comme un mauvais Esprit ;
Mais pour paraître plus grand
Je veux qu'on m'appello Gros-Jean.
Le résumé de ces quelques vers, pas très riches en rimes,
n'est il pas Enfant Terrible ?
Après une carrière des plus mouvementées J.-B.-Eric
Do non mourut à L'Avenir, comté de Drummond, le 1er
novembre 1866.
Le matin do ce jour mémorable, pendant que M. Dorion
était occupé à sa toilette, sa plus jeune enfant, Olympe,
«approchant de lui, lui dit avec naïveté : " — Papa, tu vas
mourir aujourd'hui."
Le père sourit avec bonté en lui répondant : " — Non,
chérie, ne crains rien."
Mais l'enfant insista, répétant avoc assurance : " — Je te
le dis, papa, tu vas mourir aujourd'hui."
Madamo Dorion fit taire la jeune prophétesso et l'emmena
dans une autre chambre.
Le midi, au diner, la petite Olympe répéta encore la même
assertion avec plus d'assurance que jamais.
M. Dorion, qui avait quelques effets à la station de Rich-
mond, partit après diner, vers deux heures, pour les aller
chercher.
A peine arrivait-il au pont couvert, ù Ulverton, quïl se
sentit frappé mortellemont : M. Dorion avait une maladie de
cœur.
Il appela à son secoure.
— 121 —
M. Charles McCaffrey accourut et M. horion demanda
d'être reconduit au plus vite a L'Avenir.
Quand on vit revenir si tôt la voiture, quand on vit M.
horion pouvant a peine se tenir assis, ce fut un émoi géné-
ral dans le village et il s'établit un courant, une procession
<le citoyens anxieux de voir ce qui i:tait survenu.
M. horion fut descendu do voiture par MM Moi.se Char-
pentier et Ksdras hionne.
Madame horion était au désespoir.
'•—No pleure donc pas ! Ce n'est rien ! " furent lesderniè-
res paroles qu'il prononça.
On courut chercher le m deein. Mais la science devait
être de nul secouru.
hauts ce moment do surexcitation, personne ne .songeait
au prêtre, et mon Dieu ! c'était bien lo médecin le plus né-
cessaire à cette heure.
M. Gouin, curé do L'Avenir, fut averti par sa servante
que M. horion se mourait. Que faire ?
Les amis de M. horion étaient autour de son chevet et
personne demandait le curé ! Wulait on établir aupr.-s du
mourant une barrière infranchissable. 11 me semble que cet
pens 'es durent se présenter à M. (îouin ; mais le c eur de
prêtre, le z>Me de la foi, le dévouement du pasteur le com-
mandent ; il court, il vole vers cette brebis qui voulait reve-
nir au bercail, mais agonisante et incapable d'appeler le pas-
teur. Le médecin déclare que le c<cur bat encore, que la vie
n'eat pas éteinte et M. Gouin prononce sur la tète du mori-
l)ond les paroles sacramentelles que Dieu a donné à ses mi-
nistres, à ses prêtres, le droit de prononcer, les paroles de
l'absolution.
Il s'apprêtait à administrer l' Extrême-Onction, il avait
fait l'onction générale, quand le médecin déclara, par un
geste significatif, que l'agonie avait déjà cessé.
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— 122 —
Les portes de l'éternité venaient de s'ouvrir pour cette
âme : elle était devant Dieu !
Ainsi mourut à 4.30 heures de l'après-midi, cot homme
fameux, à l'âge de quarante ans.
On !*e demandera peut-être comment il ne fait que M.
Dorion eut les honneurs de la sépulture ecclésiastique !
Voici la raison, et elle justifie amplement M. le curé
Gouin d'avoir permit l'inhumation suivant les rites de l'E-
glise Catholique.
En octobre 1SGG, Mgr La flèche, alors coadjuteur du dio-
cèse, vint prêcher urne grande retraite à L'Avenir.
M. Dorion en suivit les exercices avec attention et res-
pect.
Vers la fin de la retraite, le prédicateur se rendit auprès
de lui, à titre d'ami et d'ancien co-paroissien, tous deux
étant nés à Sainte-Anne de la Pérade.
Il fut reçu poliment et avec égard ; il ne fut nullement
question de religion dans cette première eutrevue.
Le lendemain matin, Mgr fit une seconde visite comme
prêtre afin de tenter un suprêmo effort pour ramener à la
pratique de sa religion d'enfance, cette âme depuis long-
temps éloignée des sacrements.
M. Dorion déclara qu'il désirait se convertir. Mgr mit
deux conditions : •
Se démettre de la Société de l'Institut Canadien.
— Ce n'est pas difficile, dit M. Dorion, depuis trois ans je
n'y ai pas mis les pieds.
Rétracter ce qu'il avait dit et écrit contre la doctrine de
l'Eglise et les prêtres.
—Le prêtres m'ont attaqué, répondit M. Dorion. et il fal-
lait me défendre.
Mgr lui fit comprendre que les prêtres étaient forcés par
leur devoir de parler ooramo ils l'avaient fait, qu'il avait
avancé des théories contraires aux doctrines et aux ensei-
gnements de l'Eglise ; que les prêtres avaient combattu
•es principes, mais sans aniraositc personnelle contre lui.
M. Dorion donna pour excuse son défaut d'instruction.
Mgr lui fit doucement remarquer qu'il aurait dû étudier
un peu plus sérieusement los questions religieuses qu'il avait
traitées daas ses écrits et ses discoure. Sa Grandeur lui indi-
qua même de quelle manière cette rétractation devait être
faite: M. Dorion déclarerait qu'il rétractait tout ce qu'il avait
dit et écrit de contraire aux doctrines et enseignements de
l'Eglise Catholique, qu'il entendait continuer a servir son
pays dans la vie publique tout en s'engageant d'avance à se
soumettre aux doctrines et aux enseignements de la dite
Eglise.
M. Dorion lui répondit :
— Puisque ce n'est pas plus difficile que cela, je veux me
réconcilier avec Dieu ; j'y pense depuis longtemps, je sais
qu'il taut avant tout sauver son âme. Mais je veux faire
cela comme il faut et prendre le temps nécessaire ; j'irai
a Montréal, je ferai une retraite et ferai ma conversion.
Mgr l'encouragea dans ses bons sentiments, lui recomman-
da de faire les choses bien et surtout de no pas trop retar-
der, vu qu'il pouvait mourir subitement, car il connaissait
la maladie de cœur dont M. Dorion était affecté.
31. Dorion est donc mort catholique.
J.-C. Saint-Amant
Les ancêtres de Mgr Begin. (V, III, 587.)—
" Louis Bégin, baptisé 1636, fils de Jacques et d'Anne Me-
loquo, de JMnard, éotclié de Lizieux. " Dictionnaire Géné-
alogique, I. p. 37).
La lecture Liénard ou Liénart sur les registres pa-
— 124 —
ioisHiaux de catholicité doit être bonne. C ent une iorine qui
■e rencontre dans tous nos vieux actes. Saint- Liènart et
Suint -Léonard désignent le même bienheureux et la même
pa misse consacrée à ce saint. Leonard us a donne Litnard,
de même Lendebardus (abb/ de Saint- Aignan ) a donné Saint-
Liébavt, et Leodebaldus, moine de Marmouiier, u donné
ÏÀébard ; Leodeyariu», L>t<jer et Léyer. Il y a donc lieu
d'accepter la lecture du Dictionnaire Génêalotjique.
Dans tout le diocèse de Lizieux. il n'y avait qu'une église
consacrée à saint L onard, c'est l'églUe de Saint-Léonard do
Ilonfleur, ma paroisse natale.
Conduit par le goût de rechercher les traces du passé,
j'ai dépouillé tous les registres de l'état civil de Honneur, et
la majeure partie des archives de cette ville. Ce travail m'a
fourni la copie des actes de baptême des ancêtres de Sa
(Grandeur Mgr L- N. Hé-gin. archevêque de (^u, bec. \'oici
quelques uns de ces actes :
12 janvier 1»J21 : baptême de Nicolas Champaignc, fils de
itichurd Champaignc et de Marguerite Begin.
1er septembre 1624 : baptême de Jean Bégin, fils do Jac-
ques lié-gin et d« Diane Meloguo. Parrain. Jean LeTac, de
la paroisse d'Ablon ; marraine, Jeanne Melogue. (Le nom
propre ou de famille Melojuc a plus tard 6ubi une altéra
ti«m et il a «-té écrit Melocque dans les actes notariés du dix-
septième siècle).
12 avril ltj25 : décès et inhumation de Louise Bégin, de
la paroisse de Saint-Léonard.
28 septembre Hi3 1 . a Du 2s septembre lfi.'il a esté bap-
tisé Lay*, fils de. Jn> qut s Héyin et de Diane Meloyue. se.<
père et mire. Son par r in Loys Lanylois, jiU de Jacques;
la marrine Genefiefce Delamare femme de Jean l.cTae."
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I
■
— 125 —
(C'est pur m -garde quo Mgr Tanguay a fait naître Louis
Bégin en l'aun-e lfîoiî).
3 septembre lt>32 : baptême de Jacques Bégin, lilt do
Jean Begin et de Jacqueline Jeanne.
21 septembre 1032 : baptême de Guillaume Bégin, tilt de
Nicolas Bégin et de Rachel Poisson.
17 septembre 11 534 : Du dimanche dix septiesme jour do
septembre, mil 9ix cent trente quatre, ung enfant maslc
pour Jacques Bégin et Diane Melogue, père et mère, nom-
mé Jacques, par Jacquos Ceci re, écuyer, sieur du Bocage,
et Rachel Poisson, marraine."
14 juillet 1835 : A esté baptisée Mario, fille de Jean Bégin
et de Jacqueline Jeanne. Le parrin Jacques Le Bourg, la
marraine Marie de l'Omosne.
21 octobre D»35 : baptême do Jacqueline, fille de Guillau-
me Bégin et de Catherine de l'Omosne, ses père et mère.
2t> décembre I63i'î : " Du vingt sixième jour do décembre
a esté baptisée Jeanne Bégin. ti lk* de Jacques Bégin et de
Diane Melogue, père et mère. Le parrin Nicolas Bégin.
17 lévrier In' 13 : baptême d'Ambroisc, tille do (luillaume
B'giu et de Catherine de l'Omo.sne. «os père et mère.
10 septembre : baptême d'Anne Bégin, fille de Guil-
laume Bégin et d'Anne Matière.
2 septembre ltï!ï8 : baptême de Jaeques Bégin, fils de
Guillaume Bégin et d'Anne Matière."
La petite ville de llootleur est très honorée d'avoir été le
berceau de la iamUIe du distingué archevêque actuel do
Québec. Les II on flou rois esj"»èrent qu'un jour ils auront
l'honneur de saluer son passage au milieu d'eux.
Ciiahi.es Bréard
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— 126 —
Les Ordres du Koi. (IV, XII, 545.)— Querquepart
dans ses ouvrages, M. l'abbé Daniel dit que Ren;, baron de
Portneuf, était chevalier de l'Ordre de Saint-Michel.
Hibaud, dans non M'morial des honneurs étrangers confé-
rés à des Canadiens, en voulant corriger M. l'abbé Daniel,
commet une erreur assez grave. " René, baron de Portneuf,
dit-il, fut chevalier de lOrdre du Roi, et non, comme le dit
l'abbJ Daniel, do lOrdre do Saint- Michel : ce fut son frère
le sieur de Fortel, qui n'était pas de la Nouvelle-France.''
Or, l'ordre de Saint- Michel et l'ordre du Roi étaient une
seule et même association désignée sous deux noms ditfé-
rents. On qualifiait l'ordre de Saint-Michel d'ordro du Roi
parce qu'il était conféré par le roi seulement.
L'ordre de Saint-Michel fut fondé le 1er août 1469 par
Lquu XI, qui le destina aux seigneurs de la cour dont il
voulait avoir l'appui.
Le nombre des chevaliers de Saint-Michel d'abord fixé à.
augmenta beaucoup dans la suite, ce qui rit tomber l'or-
dre daus le discrédit.
En 1588, Henri III joignit l'ordre de Saint-Michel à celui
du Saint-Esprit. Dès lors, on désigna les chevaliers de Saint -
Michel et du Suint-Esprit sous le nom de chevaliers de*
Ordres du Roi.
Aboli en 178U, l'Ordre de Saint- Michel fut ressuscité par
Louis XVIII, le 16 novembre lSltJ, et destiné à récompen-
ses ceux qui se distinguaient dans les lettros, les arts et les
sciences.
L'ordre de Saint-Michel cessa d'exister en 1830.
Le baron de Portneuf, son frère, le sieur de Fortelle, et
r&nmanuc) le Borgne de Bellisle, seigneur de Port-Royal,
sont, croyons-nous, les seuls Canadiens qui aient fait partie
de l'ordre de Saint-Michel. P. Ci. H.
-
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— 127
QUESTIONS
601 — Lors de la nomination de M. le grand vicaire RacicoV.
de Montreal, à la haute dignité de protonotaire apostolique,
des journaux ont annoncé que les seuls Canadiens élevés ù
cette dignité étaient Mgrs Marois, Laflamme, Ilamel, Pa-
quet, Routhier et Ritchot. N'y a-t-il pas eu d'autres Cana-
diens qui ont été nommés protonotaires apostoliques ?
Curé
602 — Dans le Journal de Sanguinet on lit que le corps de
Montgomery fut enterré avec celui de son aide-de-camp
4- devant la porte du bourreau ". Ce passage ne ïaisse-t-il
pas entendre que Radelitt'e n'est pas le premier bourreau
attitré au Canada ? Qu'en pensez-vous ? Rio
603 — Les registres paroissiaux do Me mramcook, commen-
cés eu 1781 par M. l'abbé Thomas- François Le Roux, pre-
mier prêtre résident, et continues par lui jusqu'à sa mort,
puis par M. Power de 171)4 à 1803, et ensuite par M. Ciquard
de 1803 à 1800, ont été emportés dans la province de Qué-
bec par quelqu'un des anciens curés de Memramcook. Ils y
sont encore. Mais où ? Je l'ignore. Je serais donc très re-
connaissant a celui qui pourrait me renseigner sur ce sujet.
P. P. G.
604 — On a beaucoup glosé autrefois sur le nom du juge
Vallière do Saint- Réal. On a été jusqu'à affirmer qu'il avait
ajouté lui-même ce nom de Saint-Réal à son nom de famille
Vallière. Qu'en sait-on au juste ? R. G. O.
605 — Quelle est la date de l'inauguration du pont Victo-
ria, qui relie la rive sud du Saint-Lauront à l'île de Mont-
réal ? Le prince de Galles vint-il au Canada spécialement
pour cette grande circonstance ? Iox.
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— 128 —
GOG — L histoire du C'hien d'Or " m'a toujours parue
quelque peu obscure. Oonnait-on aujourd'hui lu véritable
raison qui engagea le capitaine de Repentigny a tuer le
bourgeois Philibert ? lion.
007 — En quelle année, le bureau de poste actuel de Qué-
bec a-t-il été ouvert ? Où ..'tait-il avant cotte époque ?
Fact.
b'OS— Dane «on admirable TJyende d'un Peuple, Fréchette
nous fait assister, par un soir humide et triste de l'automne,
à l'épisode «.'mouvant de la reddition du général de L'vis.
lors de la capitulât ii.m de Montréal. Est il bien prouvé que
le brave chevalier de Levis fit brûler ses drapeaux plutôt
que de les rendre ? Où cette sublime action s'est elle passée 'J
Kst-ee bien à l'île Sainte- H K-ne. ainsi que ledit le Dr Larue
dans son Histoire populaire du Canada i XXX
G09 — Dans leurs interminables incursions sur le territoire
de la Nouvelle-Angleterre, les Abénaquis s'emparèrent, vers
le commencement du dix -huiti ' nu' siècle, d'une je une an-
glaise du nom de Wheelwright. ( Vtto jeune captive, si je
ne me trompe, fut recueillie par le marquis do Vaudreuil.
gouverneur de la Nouvelle- France. Mlle Wheelwright re-
tourna-t-elle dans son pays ? Ameh
G10 — Où me procurerais-je la liste complète des prêtresque
la révolution française força de venir chercher un refuge
sur nos bonis? fomment se fait-il que l'Angleterre, si grin-
cheuse à cette époque pour tout ce qui portait un nom fran-
çais, ait laissé pénétrer ces prêtres dans noire pays ?
Franc.
Dig
ogle
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
. VOL. 5 MAI 1S!W Xo. 5
SAINT-FRANÇOIS-XAVIER DE CAUGHXAWAGA
La première mission iroquoise, dans les environs de Mont-
réal, fut projetée don le printemps de lo'(J7, par le P. Raf-
feix, S. J.. qui rencontra sept Onneiouts venus du pays des
Iroquois, accompagnant des missionnaires. Un mmiI parmi
eux, leur chef, Pierre Tonsahotcn, était chrétien ; la femme
de celui-ci, Kandiakteua, et ses cinq autres compagnons
n'étaient pa< encore biptiwés. Le P. Ratfeix oifrit à Ton-
sahoten et îl ses compagnons des terres à. Laprairie, aveo
l'assurance qu'eux et leur.-* frères chrétiens qui viendraient
se joindre à eux y trouveraient les moyens do pratiquer
sans entraves la religion chrétienne. Les sept Onneiouts
acceptèrent. Mais avant do les établir à Laprairie, le P.
Raffeix, ne sachant pas alors suffisamment leur langue, les
envoya à Lorette, auprès du P. Chaumonot. Celui-ci acheva
de les instruire. La femme et les cinq compagnons do Ton-
sahoten furent baptisés à Québec, dans l'été de IGtiS, par
Mgr François de Laval. Le vénérable évêque voulut met-
tre la mission projetée de Laprairie sous la protection de
saint François Xavier.
François-Xavier Tonsahoten et ses compagnons ne tardè-
rent pas à venir se mettre sous la direction du P. Rafleix, à
Laprairie, non sans résister à l'invitation pressante que les
Hurons de Lorette leur firent de demeurer avec eux.
Bientôt, d'autres chrétiens iroquois des .divers cantons
vinrent s'adjoindre à eux. A l'automne de l(ï69,la mis?i )n de
Laprairie comptait déjà 5 cabanes sauvages. En lo'TO.elle comp-
tait 20 familles. En 1U71, le P. Frémin vint succéder au P.
Rafleix. et celui-ci allu remplacer le premier au pays «le»
Tsonnontouans. Ite cette même umu'e date dans la mission
l'établissement de la Confrérie de la Sainte-Famille. I>cuxans
plus tard, le chiffre de» sauvages chrétiens s'élevait à 300.
Mgr de Laval les visita pour la première ibis au mois de mai
1076 et confirma 80 }>crsonnes.
A Laprairie. les Iroquois n'avaient pas de ehajM-lie séparée
des Français.
La mission est désignée dans les catalogues des Jésuites
sous les nomsde'MissioiroqiW'orum projie Montem Reguium"
ou ilResidentia a Pratis (1008) ', ou encore • Resident ia S.
Francisci Xaverii ad prata Stae Magdaleme (1072) ". Aujour-
d'hui, nos sauvages apj>cllcnl la première station de leur
mission : Krntake. c'est à-dire à la Prairie.
***
En juillet 1070. la mission tut transférée à cinq quarts de
lieue plus haut, sur le fleuve, près de la rivière du Portage,
parce que le terrain de Laprairie était impropre à la culture
du blé d'Inde, et le voisinage des Français était parfois préju-
diciable aux nouveaux chrétiens. On commença dès Tété de
cette année à bâtir une chapelle de 00 pieds, qui fut achevée et
bénite solennellement I'tiutumne d'après. ( e site fut illustré
parles vertus et la sainte mort de Catherine Tekakwitha. venue
du pays des Agniers en 1078. morte le 10 avril 1(58(1. La tra-
dition locale a tiré partie de cette circonstance pour indiquer
l'endroit de cette seconde station appelée : " h'atrri t*i
tkaiatut", c'est-à-dire où <'<tt lu ri m- fut <i<tnré<-.
En 1071», le P. Frémin Ht en France un voyage très
important pour la mission. Il revint en octobre 1080. avec
les titres de concession de la terre nomnu'e leSault. Ces titres
lurent enregistrés au Conseil Souverain de (Québec le 24
octobre 1080. Il apporta aussi de France plusieurs meubles
propres l>our orner la chajK'lle. (Il dût ap|N»rter lors de ce
— m —
royage le maître-autel aetuel de l'église de Caughuawaga, et
l'ostensoir en vermeil, lequel seul a servi au culte en cette
mission depuis plus de deux siècles).
En lt>88. la ehajK-lle fut renverse par le vent ; mais tous
les meubles sacrés turent conservés dans leur entier. On tra-
vailla immédiatement à réparer ee malheur, et une nouvelle
cha]H>lle lut achevée Tannée suivante.
A celte époque, la mission est désignée dans les catalogue»
de» Jésuites sous le nom de " Sti hraioisei Ararerii ad Ùal-
tum " (i«»81), et par les Iroquois du temps : " Kahnatcake",
c'est-à-dire au mult, au rapide.
En 1»J8(J, 1500 Iroquois païens fondirent à l'improviste sur
l'île de Montréal, causèrent le *• massacre de Laehine," ré)uwi-
dirent la terreur jusqu'aux portes de Montréal et se propo-
sent de détruire le village des Iroquois chrétiens et de mas-
sacrer ou de capturer ses habitant», l'ourse protéger, ceux-ci
se réfugièrent à Montréal, où ils demeurèrent fondant 7 ou 8
mois, Fuis le danger passé, ils allèrent, sous la direction du
P. Bruyas, établir une nouvelle station à une demi-lieue
plu» haut que la précédente. C'était au pied du lapide, mais
toujours appelé " Kahnairake" c'est-à-dire au rapide, par les
sauvages d'alors, -KahnaicakoH, "c'est -à-dire dam te rapiifajpox
ceux d'aujourd'hui, pour ne pas confondre avec Ks.hnawako
actuel, Caughnawaga. 1a«s Français appelaient encore co
troisième poste "le.Sault" ou Saint -François- Xavier du
Sault."
En lb"%". nouvelle migration causée comme les précédentes
par l'appauvrissement du sol, à \ lieue plus haut ; c'est à
l'endroit qui séqwre aujourd'hui la paroisse de Laprairie delà
mission de Caughnawaga. \a; F. Chollenec était alors le
supérieur de la mission.
'£HJ uy
Google
ft
— m —
Iroquois apjx-llt-nt aujourd'hui cot endroit Kntvitak-
wfiike. c'est-à-dire on a fr<h,-j! rilhvfr.h'L'i. K violemment. ce
noma été donné , r,>>t>ti» : et la mi»ion avait changé de
fcite.en gardant lenom qu'elle portait depuis l'établissement de
f'e nest qu'en 1712. que la mission est nomm.'e f»wla
première fois, dans les catalogue* : S.iffum >V< LuJorîci,
nom qui a remplacé du temps îles Français tous les précé-
dents, nom encore officiel aujourd'hui, quant à la province de
Quéliee. T,es Aniflai* ont introduit le nom iroquois niai ortho-
graphié de f'auifhnawaga : ils auraient mieux fait «le dire et
d'écrire comme les Troquoi* eux -moines. Kahnawake.
***
Ta- quatrième sitë de la mis-ion ne donnait pas encore, au
point d»- vue de la eulture du l»lc d'Inde, la satisfaction voulue.
Dès 171"). les missionnaires et les autorites H vile* sont en pour-
parlers pour obtenir tin changement de local. T>ès 171(ï. des
familles sauvages étaient établies à l'endroit de Oaughnawaga
actuel. Cette année là même, la maison des missionnaires fut
construite. — c'est le presbytère ae* »♦.»!. L'église fut commen-
cée en 1717 et termin.'e en 1710. T.e P ( 'harlcvoix vint
au Suult Saint -Louis en 1721. pour y passer une j>ailie «le la
quinzaine de Pâques, il data une de ses lettres (la llème). à
Mme la duchesse de LeslMguières. du Sault Saint-Louis, le
1er mai 1721. où il dit : "... La situation en est charmante,
l'église et la maison 'les missionnaires sont deux des plu9
Itcaux édifices du pays, et c'est ce qui fait juger qu'on a pris
de lionne* mesures pour n'être plu* obligé de faire de nou-
velles transmigrations."
L'église a servi au culte jusqu'en 1*10. File était en forme
de rectangle et devenu*' beaucoup trop petite. M. Jos. Mar-
coux. missionnaire, la fit rebâtir en forme de croix avec des
dimensions plus grandes.
Uigiti
La population iroquoise du Caughnawagaest présentement
de 1959 âmes, dont 1921 catholiques et 38 protestante.
***
De 1667 à 1783. la mission a été «ou* la direction dos PP.
Jésuites. Il y eut souvent deux ou plusieurs Pères résidante ;
il serait trop long de les éuumércr tous ; je ne nommerai quo
les supérieurs de la mission :
1667-1671, P. Pierre Kattoix ; 1671-1682, P. Jacq. Frémin ;
1682-1684, P. Jaeques Bruyas ; 1684-1688, P. Claude Chau-
chetière ; 1688-161)3, P. Jacq. Bruyas ; 1693-1695, P. Jacq.
de Lamberville ; 1695-1699, P. Pierre Chollenec ; 1699-1709,
P. Jaeq. Bruyas ; 1709-1712, P. Julien Garnier ; 1712-1722,
P. Pierre Chollenec ; 1722-1723, P. Pierre de Lagivné ; 1723-
1727, P. Pierre de Lauzon ; 1727-1729, P. J.-F. de Latitau ;
1729-1734, P. Pierre do Lauzon ; 1734 1735, P. Jacq. de la Bro-
tonnière ; 1735-1743, P. Lue-Franc. Nau ; 1743-1751, P. J.-B.
Tournois ; 1751-1752, P. Antoine Cordan , 1752-1753, P.
Nicolas de Gonnor ; 1753-1755, P. Antoine Gordan ; 1755-
1769, P. J.-B. lteneuvillo ; 1761M783, P. Jos Huguet (inhu-
mé au Sault Saint-Louis, le 6 mai 1783; ; 1783, P. Bernard
Well.
En 1783, les prêtres séculiers ont remplacé les Jésuites :
1783, M. J.-B. Dumouchel (il était curé do Châteauguay ;
1783-1784, M. P. Gallet (il était en même temps étiré do
Lachine) ; 1784-1793, Al. Laurent Dueharme (inhumé au
Sault Saint-Louis, le 31 décembre 1793) ; 1794-1802, M. Ant.
Kinfret (transféré à Ste-Anno do Mascouche) ; 1802-1808
M. Ant. Van Foison (transféré à Beauport) ; 1808-1814, &\
Ant. Kinfret (revenu au Sault Saint-Louis, inhumé à Lachine
dont il était aussi curé;; 1814, M. P.-N. Leduc; 1814-
1819, M. Nie. Dufrosne (transféré à SainL-lfrgis); 1819-1855
M. Joseph Marcoux (inhumé au Sault Saint-Louis, le 30
mai 1855).
— 136 —
En mai 185;-), la mission fut confiée aux RR. PP. Oblats dô
Mario Immaculée : 1 855- 1 SG4. ! î. 1». Eugène Antoine (aujour-
d'hui 1er assistant général de son ordre ; il réside il Paris) ;
1864. R. P. Léonard ; 18lî41S!>2, U. P. X.-V. Burtin (réside
à Saint-Sauveur de Québec ).
En 181)2, les prêtres séculiers reprirent la direction de la
mission : J. -Guillaume Forbes.
L'abbé Forbes
LES DROITS SEIGNEURIAUX
Droit de quint : droit du roi de recevoir la cinquième
partie du prix de vente d'une seigneurie. Lo^s et rentes :
droit du soigneur de recevoir la douzième partie du prix
de vente d'un immeuble dans sa seigneurie ; si le bien pas-
sait du père aux enfants, il n'y avait rion à payor C'est
ainsi que dans plusieurs seigneuries, des biens ont été cent
ans, deux cents ans, sans donner un sou de lods et ventes.
Droit de retrait • le seigneur pouvait, sous un délai déter-
miné, racheter un immeuble, en vivant au vendeur la somme
qu'un autre s'était engagé à donner. li-nt'- f .„ 'à<' : d.ms
le district de Québec, et de la part des communautés reli-
gieuses dans tout le pays, cette rente n'excédait pas deux
boIs par arpent. Droit de, banalité. f : Le censitaire était obli-
gé de faire moudre au moulin du seigneur tout grain ré-
volté et consumé dans la seigneurie : le seigneur.de son cô-
» té, devait faire construire et entretenir un moulin conve-
nable.
R.
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■ i
LE FORT DE TORONTO
Le poste de Toronto remonte aux prcmiei-s temps do la
Colonie. Le G juin 1G8G. le marquis de Dcnonvillc éc rit au
ministre qu'il va l'aire occujht deux postes, l'un au Détroit et
Vautre au portage de Tan m to. (Cor. Gén.. vol. H, pp. 114,
121. 1811). Le mémo jour, il informe Olivier Morel, sieur de
La Durantaye, eomtuandant au pays des Outaouas. qu'il a
l'intention ■• d'occuper deux postes, l'un au dcstmicl du lac
Lrié et l'autre au portage de Toronto." (.">. Mnrgry, 22).
3Iargry écrit " Toronto " mais la copie déposée au Bureau
des archives dit " Taronto," et à plusieurs pages. Un
mémoire du marquis de Denon ville, à la date du 8 novem-
bre 108G, annonce au ministre en Frauce <ju'il a ordonné à
De La Durantaye do se fortifier sur le passage du " porta-
ge de Taronto." (Cor. <ién., vol. 8, p, G:»). .
Le poste du Detroit fut fortitié mais celui de Toronto ne
no le fut pas, M. de Dononville ayant moditié ses plans
faute de fonds. (Cor. Gén., 42).
Une bourgade de .Sauvages, probablement les Missisia-
guas, était établie là, et ee poste fut établi tant pour
retenir leur commerce que pour empêcher les Sauvages du
nord de porter leurs pelleteries au poste anglais situe au sud
du même lac et appelé Chouayen ou < >»wego de nos jours.
Ce ne fut cependant que plusieurs années après qu'un
fort de pieux y fut construit. Dos historiens disent 1741»,
d'autres 1750. Jo viens de parcourir le tome 07 de la 44 Cor-
respondance Générale'' du Bureau des Archives à Ottawa et
à la page 107, jo lis une dépêche du gouverneur do La ,Ion-
quière, à la date du 6 octobre 17">1, qui démontre que le
fort de Toronto fut bâti cette année même et qu'il reçut le
nom officiel de fort Ivouillé, bien que populairement connu
bous le nom de fort de Toronto.
- "I
— 138 —
Le fort de Toronto fut démoli par lea Français en 1756
d'après des historiens, et en 1760 d'après d'autres. Après
cette démolition, Toronto retomba dans la solitude sauvage
jusque vers l'année 1793, époque où il devint u Muddy
York nom qu'il garda longtemps.
Une colonne commémorative élevée dans l'enceinte du
terrain de l'exposition, à Toronto, indique le site précis de
l'ancien fort. •
La dépêche de La Jonquière dont je viens de parler con-
tient des détails intéressants et je crois me rendre agréable
aux lecteurs des Recherches Historiques en la reproduisant
textuellement. Désiré Girouard
A Québec, le fi 8bre 1751.
Monseigneur.
J'eus l'honneur de vous rendre compte par ma lettre du
20 aoust de l'année dernière que la maison de traite établie
à Toronto étant trop petite pour contenir les effets du Roy
j'y ferois faire un fort de pieux, un logoment pour l'offi-
cier commandant, un corps de garde, un Magazin et une
Boulangerie.
On a travaillé pendant tout l'hivert à ces ouvrages, le S.
Cher de l'ort neuf officier de la garnison du fort Frontenac
y est arrivé le 23 avril. Il a trouvé que les travaux étoient
assez avancés.
Lo fort est do pièces sur pièces tout de chesne. H est
entièrement fermé et le garde Magasin logé ; les autres
bâtiments ne sont point finis, la plus grande partie des
ouvriers n'aiaient pû travailler avec assiduité a cause des
maladies qu'ils ont eû.
Comme dans ce fort il n'y a aucun endroit propre à
mettre la poudre en sûreté le dit Sr de Portneuf a fait
préparor do la pierre pour faire faire une petite poudrière.
>
uiy
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— 139 —
Il m'a observé que la situation des lieux est très avanta-
geuse pour l'établissement d'un moulin à scie, lo ruisseau
fournissant de l'eau en abondance, toute l'année, sur quoy
je conferoray avec M. L'Intendant. Et nous aurons l'hon-
neur de prendre vos ordres, si nous estimons que ce moulin
soit utile au service du Roy.
Tous les ouvrages ont été faits avec beaucoup d'écono-
mie et il est certain qu'à quelque grand marché qu'on ait
donné des marchandises, la truite qu'on a fait cette année
avec les Sauvages fera rentrer les tond» que le Itoy a fait
tant pour ce tort que pour munir le magasin.
Cette traite ne pourra qu'augmenter par les suites. En
effet aucune des nations établies dans les lieux eireonvoi-
ains de Toronto qui jusqu'alors n'avoient eu recours qu'aux
Anglais pour leurs besoins, n'ont point été à Chouaguen,
Elles ont préféré traiter leurs pelleteries à Toronto.
Les domiciliés de Toronto ont eu à euuir l'établissement '
du fort, on ne peut attribuer leur docilité qu'à la protection
dont vous honorez cette colonie, do laquelle ils se préva-
lent particulièrement. Ces domiciliés ont même envoyé des
paroles à tous leur alliés et aux autres nations pour les
détourner de Chouaguen et ks iuviiter à aller faire leur
traitte au fort Uouilié, ils ont fait plus, ils ont refusé leurs
canote à plusieurs sauvages des pays d'Enhaut qui les leur
voulaient acheter pour aller à Chouaguen ce qui nous a
assuré leurs pelleteries.
Les progrès de cotte traite donnent une jalousie inexpri-
mable aux Anglais et les cinq nations à leur sollicitation
n'ont rien négligé pour attirer ehex eux les domiciliés de
Toronto, mais sans succès.
Le S. do Portneuf a découvert que les cinq nations
avoient remis l'année dernièro quatre colliers à un sauvage
domicilié au fort Frontenac qui fut en ambassade chez les
Montagnes lequel les avoit fait passer chez différentes
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— uo —
nations et qu'il en avoit resté un chez les domiciliés de
Toronto avec un pavillon, les Anglais avoiont remis ces
colliers et ces pavillons aux cinq nations pour ongagor les
nations Sauvages ù aller faire leur traite à Chouaguen et
les prévenir quelles y seroient très bien traittécs.
Le dit S. de Portneuf n'a paH eu do peine a se faire
remettre ce collier et ce pavillon, ces domiciliés l'ont prié
do me lew envoyer et luy ont dit qu'ils vouloient que ce
mémo collier servirait à les lier le plus étroitement avec les
fran<;uis et pour prouver plus particulièrement leur fidélité
ils y ont joint leur pavillon.
.lay ro| tondu à celle parole avec un semblable collier, par
lequel je leur ay témoigné la satisf'aetion que jny du sacrifice
qu'ils m'ont fait de celuy qu'ils avaient de* Anglais et me suis
lié à eux. .le leur ay donné en même temps un pavillon et les
ai exhorté de ne point en reeonnoitre d'autre que celuy du
Jïoy mon maître.
Après quo la traitte a été faite, le S. do Portneuf a fait
assembler les chefs de ces domiciliés, il leur a recommandé
de veiller aux mauvaises intentions dos autres nations. Il
est retourné au fort Frontenac pour y continuer ses ser-
vices.
.Je suis avec; un très profond respect Monseigneur.
Votre très humide et très obéissant serviteur,
La Jonqliêre
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LA PRISE DE SAINT-REGIS
Je trouve dans mes cahiers <lo notes un document histo-
rique inédit annoté par l'antiquaire Jacques Vigcr et qui nie
semble avoir un certain intérêt.
J.-M. LeMoink
Notes sur la prise du village de Saint- Ré<;is par les Amé-
ricains durant la dernière guerre avec les Etats-Unis :
- On the 'I'M of October 1812. a party of near 400 Ameri-
cans from Plattsburi;, under Major Younif. surprised the
piquet at the Indian Village of St -Rciris. 'I'.i men \veit> made
prison ei*s by the enemy and Lieut. Rottotte ( 1 ). a sergeant
Met iillivray and six men Were left dead. The piquet consisted
of a detachment of C//i</, //,//< T'-v'.'/'"''*- 1 (Extrait de Mé-
moires, etc.. par R. Christie. Québec. ISIS ; Wxtory of Loner
t\nohhi. ml. I f. p. t'.i ).
Il y a plus d ime erreur dans »e court récit de la prise- de
Saint lîéîris. par M. Christie, si ou le compare avec le suivant,
et je crois mon récit plus corivet. le tenant de M. Roupe et do
M. Wm Hall, témoins oenlaiivs et <pii. comme on va voir, ont
figuré dans cette affaire : :\ eux donc la responsabilité des
détailsqu'ou va lire et dont je me porte volontiers garant, vu
la respectabilité des narrateurs. Ce récit est encoiv inédit et
forme part et portion de Mu Suln nlu, h<\ dossier bleu, tome
II, pa.«e 1H8.
" Le capitaine de. Montit^ny était résident à Saint-Régis à
titre d "interprète des Sauvages de ce village, mais n'y avait
point de commandement militaire. Tous les Sauvages, sujets
anglais, étaient absents du village et en service sur la fron-
tière. à l'exception de trois seulement qui étaient à Saint-Régis.
Les Sauvages appelés Américains y résidaient en bon nombre.
(I) Ecrivons Kototte. J. V.
— 142 —
Messieurs Roui* et Marcoux y étaient en qualité de minion*
naires (1).
Le 16 octobre, le capitaine McDonnell y vint prendre poste
avec l'enseigne iiototte (que M. Christie t'ait lieutenant) et 4S
Voyagtars rnmi.l.rnt. M. le lieutenant Wm Hall joignit ce
détachement le 17 au soir, sur l'ordre du lieutenant colonel
3IeGillivray. commandant le coîj*s des V<>i/<nf, urn <\inmlitns.
Dès le lendemain de son arrivée à Sainl-Kéiris. le lieutenant
Hall reçut avis et le communiqua à sou capitaine et :\ M. de
Montigny que les Américains, mécontents de la venue de ce
piquet, parlaient de venir l'attaquer et l'enlever si jiossibie. et
il conseilla, dit-il. à bon officier commandant de se retirer dans
une île qui est en face du village. On rejeta son avis avec une
espèce de dédain. l>cs sentinelles furent placées hors et à dis-
tance du village, dont il était du devoir des subalternes de
faire la visite, à diverses heures du jour et de la i^uit.
Dans la journée du vendredi. 'l'I octobre, un de nos trois
Sauvages, sujet loyal, et sur lequel on j»ouvait se tier, vint
avertir de nouveau le commandant qu'étant allé ce jour aux
lignes et même au delà, il avait vu qu'il se faisait certaine-
ment des préparatifs hostiles contre le i*»>te de Saint-Uégis.
M. Hall renouvela son conseil de se retirer à file, niais Mes-
sieurs McDonnell et de Montigny furent encore d'opinion de
u en rien faire. Enfin, entre 4 et 5 heures du matin, le 23
octobre, par une nuit exiraordinairement noire, et au moment
même où M. iiototte, de retour d'une de ses rondes, exprimait
à M. Hall ses craintes d'une attaque prochaine et que le déta-
chement ne pourrait repousser, le village se trouva en eflet
cerné sur trois faces par au moins MM Américains (infanterie
et cavalerie ), qui tirent aussitôt une décharge de mousqueterie
sur la maison éclairée par un grand feu. au-devant de laquelle
(I) M. Marcoux desservait sous M. Roupe, en apprenant la langue sau-
vage. Il entra dan» la mission en iSu, remplaça M. Roupe en 1813, et
quitta Saint-Régis pour le Sault.
f
I
niniti-7
les deux subalternes et le sergent McGillivray causaient ainsi,
sans se douter que l'ennemi fût aussi près d'eux.
L'enseigne Hototte venait à peine do clore le calcul de ses
appréhensions par cette triste réflexion : " Est-il possible que
l'obstination de notre chef nous expose ainsi à une mort sans
profit et sans gloire," quand il fut étendu mort sur la place
et le sergent McGillivray grièvement blessé dans les reins (ï)
par le feu de cette première décharge. M. Hall sejetadansla
maison pour y chercher des secours. Il y trouva peu de ces
hommes, le capitaine venait de la quitter, et le détachement
était dispersé. Une seconde décharge eut l'effet de tuer un
voyageur du nom de Prospay (2*) et d'en blesser plusieurs
autres, mais un surtout du nom de Félix.
Pendant la fusillade X la maison du capitaine McDonnell,
un parti d'Américains avait été s'emparer de M. Roupe, et il
se vit amener par (dix nu tête. Tout se termina là. M.
McDonnell s'était rendu prisonnier, et il ne fut échangé aucun
coup de feu de notre part. M. Koupe fut aussitôt relfiehéque
pris et reconduit :V son logis par un dragon ou cavalier fran-
çais du parti américain qui l'affubla au retour de son bonnet
militaire, en s'en découvrant poliment la tète. On lui recom-
manda d'enterrer les morts et de soigner les blessés, ce qu'il
promit île faire. M. Marcoux n'essuya pas les avanies de son
confrère missionnaire. Tl dût d'y échapper à la prudence d'un
des engagés de leur maison qui. au premier bruit des mous-
quets américains, songea ;\ se mettre tout d'abord en sûreté,
et ne le fit pourtant pas en égoïste, car il entraîna de force
avec lui M. Marcoux... et ils s'allèrent tous deux réfugier
dans un appartement noir de la maison servant de cendrière,
d'où ils sortirent un peu sales, lorsque la tranquillité fut réta-
blie dans le village.
(1) Mort depuis de sa hiessurc.
(2) Pcreé de 8 balles (M. Hall). Il étail de Saint -François du Lac et se
nommait Nicolas. (Registres de Saint-Regis) J. V.
— 144 —
Les Américains (pie commandait un major Yonnif se reli*
rirent bientôt de Saint- lié-iris, emmenant prisonniers à la
JJivière aux Sanlmons les capitaines McDonnell et de Monti-
gny, le lieutenant Hall et :J7 \'»y<i<j< )irs. laissant derrière eux
1 1 de ces mêmes hommes tant morts que blessés et égarés.
I>e la Jtfvière aux Sanlmons. ces prisonniers furent conduits -
dès le lendemain à Plattshurt;, d'où ils fuivnt tous renvoyés
en Canada le S décembre suivant, sur parole de ne jtoint
servir, officiers et soldats, jusqu'à ce <pi ils fussent régulière-
ment échangés.
- The Americans, ajoute Christie, in plundering the village
found an ensei<rn or l'nion Jack, in the house of t he resident
interpreter, usually hausted upon a flairs staff at thedoorof
the cliief on sundays or Holy days, which, said the American
Major, in an order issued upon the occasion (not a little
proud of the achievement) irni t/n: first ro/mir* tnl.i n iluritvj
the Kitr.'' ! ! ! Jacqcks Viokk
ANCIENNES EXPRESSIONS
Plusieurs expressions devenues aujourd'hui exclusivement
maritimes, ont eu autrefois, un sens plus général. J>aits(une
lettre adressée par Montcalm à la supérieure de l 'Hôtel Dieu
de (Québec, le 11 octobre l"."»n'. le vainqueur de Chou:»«;ucn.
«pli était un lettré, un membre ou tout an moins un corres-
pondant de l'Acadituie des inscriptions « t belles lettres, priait
madame la supérieure de taire placer six bouteilles <le baume
</< Canada et dix livres île ></<• «l'érable dans •• une caisse bien
onuirrêi'." et d'expédier le tout à madame tic la Honrdonnaye,
à Paris. Montcalm s \ tait il caiiadianisé pour faire plaisir à
Vaudrcuil ? Cela est peu probable. I.e sens du mot itiimri'ir
est-il devenu plus ix*st îi-im aujourd'hui qu'il ne l'était autre-
fois ? Cela est possible. Ce «pli est certain, c'est «pie. malgré
les préférences de la SorUmne. la langue française ne peut
être tenue à tixité d'une manière absolue.
EkNF.ST (iA*i\ON
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— 145 —
LE DERNIER REJETON DES LONOUEUIL
Le 17 février 1N41, mourait, à Montréal, dans sa quatre-
vingt-sixième année, madame la baronne de Longueuil.vcuve
de t'en l'avid- Alexandre (Jrant. capitaine au S4cine régiment.
Elle était le dernier rejeton tie l'illustre Camille «les Le Moine
de I-ongucuil.
Malgré soi deux ou trois quartiers de noblesse, la lionne
daine, qui avait toujours pratiqué une des vertus chères à la
bourgeoisie, l'économie, était devenue en vieillissant quelque
]>eu hizariv ; ainsi pour ne pas laisser perdre l'herbe et les
baies tics a rhustes t|ui couvraient alors l'îlot situé vis a-vis
l'île Sainte- Hélène. «-Ile y plaça dcs[K»rcs eu si grand nombre,
que les deux propriétés en furent bientôt infectées, et que
l'îlot prit le nom qu'il n'a cessé de porter depuis : il» oux
(îon f s.
A Montréal, le cheval de la baronne lut durant quelque
temps aussi eélèbre que le Uueéphale <l 'Alexandre. Obéissant
à ses idées d 'économie, la daine de Lon<;ueuil avait attelé à sa
voiture aux tonnes préhistoriques, un vieux cheval d'allures
plus que tranquilles, et qui pendant plus de quinze ans. avait
été au servie*; d un boulanger.
Les gamins, à seule tin de rire nu ]»cu. et de taire endiablcr
la baronne, ne manquaient jamais, en rencontrant l'attelage,
tie le t'ai iv arrêter dix ou douze t'ois dans la même rue.
II leur suffisait pour cela de t rier hmul (pani ). A ce mot
magique, l'animal, fidèle à ses anciennes habitudes, s'arrêtait
court, et ni le fouet . ni les huées ne l'eussent fait avancer.
Madame la baronne se trouvait obligée de descendre, et ce
n'était qu'une fois remontée, que le quadrupède se tnelta.t en
mar., he.
A quelques pas plus loin, les enfants— cet âge est sans pitié
— criaient de nouveau hn >i<l : et la scène se renouvelait au
milieu ties éclats de rire des passants et des voisins.
Ai ta sTK Aein vtkk
RÉPONSES
Canton Rolette. (Y, II, 585.")— Le Courrier du Livre,
livraison de juin 1898, renfermait une jolie bluette de feu M.
Eugène Renault, intitulée : Un pari de Diable-bleu, Un
héros de 1812. dans laquelle il nous fait connaître les actions
de prouesse d'un Rolette. Le parrain de ce Canton a certai-
nement voulu honorer Rolette en perpétuant ainsi son nom.
Montmaoxieîî
Les lieutenant* gouverneur» de Gaspé. (IV,
VII, 478.) — Nous sommes dans l'ignorance à peu près com-
plète sur les motifs qui engagèrent la mère-patrie à nommer
deB officiers d'un grade aussi élevé que celui de lieutenant gou-
verneur, quand rien ne semblait exiger de tels besoins. Plu-
sieurs s'accordent à croire que Nicolas Cox fut le premier lieu-
tenant-gouverneur de Gaspé. C'es^bien àtort, croyons-nous,
car avant lui, il dut y en avoir plusieurs autres, entr'autres
un nommé Elliott ; mais aucun d'eux ne résida il Gaspé. Ce
n'était qu'une sinécure à laquelle se rat tachaient d'assez forts
émolument» ; récompense accordée au mérite, devons-nous
charitablement supposer.
Mais, en 1774, quand les locaux de la Nouvel le- Angleterre
semblaient vouloir s'établir au Canada plutôt que de secouer
le joug, alors l'Angleterre, no pouvant que leur tendre une
main secourable, comme c'était son devoir, leur offrit l'hos-
pitalité dans les vastes comtés do Gaspé et de Bonaventure.
Un lieutenant-gouverneur fut nommé,et ce fut Nicolas Cox.
Ses états do service nombroux, la bravoure qu'il avait dé-
ployée lors du siège de Québec en 1759, lui avaient valu
cet honneur insigne qui lui rapportait mille beaux louisd'or
et d'autres choses encore. Ce ne fut qu'en 1780, qu'il 86
Tendit à Percé pour prendre possession de son gouvernement.
Il avait une maison à New-Carlisle,ot il s'occupa beauooup
de faire progresser cette partie du Canada qui commençait
à prendre de l'importance En 1784, on lui accorda une
pension que sea infirmités l'avaient forcé à demander. La
Gazette de Québec du 16 janvier 1794 annonçait ainsi sa
mort arrivée le 8 du même mois :
" Vendredi, le 8 janvier, est décédé à l'âge de 70 ans,
Nicolas Cox, écuyer, lieutenant-gouverneur de Gaspé et
surintendant des pêcheries du Labrador. Dès ses premières
années, il embrassa la profession des armes, et il y servit
fidèlement son roi et son pays pendant plu» de cinquante-
deux ans. 11 prit part au siège de Louhbourgcl do Québec,
et commandait une compagnie du 47e régiment à l'immor-
telle bataille de» plaines d Abraham, le 13 septembre 1759.
Bans la belle défense de Quebec, au printemps do 1770, lord
Dorchester l'adjoignit a son état-major ; et bien que co temps
soit déjà loin de nous, il y a encore vivants trop do sea frè-
re» d'armes qui peuvent rendre à son zèle, à sa fermeté, à
sa ponctualité à remplir scrupuleusement son devoir, un
témoignage au»si simple qu'honorable, pour qu'il soit besoin
de s'étendre sur ce point.''
Francis LeMuittre remplaça Cox. 11 ne demeura que pou
d'années à Percé, sa résidence ordinaire. Il mourut à Qué-
bec on 1805, et le Mercury du 16 lévrier donne un résumé
des cérémonies qui accompagnèrent ses funérailles. Il mou-
rut en sa demeure, rue Sainte- Famille, le 13 février 1805.
Il était un des adjudants-généraux de la milice provinciale
et colonel d'un bataillon de milice do Québec." L'on ne con-
naît que fort peu de chose» de ce lieutenant-gouverneur ; et
nous n'avons de pièce» officielles émanées de lui qu'une or-
donnance aux habitants de la rivière à l'Anguille, datée de
Percé, le 11 août 1784, et à la même date, une autorisation
à Jacques Gagnon d'agir comme chef des Sauvages domici-
liés à Jîeatigouehe.
A Francis LeMaistre succéda Alexander Forbes. Celui-ci
ne se rendit probablement jamais à Gaspé' au moins avec
l'intention d'y résider. En 1821, la Chambre d'Assemblée
siégeant à Qnébec,vou!ut raetlreune fin à ce qu'elle considé-
rait comme un abus. Ce fonctionnaire " no résidait pas
dans la province," c'était faire payer £300 inutilement.
Mais le gouvernement fit la sourde oreille, maintint Forbes
en place et lui continua ses émoluments. Kn 1825, on cons-
tate que la Chambre d'Assemblée refusa de voter l'item
suivant des subsides : Lieutenant gouverneur de Gaspé,
£300. Le résultat ne fut pas plus satisfaisant qu'en 1821, et
cette sinécure continua d'exister. Kn 183:5, Alexandre For-
bes était encore lieutenant-gouverneurde <laspé. mais il est
fort probable qu'on lui avait refusé son salaire dès l'année
1831, quand lord Aylmer. dans son message aux Chambres,
disait : On propose d'abolir la charge de lieutenant-gou-
verneur de (iaspé, comme n'important plus au service pu-
blic ; mais il est à espérer qu'en l'abolissant, le gouverne-
ment verra l'Assemblée payer les justes réclamations pour
arrérages des deux années précédentes, et comme indemnité
pour la perte que le titulaire éprouvera par cette aboli-
tion."
L' Alum/mi h <!»' Qtiél>( <- de 1833 mentionne encore Alexan-
der Forbes comme lieutenant-gouverneurde < iaspé. Etait-ce
par erreur, on parce que celui-ci aurait préféré conserver le
titre honorifique et sacrifier les £300 ? Nos études ne nous
permettent pas de nous prononcer sur ce point obscur, qui
mériterait d'être mieux connu. X.-K. Dionnk
Léchant national des Avadh'nx. (17, 7III,
404.)— La colonio française de la Nouvollo- Ecosse ou Acadie
est à peu près aussi aneienno que celle du Bas-Canada, mais
toutes deux se sont formées indépendamment l'une de l'au-
tre, do sorte qu'il n'y a pas ou de parenté entre ces deux
groupes, du moins au dix-septième siècle.
En 1713, r Acadie fut cédée à l'Angleterre. Quarante,
deux ans plus tard (1755), )a guerre so déclarant entre les
uign
deux couronnes, lea administrateurs de l'Acadie, tous gens
du Massachusetts, enlevèrent les Acadiens, les mirent dans
des vaisseaux et les dispersèrent en France, en Virginie, en
Louisiane. Il s'en sauva un bon contingent au Canada.
Plus tard, un certain nombre de ces exilés retournè-
rent à la baie do Sainte-Marie, partie sud-ouest de la pénin-
sule qui n'avait jamais reçu d'habitants, et ils y prospérèrent
d'une manière étonnante, si bien qu'ils constituent à pré-
sent un peuple dont l'avenir est assuré. Leur esprit d'orga-
ganisation se manifeste constamment depuis une quaran-
taine d'années et produit dos œuvres qui leur font le plus
grand honneur.
Ce peuple malheureux, oublié dans le inonde, nous fut
révélé, vers 1S5.Y par M. ICdmc Rameau do Saint-Père, qui
n'a cessé depuis de s'en occuper. 11 a inspiré aux Acadiens
la conviction que leur destinée pouvait devenir moilleure,
et la semence do sa parole a fructifié comme par un miracle.
Cent ans après la grande déportation, il leur disait :
Voub n'êtes pas une race morte ; agissez, il en est
temps ; l'heure est sonnée de reparaître au soleil ! " Ils se
sont levés comme un seul homme, et les voilà maintenant
qui prennent part à la vie publique de leur province.
L'un de leurs hommes politiques, l'honorable M. Pas-
cal Poirier, sénateur, a contribué pour une large part à
mettre ses compatriotes sur la voie qu'ils parcourent glo-
rieusement aujourd'hui. Il viont de publier un livre— ce
n'est pas son premier — ou il raconte le réveil des Acadiens.
C'est une étude des plus étonnantes. Nous devrons nous en
occuper, d'autant plus que les Acadiens et le Canadiens sont
déjà en quelque sorte fusionnés depuis 1755 et que le dé-
veloppement de cette race énergique va prendre une im-
portance de jour en jour plus grando dans la confédération
canadienne.
— 150 —
Signalons, pour commencer, un tait curieux : c'est l'adop-
tion d'un chant national, dans une convention qui remonte à
1883. Et qui, pensez-vous, a eu l'honneur du choix ? Gérin-
Lajoie. On a pris son 'Canadien Krrant ", qui est si caracté-
ristique de l'expulsion des Acadiens, et on y a seulement
changé un mot :
"Un "Acadien" errant,
Banni de ses fovers,
*' 7
Parcourait en pleurant
Des pays étrangers.
L'n jour, triste et pensif,
Assis au bord des Hots,
Au courant fugitif
11 adressait ces mots :
Si tu vois mon pays.
Mon pays malheureux.
Va dire à mes amis
Que je me souviens d eux.
Pour jamais séparé
Des amis de mon cœur,
Hélas ! oui je mourrai,
Je mourrai de douleur !
M. Poirier, qui avait connu intimement (iérin-Lajoie. est
celui qui a dû faire adopter ce chaut par la population fran-
çaise de la Nouvel le- Ecosse, du Nouveau- Brunswick, du Cap
Breton et de l'île du Prince-Edouard. Ces quatre groupes
sont enrôlés sous la bannière dite des Acadiens.
Benjamin Si: lté
L'amiral de Brion, protecteur de Cartier.
(IV, XII, 555 .)— Philippe de Chabot, seigneur do Brionf
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comte de Charny et de Busançois, flit élevé avec François
1er au château d'Amboise. Il était né à la fin du quinziè-
me siècle, vera 1495. En 1524, l'empereur Charles-Quint
assiégeait Marseille ; Chabot se jeta dans la place avec trois
mille fantassins italiens et obligea les impériaux a lever le
siège. Cet exploit lui valut une juste réputation. L'année
suivante, il combattit à Pavie aux côtés du Roi François
1er et fut pris avec ce monarque qui le nomma gouverneur
de Bourgogne et de Normandie pour récompenser sa valeur
et son dévouement.
En 1525, il fut fait amiral deFranceet fut surtout connu
depuis sous le nom d'amiral de Brion.
En 1529, il fut chargé d'aller faire ratifior en Italie le
traité de Cnmbrni.
Brion a-t-il navigué, a-t-il commandé sur mer ? Rien ne
le prouve, mais cet amiral s'est occupé du moins des choses
de sa charge. C'est à lui que Jacques Cartier soumit le des-
sein qu'il avait formé d'aller explorer les pays que l'on ap-
pelait alors les Terres nrures de l'Amérique du Nord. Cha-
bot accueillit ce projet et voulut môme l'encourager ; il fit
donner l'autorisation royale (1534) au plan du navigateur
et fut ainsi l'un des promoteurs de la découverte du
Canada.
Aussi, Cartier, en reconnaissance du service qu'il lui
avait rendu, laissa son nom à une des îles de la Madeleine.
" A cinq lieues de ses Isles (Margaux), écrit-il, y avait une
autre isle...Ceste Isle fut appelée l'isle de Brion."
En 1535, l'amiral de Brion commandait l'armée qui enva-
hit la Savoie et s'empara de Chambéry, de Montmélian, de
Turin et de presque tout le Piémont.
Quand il revint à la cour, il la trouva divisée en deux*
camps ayant à leur tête le duc d'Orléans et la duchesse
d'Etampee d'un côté, Diane de Poitiers et le Dauphin de
l'autre. Son intervention dans la lutto faillit lui devenir
— 152 —
fatale. Kn 1540, le cardinal de Lorraine et Montmoroncy,
qui avait é té son ami et son compagnon d'armes, devenu
son ennemi lo plus irréconciliable, l'accusèrent de malversa-
tions. Chabot fut jugé et condamné à quinxo mille livres
d'amende, au bannissement et à la confiscation de ses bien»
par un arrêt du 1er février 1541. La duches.se d'Ktampes
plaida sa cause auprès du roi et le fit gracier et, lo 24 mars
1541, un nouvel arrêt du parlement intervint en sa faveur
et le déchargea de toutes les accusations portées contre
lui.
Il remplaça avec lo cardinal do Tournon le connétable
de Montmorency au minislèro quand celui-ci fut disgracié.
Chabot mourut le 1er juin Ib-k'.i.
La Bibliothèque Nationale do Paris possède des volumes
in-folio manuscrit» de lettres écrites par l'amiral de linon
en 1525, et l'on a aussi do lui des cartes maritimes dressées
avant l'invention de la gravure.
Kl h MAKI» (ioKPl'
L'Ordonna née de lord Durham. (WIl. 5S4.) —
Col te laineuse ordonnance lancée par l«»rd Inirhain le 2^ juin
1,S.'{S. publiée en ù m //<(>,!, <y1i<i<,i<ln,<hrc dan* la (i<i:, tt<:
Ortii n !h le 2!). l a été aussi, par Lr C,r„, >,//,„. |r au juin, pour
ses lecteurs et le public. Non seulement l'apineau ne fut pas
le seul à être privé de 1 amnistie, mais aussi Côté, (.iagnon,
Nelson. < ) ( 'allaghan. J{odier. Ihown. huvernay. Chart ior,
Cartier. K'yan. père et fils, l'onault. 1 >esmarais. Davignon
et t.iaut hier.
Ce u H'Iti /'m i\i'frii')flin'iift< ilu f 'tiiKhlu ii est en ma jHwses-
ision. J.-(>. Dion
La <* mitaine " des puritains. (V. IM.5!>3.)—
]a-s puritains appellent la réunion des lidèles : la congréga-
tion, et leur temple. nuu t<'n</-fi>><t*r.
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— 153 —
Mitaine est une corruption «lu mot uu-etimj. Il existe aussi
Aies camps- meeting, qui se tiennent «lans Ks bois ou «lans les
parcs publies, }x'inlnnt la belle saison. Les puritains y vivent
sous la tente avec leurs familles pendant tout le temps quo
.du IV le mct'tt'mj. (il'STAVK OlIMKT
LejHffe Volt i*>n>s fie S'ihit-ItruJ. (V. IV.<,04.)—
L'aftir nation que le juge Vallières de Saint- lï al a lui-u êmo
ajouté les mots S>ii„t-Hf<tl à son no n de Vallières est inex-
acte, comme le prouve son extrait «le baptenc «pu- j'ai trouvé
aux archives du Secrétariat d'état. Voici ce docu nent :
'• Ext rail du Registre des lîaptêmes. M a ri aires et Sépul-
tures «le la mission de Carleton. Have «les Chaleurs.
" L'an mil sept cent quatre-vingt sept, le pre i-ier octobre,
je soussigné ay baptisé suivant les cérémonies oiilinaircs.
Joseph Hémy. né ce matin «lu légitime nariage «le Jean
Baptiste Vallières «le Saint- Kéal et «le Mar<;ucritc C.irneillier
dit tîramlehamp. Le parrain a été moi -même soussigné, et la
luarreine Marie Mag. Hourg.
(Signé) Jos. Math. lîoru« s. prêtre.
Je certiiie le présent extrait conforme à l'original. Carle-
ton le quinze septemhiv mil huit cent six.
(Signé) Amiot. prêt iv.
Le 7'/<7/o/</««o'/v de Mgr Tanguay écrit le nom VaUtre.
tout court. K.-.L Al i»kt
Le lut rt'ff h fie ponte tie Quebec. ( V, I V, «07. ) — Le
bureau de pos»te actuel «le (Juchée est situé sur un terrain
célèbre par ses souvenir* hi>toriqucs et les légendes qui s'at-
tachent a N>n site.
Les documents légués à l'Université- Laval par feu
Geo.-B. Faribault prouvent que la chapelle de C'hamplain
dans la«pielle le corps du fondateur de Québec fut déposé dans
un .«éj,<(t.-rt> f«irt<'r,ti;,r, s'élevait près du site du bureau do
— 154 —
poste actuel. Sir James-M. Le Moi ne et le Dr Dionne, bi-
bliothécaire de l'Assemblée législative de Québec, sont d'o-
pinion que les restes du fondateur de Québec reposent très
proche du bureau de poste. Un bu>te de Champlain, pla-
cé au<tessu8 de l'entrée privée de la rue Buade, semble con-
firmer cette croyance.
Cette place, qui fut appelée " Chien d'Or " sur la fin
du régime français, fut connue sous le nom de Free- mason's
Hall, de 1775 à 1848, et fut occupée par uue dame Prentice,
veuve de Miles Preniice,tranc-mayon et sergent sous Wolfe,
qui y tenait un café fréquenté par la classe aisée de l'é-
poque.
Prentice avait une tille ou une nièco d'uno beauté mer-
veilleuse et dans toute la fleur de la jeunesse ; Nelson, le
grand NeUon, alors le jeune commandant de VAlbermale,
était, en 1782, un des habitués de l'endroit. Il s'éprit telle-
ment de ses charmes qu'il la demanda en mariage et décla-
ra formellement qu'il abandonnerait plutôt le service que
d'être séparé de l'objet de son amour ; mais l'intervention
d'un ami l'empêcha do contracter ce qu'on pourrait appeler
un imprudent mariage, qui, dans tous lea cas, aurait chan-
gé sa brillante carrière.
Montgomery, lieutenant au 17ième d'infanterie en 1759,
avait visité Québec après la cession ; c'était aussi un visi-
teur du Chien d'Or, le rendez-vous do nos joyeux ancêtres.
Lorsqu'il tomba à Près-de-villo, et qu'il fut enseveli dans
une tempête de neige, avec ses compagnons, c'est la veuve
Prentice qu'on alla chercher pour l'identifier.
Les officiers de milice et les volontaires do 1775 célé-
braient chaque année le glorieux anniversaire du 31 Dé-
cembre 1775. Ils s'intitulaient eux-mêmes " Los Vétérans"
et avaient leur dîner annuel au Merchant's Coffee House.
Subséquemment, noue voyons la vieille maison servir de
salle d'encan, puis de temple, plus tard encore le
r
— 155 —
Memiry, la Quebec Provident & Saving Bank, le Dr Mars-
den. le Dr liées, le Mechanics Institute, etc, etc, y eurent
leurs bureaux. Elle formait alors partie de la succession du
millionnaire George Pozor. En 1853, le gouvernement l'a-
cheta pour £4000 de George Alford pour en faire un bu-
reau do poste. CVtait uno maUon en pierre taillée, dont la
porte principale était surmont 'e d'un bas-ruief représen- ,
tant un chien en or, avec en-dessom l'inscription suivante :
Cette maison avait quatre-vingt-cinq pieds de longueur ;
elle n'avait qu'un ét age au-dessus dn sol et était recouverte
en tôle. Elle était située à l'extrémité est de la rue Buade,
immédiatement au-dessus de l'escalier qui conduisait à la
basse-ville par la parte Prescott. Elle occupait une super-
ficie de 11500 pieds carrés. Cette maison, ainsi qu'on peut
le constater par les gravures du tomp*, était vieille, mas-
sive et très grande.
Avant d'oecupor cette maison le bureau do poste était de-
puis quelques années, dans une maison appartenant à Ma-
demoiselle de Lanaudière, et située là ou s'élèvo aujourd'hui
l'Archevêché de Québec. Un pâté de maisons existait alors
le long d'une petite rue connue sous le nom de 4: rue du
Parloir." Montcalm p issait ses soirées là en compagnie de
Mademoiselle de Lanaudière. de madame Péan et d'autres
dames fashionables. Api\>s l'incendie de cette maison, le
bureau dépiste fut t omp :> rai riment transporté dans le Vieux
Château, et en 1845, il fut finalement installé dans le Free-
mason'* Hall ou café Prentice, où il a toujours demeuré de-
Je suis un chien qui ronge l'os.
En le rongeant je prends mon rvp>«.
Viendra un temps qui n'est pas venu.
Que je morderay qui m'aura mordu.
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— 150 —
En avril 1871,1e bureau de poste fut transportédansla vieille
boulangerie militaire, rue Saint André, maintenant 1* Aoadé-
mie Commerciale, et la maison où il avait éti tenu de 1845
à 1871. c'est-à-dire pendant vingt six an*, fui démoli».
Le 17 juillet de la même année, la première pierre du bu-
reau de jKMte actuel fut jKjsée pur l'honorable H.-L.Langevin,
alors ministre dee travaux publiée. Ainsi qu'il a été dit
plus haut, un buste de Charaplain, le " Chien d'or " et son
inscription ornent la façade de cet édifice. C'est à la tin de
1873 que le gouvernement prit possession du nouveau bureau
de poste. C'est un édifice en pierres taillées grises, à trois
étages, d'environ quatre-vingts par quarante pieds. L'archi-
tecture en est sévère mais pas sans charmes.
Pendant l'administrât ion de sir A. -P. Caron comme mi-
nistre des |K>stes une nouvelle aile a été ajoutée à la bâtisse.
Kl le fait face au Saint- Laurent. Cette aile fut ouverte en
1895 ; elle sert à la distribution générale et aux facteurs.
Manière d'apprendre f /tintai re du Canada.
(IV, XI. >>4iK) — Vous me demandez quel.e est la manière
d'apprendre l'histoire du Canada pour s'en nipjieler toute sa
vie.
C'est bien simple. Faites comme pour l'histoire d'un indi-
vidu dont vous avec entendu parler. On vous dira qu'il avait
étudié à tel collège, que sa première idée était d'être ingé-
nieur, qu il s'est marié et qu'il fait des entreprises de chemins
de fer et finalement qu'il est devenu homme politique. Telles
sont les grandes lignes de sa carrière.
Eh bien ! l'histoire du Canada doit s'entendre de même :
par les grandes lignes.
Comment était constituée !a colonie au début ? Quel chan-
gement s'est produit ensuite ? A-t-on retardé ou avancé les
progrès de l'idée première ? Vers quelle époque les Canadiens
E.-T. V
AQIKT
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ont-ils commencé à exercer «le l'influenee dans Uur pays.
Comment cet esprit national a-t-il été reçu par la mère-
patrie ?
Là est tonte l'étude. Que nous importe le nom de tel ou
tel gouverneur ! de tel ou tel soldat ! Ktes-vous obligé de
connaître la culotte que je portai» à vingt ans ?
Ne surchargez pas votre mémoire de détails qui .sont dans
les livres d'écoles. Tout cela ne nous apprend rien. Ce qu'il
faut savoir c'est la mu relie «les grands événements.
Sachez, par exemple, que de l(»0S à l<î(J5 nous n'avons t'ait
que tâtonner sans presque rien établir; de ltîtj*» à lt!(îî>, gran-
de arrivée de colons.
De 1670 à l(î85. nos efforts étaient portés vers lu colonisa-
tion du Bas-Canada et à la découverte du Mississipi.
De 1730 à 173U, nous tentions de connaître le Nord-Ouest.
Nos guerres contre les Anglais vont de lo'SD àl713 et de
1744 à ïîtiO.
Nos parlements ont commencé en 17t»2.
VoiU des faits qui sont plus imjxirtants que de savoir en
quelle année est mort ,U. de Mésy ou M. de Frontenac.
La chronologie est l'épine dorsale de l'histoire ; on ne sau-
rait s'en passer, à moins que l'on ne veuille jamais compren-
dre les événements anciens. Nos journaux commettent fautes
sur fautes du moment où ils parlent d'histoire, et cela est dû
uniquement à l'absence de chronologie dans les études des
rédacteurs. Notez bien que trois ou quatre soirées de travail
sont très suffisantes [mur connaître le maniement de cette
clef mystérieuse : la mémoire, de la chronologie.
L'ensemble d'une période historique en dit plus à notre
intelligence que les futiles renseignements dont on a bourré
tant de livres.
On parle beaucoup aujourd'hui du soulèvement de 1837,
mais étudiez aussi les luttes parlementaires ties vingt années
qui ont précédé ces troubles. 11 y a li une page admirable.
158 —
Avant que de prendre les amies, nos pires avaient combattu
par la parole et par le vote.
Non ! pas de détails ! des grandes lignes pour le lecteur
ordinaire, des périodes de temps, afin que nous voyions clair
dans le passé. L epluehage des détails appartient aux histo-
riens ft aux écrivains en général.
L'histoire d'un peuple ou d'un pays c'est comme l'histoire
d'un individu : vers tel temps, il taisait telle chose. Et c'est
tout ce qu'il im]x>rte de connaître.
liKNJAMIN SULTE
Ult tableau tie Lehitm. (IV. XII, 552.) — La basi-
lique de Suinte- A une de Pcanpré possède une peinture qui,
ei elle était offerte en vente, ferait accourir bien des connais-
seurs, ("est un tableau peint par le célèbre Lebrun. et repré-
sentant sainte Anne. Xotre- Daine et deux pèlerins.
Le marquis de Tracy, menacé de périr dans un naufrage,
fit vœu. si sainte Anne le sauvait du danger, de lui faire une
généreuse offrande.
De retour en France. AL île Tracy n'oublia pas son vœu et
«nvoya à «Sainte-Anne de lk-aupré cette belle peinture qui dût
lui coûter un joli denier.
Ceux qui n'ont pas l'avantage d'aller à Sainte- Anne de
Beaupré jxjuvent voir une gravure du célèbre tableau dans le
beau livre récemment publié par le R P. Paul Charland, des
Frères Prêcheurs, M<i<hime Snho-tr A» nr.
P. il. II.
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— 159 —
QUESTIONS
611 — Prosper Mérimée, dans une lettre dat'e do Paris le 12
octobre 1856 (Bévue des Peur- Mondes, mars 1896), écrit
ce qui suit : " Après la rébellion de 1745, les chefs monta-
gnards d'Ecosse, rudement étrillés, s'aperçurent que leur
puissance était perdue. Ils no pouvaient plus piller les gens
des Lowlands et mener la vie des petits souverains indépen- *
dants. Un homme d'esprit trouva une invention que tous
imitèrent. Ce fut de se débarrasser de leurs clansmen et de
les remplacer par des moutons. Les hommes n'étaient bons
qu'à se battre ; les femmes, qui sont très laides, en géné- *
ral, n'étaient bonnes a rien. Les moutons, au contraire, rap-
portent beaucoup de laine et les côtelettes en sont excel-
lentes. On expédia les hommes au Canada ; on abattit les
huttes de ceux qui voulaient rester ; bref, on les obligea
de déguerpir."
N'y a-t-il pas erreur ? Comment a-t-on pu envoyer au
Canada, en 1745, des Ecossais, alors que le pays était sous
la domination française ? J.-E. R.
612 — M. Bégon, intendant de la généralité de la Rochelle,
écrivait de Rochefort, le 25 février 1694 :
" M. Gaillard, commissaire de lu marine, m'a dit que la
porcelaino qui nous vient du Canada et les calumets de
marbre et de porphyre quo nous croyons estre travaillés
par les sauvages leur sont portés par les Anglais qui tirent
la porcelaino de Guynée et la font travailler en Angleterre
où se font aussi les calumets. J'ay bien de la peine à croire que
cela soit vray, mais comme vous avés beaucoup de connais -
sanoes de ces sortes de cuiosités, je vous prie de m'en man-
der votre sentiment."
Qu'y a-t-il de vrai là-dedans ? Rex
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613— Mgr Cooke, évéque des Trois- Ri vièrcs. Privait à Mgr
Plessis, le 1er octobre 1818, alors qu'il était missionnaire à
Caraquet : " Suivant le nouveau code, l'ainé de la famille
doit hériter de deux part». Les Acadiens n'entendent point
cela. Peut être ont ils raison. Qu'à fuit l'aîné de plus que les
autres pour le bien général de la famille ? Souvent rien du
tout. Et la loi qui permet au |>ère de donner son bien & qui
bon lui soinble, n'est -elle pas faite exprès pour empêcher les
injustices que l'autre pirait autoriser en pareil cas ? A pré-
sent, il s'agit de savoir si un père peut refuser à son fils aî-
né cette seconde part, et si son fils aîné qui n'a pas d'autre
mérile que eelui d'être le fils aîné, pei t en exiger deux
parts ? "
La loi de primogeniture a-t elle exisu'e au Canada ?
I.ku.
n'14. — A la pa^'e 2.">7 du troisième -volume de Y I/istnire <ht
moiitisti rt1 tir* f'/sitfiiirs i/ts Trois- ffir ièrrs, je lis : '• Hatiscau,
riche campagne sitm'e sur le fleuve, tient son nom d'un chef
sauvage très lié avec Champlain ' C est la première fois que
je vois cette explic ation donnée à l'origine du mot Batiscan.
Kst ce la véritable ? Krv.
olô— \m docteur Kimbcr. qui fut député des Trois- Kivières
et se distingua pendant l'insurrection de 1S37-*5S. était-il d'o-
rigine allemande ou canadienne ? Kn 1753. je vois un Jo.seph
JcKimlK'11 à Quélicc. Le I>r Kimber ne se m it il pas un des-
cendant de ce JcKimhcrt ? Cl Rio.
r»l(î. — A quelles sources faut-il aller puiser les détails bio-
graphiques ou autres concernant le célèbre juge Vallières de
Saint- Kéal, et notamment, où serait-il possible de trouver
l'éloge que fit. au dire de Hi baud, de cet illustre magistrat.
Antoine (iérin Lajoie ? Canada.
(il". — I>'où vient le nom de Ik'llt chaxse. et quand a t il été
donné au comté «le ce nom ? C. (i.
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BULLETIN
DES
RECHERCHES H I STORIQUES
VOL. 5 JUIN 1S90 Xo. 6
SAINT-JOSEPH DE LAXORAIE
La seigneurie de Lanoraie fut concédée en 1(137 au sieur
Jean Bourdon. Son inu/innitation, Autruy. fut concédée au
même seigneur, en 1647. En lt>8S. la seigneurie de Lanoraie
fut cédé© à M. do La Noraye.
L'origine de la paroisse est enveloppée d une obscurité im-
pénétrable qui résulte de ce qu'à- cette époque on ne 8e préoc-
cupait nullement de laisser des archives. Aussi ne peut-on
même préciser à quelle date Lanoraie a eusn première éffliee.
La deuxième éeW de Lanoraie. fut construite en 1744.
La troisième éjrlW— l'éifli^ actuel'e— fut construite d'anrès
les plans et sous la direction du curé Loranser. La première
pierre fut bénite le 13 août 1*62 par MjrrFabre. alor* simple
chanoine. L enlise fut livrée nu cu'te le 26 octobre 1864
alors qii e le fut consacrée nar M.«?r Ignace Bourçet.
V oici les noms des missionnaires. dessetvnnts et curés qui
se eont succédés à Lanoraie, à partir de 1732 :
MM. J.-A Mercier. 1732-1734 : L. Chevalier. 1734-1735 ;
J.-B. ( rosselm. 1730-1737 ; P.-B. Pesr-he. 1737-1742 ■ G Tm-
mère. 1742 1747 ; B. Pépin. 1747-1749 ; X-F. Youvîlle de la
?^;?i:^e'4T4;) n50 : TW'in, 1750-1759 ; .T.- A. Gaillard,
Ij.19-1 m1 : B. Pépin. 1771-1774 : C.Fr. Lemaire de St-Ger-
Î5?,iîii î"? VT-.?-N- Pou*H- n70-17«5 : C. Perrault.
A. iÏAo i C- J Le,pbvr(l TmchonquctJ 792-1 793 : L.Larao-
the 1793 -1,99 : Ç.-A. Boucher de laBroquerie. 1799-1804 ■
J.-D. Laroso. 1804-7813: J. B. Paquin, 1813-1816- G -H
SST3i«8Vî"J8??; M-C- *ezcan' l«20-1828;P,Z.Ga!mon;
l»-8-lW3 ; J -J. Baiz.enne. 1813-1838; A.-Braif». 1S38-1839 ;
^ t irn«.dte S0'11^'- ; L.-M. Quintal. 1840-1850 •
M.-J.-M. Balthazar. 1850-1852 : J.-O. Gi roux, 1852- 1859 • C -
1859-1884 ; J,X. Lus*ier. 1884 : F.- CorWl,
189 i ; F. Mondor. curé actuel. * p,
1
— 164 —
MÈRE ESTHER WHEELWRIGHT DE
L'ENFANT JÉSUS (1)
Dans la deuxième édition de Les Ursulines de Quibec,xo\.
2, p. 89, sous le titre suivant : Une fille d'Albion devient fille
de sainte Ursule, on trouve l'histoire de la capture et de la
jeunesse d'Esther Wheelwright. L'auteur de Glimpses of the
Monastery (histoire abrégée des U routines de Québec), dont
la seconde édition a paru en 1897, consacre deux chapitres à
cette remarquable et intéressante figure. La même année,
i Cambridge, Mass., voyait le jour une collection de mono-
graphies, sous le litre True stories of Nexc England Captives,
dues à la plume érudite et élégante de mademoiscl e Alice-C.
Baker. Cet ouvrage, dédié "aux prêtres et aux religieuses
qui donnèrent aeile et protection i nos captifs au Canada/'
n'est pas néanmoins exempt d'appréciations qui sentent le
préjugé, mais ne doivent pas étonner chez une héritière des
traditions puritaines ot anti-françaises do la Nouvelle-Angle-
terre. Tout de môme, l'écrivain se rappelle qu'elle est alliée
par le sang à notre illustre évêque Pleseis, petit fils de Martha
French, elle aussi une captive des Abénaquis, et la note domi-
nante de son travail, comme sa dédicace, est une note d'ad-
miration et de reconnaissance.
M'inspirant à ces sources diverses, je veux satisfaire briè-
vement la légitime curiosité du correspondant Amer des
Recherclies Historiques.
Esther Wheelwright descendait de ces puritains d'Angle-
terre qui, pour avoir refusé de se conformer à l'Eglise "établie
de par la loi," émigrèrent en Amérique durant la première
partie du dix-septième siècle. Son bisaïeul, le révérend John
Wheelwright, débarqua à Boston, le 26 mai 1636. Bate
(i) V, IV, 609.
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— 165 —
air
mémorable dans les annales de la Nouvelle Angleterre.
L'Américain ne connaît pas de titre de noblesse supérieur
à celui qui le rattache i la lignée dee " Pilgrim Fathers."
Aussi, incalculable est le nombre de ceux qui, sans lettres
patentes, revendiquent cette illustre origine. Banni de Boston
pour avoir enseigné des erreurs contraires aux doctrines
puritaines, John Wheelwright fonda successivement, avec
un groupe d'adhérente, les deux villes d' Exeter, dans le
New-Hampshire, et de Wells, dans le Maine.
C'est à Wells qu'Esther, fille de John Wheelwright (petit-
fils du précédent), et de Mary Snell, naquit au commence-
ment de lti9tf. La paix qui avait suivi le traité de Byswick
ayant été rompue, la France et l'Angleterre se trouvaient
aux prises de nouveau, et les colonies de la Nouvelle- Angle-
terre eurent à souffrir des incursions des tribus sauvages
alliées des Français.
La fusillade commença sur la frontière américaine, le 10
août 1703, à WellB, qui avait victorieusement repoussé une
attaque précédente, en 1692. L'assaut du village, commencé
à 9 heUres de l'avant-midi, se termina par la mort ou l'enlè-
vement du trente-neuf de ses habitants. Parmi les captifs se
trouvait Eat her, alors âgée de sept ans.
Deux ans plus tard, des lettres autographes et des infor-
mations fournies par le captif Samuel Hill, député sur parole
à Dudley, gouverneur de Boston, par de Vaudreuil, pour
négocier l'échange des prisonniers, rassurèrent quoique» uns
des habitants de Wells sur le sort de leurs parente enlevés.
Mais d'Esther Wheelwright, pas de nouvelles. Où pouvait-
elle donc se trouver ? Dans les profondeurs de la forêt, vers
les sources de la rivière Kennebec. Un guerrier abenaquis
avait emporté la captive et l'avait adoptée pour son enfant.
Elle devait y vivre cinq années de la vie sauvage. C'est vers
la fin de cette période que le père jésuite Bigot la découvrit
durant une de ses missions. A son visage pâle, à ses vète-
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— ICG —
ments, ii discerna une enfant de race étrangère. Il lui adresse
la parole en anglais. L'enfant ne sait répondre : elle a
oublié la langue do sa mère. T/O sauvage qui l'a adoptée
révèle au missionnaire l'origine et la parenté d'Esther. "La
rote anglaise penc he sur sa tige, lui dit le père, la vie des
bois lui est trop pénible. Je veux la transplanter au Canada,
où elle croîtra mieux sous les so;n* des vierges delà prière."
" La petite fleur blanche ne doit pas être arrachée du sol,
réplique le chef, qu elle croisse parmi les pins de la forêt,
pour orner un jour le icii/watn de quelque jeune brave."
A chaque visite nouvelle, le jésuite réitère en vain ses
instances auprès du sauvage obstiné. Il profite de ces ren-
contres pour instruire la jeune captive, qui bientôt a appris
son Credo ot les éléments du catéchisme en français aussi
bu n qu'en abénaquis.
Le père Bigot informe le marquis do Vaudreuil de sa
découverte, et bientôt la bonne nouvelle e-t communiquée à
la famille désolée.
Après cinq années de séjour dans la forêt. Kslher.rachetée
par le dévoué missionnaire, tst conduite à Québec, où le gou-
verneur et sa femme l'accueillent avec bonté et la traitent
.comme leur enfant.
Madame la marquise aj'ant été appelée en France comme
.sous gouvernante des enfants royaux, elle confia Esther aux
soins des Ui>ulines. La fille du gouverneur, Loui-e do Vau-
dreuil. devait être sa campagne de pensionnat. C'est le 18
janvier 1709 que les deux noms fuient inscrits sur les regis-
tres du couvent.
Bientôt Esther y fit sa première communion, avec uno
ferveur angélique." Aimée de ses maîtresses et heureuse
dans sa nouvelle fumil'e, elle aurait voulu s'y fixer irrévoca-
blement dans l'état parfait, maiH le marquis de Vaudreuil,
,: qui s'était engag- à la rendre à ses parents, dit l'Annaliste
des Ursulines. ne voulut pas consentir à n^s projets et la
rappela, avec sa Hlle Louise, au château.''
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Les doux années qu'Esther vécut danB le monde furent
pour elle des années d'ennui. A cette époque, on négociait
* 'échange des prisonnitrs entre la Nouvelle-France et la
Nouvelle- Angleterre. La jeune captive accompagna à Mont-
tréal le marquis, son père adopt il', dans un voyage qu'il y fit
en vue des négociations entre les deux pays. A Trois-Ki vières,
elle logea chez les Ursulines, et à Montréal, à l'Hôtel- Dieu.
Le 3 octobre 1711, dans cette dernière ville, elle fut marraine
de Dorothée de Noyon, tille d' Abigail Stebbins, une captive
de Deertield, Mbss. Le parrain fut Nicolas, fils de Charles
LeMoync, baron de Longueuil.
Le gouverneur, cédant enfin aux instances de Mlle Wheel-
wright, lui permit de retourner auprès de ses mères Ursu-
lines. Elle devait bientôt y réaliser son vœu le plus ardent :
assurer la conservation de sa loi et le salut de son âme, en
embrassant la vie religieuse. Le 21 octobre 1712,fête de sainte
Ursule, patronne de l'Ordre, elle commença son noviciat, et
le 3 janvier suivant, elle prenait le voile blane.
La joie du pèro Bigot, en voyant su protégée revêtue des
livrées de l'épouse Uu Christ, ne connut pu* de bornes. Il
prêcha un sermon des plus pathétiques sur . cette parole du
f&almistv : 14 Ta main me conduira et ta droite me soutien-
dra." Il comparu a l'élévation d'K*thor épousant Assuérus
ses fiançailles avec le Roi des rois. Il rappela en termes émus
les souvenirs de sa captivité et de son séjour parmi les enfants
de la forêt, il la félicita do ce que, parveuue à l'âge requis,
elle était protégée par la loi contre toute opposition à sa.
vocation.
Profitant des négociations entamées pour l'échange des
prisonniers, les parents d'Esther lui adressèrent à cette épo-
que des lettres pressantes pour l'engager à ret junur auprès
d'eux. C'est la première foU que l'histoire mentionna pareille
correspondance. La grâce parla plus fort que la nature au
cœur do la novice. Elle persista dan* aa vocation. Pour pré-
— 168 —
venir toute nouvelle tentative, on crut Ion d'abréger quel-
que peu le termo (Je son noviciat, et on fixa au 12 avril 1714,
le jour de sa profession religieuss.
Le marquis de Vaudreuil. avec une suite brillante, et l'élite
de Québec, assista à la touchante cérémonie. La nouvelle
professe, " bous l'autorité et en présence de l'évêque, voua et
promit à Dieu pauvreté, chasteté, nb/dien'e. et de s'employer
à l'instruction des petites filles, selon la règle de notre bien*
heureux père ssint Auguslin." La supérieure la revêtit du
manteau de chœur et du voile noir de sainte Ursule, et la
jeune» captive anglaise, aloplant définitivement le nom de
soeur Rather Marie Joseph de l'Entait Jésus, dit un éternel
adieu à sa famille et au monde.
Deux autre* captives. Mary Anne Davi», née à Salem,
Maso., délivrée par le p^rs Ras e, et Dorothea geryan (ou
Gordan). rachetée par le père Aubéry, suivirent biontôt
l'exempîe d'Ksthor Whee'wright, et firent profession chez
!e# Uranlines de Québec. Nous les retrouvons lotîtes trois,
ce 1739, à la célébration du premier centenaire de farivée
delà v^nérablo Mère Marie de l'Incarnation. Mère Wheel-
wright de 1 Enfant Jésus était alors professe depuis vingt-
c nq ans.
D'apr.'s l'iiis'orien de la ville de Wells, Esther « crivit à son
père, lui ma ni fx1 an t son int**n'ion de rester au Canada.
Celui-» i. ignorant ea^* doute la n tture irrévocable des vœux
*de re'.igion et espérant tou'our* qu'elle reviendrait, lui légua,
à la seule condition de ho<i retour au paranatal, la cinquième
p âlie de ses 1 bus. Le capitaine John Whoclwright mourut
le 13 aofit 1745.
Sa fomm?, qui l«i survécut -le dix mis, ava t confirmé les
dispositions de son testa tuent.
Kn janvier 17Ô4, un jeune g* n'.ilnomme de Boston, le
major NathunL'l WUe.*Kvright, frappa à la porte du mouas-
Aèr.\ Il ee fit annoncer comme neveu de la mère E*ther de
uig
— 169 —
l'Enfant Jésus et demanda à voir sa bicn-aimce tante, per-
mission qui lui fut gracieusement accordée.
L'entrevue fut des plus cordiales, si l'on en juge par los
présents que fit le neveu avant ton départ, A su tante, il
donna le portrait de sa mère en miniature et richement
encadré, et à la communauté, une toupe et un couvert en
argent, y compris du linge tin. Ces précieux souvenirs sont
gardés avec soin dans le monastère. Le portrait de Mme
Wheelwright, îetouché par une main pieuae, (ne serait-ce
pas celle d'Esther obéissant à un vœu final ?) a été converti
en madone. Ces transformations ne sont pas inconnues dans
l'Eglise qui a changé en temples du vrai Dieu les palais des
patriciens romains, sans parler d'autres pieuses métamor-
phoses.
***
Mais le glas de la Nouvelle-France va bientôt sonner. Le
siègo de Québec commence le 12 juillet 1751». La canonna-
de força les Ursulines de quitter le monastère pour aller
se réfugier avec les religieuses de l'Hôtel-Dieu à l'Hôpital-
Général, hors de la portée des projectiles de l'ennemi. Huit
religieuses restèrent au couvent pour en être les gardiennes.
H est plus que probable que la Mère Wheelwright, héri-
tière du courage de ses belliqueux ancêtres, fut du nombre
des privilégiées.
Quand Moutcalm, succombant à ses blessures au lende-
main de la bataille des plaines d'Abraham, fut enterré à 9
heures du soir, dana la crypte de la chapelle, Esther Wheel-
wright avec ses compagnes,prièrent, avec les prêtres présents
pour le repos éternel du vaillant guerrier. Leur âme était
triste, car il leur semblait, dit l'Annaliste " qu'où vonait
d'ensevelir le dernier espoir de la colonie."
Le 8 septembre 170*0,tut signée la capitulation de Montréal
garantissant aux catholiques le libre exercice de leur culte,
et aux communautés de femmes le muiutien de leur consti-
tution et privilèges.
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I
— 170 —
Le 15 décembre suivant, la Mère de l'Enfant Jésus ftit
élue supérieure. Coïncidence remarquable : à l'époque où
le Canada passait sous le drapeau britannique, le monastère
de Marie de l'Incarnation élisait pour la première fois une
supérieure d'origine anglaise. Co fait ne s'est pas répété dans
l'hihtoire du couvent. Pourtant l'âme d'Est her Wheelwright
était devenue aussi française que catholique. Ecrivant en
17(51 à la communauté de Paris, de lob.'dience de laquelle
relevaient les VrMilines de Québec, la supérieure anglaise
disait : " On vient de nous annoncer que la paix a été con-
clue et que ce pauvre pays est rendu à la France ; j'espère
que cette nouvelle est vraie."
Cette même année, la deuxième de son terme d'office, un
de ses neveux, Joshua Moody, fil* de Mar}- Wheelwright,
vint la visiter. Une des petites nièces de cette même soeur
avait été nommée Esther en souvenir de sa grand'-tante :
La supérieure, par l'entremise de Joshua, envoya des
cadeaux à sa petite-nièce, et exprima le désir do l'avoir au
couvent pour surveiller son éducation. Ce désir ne fut pas
réalisé. Entre autres présents qu'elle envoya à sa famille, se
trouvait son portrait peint à l'huile. Cet original unique, qui
n'a jamais été copié, et qui jusqu'à c»s dernières années,était
totalement inconnu au " vieux monastère." est encore pré-
cieusement conservé dans la famille Wheelwright, à Boston,
où l'on a également perpétué de génération en génération le
nom d'Ksther en souvenir de la captive.
Mère Wheelwright. figée de soixante-trois ans à l'époque de
son élection, allait bientôt célébrer le cinquantième anniver-
saire de sex épousailles mystiques avec Jésus. Il y eut grande
liesse au Monastère et dans la chapelle aux premiers jours
d'avril 17<>4. La cérémonie se termina par un Te Deum
chanté aux accords de la flute et du violon, et le soir, tam-
bours et fifres firent à la jubilaire une sérénade toute
militaire. N'était ce pas l'accompagnement ohlùjatoùe la fllte
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>
— in —
d'une héroïne qui avait respiré encore jeune la fumée ries
combats, et qui avait su résister à dos ennemis de plus d'une
espèce pour tenir haut et ferme le drapeau de la vocation à
la foi et à la perfection ?
La jubilaire devait passer encore près d'uno vingtaine
d'années dans la fidélité à ses vœux do profession et l'obser-
vance exacte de la régie monastique. Elle y brilla constam-
ment par la pratique des vertus de son état. Elle sut com-
mander comme elle avait su obéir. Femme forte, ello mon*-
tra une constance inébranlable dans les rudes et émouvantes
phases de notre histoire nationale, dont le contrecoup se ré-
pétait si fortement dans le cloître. Institutrice habile et
expérimentée, elle sut adapter l'instruction aux oxigeanecs
imposées par la transition du pays à sa nouvelle allégeance.
Distinguée de manières, ello sut conquérir l'affection de ses
sœurs et de ses élèves, l'estime des vainqueurs du pays.
En 17U6, no pouvant être réélue supérieure pour un troi-
sième terme, ello fut relevée de sa charge, mais pour
la reprendre aux élections de 1701). Elle avait alors soixante
douze ans. mais son esprit et son cœur n avaieut pas vieilli.
Une indisposition prolongée tit craindre qu'elle ne vivrait
pas jusqu'aux élections suivantes. .Mais cette crainte ne fut
pas réalisée. Le 15 décembre 1772, on lui donna, pour la
soulager, la charge d'assistunte-supérieure, et six ans plus
tard, elle fut nommée zélatrice.
Mais le terme de son lung pèlerinage arrivait eu fin. Le 26
octobre 1780, Esther Wheelwright expirait à l'âge de qua-
tre-vingt quatre ans et huit mois. "Ello mourut, dit l'Anna-
liste du monastère, comme elle avait vécu, adressant au ciel
de continuelles aspirations et répétant incessamment quel-
ques versets des Psaumes."
" Ses ancêtres, étaient nobles, continuent les aunales, mais
son cœur plus noble encore, et le souvenir de ses vertus sera
toujours cher à cette maison."
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— 172— *
Les armoiries dea Wheelwright portent : hermine à la
fasce d'or chargé de trois disques azur, trois têtes de loup au
naturel en chef et en pointe.
Esther .qui dessinait à la perfection, avait envoyé à sa mère
par son neveu Joshua Moody l'écusson de la famille peint sur
soie. Ces armoiries se voient encore gravées sur la cuillère
et la fourchette d'argent que le major Nathaniel Wheel*
wright donna à la communauté en 1754.
Je ne puis mieux terminer cette trop longue notice qu'en
citant la dernière pensée de la conelufion de mademoiselle
Jîaker : " Tuispe cette histoire, dit en substance l'écrivain
de Cambridgo, êtro lue à quelque heure de loisir aux novi-
ces par la mère zélatrice, qui, admise il y a* cinquante ans
dans la communauté, y trouva une religieuse (1) qui avait
dans son enfanco ass:flté avec son père aux funérailles
de Montcalm et vécu plus tard dans le cloître durant les
sept dernières années do la vie d'Esthor Wheelwright."
Cette pensée révèle admirablement la continuité et la fidé-
lité des traditions monastiques.
Le " vieux monastère " de Québec, à pariir de la premiè-
re fondation en 1(539, comptait en 1889 cinq périodes de
cinquante années chacune, en tout 250 ans. Or, dans chacu-
ne de ces périodes, il y a eu des religieuses jubilaires qui ont
connu celles des périodes précédentes. Il suffit donc de cinq
générations de jubilaires pour former la chaîne de la tradi-
tion orale depuis l'arrivée de la vénérable Marie Guyard de
l'Incarnation jusqu'aux temps actuels, depuis le chevalier"
de Montmagny jusqu'à lord Stanley ,à travors toutes les pha-
ses si tourmentées, si glorieuses, si variées de l'histoire du
Canada. N'est-ce pas que la tradition même orale est une
source sure et authentique de vérité historique ?
L'abbé L. St-G. Lindsay
0) Mère Du W de Saint -Ignace qui mourut en 1839 a l'âge de quatre»
vingt -huit ans.
t l
JACAU DE FIEDMOND (1)
Le hasard — ce grand maître — nous a, tout récemment,fait
rencontrer un document qui jette quelque lumière sur la
destinée ultérieure d'un des héros qui luttèrent vainement
avec Montcalm }x>ur essayer de conserver à la France une
colonie qu'on abandonnait.
Redmond, dont grâce à sa valeur seule, le Canada a con-
servé pieusement la mémoire fut, comme son chef de l'Ile
Royale, M. Le Courtois de Surlaville, un simple officier de
fortune que ses talents militaires firent parvenir au grade
d'officier général.
C'est grâce à cette qualité, que le juge d'arme de France
lui délivra en 178»> lo brevet d'armoiries qui fait l'objet de
cette notice et dont noua avons retrouvé la minute au dépar-
tement des mamwrhs delà Bibliothèque Nationale (nouveau
d'Hozier, volume 192). Indépendamment de l'orthographe
exacte du nom de Fiedmond, ce document indique les diffé-
rentes étapes de sa carrière militaire depuis la perte du Cana-
da et prouve, une fois de plus, que, si les officiers de fortune
valaient ceux de nnissance, ils pouvaient, tout comme les
seconds, bien qu'avec plus de difficulté, gravir tous les éche-
lons de la hiérarchie militaire.
M. de Fiedmond figure, pour la dernière fois, comme ma-
réchal «le camp, sur l'almanach royal de 1792. Il est proba-
ble qu'il émigra, mais 11 s'arrêtent les renseignements que
nous avons pu recueillir sur son compte.
G. du Boscq he Beaumont
(i) Québec, 27 avril, 1899.
M. J. -Edmond Roy, Lévis.
Mon cher Monsieur,
Je vous transmets en même temps que ces quelques lignes une pièce iné-
dile sur M. de Fiedmond, le célèbre officier qui a immortalisé son nom lors
du siège de Qiiéïwc en 1759. Cette pièce m'a été lemise cet hiver à Paris
par M. de Beaumont, un amateur d'antiquités qui vous est connu. Te crois
que vous aimerez à la publier dans le Bulletin des Recherches Historiques.
Bien à vous, IÏ.-R. Cascrain, Ptre.
— 174 —
Antoine-Mai ie <1 Hozier de Sérigny, chevalier, juge d'ar-
mes de la noblesse de France, chevalier grand croix hom>-
raire de l'ordre royal d»s .Saint» Maurice et Lazare de Sar-
daigne.
Sur la requisition qui nous a t té faite par Louis-Thomas
Jacau de Fiedrnond. écujer. maréchal des <amj s et armées
du roi. ancien gouverneur de Cayenne et delà Guyane Fran-
çaise, do lui régler des armoiries timbrées.
Vu en original le brevet de maréchal de camp donné par
le roy à Versailles le 1er murs 17*0, au du Louis-Thomas
Jacau de Fiedrnond. brigadier d infanterie.signé Louis et plus
bas le Pce de Jîonfhaci/, nous, en vertu «lu pouvoir à nous
attribué par l'arrêt du conseil du i) de mars 170b'. en notre
qualité de Juge d'armes <U> la noblesse de France qui nous
donne lins peut ion et ordonnance sur le port des armoiries,
avons réglé pour armes au dit Louis-Thomas Jacau de Fied-
rnond un éeu d'argent à une étoile d'azur naissante du chef,
coupé de sinople, et sur le tout, un serpent lové, c'est-à-dire
entortillé, de l'un dans l'autre : le dit écu casque de profil
orné de ses lambrequins d'azur, d'argent et de sinople.
Supports : deux chiens u argent aunt celui de gauche est
couenc !
Et atin que le présent brevet dérèglement d'armoiries, que
' nous avons compris dans nos registres puisse lui servir et à
ses entants et postérité, maie et l'emehe. nés et à naître en
légitime mariage, tant qu'ils vivront noblement et ne feront
aucun acte de derogearice, nous l'avons signé et fait contre-
signé par notre secrétaire qui y a apposé le sceau de nos
armes.
A Paris le mercredi cinquième jour du mois d'avril de l 'an
mil bept cent quatre vingt six.
(Signé), d'Hozikrde Sékiusy
Pour minute.
Au dos de cette minute se trouve un dossier des armoiries
et leur explication, le tout de l'écriture de M. de Fiedrnond
qui paraît les avoir composées lui-même. D 1 lozier, avec ses
souvenirs de la Guyane, a oublié de lui donner dans le brevet
sa qualité de chevalier de Saiut-Louis. G.-li. B.
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JOSEPH -FRANÇOIS PERRAULT
José ph -"François Perrault, protonotaire et greffier de la
Cour du Ranc du Roi, décédé a Québec en 1844, à l'fige de
quatre-vingt-onze ans, avait été élevé suivant les anciens
usages de l'urbanité française, et il tenait à les observer et
à les voir se continuer.
Un officier, au jour de l'an, sans descendre de voiture,
envoie porter sa carte par son domestique qui la laisse à la
porte de M. Perrault. En la recevant, celui-ci fait aussitôt
rappeler le domestique et lui remet une autre carte, en lui
disant de la donner à son maître : et dites lui, do ma part,"
ajouta-t-il, " que nous sommes quittes maintenant."
Néanmoins, cet usage a prévalu depuis, a cause de l'ex-
tention des relations sociales ; mais n'avait il pas raison de
s'opposer :\ une innovation qui tend ù abolir une bonne
coutume de nos aïeux, dont ils appréciaient toute la convc*
nance et les bons effets.
Citons un autre trait du môme genre.
lTn jour M. X., avocat anglais, entre, le chapeau sur la
. tête, dans le bureau du greffier pour le consuhor. Tl voulait
savoir la signification du terme légal donner du découvert à
son c.»'*in. T^e greffier, sans se déranger, ni le regarder,
lui répond : " Monsieur, il y a deux espèces de découvert t
le premier, que vous devez apprendre, c'eit celui d'un gen-
tilhomme qui so découvre en s' adressant à un autre." Ainsi
apostrophé, l'interlocuteur dut s'exécuter et reçut ensuite
l'interprétation qu'il cherchait sur le sens de donner du
découcert à son voisin. Il n'oublia plus, dit-on, ni l'une ni
l'autre.
— 176 —
Un autre avocat, M. V., avait pria la façon do déposer
Bon bonnet de fourrure sur le bureau du greffier, et la neige
qu'il eraportuit mouillait et gâtait ses papiers. Voulant y
mettre nn, M. Perrault, un jour, prend le bonnet et va le
déposer plus loin, en disant à M. V. : " Voici plusieurs fois
que je vous prie de ne pas mettre votre casque sur mon
bureau ; vous mouillez mes papiers ; si cela vous arrive
encore, je le jette dans le poêle ; gare à vous. " Peu de jours
après, voici encore le beau casque de martre sur lo même
bureau. Sans dire mot, M. Perrault so lève, ouvro la porte
du poêle, le jette dedaus et ferme la porte au grand ébahis-
Bernent de l'avocat ; puis vient se rasseoir tranquillement,
comme si rien n'était.
On pourrait citer une foule d'anecdotes, de traits et de
bons mou de M. Perrault que ses contemporains se plai-
saient à raconter et qui s'envolent ou se sont envolés avec le
temps.
Une de ses dernières réponses montre le sans-gêne et le
ton d'esprit goguenard dont il usait au besoin. Sur les der-
nières années de sa longue vie on essaya plusieurs fois de
l'engagor à se démettre de sa charge,ear il y avait bien des
aspirants aux aguetB de son emploi, et les plus ambitieux
se morfondaient dans l'attente si longuement prolongée.
Comme il avait conservé toutes so9 facultés, il faisait la
sourde oreille. Un jour qu'un émissaire importun insistait
davantage dans ce but, il l'éconduisit par cette repartie :
" Dites à ceux qui vous envoient que mon dernier p.. sera
un p.. de greffier." Telle fut sa réponso pour s'en débarras*
Ber une fois pour toutes.
P.-B. Casoraiç»
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— 177 —
RÉPONSES
4
Lacroix- plantée par Cartier sur la côte de
Gaspé. (Il, IV, 173.)— Kn 1534,1a petite flotte de Jacques
Cartier était mouillée à l'entrée de la baie de Gaspé lors-
qu'une furieu-e tempêto s'éleva. Le vent souffla avec une
telle violence qu'un des navires perdit une ancre.
" Pour ce, nous dit le capitaine malouin, nous fut besoin
passer plus outre en ce fleuve quelque sept ou huit lieuës
pour gagner un bon port où il y eut Ion fond, lequel nous
avions été découvrir avec nos barques, et pour le mauvais
temps», tempête et obscurité qu'il fit demeurâmes en ce port
jusques au XXV sans pouvoir sortir." {Discours du voyage).
Ce bon port où les Français trouvèrent un abii contre les
fureurs de la tempête c'est la baie de Pénouïl,
Cartier vit dans cette buiedeux à trois cents sauvages occu-
pés à pécher des tombes (maquereaux). Il leur donna des
couteaux, do* cha]>elets de verre, des peignes et U 'autres objets
de peu de valeur. " 11 ne se peut trouver gt-nt plus pauvre
au monde, dit-il. tous ensemble n'eussent pu avoir la valeur
de cinq sols excepté leurs barques et rets."
Avant de quitter la baie de Pénouïl, Cartier planta une
croix sur la pointe de sable qui en ferme l'entrée :
" Le XXUIJ du mois, écrit il, tismes faire une croix haute
de ttente pieds, et fut faite en la présence de plusieurs d'iceux
sur la pointe de rentrée do ce port, aux milieu de laquelle
mismes un éeusson relevé au trois fleurs-dc lys, et dessus
était écrit en grosses lettres entaillées dans du bois, Vive le
roi de France. En après la plantâmes en leur presence sur la
pointe, et la regardaient fort, tant lorsqu'on la faisait que
quand on la plantait. Kt l'ayant levée en haut, nous nous
agenouillions tous ayant les mains jointe*, l'adorant à leur
vue, et leur faisions signe regardant et montrant le ciel, que
dicelle dépendait notre rédemption de laquelle chose, ils
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— 178 —
s'émerveillèrent beaucoup, se tournant entr'eux, puis regar-
dant cette croix."
Cette prist' de pospej-s'on ne plut guère aux sauvages.
Loisque Cartier et tes compagnons furent retournas à leurs
navires, le chef, accompagné de ses trois fils, et de son frère
vint protester contre l'occupation de son territoire. Vêtu
d'une vieille peau d'ours noir, de son canot il lit une haran-
gue aux marins montrant du doigt la croix et le territoire
environnant comme s'il eut voulu dire qu'il lui appartenait
et que la croix ne devait pas être plantée nans sa permission.
Par un stratagème des Français il fut embarqué dans un de
leurs navires. Cartier essaya alors de lui faire comprendre
que la croix avait été plantée ;- pour donner quelque marque
et cognoiseance pour pouvoir entrer en ce port." Puis il lui
fit comprendre qu'il désirait mener en Franco deux de ses fils.
Pour les engager à faire ce voyage, on revêtit chacun d'eux
d'une chemise et d'un f-ayon «le couleur ; on leur mit sur la
tête une toque rouge et on leur j assa au cou une chaîne de
laiton. Les deux jeunes garçons sati>faits de leur accoutre-
ment consentirent à suivre les Français. Le lendemain les
navires de Cartier sortaient de la haie de Pénouil.
L'Ordre du Jtoit -Tempt*. (IV. Y. 456/)— Transpor-
tons-nous a Port-Poyal. en Acadie. durant l'hiver de 1G06 à
lo'OT. Depuis bientôt trois ans, un groupe de hardis Fran-
çais travaille à fonder un établissement dans ce coin de l'A-
mérique Septentrionale. En 1604, Pierre du Gua, sieur do
MontP, gouverneur de Pont, nommé lieutenant du roi. a orga-
nisé une expédition pour l'Aeadîc. Accompagné de Pontgravé,
de Chainplain et de Poutrineourt il a contourné la péninsule
acadienne, a pénétré dans uno ba»e magnifique qu'il a appelé
la lîaie Française, découvert la Ba;e de Port Royal, ainsi
nommée par Champlain. et jeté les premiers fondements d'un
établissement sur l'île Sa'nte-Croix, à l'ouest de la Baie
R.
Française. Après un premier hivernement en cet endroit
(1604-ltî05), do Monts a transféré l'établissement à Port-
lioyal ; puis il est retourné en France, où Poutrincourt l'a-
vait précédé dès l'automne de Hi04. Pontgravé et Champlain
Bout restés à la tête de la petite colonie, y ont hiverné (lo'05-
160G) ; et, au moment de retourner en France, faute do
secours, au commencement de l'été de 1(J05, ilH ont vu arriver
avec joie un vaisseau bien équipé, commandé par l'outrin-
court, qui e»t accompagné d'un avocat parisien nommé Marc
Lescarbot. Alors Pontgravé soul s est embarqué pour la mère-
patrie. Champlain e»t demeuré en Acadie avec Lescarbot et
Poutrincourt. En compagnie de ce dernier, il a exploré la
côte américaine vers le sud, jusqu'au delà du 41ème degré do
latitude. l>e retour à Port- Koyal, où Lcacarbot les a accueil-
Us par une fête domestique, poétique et musicale, dont le*
Muses de la Souctih:- Fram-r nous ont conservé la mémoire,
ils se sont livrés tous ensemble à certains travaux de défri-
chement, de construction, voire même d embellissement.
Maintenant 1 hiver, un de nos hivers américains, est arrivé.
Il a jeté sur les plaines, les montagnes, les lacs et les forêts,
un épais ei blanc manteau. Au fond de l'habitation de l'ort-
Royal, une poignée de Français se trouve comme perdue au
milieu de se» contrées nouvelles, peuplées de tribus sauvages,
et séparées de la vieille patrie par des centaines de lieues
d'océan. Sans doute, les fronts doivent être souvent assombris
parmi les hardis hivernants ?
Pénétrons dans l'habitation. C'est l'heure du repos. Quo
signifie cet air do réjouissance, cette pompe, cet appareil ?
Voici Champlain, le vaillant explorateur, Pontrincourt, l'in-
trépide capitaine, Lescarbot. le docte avocat, Robert < îravé,
le digne tils d un père justement estimé, Louis Hébert, apo-
thicaire et pionnier, et dix autres qui défilent devant nous
portant chacun un plat fumant, et suivant processionnelle-
ment un chef décoré d'un collier, dont la doxlre tient un
■
— 180 —
bâton d'office.— Salut au premier club du Canada ! Nou*
sommes en présence des compagnons de l'Ordre du Bon-
Temps, fondé à Port-Royal, en Aeadie, sous le règne de Sa
Majesté Henri IV, roi de France et de Navarre, en l'an de
grâce 1607, par Samuel de Champlain, futur fondateur de
Québec !
En quoi consistait cet Ordre ? Champlain et Lescarbot
vont nous l'apprendre far le menu : " Nous passâmes cet
hiver fort joyeusement," lisons-nous dans la Relation des
Voyages de Cliamplain (édition Laverdière, tome III, p.
120), et fîmes bonne chère, par le moyen de l'Ordre du Bon-
Temps que j'y établis, qu'un chacun trouva utile pour sa
santé, et plus profitable quo toutes sortes de médecines dont
on peut user. Cet ordre estoit une chaîne que nous met-
tions avec quelque petite cérémonie au col de l'un de nos
gens, luy donnant la charge pour co jour d'aller chasser ; le
lendemain, on la baillait a un autre, et ain-i consécutivement :
tous lesquels s'efforçaient à l'envy à qui feroit le mieux et
apporteroit la plus lelle chasse. Nous ne nous en trouvâmes
pas mal, ny les sauvages qui estoient avec nous.*'
Donnons maintenant la parole à qui est le plus fécond en
détails : ;i Je dyrui que pour nous tenir joyeusement et nette-
ment quant aux vivres, fut établi uu ordre en la table du
dit sieur Poutrincourt, qui fut nommé l'ORDPE DE BON-
TEMPS, mis premièrement en avant par le swnir Champlain,
auquel ceux dïcolle table entoient maître-d'hôtel. Chacun à
son tour, qui estoit en quinze jours une fois. Or. avait-il le
soin que nous fus-ions bien et honorablement traités. Ce qui
fut si bien observé, que fquoyque lesgourmensdedéça nous
disent souvent que nous n'avions point là la rue aux Ours de
Paris) nous y avons fait ordinairement ausM bonne chère que
nous saurions faire en cette rue aux Ours et à moins de frais»
Car il n'y avoit celui qui deux jours devant que son tour
vinst ne fut soigneux d'aller a la chasse outre à la pêcherie, et
— 181 —
n'apportast quelque chose de rare, ou ce qui cstoit de notre
ordinaire. Si bien que jamais au déjeuner nous n'avons man-
qué de souspiquets de chair ou de poissons, et au repas de
midi et du soir encore moins : car c'cstoit le grand festin, là
où I'ArchitricHn, on Maître-d'hôteî (que les sauvages appel-
lent " Atoctegic "), ayant fait préparer toutes choses au cui-
sinier, marchoit la serviette sur l'épaule, le bâton d'office en
main, et le collier de l'Ordre au col, qui valoit plus de quatre
écus. et ton s ceux d'icclui Ordre après lui, portuns chacun
son plat. Le même estoit au dessert, non toutefois avec tant
de suite. J5t au soir, avant de rendre grfîce à Dieu, il resinoit
(résignait) le collier do l'Ordre avec un verre de vin à son
successeur en la charge, et buvoient Tun à l'autre. J'ay dit
ci-devant que nous avions du gibier abondamment, Canards,
Outardes, Oyesquises et Clanchcs, Perdrix, Alouettes ^et
autres oiseaux ; plus dos chaire d'Edlans, de Caribous, do
Castors, do Loutres. d'Ours, de Lapins, do Chats-sauvages ou
Léopars, de " "Wï bâchés" et autres telles que les sauvages
pre noient, dont nous faisions chose qui valoit bien co qui est
en la rôtisserie de la ru a aux Ours, et plan encore ; car entre
toutes les viandes, il n'y a rien de ni tondre que la chair
d'Ellan, (dont nous faisions aussi de bonne patisserie"), ni de
si délicieux quo la queue do Cast or." Voilà ce que c'était que
l'Ordre du Bon Tem|>s.
C'est ainsi que ces vaillants pionniers de la colonisation
chrétienne et française trompaient les ennuis do l'absence
et de l'éloignemont du sol natal, écartaient les sombres pen-
sées, et conservaient haut et ferma leur courage au milieu
des difficultés et des périls.
L'Ordre du Bon-Temps s'éteignit avec le départ de Cham-
plain, de Poutrincourt et de Lescarbot, qui furent forcés d'a-
binlonner l'Acadio, à l'automne de 1H07, par suite de la
révocation du privilège do M. do Monts.
ÏONOTUS
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Les Acad tenu tï Beaumont. (IV, VII, 481.) — Dans
l'automne de 1756, les paroissiens de Beaumont virent arri-
ver au milieu d'eux plusieurs réfugiés aeadiens. Us accueil-
lirent cos malheureux comme des frères. Alais. épuises eux-
mêmes par des lovées incossantes, ruinés par plusieurs années
de mauvaises récoites, il» durent npj»eler l'aide du gouverne-
ment. Un habitant de Beaumont, Joseph Itoberge, s'engagea
alors envers Joseph Cadet, pourvoyeur des autorités, à four-
nir et livrer à chacun dos A cadiens réfugiés dans la paroisse
et à Saint-Michel une demie livre de bœuf ou un quarteron
de lard de quatre onces de poids par jour pendant six mois.
(Greffe de Jean-Claude Panel. 14 novembre 175o").
J.-h. lv.
L'Ordonnance de lord Durham. (V, II, 58 1.)—
On sait à la suite de quelles circonstances lord Durham fut
envoyé en Canada, ("était au lendemain du la malheureuse
levée de boucliers de lh.'>7. Le gouvernement, l'investit de
pouvoirs extraordinaires, et lord Durham crut qu'il pouvait
agir en dictateur. En arrivant à Quebec, il lanya une ordon-
nance dans laquelle il accordait une amnistie aux rebelles,
en exceptant de cette mesure Papinoau et quelques autres
chefs. Quant aux autres personnes les plus compromises, il
les exilait aux Bermudes, ne voulant jius soumettre leur cause
à un jury composé de Canadiens, qui les auraient acquittés,
ni les taire panser en jugement devant un jury anglais, qui
les auraient condamnés sans merci. Lorsque cotte ordonnance
fut connue en Angleterre, lord Brougham, quoique libéral
comme lord Durham, crut l'occasion belle d'attaquer le gou-
vernement et le dictateur, comme on l'appelait. Il se déchaî-
na contre ce dernier avec une violence sans pareille. Lord
Melbourne le défendit mollement ; il alla jusqu'à convenir
avec lord Brougham que la partio de l'ordonnance qui exi-
lait les rebelles aux Bermudes était illégale, attendu que le
Digit
gouverneur n'avait aucune juridiction sur ce* îles, mais il
concluait en demandant d'abandonner cettê affaire. Quelques
jours plustard. lord Brougham revenait à la charge et le gou-
verment baissa cette fois complètement pavillon et annonça
qu'il avait désavoué l'Ordonnance.
Lorsque lord Durham apprit que son premier acte d'au-
torité était annulé, il vit que la posit ion n'était plus tenable
>Te se y< ssédant plus de rage, ilrét-olut de quitter la colonie
mais avant de nous dire adiui.il lança un appel au peuple
contre le gouvernement nrglais. plaidant sa cause devant
1 es habitants de la colorie. En parjant de cet appel le Times
crut de bon goût d'écrire que lord Durham levait l'éten-
dard de la révolte dans un pays qu'il avait reçu mission de
pacifier, et de l'appeler le lord TTiijh Seditioner, le lord
grand séditieux, par allusion àson titre de Lord ITiyh Com-
missioner.
Lord Durham appartenait à l'éc ole libérale la plus avan-
cée, et dés 1821 il préparait, de concert avec lord John Hus-
sell, un bill de réforme très radic al. Lord John, qui possé*
dait une copie de ce bill annotée de la main de lord Durham,
a déclaré que celui-ci demandait dès cette époque le vote au
scrutin secret. Il serait donc le pèro de ce système de rota-
tion, appliqué ;i la politique !
Au témoignage de ses eoniemnorains. qui le regardaient
à juste titre comme un homme d'un talent hors ligne.lord Dur-
ham était d'une violence extrême, autoritaire comme un des-
pote, ne pouvant supporter lu contradiction. 11 avait fait, à
Gretna (îreen, un mariage d'amour, mais il perdit bientôt
sa femme et il épousa en secondes noces la fille de lord Grey,
qui l'appela dans eon gouvernement avec lord John Russell.
Les mémoires du temps nous apprennent que lord Dur-
ham avait une influence extraordinaire sur son beau-père qui
n'osait contredire son terrible gendre. Il était de fait le pre-
mier ministre delà Grande-Bretagne. Il ne témoignait pas
— 184 —
plus d'égards pour sts collègues quo pour lord Grey et il se
passait des scènes .d'une violence inouïe chaque fois que quel*
ques uns d'entre eux s'avit-aient de combattre ses projets.
On rapporte que lord Brougham, se trouvant présent à
un dîner offert à lord Grey, à Edimbourg, ht, en répondant
à un toast, une critiquede certains esprits remuants qui. n'é-
tant jamais satislaits, rêvaient do réformes impossible*. Lord
Durham, qui était aussi au nombre des convives, prit la
chose pour lui et la prit fort mal. 11 répondit à Brougham
dans des termes si muera et si mordants que l'effet de la cri-
tique fut entièrement perdu. Lord Brougham jura de se ven-
ger et il lui rappela lors de l'affaire de l'Ordonnante qu'il n'a-
vait pas digéré l'insu.tc du dinord'Kdimbourg.
O. P.
L'uniforme tien miliciens en 1812. (V, III",
592.) — Beaucoup do personnes m'ont demandé dos renseigne-
ments sur le costume que portait la milice durant la guerre
de 1812. Les rapports des officiers commandants ne parlent
pas du genre d'habillement. Uno lettre du l'agent du Haut-
CanaJaàLoiidre-,endatedu31 janvier 1821, contient le rensei-
gnement demandé que j'insère ici au profit des investigateurs,
si légère que soit la satisfaction qu'il e*t do nature à donner.
La lettre porte ceci : Un officier supérieur de la ligne,qui
a servi quelque t^mps avec la milice incorporée, dit que les
miliciens n'avaient pas d'uniforme régulier. Les uns avaient
des habits rouges à revers bleus ou rouges, les autres avuient
des habits vt-rts, mais la plupart n'en avaient pas du tout."
Douulas Brymxer
Les protonotftii'eM apostolique* canadiens.(\\
IV, GUI.) — Les protonotaires apostoliques sont presque néa
avec l'église. Pendant los persécutions, c'est à eux qu'était
confiée la charge de recueillir les actes des martyrs, pour traus-
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mettre à la postérité le souvenir de leurs souffrances et le
témoignage de leur foi.
Au moyen fige, les protonotaires apostoliques prirent telle-
ment de l'importance qu'ils voulurent avoir préséance sur les
évêques. Ce n'est qu'en 1459 que Pie II mit fin à cette pré-
tention.
Les protonotaires apostoliques jouissaient autrefois d'un
très grand nombre de privilèges. Le plus important était
d'instrumenter dans les causes des saints, et de servir de no-
taires à la cour pontificale. Pie IX a réduit considérablement
ces privilèges.
Le collège des protonotaires apostoliques se divise on trois
fiasses distinctes : les protonotaires participants, les protoiio-
taires ad instar participantium et les protonotaires titulaires
ou noirs.
Les protonotaires participants et les protonotaires nd ins-
tar participantium portent l'habit prélat ice, c est- 1 -dire le
même que les évêques ; quant aux protonotaires apostoliques
titulaires ou noirs leurs vêtements sont noirs.
Les Canadiens dont les noms suivent ont été élevés à la
dignité de protonotaire apostolique : Mgr Michel François
Ransonet : Mgr Urbain Bolret ; Mgr Narcisse Doucet (Chi-
coutimi) ; Mgr N-.T. Ritchot (Saint- Boni face) : Mgr Charles
Guay (St-Joseph-de Lévis) ; Mgr Benjamin Paquet (Qué-
bec) ; Mgr T.-E. Hamcl (Québec) ; Mgr J.-C.-K. Laflamme
(Québec) ; Mgr C.-E. Légaré (Québec) ; Mgr C.-A. M . rois
(Québec) ; Mgr fr.-Elz. Brochu (South bridge ( E. U.) ; Mgr
C.-O. Caron (Trois- Rivière») ; Mgr J.-O. Routhier (Ottawa);
Mgr L.-M. Dugas (Cohocs, E. F.) : Mgr J.-C. Marquis (St-
Célestinï ; Mgr Antoine Lal>elle (St -Jérôme) : Mgr E.-C.-H.
Langevin (Rimouski) ; Mgr T. Tanguay 'Sherbrooke) ;
Mgr Z. Racicot (Montréal) ; Mgr L.-Z. Champoux (St-Poly-
farpe) ; Mgr Bernard O'Reilly (New- York, E.-F.) ; Mgr
C.-E. Poiré (Sic- Anne de La Pocatière). P.-G. R.
— 186 —
L'arpenteur-yèncral Jiouchette, (V^III, 594.)—
Je lie duns des notes inédites de feu M. Kibaud : '• 1804 :
Joseph Bouchette est nommé arpenteur-général de la Pro-
vince en remplacement de son oncle, le major llollaud, mort
l'année précédente, et dont il était déjà le député."
P.-U. il
Une u épluchette. (V,Il 1,599.)— Les habitants de nos
campagnes, quand les récoltes sont finies, que les grains et
les fourrages sont sous remise.se livrent à un repos bien mé-
rité après tant de labeurs qui consistent en danses, en visites
chez leurs connaissances et àse réunir à la veillée pour y taire
" Yépluchette." C'est en épluchant le blé d inde que le plai-
sir est grand, surtout si un garçon ou une tille, trouve un
blé d'Inde rouje...
L'auteur de l'heureuse trouvaille a le privilège d'embras-
ser celle qu'il aime le mieux, dans la réunion...
Le blé d'Inde dont les grains sont rouges — ce qui est assez
rare — engendre un flirt ago bien iuofténsit', eomme vous
voyez, puisque le baiser se donne tout bonnement devant les
parents et les amis, et plus d'un garçon timide, a, par l'agen-
ce de ce baiser muet, scellé une alliance légitime (jui a fait
le bonheur do sa vie.
«ilSTAVE OmiET
LesprêtrcH /rançai* réfuyivs au Va èiada pen-
dant la Révolution. (V, IV, t»10.) — Les lugubres évé-
nements do la Révolution française eurent pour nous deux
conséquences avantageuses : ils déterminèrent une nouvelle
rupture de toute communication avec la France dans un
temps où nous n en pouvions attendre rien quo de fâcheux ;
puis ils causèrent uno immigration bénie do prêtre* français
animés du plus pur zèle apostolique et dout les noms sont
conservés avec vénération dans la mémoire du poupie cana-
dien. L'Angleterre, l'intolérante Angleterre d'autrefois, ac-
GoogU
— 1.S7 —
cueillit avec bonté ces ecclésiastiques catholiques poursuivis
par la rage révolutionnaire, et favorisa leur transmigration
dans sa colonie du Canada, en mf'ine temps qu'elle gardait et
entourait do tous les respects au sein du royaume un nombre
beaucoup plus considérable de prêtres réfugiés.
Voici la liste de ces vertueux et zélés auxiliaires que reçut
le clergé canadien et que Mgr Hubert, évêquo de Québec,
avait appelés de ses vœux :
Arrivés en 1791. — MM. Alain et Lejamtel de la filoute-
rie.
Arrivés en 1793. — MM. Philippe-Jean IxMiis Desjardtns,
vicaire -général, Jean-André Raimbault, Pierre (iazelle, Fran-
çois Ciquart et Candide Le Saulniers.
Arrivés en 1794. — MM. Louis- Joseph Pesjardins. Jean
Castanet. Jean-Denis Daulé. François-Gabriel Le Courtois,
Philippe Nautetz, Jean-Henri- Auguste lîoux. P. S. S.,
Anthelme Malard. P. S. S., Antoine-Alexis Molin, P. S. S.,
François Humbert, P. 8. S., Claude Rivière, P. S. S., Antoine
Sattin, P. S. S., Melchior Sauvage, P. S. S., Guillaume Dos-
garets, P. S. S., et François-Marie Robin.
Arrivés en 1795. — MAI- Joseph- Pierre Malavergne. Jac-
ques Delavaivre. Claude Gabriel Courtine, et Jean Raim-
bault, *
Arrivés en 1796. — MM. Jean-liaptiste Chicoineau, Claude-
Vincent Fournier,N. Jahouin, Jacques-Guillaume Roque, P.
S, S., Antoine Houdet, P. S. S., Jean- Baptiste Suint-Marc,
Urbain Orfroy, Antoine Villadc, et Pierre-René Joyor.
Arrivés en 1798. — MM. Joseph -Mand et Sigogne, Antoine \ ^ -
Champion et Antoine Gaïffe. P. S. S.
Arrivés en 1799. — M. Antoine- Aimable Pichar.l.
Arrivés en 1S06. — MM. Jacques- Ladislos de Calunne,
Pierre- Bernard de Itorniol et Nicolas- Aubin Thorel. — 12 en
tout.
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— 188 —
La Gazette de Québec du 7 mars 1793 annoça en ces
termes l'arrivée de MM. DesjardinB, aîné, Gazelle et Haim-
bault :
" La semaine dernière sont arrivé» en cette ville trois
prêtres français, réfugiés de France, venus d'Angleterre à la
Nouvelle- York, dans le paquebot du roi. Les recommanda-
tions de sir Henry Dundaa leur méritèrent un accueil distin-
gué de la part de Son Excellence le major-général A lured
Clarke, lieutenant-gouverneur de Sa Majesté en Canada.
C'est le lendemain de leur arrivée, le 3 mars, qu'ils eurent
l'honneur d'être présentés à ce haut dignitaire, au château
Saint-Louis. "
Quelques années plus tard, l'abbé Jacques Ladislas de Ga-
lonné (frère du ministre de Louis XVI) fut aussi reçu au
château Saint-Louis avec tous les égards dus à son caractère
et à son rang. Le gouverneur Craig l'invita à dîner au Châ-
teau un jour d'abstinence. Tout le premier service fut don-
né en maigre. {Mémoires de M. de (jaspé). L'abbé de Calonne
avait passé six ans à l'île du Prince- Edouard avant de venir
se fixer en Canada. 11 mourut en odeur de saiatoté, au x
Trois-Kivières, le 19 octobre 1822.
Voir le travail de l'abbé Bois intitulé : L'Angleterre et le
clergé français réfugié pendant la Récolution, inséré au volume
III, année 1885, des " Mémoires et Comptes-rendus do la
Société Royale du Canada. " Voir aussi Y Etude biographique
sur Jean Raimbault, par le même auteur Y Histoire du mo-
nastère des Ursulines de Québec ; Y Histoire des Ursulinexdes
Trois- Rivièresftiii contient une biographie complète de l'ab-
bé de Calonne ; Une colonie féodale en Amérique, par M. E.
Rameau de Saint-Père ; le Répertoire du Clergé canadien ,
par l'abbé Tanguay ; la Vie de C.-F. Paincliaud, par le doc -
teur N.-B. Dionne, etc, etc.
Ernest Gaonox
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1 <
— 189 —
Inauguration du pont Victoria. (V, IV, 605.)—
Le pont Victoria, sur le fleuve Saint-Laurent, reliant Mont-
tréal à Saint-Lambert, fut inauguré le 25 août I860, par
S. A. R. le prince de Galles.
Le parlement du Canada, le 14 mai 1859, avait voté une
adresse à Sa Majesté la Reine, 1 informant que le pont serait
bientôt achevé, exprimant en même temps le désir qu'il plût
à Sa Majesté ou à tout autre membre do la famille royalo de
visiter le Canada et d'inaugurer le pont Victoria.
Ne pouvant venir elle même, Sa Majesté désignale prince
de Galles, son fils aîné, pour cette mission. 11 arriva près
Montréal le 24 août 1860, mais il ne fit son entrée on ville
que le lendemain, 25. Après avoir reçu l'adrease du maire de
1a cité, quelques autres adresses, et avoir ouvert une exposi-
tion industrielle, Son A rieuse Royale se rendit à la Pointe
Saint Charles, oû so trouve l'extrémité nord du pont dont il
allait faire I inauguration. Bans sa réponse à une adresse
présentée par l'honorable John Ross, président du Conseil
Exécutif, ministre de l'agriculture et président du bureau
de direction de la compagnie du Grand-Tronc, Son Altesse
Royale exp.iqua la raison de son voyage au Canada, dans
les termes que voici :
14 Votre Souveraine a montré combien elle sait apprécier
la grandeur et l'importance de cette entreprise, en me don-
nant une mission aussi lointaine pour célébrer sur le lieu même
et de sa part, l'achèvement d'un monument qui, dorénavant,
portera son nom, et donnera aux générations futures une
nouvelle preuve, ajoutée à d'autres, de l'heureuse industrie
du grand peuple dont la Providence lui a confié les desti-
nées;'
Voilà le but de son voyage expliqué par le prince lui-
même. Voici maintenant comment le Journal de Vlnstruc-
tion publique, de 1860, rapporte la cérémonie de l'inaugura-
tion :
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— 190 —
" Aussitôt après la lecture do cette réponse. M. Hodges,
constructeur du pont, présenta au prince une élégante truelle
d'argent et une médaille d'or commemorative de la circons-
tance, et Son Altesse lîoyalo posa elle-même la dernière
pierre qui couronne la grande porte du pont. Cette partie
de la cérémonie se paasa fous un arc de triomphe richement
décoré et Bur lequel on lisait cette inscription : Finis coronat
0]>ui>. Le prince et sa suite descendirent alors de l'estrade,
aussitôt après que la nîusique de» Carabiniers eut exécuté le
(iotl Sate the Queen, et ils reprirent place dansles chars qui
se dirigèrent vers le centre du tube. Là. le prince inséra lui-
même, à coups de maillet, un rivet d'argent, le seul qui
restât îV poser."
Permettez que je consigne ici le fait que, cinq jours après
avoir posé la dernière pierre et le dentier rivet du pont Vic-
toria, à Montréal, le prince de Galles posoit à Ottawa, sur la
hauteur qu'on nommait alors Barracks Hill, la première
pierre do l'éditice du Parlement canadien, portant l'inscrip-
tion suivante :
Qu'kI felix, fau-ittimquc sit
liane lapitlcm aedifirii
Quo<t cnmitiis Provinci.v habenois
Inscrvirct
Ponere tlignatus est
Albeitus Kiluanlus, Princeps \YnllLvk
Anno Domini, MIKXXI.X. «lie prima Septembris
Anna Re^ni, Victori.v Kegiruv, XXIV.
Là aussi, d'après le journal cité plus haut réd'gépar l'ho-
norable P. -.1.-0. Chauveau.Son Altesse se servit d'une truelle
d'argent offerte par le ministre des Travaux publics.M. Rose
(plus tard sir John Rose). Cette pièce d'orfèvrerie porte,
d'un côté, une inscription commémorât ive de l'événement,
de l'autre, une vue de l'édifice qui devait être construit.
Kapha kl Bf.i.lkma&k
— 191 —
QUESTIONS
618— Quel est co tour que Joseph Papinoau, j»èrc do L.-J.
Papineau, joua aux Bostonais pendant la guerre de 1775 ?
R. O.
619. — J'aimerais bien à avoir la liste complète des ouvra-
ges publiés par feu M. l'abbé Bois. Le distingué archéolo-
gue, par humilité sans doute, ne signait jamais ses travaux.
De là, la difficulté de les retracer. Quel est l'intermédiairiste
qui se chargera de la tâche ? Bord.
620. — Les noms des braves qui accompagnaient le gou-
verneur Carlelon et le capitaine Bouchette dans leur voyage
en chaloupe de Montréal à Québec pendant l'invasion améri-
caine de 1775 ont-ils été conservés. Où et quand mourut le
capitaine Bouchette ? Co valeureux mar.n était-il parent du
géographe Bouchette ? 6' ko.
621. — Lee écrivains canadiens qui se sont occupé de
Vaffaire du Chien d'Or " *ont tous d'accord à décla-
rer que de Reponligny, qui tua lo bourgeois Philibert,
pansa en France d'où il ne revint janfais en Canada. l>ans
les douze volumes de la Collection Lccis publiée par M. l'ab-
bé Casgraiu il est souvent question d'un chevalier de Kepen-
tigny, qui se distingua beaucoup au siège de Québec et sous
les ordros du chevalier de Lévis. Ne serait-ce pas le même
personnage de 1748 ? Dans onze années bien des choses s'ou-
blient ! Oyv.
622. — Pouvez-vous me donner la liste dos officiers que
l'Angleterre nous a envoyés depuis la Confédération pour
commander notre milice ? Solo.
623. — On sait qu'à leur premier voyage dans la Nouvelle-
France, en 1603, Pontgravé et Champlain reçurent du saga-
mo montagnais Bechourat son jeune fils pour le conduire en
France. Ce jeune montagnais revint il dans son pays ?
Mons.
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624. — Sous le regime français, le» autorités s élaii nt-ellcs
occupé en quelque façon de la santé publique ? Les gouver-
neurs et les intendants publièn nt-ils de-* ordonnances pour
faire observer les règles encore bien mdi ment si ires, à cette
époque reculée, et dans un pays tout neuf, de l'hygiène ?
M. D.
«23.— Où était situé, à Québec, le ibéfitre S;.int Louis qui
fut détruit par un incendie dan^ la nuit du 12 juin 1846, in-
cendie où une cinquantaine de \ eisjnnts, hommes, femmes
et enfants, trouvèrent la mort ?
Pomp.
626. — Au cours d un voyage que j'ai « u l'occasion de faire
dernièrement dans la région de la Baie des Chaleurs, on m'a
dit que la tradition veut qu'une rencontre ait eu lieu entre
une frégate anglaise et une canonnière française en 1759 non
loin de la Pointe à laGurde, d: ns la baie des Cha!eurs. L his-
toire confirme t elle la tradition à ce sujet ?
Gaspé
627. — Lors de la révolution fr<inçti«e, 11 vint au Canada
deux frères prêtres du nom de De* jardins. L'un deux fit les
missions du golfe Saint-Laurent. Ibignait, si je me rappelle
bien, Desjardins- Denplante*. L«s portraits de ces deux saints
prêtres existent-ils quelque part ? Rho.
628. — Il y a quelque temps, une dépêche de Lewiston
(Maine) annonçait que les citoyens de cette ville «*e propo-
saient d'ériger un monument à la mémoire de Nicolas Denys,
" le premier historien de l'Amérique du Nord."
Nicolas Denys est-il réellement le premier historien de
l'Amérique duNord ? X. X. X.
629. — Quelle diffère née y a-t il entre un prélat domestique
ou romain et un camérier secret ou d'honneur ? Qu'est-ce
.qu'un mis ionnaire apostolique ? Uu chapelain d'honneur ?
Kio.
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BULLETIN
DES
RECHE RCH ES HISTORIQUES
VOL. 5 .IUI IJiKT 1890 Xo. 7
SAINT- ANTOIX E DE BIENVILLE
Bienville rappelle le souvenir de .T< an- Baptiste LeMoyno
de Bienville, le frère et le compagnon d'armes de d'Iberville.
C'est M. de Bienville qui fonda, en 1717, la Nouvelle Orléans,
en Louisiane.
Bienville est un fort joli villnge Mtué sur la rive sud du
Saint -Laurent, entre Notre-Dame de Lévis et Suint-Joseph
de la l'ointe de Levy.
La distance qui sépare Bienville de l'égliso paroi-maie de
Notre-Dame de Levis rendait difficile pour un grand nombre
de personnes la fréquentation régulière des offioes religieux.
En 1895, les autorités religieuses, si rendant au dé-ir ma-
nifesté par les résidents de la localité d'avoir une église et un
prêtro au milieu d'eux pour en recevoir plus facilement les
secours de la religion, organisèrent en desserte régulière le
village do Bienville et une petite partie du quartier Lauzon
de la ville de Lévis.
La nouvelle paroisse fut mise sous le patronage de saint
Antoine de Padone, en l'honneur do M. l'abbi Antoine Gau-
vreau, alors curé do Notre Dame de Lévis.
L'église, construite en bois Mirsolnge on pierre, a Kit» pieds
de longueur sur 50 de largeur duns la nef, et 37 dans le
chœur. Sa hauteur.dopuis le golage jus pi'à la sablière inclu-
sivement, e*t de 31 pieds
Le clocher qu'on voit actuellement sur l'église de Bien-
ville n'est que temporaire. On en élèvera un aux proportions
plus vastes dans un avenir rapproché.
L'église, la sacristie, le presbytère et les dépendances de
Saint-Antoine de Bienville s'élèvent sur un terrain généreu-
sement donné par M. Julien Chabot et madame M. Lecours.
C'est M. l'abbé Lucien Gauvreau qui est curé de Saint-
Antoino de Bienville depuis sa fondat:on.
R.
1
— 196 —
LA FAMILLE DE M. DE LAUZON
D'après des notes extraites des "Annales manuscrites de
V Hôtel-Dieu du Précieux Sany." à Québec
Année 1651. page 46. — Ce fut Monsieur de Lauzon qui, en
1651, vint prendre possession du gouvernement (</<> la Nou-
velle-France). C'était un homme de qualité, très vertueux,
qui était conseiller d'Etat et qui avait été intendant en
Guienne. Il amena trois de ses tils qui, dans la suite, s'éta-
blirent en te pays. L'aîné portait le nom de Monsieur son
père ; il avait servi, en France, dans le régiment de Navarre
et dans celui de Picardie, et il était fort considéré de Mon-
sieur le duc l>'Espernon. On le lit sénéchal ici (1), mais il
fut tué par les Iroquois, en Tannée 1660, et laissa deux filles
qui ont été religieuses aux Crsulincs (2).
Le second s'appelait Lauzon de Charny. 11 épousa une
fille de Monsieur Giffart ; et le troisième, que l'on nommait
Lauzon de la Sittière. se maria à une demoiselle Xau, qui
nous fut envoyée de France par Madame la duchesse d'Ai-
guillon, en 1655, pour être religieuse chez nous. Elle avait
beaucoup d'esprit et de piété, niais point du tout de voca-
tion. Elle se vit bientôt veuve par un triste accident. Mon-
sieur son mari se noya le quatre mai de l'année 1659. On
nous amena cette pauvre dame, que l'anHiction avait rendue
malade, et nous lui procurâmes pour sa santé et pour sa con-
solation tout ce que nous crûmes capables d'y pouvoir con-
tribuer.
(1) Il avait épousé, le 23 octobre 1651, Anne Dksfkks.
(2) Marie de Lauzon, en religion Mère St Charles : Angélique de Lau-
ion, en religion Mère du St-Esprit.
Cf. Tanguay :- Dictionnaire Généalogique, tome 1er, page 172.
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Quoique ce détail ne fusse rien, ce semble, à notre histoire,
il ne sera pas mal à propos, puisqu'il fora connaître à celles
qui nous suivront une famille très distinguée par son rang
et encore plus par sa vertu, et qui a toujours honoré notre
communauté d une sincère affection.
Année 1656, page 52.— Le même jour (30 octobre), Madamo
Lauzon de Charny fut enterrée dans le caveau des religieuses,
comme elle l avait souhaité et demandé avant sa mort ; ce
que nous lui accordâmes volontiers, non seulement à cause
de l'affection et de l'estime que nous avionspour elle et pour
toute la famille de Monsieur Giffart, son père, mais encore
pour le respect et la considération que nous avions pour
Monsieur de Charny, son époux. Cette jeune et vertueuse
dame mourut après un an de mariage. Elle laissa une tille
dont on nous confia l'éducation, quand elle eut atteint l'âge
de six ans.
Monsieur Lauzon de Charny, qui avait déjà beaucoup de
piété, se détacha entièrement du monde et se donna parfai-
tement à Dieu. Il passa en France l'année suivante, pour
être ordonné prêtre, pu«s il revint au Canada, où il a exercé
eon zèle un grand nombre d années. Nous l'avons en long-
temps pour supérieur, et nous avons reçu do signalés témoi-
gnages de sa bonté.
A la mort de madame son épouse, il nous obligea de dire
tous les ans un obiit entier pour ello, c'est-à-dire un office des
morts de neul leçons avec une grande inesse. Il nous donna
pour cet effet une concession à la côte de Lauzon, qui nous
valait alors deux cents livres do rente, à cause de la pêche
d'anguille qui était fort abondante ; mais ayant beaucoup
diminuée depuis, elle ne nous produit plus que trente-trois
livres, à quoi Monsieur de Lauzon ayant lait attention, il
voulut bien, pendant son séjour au Canada, nous décharger
d'une partie de cette obligation, en se contentant d une
grande messe sans diacre et d'un seul nocturne de l'office des
\
— \0H —
morts. C'est ce quo nous dirons exactement le 17èmejour*
d'octobre.
Année ln7)7. po/jf f>4.— Mor sieur de Lauz^n, gouverneur^
était passé en Franco l'année précédenle et avait laissé ici
Monteur le sénéchal, son fils, commandant pour une année,
en attendant l'arrivée d'un nouveau gouverneur qui fut
Monsieur le vicomte d' A rgenson, qui vint cette année (1657).
Année 16»;o, paye ï>î.— Monsieur «le Lauzon, sénéchal, ne
pent voir cette désolution générale de la colonie (causée par
les incursions ti» s Troquois dans le eoisinaye de Québec), sans
se mettre en devoir de donner hi chasse aux ennemis, afin de
garantir du moin»» le reste des habitant» du péril qui les
menaçait. 11 alla les attaquer à l'Isle d'Orléans pour les en
faire sortir, puree que leur séjour en ce lieu alarmait tout le
voisinage. Us 8e défendirent longtemps. usant de plusieurs
ruses ] our s» mettre à, couvert des coups de fusil que les
Franc, ai* déchargeaient continuellement sur eux. ce qui ne
les empêcha pas de h.* saisir d'un po»to avantageux où. se
voyant en assurance, ils nommèrent plus d'un" fois lus Fran-
çais de se r« ndre. leur promettant la vie par de belles paroles
que Monsieur le sénéchal méprisa, aimant mieux mourir
gWiciwMiu nt « n se battant que do vivre dans une honteuse
captivité. Il anima, par son discours et par *on exemple, le
petit parti qu'il commandait, à faire tête aux Iroquois, quoi*
qu'il-* furent bien plus nombreux ; et ils s'exposèrent tous
si irénéreusement Qu'il ne resta en vie de tout son monde
qu'un seul homme blessé à mort et ertièrement hors de com-
bat. ' U~ le-» ennemis emmenèrent en leur pays pour lui faire
souffnr l«s cruautés ordinaires qu'il* exerçaient sur leurs
prisonniers. Monsieur le sénéchal fut le premier tué dans
ce tu* attaque : mais il eut la trio ire, en mourant, d'éloigner
les Iroquois, qui prirent aussitôt la fuite. Sa mort affligea
tout le Canada, parce qu'il y était fort aimé, et chacun le
pleura comme s'il eût été son proche parent. Ce gentilhomme
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Bavait se ménager l'affection des peuples par une certaine
familiarité qui gagnait les occurs et qui lui attirait en mPruo
temps le respect de tout lo monde.
Année 10" \. page 91.— Nous élevions dans cette commu-
nauté, depuis l'âge de six ans. Mademoiselle de Lauzon de
Charny. Elle suivait les traces de toute sa famille, qui s'é-
tait distinguée partout par sa vertu, et cette jeune vierge ne
soupirait qu'après la vie religieuse, où elle désirait ardem-
ment de s'enghger. Mon>ieuj* de Lauzon, son pvre, qui était
notre supérieur, ravi de voir que les iurlinations de sa chère
fille favorisaient celle qu'il avait de nous faire du bien, passa
un contrat avec nous par lequel il s'engageait à nous donner
douze mille livre», monnaie do France, pour la dot de Made-
moiselle sa tille, à condition seulement qu'attendu qu'elle était
d'une complexion delicate*, on lui servirait une entrée de
table. 11 avait dessein aussi de nous faire ses héritières, après
qu'il aurait donné ù ses neveux ce qui devait leur revenir.
Mais quelques-unes de nos religieuse» craignirent que cette
petite distinction que Monsieur de Lauzon demandait pour
Mademoiselle sa tille ne causât du trouble dans la maison,
elles en parlèrent à Monseigneur I Kvêque. qui tiura dans
leurs raison» et qui voulut retrancher cet article du contrat
qui était fait. Monsieur de Lauzon s'y opposa. 11 eut là-
dessus quoique différend avec Monseigneur de Laval, et enfin,
pour terminer toute l'affaire, il se réwlut d'emmener en
France sa chère fille. Kite partit, cette même année, avec
Mademoiselle Charlotte-Madeleine de Jjaffcrlc. sa cousine
germaine. 11 les conduisit toutes deux aux Hospitalières de
La Eochelle, où elles ont étt: religieuses et ont beaucoup
édifié et servi ce couvent par leur vertu et par leur bon
esprit. Monsieur do Lauzon les gratitia de tout co que nou9
aurions pu espérer do lui.
LES VIEUX PAPIERS
Le* grandes lignes de l'histoire du Canada font toutes
tracées, (iarneau. Ferland, Bibaud et autres ont fait ce noble
travail. Ce sont les détails qui noua marquent, ces mille
détails qui font l'otnementation de l'histoire et la poétisent.
M. de (i:ispé. ce bon, modeste et charmant vit illard, dont le
souvenir sera toujours cher à ceux qui ont tu le bonheur de
le connaître, nous a bien laissé des Mémoires qui font les
délices de ceux qui étudient l'histoire du pays. M. Benjamin
Suite a mis au jour dans son grand ouvrage une infinité de
chose* jusqu'ici ignorées. M. Marinette, dans ses romans his*
toriques, a su faire ressortir avec goût les mœurs et les
habitudes des personnages du temps, qu'il a auasi extrême-
ment bien repr.'sontés. M. l'abbé Dani-d a groupé ensemble
les principal familles du pays et a fait leur histoire. Bibaud,
jeune, nous a donné s^s Tablettes et quantité de fragmente
hwlonques très recherch a, et l<>s deux Sociétés Historiques
de Québec et de Montréal ont livré à la publicité des Mémoi'
re* d'une grande valeur. Ma;s que de choses, de fait-», de
traits encore complètement ignorés ou tombés dans l'oubli t
que de pesages obscurs ou mal définis dans notre histoire !
Où trouver nsnois les matériaux nécessaires p^ur jtterde la
lumière sir ce-> p^n's difficiles ?— Dans les vieux papiere
dans le* pa Ws de famille, c'i si là que se trouve la mine
encore inexp'oitée de notre histoire ! Je ne saurais donc trop
vous m tire en garde contre leur destruction. Conservez *
précieusement tout ce qui vous en tombe sous la m::m de-
puis lu l'ttre fami!ière et la plus insignifiante <n appan nce
jusqu'au mémo:rosér'eux,et quelquefois fort lourd de l'hom-
me politique. Registres, commissions, ordres, instructfons,
«et» s notariés, marchés, notes, reçu*, factures, petits carrés
do pap:e-s griffonnés, grandes feuillfs couverte* en tout ou
en par; io d'écritures ill'sibles. mettez tout cela religieuse-
ment de côte, c'est la propriété de l'histoire, cela lui appar-
tient. Si ces papiers vous embarrnsseut, allez les offrir â des
hommes comme l'abbé Verreau, lo digne successeur de Jac-
ques Viger, à Mgr Tanguay, à M. lîcllcmare ; ils suuront
bien vous en débarrasser, cl foi, par impossible, il» n'en vou-
laient point, veuillez vous adresser, tans Invitation aucune,
à moi. et d'avance, je vous promets un cordial accueil.
Ici, qu'il me soit permis de l'aire un reproche bien grave
aux dame» ! il m'en coûte beaucoup de lo proférer, car je
sens qu il est tout-à-lait mérité et, cependant, je ne voudrais
avoir que a es éloges à leur adresser ! Quels documents pré-
cieux pour l'histoire ont été détruits par les dames ou par
leurs ordres ! Sous prétexte de laire régner lu propreté duns
la maison, on commence par reléguer les papiers au grenier
ou dans un coin noir do lu cave où ils deviennent la pf>ie
des ruts et de» souris, des vers et do l'humidité. Poussées do
plus en plus par l'esprit de propreté, un bon jour, sous n ré-
texte encore que ce» pauvres malheureux papiers attirent la
vermine ou accumulent la poussière, ou les met lout-à l'ait
hors de la maison et instruction péreiuploirc est donné a lu
cuisinière de s'en servir pour les besoins quotidiens du su
charge ! Quel vaudulisme ! Que de lacunes dans notre his-
toire seraient comble es aujourd'hui si les documents néces-
saires n'avaient pas servi à griller les poulets ou à allumer
les leux de nos poêles dans la rude saison de l'hiver. Ce
vieux papier flambe si bien, disent en chœur toutes les ser-
vantes ! Qui no se rappelle de ce volume du Journal des
Jésuites trouvé dans le fond d'une boite à bois où il avait été
jeté pour devenir la pioie des flammes ! Sans l'heureuse cir-
constance que 1 on sait, nous aurions été privé de ce jalon
important dans l'histoire du pays. De grâce, mesdames, lai-
tes cesser, tout de suite, ces actes de vandalisme et sauvoz
pendaut qu il en est peut-être encoro temps ce qui nous reste
de ces vieux papiers. Que votre horreur pour ces précieuses
— 202 —
rchques, je vous en conjure, se change en un r<spect bien
henti ! Je me suis adressé aux dames, tar elles tont les reines
du foyer domestique, et y contrôlent sans conteste. Ce n'est
pas dir-. cependant, que les maris soient exempts de tout
reproche de ce côté. Ils peuvent être assurément accusés
pour le moins d'indiil'ércnce.
Il y a déjà longtemps que ce travail de destruction est à
l'œuvre : il a commencé lorsque, cédant pour un instant au
découragement, on croyait que la race française, au Canada,
n'avait plus d'avenir et qu'elle allait se fondre dans la gran-
de famille angîo -saxonne dont le* membres l'entouraient de
toute part. On parlait de s'>tr>jl-'rier comme étant le seul
moyen d'aequérir de l'avancement, de parvenir à la prospé-
rité. Me^ souvenirs sont encore assez viva> es la-dessu*. Dans
inSii enfance, c'était la question principale dans les villes de
Québec et de Montréal, et l>ieu sait ce qu'il en aurait été si
le clergé canadien toujours vigilant et justement alarmé
n'avait point dans son patriotisme éclairé, fondé dans les
campagnes ces collèges classique", centres de lumières, d'où
nous sont venus des jeunes gens pleins de force et de sève
qui. donnant l'impulsion à la cho-e publique dans toutes ses
diverses branches, ont ainsi sauvé le pays du mercantilisme,
de l'angliricat ion. en d'autres t"rnvs.
On tenait si peu aux ancêtres et aux traditions qu'ils nous
avaient la'ss-'es. que papiers, moub'es. argenterie, tout cela
• était mis de côté comme inutiles.embarras-ants ou démoJés.
Les papiers allaient an feu. les meubles chez l'en cant eur pour
y être vendus à vil prix et l'nrgenierie au creuset ! Heureu-
sement que les temps ont chungé et qu'il reste encore des
vieux papiers, grâce au dévouement de quelques hommes
zélés et patriotiques.
Oui, mesdames.il en reste ! Encore une fois, veuillez nous
donner votre généreux concours et daigner voir d'un bon
œil les vieux papiers. L.-F.-Cf. Baby
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LA JUDICATURE EN 1732
" L'éloigncmenl où sont lu pluspart de ceux qui auraient
des dispositions à devenir habiles dans la science de» loix,
par lo pou ou point do ressources qu'ils trouvent oaus les
emplois de judicature est un cmpeschc-mcnt insurmontable
à trouver des sujets propres à remplir les places vacantes.
U no se trouve même actuellement personne hors lo Sr tiail-
lard qui ayt sollicité une place de conseiller depuis, qu il y
cn a de vacantes. .Nous rendrons complu de sa capacité par
une dépêche particulière. En général dann un pays aussy
pauvre que celuy ey on l'ait peu de cas d'une place honora-
blo où il n'y a point de prolit. Le Sr Verrier, proc ureur gé-
néral, se prestera volontier ù donner des levons ue dtoit
français mais il n'aura point d auditeur» s'ils, ne sont 1 hit le/,
de l'espérance que leur travail le» conduira à quelque em-
ploy utile : nous ne pouvons laisser ignoier a 6a Majesté
toutes ces circonstances.
" Sa Majesté pourra juger de la rareté des sujets propre»
à la judicature par la nécessité où le Sr llocquart s'est trou-
vé de faire remplir le poste du greffier de la juridiction do
Montréal par un bourgeois de Québec dont le mérite consis-
te seulement à être houncto homme et de .s«,avoir esc-rire
passablement. Les Seigneurs de Saiut-Sulpice propriétaires
du greffe et qui ont droit do présentation luy ont abandonné
dans cette occasion lo droit qu'ils uvoient d'y noiuer faute de
sujets et ont préféré de s'en raporter au dit Sr UocqUari.
il Les livres de judicature dont Sa Majesté a bien voulu
faire la dépense sont existants dans la chambre du conseil,
L'on y a recours assez souvent dans les causes difficiles ;
mais il s'en laut beaucoup qu'ils puissent servir à l'instruc-
tion do ceux qui voudraient s'y appliquer à l'étude de la ju-
risprudence. Nous exigerions seulement d eux quant à pré-
sent qu'ils «eussent l'ordonnance et les éléments du droit
— 204 —
français. C'e>t dans celte veiie que le Sr Hocquart a fait
venir cette année douze exemplaires des institut ions d'argou,
qu'il a distribuez dans les prêtres des juridictions et aux
juges qui ont souvent besoin eux mémos dts instructions les
plus ordinaires, nous supplions très humblement 8a Majesté
d'avo ir épnrd à toutes les représentations que nous avons eu
l'honneur de lui faire a ce sujet l'année dornière. Si Sa
Majesté fait pendant quelque temps de la depen-e en appoin
tements elle pourra par la suite s'en dispenser en attribuant
des droits et des épices aux officiers. Au surplus, le sr Hoc-
quart a jusqu'à présent donné tous ses soins pour la distri-
bution de la justice et il continuera de les donner. Il est
tro;> persuadé de l'importance de cet ob:et pour se relâcher
de l'attention qu'il doit y apporter." (Extrait d'un mémoire
de MM. de Beauharnoîs et IIo quart au roi de France en
date du 1er octobre 17.'Î2).
Le tome 8e de la " Correspondance générale." page 108,
contient le refus de Sa Majesté ;Y l'intendant " do p rmottro
aux officiels du Cont-eil Souverain de paroistre en public en
robbe rouge. L'iwnpe de la robe roupe avait été emprunté aux
cours souveraines de France, où il fallait en être revêtu pour
Tendre certains jugements. Elle disparut du pays avec la
cession. La « avocats comme le* jupes ne portent que la robe
noire, qui est do soie pour les jup. s. les conseils de la reine et
les gre triers. On revit la rob« roture avec la création delà
Cour Suprême du Canada en 1875. Les jupes la portent à
l'ouverture de chaque terme et lorsqu'ils rendent leurs juge-
monts. Ils la ]K)rtent même en public à l'ouverture et à la
prorogation de chaque session du Parlement et aussi à la
cérémonie de I in-tal'ation du gouverneur-général, par ex-
emple elle do lord Minto au Palais Législatif à Québec en
novembre 1898. ft. G.
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— 205 —
LA FAMILLE GIROUARD
Sachons d'abord qu'il existe deux familles canadiennes et
«eadiennes do nom semblable, mais toutes deux descendent
du même ancêtre de la vieille France. M. Antoine Gïrouard
est la tige de la famille canadienne. Xé t\ Mont-Luçon au
Bourbonnais, France, en IfHMï, il était fils de Jean (Jirouard,
Conseiller du Roi. et Contrôleur du Dépôt de Riom en
Auvergne, et de Pétronille (leorgcau de Mont-Luçon. Vers
171b*. il vint à Montn-al. où il demeura quelques années chez
M. de Ramezay, (gouverneur') on qualité do secrétaire. Ici.
le 2 février 1723, il épousait Belle M.-Anne Barré, et. le 2<ï
avril do la môme année, était admis par l'intendant Bégon
au îiombro des quat re huissiers royaux de Montréal.
S'il faut en croire les rapports d'huissier de M. (Jirouard,
il résida sur "la rue Xotrc Dame, proche les .Jésuites," de
172!i à 1727, époque où il transporta son domicile au fau-
bourg Sainte-Marie, qui était le quartier des parents do ea
femme. M. (Jirouard a ou une large part des affaires profes-
sionnelles de Kon temp* que se partageaient les quatre notai-
res et les quatre huissiers royaux. Ils exerçaient tous comme
' praticiens" devant la Jurisdiction Royale, et même le Conseil
Supérieur. Vers 1735. il se démit tie eette charge, après quoi
son nom figure quelquefois comme praticien, mais c'est à. la
culture de la terre qu'il so livra tout particulièrement. Il
était père de huit enfants, et mourut le 5 juin 17*17. Parmi
ses descendants, nous avons des hommes très distingués,
entre autres. M. Désiré (Jirouard, de Montréal, aujourd'hui
juge de la Cour Suprême du Canada.
louant à la famille acadienne, M. François (Jirouard en
est le père. Dès lfî7 1 (alors âgé de 50 ans\ il habitait déjà
Port-Royal, en Acadie, s'était marié au pays et avait plu-
sieurs enfants mariés. Un état officiel dressé en 1752,
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— 20G —
et par consequent trois ans avant la déportation des A ca-
diens, constate que 15 familles Girouard s'étaient réfugiées
dans les villages de la l'ointe de Beauséjour.
La famille acadienne compte aujourd'hui des milliers de
représentants répandus dans différentes parties des provinces
maritimes et nommément à Bouctouche, N. B., et à Arichat,
C. B., et aussi dans la vallée du Richelieu, province de
(Québec.
Cette famille acadienne a aiksi fourni des hommes mar-
quants parmi lesquels figurent M. Girouard, curé d' Arichat,
dont parle M. Rameau à plusieurs pages du son livie, La
France aux Colonies ; M. G. -A. (iirouurd, 1 ex-député de
Kent ; le distingué notaire de Saint- Benoit, feu Jean-Joseph
Girouard, ancien député, dont le nom figure prc&qu a chaque
page du livre de M. L.-O. David, Les Patriotes de 1837-38,
était aussi Acadien ; comme il le dit lui-même dan» une note
inédite, il était le tils de Joseph Girouard, "chassé de l'an-
cienne Acadie par les Anglais avec un grand nombre de ses
compatriotes victimes de leur attachement à la France.'' Le
jeune notaire de Saint- Benoit, Joseph Girouard, ex-M. P., et
l'honorable Dr Girouard, conseiller législatif, de Longueuil,
sont ses tils.
Les deux familles acadiennes et canadiennes venaient du
midi et du centre de ia France, et, à en juger par le nombre
de ces localités, qui doivent leur nom à la famille Girouard,
l'on peut espérer que le nom n'y est pas éteint. Les ancêtres
écrivaient Girouard, mais ce tréma sur l u n'a pas été con-
servé. Aujourd'hui, on écrit indifféremment Gerroir, Gi-
roire et plus souvent Girouard. La racine de ce nom
vieut de deux mots saxons 4 Ger-Ward", qui veulent dire
"garde- lance." R.
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FORMULETTES ÉCRITES
J'ai eu occasion de parler ailleurs de ces clichés de la con-
versation que l'on appelle " formulottes." Il y a les formu-
lettes parlées et les formulett es écrites. Aux premières pages
des livres, on écrivait assez souvent, autrefois :
Si. tenté du démon.
Tu dérobes ce livre.
Apprends que tout fripon
Kst indigne de vivre.
J'ai lu. sur la première page blanche d'un dictionnaire
latin appartenant à un élève du collège do Nieolet, une as^ez
longue formule en vers français latins, alternatifs. La pièce
commençait comme suit :
Mr li'/ii'r,
Pour de l'argent,
Chez un marchand.
Suivait une description du volume, laquelle se terminait
comme suit :
La couverture.
Qui farta r.<t.
I>e peau de chien.
<^ui reconstruira cette pièce en entier ?
A la Rivièredu-L-mp (Louiseville), les enfants de l'école
du village écrivaient autrefois sur leurs livres de classe :
• Ce livre o.*t à moi comme la France est au Roi."
— 208 —
Cette form ul et te est bien ancienne, évidemment, et aussi
bien suggestive, pour employer une expression toute moderne.
Elle constitue une évocation du passé qui n'est pas sans-
saveur.
En France, on lit sur les mure extérieurs des édifices
publics :
Liberté-
Egalité
Fraternité
Comment faut-il ponctuer cola ? Un mécontent (il y en a
toujours!), suggérait décrire :
Liberté (point) Egalité (point) Fraternité (point).
La charge est un peu exagérée, Il est vrai qu'il n'y a pas
do charge sans exagération. E. G.
LE GÉNÉRAL WOLFE
Dans son expédition contre Québec. Wolfe, lorsqu'il était
en bonne santé.invitait chaque jour les officiers des différents
corps à diner avec lui.
Un capitaine écossais invité à f>tre son hôte reçut le même
jour une semblable invitation d un de ses frères d'armes.
— Il me fait peine, lui dit-il, de ne pouvoir accepter votre
invitation ; je suis déjà, engagé avec Wolfe.
Uu officier présent à cette conversation lui fit remarquer
qu'il aurait dû parler plus respectueusement de son chef ot
dire le général Wolfe.
— Monsieur, répliqua vivement l'Ecossais, nous ne disons
jamais : le général Alexandre, ni le général César.
R
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RÉPONSES
Deux our raff es <la Jttffe lU'daril. (I, VII, 58.) —
Isidore Lebrun, auteur du Tableau des deux Canadas, attri-
bue au juge Pierre-Stanislas Bédard la paternité de doux ou-
vrage-O'un intitulé: Observation? cri tiq tics sur feu Ouvrages
de Lamennais et de M. de fiouald ; l'autre, YY<j<7e du droit na-
turel démontré par des Formule* algébrique*. Nous n'avons
pu découvrir ten deux ouvrages, ut nous croyons qu'il* n'ont
jamais vu le jour, ai tant est mémo qu'ils aient été composés
par Bédavd. Quant à la paternité des écrits politiques parus
dans le Canadien de 180(i à 1810, elle e*t certaine et incon-
testée. 11 no signait pas, ou il mettait des noms de plume au
pied de ses articles, mais on les reconnait aisément par le
style quelquo peu diffus de leur auteur, et par la note cons-
titutionnelle qui y domine toujours.
N.-K. J>lo.NNE
Le M>m (le LoiiffUC ////.(I I I.XI,381.) — Dans le greffe
du notaire Seven n Ameau.sousla date du 7 do juillet 1052,
aux Trois Bivières, il v a lw contrat de mariage de Jean Le-
duc et do Mario Villemin (?) qui porte les signatures de
Jeanne Mance, L. Closse, des Mazures, Jacques Aubuchon.
Charles Lemoino et Pierre Boucher signent égalemont
cette pièce. Les conjoints font leurs marques.
A part Boucher et Aubuchon, toutes les autres personnes
étaient alors en route do Québec pour Montréal où eut liou
le mariage de Leduc, devant l'Kglise, le 11 novembre sui-
vant.
I^e contrat du 7 juillet 1652 nous donne le premier rap-
prochement connu entre les noms de Charles Lemoino et de
Longueuil. Comment cela avait il lieu ? Voici mon explica-
tion :
Le 31 mai 1051, M. de Longuouil, page du roi, s'embar-
quait à Sainte-Anne d'Auray en Bretagne pour le Canada,
- 210 —
à la suite do M. Jean de Lauzon, qui allait prendre le gou-
vernement de la co'onie (Documents sur le Perche, 1896,
page 6.3, partie canadienne) et. le 12 octobre suivant, M. do
Lauzon arrivait en rade de Québec (Journal des Jésuites).
Le M. do Longueuil du 7 juillet 1052 aux T roi <-LMvi ères
devait être celui qui accompagnait M. de Lauzon et non pas
notre Charles Lemoine puisque celui ci ne portait pas encore
ce surnom et qu'il signe simplement " Charles Lemoine" à
■côté* de l'autre qui so dit De Longueuil."
D'où venait ce ] age du roi et que devint il ? Je n'en sais
rien. Il e>t probable qu'il ne demeura pas longtemps dans la
-colonie.
Il* montons un instant en arrière. M\ de Lauzon, qui aurait
accepté la lune, si on eût pu la lui donner, s'était fait accor-
der le 15 janvier \H'.iô. un domaine en seigneurie qui com-
mençait à la rivière Chateauguny, s'étendait jusqu'à la nvièro
Saint-Franrois du lac Saint-Pierre, embrassait l'île Sainte-Hé-
lène, l i!e de Montreal, et, en pm fondeur allait au deU de la
frontière américaine actuelle. Ce royaume en bois debout
portait le nom de la Citwrc qui était celui de l'un des enfants
de M. de Lauzon. (Voyez mon Jfistoire de Saint - François-
✓/M-Zrt<\pagos 57). Vers 1657. un endroit do cette région. situé
vis-iVvis le bas de l'île de MVmtréal.s'appelait la Petite Citière
ot. cette année, .M de Lauzon l'accorda, en arrière-fief, à
Charles Lemoine. qui demeurait à Montréal en qualité d'in-
terprète et de commerçant <le fourrures. Lemoine imposa à
cette terre le nom de Longueuil. en souvenir ' d'un villago
de Normandie, chef lieu de canton dans l'arrondissement de
Dieppe, sa patrie." (Paillon : Histoire <1e la colonie française,
III, 3;">î» 51). Le M. de Longueuil de 1051 et 1052 était-il
pour quelque ebexe aussi dans le choix de ce nom ? C'est pos-
sible, mais voyons p'us loin.
Charles Lemoine fut anobli en 160*. sous le nom de • Lon-
gueuil." On a écrit LongueilJ.ongueuil, Lo'igenil. Long euil,
aelon lo caprice des gens, cur alors on ne connaissait pas d'or-
thographe pour les noms— et tout cela signifie Longœil.
Partant de ce point, M. Jac ques Viger »upp< >.-»•. dans su Sabre-
tache, que cotte désignation provient do 1 étendue de l'hori-
Km qu'embrasse lVeil quand (»n regarde de cette terre, à tra-
vers le fleuve, très large de là jusqu'à Montréal. (J/ittoire de
ZoMjucvil, 1881). page* Il ne savait rien de ce que M.
Faiilon devait imprimer plus tard sur ee :>ujet ; son manus-
crit est resté longtemps sans être publié.
lJcux autres tiefs contigus au premier, que Lomoine s'é-
taient lait concéder pur les gouverneurs et intendants.après
l'abo.ition du privilège de M. de Lnuzon, lui formaient vine
belle seigneurie, du moins quant à ses dimensions, car elle se
trouvait encore à pou près dan-* l'état primitif, lorsque, eu
KîTb', Frontenac et Duchcsneau réunirent ces trois tiefs eu
un seul, sous le nom do Longueuil, et tontirmèrent Lomoine
dans leur po-session.
En ltîT'J, <lans un acte de mariage, le notaire mentionne lu
seigneurie comme •' Longueuil de Dieppe."'
Ceci, ajouté à ce que l'on vient de voir, me fait adopter le
dire de M. Faiilon : Lemoine. consacrant par ce double nom
le î-ouvenir du lieu de sa naissance.
J'ai rencontré le nom de Marie Lorgueil, native de Iîouen,
qui épousa Toussaint HunauL dit Deschamps à Montréal, en
1654, mais en supposant que le nom véritable fut Longueil,
la famille de cette foraine paraît bien étrangère à celle de
Charles Lemoine.
Il est tout de même singulier qu'un " M. de Longueil, page
du roi, ' ait eu des rapports avec Charles Lemoine dès 16~t'2,
et j'incline à cro.ro que le gentilhomme en question était «le
Normandie car, sans cola, le Père Balthazar de Bellème, qui
a noté son départ de France pour le Canada (voyez les Docu-
ments tiitr le Perche indiqués plu» haut), l'eut probablement
laissé passer inaperçu.
— 212 —
Le Père de Bellèmc, capucin, était un amateur de l'histoire
du Perche, faisant tes observations au jour lo jour et très au
courant des départe des Percherons et des Normands pour la
colonie do la Nouvelle-France depuis 16.14.
Que de choses je retrouverais si un voyage en Normandie
m'était possible ! Benjamin Sui.te
Philippe tie LoiieillUrs tie Poincy. (IV, XII,
548.) — Poincy, né i n 15S4, appartenait à une famille origi-
naire du comté de Ponthieu.
Il débuta dans l'ordre de Malte où i! s'acquit promptement
une juste réputation.
Kn ltili!, le roi le nomma commandant de ees vaisseaux
en lirctagne.
Kn 1 lî'îT, il était chef d'escadre et commandait un des
vaisseaux du roi à la repj i-e des îîesSaint-Honorat et .Sainto-
Marguerite.
C'est en le"!}!) que Poincy commença à jouer un rôle de
-quelque importance. Appelé par Richelieu aux fonctions de
lieutenant-général des îles d'Améi ique. il s'empara de file
do la Tortue que se disputaient les Anglais et les Espa-
gnols.
Kn H14.V un nouveau gouverneur ayant été envoyé aux
Antilles. Poincy ne voulut pas reconnaître son autorité, et
sa révolte détermina la guerre civile qui dura jusqu'en 1047.
Comprenant enfin la fiiis-e position dans laquelle il s'était
placé et voulant fiiro oublier son insubordination coupable,
il coloni-a Saint Barthélémy, les Saintes, Maiio-Calante et
la Civnade.
Le roi, pour le récompenser, lui expédia alors le titre de
gouverneur-général des îles d' Amérique.
Poincy céda l'île de Saint-Christophe à l'ordre de Malte
et reçut on échange le titre de bailli.
Il mourut le 11 avril ItJUU, revêtu de ces mêmes fonctions
de gouverneur qu'il exerçait depuis Kïôl.
Edoi AUD (ioEPP
— 213
Le curé Povlneuf. (Y, I, 550.)— Philippe "René de
Fortneuf, né le 13 noîlt 1707. à Montréal, du mariage de René
Fobineau, sieur de Fortneuf, troisième fils du premier baron
de Fortneuf, et de Marguerite Philippe Daneaux deMuy, fit
ses études au séminaire de Québec. Il termina son cours vors
1727. et embrasa l'état ecclésiastique. Le 21 octobre 1731, il
fut ordoiîin' prêtre. ftn 1732, il fut nommé curé do Saint-
Jean. I led Orléans.
On trouve, dans les rentres de <ette ratoisso.à la date du
12 avril 1734. lYntr'e suivante : Même suis nommé parrain
après avoir refusé Simon Campagna,i cans ^ de son ignorance
crasse et manifestée, lorsque je l'ai interrosré sur le petit ca-
t'ehisme. (Signé) : KKXK POHTN'HCF, Ptre. "
Quelques années plus tard, M. de Fortneuf devint curé de
Suint Joachim. Il occupait encore ce poste quand les Anglais
vinr» nt mettre le siège devant Québec, en 1750. A l'appro-
che des ennemis, les habitants t'e la cite de Beaupré aban-
donnèrent leurs demeures, et pc tel irè rent dans les bois, au
pied «les montagnes, emmenant avec eux leurs troupeaux.
Fendant deux mois environ. 1rs envahisseurs respectèrent ces
villages abandonnés. Mj.is vers la fin du mois d'août, les géné-
raux anglais envoyèrent plusieurs compagnies de soldats
ravager la côte, depuis lu cap Tourmente en remontant vers
l'Ange (iardien. Cette œuvivdo ruine commença à latirande-
Fenne. Les propriétés que le séminaire de Québec possédait
en cet endroit furent dévast'es.
Continuant leur cruelle besogne, les soldats s'attaquèrent
ensuite a- l'égliso et au presbytère. Mais les paroissiens de
Saint- Joachim, qui surveillaient de loin les mouvements do
l'ennemi, ne purent rester impassibles devant un toi specta-
cle. Une quarantaine d'entre eux. habitués à manier le mous-
quet, s'embusquèrent dans un endroit favorable, et ouvrirent
sur la troupe un f u meurtrier.
M. de Fortneuf ne voulut pas abandonfu r si sgen* à l'heure
du danger, et au moment où ils pouvaient avoir bes in de
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J" --V%1
— 2U —
son ministère. C'était un sang militaire qui bouillonnait dans
ses veines. Son père, le vainqueur de Casco, ses oncles, bcs
frères, avaient bien bravé la mort nous les plis du drapeau
do la France. 11 montra à te moment qu'il était digne de sa
raie, et que le curé de Saint-Joachiin était vraiment un Port-
neuf. On le vit s exposer sans crainte et avec le plussublime
dévouement aux balles des ennemis. Ceux-ci, disposant do
forces supérieures, unirent par luire plier la poignée de braves
qui arrêtaient leur marche destructive. Les Canadiens furent
forcés de ret miter en laissant sept ou huit morts sur le champ
de bataille. Le vaillant curé, dangereusement blessé, suivit
ses paroissiens dans leur fuite. Mai* il lit une chuie, fut re-
joint par les grenadiers anglais et haché à coups de sabre*
Ce tragique episode eut lieu le "_';» août I7"»i». M. de i'oilneuf
fut d abord enterré dans le champ ensanglanté où il fut trou-
vé ; et, trois jours plus tard, il fut inhumé sans cercueil, sous
le clneur de l'église de Sainte Anne par M. Parent, curé de
cette paroisse. 'Le lendemain, 27 août, les sept paroissiens de"
Saint-.loa« him (pii avaient rte tués le même jour que leur
curé, furent aus»i inhumés à Sainte Anne, leur église parois-
siale a yant été détruite par les Anglais. Voici les noms de ces
obscurs héros : Louis Paré. i>4 ans ; Jean tîagnon. t>!> ans ;
Pie rre Gagnon, ni ans ; Charks Langucuoc, 4* ans ; Michel
Magnan. 30 ans ; .K au Fortin. Coatis; Louis Maire, 20
ans.
La mort au champ d'honneur du curé de Saint-Joachim,
jetait un dernier jayon <le gloire sur cette famille qui s'était
tant de l'ois inscrite aux pages do noire histoire.
LiNOTLS
Charles de Meaott, seigneur tVAulna y. (V, II,
578.; — Charles de Menou, seigneur d'Aulnay, appartenait à
une des plus nobles famille «lu centre de la France. Elle était
originaire du pays chartrain. D'Aulnay, qui paraît avoir été
parent du comnuBideur de Pazilly, l'accompagna dans son
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expédition en Am 'rique en 1C32. Il était son lieutenant et
son homme de confiance. A la mort de Kazilty, d'Aulnaylui
succéda dans le commandement. 11 peut être regardé comme
le véritable fondateur de Port-Tîoyal : car c'est lui qui y créa
la première colonie d'habitants fixés i-ol'demcnt au ?ol parla
culture des terres.
On sait que l'Aeadie était alors divis'e entre trois grands
feudataires. La Tour au sud, d'Aulnay au centre. Denys au
nord. Tandis que ses deux concurrents se livraient au com-
merce des fourrures et des pêcheries, d'Aulnay fondait des
établissements de colonisation, les seuls qui ein-s-nt des chan-
ces d'avenir. Ce fut li son grand mérite qui rachète ses
fautes.
J'ai raconté, dans î'n Pï!<jr>'i<a<jt' au jtai/s 'ï Ef(Ui'jêlhie.,\c&
é 'ranges péripéties de ses lut tes contre son redoutai le voisin,
Charles de la Tour, ses expéditions armées contre le fort de
d • la rivièie Saint-Jean, l'héroïque défense que lui opposa
Madame de la Tour, les cruels traitements qu'il lui fit tuhir
et qui ternirent son tr'omphe.
Quelques jmnées après, d'Aulnay eut une mort diiinede
sa vie aventureuse : il fut trouvé gelé dans un marécage où
il s'était enfoncé en revenant d'une de ses explorations. La
Tour qu'il avait chassé de ses domaines. r< ntra dans tous
ses droits, par la plus léz »rro des transactions : en épousant
la veuve de d'Aulnay.
Lorsqu'on lit cette page qu'on croirai! dérobée aux siècles
barbares, et qui rappelle les roman* de Walter Scott, on est
forcé d'avouer que la réaUfé est ici plus étrange que la fic-
tion : elle en a au moins tout l'imprévu et tout l'attrait. Ce-
pendant, malgré ce que ces aventures poétiques ont do sédui-
sant, on se prend à désirer quelles n'eussent jamais existé,
quand on réfléchit que si tant d'cftbrts stériles avaient été
employés utiloment, ils auraient pu assurer probablement à
la France la colonisation de ces domaines. D'Aulnay y dé-
pensa à lui seul plus de huit cent mille livres ; il eut du
moins sur ses rivaux le mérito de laisser quelques traces
après lui. L'abbé II. R. Casoraix
Ell Anu'I'ifjHe. ( V, III, 588.) — On dét-igne encore de
ce nom, surtout dans nos cam putties, lea Ktais-Unis, de
memo qu'il est entendu qu'un Yankee doit nécessairement
s'appeler un " Américain. " Le peuple n'admet pas, en quel-
que borte, que lo Canada soit ntué en Amérique, et l'on di-
rait, en véiité, que noire longue sujétion coloniale a eu pour
efl'et direct de nous amener à considérer le Canadien comme
un intru*. ne possédant aucun droit dans la attribution de
l'héritage de cet immense continent.
.Sylva Cl Art x
Le " Clairon tin Hoir (V, III, 507.)— Le ,-Uvron du
roi est un amusement de société qui consiste à se passer l'un
à l'autre un objet quelconque, de telle layon qu'il échappe à
la personne qui doit le saisir. Kn Taisant circuler l'objet, la
rondo entière chante :
li a passé par ici,
Le clairon <lu r«.i, Mesdames ;
Il a par ici,
Le clairon il» roi joli.
Sylva Ci.aî'In
Les cort'évs. (V, III, 508.) — On donnait le nom do rorcée
à tout travail volontaire qu'on allait taire en commun pour
assister uu paroissien, soit pour l'érection d'une charpente
de maison, de hangar, de grange dont il avait préparé do
longue main les matériaux, hou pour une boucherie d'au-
tomne, ou pour toute entreprise qui requérait pour un jour
un nombre de bras exercés.
Ces concours utiles et agréables prenaient toutes les for-
mes qu'on voulait leur donner. La toilo du pays était eo
grand usage chez nos pères, et pour cela le lin était un arti-
cle de culture indispensable en Canada. Le broyage ou bra-
yage du lin, pour en tirer la filasso et l'étoups, amenait sou-
vent dos réunions fort gaies. Les merew et les filles y pre-
naient part, laissant aux hommes le gros de la besogne,
comme l'installation à l'abri du vent, généralement au bord
d'un bois, la disposition des braies en état de solidité, l'érec-
tion de la chaufferie, la préparation du combustible néces-
saire, etc. On avait dû préli minai rement battre le lin pour
en conserver la précieuse graine. On l'avait fait rouir à la
rosée sur le gazon pendant des semaines, p'iis renrs en
gerbes ] our le transporter au lieu de l'opérai ion.
Tous ces préparatifs faits, commençait alors avec anima-
tion le jeu des braies. Chacun prenait une po:gnée de lin
brut, soigneusement chauffé et séché sur un ♦ ré' eau A claire-
voie, au-dessus d'un feu sans flamme ; il la faisait prisser à
plusieurs reprises sous la mâchoire unie de sabrai*', rompant
en petits bouts le bois de la tige qui tombait à ses pied-», ne
lui laissant en mains que les filaments dégagés de IVcoree et
de la chenevotte. C'était la douce filasse que l'on remettait
aux mains pins délicates des femmes et des filles pour la
peigner et en faire de» rouleaux tressés.
Le procédé du séchage du lin donnait parfois lieu à des
scène* émouvantes. Il arrivait, par exemple, que la chaleur
trop intense du brasier mal contrôlé communiquait la flam-
me au lin séchant sur le tréteau, ("étsdi comme l'éc'air do
la nue tombant sur un toit de chaume et le connumant en
un instant. L'émotion devenait grande dans l'assistance sur
le moment, mais le seau d'eau mis en réserve, en prévision
d'un tel accident, avait rite raison de l ine. ndie. Co, codant
l'humiliation de la chauffeuse inattentive ne s'effaçait pas si
tôt, elle avait à subir le feu des plaisanteries et des quolibets
durant tout le jour pour expier sa négligence.
— 21S —
On ne joue plus guère à ce jeu dans notre province, la
bonne toile canadienne ayant été remplacée, au moins en
grande partie, par les cotonnades beaucoup moins substan-
tielles et moins salubres.
L'on semait aut-si le maïs sur toutes les fermes. Chaque
habitant avait son chump de blé d'Inde à protéger contre
l'envahissement des mauvaises herbes durant la cioissance.
Après la cueillette sur le champ venait lépluehetto à domi-
cile. Lu jeunesse de ce temps-là fanait de ces épluchettes
l'amusement le plus joyeux do l'automne, (iérin Lajoie con-
sacre un joli chapitre de ton Jean Rivanf au souvenir qu'il
en avait. Le premier épis rouge ou pourpré, très rare, mais
ne manquant jamais, grâce à la prévenance de quelque ama-
teur, donnait, pur convention, à l'heureux éplucheur qui le
trouvait, à peu près les mêmes privilèges que la fève dans
un gâteau des lïois. Ce l'ait seul constituait tout de suite une
hiérarchie sociale de fantaisie conduisant à d'autres amuse-
ments, sous la direction des nouveaux élus, et à la dance
inévitable de la lin.
Dans Ces passe-temps agréables, convertis en véritables
fetes, commençaient bien plus judicieusement qu'aux bals,
des amitiés franches et durables se terminant, tut ou tard,
par des contrats de mariage et des notes.
Ces fails ain>i groupés, sans art et san-* abus de détails,
démontrent suffisamment que les anciens Canadiens de nos
campagnes agricoles se créaient une vie sociale qui leur était
propre et qui n'avait rien de triste, d'ennuyeux et de mono-
tone, comme pourraient le croire nos citadins et nos cita-
dines. Ils se suffisaient à eux-mêmes pour leurs plaisirs com-
me pour leur subsistance. Ils acceptaient volontiers les pei-
nes du travail et dormaient tranquilles assurés par la foi que
leur unique créancier et débitrice, la Providence, ne leur
manquerait jamais, tant qu'il travailleraient sous son œil et
suivraient ses inspirations.
.Raphael Bellemare
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Les Écossais au Canada. (V, V, G 11.)— Les Keos-
fais, que la défaite ihi prince Kdouard plaça dan» la situa-
tion de proscrits en quelque sorte, furent une douzaine d'an-
nées dans un état vraiment misérable ; car, si on ne les pen-
dait pan. ils se trouvaient comme d«\s enfant» mis en péni-
tence. Lo chef du clan des Fraser, principal groupe de la
nation, out l'idée d'offrir «es hommes à Pitt pour en former
un régiment, ce qni fut accepte* ; mais, à peine ce nouveau
corps avait il complété Mm organisation, qu'il reçut ordre
(1759) de partir pour le Canada, et. afin que cet exil ne parut
pas trop sévère aux braves de CnModen. on eut le soin de
leur dire qu'ils allaient pouvoir ne veneer des Français, qui
les ava'eni abandonné, en 1745— du moins, c'était la plainte
géniale des Ecossais pour expliquer leur défaite. Voilà
comment ce-* hiirhlandors eurent part i\ lu pri^e de L« mis-
bourg et à celle de Québec. Littéralement, Mérimée a pu
dire que le gouvernement britannique "expédia les bonunes
en Canada", laissant le* femmes dans les montagne- de l'K-
co^s', car la politique de Pitt consistait surtout à >e débar-
rasser d'un élément incommode pour bu. Maintenant, qu'ad-
vint il de tout cela ? Los Fraser prirent gont au Canada ;
on leur donna des terres ; ils épousèrent des Cana lionnes, et
leur descendance est française. Les Ecossais nous «mt con-
quis ; les Canadiennes ont conquis les Ecossais.
"Benjamin Si i.ïk
Les prélats domestiques «le Sa Sainteté. (Vt
VI, 6'29.) — " Les premiers prélats domestiques furent vrai-
semblablement les notaires aoosfol:qmM institués ] ar -aint
Clémeat pour recueiltir.danslesdiffér.n'.e* régions de Jîome,
les actes des martyrs. A me«u»o que la puissance pmtiricale
se développait, les Papes étaient obliges do ne servir d'un
plus gran l nombre de personnes qui, néees-airoment et par
la force des choses, avaient la charge prélatice suis en por-
ter le nom. Petit à polit, ces différents enp'ois de la Cour
— 220 —
pontificale se subdivisèrent entre eux, se partagèrent mieux
des attributions qu'ils cumulaient auparavant, et un litrj
général servit plus tard à désigner toute cette clause de per-
sonnes qui, sans être cardinaux ou évêques, avaient cepen-
dant dans la Cour pontificale un emploi leur donnant une
préséance, et leur permettant de dire prae lati.
" Alexandre VII, en 1651*, délimita mieux la dignité pré-
latice et les différentes manières de l'acquérir. Il y avait à
cette époque la prélature dite noire et la prélature usuelle.
La première s'appelle de justice, la seconde de grâce. Il n'y
a plus aujourd'hui d'exemples de la prélature noire ou de
justice, car ceux qui l'ont acquise obtiennent facilement de
la bienveillance pontificale leur passage ù la prélature vio-
lette ou de grâce.
" Le costume du prélat domestique est identique à celui
de l'évêquo hors de son diocèse, à cela près qu'il ne comporte
ni croix, ni anneau, que la barrette comme la calotte doi-
vent être noires sans aucun liseré ou filet, et que le cordon
du chapeau est violet. La soie étant le distinctif do la Cour
pontifical dont ils font partie, les prélats domestiques pren-
nent en été la soutane et la mantelletta de soie violette, tan-
dis que le vêtement des évêques doit être de laine.
" Ils timbrout leurs arme* d'un chapeau violet d'où
descendent six glands de même couleur, et leur chapeau
pontifical, qui ne sert qu'aux cavalcades et à leur enterre-
ment, est en drap noir doublé de soie violette, avec cordon*
de même couleur.
" Le prélat domestique de Sa Sainteté, ou encore prélat
de la maison de Sa Sainteté, s'appelle en latin Autistes ur-
banus ou encore Autistes doinus Pontificis Maximi. Le titre
qui lui convient est " Illustrissime et Kévérendifsimo " et
celui de " Monseigneur."
" Les prélats domestiques sont nommas par un bref ad
perpétuant rei memoriam et leur charge est à vie." (Battan-
dier.).
Prélats domestiques canadiens : Mgr H. Têtu, Mgr C.
Tanguay. Mgr Marois, Mgr C.-O. Gagnon, Mgr I. Câlinas,
Mgr C F. Carcan, Mgr J.-B.-Z. Bolduc. Mgr M.-K. Mt'thot,
Mgr D.-S. Karasay, Mgr A.-N. Belletnare. Mgr J. S. Ray-
mond. P.-G. II.
Le "Petit Camilla" (V, VI, 623.)— Lors du premier
voyage de Champlain dans la Nouvelle-France, en 1603.
Bechourat, eagamo montagnais réaidant à Tadoussae, donna
8on fils à Pontgravé pour l'emmener en France.
C'est sans doute ce jeune Montagnais qui lut tenu sur les
fonts du baptême, le 9 mai 1604, par Alexandre de Vendô-
me et sa sœur, enfants de Henri IV et de (iabrielle d'Es-
trées.
Privé de sa liberté, le fils du sagamo Bechourat ne tarda
pas à tomber malade. On le transporta au château de Saint-
Germain, où un appartement lui fut donné.
C'est dans ce même château que madame de Monglat
élevait le fils de Henri IV, alors âgé de quatre ans. et qui
devait être, quelques annés plus tard, Louis XIII.
Le médecin de ce jeune prince, Jean Héroard, a tenu un
journal de ses actions, jour par jour, depuis sa naissance
jusqu'à ce qu'il eut atteint l'âge de vingt ans.
A la date du 23 mai 1604, nous lisons dans lo Journal de
Héroard :
" A huit heures levé, bon visage, gai, vêtu, il avale (met)
ses bas de chausses dit-ant : Voyez la belle, jambe. A neuf
heures et demie déjeuné sur la fenêtre du préau ; il voit des
hommes qui passent, leur crie : Bonjou. Messieurs, je men
vais boire à vous. A six heures il voit en passant le Petit
Canada à la fenêtre, malade, il lui fait porter de son potage."
Le Petit Canada dont il est question ici, c'est le sauvage
amené do Tadoussae par Pontgravé.
Une semaine plus tard, le 31, Héroard écrit :
" Levé contre son gré par Mme do Monglat ; il tenoit des
verges, lui en donne un bon coup sur le visage, no veut point
de Mme de Monglat, s'v opiniâtre, en est fouetté. Il envoie
à diner à Canada."
I
— 222 —
Il faut croire quo le dauj hiti avait de l'affection pour le
Petit Cumula, car le 10 juin il lui envoie encore goi ter quel-
que chase.
"M. de Vindômo (son frère) arrive, note ce jour-ll Hé-
roard. se mot auprès de lui. à la main gauche; il le repout-so
jiar deux diverses l'ois de la main d:s. nt : allez plus loin. M.
de Vendôme, de t-on mouvement , lui baise le dessus de la
main et à rimpourvû. ]Ja ! dit-il en faisant le fâché, vous
baisez ma main, et la flotte contre t-u robe. Piomeni au jar-
din, amené à la Reine, min en carrosse. A deux heures goûté,
amusé, ramené en lu salle du Roi, il fait sortir un cul-de-
jatte qui jouait du flageolet, disant : Mettez dehors ; qu'il
joue, mais jr ne le ceux ]>as voir. Il ne veut point voir Oly-
vette. folle de feu Mme de Par, ne veut point voir maître
Guillaume (fou du loi), n'aimo point Us fols de cette sorte.
Soupé . il fait porter de la gelée au petit Canada, malade ;
s'aniu-e à voir les passants."
Le Petit Canada mourut le 18 «lu môme mois. Les méde-
cins ne purent rien faire pour lui ; c'est l'air de ses monta-
gnes qui lui manquait.
Le lendemain de la mort du pauvre petit montagnais,on
otfre au dauphin une écuelle de cerises. Il la repousse en
disant : Voilà pour le Petit Canada.
Plus d'une année après la mort du petit indien, le 15 no-
vembre l(îl)f>, à propos d'objets rapportés du Canada par M.
de Monts ("... Mené au Poeq et passé l'eau pour voir dans
un grand b» tenu, un animal porté du Canada par M. de
Monts, de la grandeur d'un élan. Il y avait une petite bar-
que faite à la mode du pays, avec du jonc, et couverte d'é-
corce d'arbre, teinte do rouge, faite de façon de gondole ot
ayant les avirons du bois du pays...), le dauphin se ressou-
vient du Petit Canada, de sa façon do prononcer, do la cou-
leur de son habit bleu, do la forme de t-on bonnet, rond com-
mo celui du roi. son père. P.-G. R.
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QUESTIONS
630. — Dans les Mémoires sur la rie de M<jr tU Laval par
M. de LaTour, on lit : " Un bénédictin déguisé vint à l'appui
du parti faire une incursion on Canada ; il s'insinua d'abord
chez les curés de campagne, ensuite dans les communautés
de religieuses ; mais le prélat le fit repasser en France, où
sa communauté le réclama, et le désavoua dès qu'elle en fut
instruile."
Où trouverais-je des renseignement s sur les allées et venues
de ce moine dans notre pays Y Iîkmu.
631. — Un vieil habitant de Lotbinièrc me fuit remarquer
que "le Platon " était autrefois nommé le kCap-à l'Arbre."
Les chroniques du temps dos Français nous parlent souvent
d'un endroit, entre Québec et Trois-Itivières, qu'elles dénom-
ment le <• Cap-à-l'Arbre." lx> " Platon " d'aujourd'hui ne
sera it- il pas le u Cap-à-l'Arbre " d'autrefois? Lothin.
632. — En 1688, le Conseil Supérieur de la Nouvelle France
établit un bureau des pauvres dans chacune des villes de
Québec, Trois- Rivières et Montréal. Ces bureaux des pau-
vres ont-ils fonctionné longtemps ? Quelle était leur manière
d'agir? Kessemblaient-ilH en quelque façon à nos sociétés
Saint-Vincent do Paul ? JJios.
633. — L'honorable M. de Bouehervillo disait, pendant la
dernière session de la législature de Québec, quo les patriotes
du district de Montréal avaient organisé, en 1837, un système
de conciliation entre eux de manière à ne pas se servir des
tribunaux. Tout renseignement sur le fonctionnement de
ces tribunaux m'obligerait. (.'•
634. — Dans dos notes manuscrites de feu M. Bibaud que
j'ai en ce moment sous les yeux, il est souvent question du
Journal de Joseph Papineau, le père du grand Papineau. Ce
Journal, si j'en juge parles extraits qu'en fait M. Bibaïui,
devait être fort intéressant. Existe t-il encore, ce Journal ?
A. A . X..
635. — Connu itssez-vous quelque chose do la vie de l'abbé
Paul Casaegrain à qui, paraît-il, le cardinal Fleury offrit
l'évéché do Québec et qu'il refusa ? Om. ■
636. — A quelle date n monte l'impression du premier
calendrier tel que nous l'avons actuellement, avec la liste du
clergé au bas ? Connaissez-vous quelqu'un qui en possède la
collection complète ? Coll.
637. — Fiuhett, dans s< n récent ouvrage Fight for the
Flag, parlant de la fameuse frégate "Canada", qui contribua
pour une si grande part au succès de lord Podney dans sa
célèbre victoire sur lu flotte du comte «le tirasse, en 1782,dit
dit que ce vaisseau, en cette mérooi able occasion, était com-
mandé par un capitaine Oumareaq.
James tirant, dans ses British Battles by Land and Sea,
dit que la "Canada" était commandée dans cette bataille par
le capitaine Cornwaliis. qui plaça son vaisseau le long de la
" Ville de Paris," le vaisseau amiral français, et ne lo lâcha
que lor»qu'il fut en ruines.
Lequel des deux écrivains dit la vérité ? E.-A. Hart
638. — Où mourut le premier juge Jîédard ? Quelles rela-
tions de parenté avaient avec le juge Rédaid, premier du
nom, le juge Klzéar Bédard, mort à Montréal en 1849. et El-
zéar Bédard l'auteur de la chanson patriotique bien connue l
Sol canadien, terre chérie ? Rio
639. — La chamon : C'est la faute à Papine.au a-t-elle été
publiée ? Où ? Chans.
640. — Que devint l'abbé Gazelle, ce prêtre français qui,
en 1793, accompagnait l'abbé Pojardins au Canada Y Je sais
qu'il partit de notre pays en 1796. II. B. C.
641. — Dans l'histoire de la Nouvelle-France, au dix sep-
tième siècle, il est souvent question d'un endroit qu'on
appelle *'lu Potherie," situé entre Québec et Trois-Rivièree.
Connaissez-vous le site exact de cette ancienne localité ?
T.-Rtv.
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 5 AOUT 1899 Xo. 8
SALMT- FR F.D ÉRIC DE DRUMMOXDVILLE
La paroi-vo de Saint-Fr{déri<' do Prummondvillo e«t une
des plus mici<»nnos dos Cantons de l'Est. Sa lanro étendue de
torrito:re fut divine en townships par l'arpenteur Jones, en
1792. La londatio'i do cette paroisse remonte au coramence-
meiil du dix-septu-tne siècle.
(' est aux dernières lueurs du crépuscule, le 20 mai 1815.
quo le g-'néral Frédéric-Georges Ilerriot, nui remontait la
rivière Suint François, à la tête d un délaehement de soldats
appartenant aux raiments licencia de Meuronset He Volti-
geurs, planta sa tente sur lu cote su»! «le la rivière, à l'endroit
précis où se trouve aujourd'hui la villa de M. Sam Xewton.
Emerveille" du ait» et des pouvoir* d'eau pre-que naturels
dont il prévoyait sans doute leg immense* avantages pour le
futur, il appela ce mairnifique promontoire qui domine les.
chute* -Dru tnmond ville", du nom du gouverneur Dram-
mond.
Les différents missionnaires qui se sont suce 'dés depuis
l'établissement primitif de la colonie jusqu'au 2 juillet 1850.
date où la paroisse fut érigée eanoniquement (décret civil, 0
septembre), ont tous fait preuve d'une vive énergie et d'un
dévouement sans bornes, et l'harmonie qui a toujours existé
entre les habitants de croyances différentes est la preuve
d'une sage administration.
Les missionnaires catholiques furent M. Raimbault. do
1815 à 1819, et le vicaire-général Kellev. curé de Sorel. de
1820 à 1823. ("est le 25 novembre 1822. nue fut bénie la
première ég'ise des Cantons de l'Est, dont l'antique clocher
est précieusement conservé.
Missionnaires et curés : M. Raimbault, 1815-19 ; M. Kellev,
1820-23 ; J. Holme*, 1823-27 ; M. Power. 1827 31 ; H.Pais-
ley, 1831-32 ; M. Robson, 1832-42 ; M\ O'firsdy. 1842-4<î ?
M. Dorion, 1840-53 ; J.-B. Ledaîr, 1853-54 : F.-O. rVlcourt,
1854-01 ; .T.-O. Prince. 1801 05 : M. Marchand, 1705-89 ;
M. Alexandre, 1889-93 ; Thomas Quinn, curé actuel. R.
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— 228 —
LE PÈRE SÉBASTIEN RASLE
Le 23 août 1724, une armée de onze cents hommes organi-
sée à Boston tombe à l'improviste, sans avoir été aperçue, sur
le village de Nanrautsouak. Il n'y avait pour le défendre
qu'une cinquantaine de guerriers valides. Surpiis, à trois
heures du matin, ils sortent de leurs demeures et une vivo
fusillade s'engage entre eux et l'armée ennemie ; trop faibles
pour résister, ils n'ont qu'un but, protéger leurs femmes, leurs
enfant» et les vieillards infirmes, et leur donner a tous le
temps de gagner le bois et de s'y mettre en sûreté.
Au bruit de la fusillade, le Père Rasle. qui se trouvait dans
la chapelle, sort et va au devant des assaillants, dans l'espoir
d'attirer sur lui seul leur attention et de cauver la vie à ses
néophytes. Son espoir n'est pas trompé. Kn le voyant, les An-
glais poussent un grand cri de joie ; leurs fusils se dirigent
sur lui, et il tombe sous une grêle de bailee au pied d'une
croix plantée au milieu du village. Sept sauvages, qui se por-
tent à son secours, meurent à se» côtés.
Pendant ce temps, la plupart des néophytes ont pu s'en-
foncer dans la forêt, après avoir perdu une trentaine des
leurs.
Les Anglais, ne rencontrant nulle part de résistance, pil-
lent et brûlent les cabanes, profanent les vases sacrés et les
saintes espèces et incendient l'église ; enfin, après avoir mas-
sacré indignement quelques femmes et des enfants qui n'ont
pu s'enfuir, ils abandonnent le village avec précipitation,
comme saisis d une terreur panique.
A peine se sont-ils retires, que cent cinquante pen>onues,
qui ont échappé au mas:*acro, rentrent à Nanrantsouak. Le
village en flammes présentait l'image do la ruine et de la déso-
lation. Rien ne les émeut comme la vue de leur Père aimé.
" Le Père Rasle était percé de coups,la chevelure enlevéeje
crâne brisé à coups de haches, la bouche et les yeux rempli*
-
— 229 —
de boue, les os des jambes fracassés, et tous les membres mu-
tilés." (1) On voyait que les ennemis s'étaient acharnés sur
ce cadavre. Se» néophytes versent sur lui d'abondantes lar-
mes ; et, après avoir plusieurs lois baisé ses précieux restes,
ils l'ensevelisent à l'endroit où, la veille, il avait célébré les
saints mystères, c'est-à-dire à la place où était l'autel avant
que l'église fut brûlée.
En apprenant celte mort du missionnaire, le Fère de la
Chasse demande pour lui au supérieur du séminaire de Mon-
tréal, M. de Belmont, les buttrages de l Églisc,en vertu de la
communication de prières, qui existe entre ces Messieurs et
les Jésuites. *• C'est taire injure à un martyr que de prier
pour lui," répond le supérieur,en rappelant dans la circons-
tance les parole» de saint Augustin. C'était bien là, du reste,
l'idée que se taisaient de cette mort, tous ceux qui connais-
saient le Père iiasle. li portait à un haut degré ce sentiment
de l'apostolat, qui ne recule devunt aucun sucriticc ni aucun
danger pour le salut des âmes rachetées par le sang de Jésus-
Christ.
2ïé d une famille honorable au diocèse de Uesanyon, en
Franche-Comté, il était entre en 1675 dans la Compagnie de
Jésus, à Dole, après avoir accompli deux ans entiers de
philosophie, il venait de terminer ses dix huit ans. En-
voyé a la tin de son noviciat, à Carpcntras, puis à Nîmes,il
y professa tour à tour la grammaire, les humanités et la
rhétorique, et, aux heure» de liberté que lui laissait
sa classe, il s'occupa spécialement des jeunes ouvriers
de ces deux villes. Il aimait beaucoup cette œuvre et
celle des pauvres. A Lyon, pendant son cours de théo-
logie, une autre œuvre du même genre, celle des porte-
faix faisait sa plus agréable diotruction après de longues
heures consacrées à l'étude de la Somme de saint Thomas.
(1) Ferland, II, p. 421.
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— 230 —
Cet esprit distingué, dont ses confrères admiraient la sou-
plesse dans toutes les quest ions spéculatives et littéraires, sem-
blait trouver son plus grand plnisir à traiter avec les petits
et les déshérités de ce monde. Bien qu'il ne fût pas encore
prêtre, il dirigea plusieurs années la congrégation des ou-
vriers et celle des porle-faix. et il se réserva l'enseignement
de la docttino chrétienne aux domestiques. Personne qui ne
vit en lui une âme d'apôtre. Dévouement, activité, vertu. san-
té do fer,il avait tout ce qu'il faut pour réussir dans 1rs mis-
sions sauvages : aussi ne fut -on pas étonné de le voir s'em-
barquer à la Rochelle pour l'Amérique du Nord, le 23 juillet
1C80. Alors, on s'expliqua également pourquoi ce religieux,
si avare de son temps, aimant l'étude et les œuvres de chari-
té, faisait encore do la peinture et des ouvrages de tour : tout
.cela d.-vait un jo:ir servir au futur apâtro dans les forêts du
Nouveau Monde.
,l A mon arrivée à (Québec, je m'appliquai, écrit-il à son
frère, à apprendre la langue do nos sauvages. Cette langue
est tn's difficile, car il ne suffit pas d'en étudier les termes et
leur si jn'tir ation, et de se faire une provision de mots et de
phrases, il faut encore savoir le tour et l'arrangement que
1 s sauvages leur donnent, et que l'on ne peut guère attra-
per nue par le commerce et la fréquentation de ce peu-
ple." m
Le P. Ka«lo attrapa, et assez vite, ce tour et cet arrange-
ment ; h;entôt U n'yefit dans le continent aucune langue sau-
vage.dont il n'<ut quelque teinture. Outre la langue abéna-
kiM-, .qu'il possédait plus à fond, il parlait facilement. mOrae
ave<- éléirance, le huion, l'outaoua's et l'illinois.
Knvoyé d'abord à Saint-Francois de Suies, puis au pa.it
des 11 inois. il ne re-ta que deux ans dans cette dernière nvs-
sion. Nanrantsouak fut le vrai théâtre de son long aj ostolat
(i) U-ttres édifiantes, t. VI, pp. 154, 161 el suiv.
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de trente-cinq ans dans l'Amérique septentrionale. Infatiga-
ble, il ne passait pas un seul jour sans instruire ses sauvages
et les visiter. Dur à lui même, il jeûnait presque continuelle-
ment, ne prenait jamais ni vin, ni viande, ni poisson ;saseulu
nourriture était de la bouillie faite do farine de bled d inde,
quand il n'était pas réduit, ]>ciHiaiit l'hiver, à se nourrir de
glands. Quelles que fussent ses occupations et sa fatigue, il
ne voulut en aucune circonstance ac cepter le* services de per-
sonne. Il cultivait lui-môme ton jardin, labait son ménage,
préparait la sagamilé, allait chercher le bois dans la forêt et
le coupait. ïoui ce qu on lui envoyait de Québec était distri-
bué aux pauvres. " Comme il acavait un pou de peinture et
qu'il tournait assez propiemcnt.il décorait son église d ouvra-
ges travaillé» de ses mains." Une partie de ses nuit» se pas-
sait à prier ou à travailler. Cet homme si austère était cepen-
dant d un caractère aimuble et enjoué. D'un abord facile, tou-
jours prêt à rendre service, il était aimé et respecté des Fran-
çais et des sauvages. Le gouvernement de Québec l'estimait
comme un des plus fermes soutiens de'la colonie, à cause de
sa grand influence sur les Abéuakis, qui les gardait tidèles
à la France. Sa mon, arrivée le 23 août 1724, causa d'uni-
versels regrets. (1)
Cent neuf ans après eon martyre, .Mgr Fonwiek, évêquo
de Boston, achetait une acre de terre renfermant l'emplace-
ment de l'ancienne église des Indiens, de la sacristie et de la
cabane du l'ère Kaste, pour y élever un monument à la mé-
moire d un des hommes les plus distingués qui soient venus sur
ces parajes, en qualité de missionnaires. (2;
" L'ancien village de Xanrantsouuk est éloigné d'environ
six milles da village actuel de Nurridgewock, état du Maine,
un peu dessu-i et presque vis-à-vis l'embouchure de la rivière
Sandy dans le Kennebec. C'est une belle plaine environnée
(1) Leilres édifiantes, p. 1724, p. 237.
(2) Amiaks de la Propagation de la Foi, vol. VII, année 1834-1835.
— 232 —
de co'lincs élevées ; elle s'étend l'espace d'un bon quart d*
mille sur le bord oriental de la rivière qui e'étend de ce côté".
Lew cabanes des Indiens étaient placée* dans la direction du
Nord au Sud. Il y avait sur le bord de la rivière une route
commune, et entre le» denx ranjrs des cabanes une rue de
deux tenu pieds de largeur. L'église était située à lextrérairt
méridionale, et avait sa principale entrée sur un des côtés
de la place qui allait de là jusqu'à le rivière. L'autel était à
l'orient. La maison du Père Rasle se trouvait près de la sacris-
tie, à l Kst."(l)
C'est li. «*ur le tombeau du Père Pasle, au lieu même qu'oc-
cupait autivfo's l'autel où il avait si souvent célébré le saint
sacr'nce de la mes-e, que fut élevé le monument en granit
taillé. -; Il es» en forme d'obélisque et a vingt pieds de haut,
y compris la base ; il est surmonté d une croix en fer bien
travaillé, hante de tm;s pieds, et qui ]>eut être vue d'une dis-*
tti.ee considérable.'' (2)
La c 'rémonie d'inaugural ion eut lieu le 23 août 1833, en
présence de plusieurs milliers de catholiques et de protes-
tants, accourus des points les pins éloignés de l'immense dio-
cèse de Poston. Les Indiens Pénobseols. ces descendants des
Ahénakis dont beaucoup avaient été massacrés avec le Père
P.a*!c étaient là, heureux de rendre hommage au grand apô-
tre de leurs ancêtres. Mgr Fenwick présidait. Au milieu de la
eén'ni"nie. il prit la parole, et. d'une voix forte et claire, de-
vant lu foule recueillie, il dévo'opra. en 1rs appliquant au
in- rtyr. ces I ell« h paroles des livres saints : Sa mémoire ne
périra point, son nom smi inrogvé <fe génération en génération :
l?x pe.uples proclameront sa sagesse. »t V Egline des saints chan-
tera sea louanges.
(M /A/./'. Vol. Vit, .inriM- i8U '*"3S. PI1- «86 cl 187. On conserve dan»
Ja bibliothèque publique <le Portsmouth le bureau à écrire du Père Rxsles.
/2) Ibid, vol. VII, i*. 190.
Camille or Kochemonteix
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— 233 —
JACQUES LE GARDEUR DE SAINT-PIERRE
Jacques Le Gardeur, <• cuver, hieur do Saint-Pierre, che-
valier de l'Ordre royal et militaire de Suint-Louis, apparte-
nait à la branche do Repentiguy, do la noble famille Le Gar-
deur établie au Canada. La famille est originaire de .Nor-
mandie et descend de Jean Le Gardeur, sieur de Croysillo,
qui lut anobli en 1510. Charlotte de Cordny, veuve de René
Le Gardeur, sieur de Tilly, de ïhury-llarcourt,en Norman-
die, petit-tils du sieur de Croysille, vint dans la Nouvelle-
France en 163b", avec ses deux fils, Pierre Ia> Gardeur, Mtmr
do Repcntigny, et Charles Le Gardeur, sieur de Tilly, et sa
fille Marguerite, lemme de Jacques Le Neuf de la Pother.e.
et s'établit près de (Québec. Pierre Le Gardeur et su femme,
Marie Favery, dont la vénérable Mere do l'Incarnation et
l'intendant Talon vantent l'extraordinaire beauté de carac-
tère, curent trois entants nés en Franco, et deux au Canada ;
lo plus jeuno des enfants français, Jcan-Jiap liste, qui hérita
ensuite des titres de son père, épousa Marguerite Nicollet,
fille de Jean Nicollet, qui découvrit le Wisconsin, en ltio-t.
De ce mariage est né Jean-Paul Le Gardeur, premier sieur
do Saint-Pierre, qui se distingua par ses découvertes et ses
explorations daim l'Ouest, aussi bien que dans les guerres
entre la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre.
Jacques Le Gardeur, second sieur de Saint-Pierre, que
Washington visita dans la vallée de l'Ohio. était le plus
jeune tils de Jean Paul Le Gardeur, sieur de Saint- Pierre, et
de Josette Le Neuf de 'a Valliére. sa lemme. et naquit en
1701, à la soigneurie de Repentiguy, située près de .Montréal,
qui avait été octroyée il Pierre Le Gardeur, sieur de Repen-
tigny, en lt>47. A l'âge de quinze ans, il servait déjà son
pays chez les sauvages. En 1732, il était enseigne dans l'ar-
— 234 —
mée coloniale, et. en 1735. il fut nommé commandant du fort
Bcaukamois chez les Sioux, but le lac Pépin, dans le Minne-
sota, poste qu'il abandonna en 1737. Cette même année,étant
lieutenant, il commanda une compagnie venue du Canada
dans l'expédition contre les Chickasaws, et érigea un petit
fort sur la rivière Yazoo. dans 1' Alabama. En 1745. il con-
duisit de* partis d'éelaircurs dans le voisinage de Saratoga
et de Crown-Point (Totale à la Chevelure^, dans l'Etat de
New-York. L'année suivante, il conduisit une expédition en
Aeadie. 11 fut envoyé pour commander le po-te de Michilli-
makirac, en 1717. et rétablir l'ordre dans le pays dYn-haut ;
le gouverneur.M. de la ( lalissonnière. le recommanda haute-
ment pour .sa conduite en eette circonstance, nnprès delà
eour de France. En 1750, il fut nommé capitaine, et on lui
donna le commandement d'une expédition chargée de conti-
nuer les explorations de la Yérendrye, le découvreur deg
Montairn- s Rocheuses. II no réussit pas. cependant. ;V trou-
ver la i ivii-re de l'Oue-t ( la rivière Colombie d" l'Orégon),
et ne J" n'tra personnellement que jusqu'à la Saskatchewan,
ti revint à Montréal, en septembre 1753. et fut envoyé immé-
diatement au secours de Marin, commandant du district de
la rivière Ohio et de ses dépendances, qui était dangereuse-
ment malade au fort EelVeuf.
A son arrivée à la rivière Ohio (Belle "Rivière), il trouva
le capitaine Marin mort, et son parent, le chevalier de Repen-
tigny, à la tète du fort. Au mois de décembre, le major
\Ynsbb\gton vint !e voir, comme étant le chef de l'armée
canadienne pour le sommer, an nom du gouverneur de la
Virginie de quitter le pays. 11 reçut Washington avec la
plus grande courtoisie, et. au bout de trois jours, il remit sa
répon-e au gouverneur Dinwiddle. Cette lettre est un mo-
dèle de fermeté militaire aussi bien que de la noblesse des
sentiments qui caractérisait l'officier canadien. Je la repro-
duis dans son ontier.
— 235 —
*l Monsieur,
"Comme j'ai l'honneur de commander icy.cn chef. M.
Washington m'a remis la lettre que vous avez écrite au
commandant dos troupes françaises. J'aurais souhaité quo
vous lui eussiez donné ordro ou qu'il eût été disposé à aller
jusqu'en Canada pour y voir notre général, a qui appartien-
dra, plus qu'à moi. de mettre on évidente les droits incon-
testables du Poy, mon maître, sur les terres situées le long
do l'Oliio, et de réfuter les prétentions du lioy de la < Jrando-
Bretagne à icelles.
" Je ferai passer voire lettre à M. le marquis du Quesne.
Sa réponse sera ma loy, et, s'il m'ordonne de vous la com-
muniquer, vous ne devez pas douter, monsieur, que je nu
vous la fasse parvenir en diligence.
" Pour la réquisition que vous faites de mo retirer, je no
crois pas devoir y olx-ir. Quelles que soient vos instructions,
les miennes sont d'être icy par l'ordre de mon général, et je
vous prie, monsieur, d'être persuadé que je tâcherai de m'y
conformer avec toute l'exactitude et la résolution qu'on doit
attendre d'un bon officier.
" Je no sache pas qu'il se soit rien passé, pendant tout le
cours de cette campagne, qu'on puisse regarder coin tue acte
d'ho&tilité, ni comme contraire aux traités entre les deux
couronnes, dont la continuation nous intéresse autant et nous
cet aussi agréable qu'aux Anglais. Si von» aviez bien voulu
entrer duns le détail dcâ laits qui font le sujet de vos plaintes,
j'aurais eu l'honneur de vous répondre de la façon la plus
satisfaisante qu'il m'eût été possible.
" Je me suis fait un devoir d'accueillir M. Washington
avec toute la distinction due à votre dignité et à son mérite
personnel, et je me flatte, Monsieur, qu'il me rendra la jus-
tico d'en être mon garant auprès de vous, ainsi que de»
témoignages du profond respect avec lequel.
»
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— 236 —
J'ai I honnour d'être, Monsieur, votre très humble et
très obéissant serviteur,
" Le Garpeur de Saint-Pierre,
Du fort sur la rivière aux Bœufs.
' Le 15 décembre 1753."
Le major Washington parle de M. de Saint-Pierre comme
d'un soMnt magnifique et «l'un vétéran. 11 était alor?, en
rffet, un vétéran au service de son pays, mais il n'avait que
< inquante-deux ans. Tl fut remplacé par M. de Contrecœur
jM>u de temps avant la failure de Washington et de son
armée, au fort Xécessité.par Toulon de Villiers. frère de Cou-
Ion «le .Tunionvilk\et. l'année suivante, il commanda le corps
des Sauvages alliés» dans la malheureuse expédition du baron
iJienkau, et fut tué dans le premier engagement à la batail-
le de Lak«» (Jeorge (lac Saint -Sacrement), le R septembre
1755. Sen parents. MM. de Repentigny et de Montcs°on,
furent blessé grièvement à la même bataille : et, longtemps
après la célébration du jour d'actions de grâces ordonnée
dan-* la nouvelle- Angleterre, en honneur de la victoire rem-
portée à Lake George, ses fidèles Xipissings et Algonquins
continuèrent à enlever des chevelures anglaises et iroquoises
pour venger sa mort prématurée.
Quelques-uns des membres plus jeunes de la famille Le
Gardeur émigrèrent en France, après la capitulation du
Canada, et se sont distingués comme généraux dans les
armées françaises et comme gouverneurs de province. L'un
d'eux commandait un vaisseau de la flotte do l'amiral de
Gras-*», venue en Amérique pour aider Washington à con-
quérir l in lépendance dos KtatsCnis.
Kpmonp Mali.et
Digitiz
UNE CHANSON DE 1812
Pierre Beaupré, ingénieur civil demeurant à Sorel en 1812,
^Stait père de dix-huit enfanta, dont quatorze vivaient encore ;
trois filles : Marie Anne, épouse de M. Ganvreau ; Sophie,
mariée à M. Poîtras ; Séraphine, mariée à M. Fortin ; onze
garçons : Pierre, Etienne, François, Joseph, Charles, Jean-
Baptiste, David, Prisque, Alexandre,Amable-Kdoiiard,Louîs,
sur lesquels dix entrèrent dans le servico militaire on 1812 ;
en plus, l'un de pes gendres s'enrôla également. Co vide du
foyer domestique paraît l'avoir préoccupé, avec raison, plus
■que tout autre, et le porta à composer une chanson qui n'a
pas été imprimée, mais que l'un de ses petits-fils, résidant à
Kingston, conserve avec soin parmi ses souvenirs de famille.
"Nous la donnons earn y changer un iota :
le suis père infortuné
D'une grande famille
Etant -seul je veux chanter
Pour dissiper nies ennuis
De mes enfant* délaissés
Secourant fa Patrie
Tous an service <ht Roi
Les nom-, sont comme suit :
l'ierre il te faut marcher
L'ainé îles dis huit
Les p.u très sont à l'armée.
Vole d< ne a Wur suite
A la tete d'un convoi
Vait parai ire ton /rie
Montre l'ardeur et l'exploit
Kt sois leur modèle.
Ktienne je vois passer
Sergents et quartier mai'.re
D'une brigade effarée
Dont tu te fais ft te
One Dieu conserve ta vie
Dans tous tes voyages
Fail frémir les Bostonnais
C'est là ton partage.
Kniv ois mon troisième fils
< )ii donc est tn retr?i!e
Kst m mort ou en vie
« lue je suis impiiète
Ton courage pour le Roi
Se-rn comme je le crois
Kt après In complète
Tu seras récompensé.
Inseph ton hesson
N'a pas le m me avantage
Interprète des Murons
Kt des autres sauvages
Dans plu* d'un endroit
Rencontrant des précipices
Il est fidèle à son Roi
Lui rendant des services.
Pauvre Charles si tu revient
Joindre ton vieux père
Jette ta cai^e au fin fond
De la grande Rivière
Viens soupirer avec moi
Kt conserve ta vie
Nous crierons vive le Roi
(Jtiand tu seras guéri.
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— 238 —
Pauvre gendre prisonnier
Un ancien capitaine
Officier de Sa Majesté
Oui je ressens de la peine
D'un vaisseau autrefois
Soumis à tes ordres
Executant les exploits
Tu obéissais aux ordres.
Jean-Baptiste son compliment
Six mois dans la milice
Six enfants l'as emmenés
Depuis a Morris Creek
Tous d'un joyeux entrain
En disant dans le refrain
Vive le Roi Vive le Koi
Je crois que je suis quitte.
David son compliment
Kendu a Kingston
Travaille aux bâtiments
Comme les autres hommes
En m'mlormant de toi
Aussi de ta famille
Sois fidèle au Koi
Le reste de la vie.
Prisque aujourd'hui content
De quitter l'Acadie
Avec hardiesse il alla au camp
Pour y frapper l'ennemi
Il par.it sans différer
Au service du Koi
Puis i< revint en homme
Charpcntiei à Kingston.
Amable Edouard est parti
Dans le mois de mai
A Kingston il se rendit
Charpentier de navire
C'est là qu'avec grande joie
Et sans aucune crainte
Il marque les liostonnais
Jusque dans leurs enceintes.
Cher petit Louis mon dernier
Ah que tu est jeune
Dans ta treizième année
On ta vu nmbhipman
A \ ork on l'a vu dit-on
Avec l*aucoiip d'audaee
Montrant tun hardiesse
Defend ic ton canon.
S'ils revenaient tous vivants
Pour moi que de gloire
Je courrai* vite au camp
Y chanter la victoire
Quoique passe soixante ans
Je partirais sans peine
J'aurais le commandement
Comme un v ieux C- pitaine.
Vous qu'on nomme grand guerrier
Lieutenant, Capitaine «ni
Tout nuire officier
Et gouverneur même
Pouvez -vous montrer
Dans tous vos domaines
Onze entants dans l'armée
Combattant avec zèle.
L'autour de ce» couplets mérite une place dans l'histoire
de la milice du Canada, à côté de tes courageux cillants.
^Tous savons qu'il mourut en 181t>. 11 parait avoir été le
petit-tils de Pierre Beaupré, maître- serrurier aux forges
Saint- Maurice, et, ce qui c*t plus curieux, litre ou cousin
d'Antoine Beaupré, des Trois-Jîivières, qui, se trouvant s\
Paris le 5 mare l"î'->, en plein sous le régime de la Terreur,
prononça un discours, dans un calé do la place du Louvre,
où il prenait Robespierre à parti et déclarait que le meilleur
gouvernement pour la Franco serait une bonne imitation du
— 239 —
système do la Grande-Bretagne. Louis XYI étant mort sur
l'écbafaud, Beaupré demandait la restauration du Dauphin
avec gouvernement constitutionnel. Il fut arrêté sur le
champ et conduit à la guillotine.
Benjamin Sclte
DE MONTRÉAL À QUEBEC
En 1827, un M. Pemberton, marchand, de Québec,paria un
fort montant qu'il se rendrait à pied, en plein hiver, de Mon-
tréal à Québec.
Pemberton partit de Montréal le 20 février dan* la mati-
née et arriva à cinq heures du soir à Berthier où il coucha.
Le lendemain à cinq heures il *e remit en route, prit son
déjeuner ;V la Iîivière-du-Loup, et à cinq heures et demie du
soir arriva aux Trois -Pi viè res. Uno tempête de neige avait
rendu la route très pénible.
Après s'être reposé troU heures, il se remit en marche et
arriva à Champlain à minuit. L'ignorance de son guide lui
avail lait faire tin détour d'une lieue.
Le 2H. il se remit de nouveau en raute ilsix heures, et mal-
gré les mauvais chemins il arriva aux Grandi nés à cinq heu-
res du soir.
A huit heures il s> remit en marche et arriva au Cap San-
té le lendemain A deux heure* du matin.
Il prit quelque hemes de repos et il huit heures il conti-
nua. Il arriva devant la cathédrale de Québec un peu avant
sept heures du soir.
Il avait les jambes enflées et les yeux en feu, et il était
tellement fatigué qu'il déclara qu'il ne ferait pas ce voyage
une deuxième fois pour cinq cents louis.
P. G. It.
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■
— 240 —
UN OUVRAGE DE FENELON
Un sait que le livre de Féneloir* lJes Maximes des Saint* '
l'ut condamné par l'Église. L'historien de Fénelon, le cardi-
nal de liausset, ne partageait pas l'opinion émiee par quelque*
écrivains que l'archevêque de Cambial avait donné a fa ca-
thédrale un ostensoir en or sur lequel la Religion était repré-
sentée loulant aux pied* un exemplaire de» JUajimes des
iSaints. Lorsque la première édition ue la Vie de Fénelon vit
le jour, le taint abbé de talonne, alors chapelain des Ursu-
linos ues Trois-Kmércs, adressa a une revue IraiicaUe qui,
elle aussi, avait mise en doute 1 anecdote de 1 ostensoir de Féue-
lou, la lettre suivante :
•Tiois-liivieres, Canada, -'juin 1820.
" Monsieur,
'•J'ai lu dans le numéro 574.T.X.X.il de votre précieux jour-
nal, l'article concernant 1 ostensoir uonué par M. de Fenelon
à ton église nictiopoiitauie. Je m estime lieuieux d être par-
venu à l'âge de soixante dix-huit an» pouriontribuur àéelai-
cir une uitticuite dont la souition est essentielle, scion moi, à
la mémoiie ou prélat dans un des événements de sa vie qui
lui lait le plusd honneur, savoir la s.ncciile de sa soumis-
sion a sa condamnation sur laquelle i autorité d un grand
prélat pourrait laisser des doute». Mon témoignage est isolé,
niais il me jsaïait devoir prévaloir sur tous les autres, mémo
sur celui des vingt-trois cites dans voire luiiiilc. Je laisse au
public d'en juger.
'• J ai été vicaire général, oflicial et chanoine de Cambrai
sous MM. de Choisetu, del- leur) et le prince Ferdinand ; j'ai
eu l honneur de porter cet ostensoir en procession ; mais co
qui est plus concluant, je l ai examiné avec calme et soin
et a loisir dans la sacristie ; je 1 ai considéré avec un œil d'au-
tant plus aUeniiïet plus critique que j'étais bien informé des
soupçons qu'on avait conçus bien légitimement sur le mande-
ment de M. de Fencion.
Digitized by Ç^§gle
"J'atteste que cet ostensoir d'or pur représentait la Religion»
portant dans une main le soleil élevé au-dessus de sa tête,
foulant aux pieds plusieurs livres parmi lesquels il y en avait
un sur la couver lure duquel et non sur le dos, on lisait en
toutes lettres : " Maximes, des Suints."'
"Quant a la véracité, je crains Dieu et je regarde mon tom-
bleau ouvert devant moi ; quant au défaut u une vieille mé-
moire, on ne l'alléguera pas, quand on eaura que je u ai ja-
mais lu Bos&uet, depuis longtemps une île mes lectures habi-
tuelles, sans me rappeler 1 ostensoir. M. ie cardinal de Jiaus-
set, pour qui j ai une prolonde veiiérauon, trouve que l'in-
tention que 1 on prête a réno.on » accorde mai avec la simpli-
cité de »un caractère. J avoue que jo ne puia compeudre
comment un monument d'humilité chrétienne peut discorder
avec la plus granue siinpiieiU; halmue.io. Je ne vois ici
que la réponse la plu» simple, la puis modeste, ia moins
équivoque et la plu» durabioqu un peut uouner a tous les rai-
sonnement» et a toute» le.-» assertion» contraires.
h au hé i»e Caj.onne
Maintenant directeur des L'rsuhne» do» Trois- Rivières.
MUR PLESSLS ET JOSEPH DE MALSTRE
Lors do son pas-ago à Turin, en 1«>11», Mgr l'iessis eut l'a-
vantage Ue rencontrer Jo.-eph ue Maistre, dont ia reputation
devait se répandre quelque» année» plu» tard.
L evêquo Ue Quebec et de Maistre uinèrent ensemble chez
le mavqui» u Azeglio. i^c phiio.-ophe chrétien venait de pu-
blier son livre : JJu l'ajjc. Mgr i'ie»»is lui exprima combien
il serait llatté d'eu recevoir un exemplaire do la main même
de 1 auteur, et celui-ci le lui apporta le soir à sou hôtellerie.
Ce livre, orné de la signature de l'auteur, se conserve pré-
cieusement dans la bibliothèque de 1 archevêché de Québec.
R.
— 242 —
REPONSES
Les première* famille* eau aille» ne*. (IV, X,
326.)— Il est absurde de prétendre que les compagnons de Car-
tier ou leurs descendants ont formé les premières familles
canadiennes. Les Malouins n'ont laissé aucune trace de leurs
visites au Canada. Kiuf que nous connaissons un peu leurs
allées et venues durant le demi siècle qui suivit la mort de
Jacques Cartier, de 1550 a 1500. Cn peu de traite do pel Icte-
rus avec les sauvais, doux ou trois navires se chargeant de
poûson chaque année, voilà tout. Jamais, de 1534 à, 1C08, il
n'y a eu d 'étal dit- sèment stable dans nos parafes. Les docu-
ments ne permettent pas de supposer à cette époque un com-
mencement de colonisation, fût-ce même le plus défectueux.
Les lettre-», narrations et rapports de Cbamplain. de 1008
a 1029, démontrent clairement : 1° que le Canada ne renfer-
mait aucun habitant de race blanche avant 100S ; 2° que
nulle colonisation n'avait pris racine ni lab-sé de représen-
tant direct, ni do métis sur les bords du Saint-Laurent : 3°
tous les hommes venus ici. de 1008 à 1032, n'y travaillaient
que temporairement au compte des compagnies de traite ;
4° à la prise de Québec par Kertk C1029) le pays ne renfer-
mait que trois familles (Hébert, Martin. Couîllard) ot un
petit nombre d'individus employés au commerce des fourru-
res, sur lequel une dizaine se marièrent après 1032 lorsqu il
arriva des jeunes tilles de France avec leurs familles.
Ceux dont nous ne pouvons suivre la trace après 1629
étaient repasts en France ou bi< n *csont mêlés aux sauvages
ce qui n'est mentionné pas personne, quoique, nous ayons
de nombreux écrits datant de cette époque même. Ils devaient
être douze ou quinze hommes tout au plus, et s'ils ont pro-
duit des métissages cela ne nous regarde pas puisque ces hom-
mes sont allés se perdre dans la forêt ot n'ont pu, en aucune
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façon, influencer par la suite les familles françaises venue»
toutes formées de France.
La recherche des Français qui ont mélisse" du temps de
Champluin est absolument impossible. lïeste la supposition r
cela ne vaut guère, surtout si l'on prend la peine de voir
comment Champlain conduisait les affaires de ses trente ou
quaraute hommes, car il en a eu rarement davantage. Lo
plus savant des historiens est incapable de mettre au jour
des révélations susceptibles de donner de la consistance à ces
efforts d imagination.
A partir de 1(»(I8, toutes nos familles ont leur lignée par-
faitement établie. C'est Nicolas Marsolet qui ouvre la liste,
et encore ne se maria t-il qu'en lbo6. Kn lnjy il n'y avait
que trois femmes mariées lorsque le* Anglais s'emparèrent
du petit poste de (Québec qui composait toute la colonie fran-
çaise. Lorsque les Français reprirent possession en Iiî32, il y
avait les seuls ménages .Martin, Couillardet Hubout. Quatre-
vingt-dix ans après Cartier, nous n'avions que trois familles
vivant de la traite et pas un seul cultivateur.
Les ignorants parlent de déserteurs de navires, de condam-
nés en cours de justice, de vauriens,d'aventuriers, de gens de
sac et de corde, qui auraient composé la première popula-
tion de la colonie. A quoi bon leur répondre ?
Mais ici faisons un reproche aux journalistes canadiens,
français : ce sont eux qui maintiennent aujourd'hui cette lé-
gende des métissages, des criminels, des vagabonds, des ré-
fractairos, prétendue source première de notre population.
Oui ! nos journalistes s'appliquent, sans se comprendre eux-
mêmes, à l'aire comprendre aux autres que les premiers Cana-
diens étaient des misérables, des vauriens, des expulsés de
France. Le journalisme, au Canada, est absolument livré il
la politique et n'a pas d'autre étude. Si nous examinons au
hasard une année de ces journaux, nous y trouvons une fois
par semaine, e'est-à dire cinquante fois durant l'année, des
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phrases comme celle ci ; " Nous, les descendants des compa-
gnons de Jacques Cartier. " Pouvez-vous noue désigner un
seul des compagnons deCarlicr qui soit resté au Canada plus
<i'une année et qui nous ait laissé des descendants ?
" Fils de la Bretagne et de la Normandie, les Canadiens-
Français chérissent toujours la France. " Remarquez bien
que, de 1632 à 1700. il n'est pas venu ici cent individus de
famille bretonne. Nos journalistes dirent ;i Bretagne " parce
qu'ils sont hantés par cette croyance que Cartier a colonisé
le Cannda. Los premières familles bretonnes eont arrivées
sur le Saint-Laurent un siècle et demi après Cartier.
u Les pionniers de notre pays furent Boberval, Cai'tior, le
marquis de La Boche, Chauvin, etc." îl faudrait dire décou-
v reurs ou entrepreneurs <le traite,afin de ne pas tromper ceux
qui prennent avec raison le mot pionnier comme synonyme
de colon.
Entrepreneurs de traite étaient Cartier. Boberval. Chau-
vin et d'autres, môme Champlain, bien qu'il désirât toujours
fonder une eolonio stable mais il en fut empêché par la com-
pagnie dont il éta;t l'employé.
La foi chrétienne a été implantée sur les bords du Saint-
Laurent par Cartier, Boberval Champluin." Oui. Cham-
plain, mais pas Cartier ni Boberval ! Ne répétez donc plus
cette fausseté, ce mensonge qui tend à nous infliger un dés*
h mneur.
Le résultat de ers maladresses d'oxpress:on. si fréquentes
•dans la jircssc de la province de Québec, est de porter les
Européens, les Américains, le* Anglais qui nous entourent à
croire que nos origines sont impures.
Etant donné, le fait incontestable que le baron de Léry,
Cartier. Boberval, le marquis de La Boche projetèrent, a
tour de rôle, de fixer ici des hommes tirés des prisons du
royaume, il est tout naturel que. en lisant dans nos journaux
des déclarations de parenté comme celle-ci. les étrangers on
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— 245 —
déduisent une conclusion brutalement logique et terriblement
à notre désavantage.
Xous avons eu pluvu urs fois occasion de déplorer cet état
de choses. Quel plaUir prenons noua donc à dire que nos an-
cêtns n'étaient que de la lie du peuple ? Pourquoi cherchons-
nous à noircir cette po:gnéo d'honnêtes gens qui nous ont
ouvert le Canada ?
Benjamin Stlte
Sntan const ntrtettr <Vé<jli*es. (TV.XT.ri-i;?.') — L'es-
prit légendaire a toujours orné <!c son pinceau naïf et reli-
gieux les origines de nos paroisses et surtout la construction
do nos temples.
Il y a dans cos récits dos aïeux un témoipnatrede leur pié-
té et do leur foi.
Comme ils attendaient de Dieu tout secours et toute béné-
diction, ils admettaient facilement de« chose* prodigieuses ;
et ils les racontaient, ensuite aux enfants, aux petits -fils. Tins
t ard, quand l'Aire avait fait, blanchir les cheveux, le vieil ha-
bitant, pendant les longues so'récs d'hiver, redisait les récits
du pa*sé. avec des variantes qui prenaient tout de suite l'ap-
parence de la vérité.
("est ainsi que la légende du diab'e traînant le* pierres
pour la fondation des églises a été répandue en plusieurs en-
droits.
M. Chatnbon, curé du Sault -au-Tîécollet. m 'at on raconté,
dans la difficulté où il était de trouver dis mains dVeuvre
força le diable au travail sous la forme d'un cheval blanc
qu'il brida avec la plus grande dextérité.
Il avait eu tr<q> de peine ;V lui imp. s r cette tâche pour no
pas en profiter le plus longtemps poss'ble. Aussi il recom-
mandait chaque jour aux travailleurs de ne pas être effrayés
des accès de rage, des furieuses ruades, quand les naseaux
en feu et l'écume ruisselant sur tout son corps, il traînerait
loi plus énormes pierres comme de légers copeaux.
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Mais surtout prenez bien garde do ne jamais lui ôter la
bride ; toile était l'injonction du bon euro, dit la légende.
Or un malade requit un jour ios service* du pasteur ; il
lui fallut s'absenter. O juur néfaste ! le cheval endiablé ve-
nait de taire son plus beau tour de force.
II avait roulé la plus grosse pierre du chantier et l'avait
reudue à sa place ; les inavons n'avaient plus qu'à la cimen-
ter juste au point principal.
Oh ! les vieux se le rappellent !
Mais imaginez qu'un imbécile, pris de je ne sais quelle
compassion pour ce cheval haletant, épuisé, écumuntsous un
soleil de feu, ne perdit pas de temps, arracha la bride...— Vi-
sion 1 — Disparu ! — Plus de cheval blanc ! — Au moins la grosso
pierre était en place. Chose étonnante ! jamais depuis elle n'a
pu Être fixée.
On a essayé mortier d'automne, d'hiver, de printemps,
ciment de toute espèce elle est restée mobile jusqu'à nos
jours. Allez voir.
Ainsi parlent encore les bons vieux.
Ils ajoutent même que le curé Chambon, aussi habile ar-
tiste que bon prêtre, afin de perpétuer le souvenir de ce pro-
dige, peignit très bien le fameux chew.l blanc avec sos pro-
digieuses allures, et que le tableau a toujours été conservé
avec le plus grand soin.
Je connaissais le récit, mais je ne me doutais pas qu'il fût
répandu au loin avec le caractère du sérieux, quand un jour
m'arriva un bon nombre do touristes, voyageurs do Xe\v-
York.
Après avoir fait plusieurs fois le tour de l'église, et avoir
examiné minutieusement les murs, etc., un d'eux s'approcha
de moi et dit qu'étant de passage à Montréal, pendant la
chaude saison, il avaient voulu profiter de l'occasion (ne
uuttk it a pond) pour venir examiner la pierre de fondation
qui n'avait jamais pu être affermie (textuel) ; et, comme je
— 247 —
répondais, en souriant, qu'elle n'existait pas, il me supplia
de montrer au moins le tableau du fameux choval blanc aus-
si conservé en la sacristio.
J'eus réellement de la peine à. convaincre ces personnes
qu'il n'y avait h\ qu'une légende basée sur aucun fait plausi-
ble, et j'avouo que jo demeurai foil surpris devoir nos légen-
des rendues si loin, si accréditées, me promettant de raconter
le fait un do ces jours.
L'abbé Chs-P. Bkai hiex
Ta* bureau <lc poste tie Ouéhvv. (V. IV. 607.)—
L'historique du bureau de poste de Québec publié dans le
Bulletin do mai dernier contient quelques inexactitudes que
je me permets de signaler et que l'on aurait pu facilement
éviter en consultant Y Histoire du palais t.pis<'opal de
Qnéher (1).
1° Mademoiselle de Lanaudièro n'était pas propriétaire
do la maison ofi se tenait la poste. Cette maison appartenait
au docteur James Harkness. ministre de l'église protestante
xle Saint-André.
2° Le jiiite se composait de deux maisons dont tous les
propriétaires et tous les locataires sont nommés dans l'ouvra-
ge ci -dessus cite* : la petite rue du Parloir était tout simple-
ment l'allée devant lYvéché actuel. Il est inexact dédira
qi»e Montrai m passait ses soirées l.\ en compagnie d«> made-
moiselle de Lanaudière. II aurait fallu dire qu'il fréquen-
tait 1rs salons de luadmne de Lanaudière. néo Louise Gene-
viève Heschamps de Hoishéhcrt. I! écrivait, en 1757, au
chevalier de Lévis : " Nous avons deux bonnes maisons:
l'hôt«d l'éan et Mme do Lanaudière " L'année suivante :
u Je suis attaché sans réserve a toute la rue, et Marin a dû
s'en apercevoir."
(i) rages ii2, 114, 121, 122, 127, 128, 129.
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— 248 —
Monsieur et Mme de Lanaudière occupaient dans la rue
du Parloir la maison la pais rapprochée de la Côte de la
Montagne ; l'autre maison, voisine du séminaire.était la pro-
priété de M. de la Margue de Marin, marié à Charlotte
Fleury de la (iorgendière ; et la sœur de cette dernière,
Mme veuve Thomas- Jacques Tnschereau, la bisaïeule du ear-
dinai, demeurait chez M. de Marin. Madame Péan avait son
hôtel vue du Parloir près des l'rsulines. 11 no faut pas con*
fondre ces deux rues qui portaient le môme nom.
3° Dans l'article que je t>uis à étudier, il semble que ma-
demoiselle de Lanaudière propriétaire d'une maison en 1 81 1
est la même demoiselle dont Montcalm aimait tant la so-
ciété on 1757. 11 faut croire alun» qu'elle aurait vécu bien
longtemps ! Le mieux aurait été de n'en point parler du
tout, ni pour 1757 ni pour 1841, car clio n'avait rien à faire
dans cette galère.
Pour amer a cette histoire du Bureau de poste, quo je ne
prétends pas rendre complète, j'ajouterai les détails sui-
vants. Avant 17!»'J, la poste fut tenue pendant quelque temps
dans la maison en face du Cliim >ÏOr, Car le 23 lévrier de
cette anuéeje trouve que (iabricl Taschereau, le grand-père
du cardinal, " a l'ait bail à loyer et prix d'argent au sieur
John Smith, aubergiste, de la partie de la maison apparte-
nante au dit sieur bailleur, servant >:idfrant d'onice de la
2>o.ïte, située en cette ville entre les rues Buade et dos .Rem-
parts, consistant en un appartement dans le bas de l'angle
de la dite mainon, etc."
Je trouve ensuite la poste installée — mais je ne sais exac-
tement durant combien d'années — dans la maison Moriu qui
se trouverait aujourd'hui au sommet de la Côte de la Monta-
gne et sur la rue Port Dauphin, en face de l'entrée du nou-
veau paix- Frontenac (1).
(i) Histoire du palais t'piuo**! Cette maison est indiquée sur un très
beau plan de t^ueoec lait par l'arpenteur Duberger et qui urne le vestibule
till palais episcopal.
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— 249_
Le 29 mars 1821,madame J.-B. Morin loue à AlfVed Haw-
kins " une maison, hangar et cour près des jardins du sé-
minaire, ci-devant occupée par les offices de la poste." (1)
Je trouve dans mes notes que de 1822 à 1826, la poste
était dans le Freemason's Hall. De 1834 à 1841, ce bureau
se trouvait, comme on l'a vu, dans la maieon do la rue du
Parloir la plus rapprochée du séminaire.
Notre bureau de poBte actuel,dont la façade ne manque pas
de earactère.demanderait à grands cris— s'il pouvait crier-
la démolition de l'abominable pâté de maisons qui se trouve
entre la rue Buade et la rue Port-Dauphin. Cette dernière a
tout juste la largeur d'une allée ou d'un corridor, et c'est là
l'une des principales entrées dans la ville de Québec ! Quand
donc va-t on se décider à raser ces masures dont on deman-
dait déjà la ruine en 1834 et qui font encore l'étonnement
des étrangers et la honte des citoyens ? Leur disparition
dégagerait le buivau<1e poste, le palais épiscopd et lu Cha-
teau Frontenac, et élargirait la rue Du Fort dont on n'a
attaqué que l'une des extrémités, l'autre bout étant impre-
nable, je suppose. L'effet n'en est pas moins désastreux.
Quelle belle place l'on aurait pour une fontaine surmontée
d'une statue, entre l'évêehé, le bureau de posto et le joli
parc Frontenac ! Xe perdons pas espérance et crions : deltn-
da est Carthago. JL T.
La "Sainte Anne» de Lebrun. (IV.XII, 552.)—
A onjse ans. Charles Lebrun étonnait ses maîtres par la pré-
cision de ses dessins, et. à quinze ans, ses ouvrages faisaient
la surprise des princes de l'époque. Protégé tour ft, tour par
Fouquet et Colbert, il arriva à Louis XIV. Ce prince le fit
loger à Fontainebleau et chaque jour il allait paw-er une
heure avec lui. Le monarque ravi de ses travaux le nomma,
en 1662, directeur de tous les travaux qui tiennent aux arts
(i) Grefle d' Archibald Campbell.
t
— 250 —
du dessin, et lui accorda une pension de douzo milles livra.
A dater de ce jour,peintre et orfèvre, sculpteur et marhrior,
dessinateur et ébéniste comme graveur, tout obéit à Lebrun.
Son génie ne fut pas au-dessous de mi rude tâche. Lebrun pei-
gnit jusqu'à sa mort,arrivée le 12 février KJUU. Il reproduirait
volontiors sur ses toiles les œuvrai de Jiaphuél. de Ituben».
de Murilloetd'Annibal Carrache. La Sainte-Famille est une
imitation do la Vierge au fleuve de ce dernier peintre, avec
l'addition toutefois d'un certain nombre de personnages, de
sainte Anne entre autre*, sur laquelle il a voulu attirer l'at-
tention.
Pour la composition de son tableau de Sainte-Anne, pré-
senté à l'église do Saint-Anne de Beaupré par le marquis de
Tracy, en lb'tJG.il s'est inspiré de Rubens, pour la partie infé-
rieure, ot de Murillo, pour la partio supérieure. C'est te qui
explique la grande ressemblante entre cette toile et celle du
maître flamand. Nous avons aussi en main une photographie
d'un autre tableau peint pour l'Hôtel -Dieu de Baugé, France,
où sainte Anne est représentée dans la mémo altitude de
noblesse et de grandeur.
K. P. (illtARI»
Leju-ffc Bédai'd. (V.VIL b'38.)— Le juge llédard fut.
pour de» raisons de ban té. forcé de se soustraire à ses fonc-
tions déjuge à partir du mois de mar» 1827 jusqu'au moi»
de janvier 1828. Les juge» l'niaeke et Fletcher le remplacè-
rent. 11 courut à Saratoga, où, n'éprouvant pas de roieuxT
il ne ni pas un long séjour. Il passa l'été de 1*27 à Kamou-
raskà, re&tant ainsi pendant dix mois absent, bien que son
congé no lût que de trois semaines. Sou traitement lui fut
payé régulièrement.
En janvier 18211, le juge fiédard, voyant que sa maladie
s'aggravait, résolut de démander uno pension de retraite, ot
la chambre la lui accorda après avoir fait une enquête sur
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— 251 —
l'état de santé du pétitionnaire. Ses deux fils, EIzéar, alors
avocat à Québec, et Isidore, étudiant en droit, furent appelés
à rendre témoignage.
La santé de mon père, dit le premier,a été généralement
mauvaise, pendant les deux dernières années ; elle est deve-
nue pire, par l'assiduité et le travail inhérents à sa charge ; il
paraissait tri -s aflbgé des difficultés qui ont eu lieu lorsqu'il
lui fallut obtenir un congé d':ibscnce, et lors de la révoca-
tion et du renouvellement de sa commission."
" La Siinté de mon père, dit Isidore, a été généralement
mauvaise. Les médecins ont dit qu'il souffrait de dyspepsie.
11 a eu une enflure aux jambes, depuis plus de d<x ans. Cette
enflure se renouvelait le printenif s et l'été, depuis qu'il avait
été emprisonné à Québec, en 1810 et 1811.
En 1829. le juge Bédard avait atteint ses soixante sept ans.
C'était un vieillard,usé par le travail et les chagrin-* de toute
nature. La fin ne pouvait être éloignée. Nous alor> laisser à
la Minerve le s<>in de nous raconter ses dernière moments.
' Le dernier jour du petit terme d'avril dernier (1829), il
endura du froid en se rendant à la cour : il ne crut pas ce
froid dangereux : cependant le mal fit de grand progrès en
peu de jours, et sembla ensuite s'apaiser. Il sortit tous les
jours de la semaine qui précéda le dimanche du 26 avril der-
nier. Le samedi, 25, il sortit en voiture dans l'après-midi.
" Le dimanche matin, 2t> avril, il se sentit très mal, mais
il ne voulut passe mettre au lit.ll pa«sa la journéo assis »ur son
sofa, se promenant de temps en temps dans sa chambre, chose
qu'il fuyait lorsqu'il était en santé. Il prit son diner à l'heure
ordinaire.
" A cinq heures et trois quart il fit un tour dans la cham-
bre sam vouloir permettre & personne de le supporter; il re-
garda a la fenêtre et vint s'asseoir sur le sofa.
" A six heures il voulut se lever pour marcher encore ;
uigiiizec
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on le pria de rester assis, il y consentit : il reposa sa tête su*
le bras du sofa, ferma les yeux, et ne les ouvrit plu»."
Pierre Bédard fut inhumé dans l'église paroissiale de Trois-
Rivières, où il repose encore aujourd'hui.
N.-K. Dionnc
Jm fam ille Kimber. (V, V, n'15.)-r-Le Jckimbert de
1753 mentionné parTanguay (IV*. Ml) se nommait Kimber
et venait d'Allemagne. 11 était jardinier. Thomas et Joseph
ses fils étaient dans la milice de la ville de Québec l'hiver de
1775-76. Thomas fut ordonné prêtre en 1781 ; il était curé
d'Yamachicheen I797,puisaux T rois-Rivières deux ansaprès.
René, son frère, était marchand aux Trois- Rivières, de 17S*9
à 1828 ; il y fut inspecteur du feu, président dos cyndics de
la Commune, marguiller, juge de paix.
Joseph-René, tils de ce dernier, né à Quebec en 1786\était
médecin aux Trois-Rivièreseu 1807. En 1832 ou le voit can-
didat de la ville des Trois- Rivières à lu deputation parlomcn-
tuiro. Durant les troubles de 1837, il se sépara de M. Papi-
ueau ei contribua plus que tout autre homme à empêcher
le soulèvement du district des Trois-Rivières. Son frère, Oli-
vier Kimber, était avec Nelson et l'on trouve son nom sur le
papier-monnaie de la distillerie de .Saint Denis qui circulait
parmi les patriotes.
Le tils du docteur René fut huissier de la Verge Noire,
charge qui a passé à sou tils actuellement en fonction.
Benjamin Silte
LesprotonotaiveH apostolique canadienu. (V.
IV, 601.) — A ajouter à la liste déjà publiée parles Recherches
Historiques : Mgr Ed.-Ig. Heenan, Hamilton, Ontario ; Mgr
Pierre Heney, Manchester, K. U. ; Mgr D.-S. Ramsay, Ma-
gog-
P. G. R.
— 253 —
Joseph Pfiplnentt en 177.9. (V. VI, 618.)—" Un
officier canadien, M. Joseph Lamothe, avait apporté en Ca-
nada des dépêches do Ion! Hmvo (Sir AVilliam Homm, com-
mandant anglais à New- York» 1775) au général Carie ton \
elles étaient a Jressées au séminaire de Montréal. M. Papineau,
alors jeune homme, se joignit à M. Lamothe pour les porter
à Québec. Munis du cou lettres, qu'ils avaient cachée» dans
des batons creux, ils se mirent en chemin par la rive droite du
fleuve, évitant les troupes révolutionnaires et les canadiens
qui avaient embrassé leur parti, et marchant de presbytère
en presbytère. Ils parvinrent heureusement à Québec, et
après avoir délivré leurs dépêch .s, ils entrèrent dans la com-
pagnie du capitaine Mareoux, eu qualité de volontaires, et
servirent jusqu'à la levée du siège. — " ((ïarnoau, III, 81.)
Sanguinet, dans son journal de l'invasion du 1775, note, au,
commencement de lévrier 1770, que " les sieurs Lamulte et
Papineau partirent de Montréal pour Québec, où ils arrivè-
rent heureusement. Le même annaliste ajoute plus loin :
Pans le moi-* de mars 177b', les sieurs Lamothe et Papineau
partirent de Montréal et se rendirent heureusement dans la
ville de Québec, et informèrent le général Guy Carleton de
tout ce qui se passait dans cette partio et de la triste situa-
tion des Bastonnais." M. L. O. David, dans ses Biographies
et Portraits, page 5, rapporte le fait comme suit : " On était
en hiver... M. Lamothe, grand-père de notre estimé concito-
yen, M. Lamothe, et M. Joseph Papineau, alors âgé de vingt-
cinq ans... Le 11 mars, trois semaines après leur départ, ils
étaient en face de Québec, sur les hauteurs de Lévis. Mais
leurs épreuves n'étaient pas tintes... Il fallait traverser le
fleuve et lea lignes ennemies. Ils eurent recours à un curieux
stratagème pour échapper plus facilement à l'observation :
ils s'entourèrent la tête avec des mouchoirs blancs et mirent
leurs chemises par dessus leurs vêtements. Arrangés de cette
façon, ils s'élancèrent sur le fleuve, au milieu des bancs de
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I
4
— 254 —
neige et de glace accumulé*, marchant presque toujours sur
les mains et les pieds, profitant de loue les accidenta que la
glace refoulée leur offrait, et arrivèrent sains et saufs à la
cidatelle. avec les dépêches. Cet acte do courage fit sensation.
Le 8 juin 1770. L<s Améncains. rctiaitantde Québec, font
battus aux Tro's Tîivièrcs. T>e Tx>rimier. dans non Mémoire,
dit : "Nous n eûmes les nouvelles par le capitaine Lamothe
et M. Papineau, qui avaient laif-sé l'armée en outre des
Trois -Kivières. après avoir battu les Américains. Assurés de
la vérité, nous décidâmes à marcher your Lachine pour atta-
quer l'ennemi... Lamothe et Papineau auraient donc quitté
Québec avec l'armée anglaise qui suivait la trace de l'armée
américaine en retraite, et, après la bataille du 8 juin, se se-
raient détachés pour se rendre aux environs de Montréal. En
1777, de Loriinier note que le capitaine Lamothe était sous
ses ordres vers le lac Champlain. L*»s familles Papineau et
Lamothe datent deplusde deux fièc'csdnns le pays." CSulto)
Lorsque, dans l'été de 1838, Joseph Papineau, âgé do 88
ans, vint à Saratoga — pénible voyage — fa'ref-es adieux à sen
fils partant pour l'eN il. j'eus de longues conversations avec
ce vénérable ancêtre, sur cette expédition de 1775 comme sur
toute cette longue lutte parlementaire pour la revendication
de nos droits politiques, si méconnus de 1763 à nos
jours. Et il versait des larmes en disant : 'C'en est fini des
Canadiens ; ils seront encore plu* maltraités, que par le pas-
sé." Hélas, il ne vécut pas pour voir le triomphe du gouver-
nement responsable ; il mourut en 1841; on peut dire de cha-
grin.
Louis J.-A Papineau
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QUESTIONS
1*42. — II y a une quarantaine d'année* un certain million-
naire était venu à Québec et avait cru devoir par pat- se-temps
probablement faire inviter tous les enfant» des families de
la haute-ville à une fête sans pareille et sans précédent enco-
re à cette époque. Ces enfants furent conduits dans une
grande *alle d'une institution publique probablement, où on
Jes mit sur les lits et sur les tables tant ils étaient en grand
nombre, leur distribuant force bonbons et gâteaux et empli-
ssait leurs poches. Avant leur départ,chacun des enfants reçut
an habillement complet des mains du millionnaire et de ses
amis y compris une petite casquette écos^aine (Scotch cap)
Bi peu portée à cette époque.
Ce millionnaire était-il l'un des Rothehilds ? A quelle époque
cette fête eut elle lieu et dans quel éta hibernent de lu haute
ville de Québec ? \'s Anciex.
643. — Pouvez-vous me donner la liste complète de ceux
qu'on apjiello communément les " pères de la Confédéra-
tion'? X V. Z.
tJ44. — M. le marquis de Gallifet, actuellement ministre de
la guerre en France, n'est -il pas le descendant de Louis- Fran-
çois de Galifet. seigneur de Cattin,qui commandait aux Trois-
Kivière en 1090 et 161)1 ? M. de Galifet. si je ne me trompe,
retourna en France vers 1700. T. ]{.
645. — En quelle année et s jus quel titre l'abbé l'igeon a-
t-il publié son édition canadienne des drames de Jferquin à
l'usage des enfants ? liim.to.
— On dit que la veuve du marquis de Puisiyo,général
en chef de l'armée royaliste de Bretagne pendant la révolu-
tion française, tint pendant quelque temps un petit maga-
sin à Québec. Peut-on me donner quelques renseignements
sur le séjour de cette grande dame dans la vieille capitale ?
X. X. X.
— 256 —
647.— Dans son voyage au Canada (1749) Kalin dit:
u Les Jouîtes qui vivent ici sont tous venus de France ; plu-
sieurs y retournent après un séjour de quelques années.
Quelques uns (dont cinq ou six vivent encore) qui sont nés
au Canada, s'en allèrent en Franco et furent reçus là dans
l'ordre ; mais uucun d'eux n'est revenu en Canada. Je ne
sais quelle rai.son politique les en a empêchés."
Qu'y a t-il de vrai là dedans ?
Pouvez- vous me donner les noms des Canadiens qui sont
entrés dans la compagnie de Jésus, jusqu'à la mort du P.
Cazot ? Ver
64S.— En KÏ84, Mgr de Laval chargea un Récollet de
prêcher le carême à la cathédrale de Québec. Le prédica-
teur hasarda des propositions répréhensible», qui étaient une
censure des principes et de la conduite du clergé. Les grands
vicaires lui en rirent des reproches, mai* ne purent l'enga-
ger à se rétracter. Son supérieur, à qui on en fit des plain-
tes, ne fut pas plus heureux ; mais pour réparer le scandale,
il monta lui-même en chaire le dimanche suivant, et expli-
qua ces propositions d'une manière satisfaisante. Il ne vou-
lut pas que ce religieux prêcha*., et il acheva do remplir la
station. 11 le renvoya même en France, mais ce ne fut pas
sans peine. Le gouverneur et l'intendant voulaient le
retenir ; il leur dit résolument : " Il restera puisque vous
le voulez, mais il restera seul, nous nous en irons tous." On
le laissa partir. Mentionne t-on quelque part le nom de ce
religieux qui donna tant de trouble à son supérieur ?
Lkx.
tî49. — Quelle est l'origine du nom de l'Anse des Mères,près
de Québec ? Cet endroit portait déjà ce nom du temps des
Français puisque, dans une lettre en date du 5 septembre
1859, je le trouve nommé ainsi.
Marin
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BULLETIN
PES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 5 SEPTEMBRE 18!»i) No. 9
SAINT-LAURENT DE L'ILE D'ORLEANS *
Lu paroisse de Saint -Laurent l'ut d'abord étirée sous le
voiable de Suint- Paul, mais <n 1698, -ur la demande du sei-
gneur de l'île, on lui substitua celui de Saint Laure nt.
La pi entière t'élise a été corn-truite vers 1675, et n'a servi
au culte qu'une vingtaine damnes. Elle était placée, parait-
il, à l'endroit appelé l'Arbre sec.
Ou ne connaît point la date précise de lu construction de
la deuxième <*uli>e, démolie il y a plus de trente ans. Tout
ce que l'on sait, c'est qu'elle existait en 1697. Elle fut allon-
gée de 21 pieds en 1702, cous le règne du H. I'. Poneelet,
alors curé de Suint- Laurent. Su longueur était tie 75 pieds,et
sa largeur de 21 pied>.
La troisième église, ou l'églis! actuelle, a été construite en
1860. KHe lut li mte et inaugurée d:iiw l'automne de 1861.
Sa longeur est de 113 pieds, et s;i largeur de 3'< pieds.
Missionnaire» et cuits do Suint- Laurent : .T. Ba-set, 1079-
16SI) ; F. Lumy, 1080-16*3 ; p. de Fr..nebevilb-, 1683-1689 ;
J.-H. Tremblav, 1639-1092 ; G. -T. Krborv, 1092-1693 ; A.
Dauric, 1693 16î)6 ; B. Flécourt. 1096 1700 ; F. Poncelot,
1700-1712 ; Y. LeRu he, 1712-172»: P.-.T. Chr.rdon. 1729-
1731 ; F. Martel, 1731-1764 : .l.-N. Martel, 1764-1767 ; L.-
M. de Kerberis, 1767 176» ; .l.-B. de la Brossa. 1769-1770 ;
C. de Lotbinière, 1770 1772 : Mgr L.-P. M. d'Esglv, 1772-
1774 ; P.-J. Compain, 1774 1775 ; A. Pinet, 1775-1777 , C-
J. Duchetnuux, 1777-1778 : P. lluot, 1778-1781 ; L-B.-G.
Durouvrav, 1781-1783 ; A. Ilamel, 1787 1786 : O. Duchou-
quet, 1786-1787 ; .l.-B. (ration, 1787-1788 . A. Pinet, 1788 ;
J.-L. Du.ondu, 1788-1791 . K. Burke. 179I-17»4 ; .1. Bosson-
neau, 1794 17»8 ; P.-B. de Borniol, 17»8-1818 ; J.-M. Fortin,
1818-1822 ; F.-G. LvCourto s, 1822 1827 ; L.Gingras, 1827-
1829 ; C. Ganvreau, 1829*1833 ; J. N. Naud, 1833 1859 : K.
Bonneau, 185»-18t>5 ; M. Forgoes, 1865-1882 ; W. Biais,
/•uré actuel. L'abbé David Gossklik
— 2G0 —
L'HERMITE DES TROIS-PISTOLES
* -
Sur les borlsde la rivière d< s Tnis Pisto'es qui sejct'e
dans le flouve Saint Laimnt à une quarantaine de lieues au-
dessous de Québec, s'était établi, vers lanni'e 171"), un in<on-
nu qui minait la vie d un ermilc et qui se Inic&iii désigner
sous le nom de Père Dupont. Il s'était construit lui-même
une espèce d'ermitage dans la forêt, à une lieue de toute ha-
bitation, et y vivait, paraît-il, dans la pratique de l'oraison
et des au«térit< s monastiques.
Son vêtement grossier et même pauvre avait la forme de
celui d'un anachorète, dont «a figure aus'.ère et recueillie, la
modestie de son maintien et la gravité de ses discours rapjHî-
laient le souve nir. Son langage correct et le ton de sa con-
versation révélaient un homme instruit et formé aux étude»
classique*. Les heures qu'il ne consacrait pus à ses pratiques*
de dévotions et u ses lecture-, il les employait au travail de»
mains,à l'entretien do sa cellule, ou de ses vêtements.à la cou-
pe du bois dont il avait besoin pour se chaurîer,ct qu i! traî-
nait lui-même autour de son ermitage. Les visiteurs que le ha-
gard ou la curiosité conduisait dans sa retraite le trouvaient
souvent plongé dans la lecture ou les rêveries, soit dans sa
chaumière, soit au penchant du ravin au fond duquel coule
la rivière.
A la tombée de la nuit, ou dans la chaleur du midi,quand
le travail est trop pénible, on entendait un chant religieux
et monotone comme une psalmodie, s'élever de sa cellule ou-
des profondeurs du bois voisin.
A certains jours, on voyait cet étrange personnage, un
bâton à la main, sortir de la forêt, descendre a travers le*
champs cultivés, et venir frapper à la porte des habitations
prochaines, où il était accueilli avec un mélange de respect
et de curiosité. On lui fournissait volontiers le pain et les-
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légumes qui comj. osaient toute sa nourriture ; l'eau de 1»
rivière était son e-eul breuvage.
Quand il reiuontiaït quelque passant, il se prosternait de-
vant lui jusqu'à terre, lu» baisait les pieds avec humilité, en
prononçant quelques sentences des Kcritures, ou quelques
mots d exhortation sur U-s vérités éU'ruelles. Aux interne
galions qu'on lui faisait sur ton pays, son origine, ses anté-
cédents, les emplois qu'il avait occupés dan» le monde, il ré-
pondait par des paroles évasivos. Son air et ses manières
ecclésiastiques le faisaient prendre pour un prêtre déguisé,
quoiqu il s'en défendit avec du grandes protestations. Les
uns, admirant su vie pénitente, le prenaient pour un saint,
quoiqu'il ne fréquentât jamais l'église, ni les sacrements ; les
autros le regardaient comme un aventurier ou un de ces
faux mystiques dont les lectures ascétiques mal dirigées
avaient troublé le cerveau.
Un jour, on vit monter une épaisse fumée à la cime des
arbres qui bordaient la rivière et bientôt on apprit que l'er-
mitage du solitairo avait été la proie des flammes. Quelques-
uns soupçonnèrent que cet incendie n'était pas reflet du ha-
•ard, mais d'une volonté préconçue. Quoi qu'il en soit, cet
accident mit fin à la vio érémétique du Père Dupont,qui dis-
parut de la paroisse des Trois-Pistoles pour n'y plus reve-
nir.
Quelques vagues traditions rolatives à ce singulier person-
nage, se sont conservées jusqu'à ce jour dans les campagnes
environnantes.
On apprit, quelque temps après son départ, qu'il était ru-
tourné à Québec, où il avait séjourné avant de venir bc fixer
aux Trois-Pietoles.
Il était arrivé d'Europe au printemps de 1714, et s'était
fait remarquer tout d'abord par la singularité de ses allu-
res. Il passait pour avoir du bien, vivant dans le meilleur
hôtel de la ville ; il étudiait los mœurs, les coutumes, et les
— 262 —
ressources du pays où il avait 1 intention,<lisait-il, do fonder
un monastère. 8on éducation, sa vie régulière, ses tendan-
ces religieuses et ses idées de bienfaicanee lui avaient acquis
une certaine popularité. Plusieurs citoyens même étaient
venus solliciter la Supérieure de IHôtel-Dieu de faire con-
naissance avec lui, dans l'espérance que cette attent;on pour-
rait lui suggérer la pensée de ftiire quelques dons aux pau-
vres de l'Hôpital ; mais la Supérieure avait toujours décliné
ces avances. On avait tenté, mais inutilement, d'obtenir
quelques renseignements sur la condition de eo étranger.
C'était à la suite de ce premier séjour à Québec, qui avait
mis en éveil la curiosité publique, que le Père Dupont était
allé se faire ermite dans les bois.
A son retour à Québec, après l'incendie de non ermitage,
les esprit* étaient préparés a lui faire accueil ; car la répu-
tation des austérités auxquelles il s'était livré.s'y était répan-
due et avait redoublé l'intérêt qui s'était attaché à eo mys-
térieux personnage. Il fut introduit avec empressement et
fêté dans plusieurs familles ; mais ni les politesses, ni les
amitiés qu'il reçut, ne purent le décider à lever le voile de
réserve dont il s'enveloppait.
Ce ne fut que deux ans après son arrivée qu'on parvint à
connaître pou histoire. C'était un moine bénédictin, prêtre,
qui se nommait Dom Georges- François Poulet et qui s'était
enfui de son couvent. Son supérieur, ayant appris qu'il
s était réfugié au Canada, avait écrit au gouverneur, le mar-
quis de Vaudreuil, pour lui recommander ce religieux, dont
les égarements, disait il, provenaient plutôt d'un travers de
jugement que de la perversité de cœur. Dans un voyage que
ce moine avait fait en Hollande, il «'était lié d'amitié avec le
célèbre Père Quesnel, qui vivait alors en exil à Amsterdam.
Dom (îeorges, avait embrassé avec ardeur les doctrines jan-
sénistes de cet oratorien, et s'en était fait l'aveugle partisan.
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De retour en France il avait entendu dire qu'on voulait le
renfermer dans t?on couvent et il s'était enfui.
C'est alors que, déguit.é en séculier, il était traversé au
Canada. Dès que ce» détail» furent connus à Québec, les
autorité civile-» et religieuses ne voulurent plus permettre à
Dora Georges de paraître en habit laïque. L'intendant Bégon
lui fit faire, tant bien que mal, un coutume de bénédictin
dont 0:1 ne connai?*ait gu^rc la forme au Canada. et l'obligea
de le porter, en attendant qu'on le renvoyât en France à
l'automne suivant. Mais au moment du départ de la flotte
en 1717, il parvint à se dérober aux recherche*, de sOrte qu'il
fallut attendre à une autre année.
Dans 1 intoîvalle, il tomba malade do la fièvre pourprôe,
et dut être transporté a l'Ilôtol-Dieu.oû il reyut dessins dont
i fui lui même touché. Comme sa malaiie devint sérieuse,
plusieurs membres du clergé séculier et régulier de Québec
vinrent lui rendre visite et l'exhorter d'abandonner ses er-
reurSjinais ils trouvèrent chez lui une obstination invincible.
L'évcquo de Québec fut obligé de le faire avertir que. s'il
pcraUtuit dans ces sentiments, on lui refuserait les derniers
sacrements X l'article de la mort. Heureusement que Doiu
Georges se rétablit, et qu'on n'eut pas à déplorer ce scan-
dale.
Irrité des humiliations et des contradictions qu'il n'était
attirées lui-mêmo, il écrivit au gouverneur un long réquisi-
toire, dans lequel il se répandait en invectives contre révo-
que de Québec, et surtout contre les Jésuites qui étaient re-
gardés comme les auteurs de la condamnation du jansénis-
me. Ils écrivit môme à l'évêque une lettre pleine de repro-
ches et do menaces, dans laquolle il opposait la sainteté de
sa propre vie aux prétendues injustices du prélat et termi-
nait en l'appelant au jugement do Dieu.
Avant de s'embarquer, il alla remercier la Supérieure de
l'Hôtel-Dieu dos bons traitements qu'il avait reçuB dans la
— 204 —
communauté pend art si mal:>d'ee; (it d marderau part ir
une novice au voil < b'unc qu'il avai' cnnue dms le monde.
Il lui fit présent d'un liviv de p:été en o iver.ir, disait-i',
des bontés qu'avait eue- po» r 'ni si fam'Me. I.» Supérieure
de l'Hôtel-Dieu, :V qui la jeune novice ar;»;t r- mis le livre.
« étant aperçue qu il avait jtour auteur un de-* écrivain- de
Port-Royal, le renvoya immédiatement à Dom Georges, à
son grand méontetitem nt.
Après son retour en JIoI'mi "e, il se pl.innH am.'-ie.tm
de la manière dont les autorités eivi'e* et ieliir;eu*« s de la
Nouvelle France 1 ava;t tryité. Les journaux d'AnMi rdam
s'< -m paré rent de se* déclaration» et finnt arairl bruit dus
prétendues persécution* eont le moine junsén ste avait été
l'objet.
i; Non- ne saurions trop prier le eie!. a'oute l'annaliste de
de l'Hôtel-Pieu, qu'il vcdlli continuer de \ r .»ei ver le Cana-
da du venin de 1 hérésie, afin q-ic cette église se c -n serve
d nis la |>uivté de la foi, et que notre attachement et notre
r^-p ct pour le Vicaire de Jésu* ('hri«t nous attirent, en ce
monde et on l'autre, les b'nédh tion* qui >o:\t pronvses aux
âmes véritablement fidèle-;."
L'abbé II. R, Casgbain
Ord' nnanci» de Mgr de Sait- Vallier. deuxième évoque de
Québec au sujet de T>om tîe^rges François Poulet.
u Nous Jkan, par la trrcîce de Dieu et du Saint-Siège Apos-
tolique. Kvêque de <}u<l>ec.
Aux prêtres Séculiers et Régulier* qui se trouvent dans
l'étendue des missions du s-d de notre Diocèse, surtout à
Monsieur Anclair, curé de Kamouraska. et au Père Michel,
Missionnaire de Rimouski, salut et Bénédiction en notre Sei-
gneur.
" Comme rien ne nous nanàit plus déplorable que de voir
l'empressement que font paraître quelques uns de nos do-
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— 265 —
cèsains do favoriser des personnes qui cherchent à se perdre
pour l'éternité par leur entêtement, et l'éioignemont qu'ils
ont de vouloir prendre les seuls moyens qui les peuvent met-
tre dans le bon chemim, nous avons été véritablement tou-
ché, Nos Très Chers Frères, en remarquant dans les Sieurs
Côté et Jean Gagnon de La Bouteillerie ia résolution prise
et exécutée d'emmener là-bac» I>om George Francois Poulet
bénédictin sorti furtivement de son couvent à l'insu de ses
Supérieurs, et sans obédience, dans un habit laïque, malgré
tous les avis que nous leur avons pu faire donner par des
personnes même considérable*. C'est pourquoi voulant faire
connaître à ces personnes et autres de notre diocèse, où de-
meure Georgo Francois Poulet, religieux, l'obligation qu'ils
ont do nous obéir sous peine de péché mortel en tel cas, .Nous
leur déclarons que celui ou ceux qui ont pris et emmené tie
Québec le dit religieux ont commis une grande faute, dont
ils mériteraient quo nous nous réservassions l'absolution ;
cependant pour agir avec douceur, nous leur luisons seule-
ment à savoir à eux et à tous autres semblables que s'ils
viennent à le protéger, retirer chez eux dans leur domaine,
et à l'aider à. pouvoir demeurer éloigné de nous, pour nous
ôtor le moyen de le renvoyer en France uses supérieurs, ils
encourront après trois jours de séjour et d'aide, s'ils ne le
font partir incessamment et sortir de leur dépendance après
les dits trois jours passas, l'excommunication majeure par le
Seul fait, dont nous nous réservons l'absolution à nous seul ;
et pour faire voir l'horreur que nous avons des religieux
qui so sont séparés de leur communauté, qui par la con-
tinuation de leur séparation doivent être regardés comme
apostats et excommuniés par le droit, que les Kvêques doi-
vent poursuivre et faire rentrer dans leur devoir pour satis-
faire au décret du Saint Concile de Trente au défaut de leur
supérieur, Nous enjoignons à tous les curés et missionnaires
qui desservent les missions de ce côté-là jusqu'à Kimouski,
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— 2GG —
non seulement de tenir la main à ce qui est porté par la dit*
ordonnance à l'égard des séculiers qui y contribueraient,
mais encore de refuser les sacrement* au dit ï)om Poulet
religieux, excepté en cas de mort, et même de dire la messe
devant lui, ce que nous leur défendons sous peine de suspen-
de d? leurs fonction;* ou interdit des lieux où la dite messe
aura été célébrée, pour une espace de temps que nous régle-
rons.
lionné à Québec, sous notre «.'ing. celui de notre secrétai-
re et scellé du sceau de nosarmes.ee quinzième jour de sep-
tembre mil sept cent dix buit.
Résumé d'une lettre de Mgr de Saiut Vallier au Conseil de
Marine :
11 mars 1719.
M. IKvesque de Québec demande s'il peut exiger de M. de
Vaudreuil les secours ayde et protection nécessaire pour fa-
ciliter les fonctions de son ministère, et si M. de "Vaudreuil
peut le luy ref user dans des cas particuliers où l'Evesquene
peut se faire obéir que par des moyen» rudes et difficiles.
Le cas dont il s'agit est qu'un Religieux d'un ordre consi-
dérable, fugitif et par le seul fait déclaré ajtostat et excom-
munié par le droit, se retire dans son diocèze, M. de Vau-
dreuil en e-t averti par une personne qui luy écrit de la part
du général de ce Religieux qui désire le ravoir. M. do Vau-
dreuil au lieu «le luy donner avis du séjour de ce mauvais
religieux fugitif, luy promet sa protection et l'assure qu'à
moins qu'il soit forcé par un ordre de la cour de le renvoyer
en France, il le laissera toujours en Cana la sans l inquiétter.
Ce Religieux l'a dit à l'Kvesque en l'assurant qu'il resteront
malgré luy dans son diocèz?, l'événement en a esté la preu-
ve, puisqu'il n'a pu déterminer M. de VauJreuil à s'intéres-
ser dans cette affaire, et il a esté obligé pour venir à bout ds
l'obstination de ce Religieux de faire publier une Ordonnan-
ce par laquelle il a denendu aux prestres de dire la mc*se
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>
— 267 —
devant luy, de le recevoir aux ëaeremens, menacé d'interdi-
re les lieux où l'on la diroit, et porté des censures contre les
personnes qui le soutiendroicut sans respect pour l'Eglise.
Il suplie le Conseil d'envoyer ses ordres, à M. do Vaudreuil
pour faire sortir ce Religieux do la Colonie.
Le Conseil croit qu'il faut ordonner à M. de Vaudreuil de
faire embarquer ce religieux et de ne souffrir aucun Eclési
astique qui ne soit a prouvé" par l'Evoaque.
En marge : Aprouvé les me du Conseil.
L'HONORABLE A.-N. MORIN
La bonté et la charité do l'honorable Auguste- Norbert
Morin étaient proverbiales, il donnait tout aux pauvres.tout
jusqu'à son dernier sou ; de sorte que, sa pension payée, il
ne lui restait rien pour s'habiller.
Un jour, sir L.-ll. Latbntaine lui dit qu'il no voulait plus
le voir paraître dans les rues avec l'accoutrement bizarre
qu'il portait, que c'était un scandale. Il lui mit vingt-cinq
louis dans les mains et lui enjoignit d'aller s'habiller. M.
Morin s en allait chez un tailleur,U>rsquïl rencontra un client
malheureux dont il avait perdu le procès ; le client l'atten-
drit tellement sur son sort et sur le résultat de ce procès que
M. Morin lui mit les vingt-cinq louis entre les mains, en lui
recommandant bien de ne pas en parler à M. Latbntaine.
Mais M. Lai'ou.laine, voyant toujours Morin avec la même
toilette, se décida à lui demander des explications. M. Morin
hésita un moment, mais, ne pouvant mentir, il finit par ra-
conter l'affaire. M. La fontaine le gourmanda, malgré l'envie
do rire qu il avait, et lui dit qu'il était décidé, cette fois, à
l'emporter. 11 l'emmena chez un tailleur et lui fit faire un
habillement complet.
L.-O. David
*
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— 268 —
TESTAMENT DE M DE LA JONQITIËRE
Aujourdhy, treiz.0 février mil sept cent cinquante deux,
su r les deux heures et demie de relevée, sur l'ordre et réqui-
sition de haut et puissant seigneur Monseigneur Jacques-
Pierre de Tatîanel, marquis de Lajonquière, seigneur Bur-
dens Magnas et autres lieux, commandeur de l'Ordre Royal
et Militaire de Saint Louis, irouverneur et lieutenant-géné-
ral pour le Roy en toutte la Nouvelle- France, Isle Royalle,
terres et pays de la Louisiane : Le* notaires royaux en la
prévosté de Québec y résîdcns soussignés, seroient transpor-
tée au château Saint-Louis -du dit Québec, en la chambre du
eosté du sud-oiiest du dit chateau avant face sur la galerie
du dit fort, où il» auroicnt trouvé mondit seigneur marquis
de Lajonquière malade gissant dans son fauteuil proche du
feu, où estant mondit seigneur auroit dit et déclaré aux d.
notai res que dans la vue de la mort et craignant d'en estre
prévenu, il désirerait disposer «les biens et effet b qu'il a dans
ce pay*, sans entendre au surplus rien changer aux disposi-
tions testamentaires par luy déjà- faites cy-devant en France
avant «m départ pour ce pays, si ce n'est la substitution cy*
après expliquée. Pourquoy toutefois sein d'esprit, mémoire
et entendement, ce- qu'il nous en a paru â nous dits notaires
par ses justes paroles et maintient, auroit présentement fait
et dicté à nous.dits notaires son présent testament ou codicile
ainsv qu'il suy :
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi"
s iit-il.
Premièrement, comme chrestien catholique, appostolique
et romain, a recommandé et recommande son âme à Dieu le
Père Tout-Puissant, suppliant sa divine bonté de luy faire
grâce et miséricorde par l'intercession de la Bienheureuse
Vierge Marie, Mère de Notre Sauveur, et l'assistance de saint
Digitized by, *W_J
Jacques et saint Pierre, ses patrons, et tous les saints et
saintes do la Cour Céleste.
Veut et ordonne mond. seigneur testateur que ses dettes
«oient payées et torts par luy faits si aucuns se trouvent
par messieurs les exécuteurs du présent testament cy-après
nommés. Veut et ordonne que son corps mort il soit inhumé
et enterré chez les JÎTÎ. PP. Iî école t s, avec le moinsde pompe
qu'il sera possible.
Itent déclare mon dit seigneur testateur que. quant aux
biens dont il a pu tester parson précédant testament, soit en
France devant l'Vsparbès. notaire de la ville de Saint-Glade
Louraagne, il y a environ trois an?, au profit de Dame Mar-
quette Jacquet te do Tafi'anel, sa tille unique, épouse de M. le
marquis de Xoé. l'intention et volonté do mond. seigneur
testateur est quo. snns préjudice à la jouissance viagère que
doit premièrement avoir Madame la marquise de Lajonquière
suivant le d. précèdent testament cy devant ra porté, que la
propriété de tous les d. biens «oit et appartienne au premier
des enfants mâle* de ma dite Dame marquise de Xoé. et en
cas de décez. le premier des autre* en fans mâles qui suivra.
Le tout pour conserver !«s dits biens dans la famille de mon
d. seigneur testateur, lit où il n'y auroit aucuns enfans
nulles du d. mariage de ma ditto Dame marquise de Xoé,
soit de ce mariage ou d'autres, le fond et propriété des d.
biens se partageront .'gaiement entre les autres enfans de ma
ditte dame de Xo>, auxquels dits premier enfans mâle ou
autres survivant suivant la destination et explication cy-
dessus. Mon d. seigneur testateur fait toutes substitutions
pour la propriété des d. biens. Le tout pour le répéter sans
entendra nuire ni préjudicier à l'usufruit et jouissance desd.
biens en faveur de ma d. Dame marquise de Lajonquière,
suivant le d. premier testament cy-devant déclaré. Et y ajou-
tant par le présent veut et entend mon d. seigneur testateur
que si ma ditto Dame marquise de Noé et la Demoiselle sa
— 270 —
fille unique venoient à décéder sans en fans, les dits bien!*
fonds et propriété d'iceux soient reversible* envers les héri-
tiers collatéraux tant paternels que maternels do mon dit
soigneur testateur qui le veut ainsi, suivant la môme destina-
tion et explication ci-dessus pour les mâles.
Item déclare mon dit seigneur tentateur qu'il veut que
Mtre Tanauel de Cabanae, doyen du Chapitre de Québec, et
Monsieur le chevalier de Bonne, capitaine des troupes et de
ses gardes, et Madame son cqiouee soient nourris aux dépends
do mon dit seigneur testateur dans le d. château Si-Louis
de Québec connue à sa table, et ee jusqu'à l'automne pro-
chain. Veut et ordonne pareilles nourriture et demeure \nn.r
le Sr Capelan et sa femme. ses maître «l'hôtel et l'eimned oi«
dre, auxquels et auxquels il lègue en outre Ravoir au dit
sieur Capelan, deux eents livres de rente au delà des cent
cinquante livres aussy de rente portées par le dit premier
testament de mon d. seigneur testateur, et a la d. leminc du
d. Capelan. la somme de cent livivs. Le tout de rente et pen- *
sion viagère leur vie durant. Kt veut en outre que le* d.
Capelan et sa le m me soient en outre payés de leurs gngt s
jusqu'à leur retour en France, cl qu'y estant arrivés il.- jK>ur-
ront si bon leur semble «lemeurer Mir les terres et maison
des seigneuries de mon d. seigneur testateur gratuitement
leur vie durant.
Donne et lègue à Armingo, son cuisinier, la somme de ci lit
livre» une l'ois payée et en outre ses gages jusquesàsou arii-
Vée eu France, et qu'il soit jusqu'à son départ nourri aux
dépens de mon d. seigneur testateur, ainvv que son palefre-
nier, dont le» gages et nourriture counvront pendant trois
mois.
Donne et lègue à chacun de ceux qui ont veillé luy dit
seigueur testateur, vingt quatre livres à chacun outre leur»
gages et sallaires.
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Veut quo M. de Saint-Sauveur, son secrétaire, foit nourri
et logé au d. chiiteuu pendant trois mois, s'il le juge à.
propos.
Donne et lègue m«n d. seigneur Ustateur si la paroisse de
cette ville la somme de cent cinquante livres pour estre em-
ployée en rétribution de messes, le tout pour le repos de
1 finie de mon d. seigneur testateur.
Donne et lègue aux pauvres de la d. paroisse la Mjmmo de
cent livres une fois payee.
Item veut et ordonne .mon dit .seigneur testateur qu il soit
t'ait dire aux révérends Pères Récolets trois cent soixante six
messes basses de requiem une ehuquejour alternativement
jusqu'à» tin d'icelles, le tout j our le îepos de lYnno de mon
d. seigneur testateur.
Ordonne qu'il soit pareillement fait dire par Messieurs du
séminaire de eette ville cent messes basses, et pareille quan-
tité par Mes ieurs du Chapitre de Québec, et que les rétribu-
tions des d. messes soient payées par ses exécuteurs testa-
nt maires < y après déclaré» le plus tôt que faire .se pourra.
Donne et lègue à chacune des communautés de l'Hôpital-
<ién ral, près ç- tte ville, Hôtel Dieu et Insulines de Québec,
a. chacune la somme de cent livres une lois payée.
Item donne et lègue la somme de cent cinquante livres
aussy une lois payée à chacune des paroisses des seigneuries
de mon d. seigmur testateur pour estro distribuées aux pau-
vres dïcclUs. Ht pour satisfaire aux sommes cy -dessus léguées
et que le surplus des biens et effets do mon d. seigneur puisse
être envoyé en France en argent comptant il Madame la
marquise de Lajouquière, son épouse, ordonne que tous ses
biens et effets qu'il a dans ce pays seront vendus en la manière
accoutumée, après inventaire préalablement fait d'iceux. Le
tout en présence et sous la conduite du dit sieur Capolan,son
maître d'hôtel.
Ht pour exécuter et accomplir le présent testament et
codieile et iceluy plustôt augmenter que diminuer, mon d*
— 272 —
•eigneur testateur a ehoi>y et nommé les personnes de mon
d. Sieur de Cabanac, doyen du d. Chapitre de Quebec, et
mon d. Sieur le Chevalier de Bonne, qu'il prie d eu prendre
la peine conjointement et de concert entre eux èx-mains des-
quels il s'est présentement démis et dessaisy de touo ses bien»
suivant la coutume.
lîévoquant mon d. seigneur testateur ton;* précèdent tes-
tamens et codiciles qu'il pourrait avoir l'ait avant ou depuîe
son premier testament cy -devant déclaré et le présent testa-
ment ou codicile auxquels seuls il s ai n te et veut qu'il soient
exécutée selon leur forme et teneur comme estant son inten-
tion et ordonnance de dernière volonté. Ce fut ainsy fait,
dicté et nommé de mot à mot par mon d. seigneur testateur
à nous dits notaires soussignez et à luy lu et relu par l'un
dos d. notaires, l'autre présent, qu il a ait bien entendre et
estre son intention et dernière volonté, en la d. chambre
sus-déclaré. environ les quatre heures et demie de relevée.
Kt a mon d. j-eigneur testateur signée avec nous dilt*
notaires. LAïoxQt'iÈRE,
Laxoi u.i.ieh,
1>1 LACHENT.
Et le vingt cinq du dit mois de février du dit an mil sept
cent cinquante-deux, environ deux heures de relevée, nous,
notaires royaux en la prévosté de Québec susdits et s-our-si-
gnex. ayant e.-tés rappellés par mon dit seigneur marquis de
Lajonquière, nommé en son testament ou codicile cy-di ssns
et des autres parts dans sa chambre au d. château St- Louis-
do Québec, et estant mon dit seigneur toujours sain d'esprit,
mémoire et entendement, ainsy qu'il est aparu à nous dits
notaires, où estant mon dit seigneur nous a dit qu'avant
réfléchi que M. le chevalier Debonne par luy nommé par son
dit testament ou codicile cy-dessus et des autres parts pour
exécuteur testamentaire conjointement avec mou dit sieur
de Cabanac. doyen du Chapitre de Québec, aussy y nommé*.
Digitizedby^i^ogle
pourrait estre obligé de faire voyage soit en Franco, soil à
Montréal ou partout ailleurs que le service du Roy auquel
il est attaché pourrait exiger, il le décharge de ladite charge
et veut que mon dit sieur do Cabanac soit et demeure pour
80n seul et unique exécuteur testamentaire. Et au cas que le
dit sieur de Cabanac vint à mourir, il veut en ce eus et non
autrement que mon dit sieur chevalier de Bonne soit à sa
place pour son exécuteur testamentaire.
Et veut en outre mon d. seigneur que ces dispositions,
dons ou gratilications par luy laites par écrits, de ltiy signé
aux personnes y nommés soient entièrement exécutés.
Ce fut ain»y fait, dicté et nommé par mou dit seigneur
marquis de Lajonquièrc aux notaires soussignoz et ù 'uy leu
et relu par l'un des d. notaires, l'autre présent, qu'il a dit
bien entendre et vouloir que ce que dessus soit exécuté en la
d. chambre susdite les jour et au que de-sus. Et a mon dit
seigneur marquis de la .lonquièro signé avec nous dits
notaires. Laïosqlikke.
Lanoi ii. lieu,
l)ll,Al KEXT.
CINQ FRÈRES PRETRES
La chose est assez rare pour être mentiounée.n'est-ce pas ?
Ces cinq frères sont :
Mgr Henri Têtu, prélat domestique de Sa Sainteté, pro-
cureur de l'archevêché de Québec ;
M. Frs.-Amable -Ludger Têtu, professeur au collège Sainte-
Anne de la Pocatière, noyé le 2U juillet 1870 ;
M. Alphosne Têtu, chapelain de l'Académie des Frères, à
Québec ;
M. Francois Têtu, professeur do sciences au collège de
Sainte- Anne de La Pocatière ;
M. Gi-orges Têtu, directeur du juvénat des PP. du Saint-
Sacrement à Trévoux, près de Lyon, en France.
R.
— 274 —
REPONSES
Lu femme de Chouard. (IV, I, 405.)— En 1668, on
releva le papier-terrier des Trois-Rivières. C'est (filles Rageot,
notaire et greffier de Quél>ec, qui en fit l'examen. Parmi les
pièces qu'il a laissées comme résultat de son étude en cette
occasion, il en est une datée du 2 juillet par laquelle "Mar-
guerite Hayer. femme de Médar Chouar," déclare qu elle se
présente au nom do «es enfants, attendu que son mari est
li absent depuis six ans pour être allé à la Nouvelle Angle-
terre."
Il est évident que Chouard était parti en 1662 et que sa
famille ne savait ce qu'il était devenu. Voyez ce que j'en ai
dit dans le Bulletin, 1808, pp. î»2. 366.
Au moment où la déclaration ci -dessus était signée aux
Trois- Rivières, Chouard signait l'acte de création de la com-
pagnie anglaise appelée Baie d' Hudson, et prenait le com-
mandement de la fameuse baie pour le compte des Anglais.
Bknjamin Sulte
Le nom ** liatixean.*' (V, V. C14.)— Champlaîn.en
1603, mentionne la rivière de liatis^an. La carte de 1609 la
désigne également. En 1611, Champlain dit qu'il rencontra
à Québec un eapi'aine sauvage appelé Ratiscan. Parmi les
noms sauvages eiîés par Lescarbot, on trouve Ratiscan. Sur
la carte de 1612 figure la ronlréc de Hati&juitn. L'un des
chefs sauvages des Trois-Rivières, en 1627, se nommait
BntîstjtniH. L'édition des œuvres de Champlain, en 1632,
dit : ' La rivière Batisquan, fort agréable et poissonneuse,
e>t proche de celle de Champlain." En 1637, il y avait dans
les environs des Troi*- Rivières, un chef sauvage appelé
Tchimioi ikinkau, surnommé liatiscan (Mela tionA 637, p.83.)
La Mt'ltttîon de 1634, p. 7, parle de TEHiMAorraiEou, chef
des mêmes endroits Le 28 janvier 1636, on baptisa aux
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— 275 —
Trois-Rivières une petite tille âgée de deux ans. "enfant d'un
sauvage capitaine de Québec nommé Tciiimawikim. Le
lendemain, on baptise un autre de ses enfants, garçon de dix-
sept ans. Cet homme était aux Trois Rivières, en 10*58. En
algonquin, langue des gens de Québec et des TroisHivières,
Chimiwirini veut dire : l'homme à la têle faite comme une
fraise, ou encore celui qui a une tête en forme de boule. Le
mot Batiscan n'a aucun sens connu des Algonquins actuels.
Dans la langue des Cris. Tabat eakan aignitie : corne tendue
ou pendante. \aï Père Incombe croit que c'est le même que
notre Batiscan. Bkxjamin Sultk
Valllères de Saiiit-liéal. (V. V, 616.)— Le* archi-
ves du Secrétariat d'.Ktat, Ottawa, contiennent un certain
nombre de documents concernant le juge Vallière» deSaint-
Réal, entre autres, les suivants :
Copie d'un extrait de baptême ; Papiers relatifs à su com-
mission d'avocat ; Sa commission de membre de l'Institution
Royale ; Sa commission de Conseil du Uoi : Sa commission
déjuge ; Un mémoire adressé à Lord Aylmer, gouverneur
du Bas-Canada, contestant la nécessité d'une nouvelle com-
mission à l'occasion de la mort du roi George IV ; Son cau-
tionnement de mariage (marriage bond). (Il se maria en
seconde* noces avec Esther- Klora llart, de Trois- Jlivières.
en 1831). F.-J. Al i»et
•
Les com man fiants de notre milice, (V,VI,622.)
—Ce n'est qu'en 1875, en vertu de l'acte Victoria, chapi-
tre 8, que lut créé le poste de commandant en chef de la
milice canadienne. Avant cette époque, le premier officier
était l'adjudant-gécéral. Voici la clause qui crée ce poste :
" 11 sera nommé, pour commander la miiice de la Puissance
du Canada, un officier occupant le grade de colonel, ou un
grade supérieur, dans l'armée régulière de Sa Majesté. lequel
sera chargé, sous les ordres de Sa Majesté, du commande-
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— 276 —
ment militaire et de la discipline de la milice, et qui, lors-
qu'il remplira cette charge, occupera le grade de major-
général dan» la milice du Canada, et recevra un salaire de
quatre mille piastres par année, qui couvrira toute solde et
tons suppléments de solde."
Voici, d'après M. X.-O. Côté (Political Appointments, 1867
à 1897), la liste des officiers qui ont été envoyés d'Angleterre
pour commander notre milice : Sir Edward Solby Smyth,
K. C. M. G., du 20 avril 1875 au 31 mai 1880 ; Richard-
Amherst Luard, du 1er juillet 1880 au 30 avril 1884 ; Sir
Frederic- DoWn Middleton, K. C. M. G.. C. TL du 12 juillet
1884 au 30 juin 1800 ; Ivor-John-Caradoe Herbert, C. B.,
du 20 novembre 1890 au 1er août 1S95 ; William- Julius
Gascoigne, du 19 septembre 1895 au 20 juin 1898, et Edward-
, Thomas-Henry Hutton, C. R, A. D. C., P. S. C, actuelle-
ment commandant, depuis le 1 1 août 1898.
F.-J. AunET
Le tableau tie Saint- Michel et Mf/r Pi-e**is.
(V, I. 573. ) — MgrPlossis possédait un grand fonds de gaieté,
ordinairement réprimé par les exigences de sa dignité, mais
.souvent pr.'t «le déborder malgré tous ses efforts au contraire.
Bien des fois, au milieu do solennelles cérémonies, il arrivait
qu'une figure grotesque ou une franche balourdise d'un de
ses assistants bouleversait sa gravité et lui imposait la rude
tâche de refouler les mouvements d'un rire convulsif. C'é-
tait surtout durant le cours do la visite épiscopale que se
présentaient le plus fréquemment les occasions, qui, malgré
ses résistances, lui faisaient perdre son sérieux ordinaire
dans l'exercise doses fonctions ; cette propension à rire l'hu-
miliait beaucoup, mais il ne la pouvait maîtriser, lorsqu'un
objet ridicule ou une circonstance bizarre frappait tout à coup
ses yeux.
IÎ avouait que bien des fois il ne s'était contenu qu'avec
des efforts incroyables. Dans une des paroisses récemment
Dig
établies au nord de Montréal, il venait d'être reçu avec les
honneurs militaires. Après son entrée solennelle dans l'église,
comme il se détournait pour donner, de l'autel, la bénédic-
tion à la foule, il s'arrête pendant quelques instant» sans
pouvoir proférer une seule parole ; lorsqu'il réussit enfin à ne
faire entendre, sa voix est brisée et semble à chaque instant
prête a lui manquer.— 'Monseigneur est -il malade ?"demande
un des prêtres de la mission à M. Turgeon. aWs secrétaire.
— Xon, 'répond celui-e'.qui comprimait la caused" l'embar-
ras, " mais il a remarqué quelque chose qui lo porte \ rire."
Le prélat expliqua ensuite- l'éniirme : hu milieu du peuple
pieusement agenouillé, il avait aperçu une cinquantaine de
jeunes irons, restés debout, affrétant la tenue militaire, et
portant ù l'épaule des fusils «le toutes les formes et de tous
les calibres, fits miliciens amateurs avaient en'endu dire
qu'un soldat sons les armes ne doit, ni s'agenouiller ni se
découvrir dans l'église : au»«<i. ils se tenaient «Iroits et cou-
verts : les uns avaient sur la tête un chapeau de paille, orné
de longue* plumes* de coq ; d'autres portaient une toque
bleue :\ large bordure blanche et surmonté" d'un énorme
pompon de laine. L'attitude et l'accoutrement do ces braves
étaient si comiques que l'évênue, en les apercevant, éprouva
la plus grmde ditlîcullé nom* comprimer le rire qui. malgré
lui. montait il chaque instant sur ses lèvres.
Vers cette époque, les élises d" la campairn<» renfermaient
beaucoup de peintures détestables, dont quelques-unes étaient
de vétitïibles caricatures, plus propres X exciter la gaieté
qu'à entretenir la piété des nMclcs. Mtrr Ploseis s'attachait à
faire disparaître du lien saint ces émûtes informes et 4 leô
reléguer dans les gr"n'ers ; mai» il avait beau les proscrire,
il en échappait toujours quelques unes, qui semblaient char-
gées do venger leurs compagnes exilées.
Un premier jour de visite, le prélat, du haut de la chaire
4io Saint-François de Neuville, adressait son discours d'entrée
— 278 —
à de nouveaux auditeurs, fort attentifs aux paroles de leur
premier pasteur. Tendant un des passages le*» plus sérieux
du sermon, il se tourne vers le chœur et jette les yeux sur
une toile barbouillée de vives couleurs ; il les détourne
promptement, parce qu'il a reconnu un piège tendu à su
gravité ; puis malgré lui, il les reporto sur la malencon-
treuse peinture, qui semble le fasciner. Vaincu, il sarrêlo
et plonge un regard dévorant au fond de ce ciel empourpré.
Quelle scène ! Une masse d'étoiles, le soleil et une moitié de
la lune sont emportés sur le» ailes grisonnantes d'un ange.
C'est bien saint Michel, en habit rouge, pantalon bleu et
belles bottes à l'ccuyère ; l'archange s élance vers la terre en
héros de roman, tête haute et Hum berge au vent, prêt à
frapper d'e»toc et do taille. JJe son lourd et épais talon, il va
écraser le nez robuste de Lucifer, qui se préparc à le recevoir
sur ses cornes, et répond à «es menaces par une grimace
effroyable.
La sc ène produit son effet sur le prédicateur ; mille et
mille idées étranges et bizarres se croisent dans son imagina-
« tion ; sa poitrine se gonfle, se» lèvres se dilatent ; il éprouve
un immense besoin do rire ;• chaque mot s'arrête au passage,
prêt à l'étouffer. Il s'assied, se relevé, tousse ; peines inutiles !
rien ne peut chasser de «on esprit cette inimitable grimace
do Satan. JJe désespoir, il se lutte d'arriver à la péroraison,
gagne la sacristie, se laisse cheoir sur une chaise, et décharge
son cœur par un rire vigoureux et prolongé.
On comprend qu'après avoir joué un si vilain tour, le
tableau, avec ses ]jcrmmuagcs, fut consigné au grenier de
l'église pour ne plus jamais reparaître au grand jour. 41 Et il
l'avait bien mérité." ajoutait l'évêque en rapportant cette
anecdote. " il m'avait fait passer par une des plus rudes
épreuves de ma vie, car je craignais a chaque instant do
m'éclater de rire eu pleine chaire.''
L'abbé J.-B.-A. Febland
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Le " bureau des paurres 99 fie Montréal. (V,
VII, (132.)— Le 8 avril 10S8. un arrêt du Conseil Souverain
ordonnait l'ouverture de bureaux des pauvres dans les villes
de Quebec, Montréal et Trois- Rivières.
Cependant, des documents conservés au greffe do Mon-
tréal prouvent que le bureau de» pauvres de cette ville ne
fut ouvert qu'en 1«;98. Voici le texte du procès-verbal de l'as-
semblée d'ouverture :
*■ Le premier juin lfiflS, le révérend père Leblanc, do la
Compagnie de Jésus, envojé par Mgr l'Illustrissime et Rê-
vé rendis* i me Kvêque de Québec pour prêcher, et commen-
cer, dans 1rs paroisses de hou diocèse, rétablissement des
bureaux des pauvres ordonné par arrêt du Count il Souverain
d i S avril 1<ÎS8. et renouvelé lo 22 février dernier, et suivant
la letlre circulaire de Monseigneur, et do Messieurs U s direc-
t. ursdu bureau de Québec, le tout ci dessus transcrit, a fait
U<> sermon sur le suj- t.
" Kt ce jour, troisième des dits mois et an, l'assemblée d'é-
tablissement du bureau des pauvres de cette ville de Ville-
Marie, dans la chambre de mon dit Seigneur Kvêque, et en
sa présence,et en celle do M«»ss:ro l-Vane-ds I Mllier de Casson,
un des prêtres du s-minaire de Saint-Sulpiee de Paris, supé-
rieur du dit séminaire et grand vicaire de mon dit Seigneur,
et curé de la paroiss» du dit V'dlc-Mane, et M, de Hreslay,
prêtre faisant les fonctions eutiabs de la dit^ paroisse ; de
M. Caillé, prêtr«*. et du révérend pèro Leblanc, do M. le mar-
quis Crisaty, lieutenant du roy en cette ville.de M. Des'ham-
bault. procureur du roy de la jurisdiction roya'e de lisle do
Montréal, et lieutenant --général, etc, des sieurs Jacques Le
lier et Pierre Laniou^eux de St-tiermain, man hands bour-
geois de cette ville, et n'Anthoino Adhémar de St Martin,
greffier et notaire royal de la dite jurisdiction, dans laquelle
assemblée a été arrêté :
— 280 —
1° Quo les sieurs Lo Bor, Lamoureux et Adhéraar seront
directeur» du bureau.
2° Qu'on priera Aime de Murieour, et Mlle de Repenti -
gny pour luire lu première quête dans cette ville et les fau-
bourg, et de» hommes pour luire lu quête de lu campagne,
dans les limites de lu paroisse de cotte ville.
3° Que lesar»seuibléos se tioudrom au séminaire, tous les
lundis, à deux heures, p. m. *
On tenuit soigneusement les minutes de ces assemblées.
En les lisant, on croit assister à une conférence de SainrVin-
cent de Paul. On *y occupait .Je placer a lilopital les ma-
lades pauvre*, ou de le., luire conduire eboz de» parents plus
aisi<s. 1
On considérait comme un devoir de piaeer les enfants des
pauvres en appreu tissure pour leur apprendre* travailler.
On donnait à une veuve quinze livres et trois minois de
blé ; des soulier- à. un vieillard, un pain de douze livres tous
les quinze jouis à une pauvre lèimno, deux aunes et un quart
de carisé à une autre, etc, etc.
Le î» décembre IMS, on décida de faire une seconde quête
pour les pauvres.
Aime Juehereau do .Suint- Denis et Aline d'Argenteuil lu-
rent priét i * de la taire dans la vihe et les faubourgs. Les
sieurs Pup.é et La .Morille se chargèrent de la faire du côté
de Lacliiiie. de la rivière Suint -Pierre et jusqu'aux limites
de cette paroisse. Le> sieurs iVthier cl Prudhomuie. depuis
le faubourg de Notre-J >aine de Bonsecours ju>qnïi Julien
Biais inclusivement et le sieur Saint-Germain à la Alonta-
gne.
Xous trouvons dans ces petits détails la preuve que les ci-
toyens les plus nobles du temps payaient de leur ]>ersonne.
et prenaient part à la direction des bureaux des pauvres,fai-
saient les quête* pour eux et visitaient leurs familles. Les
noms des dames et messieurs que nous venons de transcrire
/ google
£int tous de gtan-ls poms hi>to>iqucs qu'on est heureux de
rencontrer ici accolés aux œuvrts de chatité, niais illustriS
dans d'autres s^hort s d'action.
("est un exemple qu • nors oflYof.s à 'a mé iituti. n do nos
cm: i'ovens d'aujourd'hui.
Ha PII a kl Bkllkmauk
L'/tffff it'll? \houm fa riotn i tuition française. (V,
VI. f>24.)— On ne peut guère s'attendre, à «-et le époque re-
çu lé»-, et dans un pavs tout neuf, à voir Us •jueMion* hy/u -
nique» piendre une pace im| ortante dans l'administration
publique. A son di bui. le Canada est r-ous le contrôle de
fiompaynies de traite qui ont loué le p;<ys du »v i du î'Yanee,
comme on loueiait un tel rain d** chasse, et qui n'ont natu-
rellement qu'une seule préoccupation : faire avec le» Sauva-
ge»» un commerce de fourrures avantageux.
On est. cependant, surpris de constater avec quelle préci-
sion et quel sens pratique certaines questions de l'hygiène
«ont envisagée* sous le règne de Louis XIV. C'est ainai que
nous v.-yons, en lGo", le roi de France établir, par une dects
ordonnances, qui furent longtemps le code civil du Canada
«n hvstème de tenue des registres de l'état < i\il,qui est enco-
re en vigueur aujourd'hui dans la prorince de Québec. C'e»t
le clergé qui li^nt rr-cistr s des baptêmes. mariages et sépul-
ture* et en donne une copie à l'autorité civile. " Seront
fn;ts," dit le roi, " en chacune pnrdeux registres pour écriie
h a baptême*, le- mariages et les sépultures on chacune pa-
raisse... l'un desquels servira de minutes et demeurera entre
les mains du curé et l'autre sera porté au juge royal pour
servir de grosse." C'était piendre dès le début une mesure
^efficace pour surveiller le développement de la colonie et en
Assurer l'état civil. Aujourd'hui encore ce système peu com-
pliqué est juaré suffisant dans la Province.
Quelques années plus tard, le Conseil Supérieur de Québeo
a 'occupe d'une manière très éclairée do la question alimen-
— 282 —
taire. Ainsi, il convoque, en 1677, une assemblée généralo
des habitants pour laire l'e*sai du pain et en tix<-r le prix.
Kn 1707, voulant assurer aux habitants une viande de bonne
qualité il passe au sujet de l'insp» ci ion de lu viande. d»s rè-
glements qui équivalent a notre estampillage moderne Au-
cun bomber ne peut, sous peine de eon titration et dane nde,
abattre un animal wins provenir le procureur du roi ou s<>n
représentant. " afin qu'il s y transporte pour connaître si les
bêtes sont en assez bon état pour être distribuées au public."
Aucun habitant de ia campagne ne peut apporter et vendre
de la viande a la ville sans présenter d'abord, au procureur
du roi ou son représentant, un certificat du juge, s'il y en a
un dans la place qu'il habite, ou sinon du seigneur, du curé
OU de l'officier du milice, lequel certificat doit établir cont-
ins les bestiaux par oux apportés n'étaient attaqués d'aucu-
nes maladies avant d'avoir été tués et qu'ils no sont pas
morts d'accidents, comme noyés ou empoisonnés."' Il fierait
difficile do taire mieux aujourd hui.
Tous les autres règlements passés à cette époque s'appli-
quent exclusivement à la propreté dos rues et des habitations.
Quelques ordonnances concernent la morale publique. Les
enfants trouvés sont élevés à la charge du roi, qui accorde
aux nourrices li 45 livres pour le premier quartier de nour-
riture de chaque enfant, et 10 livres par mois jusqu'à ce que
l'enfant ait atteint 18 mois." Les entants sont alors engagés
& de bons habitants de la ville ou de la campagne jusqu'à ce
qu'ils aient atteint l'âge de 18 ou 20 ans (1748).
K.-P. Lâcha pel lk
Le combat naval de la Pointe à la Garde.
(V, VI, 62b'.)— La Pointe a la Garde est située à douze mil-
lea de Itistigoucho et à mi-chemin entre celte dernière place
et Tracadièche sur la rive nord de la baio des Chaleurs. C'est
un cap qui s'avance dans la baie et laisse au nord-est une
grande échancrure ou anse qui so prolong jusqu'à la Pointe
Escuménac, l'espace d« six milles. C'est là que la baie des
Chaleurs perd son nom }>our prendre celui de baie de JîUti-
gouche. Les Fran<.a>s,peu avant la cotupiête,avaient un camp
militaire- à Ristigouche, comme on font foi les actes de bap-
têmes, mariages et sepultures de-» pores réeollets Klicnne et
Ambroise. conservés dans los archives de Saint-Joseph de
CaHeton.
Pour se protéger cont re les poursuites des vaisseaux an-
glais, les français avaient établi une batterie de canons à la
Pointe Bourdon. Peu après la prise de (Québec en 17f>9, les
Anglais, avant appris r»ar le-* Sauvage*, que les Français
avaient un camp à Ristigouche. vinrent les déloger. Il y eut
un combat sanglant à la Pointe a la Garde entre les navires
français et anglais. T>eux frégates françaises furent englou-
ties au pied du Cap. On pouvait voir encore les din-asses à
marée basse, il n'y a pas bien des années : on a vu même des
canons au fond do l'eau. Un des canons de cette batterie se
trouve encore actuellement dans une bâtisse appartenant à
la famille Baxter établie sur ce Cap.
L'abhé K.-P. Ciioi inard
Lett députés de Saint- Maurice. (I, VU, 52 .)—
Le comté de Saint-Maurice, quo le romaniement de 1892 a
réuni H la ville des Trois-Rivières, est l'une des plus ancien-
nes divisions électorales du pays. Dès l'époque du régime
constitutionnel inauguré en 1791, il envoyait deux députés
au parlement de Québec. Le comté s'appelait alors " Saint-
Maurice " et comprenait un territoire d'une immense éten-
due ; c'était tout le pays environnant Trois Rivières qui, de
son côté, envoyait aussi deux députés au parlement. Cette
dernière division était désignée sous le nom de " Bourg Trois-
Rivières."
Bien peu de comtés, dans la province de Québec, peuvent
Be glorifier d'avoir conservé leur nom primitif jusqu'à nos
jours.
— 2S4 —
Voici la lisle des hommes politiques qui, depuis 1791, ont
été choisis pour représenter cette vieille division au conseil
de la nution, tant à (Québec qu'à OUuwa :
Sous l'acte constitutionnel de 1891 :
1792-1796, T. Coffin et Aug.-Bivard Dufïesnc.
1797-1800, T. Coffin et >'. Montour.
18U1 1805, T. Cofliu et Muthew Bell.
1805 1808, Dav id Muuro et Michel Caron.
1809, T. Coffin et M. Caron.
1810, L. Gugy et M. Curon.
1810-1814, Fi s Caion et M. Caron.
1815 1816, E. Leblanc et Vallières de Saint Ileal.
1817-1819, E. Maymnd et L. Gugy.
1820, L. Picoileet Pierre Bureau.
1820- 1824, I,. Picotte et P. Bureau.
1825 1827, Chs Caron et P. Bureau.
1827-1830, Chs Caron et I». Bureau.
1830 1834, P. Bureau et Valère ('Juillet.
1834 1836, Dr Boutillier et Y. Guillet,
1836 1838. Fi s. L. Desaulniers et A. Bareil-Lajoie.
Sous le Conseil spécial :
1838 1841, L hou. E. Mayrand.
Sous l'Acte d'union do 1841 ':
1841-1844, Lhon. Jos.-Ed. Turcotte.
1844-1848, F.L. Desaulniew.
1848-1851. L'hon. Ls-Joa. Papineau.
1851-1854, L'hon. J.-E. Turcotte.
1854-1858, lh-L.-L.-L. Desaulniers.
1858-1861, L.-L.-L. Desaulniers.
1861-1863, L.-L.-L. Desaulniers.
1863-1867, Charles Gérin-Lajoie.
Sous l'Acte de la Confédération (à Ottawa) :
1867, L.-L.-L. Desaulniers.
— 285 —
1868-1873, Dr Elie Lacer! e.
1874- 1878, C.-G. Lnjoie.
1878-1882, L.-L.-L. Pesaulni» r*.
1882-1K87, L.-L.-L. Dcsaulnieis.
1887-1891, Fra.-L. Desaulniew.
1891-189(i, Frs.-L. Desaulniers.
A Québec :
1867-187), Abraham- L. Desaulniers.
1871-1875, L'hon. E. Gerin-Lajoie.
1875- 1878, Dr K. Lacertc.
1878-1881, F.-L. Dcsaulnie».
1881-1886, F.-L. Iksaulniers.
1886-1899, X.-L. Duplesai*.
F.-L. Desai lmers
Lett pi otonotaires a postai iqu es canadiens.
(V, IV, 601.)— Encore doux noms à ajouter à la liste des
Canadiens revêtus de la dignité de protonotaire apostolique :
Mgr Joseph-Alfred Prévost, curé de la paroisse do Notre-
Dame de Lourdes, à Fall River, Mass ; E.-U., ot Mgr E.-F.
Murphy, recteur de la cathédrale Ste-Marie et .vicaire- géné-
ral du diocèse do Halifax.
P.G. R.
Pierre Béilanl et ses /ifs. (V, VII, 638.)— Lorsqu'il
mourut le 26 avril 1829, le juge Bédard laissait une veuve et
quatre enfants : Pierre- Hospice, âgé de 32 ans, Elzéar, âgé
de 30 ans, Isidore, âgé de 23 ans, et Zoël, de 17 ans.
Pierre- Hospice est bien connu par sa lettre à M. Chaboil-
ley relativement au gouvernement ecclésiastique de Montrai,
laquelle parut à Trois-Riviéres, en 1823, sous forme de bro-
chure de 40 pages. Il mourut aux Etats-Unis. Lorsque M.
George- Manley Muir, ancien greffier de l'Assembléé législa-
tive à Québec, se convertit au catholicismo, en 1819, à Wind-
— 286 —
sor, Ontario, ce lut IIosj i« eBédai d qui lui nervit de parrain
à son baptême.
A la mort de son père, Klzt'ar brillait déjà au barreau de
Québec. Il fut nommé juge en février 1S3IÏ, et mourut à
Montréal le 1er août 184!».
Isidoro B/dard mourut à Taris le U avril LSXJ.alors qu il
était député du Saguenay. C'était un jeune homme plein
d'avenir, mais dont la carrière lut brisée par une maladie
qui ne pardonne guère, la consomption pulmonaire. C'est
l'auteur de la chanson bien tonnue
Sol Canadien, terre chérie.
Zoël. le plus jeune de la famille, occupa pendant vingt-
deux ans la gardo du phare de la Pointe dos-Monts. Il mou-
rut en avril 18t>7.
Quant à madame liédard .elle mourut à Québec le 20 février
1831, à l'âge de 52 an*. Klle avait vécu dans une certaine ai-
sance, grâce aux sages économies de sou mari qui lui avait
laissé à sa mort une maison à Trois-Rivières, une terre à Xi-
«olet, et le revenu qu'elle retirait de la vente de son ancien-
ne résidence à Québec.
Les enfants du juge 33édard purent se tirer eux-mêmes
-d'embarras par leurs talents distingué», l e juge Klzéar a
illustré le banc judiciaire par son intégrité et son caractère
fortement trempé. 8a mort prématurée, ainsi que celle de
son frère Isidore, a mis lin à des carrières qui, suivant les
prévisions humaines, auraient fait honneur à leur famille.
Aucun d'eux n'a laissé d'enfants pour perpétuer son nom.
Quoi qu'il en soit, leur souvenir restera vivaco parmi nous,
car chacun, suivant l'expression de M. Ktienno Parent, u a
laissé un modèle pour un des âges dont se compose la vie pu-
blique— jeunesse, âge mûr et vieillesse.''
X.-K DlONNR
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QUESTIONS
650. — En 1789. sir Alexander MaeKenzie découvrait le
fleuve qui porte son nom. Dans la relation do son voyage,
Mackenzie nous donne les noms des braves et fidèle* serviteurs
àl'énerg'e desquels il «lut d'avoir accompli cette dnngoreuse
exploration. <Je sont François Harrieau (ttériau ?). Charles
Doucette. Jor>cph Landry, Pierre l>elorme et .rolm fStein-
buck.
Q »atre années p'us tanl, en 1793. sir Alexander Mac Ken -
aie atteignait l'océan Pacifique après avoir, le premier par-
mi les blancs, franchi les Montagnes Rocheuses. Parmi les
Canadiens qui suivirent MadKenzic dans t^a seconde expédi-
tion, doux avaient déjà lait le voyage à la mer du Nord en
1789, c'étaient Charles Doucette et .Joseph Landry ; les au-
tres étaient François Heaulieu. François Comtois. Hupti«te
Bisson et Jacques lieauchamp.
N'y aurait-il pas moyen de savoir de quelles paroisses du
Canada venaient ces voyageurs, les deux surtout qui prirent
part aux deux expéditions ? Les noms de ces héros méritent
bien, n'est co pas, de passer à la postérité. <î.-l>.
651. — "L'antagonisme de L'Angleterre et de la Franco est
si frappant, que toutes h s nations s'en rendent compte. L'An-
gleterre est le chat, disait le grand Frédéric, la Franco est le
chien. En droit, dit le légiste Ilouard, les Anglais sont des
juifs, les Français des chrétiens. Les sauvages même semblent
6entir vaguement cette profonde antithèse des deux grandes
nations policées. Le Christ, disent les indieus de l'Amérique,
était un français que les any lais erurt [fièrent à Londres. Pon-
ce-Pilate était un officier au service de l' Angleterre."
Ce dernier proverbe a-t-il cours chez les sauvages du Cana-
da ? X. X. X.
652. — Le testament de Chumplain, dont j'entends parler
si souvent, existe-t il encore ? A-t-il été publié ? Où ?
Not.
— 2SS _
»»"k) — N'y a l-il pas un < uré Navièi» s qi i a écrit des let-
tres htr le Cai.ada.du t» ni}* des* Ki\.i»ca s '! Où me procurer
<;et ouvr.tgc ? Bkaupké
Iï54. — t^i.i e>t Justin Winsor. que je vu s» iter à tout propos
dans K s t tudes d'biMoiic ean.dicui.e ? L.-.S
);,*>."». —Les jeunes univ.s eatu.dh-i.rie> tout mai cher icura
b,-bés i«eii.iaiiL le S.tiwtu* afin, di ent-cllcs, qu'il- aj.)) cu.ieut
àmarch rplus tût. Cette coutume ou supposition, « m me vous
voudrez.u-t elk- d'origine lVuiivai-c ou c.tnu tienne ?
A. B. C.
(i'yi't. — Où est mon Arnold, le eoinj a^non do Montgo-
mery ? • Santa.
G5T. — Je voudrais étudier le m. go de l^t.ébec de 1759.
Vouliez d»nc m'ii.diquof les livns que je p nu rai» eon-ulter
À pari les l>i>t«>iivr> de <iui ne..u et de IVriand ?
Kti ihant
G5H. — Les ji-urmaix ont annom-é r comment l'apparition
J une Histoire de Ut famille < \is>jr<ii a. |«ar M. P.-B. C.iagrain.
Existe t-ii au Canada boauco ip d ouvrages do ce giiue ? Je
comprend* que d ordinaire ce- livre* ne sont pas mis en vente
<ians le publie. Biblio.
6*5;». — L'n M. J. Key roi. Kruiiyai» me dit on, a publie récem-
ment un livre Mir le Canadt. l'ouvez-vou* me donner quel-
ques renseignements sur ce AI. Key roi ?
L., Qlébkc
MO. — Kn quelle année perd on les traces <te Kustacbe Boul-
lé,qui vint rej. indre ici s> n beau frère. M. de Champlain, l'an-
née lu' 18 ? XX.
Oo'l. — J'ai vu, lorsque j'étais jeune, le pm trait du célèbre
J>rLabrie, chez un M. ]>abiie. à Si -Charles do Bellechasse.
C'était un beau portrait ù l'huile, de 18 à 20 pouces carré en-
viron. On m'a dit que cv tut i'avooat Otu'siphore Labrie, de
Percé, petit neveu du I>r Labrie, qui hérita do eo portrait.
4)ù est ceite peinture aujourd'hui ? X. X. X.
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BULLETIN
DES
RE C HE RC H E S H ISTORIQU E
VOL. 5 OCTOBRE 1891) No. 10
S AI NT- M AT H I AS DE ROU VILLE
Le 24 novembre 1739, M. Louis dormant, grand -vicaire du
diocese do Québec, bénirait une chapelle en bois construite
vers l'extrémité d'une pointe du bassin de < 'hambly, nom- '
mée alors Pointe Olivier, et que les eaux ont presque rongée
depuis.
Cette chapelle Ait placée sous l'invocation delà Conception
de la sainte Vierge.
En 1775, fut commencée la construction d'un presbytère
en pierre dont le haut devait servir de chapelle. Lorsqu'il fut
terminé en 1777, Ion démolit la chapelle construite en 1739.
Cette deuxième chapelle fut placée sous la protection de
saint Olivier, en l'honneur de Mgr Jean-Olivier Briand, alors
évoque de Québec, qui on avait autorisé la construction.
Le 15 juillet 1784. on bénissait la première pierre d'une
nouvelle église, de 102 pieds de longueur sur 46 de largeur.
En 1818,cette église fut réparée et allongée.C'est elle qui sert
encore au culte.
C'est en 1809 quo les registres paroissiaux commencent à
remplacer le nom de Saint-Olivier ou Pointe-Olivier par ce-
lui de Saint-Mathias. Nous ne connaissons pas la raison qui
donna lieu à ce changement.
Les curés deSaint-Mathias : MM. Pierre Picard,1777- 1798 ;
Pierre Robitaille, 1798-1807 ; Amablo Prévost, 1807-18 IG ;
Pierre Consigny, 1816-1832 ; Joseph Quevillon, 1832 ; Au-
guste Tessier, 1832-1838 ; Louis-Barthélemy Brien, 1838-
1863 ; Isidore Hardy, 1863-1884 ; Joseph Gaboury, 1884-
1887 ; Joseph-Chrysostôme Blanchard, 1887-1893 ; J.-U.
Radeau, curé actuel. Pierre-( Georges Roy
uiyiiizeo
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— 2)2 —
QUÉBEC, DE 1(520 A 1632
C'était plutôt par gloriole qu'autrement que le duc de
Montmorency avait accepté le titre d<; vice r >i de laXouvelîe-
Franco, le 10 février 1U20 ; mais il se figurait peut-être aussi
avec raison que le commerce des pelleterie-» lui rapporterait
des revenus, puirqu'il av:it versé à son beau-frère, père du
grand Coudé (alors au l creeau), la somme rondo de onze
mille écus pour l'obtenir de lui. Champ'ain, eon lieutenant
à Quélx c, continua de travailler seul, pour ainsi dire, car le
duc, tout à son penchant pour la carrière des armes, et sans
©este mêlé aux intrigues de la politique, était plus souvent
à cheval que dans son cabinet à lire les papiers de ta pré-
tendue colonie. Vers 1624, il disait à qui voulait l'entendre
que la charge de vice loi lui rompait la tétc, plus que les
affaires importantes du royaume. En écoutant les récit* mal-
heureusement t?i vrais do Cliamplain sur l'insignifiance de la
dite colonie, il sentit s'évanouir le reste de son enthousiasme
à l'égard du Saint-Laurent, et, le 15 février 1825, pas<a le
titre à son neveu, Henri de Lévy, duc de Ventadour, lequel
confirma Champlain dans le poste de lieutenant au Canada,
par lettres en date du mémo jour.
Si nous nou* rendons compte de la réalité des chos s, la
pompeuse allure des deux princes, qui se donnent la qualité
de vice-rois, et la lieutenanee do Champlain, sont de simples
farces. Il y avait à Québec une vingtaine d'hommes occu-
pés au commerce des pelleteries avec les sauvages ; c'était là.
toute la colonie. Ceux qui avaiont versé les fonds nécessai-
res à l'entreprise retiraient plus ou moins de profits des opé-
rations que dirigeait sur place le lieutenant ou gouverneur
Champlain, et à Paris, le bureau des directeurs qui était,
comme on le voit, présidé par un prince du sang relevé du
titre de vice-roi. Qu'est-ce que ces gens à panaches diraient
donc aujourd hui de nos commerçants de grains, de beurre.,
de fromage, de moutons, de bois, de poisson, de minerai*,
qui brassent cent mille fois plus d'affaires que les vingt ma-
nœuvres do Champlain ei tous les Montmorency ou lesCondé
de l'ancienne France !
Je me livrais à ce» reflexions, hier, en voyant une histoire
du Canada pour les écoles,qui debute avec ce flaflade grands
mois— mais qui n'avertit pas l'enfant de la pauvreté et de la
nullité du fund. Est-il étonnant que nous vivions arec une
idée absurde de ce qu'était le Canada durant son premier
siècle ? Nos écrivains ont toujours pris à tâche de continuer
le langage du temps de Louis XIII et de Louis XIV, c'est-
à-dire qu'ils mettent do l'exagération en tout, comme pour
exaspérer les gcus do bon sens.
Rien ne so tient debout dans notre histoire lorsque l'on pas-
se derrière le rideau des phrases pompeut-cs ;. tout s'évanouit,
car ce n'ett qu'une illusion. Les choses, vues du côté réel,
sont tout autres que sur la face où l'on nous les représente.
Par malheur pour nous, les lecteurs de langue anglaise sont
servis par des écrivains qui ne leur cachent pas la vérité.
Nou* avons belle mine avec nos gascon nades ! Les étrangers
s'amusent à nous voir nous trompant les uns les autres par
patriotisme, et acceptant des vessies pour des lanternes afin
de no pas diminuer la gloire du nom français ! Voilà où nous
en sommes, et cette école de clinquant ost en pleine florai-
son. Avisez-vous, par exemple, de dire aux gens de Québtc
que Champlain n'a pas créé la navigation à vapeur, la cul-
ture des céréales, le commerce du bois, la citadelle de Qué-
bec, et vous verrez comment on reçoit les incrédules de votre
espèce. Aux fêtes annuelles on débite des phrases creuses,
des éloges basés sur rien, des affirmations de faits glorieux
qui n'ont jamais existé ! J'ai parfois hâte de voir ces beaux
discours ; ils me consolent en me faisant croire que les Cana-
diens ne sont pas près de finir leur carrière parce qu'ils ne
sont pas encore sortis de la première enfance.
— 294 —
Retournons ou due de Ventadour, quo nous avons à poine
salué en arrivant. 11 acceptait une charge où les souci» ne
manquaient pas. puisqu'il y avait de l'argent engagé dans
les opérations. Les Basques donnaient le cauchemar à la
compagnie du Canada en allant traiter dans le fleuve jus-
qu'à l'île Verte. Leur quartier général était l'île Saint-Jean,
aujourd'hui île du Priiico-Edouard. Le vaistcuu de pèche de
(«uers. l'un des friibordonnés de Cham plain — le seul vah-seau
que possédât ce dernier pour la pêche du golfe — avait été
capturé par les Basques en 1023, et amené sous les canons
. de l'île Saint Jean, car et s hardis coureurs de mer avaient
.su so fortifier (1623) en toute règle pour ne pas être inquié-
1 -s à leur tour dans le boulevard do leurs opérations. Us ne
reconnaissaient pas U s ordr<s du roi qui accordaient le pri-
vilège de la traite et de la pêche uniquement à la compagnie
du Canada. Un de leurs principaux capitaines, nommé Gué-
rard. avait même été jusqu'à Tadoussac en 1022. Celui-ci
s'était associé avec un Hollandais ou Flamand comme on di-
sait alors. Ils étaient armés de quatre pièces de canon d'en-
viron sept ou huit cents livres chacune,et de deux plus peti-
tes bouches à feu : le uavire portait vingt -quatre hommes. Un
bâtiment espagnol de deux cents tonneaux rôdait dans ce9
parages. Plusieurs Flamands faisaient la pêche dans lo bas
Saint-Laurent. Un vaisseau de la Jiochelle, commandé par
un homme manqué, traitait au Bic avec les sauvages. LeBail-
lif, commis de la compagnie du Canada à Tadout=sac. vivait
dans des inquiétudes continuelles. Ce port, si commode pour
les Franeais,n'eût pas suffi à contenir tons les aventuriers qui
le recherchaient, et par conséquent, LeBaillif comprenait
qu'on l'en chasserait pour prendre sa place. Dans un excel-
lent travail sur Tadoussac, dû à la plume do M. J.-Ed -
mond Roy, nous lisons : " Les anciens écrivains ont répété
tour à tour que c'était un bon port que celui de Tadoussac,
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Où vingt-cinq vaisseaux de guerre pouvaient se tenir à l'abri
de tous les vents. Cette capacité a été grandement exagérée.
Tout au plus cinq ou six vaisseaux de moyenne taillo y pour-
raient-ils mouiller." Champlain, très alarmé aussi, ne so
▼oyait pas en mesure do braver le j»éril, car il n'avait pas
même une quinzaine d'hommes pour faire au moins la pa-
trouille aux environs du Saguenay.
Guérard partit do Tadou.ssae presque en même temps que
Raymond de la Iîaldo, lieutenant d'Emeric de Oaon. De la
Balde se trouvait donc avoir la direction maritime, et son
premier devoir con.-istait à chasser les intrus,Basques, Kspo-
gnols et Flamands, du fleuve et du golfe Saint- Laurent, il
était à Miscou en 1623 lorsque les Basques so fortifièrent à
llle Saint- Jean. Sa situation devenait embarrassante. C'a-
tholique, toutefois très attaché à ses maîtres protestants (les
de Caen) il exerçait son pouvoir sur les sujets des deux reli-
gions ; mais que pouvait-il faire contre Iob " étrangère " nom-
breux qui résistaient à ses ordres ? Ce personnage devait s'i-
dentifier bientôt avec l'histoire du golfe Saint-Laurent, et
rendre de bons services à ses patrons. En 1623 donc, il en-
voya à Québec le pilote Doublet informer de Caen de co qui
Be passait vers Miscou. Le 23 août, de Caen et Pontgravé
. s'embarquèrent pour la France, et prirent chemin faisant, à
Gaspé, des renseignoinonta nécessaires à lapolitiquo qu'ils
auraient à suivre pour parer aux circonstances du moment .
lîaeontona ce qui se passait à Québec.
Voyant que le vice-roi élait changé, Louis Hébert deman-
da le ratification du droit de propriété que lo duc do Mont -
morency lui avait accordé én 1623. Le 28 février 1626 on
lui fit la concession d'une grande étendue do terre en sei-
gneurie. Trente ans plus tard sa famille en retirait quel-
ques rentes.
La situation de la colonie n'était guère enviable. Si d'un
Côté Champlain parvenait à faire comprendre aux marchands
la nécessité de certains petits travaux de défense ou do loge*
ment, il ne gagnait absolument rien du moment qu'il par-
lait dVtablir des familles sur les terres à titre de *implo cul-
tivateurs. En dix ans, de 1617 a 1627. on ne voit que Louis
Hélwt jardinant un peu dt semant quelques poignées de blé",
a;>rès avoir bêché le sol. Tl n'y ava:t pas de chnrrue aux
mains des colons, Marsolet, Ilortcl, Ni cole t, Le Tardif, les
trois' Godcfroy étaient encore interprètes ou employés de la
truite. Peut-être Couillard, Martin, Pivert, Desportes, Du-
cheBnes cultivaient-ils, mais rien ne l'atteste, et tout nous
fait supposer le contraire.
La cause de l'agriculture a toujours été mal vue des corn-
pagniesqut se succédèrent à Québec, do 160.8 à 1(527. Les
premières tentativos de culture dans la Nouvelle France
avaient eu lieu à la baie do Fundy, sur l'île Sainte-Croix
(1004), et à Québec (16u8). Ces travaux ne dépassaient pas
ceux d'un jardin potager ; leur objet n'était point de nourrir
le« émigrés, mais de procurer à de Monts et à Cham plain
des échantillons de ce que le nouveau foI pouvait produire.
En 1613 et en 1015. Cbamplain, à Québec, agrandit cette
petite exploitation. Louis Hébert, qui arriva en 1617, avait
dû faire comme en Acadie.c'cst à dire attaquer la terre avec
la bêche pour tâcher de la connaître. Il possédait un la-
bourage en 1620, mais il n'avait pas les outils essentiels à
ces sortes de travaux, puisque Cbamplain dit positivement
que la veuve Hébert fit usage de lu charrue, pour la pre-
mière fois, lo 26 avril 1628. Hébert était mort le 25 janvier
1627. On élevait des vaches et des moutons. Quant aux
chevaux, il ne vinrent ici qu'en 1666. En 1625, sur l'invita-
tion de Cham plain, quelques sauvages s'étaient mis à défri-
cher et à semer du blé-Inde, H la Canardière, joli endroit
englobé, quatre ans plus tard, dans les limites de la seigneu-
rie de Notre- Dame-des- Anges, près Québec.
— 297 —
Le P. Charles Lallcmant, écrivant de Québec, lo 1er août
1626, dit : " Nous sommes si éloignes de la mer que nous no
sommes visités pur les vaisseaux français qu'une ibis par
année, et seulement par ceux qui en ont le droit, car cette
navigation est interdito aux autres. Ce qui fuit que, si, par
hasard, ces vaisseaux marchands périssaient, ou s'ils étaient
pris par les pirates, nous ne pourrions compter que sur la
Providence do Dieu pour pouvoir nous nourrir. Eu ettet,
nous n'avons rien à attendre des sauvages qui ont à peino le
strict nécessaire."
L'un des capitaines qui visitèrent le poste de Québec en
1624 so nommait Charles Daniel, de Dioppe ; e'est proba-
hlement sur son bord que Champlain et sa femme s embar-
quèrent, le 15 août do cetto année, pour repasser en Frame.
Les vaUseaux des capitaines Pontgravé et (iérard ou (iué-
rard étaient alors à iliseou.
Le sieur de la Raldo était resté à Miscou et a (Jaspé. Au
commencement de bcptcmbre 1(524, il accompagna Cham-
plain en France, ainsi que Pontgravé et lo pilote Cananée.
Kmeric da Caen demeura à Québec l'hiver de 1024-25 en
qualité de commandant. Cinquante et une personnes, tant
hommes que femmes et enfants, composaient toute la popu-
lation blanche du jwste. Kmeric retourna en Fiance, l'été
de 1(525, avec t-on oncle Guillaume de Caen. Comme celui-ci
était huguenot, il se vit refuser la direction de la Hotte du
Canada, laquelle passa au sieur de la llalde, ayant Kme-
ric de Caen sous ses ordres. La " Catherine," de cent cin-
quante tonneaux,commandée par de la Iinlde, et la Flèque,"
do deux cents soixante tonneaux commandée par Kmeric de
Caen ; u l'Alloucttc," de quatre-vingts tonneaux, apparte-
nant aux Jésuites ; un bàtimont do deux cents tonneaux, un
autre do deux cent vingt,mirent a ta voile à Dieppe,et arrivè-
rent à Québec le 5 juillet 1626, ramenant Champlain avec
Eustache Boulé, son beau-frère, et le sieur Destouches, assis-
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— 298 —
tant do Cham plain, qui retourna en France au bout d'un an.
On est émerveille* aujourd'hui en attendant parlerdo pareilles
coquilles de noix pour traverser l'Atlantique.
Champlain rencontra (1626) des pêcheurs basques dont le
naviro avait été brûlé par accident. De Caen et de la Ralde
M'occupèrent du golfe, tandis que Champlain se rendait à
Québec. Pontgravé avait commandé à Québec durant l'hiver
1625-26. On souffrait tellement du manque de provisions qu'-
on avait envoyé une chaloupe à (îaspé pour en obtenir ; la
plupart des hivernants voulaient abandonner Québec.
Le P. Charles Lallomant écrivait le 1 or août 1626 : " Il n'y
a que trois ou quatre familles (do sauvages) qui ont défriché
doux ou trois arpents de terre, oft elles sèment du blé-d'Inde,
et ce depuis peu. On m'a dit que c'était les PP. récollets
qui lo leur avaient persuadé. Ce qui a été cultivé en ce lieu
par les Français est peu de chose ; s'il y a dix-huit ou
vingt arpents de terre, c'o«t tout le bout du monde."
Le 2.r) aoftt li;2<i, dit Champlain. Pontgravé se délibéra
de repasser en France... Corneille de Vendrcmur. d'Anvers,
demeura en sa place, pour avoir soin du la traite et des mar-
chandises du magasin, avec un jeune homme appelé Olivier
Le Tardif, de Honneur, sous-commis qui servait de truche-
ment.''
Le premier soin de Champlain fut do restaurer les bâti-
ments de Québec. Voulant aus*i tirer avantage de» prairies
naturelles situées près du cap Tourmente, oft l'on faisait des
foins depuis deux ou trois ans. et oft l'on élevait du bétail, il
y fit construire sans retard une habitation, ot y envoya lo
sieur Foucher avec cinq ou t-ix hommes, une femme (Mme
Pivert ?), et une jeune tille. ' Les récoltes, écrivait plus tard
le P. Lceloreq, allaient ft une petite mission formée au cap
de Tourmente, à sept lieues au-dessous de Québec, «ft I on
avait construit un fort avancé, non seulement contre les sau-
vages, mais principalement contre les ennemis (venant) do
l'Kurope."
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En 1025 étaient arrivés les premiers pères Jé-suites.
L'annéo suivante, ceux qui étaient dans la colonie so
nommaient Enemond Masse, Jean de Brébeuf, Anno deNono
et Charles Lallemant, sans compter los frères Gilbert Bur-
rel, Jean Golfostrc et Franyois Charreton. Le P. Lallemant di-
sait, le 1er août 1626 : " Pour nos Français, qui sont ici au
nombro de quarante-trois, nous no sommes pas épargnés ;
nous avons entendu lour confession générale."
Après avoir dit que, du temps de Henri III, Henri IV et
Louis XIII (de 1573 à 1640), la littérature française no dai-
gna point s'occuper de l'idée coloniale, il. Léon Deschamp*
(Revue de (jéoyrafhie, Paris 1885, p. 366), fait observer que
pourtant, Montluc et Montaigne, sous Henri 111, avaient for-
mulé des arguments, plutôt contre que pour la colonisa-
tion, et il ajoute : u Au XVII siècle l'unanimité est absolue ;
aucune voix discordante ne laitontendre et no produit d'écho
dans la littérature. Uue seule question provoque une courte
discussion et deux ou trois livres; c'est cullo de l'origine dos
Américains, soulevé par Hugo (îrotius en 1642. Kilo est im-
portante, puisqu'elle recèle la question de l'esclavage, que
nous retrouverons plus tard ; mais elle no crée pas en ce mo-
ment courant littéraire. Notons ce point important : Au dé-
but, et jusqu'à Champlain. l'action s'est manifestée surtout
par des voyages d'explorntion,qu'il n'était pas besoin de tairo,
qu'on divulguait bien plutôt par orgueil national ; chacun
voulait avoir sa part dans cette œuvre surtout scientifique.
Mais quand on eut compris le profit qu'on pouvait tirer do
ces terres vierges, quand la question d'économie eut été sou-
levée— et nous avons vu que ce fut en Franco, aux tempsMe
Bi>diu et de Leaearot — on changea de sentiment et de mé-
thode. L'action devint commerciale et politique, c'est-à dire
qu'elle se cacha. On ne la retrouve que dans le fait accompli
ou dans los documonts d'Etat. Cela explique le silence dos
littérateurs ; au XVI lo siècle, et trop souvent depuis, ou a
— 300 —
laissé en France, au gouvernement, au roi, le soin des choses
d'Etat ; c'eût été crime, et un crime promptement puni, d'en
raisonner."
Jean Eodin, mort en 1500, et Lcscarbot, qui vivait encore
vers 1630, ont en effet ouvert les yeux de leurs compatriotes
sur l'avantage do s'emparer don pnj's nouvellement décou-
verts ; mais les Français ne comprirent pas du tout la ma-
nière de fonder des colonies ; ils so contentèrent d'un peu do
trafic avec les sauvages.
J .es dispositions quo montrait Richelieu à l'égard de? entre-
prises coloniales furent bientôt connue*. Dans la seule année
1626, il lui fut adressé cinq mémoires ou lettres sur " le fait
du commerce do la marine"; lui-même est l'auteur ou le pro-
moteur d'un très grand nombre de contrats, lettres, rap-
ports ot statistiques ayant le même objet. J>c ces documents,
les plus intéressants sont le mémoire de Richelieu touchant
la marine, et les mémoires que le chevalier de Rasilly et un
anonyme adressent à Richelieu en 1626. Le premier a été
public dans la collection des u Document Inédits de l'Histoire
de France et il suffit d'un mot pour l'analyser. Richelieu
y expose en substance qu'il est nécessaire que le roi relève
sa puissance maritime, sans 'aquelle il ne fallait plus faire
estast d'aucun trafh'eq," et qu'il est prêt à. consacrer 1.500,-
000 livres par an à l'entretien do u trente vais>eaux de guerre
pour tenir les eûtes nettes."
Le fait e*t quo les navires battant pavillon français ne pou-
vaient guère s'éloigner de la vue des côtes de leur pays, tant
les Kspagnols.lcs Hollandais et les Anglais leur donnaient la
chasse. On voyait ju-qu'à des pirates algériens venir atta-
quer dans le golfe Saint-Laurent les bâtiments pêcheurs qui
avaient réussi à s'échapper à travers l'Atlantique pour se
procurer de la morue a Terre-Xeuve ou au cap Breton.
Sous l'influence bienfaisante de ce ministre, naquirent une
dizaine de compagnies avec le dissein d'exploiter les pays
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lointains et à y transporter le nom delà France : La Nacelle
de saint Pierre, 1625 ; la compagnie du Morbihan, 1626 ; les
Cent Associés, 1627 ; la compagnie des Ilesd'Amérique,1627 ;
la compagnie do l'Ile SainUChristophe, 1635 ; la compagnie
du Cap nord, 1638 ; la nouvelle compagnie de l'Ile Saint-
Christophe, 1642 ; la compagnie de Madagascar, 1642.
Pur malheur, un contrat sur le papior n'est pas finalement
uhoso faite. La nature humaine n'est pas assez droite pour
se conformer aux conditions inscrites dans un acte par de-
vant notaire ou par devant le roi— il faut toujours que le
bras de la justice menace les " honorables parties contractan-
tes," car autrement celles-ci se gardent bien de remplir leurs
obligations. Richelieu n'était pas a*-sez naïf pour ignorer cela,
mais comme c'était Richelieu, c 'est-il dire un homme dont la
tète était bourrée de plans et qui ne pouvait courir qu'au plus
pressé, il ne tarda point à laisser les commerçants s'arranger
à lour guise. Par là, lo champ fut ouvert sans restriction à la
rapacité des marchanda qui s'appliquèrent à recueillir en
Afrique ot en Amérique le plus de denrées commerciales,
mais sans établir do colonies stables. Richoliou leur avait
imposé l'obligation de créer des colonies, en retour du pri-
vilège qu'il leur accordait de traiter avec les indigènes,mais
il ne les surveilla nullement, et la moitié du contrat inter-
venu entre eux resta lettre morte. J'admire les historiens
qui énumèrent, comme je viens de le faire lesnoms des com-
pagnies fondées par Richelieu et qui expriment lour admira-
tion de tant de belles entreprises sorties du cerveau d'un seul
homme !
Quand même cent hommes et davantage auraiont conçu
de semblables projets, il importe peu ; l'essentiel est de sa-
voir ce qui en est résulté, or les prétendues colonies de Riche-
lieu n'ont produit momentanément quedosimplos comptoirs
de traite, et bientôt après des banqueroutes sur toute la ligne.
L'histoire doit tout dire, autrement ello n'est pas l'Histoire>
— 302 —
et dcviont une légende bonasse qui accepte tout sans riei>
comprendre.
Il va de soi que si le roi ou des individus veulent former
une colonie, c'est parle moyen d'habitants ou de colons qu'ils
y parviendront. Alors, il en coûtora de l'argent pour trans-
porter <es gens et les aider à s'établir. Ici se trouve la clef
de la situation. Le roi no voulait pas débourser d'argent.
Les hommes du commerce lui tirent croire que son rôle, en
ett'et, n'était pas de payer, que c'était plutôt à eux de four-
nir les fonds nécessaires, avec l'entente que le souverain
leur permettrait le commerce pour se refaire de leurs dé-
penses, iiiehelieu et Louis XIII se laissèrent facilement
persuader du mérite de ce plan ; le commerce fut concédé
aux compagnies marchandes parce que ces dernières s'obli-
geaient à peupler les nouveaux paysqu'on leur abandonnait.
Va-t'en voir s'ils viennent, Jeun !
Citons encore M. JJeschumps, puisque son étude représen-
te une page touto laite des annales canadiennes d'après la
manière de presque tous nos écrivains. Les commerçants,
dit-ils, n'ont pas été " les seuls à prendre intérêt aux con-
quêtes coloniales. Toutes les classes de la société, depuis le
roi jusqu'au public oisif, y ont pris part ; acteurs, auteurs
ou lecteurs se trouvent à la cour comme à la ville, en pro-
vince comme à Paris, au cloître comme dans les ruelles... Il
est remarquable que presque tous les capitaines chargés de
conduire les expéditions sont de petite noblesse,à commencer
par le sieur de Champlain, " écuyer." Ainsi, le chevalier de
Kasilly, qui appartenait à une famille do Touraine, appa-
rentée à .Richelieu, et qui fut commandeur de l'ordre des
hospitaliers de Saint-Jean ; ainsi le sire de Lauzon, ainsi
Pierre de Blam, écuyer, sire do Desnambuc."
Hé oui ! tous de la noblesse, plus ou moins, noblesse rui-
née par exemple, et qui, à cause de cela, se faisait commer-
çante, prêtait son nom aux trafiquants, cherchait à redorer
— 303 —
des blasons— mai*, pas à créer des colonies ! Toute l'histoire
française du XVI le siècle est posée sur ce pivot fragile.
Aussi la machine a-t-ello fonctionné pitoyablement.
Dans la liste des Cent- Associas, les noms de noblesse ot de
hauts fonctionnaires sont les plus nombreux. Citons-en quel-
ques-uns : le marquis d'Kfhat, surintendant des finances^
Isaac Martin do Mauvoy, intendant de la marine, Claude de
Roquemont. écuyer, sieur de Briseon, If»oae do Rasilly, che-
valier de Tordre» de Saint- Jean do Jérusalem, Jean de Tayot,
trésorier de France, Vthier Uolnor, secrétaire du roi, Claude
Bragelonne, surintendant et commissaire général des vivres,
des camps et armées de France.
Je relève à dessein dans cette liste les noms dos associés
appartenant à la Normandie, parce que, en 1629 principale-
ment, nous rencontrerons leurs navires dans le golfe Saint-
Laurent : David Duchesne, conseiller, échevin du Havre-do-
tlrâce ; noble homme Simon Dahlon, syndic de Dieppe ; Jean
Kof>éo. marchand de Rouen, qui fut le premier seigneur de
Hie d'Orléans (en bois debout) près Québec ; Simon Lemaî-
tre, marchand de Rouen, qui fut le premier soigneur de la
côte de I.uuzon ; Adam Mannes<ier, bourgeois et marchand
du TIavie-de t irâce . maître André Daniel, docteur en méde-
cine, demeurant rue D'Keosse, à Dieppe ; Charles Daniel,
capitaino pour le roi en la marine, frère du précédent, marié
à Dieppe ; maître Pierre Boulanger, conseiller du roi et élu
à Montvilliors ; maître .lean Féron, conseiller du roi et pay-
eur des espèces do messieurs de la cour du parlement do
l'ouen ; Henry Cavclier, mercier grossier, do Rouen, frère
de Jean Cavclier, marchand, qui fut le père du découvreur
Cavolier do la Salle ; Jean Papavoine, marchand, de
Rouen ; Maître Michol Jean, avocat à Dieppe ; Jean Vin-
cent, conseiller et échevin de Dieppe ; Nicole Langlais,veuve
do Nicolas Blondel, conseiller et échevin de Dieppe : Claude
Girardin, marchand de Rouen ; François Mouet, marchand,
— 304 —
de Rouen ; Jacques Duhamel, marchand, de Rouen. J'en
conclus que la Normandie comptait pour le quart, ou bien
près de ce chiffre,dans le nombre des Ccnt-Associés ; le prin-
cipal groupe se trouvait néanmoins à Paris.
Le sud de la France figure pour un petit nombre de mem-
bres. A ce sujet, il est bon de noter que les protestants Bu-
taient soulevés dans le midi et avaient été écrasés par Riche-
lieu, en 1825 ; de plus, que les chefs de ce soulèvement
avaient péri Bur l'échafaud en 1626. C'est aussi du camp
devant la Rochelle, dernier boulevard des protestants, que
fut signé, le 6 mai 1627, l'acte d'établissement des Cent As-
sociés.
Rkxjamin Sulte
(La fin dans la prochaine livraison)
LE LOUP-GAROU
On désignait ainsi autrefois, dans nos campagnes, une per-
sonne condamnée, après sa mort, à être changée en loup ga-
rou pour méfaits causés de son vivant. La punition se pro-
longeait durant sept ans et sept mois, et avait principale-
ment pour causes, soit la négligence à '• faire ses piques," ou
quoique gros scandale qui avait remué toute la paroisse. Le
loup'ijarou courait les champs, durant 'la nuit, et. quand on
le rencontrait, on pouvait délivrer l'âme du malheureux, en
trayant sur lui un grand signe de croix. Mais le malin esprit
ne se laissait pas facilement approcher, et d'ailleurs chacun
prenait ses jambes à son cou du plus loin qu'il l'apercevait.
Cotte superstition a subsisté longtemps au Canada, et même
n'est pas encore complètement disparue, aujourd'hui, de
certaines campagnes reculées.
Sylva Clapix
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RÉPONSES
Le monument Wolfe et Montcalm à Québec.
(IV, I, 404.)— John-Charlton Fisher, ou le Dr Fisher, com-
me on 1'appolait, était né en Angleterre, à Carlisle, en 1794.
Après avoir fait de fortes études, il avait traversé l'océan
et était allé se fixer à Now-York, où il avait fondé un jour-
nal intitulé The Albion. En 1823, il l'ut appelé à (Québec
dans les circonstances suivantes. La Gazette de Québec. fondée
en 1764 par Brown et Gilmore, contenait une partie otliciello
dans laquelle avaient paru depuis un grand nombre d'années
toutes les annonces et publications du gouvernement. Mais
M. John Neilson, propriétaire du journal en 1822,étant député
du comté de (Québec et ayant pris une attitude hostile à l'ad-
ministration dans la Chambre d'Assemblée, crut qu'il était
plus con%enublo d'abandonner cette propriété à un autre.
C'est pourquoi, le 1er mai 1822, Samuel Neilson. tilsdo John,
devint propriétaire de la Gazette et de l'imprimerie, en socié-
té avec William Cowan. 11 tut nommé imprimeur du roi au
mois de juillet de la même année, et la Gazette ajouta à son
titre les mot** : " publiée par autorité".
Mais bientôt, l'opinion publique ayant été saisie du famoux
projet d'union de 1822, le parti populaire en fut vivement
ému, et ses chefs jetèrent feu et Hammo contre eette tentati-
ve inique. M. John Neilson ne fut pus l'un des moins éner-
giques. Il protesta avec véhémence contre le projet et fut
délégué en Angleterre avec M. Papineau pour le combattre.
Il n'en fallut pas davantage pour enHammer le courroux
de l'irascible lord Du) hottoie. il relira à Samuel Neilson, sa
commission d'imprimeur du mi,lit venir do New- York John-
Charlton FiNher à qui il transféra cette commission et le
chargea de la direction d'une gazette officielle intitulée La
Gazette de Québec par autorité. Cotte nouvelle gazette, outre
les annonces officielles, publia des écrits littéraires et politi-
ques remarquables.
— 306 —
Au mois d'août 1827, la Gazette par autorité publia un
jour, l'entrefilet suivant : " HOMMAGE PROJETE A LA
MÉMOIRE DE WOLFE ET MONTCALM. C'est depuis
longtemps un sujet de surprises et de regrets qu'il n'y ait pas
à Québec de monument public, pour rappeler la mort glo-
rieuse de Wolfe et de Montcalm. Ce sentiment a induit le
gouverneur en chef à proposer à la considération du public
et des oflù iers qui servent maintenant sous ses ordres, en Ca-
nada, le dessin d une colonne qui serait érigée sur la Place
d'Armes, en fj.ee du Château St -Louis. On peut voir ce des-
sin à la bibliothèque de la garnison, où le bibliothécaire a
instruction d'admettre ceux qui désireraient l'examiner.
Le gouverneur en chef s'abstient d'en dire davantage sur ce
nuji't. et se borne à assurer qu'il accueillera tous les avis qui
pourront lui être adressés, et qu'il donnera à cotte œuvre
toute l'assistance ot l'encouragement qu'il pourra."
Immédiatement, une souscription fut commencée, un co-
mité fut formé, ot oti ouvrit un concours pour l'inscription
qui serait gravée sur le futur monument. Le prix de ce con-
cours était une médaille; d'or.
Le comité était composé comme suit : l'honorable juge en
chef, président ; M. le juge Tasehereau, le major général
Darling, le lieutenant colonel Cock burn, le capitaine Young,
le capitaine Melhnish, M. George Pemberton.
Lord l>alhonsie réunit les souscripteurs au château Saint-
Louis, le 1er novembre 1827. 11 leur soumit les dessins du
monument projeté ; dus au ta'ent du capitaine Young, du
70ème régiment. Il exprima l'opinion (pie le monumont de-
vait être simple et à la portée d'une souscription limitée. Il
annonça aussi que des souscriptions avaient été offertes de
New- York- et qu'il les avait acceptées.
Les dessins du capitaine Young furent agréés par l'assem-
blée. Et dès le 15 novembre, avait lieu la cérémonie do la
pose de la première pierre. Le site du monument n'était plus
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la Place d'Armes, comme on l'avait d'abord proposé, mais 1»
partie inférieure du jardin du gouverneur, c'est-à-dire ce qui
constituait autrefois lo jardin de l'Ecole Xormalo Laval, avant
la prolongation de la Terrasso.
La cérémonie eut lieu avec grande pompe. Le 66èmo et le
7*Jème régiment faisaient la haie du pied des glacis jusqu'au
château. Lus journaux du temps rapportent que lu grande
logo des lranc-niacons,ayant à sa tête le grand-maître Claude
Denéchaud — un Canadien, s'il vous plait — prit une part con-
sidérable à la cérémonie. La comtesse de J)alhousie, accom-
pagnée de l'honorable lady Hill, de l'honorable .Mme Core,
de Mme JSewell et de plusieurs autres y assistaient. Le gou -
verneur avait autour de lui le lordévêquedo Québec, le juge
en chef, les membres du comité et une foule d'autres. Le
chapelain des forces récita une prière, l'uis lord Dalhousie
demanda à M. Hénéchaud, le grand-maître dos francs ma-
çons, de procéder aux rites de son ordre. Après les simagrées
maçonniques un incident plus touchant se produisit. M. James
Thompson, un vétéran -de I armée de Wolfe, qui rigurait dans
les rangs de l'armée victorieuse, le 1:5 septembre 1759, et
qui en 1N27 était âgée de 95 ans, fut invité par le gouver-
neur à donner, un coup de maillet sur la pierre. Cette évoca-
tion vivante du passé, au milieu do la solennelle démoustra -
tion, produisit une profonde impression.
On a vu plus iiaut que le monument devait être érigé en
premier lieu sur la Place d'Armes. Le choix subséquent du
jardin du gouverneur, où se cultivaient alors, parait-il, cer-
taines plantes potagères, ne plui pas au public canadien. Un
écrivain malicieux adressa à la (iazettede Quéhcr cette com-
munication épigrauimatique :
u En voyant, ce matin, la cérémonie quia eu lieu à l'occa-
sion du monument que l'on élève à Wolfe et Montcalm, j'ai
songé comme suit : Si par une tigure do rhétorique Wolfe et
Montcalm revenaient en ce monde, no diraient-ils pas : "Hé-
— 308 —
las, vanité des vanité ! nous espérions une place parmi lea
héros, et l'on fait de nous, en Canada , des admirateurs de
patates, des planteurs do choux, et des garde-légumes dans
lu potager du gouverneur."
Jadis, dans les combats balançant le destin,
VoihV Montcalm et Wolfe priapcs d'un jardin.
" A moi la médaille offorte."
Cette malice eut du succès. On l'attribua généralement à
M. Isidore Bédard, fils du premier juge Bédard, et frère de
M. Elzéar Bédard, l'un dos lieutenants do Papineau, qui fut
fut -plus tard juge aux Trois liivières. M. Tsidorc Bédard est
l'auteur do chant patriotique : " Sol canadien, terre chérie."
11 fut élu député du comté de Sagucnay aux élections de
1830, et mourut en France au printemps de 1833.
Cette boutade humoristique contribua sans doute au nou-
veau changement de eite pour lequel ou se décida. En effet,
après la cérémonio pompeuse «le la pose delà promière pier-
re, il se trouva que, l'année suivante, en 1820, lo monument
AVolfe- Montcalm fut érigée dans le jardin supérieur, qu'on
appelle aujourd'hui u jardin du fort ", auquel il ost étonnant
qu'on n'ait pas songé tout d'abord, tant il offrait d'avan-
tages.
Au commencement de septembre 1828,1e monument était
terminé, et il fut inauguré le 8 de ce mois, le jour même du
départ de lord halhousic.
La médaille offerte par le comité avait été gagné par le
Dr John-Charlton Fisher. L'inscription du Dr Fisher a fait
l'admiration de tous les connaisseurs. Kilo résume avec force,
élégance et concision l'idée- mère qui a inspiré l'érection de ce
monument historique.
Une autre inscription, qui so lit en arrière du monument,
eut pour auteur le révérend Dr Mills, chapelain des troupes.
En voici le texto :
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1
— 309 —
" TTyusce Momemonti Tn Virorum Tllustrium Memoriam.
WOLFE ET .MONTCALM. Fundaraentum P. C.Georgius
Cornea do Dalhousie, In Septentrionalis Amerieao Partibus
Sum m am reruin Administrons, Opus Per multos Annoa
Prœtcr mi^sum, Quid Duci Egregio Convcnientius ? Aucto-
ritate Promovens, F.xemplo Stimulans. MunificcntiaTeovens,
A. D. MPCCCXXVIÏ. Ceorgio IV. Hrilanniurum Kege."
Lu Dr John-Charltnn Fisher, l'auteur de la première ins-
cription, continua à rédiger la dazette par autorité jusqu'en
1S31. A cette dale, les hommes au pouvoir lui demandèrent
de supprimer res articles politiques, qui n'étaient plus en
harmonie avec les principes du nouveau ministère anglais.
Et son journal devint purement et simplement une Gazette
officielle.
M. Fisher rédigea ensuite le Mcrrnry. En 1841, il fonda un
journal hebdomadaire, The Conservât ire. Il fut l'un des mem-
bres les plus distingués de la Société Littéraire et Historique
fjndéo en 1824.par lord Dalhousie.et dans laquelle il remplit
tour à tour les fonctions do secrétaire, de trésorier et de pré-
sident. Hfutaupai lo principal collaborateur de M. Alfrod
Hawkins, dans la publication du beau volume si recherché
des bibliophiles, intitulé Ph'tnresytw Québec
Lo Dr Fisher mourut au mois d'août 1849, sur le steamer
"Sarah Sands", ùbord duquol il revenait d'Angleterre à Qué-
bec.
Tunotcs
Lé v is et tes tt rapett t un deses rét/iments. (V.IV,
G08.) — Après sa glorieuse mais inutilo victoire de Suinte*
Foyo, lorsqu'd vit quo la mère-patrie abandonnait la Nou-
velle-France. Lévis se replia sur Montréal.
Dans la nuit du G septembre, une assemblée fut tenue
chez lo marquis de Vaudreuil. Los principaux officiers de
l'armée étaient présents.
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Amherst s'avançait avec une armée «le quinze mille hom-
mes, Murray avait sous ses ordres quatro mille hommes ot
l'armée du lac Champlain forte de dix raille hommes pou-
vait se joindre à cos dix-neuf mille guerriers à quelques heu-
res d'avis.
A ces trente mille soldats, Levis pouvait opposer à peu
près trois mille hommes, soit trois Français contre dix An-
glais. Les provisions étaient épuisés, les munitions étaient i
la veille de l'être. Les fortifications do Montréal étaient en
ruine. La perspective, on l'avouera, n'était pas encoura-
geante.
Bigot lut un mémoire sur la situation de la colonie et
soumit à rassemblée un projet de capitulation rédigé par
lui. Tous pensèrent comme Bigot, qu'il était préférable d'ob-
tenir une capitulation avantageuse que de faire une défense
opiniâtre qui ne différerait que de quelques jours la perte do
la colonie. Bougaiuville fut envoyé auprès île Amherst
pour proposer une suspension d'armes d'un mois. Celui-ci
refusa et donua six heures à Vaudreuil pour en venir à une
détermination.
On envoya à Amherst le projet de capitulation préparé
par Bigot.
Le premier article de ce projet se lisait comme suit :
Vingt-quatre heures après la signature, le général an-
glais fera prendre, par les troupes de .Sa Majesté Britanni-
que, possession des portes de la ville do Montréal et la gar-
nison anglaise ne pourra y entrer qu'après l'évacuation des
troupes françaises",
Amherst écrivit à la marge :
•' Toute la garnison de Montréal doit mettre bas les armes
et ne servira point pendant la présente guerre.
*; Immédiatement après 'la signature de la présente, les
troupes du roi prendront possession des portes et posteront
les gardes nécessaires pour maintenir le bon ordre dans la
ville".
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Fresque tous les autres articles furent accordés.
Cet article était humiliant. M. de Bougainville fut envoyé
pour faire des représentations à Amherst,qui ne voulut rien
entendre. Dans la nuit, on envoya M. do la Pause pour lui
demander d'ajouter a. cet article " que l'arméo pourrait ser-
vir en Europe ". Amherst demeura inflexible.
C'est alors que M. de Lévis présenta le mémoire suivant à
M. de Vaudreuil.
" Aujourd'hui, S septembre.
,: M. le marquis de Vaudreuil. gouverneur-général de la
Nouvelle- France, nous ayant communiqué les articles de la
capitulation qu'il a proposée au général anglais pour la red-
dition du Canada et les réponses a, ses lettres, et ayant lu
dans les dites réponse;' que ce général exige pour dernière
résolution que les troupes mettent bas les armes et no servi-
ront point pendant tout, le cours do la présente guerre, nous
avons cru devoir lui représenter, en notre nom et en celui
des officiers principaux et autres, ties troupes de terre, que
cet article de la capitulation ne pont être plus contraire au
service du lîoi et à l'honneur de ses armes, puisqu'il prive
l'état du service que pourroient lui rendre, pendant tout le
cours de la présente guerre, huit bataillons de troupes do
terre et deux de cello de la marine, lesquelles ont servi avec
com rage et distinction, service dont l'Etat ne seroit pas privé
si les troupes étoient prisonnières de guerre et même prises
à discrétion.
4i En conséquence, nous demandons a M. de Vaudreuil, do
rompre présentement tout pourparler avec le général an-
glais et de se déterminer à la plus rigoureuse défense dont
notre position actuelle puisse être susceptible.
Nous occupons la ville de Montréal qui quoique très
mauvaise et hors d'état de soutenir un siège, est à l'abri d'un
coup de main et ne peut être prise sans canon. Il seroit inouï
de se soumettre A des conditions si dures et humiliantes pour
les troupe* sans être canon nés.
— 312 —
" D'ailleurs, il reste encore assez do munitions pour soute-
nir un combat, si l'ennemi voulait nous attuquer l'épéo à la
main, et pour en livrer un, si M. de Vaudreuil veut tenter
la fortune, quoique avec dos forces extrêmement dispropor-
tionnées et pou d'espoir de réussir.
" Si M. le marquis de Vaudreuil, par des vues politiques,
bc croit obligé de rendra présentement la colonie aux An-
glais, nous lui demandons la liberté de nous retirer avec les
troupes dans l'île StoHélèno, pour y soutenir en notre nom
l'honneur des armes du Roi, résolus de nous expoaer à tou-
tes sortes d'extrémités plutôt que de subir des conditions qui
nous y paroissent si contraires.
Je prie M. le marquis de Vaudreuil de mettre sa réponse
pas écrit au bas du présent mémoire.
(Signé) Le chevai.iek i»e lévis"
M. de Vaudreuil répondit au mémoire du chevalier de Lé-
vis par les lignes suivantes :
*' Attendu que l'intérêt de la colonie ne nous permet pas
de ref user les condition» proposées par le général anglais, les-
quelles sont avantageuses au pay* dont le sort m'est confié,
j'ordonne à M. le chevalier de Léviw de se conformer à la
présente capitulation et faire mettre bas les armes aux
troupes.
A Montréal, le 8 septembre 17b'0.
(Sign ?) •< V.Vl DREl il ".
M. do Lévis, voulant épargner aux troupes une partie des
humiliations qu'elles allaient subir, leur tit brûler leurs dra-
peaux pour les soustraire à la condition de les remettre aux
ennemis.
On se domaiule souvent où les drapeaux des régiments
français furent brûlés. Hubert Larue (Jfiftoirt 'populaire <ht
Canada) et Ac hintre ( L'île Saintc-Jfilène, son passé, son pré-
sent son ar< n/r)disent expressément que le fait arriva dans
l'île Sainte-Hélène.
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Rien dans les lettres et rapports de chevalier du Lévis et
les relations du temps n'indiquent que la cho.se t?o soit pas-
o 'e à l'île Sainte Hélène.
("est le S septembre 1760 que M. de Levis donna l'ordre
de brûler les drapeaux. Or à cette datc.il n'y avait que quatre
cents hommes sur l'île Sainte-IL'lèno. Le reste del'arméo était
campé un peu partout sur l'île do Montréal. Il est donc plus
probable que chaque rétriment on bataillon fit brûler ses
drapeaux là où il se trouvait campé.
P.-ti. R
Les camé r ier w secrets surnuméraires de Sa
Sainteté. (V, Arl, fi29.) — " On no connaît pas l'époque de
l'institution des camériers secrets surnuméraires do Sa Sain-
teté. Elle a dû se faire peu à peu, les Souverains Pontifs
voulant honorer de? prêtres qu'ils envoyaient on mission et
les faire mieux représenter le Saint-Siège.
" L'habit d'étiquette du camérier Bocrot se compose de la
soutane sans queue avec la ceinture et le mantellone sur la
soutane. L'étottedela soutane et du mantellone est,en hiver,
un drap de laine violette, en été, la soie violette. L'extré-
mité des manches de la soutano a des revors de soie violette
hauts de six doigts, le4» boutonnières, boulons, filets, sont de
soie violette. Le mantellone a des rêvera de soie violette
large de deux palmes. La ceinture sur la soutane est tou-
jours de soie violette, a quatre ou cinq doigts de largeur, et
les extrémitésqui pendent sur le côté gauche sont terminées
par deux glands de soie violette. Avec cet habit, les camc-
riers peuvent porter le collare de soie violette. Il leur est
défendu de porter des bas violets, et au chapeau un gland,
cordon ou tout autre insigno violet. Les bas et le cordon
du chapeau doivent être noirs.
" Les camériers peuvent prendre dans l'usage privé ou
jcivil,une soutane noire sans queue,qui aura les boutonnières
jet boutons violets. Ils mettent sur cotte soutane une cein-
— 314 —
ture large de trois doigts on soie violette et dont l'extrémi-
té, au lieu d'avoir des glands, est bordée d'une petite frange
violette. Le manteau sera toujours noir, de laine ou de soie.
Ils peuvent porter avec ce costume le coltare violet, mais on
leur défend absolument d'avoir de» bas violets ou un cordon
Violet au chapeau.
" Les camériers secrets timbrent leurs armes d'un cha-
peau violet d'où descendent deux rangées de glands, suivant
des cérémoniaires, trois rangées^uivant d'autrcs,ct de même
couleur.
4< La charge de camérier secret Mirnuméraire cesse avec
le Pape quia nommé. Il faut, par conséquent. à chaque chan-
gement de pontiricat, demander le renouvellement de cette
nomination. 11 s'ensuit que, pendant le temps do la vacance
pontificale, le camérier secret surnuméraire ne peut porter
Aucun insigne; il n'est plus camérier." (Hattandicr).
Camériers secrets surnuméraires canadiens : Mgr Joseph*
Sabin Baymond (St-llyacinthe), 1876 ; Mgr Joseph-David
Déziel (Levi,,), 1880 ; Mgr^F.-X. Bossé (Saint Charles de
Caplan). 1883 ; Mgr C.-A.* Marois (Québec), 1887; Mgr
Henri Têtu ((Québec, 11 mars 1887 ; MgrC.-O. Gagnon (Qué
bec), 181)0 ; Mgr P.-F. McEvoy (Hamilton, Ont.).
P. g. R.
Le C(tpà-1* Arbre. (V, Vil, 631.)— Une note mise au
bas doja page 65 du Journal des Jésuites par MM. les abbés
Laverdière et Casgrain, dit que le Cap ù l'Arbre est le mémo
que " le Platon, appelé, du temps de Champlain, la j>ointe
Sainte-Croix." Les sources de renseignements ne sont pas in-
diquées.
Interrogé par M. 1I.-G. Malhiotsur la situation exacte du
Cap à-1' Arbre, M. Laverdière répondit qu'en définitive il n'en
était pas certain. Voyons ce qui peut nous éclairer là des-
sus.
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Une fille do Michel Goron— Marie -Françoise — épousaenl68î)
Robert Guy ou llouy dit Saint-Laurent, soldat do la compa-
gnie de M. des Bergère*.
A cette époque. Michel < îoron habitait ;I la seigneurie de
l'Esehaillon," concédée depuis 1<>74 à M. Pierre de Saint-
Ours ; deux lieues de front à commencer quatre arpents au-
dessous do la petito rivière Duchesne. Cette rivière, le seul
cours d'eau de la seigneurie de Deschaillons, traverse diago-
nulement les terres et m* jette dan» le fleuve un peu au-des-
sous du " Cap à la "Roche."
La grande carte cadastrale (manuscrite) dont copie se
voit à Ottawa, portant la date de NW-î-1709 indique parfai-
tement le Platon situé au bas de la seigneurie voisine, celle
de Deschaillons, qui commence trois lieues et demie, à peu
près, plus haut que le Platon.
Dès la deuxième terre de Deschaillons, on rencontre Mi-
chel Goron ; à. la troisième il y a uno rivière ou gros ruis-
seau sans nom, c'est la petite rivière Duchesno. Après cela,
on compte six terres et l'on trouve celle de Robert Ouy. En
remontant toujours, on passe quatorzo terres avant d'attein-
dre la seigneurie de Levrard.
En face de la terre de Robert Ouy, sur l'autre côté du
Saint-Laurent, sont la troisième et quatrième terres du haut
des Grondines.
La liste des noms d'habitants que porte la carte, servira
de complément à l'explication :
La première terre est en blanc. Ensuite vionnent : Michel
Goron, un blanc avec l'embouchure de la rivière, François
Goron, J. Denovert, Mailloux, Peaudet. Bérubé, un blanc,
Robert Ouy, D. Garon, Lebœuf, Ohesne, Masson, Maillou
(Mailhot ? qui était parent de Goron), un blanc, Lebœuf,
un blanc, Pineau (dit Laperle), Laverdure, un blanc, Pi-
neau, Tousignan. Tousignan.
Robert Ouy mourut en 1702. Son fils, Robert, avait épou-
sé Marguerite Gariépy. Devenu veuf, il contracta un second
— 316 —
mariage avec Louise Pilottc, en 172JK A co propos, on le dé-
signe comme habitant du " Cap-à l'Arbre, paroisse de Lot-
binièro." N'oublions pas que la seigneurie de Dent-haillons
était alors comprise dans la paroisse de Lotbinière ; elle était
souvent appelée u le petit Suint-Ours."
La terre des Ouys était donc au Cap a l'Arbre, ou un
peu plus haut.
Si on rapproche ce rcm-eigneniont de la carte cadastrale
déjà citée et de la situation bien connue du cap à- la Roche
ainsi nommé aujourd'hui, on so convaincra que le cap à
l'Arbre et le cap à la Itoche sont un soul et même site.
Bknjamin Su LTE
JjCH An if lai s à Veschambault eu 1750. (V, II,
574.) — Peu de temps après la conquête du Canada par les
Anglais, Iicschambault lut mis sous le coup d'un émoi msscz
palpitant et qui no peut s'effacer de la mémoire de ceux qui
en ont entendu le récit :
" C'était en l'automne de 1759. Une frégate anglaise très
bien équipée remontait le fleuve St Lament. Lorsqu'elle fût
dans le lîk-helieuA-is à-vis do l'église.lo bruit du canun se fit
entendra et uu énorme boulet frappa et traversa de part en
part le mur de l'église près de la cou vert ure au moment mê-
me ou le Saint-Sacriticc était célébré par Mr. Ménage premier
curé de cette paroisse. Les assistants offrayés se précipitè-
rent dehors et prirent la fuite vers les bois. En vain M. Mé.
nage voulut les retenir : lui-même après la messe, croyant
une descente des Anglais, enleva les vases sacrés ot alla se
cacher dans la forêt afin de les soustraire aux outrages aux-
quels pourraient se livrer ces nouveaux maîtres encore sous
les coups de l'exaspération. Ces pauvres habitants très peu
nombreux et sans armes aucunes,s'arrctèrent à l'arrière d un
coteau qui se trouve àtrento arpents environ de l'église et
du sommet duquel ils pouvaient observer la manœuvre de
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— 317 —
038 étrangère* s'ils mettaient pieds à terre, ce quite ne firent
point à la grande satisfaction des gens." (1)
A cette époque, l'on ne ne chicanait pas pour le< éco'es
vu qne l'éducation dmnéo aux j»unis gins était ix-
cluêivement militaire et consistait principalement dans le
maniement des armes et autres exercices en rapport avec les
combats.
On voyait encore dans ces dernières années des restes
de redoutes sur le cap Lauzon, près de l'église de
Desehambault (en face du couvent), afin do les habituer à
la prise d'assaut de ces sortes do forteresses ou à leur défen-
se au cas où ils auraient ù s'y maintenir, ou si déloger l'en-
nemi. Au même endroit on voit encore quelques uns de ces
beaux pins sur le bord du cap, si biens connu des naviga-
teurs ; il sont criblés des balles lancées par ces jeunes gens,
futurs défenseurs de la patrie. Ils aimaient à se familiariser
d'avance avec un métier qu'ils seraient tôt ou tard appe-
lés à exercer.
L. Saixt.-Amant
L'exploit du capitaine Jiouehette(V, V[, 62t>.)
—Jean- Baptiste Bouehctte commandait un brigantin sur le
fleuve, l'automne de 1775, lorsque le gouverneur Carleton
fut obligé de fuir de Montréal, qui était tombé au pouvoir
des Américains. Bouchctte s'offrit pour le conduire à Qué-
bec; en passant à travers les patrouilles de l'ennemi. La ca-
pitulation avait eu lieu le 12 novembre, et le gouverneur
(l) Je me rappelle fort bien avoir vu dans les murs de la vieille église de
Desehambault le trou percé par le Ixiulet anglais.
Je ne crois pas que le boulet soit tombe sur la terre de Jean Gruleau,
aujourd'hui propriété de M. Z. Gignac, vu que cette terre est la seconde
au nord-est de l'église et que son passage dans le mur n'indiquait pas cette
direction.
4 tait monte" ù bord du biigantin de Bouchette, qui passait
pour le premier manœuvrier du fleuve. On eut bientôt con-
naissance que le colonel Eaton avait été détache* à la pour-
suite, mais Bouchette n'était fas seul sur le fleuve ; il
déguisa son bâtiment, tii a des bordées qui l'éloignèrent du
côté de Luprnirie, et masqua si bien pon jeu que Katon fila
vers Rcpcntigny, croyant être sur la bonne piste. Bouchette
le suivit le 13, et arriva le 14 à Lavaltrie, où so trouvait le
capitaine Bellet, lequel avait fait bastinguerea goélette et
transportait Us poudres de 3Iontr/al dans ïes| oir de les li-
vrer à (Québec. Bellet était un marin d'un courage et d'une
adresse reconnus. Le vent souilla nord-est jusqu'au 16 in-
clusivement, ce qui les empêcha de poursuivre leur route.
La nuit du liîau 17. le gouverneur, déguisé en habitant,
ainsi quo de Niverville ot de Lanaudière, se confia au capi-
taino Bouchette et au sergent Boutillet ; tous cinq montè-
rent dans une embarcation légère, ot, après sept ou huit
alertes où ils se crurent pris chaquo fois, parvinrent aux
Trois- Rivières à midi sonnant. Ils payèrent d'audace et se
mirent à table dans une maison qui logeait des officiers amé-
ricains, ensuite, sur les trois heures, ils se rembarquèrent
sans que le gouverneur eut été reconnu. Ils arrivèrent à
Québec le dimanche,20 novembre, après midi, et de «uite on
organisa la défense. Dès le 14, Arnold, avec une aile de
l'armée américaine, était campé sur les plaines d'Abraham.
Bellet avec ses poudres passa à travers les flottilles ennemies
et arriva sain et sauf au quai de la basse-ville. Bouchette
fut nommé commandant sur le lac Ontario après la guerre,
et servit avec autant de zèle que d'intelligence ; il mourut
dans ce poste en 1802. Son fils Joseph fut le géographe dont
i'os travaux n'ont pas été surpassés, môme en Europe.
Benjamin Si ltk
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— 319 —
QUESTIONS
662. — Il existe au calendrier ecclésiastique une sainte Foye
qui souffrit le martyre sous Dioctétien. La paroisse de Sainte-
Foye, près Québec, a-t-olle pris son nom de cette sainte ou
du célèbre sanctuaire de Xotre-Dame de-Foy en lielgique. Je
penche raiB plutôt pour cette dernière hypothèse, car je sais
que les Jésuites, missionnaires de la Nouvelle-France, eurent
des relations avec let. desservants de Xotre-Dame de Foy.
HoiBN.
663. — Pourquoi appelait on M. de Lévis, le héros do Suinte-
Foye, " le chevalier de Lévis "? Ktait-il membre d'un ordre
de chevalerie quelconque, ou, à eette époque, y avuit-il dan»
l'armée française le grade de " chevalier ' ?
664. — Quelle est l'origine du proverbe : Xublcsse oblige ?
XXX.
665. — Les Irlandais sont pourtant grands amis de la Fran-
ce et des Français. Comment se fait il que l'ammonite ait été
si grande à Québee et dans plusieurs autres villes de la pro-
vince,entro les Canadiens- Français et les Irlandais établis au
Canada ? Cki.te
666. — iSur la carte do l'arpenteur Xormandinon peut voir
indiqué, à 189 milles au nord-ouest du lae Saint-Jean, l'éta-
blissement d'un M. Peltier qui se dresse au milieu de la soli-
tude et dont l'apparition l'ait naître toute espèce de sup-
positions Je voudrais bien savoir qui était ce Pelletier ?
Phé.
667. — Un sait que le cardinal Mcr.zofanti était d'une mé-
moire prodigieuse. A l'âge de cinquante ans il savait près
d'une cinquantaine de langues. Ce qui, paraît-il, était vrai-
ment merveilleux c'était de le voir au milieu d'un cercle d'in-
terlocuteurs de diverses nations passor instantanément d'une
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— 320 —
langue à l'autre sans jamais se tromper et en conservant le
dialecte precis de chaquo dialecte. Je vois danS sa vie qu'un
missionnaire canadien de ] assageà Itome lui apprit en quel-
ques jours la langue algonquine. (Quelqu'un de vos lecteurs
ne pourrait-il pas me donner le nom de ce missionnaire ?
lîio.
GG8. — Samuel Merivalc^crivant on 1759,rnppelle un curieux
incident de la vie de Montcalm. La mort de Montcalm,dit-
il, me dorme grand plaisir, parce que c'est lui, si je ne me
trompe, qui tira sur le postillon qui le conduisait de Tavis-
tock u Plymouth au commencement de la guerre. Il, échap-
pa au châtiment qu'il méritait pour ce grand crime à cause
<le la haulo position qu'il occupait."
Ce prétendu crime de Montcalm est-il prouvé" ?. le n'ai vu
nulle part qno le marquis de Montcalm ait visité l'Angleterre.
XXX.
b"U9. — La famille Gugy étuit-olle d'origine anglaise ou
suisse ? En quelle année le premier Gugy vint-il s'établir
.au Canada ? Maciiiciik.
H70. — Où trouverais-je la li>te des supérieurs du séminaire
de Québec depuis sa fondation jusqu'à nos jours ?
Qi ÉB.
671. — "Rien n'est moins simple qu'un sauvage ", dit quel-
que part Victor Hugo. " Les idiomes hurons, des botocudos
et des chesapeacks sont des forêts de consonnes à travers les-
quelles, à demi engloutis dans la vase des idées mal rendues,
se traînent des mots immenses et hideux, comme rampaient
les monstres antédiluviens sous les inextricables végétations
.du monde primitif. Les algonquins traduisent ce mot si court,
si simplo et si doux, France, par Mittvjouchiout'kendala-
Jiiank" Je suis d'opinion que le grand écrivain s'est ici moqué
de ses lecteurs. Qu'en pensent ceux qui sont familiers aveo
Ja langue algonquine? Lecteib.
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KO, 1>E DE S.U»T-GBi»RUE8 DE I'ORT-DaMEL
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 5 NOVEMBRE 1890 No. 11
SAINT-GEORGES DE PORT-DANIEL
Cette paroisse a eu des commencements bien modestes,
mais elle s'est développée a mesure que l'agriculture a fait
des progrès.
Avant 1858, ello a été desservie pur les anciens mission-
naires, puis successivement par les curés de Saint Bonaven-
ture et de Notre-Dame do Paspébiae ; mais au mois d'octo-
bre de la même année, M. Tli.-E. Beuulieu venait y résider
avec la charge de la paroisse de Saint- Dominiquo de New-
port, dans le comté de Gaspé. Malheureusement, le défaut
de santé obligea ce zélé pasteur à quitter ce poste, sans met-
tre à exécution les projets conçus j>our son développement.
En 1865, M. Narcis*e Lévc-que dit Lafrance fut chargé
de cette paroisse, et, pendant dix-neul ans, il s'occupa de ces
pauvre» pêcheurs, dont il conquit l'est imo par son dévoue-
ment qui n'est pas oublié. L'église actuelle fut bâiie parses
soins et c'est avec regret qu'on le vit partir pour Matane.
Le progrès est devenu plus sensible sous la direction de
M.Aug.Gagnon,qui succéda M.Lév» sqno dit Lafrance. Choi-
si par son évêque. à laison des nombreux travaux devenus
nécessaires, il se dévoua corps et âme à ses paroissiens. Il
assura l'éducation de la jeunesse en construisant des écoles
dans tous les quartiers où il en était besoin. ( Test ainsi que
leur nombre s'accrut de trois à dix, pour le même territoire.
Grâce aux démarches et aux instances du même curé, l'on
vit apparaître un bon quai, des moulins à scie et à farine,
une tannerie, des boutiques de forge et de charron, etc. etc.
Des marchands vinrent des provinces maritimes pour faire
concurrence aux maisons jerseyaises dans le commerce du
poisson, et il s'établit une aisance générale où avaient régné
la gêne et la misère.
M. Gagnon vient d'être appelé à la cure de Saint-Paul do
la Croix. C'est M. L.-J. S. Sirois qui le remplace à Port-
Daniel. R.
QUEBEC, DE 1620 À 1632
(Suite et fin)
Les circonstances connues du moment, et peut-être d'au "
très encore, expliquent l'abstention de» gens du Midi,car M.
Deschamps observe que deux systèmes de commerce divi-
saient alors le royaume : au nord, protection ; au midi, libre
échange. La compagnie des Cent- Associés était visiblement
une création protectionniste, ot ne devait pas trop plaire
aux commerçants de Marseille, par exemple, qui demandaient
" qu'on tienne la main à ce que les étrangers soient bien trai-
tés.'' En d'autres termes, les Marseillais demandaient com-
merce ouvert n'importe où, tandis que les C-ent- Associés s'ar*
rangeaient pour se procurer un monopole au Canada et ne
devaient guère s'entendre avec eux.
Le cardinal de Richelieu et le maréchal d'Effiat devinrent
les chefs do la compagnie des Cent-Associés ; mais Razilly.
Champlain, l'abbé de la Madeleine, M. de Lauzon en furent
tout d'abord, et jusqu'à 1630, les véritables têtes et les ins-
truments actifs. Dans sa relation do lb'27, Clmmpiain ne
fait pa» la moindre allutflon aux Cent- Associés. Il est vrai que
la compagnie ne se proposait de commencer ses opérations-
dans la Nouvelle-France qu'en lo'US, et, en attendant, le»
sieurs de Cat n étaient encore regardés comme les principaux
officiers de l'ancien ordre de choses.
La nouvelle du changement dans les affaires du Canada
trouva Champlain occupé à régler une qucrullc survenue
entre les tauvagos. Les Iroquois, voulant tirer vengeance
d'une nation appelée les Loups ou Mahingans (les Mohicans
de Fenimore Cooper) avaient massacré plusieurs de ceux-ci r
sans épargner cinq Hollandais d'Orange (Albany) qui trafi-
quaient dans ces endroits. L'hiver de 16"2G'-27, un cor tail*
nombre d'Algonquins des bords du Saint-Laurent, s'étant
rencontrés avec les Loups, promirent à ces derniers de les»
seconder dans la guerre qu'ils allaient entreprendre contre
les Iroquois. Chatnplain déploya toute son adresse pour con-
jurer l'orage, car les Iroquois no devaient pas manquer de
porter leurs armes j^qu'à Québec, si les sauvages amis des
Français allaient les attaquer chez eux. Malgré les précau-
tions qu'il prit, la guerre mentirait d'éclater sur toute la
ligne, lorsque les navires anglais ee montrèrent sur le fleuve,
en 1628.
Emeric de Caon, revenu do France le 30 mai 1627, avait
assisté aux assemblées des sauvages au sujet de laquerolle des
Loups et des Iroquois. Au mois d'octobre suivant, il fai-
sait la pêcho à la baleine dans le bas du fleuve. En ce moment
Québec était très mal approvisionné. " Je m'étonnais, dit
Cbamplain, comme l'on nous laissait en des nécessités si
grandes, et en attribuait-on les défauts à la prise d'un petit
vaifseau par les Anglais qui venaient de Biseayc... Nous
demeurâmes cinquante-cinq personnes (hiver 1027-28), tant
hommes que femmes et enfants, sans comprendre les habi-
tants da pays, les cauvages. Sur ces cinquante-cinq person-
nes, il n'y avait que dix-huit ouvriers, et il en fallait plus
do la moitié pour accommoder l'habitation du cap Tour-
mente, faucher et faire le foin pour le bétail pendant l'été
et l'automne."
Cot état do gêne allait en s'aggravant,ctà.la fin de juin 1628
les secours do Franco n'étaient pas encore arrivés. De Caenj
évincé des affaires du Canada, avait eu la prévoyauced'om-
portor de Québec les barques, voiles et cordages dont Cham-
plain eût pu tirer parti pour aller au-devant des navires de
Franco ; il avait fait plus dans sa trahison, car c'en était une :
il avait donné avis aux Anglais de la 'détresse de la colonie.
Le siège de la Rochelle durait toujours. Cette guerre ser-
vait de prétexte à un marchand dépité pour se venger d'a-
voir perdu le commerce du Canada. Pour son moyen, les
huguenots trouvaient à satisfaire leur haine contre l'établis-
sèment de Québec, qu'ils avaient constamment vu d'un mau-
vairt œil.et qu'ils voulaient ruinerparle fer et le feu, puisque
l'occasion s'en présentait.
Ce qui devait arrivèrent lieu sans retard. Les frères Louis,
Thomas et Duvid Kertk conduisirent dan-» le Saint-Laurent
(lb'28 ) dix-huit vaisseaux jx>ur se saisir de tout ce que les
Français y possédaient. Au mois de juillet ils commencèrent
à capturer les bâtiments français dans le golfe. Tout fut
détruit à Tadoussac : meubles, maisons, barques, etc. La
guerre entre les deux couronnes excusait tout. Les Kertk
tenaient du roi d'Angleterre une commission en règle pour
s emparer, s'ils le pouvaient, du golfe et du fleuve .Saint-Lau-
rent. Le bénéfice du commerce était leur mobile. Ils firent
une fortune dans cotte entreprise, qui eut au commencement
des allures mystérieuses, car ces marchands, devenus mili-
taires pour leurs besoins, ne paraissent pas avoir été connus
cumme naviguant vers le Canada avec des projets hostiles.
CVnt douze navires de Saint-Malo, ne se doutant do rien,
mirent à la voile pour aller pêcher la moruo sur les côtes
de Terre Neuve. On peut s'imaginer ce que les Kertk, armés
en guerre ot avec do nombreux vaisseaux, recueillirent de
butin sur ces pauvres gens !
IiO désastre de Tadoussac ne devait pas être le dernier. Les
Kertk approchèrent de Québec. La fermo du cap Tour-
mente, où l'on employait huit ou dixhommes, fut brûlée par
eux avec quarante ou cinquante têtes de bétail renfermées
dan* lesétables. Koucher, qui avait la surveillance de ce lieu,
y fut fort maltraité. Nicolas Pivert, ilarguorite Lesage sa
femme, leur niècoet un homme furent amenés captifs. David
Kertk envoya sommer Champlain de remettre lo fort, mais
la courageuse réponse qu'il en reçut le détermina a atten-
dro quelque temps. Pou après, Thierry Desdames, arrivant
à Québec malgré tous les obstacles, apporta une commission
.du roi pour Champlain et annonça que le sieur do Itoque-
r
- 327 —
•
mont s'avançait avec les premiers navires des Cent- Associés
L'espoir fut de courte durée. Louis Kertk rencontra Roque-
mont dans le voisinage de Tadouseae, et, après une lutte*
acharnée qui dura plus do quatorze heures, l'enleva. Le-
frère Sagard dit qu'il y fut tiré plus do douze cents volées
do canon. Néanmoins, Québec ne tomba pas cetto année au;
pouvoir de l'ennemi. Le prise de la Koehcllc eut lieu le 28
octobre 1628.
L'hiver de 1628-29 fut très dur à Québec, Mme veuve Hé-
bert avait quelques provisions qu'elle partagea avec les récol-
lets. On comptuit réunies soixante-seize personnes, parmi*
lesquelles vingt Français ot un missionnaire rovenus du pays
des llurons. Le printemps arrivé, tout ce monde se jeta dans
la forêt pour y vivre de racines. Champlain ot les chefs de
familles parlaient do se réfugier chez les sauvages. Pont-
gravé, souffrant de la goutte, songeait à partir pour (.Jaspé,
mais il changea d'avis. D'autres montèrent sur une cha-
loupe ot se dirigèrent du côté du golfe. Ceci avait lieu au
commencement de l'été do 1629.
La paix entre la France et l'Angleterre avait été signée a
Suze le 24 avril : on n'en savait rion sur le Saint Laurent.
Deux bâtiments do la compagnie des Cent- Associés rirent voile
de Dieppe le 22 avril pour Québec, en même temps que deux
navires sous les ordres du capitaine Charles Daniel. Trois
autres expéditions eurent lieu, le même printemps, pour la
Nouvelle-France, savoir : l une dirigée par un capitaine du
nom do Joubort, aux gagos des Cent-Associés. La seconde
préparéo par les Jésuites et portant les PP. Charles Lalle-
mantjAlexandre Godcfroy de Vieuxpontet Philibert Xoyiotj
ce navire fut capturé avec quatre autres appartenant aux
Cent-Associés. Le troisième convoi était équipé par les de
Caon, devenus employés des CentA-ssociés, mais avec des
conditions spéciales.
Un nommé Jacques Michel, huguenot, de Dieppe, servait
de guide aux Anglais. A l'île Percée, il captura un navire
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basque, pois se rendit à Tadoussnc, d'où sa présente fut
signalée à Champlain. Il y avait à Québec un jeune inter-
prète de nationalité grecque ; on l'envoya à Tadous-sae pren-
dre connaissance de co qui s'était pns«é. En môme temps, le
gros des navires des Kertk s'avança comme pour tout em-
porter jusqu'à Québec, après avoir pris quelques bâtiments
basques. Le golfe n'était plus qu'un vaste champ de rapines.
Enfin, le 20 juillet, les Anglais parurent devant Québec,
qui se rendit à Louis Kertk. Il n'y avait pas de nouvelles
de la conclusion de h* paix. Kertk comprit qu'il serait sage
de ne pas alarmer les f.i milles établies, et il leur fit entendre
dès l'abord qu'elles ne seraient aucunement inquiétées. Cham-
plain, jugeant que tout espoir n'était pas encore p'rdu pour
la colonie, conseilla aux habitant* de demeurer jusqu'à plus
ample information, et. en attendant, de faire la récolto des
grains, puis do s'en tenir à leurs ressources particulières au-
tant que possible, avis aw-si prudent que patriotique, et qui
fut suivi à la lettre. " Us me remercièrent, raconte-t il.espé-
rant nous revoir la prochaine année, avec l'aide do Dieu."
Champlain s'embarqua lo 24 sur le navire de Thomas
Kertk, pour se rendre, prisonnier, en Angleterre. Parle
travers de la Malbaie, du côté du nord, on aperçut le vais-
seau d'Emeric de Caen, qui tâchait de gagner lo vent pour
échapper, mais Kertk le serra de si près qu'il dut engager le
combat et fut pris. Do Caën, aussitôt sur le pont de Kertk,
remit à Champlain des lottros annonçant des vivres et des
renforts d'hommes, et dit qu'il croyait la paix conclue entre
les deux couronnes. Plus loin, à la rade do Tadoussac, se
présentèrent Louis Kerth et Jacques Michel, qui comman-
daient cinq vaisseaux de trois à quatre cents tonneaux, de
plus de cent vingt hommes chacun. Kustachc Boullé, beau-
frère de Champlain, était prisonnier en cet endroit. Celui-ci
avait vu, aux environs do Gaspé, le capitaine Joubertsur un
navire de soixante-dix tonneaux destiné à ravitailler Québec,
— 329 —
et qui lui avait dit qu'il croyait bien la paix faite, puisque
les Français n'avaient plus la permission d'attaquer les An-
glais. Il ajoutait que des navires, notamment ceux du capi-
taine Daniel, étaient en route pour le Saint-Lauront.
Lo fondateur de Québec passa douze jours à Tadoussac.
chassant avec Kertk, et tuant plus de vingt mille pièces de
gibier. Ensuito, il lut conduit en Angleterre, non sans avoir
appris en route qu'il y avait des vaisseaux français près de
Gaspé, et que c'étaient ceux qu'il avait vainement attendus
& Québec.
Voici, d'après mes reeherckes,!a liste des Français demeu-
rés à Québec durant l'occupation do Kerth : Des vingt per-
sonnes du texo masculin dont la présence est constatée, dans
l'intervalle de IMS à lo'2S, cinq repassèrent en Franco, mais
devaient revenir ; ce sont : Samuel Champlain, Olivier le
Tardif, Thierry Desdames, Jean-Paul Godefroy et Robert
Giffard. Hébert et Jonciuubt étaient décédés. Les treize qui
restaient au Canada étaient : Nicolas Marsolct, interprète
non encore marié ; Etienne Brûlé, interprète et célibataire ;
Guillaume Couillard, artisan et cultivateur, Guillemette Ilé-
bort, ta femme et leurs enfants : Anne, Eustacho, Margue-
rite, Hélène ; Nicolas Pivert, Marguerite Lesage, sa femme,
avec leur nièce et un jeune homme ; Pierre Desportes, Fran-
çoise Langlois, sa femme et leur rille Hélène ; Jacques Iler-
tel, interprète resté chez les sauvages, non encore marié ;
Jean Nicolet, interprète resté chez les Algonquin» de l'Ot-
tawa, non encore marié ; Adrien Duchesne, chirurgien, et
sa femme de nom inconnu ; Jean Godefroy, interprète re*té
chez les sauvages, non encore marié ; Thomas Godefroy,
interprète et célibataire ; Guillaume Jlubou, cultivateur,
marié à Marie Itollet, veuve de Louis Hébert, et un enfant :
Guillaume Hébert ; François Marguerie, interprète resté
chez les sauvagos et non encore marié. En tout, trente-et-
une personnes.
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Ceux qui restaient dans le pays formaient déjà depuis
quelques années la partie stable de la population. Il est donc
faux de dire que le Canada fut abandonné de 6*8 habitants.
D'autres Français, qui ne devaient pas fairo souche ici, con-
tinuèrent à y résider sous les Kertk. Ce sont : Gros- Jean,
de Dieppe, interprète des Algonquins, ami des Anglais ; Le
Baillif, natif d'Amiens, arrivé en 1G22, eu qualité de sous-
commis et chassé par do Caen " pour être grandement
vicieux " ; il se donna aux Kertk, qui en firent leur commis
et lui confièrent les clefs du magasin des Français qu'il avait
eu la précaution de se faire remettre, afin de se venger de
de Cuen. On l'accuse d'avoir enlevé à Corncille.sous-eornmis,
cent livres en or et on argent, outre certains efiets ; c'est
lui, dit-on, qui s'empara des vases sacrés de l'église de Qué-
bec ; les Anglais finirent par s'indigner de sa conduite scan-
daleuse. Le Haillif maltraita tant qu'il le put les ramilles
qui n'avaient point voulu repasser en France. "Pierre Reye
ou Raye, charron, natif de Paris, qualifié par Charaplain do
" ronégat, perfide, traître et méchant," pas-*a (-gaiement au
s-rvice des Kertk. t'n nommé Jacques Couillard, sieur do
l'Kpinay, capturé par Thomas Kertk, comme il arrivait de
France, fut conduit à, Québec, Deux hommes, l'un appelé
LeCocq. charpentier, et l'autre Froidemouehe. envoyés delà
Malbaie à Québec par Fmeric de Caen. se firent prendre par
les Anglais de Québec, qui les gardèrent pour les faire tra-
vailler. Sur un navire de Roquemont, le sieur Le Faucheur,
bourgeois de Paris, qui se rendait à Québec avec sa famille,
fut pris, et probablement renvoyé en Europe. Celui ci peut
être regardé comme le premier co'on que tenta do nous
envoj-er la compagnie des Cent- Associés.
Dans l'automne de 1C30, on reçut à Paris des nouvelles de
•Québec par deux Français qui avaient pa?sé par Londres.
L'un était charpentier et l'autre laboureur. ' Ils nous dirent,
raconte Champlain, qu'il était mort quarante Anglais, de
— 331 —
nouante qu'ils étaient, de pauvreté et misère durant l'hiver,
et autros qui avaient été assez malade», n'ayant fait bâtir ni
défricher aucune terre... et étaient restés quelque» septante
Anglais." C'cst-à dire que, sur quatre vingt-dix Anglais, il
en était mort quarante le premier hiver, et que dans l'été de
1630, il en était arrivé vingt. Je ne sais à quelle date les
gens de Québec apprirent la signature de la paix.
Le 27 octobre lu'2î), Champlain écrivit de Douvres à M.
Jean do Lauzon, en France, lui racontant ce qui s'était passé
et combien lés Anglais étaient embarrassés de ce que la cap-
ture de Québec eût eu lieu après la signature de la paix.
Lorsqu il eut passé quelque temps à Londres, il en repartit
pour la France, avec la permission de M. de Châteauneuf,
l'ambassadeur de Louis XII l, ayant obtenu parole que le fort
et l'habitation de Québec seraient restitués par l'Angleterre.
C'est le eau de dire ici, comme dans les procès verbaux de
nos chambres d'assemblées : " Et des débats s'en suivirent,''
car tout ce qui était arrangé se trouva dérangé. M. de Châ-
teauneuf lut rappelé incontinent et remplacé par M. de Fon-
tenay -Mareutl. Dans I hiver do lb"2!»-30, le docteur André
Daniel, frère aîné du capitaine Charles Daniel, alla négocier
à Londres, avec l'aide du nouvel ambassadeur, pour obtenir
la reddition du Canada et régler l'allaire de lord Stuart, sei-
gneur écossais, capturé par Charles Daniel, au Cap Breton,
. sans ttavoir quo Charles 1 tenait en réserve une carte de .son
jeu qui transformerait à un moment donné toute la situa-
lion, lu diplomate habile peut encore gagner beaucoup,
mémo lorsqu'il est battu.
Des vaisseaux devaient partir do Dieppe, le 20 février
1G30, pour le golfe Saint- Laurent. Le 7 avril, ordre était
donné de mettre six navires sous voiles dans six semaines,
et do les diriger vers le Canada, savoir : l'un commandé par
le chevalier do Mout igny, amiral de cette flotte, et les autres
par le chevalier do Saint-Clair (ou Montclair) le siour de
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— 332 -
Neat do Fecamp, lo sieur do Lombards, le capitaino Daniel
ot le capitaine Arnaud. Je ne sais ce qui résulta de ces pré-
paratifs ; mains en l'année 1630 il n'est fait mention que de
deux navires français qui parvinrent en Acadie. Les Bas-
ques et les autres bâtiments pêcheurs qui, de temps immé-
morial, fréquentaient les eaux du golfe sans trop s'occuper
dos luttes entre les couronne'», continuaient leurs opérations
en dépit dos Anglais.
Kichelieu, créé premier ministre on 1G20, n'eut pas plutôt
écrasé le parti protestant à la Jtochelle,qu'il tourna les armes
de la Franco vers l'extérieur, en affermissant lo due de Xe-
vers dans les importantes positions de Mantoue et de Monl-
ferrat (1830) ; puis, absorbé par la politique intérieure du
royaume, il triomphait do nouveau de ses ennemis person-
nels à la ''journée dos dupes," le 11 novembre 1630. forçant
(iaston d'Orléans et Marie de Médicls t\ quitter la France.
Etait-ce bien le moment de lui rappeler le Canada ? Ce qui
est certain, c'est qu'il n'y pensa plus jamais autant qu'autre-
fois, depuis l'heure où il embrassa l'Europe dans ses projets.
Louis XIV a fuit la même chose en 1673.
D'une part, la compagnie des Cent As-oc'és avait à cœur
do se refaire de ses pertes d'argent ; Champlain appuyait
dans ce sens, afin d'entreprendre le travail de la colonisation,
qui était le grand but de sa vie ; Richelieu était ensfogé .
d'honneur à ne point laisser jeter an panier le traité deSuze,
si explicite X l'endroit des pri.-es faites après le 24 avril 1029.
D'un autre côté, le sentiment hostile aux colonies, dont le
ministre de Henri IV, Sully, avait été l'expression en son
temps existait toujours ; on discutait en France, en l'année
1630, pour savoir s'il fuillait garder le Canada, tout comme
au commencement de notre siècle le peuple anglais se posait
la question de soutenir ses établissements lointains ou deles
abandonner. De Caen demandait que les Anglais lui ren-
dissent les pelleteries qu'ils avaient enlevées à la faveur des
— 333 —
troubles et de la prise de Québec. Se croyant bien certain
-du prompt retour de cette place à la France, et voulant en
finir avec les réclamations de ce marchand, Richelieu per-
mit à de Caen d'exploiter le golfe et le fleuve durant une
année, ce que les Anglais empêchèrent, comme on le verra.
Les Kortk faisaient un commerce profitable, et 8e mon-
traient disposés à tenir bon dans leurs postes, même à résis-
ter aux ordres de se retirer, s'il leur en venait de la cour de
Londres. Charles I reprochait à la France l'attaque du capi-
taine.Daniel contra lord Stuart, au cap Breton en 1029, ot
voyant Richelieu fort occupé en Europe, feignit de ne pas
vouloir céder un pouce de terrain ni un ballot de marchan-
dises. Ainsi s'écoula l'année 1630.
Attendant toujours la lettre écrite qui devait leur rendre
le Saint-Laurent, les Cent-Ansociés se décidèrent néanmoins
à faire acte d'occupation. Le 25 mars 1631, le capitaine
llubert Anselme partit de Dieppe en destination de Tadous-
tsac, et relâcha à Miscou pour éviter les Anglais, car il venait
d'apprendre de quelle manière il serait reçu par eux dans le
flouvo. Il n? paraît pas avoir dépassé Miscou. Au mois d'a-
vril, le capitaine Laurent Forchaud mit à la voile, de Bor-
deaux, et cingla vera l'Acadie, où il retourna trois fois
dans le cours de cette année, ravitaillant chaque fois le
pDste français du cap Sable, y transportant des colons et
des religieux. Ce fut le feul succès des Cent-Associés
en 1631.
***
Le capitaino Daniel avait pris la mer le 26 avril pour so
rendre à Sainte-Anne du cap Breton. Arrivé près de Ter-
re Neuve, il eut connaissance d'uu pirate turc et voulut lui
dmner la chasse ; mais celui ci, ne se voyant pas do force à
risister, vira de bord et alla se jeter sur un bâtiment bas-
que, où il perdit son drapeau, qui était tombé par dessus
bord, sans toutefois se faire prendre lui-même. Daniel sarrê-
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— 334 —
ta à Sainte-Anne et envoya Michel Gallois a la traite dv?
Miscou sur son propre navire. Gallois rencontra dans ce»
parages un frère du capitaine Duinay, qui montait une bar-
que de trente cinq tonneaux seulement, équipée au Havre*
de-Grâce. Tous deux s'entendirent pour imiter les Busqué*
qui exploitaient les pêcheries *ans l'autorisation des Cent-
A*soeiés, et ils mirent d'abord la maiu sur le capitaine Joan-
nis Arnandel, de Saint-Jean de-Luz dans lo golfe de Bis-
caye ; mais les Basques revenant sur eux les forcèrent de
prendre la fuite, tandis que le captif s'évadait on plonge nt
dans la mer, d'où ses gens le retirèrent en peu de temp*.
Kmoric de Caen était parti de Dieppe sur un navire appar-
tenant à son oncle Guillaume. A (Québec, les Anglais lui
défendirent de trafiquer en dehors des mois d'hiver ; il reprit
le chemin de la France.
Tandis que ces événements avaient lieu au Canada, Char-
les I écrivait de Greenwich à sir Isaac Wake, .son ambassa-
deur près la cour de France, une dépêche en date du 12 juin
lu'31, qui expo;>e, il me semble, tous les côtés et aspects delà
situation entre les deux pouvoirs, et surtout cette curicuso
affaire de non payement d'une partie de la dot de Henriette-
Marie, sœur de Louis XIII, mariée eu lb'^5 à Charles].
Celui-ci s'explique nettement : payez la dot, ou point de
(Québec ni de Fort-Koyal ! On y voit aussi plus d'un point
qu'il est à propos do connaître au sujet des navires capturés
on 1621». Cette curieuse pièce (original en français) a été
mise au jour en 1884 par M. Douglass Brymner, archiviste
du gouvernement canadien. La voici en «on entier :
" Par vos différentes dépêches au vicomte DorchesUr,
depuis que vous C-tes arrivé à votre lieu de résidence en cette
cour (do France), nous avons particulièrement remarqué les
retards qu'on vous a fait éprouver en vous présentant d'a-
bord au roi et à ses principaux ministros, ainsi que les ma-
nières et le langage dont on s'ost servi a votre égard, lors de
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— 335 —
rot l-o première audience. Et de même que nous no pouvons
nous empêcher d'être surpris que vous n'ayez pas été admis
plus tôt en la présence du roi, sur vos instances n'itérées, et
après la sollicitation d'uno audience faite par d'Angier, ainsi
d'un autre côté, nous estimons avoir lieu suffisamment d'être
satisfaits do la réparation qui vous a été faite par la décla-
ration si significative d'amitié fraternelle et la déclaration
d'un ferme pro pas d'entretenir exactement avec nous des
relations amicales, qui vous ont été faites de lu Louche même
An roi. Quant au bon accueil dont vous avez été l'objet de
Ja part de quelques uns des ministres de ce roi et à la réservo
que d'autres ont observée avec vous, au sujet du cardinal de
Richelieu, vous avez bien l'ait de vous conformer à vos ins-
tructions, et pour le reste nous devons vous laisser agir avec
eux à votre discrétion. Et, comme nous voyons par votre
conduite que vous n'êtes pas novice dans les ambassades ;
ainsi, nous n'avons pas besoin de vous donner de nouvelles
instructions sur les égards à avoir pour ceux avec qui vous
aeez à négocier en cette cour, si ce n'est de continuer comme
vous avez bien commencé, en eo qui regarde le cérémonial
de votre emploi. Cette dépêche vous en apprendra la partie
essentielle, qui est de mettre fin à tous les différends entre
les deux couronnes, et d'établir les bases d'une plus ferme
amitié que celle des années dernières ; ce n'est pas là une
œuvre nouvelle ; il ne s'agit, en réalité, que de renouveler
d'anciennes alliances, on mettant d'accord les faits avec les
promesses. C'est ce quo comportait l'objet principal, et le
premier article même du dernier traité, conclu il y a deux
ans, après une rupture malheureuse ; et ce qu'il embrassait
ou ce qu'on pouvait prétendre en vertu de ce traité a été
I onctuellement exécuté de notre part: sauf seulement ce
qui exigeait dans le temps, et ce qui exige nécessairement
n no exécution mutuelle. Nous avons, conformément au
trait iS (comme vous le verrez spécifié au troisième article).
♦
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1 *
— 336 —
admis une modification dans la mai son de notre digne épouse*,
en augmentant le nombre des ecclésiastiques attachés à sa
personne, comme on l'a jugé convenable, de gré à gré ; et'
nous avons fait à cette nation (française) diverses restitu-
tions de navires avec leurs chargements d'une grande valeur,
sans avoir lien de ce genre, attendu que la remise en était
exigée de nous par droit d'arrêt ou de représailles. La même
satisfaction ne nous a pas été donnée, non plus qu'à nos
sujets, sous ce double rapport ; car, bien que le troisième
article déjà mentionné requière expressément la confirmation
de tous les articles et stipulations de notre contrat de ma-
riage, on exceptant que la particularité relative à la maison
de notre chère épouse, objet d'une clause particulière dans
ce dernier traité, et que la dot soit clairement stipulée, et
quant au moutant, et quant à l'époque du paiement précisé
dans ces articles et conventions matrimoniales, et que pro-
messe de paiement nous ait été souvent faite en conséquence,
spécialement par M. de Châteauneuf, maintenant garde des
sceaux, lorsqu'il était ici en ambassade; cependant, la moitié
n'en est pas encore payée, et non seulement trois riches brai-
ments appartenant à nos sujets, capturés et gardés sans-
aucune raison légitime, ni même l'ombre d'un prétexte, sont
encore retenus, malgré des demandes réitérées de restitution,
mais aussi il a été pratiqué dans ce pays (en France) diverses
saisies de draps et de tis>us fabriqués en notre royaume, en
contradiction directe avec les stipulations et' le traité. Le*
paiement de la balance de la dot a été depuis promis de
reehef, à nous de même aux personnes que nous avons em-
ployées dans cette cour, et par les ministres de ce roi et par
l'ambassadeur de Franco résidant auprès de nous. Nous ne
pouvons accorder plus de délai pour ce paiement, et nous
l'avons en conséquence joint aux autres conditions d'une
entière et parfaite réconciliation. L'ambassadeur français,
jiersistaut oncore dans sa promesse de paiement, désire néan~
moins quo les affaires ou question soient séparées, en se fai-
sant un point d'honneur d'être tenu par un nouveau traité
de payer la dette déjà reconnue par uno convention anté-
rieure, ce à quoi nous avons consenti volontiers, parce qu'une
formalité ne doit pas interrompre les négociations— mais
commo nous sommes plus particulièrement tenu en honneur
de faire prudemment des conventions qui, si elles n'ont pas
été exécutées auparavant dans l'ordre des temps, devraient
l'être au moins simultanément ot effectivement avec des
choses d'une grande imj>ortance qu'où nous demande d'ac-
complir, nous no pouvons nullement consentir à les séparer
de façon que l'une pourrait être prescrite et accomplie tans
l'autre. Ce que nous entendons principalement devoir êtro
employé pour amener le paiement de la balance de la dot.cst
la reddition de Québec, eu Canada, ville pri^e en vertu d'une
commission donnée sous notre grand sceau, pendant la der-
nière guerre, par une compagnie de sujets do notre royaume
d'Angleterre, et l'évacuation de Port Jioyal, situé près de la
Nouvelle- Anglete ire, et où une compagnie de nos sujets de
notre royaume d'Kco.-se était fixée et établie en venu de la
même commission, sous le sceau de notre royaume, égale-
ment donnée pendant la guerre — pour donner suite à une
autre antérieurement accordée par le roi notre père d'heu-
reuse mémoire. Il est vrai qu'une de ces villes a été prise
et que l'établissement s'est effectué dans l'autre après la paix,
et pour cette considération (afin d'accommoder tous les diffé-
rends), nous avons formellement consenti, et nous persistons
dans notre dessin ot résolution,que rune,c'cst-à dire Québec,
soit rendue, et que ceux de no» sujets qui sont établis dans
l'autre s'en retirent, en les laissant toutes deux dans le même
état où elles étaient avant la conclusion de la paix : co que
nous ne faisons point par ignorance, comme si nous ne com-
prenions point ;V combien peu nous oblige tous ce rapport le
dernier traité (le septième article de ce traité, relatif aux
— 338 —
restitutions, ne mentionne que les navires qui étaient alors
à l'étranger avec des lettres de marquo), mais par affection
et par débir de plaire à notre I on frère le roi do France dans
tout ce qui peut nous être amicalement et raisonnablement
bien que non justement et légitimement demandé. Et on
peut établir à bon droit cette distinction entre los demandes
faites réciproquement et eo que nous demandons, savoir : le
paiement de la balance de la dot ; la restitution de certains
bâtiments pris et gardés sans même le moindre prétexte, et
la main levée des saisies pratiquées dans ce royaume contre
nos sujets, contrairement au traité — tout cela est de droit
légitime ; tandis que eo que l'on nous demande au suj*t des
susdites localités, au Canada et autres lieux, et de quelques
navires de cette nation, qui n'ont pas encore été rendus.mais
. ont été condamnés a la confiscation par notre haute cour
d'amirauté, pour des raisons valables en justice, ne sauraient
être accordés que par courtoisie et duns l'intérêt d'une entente
cordiale. Après vous avoir ainsi exposé complètement l'état
de la question en général, je vous réfère pour les détails aux
pièces échangées entre l'ambassadeur do France et colles de
nos lords commissaires qui étaient chargés de cette affaire,
ainsi qu'à Philippe Burlîimaehy, que nous vous envoyons
exprès avec les mémoires et les pouvoirs qu'il vous présen-
tera. Tjos mémoires se rapportent aux bâtiments, aux mar-
chandises et autres choses propres à vous donner une con-
naissance complète de tous les détails en ce qui regarde une
restitution mutuelle ; et, à cet égard, nous vous laissons la
latitude de concéder, plus ou moins, selon que vous lo jugerez
à propos, pour la conclusion d'un accord satisfaisant. Les
pouvoirs eon-istent, pour la part de M. Bnrlamachy, à rece-
voir le reste de la dot qui nous est dû. soit en argent ou en
une bonne et valable procuration, de nature à le satisfaire ;
ot pour notre part, à rendre Québec et à, évacuer Port-Roj-al;
■ce pourquoi Philippe Burlamavhy vous livrera certaines
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pièces convenables pour cette fin. Notre plaisir est que vous-
les remettiez à ce roi. ou à tel membre de son coifteil qu'il
nommera lorsque Burlamaehy aura reçu l'argent ou le*
assignations susdites, et qu'il vous aura été donné satisfac-
tion quant aux autres détails plus haut spécifiés ; mais en
cas do refus ou de délai relativement au paiement ou à la
remise de bonnes garanties (ce dont Burlamaehy est tenu
responsable envers nous), vous devrez alors les retenir et les
lui remettre, car, dans cette éventualité, il ne devra pas
rester plus longtemps a attendre la liu de sa mission. Quant
à la balance de la dot, il reste une chose à régler : c'est la
déduction que nous faisons des sommes que uous avions autre-
fois allouées aux personnes de la maison de notre ehère
épouse qui sont retournées en France, déduction à laquelle
nous acquiesçons volontiers. Un autre point reste aussi à
résoudre touchant l'obligation imposée à nos sujets de se
retirer du Canada et autres lieux— c'est que révocation soit
faite de tous les actes publiés en France contre tous ceux qui
ont été engagés dans cette entreprise, particulièrement con-
tre les trois frères Kirk, uin*i que nous l avons autrefois
demandé au sujet du baron de Latour et de son his, avec les-
quels sir AVilliam Alexander avait traité, ce qui fut jugé
raisonnable par les ministres do ce roi, et ce sur quoi il faut
encore insister. Il y a un règlement pour la liberté du com-
merce, négocié et formulé par écrit, entre nos commissaires
et le garde des sceaux de ce royaume, quand il était ambas-
sadeur extraordinaire ici, et comme l'ambassadeur de France
résidant aujourd'hui en notre cour demande que ce règle-
ment soit ratifié et sanctionné, nous y donnons volontiers
notre assentiment, principalement parce qu'il donne vigueur
et activité au traité antérieurement conclu entre les deux
couronnes ; et tant pour cotte affaire particulière (à cet ettet,
nous ordonnons qu'il vous soit remis une copie du règleraeut)
que pour les autres affaires dont vous êtes actuellement
— 340 —
chargé, nous vous donnons uno ample comminsion sous notre
grand sceau, dons la forme usitée en pareils eau."
L'année 1632 s'ouvrit sans règlement do comptes. Il fal-
lut attendre au 2fl mars pour voir signer le traité dit de
Saint-Germain -en -Lave, qui fit cesser ton ten les difficultés.
Le 13 juillet, Thomas Kertk rendit Québec à Kmeric de
Oaen, et partit emportant une riche cargaison de fourru-
res ; les années 11329-32 lui avaient procuré des pommer énor-
mes.
Les de Caén conservaient leur droit de traite pour l'année
1632. Les Cent Associés envoyaient quelques colons ou
plutôt ce fut le médecin Robert Gittard qui recruta sept ou
huit familles ] orchemnnos et les établit à Beauport.
L'année suivante (1633) Champlain arriva de France :
c'était le commencement réel du régime des Ont- Associés.
Malheureusement, des circonstances multiples entravèrent
son action. Les guerres que soutenait continuellement la
France ; un penchant nouveau chez les arm iteurs à se por-
ter vers l'Amérique Centrale ; la mort do Champlain (1635)
et les guerres des Iroquois qui suivirent bientôt— tout se
conjura pour paralyser le développement du Canada.
A Tort-Koval, en A radie, même chose j lîa/.illy n'eut pas
assez de secours ni assez de temps à sa disposition pour exé-
cuter l'œuvre qu'il avait rêvée ; il mourut,lui aussi (1636) en
laissant de petits groupes français isolés, les uns des autres,
végétant, peu rasurés et nullement aidés dans leurs entre-
prises. Ils so maintinrent néanmoins dans ces vastes con-
trées, et comme los Canadiens, posèrent, avec patience et
longueur de temps, îes assises d'une colonie française dont
Colbert comprît la valeuren 1663 mais que Louis XIV trans-
forma do nouveau en pays de traite dix ans plus tard.
Benjamin Sultk
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REPONSES
La " Ménagerie îles pauvres. 99 (IIJX.239.)— En
mars 1718, dit-on, Pierre Choret, natif de Charlosbourg,
éuûf contremaître, de. la ménagerie des pauvres, proche de
Montréal.
Dans le Dirtionnaire historique de V ancienne langue fran-
çaise do La Corne de Saint-Palaye. au mot ménagerie, on
lit :
" Administration d'une maison : Fignanz de faire la mé-
nagerie du roy, ils ne firent autro chose qu'une ménagerie
pour eux, etc."
Les Dames de l' Hôtel-Dieu do Montréal qui administraient
I • bien des pauvres, se sem aient du root ménagerie pour
<i ligner des maisons leur appartenant et situées sur le côté
sud de la rue Saint- Paul. Ce* maisons servaient de lavan-
deries et cVojfi<hes (dans le sens français du mot).
Le Jardin des Pauvres " sur la me Saint Joseph (aujour-
d'hui Saint-Sul]'ieo) était aussi la propriété dos Dames do
l'Hôtel-Dieu.
Contremaître était ici employé dans le sens d'assistant,
c'est-à-dire de surveillant,des ouvriers ou ouvrières employés
dans les lavanderies.
William McLennan
Le fondateur tie Terrebonne. (V, I, 571.) —
René Lepage, premier soigneur de Rimouski, naquit en
1GG9, à Saint- François, île d'Orléans ; il était fils do (Jormain
L page, premier habitant de Rimouski, et de Reine Larry.
II se maria, le 10 juin lCSfi, à Madeleine (fagnon, ù, Sainte-
Anne du Nord.
De ce mariage, naquirent seize enfants, huit garçons et
huit filles.
Louis Lepage, deuxième fils de René, né à Saint-François,
île d'Orléans, le 25 août 1(!90, fit ses étudeB au séminaire de
— 342 —
Québec, et reçut l'ordre sacré do lu prêtrise, le 6 avril 1*715,-
des mains de Mgr do Saint- Val lier, deuxième évêque du
pays. Après avoir été curé de l'île Jésus, près Montréal, il
fut nommé, le L> juin 1721, chanoine du chapitre de Québec,
en remplacement de l'eu messire le chanoine Piorre Picart,
et en même temps il rec;ut ses lettres de vicaire-général et
alla résider à Terrebonne, seigneurie qu'il avait acquise l'an-
née précédente. 11 remit son canonicat en 172'J, parce qu'il
ne pouvait assister régulièrement aux assemblées du chapi-
tre, et fut remplacé la mémo année par mesure Boulanger.
11 mourut à Tcrreboiine,cotmue autrefois sous le nom de Les-
bois, le 1er décembre 17b"2, à l'âge de soixante-douze ans,
après avoir donné six arpents de terre et une somme consi-
dérable d'argent pour la construction de l'église do Saint-
Louis de Terrebonne. Il lut inhumé dans celte église.
Mgr Hriand, dans une lettre pastorale en date du 1er sep-
tembre 17îSl, adressée aux habitants de Itimouski, parle eu
ces termes de la piété du chanoine Lepage et de ses trois
sœurs qui s'étaient vouées au Seigneur :
" L^rsquen 1741 je suis arrivé au Canada, on ne parlait
que de la pieté et de la religion des seigneurs et des habi-
tants de itimouski. En effet, il en est sorti un prêtre distin-
gué par son esprit et par ses vertus, et plusieurs religieuses
ferventes que j'ai connues et conduites, il y avait encore
un certain herinite dont ou publiait avec édification les mé-
rites. '
Les sœurs religieuses de l'abbé Lepage étaient Mario Ma-
deleiue, me en lu'UU, à file d'Orléans, religieuse hospitalière ;
Jieine, née en 17U3, au Cap Saint Ignace, religieuse ursuline
à Quebec, dite sœur Saint Stanislas ; Marie Agnès, née en
17Un', à liimouski, dite sœur Saint liarnabé, de la eongré-
gation Notre Dame à Montréal.
Mgr. Chaules Ci l ay
\m/ Qpoole
— 343 —
L'incendie du théâtre Saint-Zonis. (V. VI,
■625.)— Vers 1830. les officiera dos Cold Stream Guards, en
garnison à Québec, avaient obtenu la pormis^ion de trans-
îonner en salle de theatre l'étage supérieur d'un manège qui
faisait partie des dépendances du château Suint-Louis et situé
sur la pente recouverte do pelouse qui regarde le bureau de
p> »ste.
• -L"3 1- j nin 184f>, une foule compacte était réunie dans le
théâtre Saint- Louis— c'est ainsi qu'on nommait le manège —
pour voir défiler sur la toile les vues du diorama d'un nom-
mé Harrison, de Hamilton, Ontario. Sur les dix heures, au
moment où l'exhibition des dioramas se terminait et que les
spectateurs commençaient à dénier pour sortir, les « ris de
au feu ! au feu ! se firent entendre. Une lampe à huile
camphrée s'était détachée du plafond et était tombé sur la
scène communiquant le feu aux décors. Alors, hommes,
fern mes, enfants se précipitèrent au bas de l'escalier pour
sortir par la seule issue connue, une porte excessivement
étroiie. Les premiers, poussés violemment, furent écrasés
sous la pression de ceux qui les suivaient, et tous se trouvè-
rent accumulés en masse compacte, les uns sur les autres,
sans qu'il fut pos»ihle à aucun d'eux de sortir ou do reculer.
Plusieurs infortunés, dans ce moment suprême, voyant
que tout secours humain était impossible et n'espérant plus
que dans la miséricorde divine, crièrent a M. O'Keilly .vicai-
re à la cathédrale, dont \U entendaient la voix : " Donnez-
nous l'absolution. " Le ministre do Dieu leva alors la main
pour bénir et absoudre.
Plus de cinquante personnes périrent ainsi dans les flam-
inoa, parmi lesquelles Flavien Sauvageau, tils du maître de
l'orchestre canadien ; Stuart Scott, greffier do la Tour d'Ap-
pel, et sa fille ; Thos. Hamilton,lieutenant au 14e régiment ;
J.-J. Sims, apothicaire, son fils et sa tille : J. li. Véxina,mar-
chand ; Henriette Glackrneyer, épouse de M. Molt, organiste
de la cathédrale, et ses deux fils ; Marie-Louise Lavallée,
épouse de R. McDonald, rédacteur du Canadien, et sa fille,
madame Rigobert Angers, etc., etc.
L'honorable juge Plamondon. de Arthabaskaville, était
parmi les spectateurs du diorama Harrison et il ne sauva
très difficilement. C'est probablement le seul témoin survi-
vunt de cette horrible catastrophe.
H.
L'abbé Philippe Jeun Lotiitt JJesJui'tlhif*. (V,
VI, 627.) — Ancien chanoine de Bayeux, puis doyen de la
collégiale de Meung et vicaire-général de révoque d'Orléai s.
M. Desjardins avait été forcé, parla Involution, de chercher
un asile en Angleterre, où il arriva en 17t>2. Il y connut lo
célèbre Kdmomt Hurke, qui 8*iritércs*ait beaucoup au sort
des prêtres français, et qui s'était lié avec l évéquo de Saint-
I\>1 de-Léon.dnpensateur des dons de la générosité anglaise.
Ces deux hommes avaient pro|K>sé au gouvernement d'en-
voyer au Canada quelques personne*, pour examiner s il
serait possible d'y trouver des asiles pour les ecclésiastiques
et laïques français qui atlluaient a lore en Angleterre. Le
projet fut accueilli avec faveur par le ministère, et MM.
Desjardins, Cazel et Raimbault se chargèrent d'aller recon-
naître, sur les lieux, les chances de .succès ; ils étaient accom-
pagnés par un canadien, M. de La Corne, chevalier de Saint-
Louis. De Xew-Vork, où ils débarquaient, le S février 1793.
ils se rendirent parterre au Canada. Les évoques et le clergé
les reçurent de la manière la plus obligeante. M. Desjar-
dins s'occupa de recueillir les renseignements nécessaires
pour l'objet de sa minion, et vkita le Haut-Canada, où un
certain nombre d'émigrés désiraient s'établir. L'année sui-
vante, plusieurs prêtres le rejoignirent et parmi eux se trou-
vait son jeune frère, M. Desplantes.
Successivement grand vicaire des évêques Hubert et
Denaut, M. Do^jardins se lia d'uno étroite amitié avec M,
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PlessH, alors curé de Québec. Sa nanté chancelante l'obli-
goa, en 1802, de retourner en France, où il emporta avec
lui les regrots des nombreux amis qu'il s'était attachés par
ses belles qualités et par le charme de sa convocation. Au
Canada, il avait t u a south ir des mauvais procédés d'un lieu-
tenant-gouverneur,qui le traita assez mal ; après son retour
en Franco, il eut à subir de plus rudoa épreuves, car il de-
vint l'objet des soupçons do l'empereur. Nommé en 1806
curé des Mis-ions- Kti ancres, à Paris, il prit son domicile
au séminaire du même nom. A Québec, il avait eu des rap-
ports avec le duc de Kent, qui lui adressa à Paris quelquos
lettres dictées par la bienveillanuo ; c'en fut assez pour le
faire soupçonner do déloyauté pnr Napoléon. Au moisd'octo-
bre 1810, il fut «aiwi par la police et transféré à Vineennes ;
on le relégua ensuite à Kevestrelle, puis à Cam piano et onfin
à Verceil. Durant quatre ans il subit un exil non mérité,au
préjudice de ses a flaires, de sa santé, do son ministère, et ne
rentra en France qu'après la chute do l'empire.
Pendant cette longue persécution, l'abbé Desjardins dut
r >mpre toute communication à l'extérieur ; mais, après son
élargissement, il reprit sa correspondance avec ses amis du
Canada, et surtout avec Mgr Pleads, et la continua toujours
ensuite fort régulièrement.
M. Desjardins refusa, en 1817, l'évêché de lilois, et, en
1823, celui de Chûlons-f-ur- Marne.
En 1819, le cardinal do Périgord, archevêque de Paris, le
nomma grand vicaire et archidiacre dcSrinte-Genevièye, et
lui donna un logement à l'archevêché. Lors du pillage de
l'archevêché, en 1831, il perdit sa bibliothèque, ses tableaux,
ses meubles et tout co qu'il possédait d'argent. Il était alors
à ConflanB, d'où il s'éeimppa avec Mgr de Quéleu, archevê-
que de Paris.
L'abbé Desjardins mourut lo 18 octobre 1833.
C'est à lui que le Canada doit un grand nombre de beaux
iableaux, qu'il fit vendre dans le pays, à un prix si modiquo
que plusieurs fabriques de la campagne en achetèrent pour
remplacer dos toile» de peu de valeur. Ce» tableaux, enle-
vés pendant la révolution aux monastère», aux couvents,aux
église», avaient été entassé» dans un grenier, d'où on le» tira
au commencement de l'empire pour les vendre à l'encan.
Désireux d'enrichir le Canada de quelques bonnes toiles, M.
Desjardin» le» acheta et les envoya à sou f'rère,alor» chapelain
de l'Hôtel- Dieu de Québec. Jusqu'à *a mort il fut le pro-
tecteur et l'ami de» jeunes Canadiens qui allaient étudiera
Paris.
L'abbé J.-B.-A. Feri.and
Benedict Arnold, (V. IX, 656.)— Le traître Arnold
est mort à Londre8,Angleterre.le 14 juin 18U1, comblé d'hon-
neur» et de richesse» par le gouvernement anglais, mais mé-
prisé par tou» le» honuête» gen».
F.-J. An»ET
Les père» de la Confédération. (V, VII 1, 643.)
— Il exihle un tableau de 33 pouces par 19 au ba» duquel je
lis The Fathers of Confederation. Ce tableau semble être une
photographie de la Conférence «éance tenante dans l'ancien
palais législatif de Québec. Sir Pascal Taché préside, Sir
George» Cartier estassisà sa droite, Sir J.-A. Macdonald est
debout, papier en mains, dan» la pose d'un homme qui adres-
se la parole, Sir Hector L. Langevin est assis du côté opj>o»é
de la table, ayant devant lui de large» feuilles de papier,
dans. l'attitude d'un homme prêt à écrire, l'ilon. (ieorge
Brown est prè» de lui en face de Sir Pascal Taché, etc. Les
trois grandes fenêtres de la sallo, donnant sur le fleuve en
remontant, laissent voir en belle lumière, la largeur de co
fleuve et ses deux rives à perte de vue*.
Tous les portraits sont d'une ressemblance parfaite.
Une miniature de ce tableau e«t collée en marge, chaque
tête portant un numéro correspondant à la liste des nome-
— 347 —
•publiée audessous. Je les copie dans l'ordre des numéros,
.et je souligne les noms des survivanls.
1. Major Bernard ; 2. W.-Il. Steeve ; 3. K Whelnn ;
4. W.-A. Henry ; 5. C. Fisher ; 6. J.-H. Gray ; Cl) 7. E.
Palmer; 8. G. Cole ; F.-B.-l. Carier ; 10. J.-C.Chapais ;
11. S.-K. Tilley ; 12. A. Shea ; 13. K.- B. Chandler ; 14. A.
Campbell ; 15. A. -G. Archibald ; 1(5. H.-L. Lunyevin :
IT. J.-A. Macdonald ; 18. G.-E. Cartier : ID. E.-P. Taché ;
20. George Brown ; 21. T.-H. llaviland ; 22. A.T. Gait;
23. P. Mitchef ; 24. < ). Mowat ; 25. J. Cokburn ; 26. R.-
B. Dickey ; 27. C. Tapper ; 28. J.- II. Gray; 20. W.-H.
Pope ; 30. W..McJ)ou<jaU ; 31. T. IV A rcy McGt o ; 32. A.-
A. Macdunald ; 33. J. McCully ; 34. J.-M. Johnson.
K. B.
Jf. tie GaUffet. (V, VTII, 644.)— D'après Mgr Tan-
guay, {Dictionnaire, I, 165,25a. Il I. 274) Pierre de Galiftet,
seigneur d'IIomon, de la paroisse do Notre- Dame -de-Grâces
de Voiron (Isère) diocèse de Grenoble, aurait épousé Mar-
guerite do Bonfils et d'eux serait né, en 166G, François de
Galifet, seigneur de Câlin ou Caffin, lequel se maria, le 14
janvier 1697, à Québec, avec Catherine Aubortdo la Chcs-
naye. Les résidences successives de ce dernier ménage sont
indiquées par le baptême des enfants 1698 Beauport de Qué-
bec, 1700-2 Québec, 1703 Montréal. Madame de Galifet mou-
rut dans cette dernière ville le 2 avril 1703 laissant peut-être
deux enfants survivants sur cinq qu'elle avait eus, mais nous
ne retrouvons la trace d'aucun d'eux par la suite.
Voyons maintenant la carrière de M. de Galifet en Canada,
où il vécut trente ans.
Lorsque les troubles avec les Iroquois recommencèrent en
1682, il n'y avait pas de troupes françaises dans la colonie,
En 1C83 il vint 200 soldats ; 1684, cinq compagnies : 1686.
(I) Les numéros 6 et 28 donnent le même nom.
uiyiiizeo uy
Google
— 348 —
à pou près autant ; 1688, 300 soldats (voir Doc. publiés à
Québec, I. 310; 416, 552-3, 551»).
M. l'abbé Daniel {Grandes Familles, p. 418) dit que M.
de Galifet était capitaine en 1688, c'est -à dire à vingt-doux
ans. Il a dû venir au Canada cette année avec les troia cent*
hommes mentionnés ci -dessus. En tous cas, il parait avoir
été le commandant de la garnison de Trois- Rivières au mo-
ment de la mort de M. de Va rennes, gouverneur de cette
place, le 4 juin 1689, et avoir ensuite agi comme gouver-
neur par interim.
Au commencement d'août, même année, il commandait le
camp de Verdun lorsque eut lieu le massacre de Luc h lue. Ce
camp était de deux cents hommes, Surberease, le chef, be
trouvait absent.
En 1690, Galifet commande à Trois-Rivièrcs et à St-Fran-
çois-du-Lay, où il se défend contre une sérieuse attaque des
Iroquois. Je note que, à cette date, son pore était décédé,
laissant huit enfants dont trois garçons qui nous sont con-
nus.
IL de Ramesay avait le titre de gouverneur do Trois Ri-
vières, mais uo parait pas avoir résidé alors dans co lieu, de
aorte que M. de Galifet le suppléait en 1689-91.
En 1692, Galifet était major, employé à Québec, où il
demeura jusqu'à 1702.
Son mariage (1697) avec Mlle Aubert de la Che&naye
l'alliait à une famille qui faisait la pluie et le beau temps
dans le commerce du Canada.
M. de Frontenac étant mort l'automne de 1698, M. de
Callières lui succéda et le marquis de Crisasy, remplaçant de
ce dernier, laissant vacante la charge de lieutenant de roi
à Montréal, M. de Galifet en reçut le brevet le 23 mai 1699,
mais ne semble pas s être rendu immédiatement à ce nouveau
poste. Lorsque sa femme se décida à l'y suivre ce fut pour
mourir bientôt, comme on l'a vu ci-dessus.
Digitizec
r
— 349 —
En 1705 (15 mai) le roi lui accorde la croix de Saint-Louis.
Eu 1709, après la mort du marquis de Crisat»y (6 mai), M.
do Galifet administre le gouvernement de Trois .Rivières. Sa
nomination comme gouverneur de co district est du 5 mai
1710 Jusqu'à 1714 nous le voyons continuer dans ce poste.
Li dernier acte de lui que je connaisse cat une demande pour
que le sieur de La Corne «oit nommé major de Trois- Ki vie res
(850 francs par année) en remplacement de sieur de Caba-
nac, décidé.
M. de Galifet avait doux frères Charles François et Joseph .
Charles-François capitaine aux gardes françaises ot che-
valier de Saint-Louis.
Joseph, le cadet, lieutenant au régiment de Picardie, puis
capitaine au régiment de Champagne, ensuite capitaine d'une
compagnie franche do la marine, eut le commandement de
l'Ile do la Tortue dans les Antilles. En 160S on le nomma
gouverneur de l'île Sainte Croix, commandant des colonies
françaises du Cap et côtes de Saint-Domingue. Il mourut à
Paris le 26 mars 1700.
Le troisième frère, François, fut rappelé du Canada en
1717 et étant repassé en France, on l'envoya commandor à
l'île de la Tortue et autres colonies dos Antilles, y compris
Saint-Domingue. 11 fut gouvernour de l'île Sainte Croix.
Voilà tout ce que j'en «ais, mais c'est autant qu'il en faut
pour donner le nom do Galifet à une rue aux Trois- Rivières,
par exemple.
Benjamin Sui.tk
Les drapeaux de Chouaguen. (Ill, I, 270.) — A
la prise de Chouaguen, le 14 août 1756, \*% drapeaux des
régiments de Shirley, de Pepperell et deShuyler, do la milice
do la Nouvelle- Angleterre, et de deux régiments delà vieille
Angleterre tombèrent aux mains des Français.
Le soir même, Montcalm dépêcha au marquis de Vaudreuil
gouverneur de la Nouvelle» Franco, un officier pour lui por-
ter ces glorieux trophées.
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— 330 —
Le marquis de Yaudreuil fil déposer doux de ces drapeaux
dans la principale égli.>e de Montréal, deux autres dans la
cathédrale de Québec- et le cinquième dans réglée des Trois-
Rivières.
A Québec, c'e#>t M. de Pourlamaque qui porta u la cathé-
drale les deux drapeaux pris à Chouaguen. On a conservé le
compliment délité par M. de Hourlamaque en et tte occasion
et la réjx nse que lui fit M. (iodefroy de Tonnancournu nom
du chapitie de Québec :
" Monsieur, rous vous | résentons, de la part.de M. le mar-
quis de Yaudreuil, ce« drapeaux pris à Chouaguen sur les
en nemis du loi. Il ks dépose en cette église, comme un mo-
nument de mi piété et de j-a reconnait-sance envers le Seigneur
qui bénit la justice, de nos arnu s et protège visiblement cette
eolonie."
" Mtssicurs,répondit M. de Tonnancour,ces monuments de
votre courage et en même temps de la protection divine que
vous apportez dans cette église de la part de M. le marquis
de Vaudreuil, sont certainement une offrande agréable aux
yeux du Tout -Puissant. Il est le Dieu des armées ; c'est lui
qui a donné la force à vos bras ; c'est à lui que le chef qui
voue a conduit doit cette intelligence et ces ressources avec
lesquelles il a confondu les ennemis de la justice et de la paix.
Le seignour recevra sans doute avec bonté les actions de
grâce que ses mini "très vont lui rendre de concert avec les
guerriers défendeurs de la patrie.
Demandons-lui de nous continuer des secours si nécessaires;
demandons lui la paix après la victoire et qu'il couronne ses
bienfaits par la durée d'un gouvernement avec lequel la
colonie n'adressera jamais à Dieu que des actions de grâce."
Nous croyons qu'aucun de ces drapeaux n'a été préservé
jusqu'à nos jours.
P.-G.R
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QUESTIONS
672. — L'honorable Elie Thibaudeau qui fut membre du
cabinet BrownDorion était-il allié à feu l'honorable Isidore
Thibaudeau et aux honorables sénateurs Rosaire et Alfred
Thibaudeau ?
lito.
673. — Dans les papiers d'Etat concernant le Bas-Canada,
conservés aux Archives Coloniales, en Angleterre, à la date
du 3 avril 1828, se trouve un curieux mémoire signé par-
une demoiselle Agnes Thompson ou Dowell. Elle prétend
que son père était au siège de Québec, qu'il est devenu inva-
lide et qu'on l'a déchargé en lui donnant 51 acres de torresr
connues sous le nom de Plaines d'Abraham. Il mourut
ajoute-t-elie, à son arrivée en Irlande et la terre est rotour
née à la Couronne. A-t on quelque trace de cette concession
dune grande partie des Plaines d'Abraham au soldat
JDawell ? Clr.
674. — Tonty, l'italien qui inventa le système tontine, était-
il parent du chevalier de Tonty qui s'illustra au Canada
sous le régime français ? Ito.
675. — Cadot ou Cadau, le héros du Drapeau fantôme de
notre poète lauréat Fréchette a-t-il réellement existé ?
Incréd.
676. — Je vois dans le Drysdale Guide to Montréal que le
nom de Place d'Armes appliqué à une place publique de
Montréal a été donné par Montgomery en 1775. J'étais sous
l'improssion que la Place d'Armes était connue sous ce nom'
bien avant 1775. Place d'Armes n'est-il pae un composé
qui, en France, sert à désigner toutes les places où les sol-
dats font l'exercice ?
Solo.
— 352 —
«>77. — Co qui suit, extrait du Journal des Goncourt (vol.
II, p. 8), u'et»t pas très récent mais est peut-être nouveau
pour quelques uns de vos lecteur*) :
Il ajoute (Flaubert) qu'un de ses grand'pères a épousé
une lemme au Canada. I! y a effectivement parfois chez
Flaubert du sang de Peau- Rouge avec t-es violences."
Pour les Goncourt t omme pour la grande majorité des
écrivains français une femme canadienne ne pouvait être autre
chose qu'une Iroquoise.
Je serais curieux de savoir le nom de la cana Henné qui
devint l'épouse du grand'père de Flaubert. Wm. Mc.
<i78. — Peut- on me donner les dates des différentes muta-
lions qu'a subies l'île Sainte-IIélèno située entre Montréal et
Longueuil ? Elle fut d'abord donnée à Ohainplain. Plus tard
la famille LeMoyne de longueuil en est propriétaire. Au-
jourd'hui, si je ne mc trompe, la ville do Montréal en a l'u-
sage jnais elle appartient au gouvernement de la Puissance
du Canada. Hiv.
b'78. — On entend beaucoup parler de ce temps ci du " su-
perbe isolement " de l'Angleterre ? Il me semble que c'est
-dans la Chambre des Communes du Canada que cette phra-
se à effet a été prononcée pour la première fois. Pouvez vo; s
me renseigner là-dessus ? Anglais
070.— Je lis dans une 'ettre de Montalembert à l'honora-
b'.e M. P.-.T.-0. Chauveau : " Peut être avez- vous su qu'une
phrase tombée de ma plume sur les libertés du Canada avait
sjrvi do motif à la condamnation portée contre moi l'hiver
dernier : et vous auriez rahon d'en conclure quo mon atten-
tion et mes sympathies se portent depuis longtemps sur cette
noble race canadienne qui sait si bien pratiquer et revendi-
quer, au besoin, les principes du self-government que la
France a si misérablement oubliés." Dans quel ouvrage est
xatto phrase dont parle Montalembcrt ici ?
Rio.
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BULLETIN
DES
RE C H E R CHE S HISTORIQUES
VOL. 5 DÉCEMBRE 1899 No. 12
SAINT-PAUL DE JOLI ETTE
En I779je coin de terre où entait née aujourd'hui k paroisse
de Saint-Paul n était qu'une épni-se forêt. C ost durant
cette même année que six jeunes gens plumèrent leur tente au
beau milieu de cet» grand» bois et commencèrent les premiers
défrichements. Ces valeureux pionnier» étaient Louis Mous-
seau dit Désilets, Franco:» Liperche dit Saint- Jean, Joseph
Desmarais, Etienne i'artenais, et Urbain Lungloiadit Lâcha-
jKjlle. Cette petite coionie naissante lut desservie dans ses
débuts par M. Pétrimoulx, alors curé de l'Assomption.
En 1781, M. do Saint-Germain, curé de Repentigny, fut char-
gé de la desserte de cette paroisse. En 1782, un cultivateur
généreux, M. Jofeph Perrault, donna à la paroisse un lorrain
jM)ur y bâtir église, presbytère et dépendances. La mê-
me année, fut érigée la première petite chapelle. Elle était
bien humble, mais grande tut la joie des zélés paroissiens,
lorsqu'au mois de novembre 1782, pour la première fois le
saint sacrifice de la messe fut célébré par M. de Saint-Ger-
main.
L'église actuelle, avec la sacristie, a été commencée on
1803 et terminée en 1804. Elle a subi de grandes réparations
en 1889.
Le premier curé régulièrement nommé et qui exerça st-.s
fonctions permanente* comme tel fut M. Philippe Ferrami,de
1788 jusqu'en 1797. Il ont pour successeurs MM. Laporto,
1797-98 ; Gosselin, 1798 1800 ; François Noël, 1806-10 ; Pier-
re Loyer, 1810 ; François Brunet, 1810-19 ; Joseph Bélan-
ger, 1819 29 : François Bellefeuillo, 1829-34 ; L. F. Belleau,
1834 ; A.-J. Lagardo, 1834-41 ; Magloire Turcotte, 1811 42 ;
Toussaint Rouisse, 1842 44 ; F.-L. Brossard, 1844-76 ; L.-J.
Martel, 1876-89 ; F. X. Geoffroy, 1889-93 ; J.-D. Dupont,
curé actuel.
R.
— 356 —
LOUIS ROUER DE VILLERAY
Le sieur Louis Roiier do Villeray fut un de ces horn*
mes très précieux,dont la viu,sans avoir été marquée au coin
des exploits glorieux et éclatants, a été p'eine de sagesse et
de dévouement.
Suivant le Dictionnaire Généalogique de Mgr Tanguay, il
naquit en 1629, à Notre Lame, en Grève, ville d'Amboise, de
Jacques R-iier de Viller:»y, valet de la chambre de la reine,
et de Marie Perthius.
Il est difficile de préciser la date de 8«n arrivée à Québec.
Suivant toute apparence, il y était avant 1060, à l'âge de 31
ans.
Il y mourut, comme l'atteste le registre, et fut inhumé
dans l'église le 7 décembre 1700, ce qui lui donnait 71 ana.
Son fils Louis, sieur de la Cordonnière, épousa Marie- Louise
Le Gardeur de Repent igny. De ce mariage naquit de même
un fils, Louis, qui eut l'honneur d'être filleul de Frontenac,
gouverneur de la Nouvelle- ïYance, à son baptême reçu le 3
août 1690.
Le Oonsuil Souverain de Québec, d'après le texte de l'édit
royal, (Louis XIV) devait se compos- r " de nos chers et
bienaimés le-s Sieurs de Mésy, gouverneur représentant notre
personne (le roi), de Laval, évêque de Pétrée,ou du premier
ecclésiastique qui y sera, ot cii.q autre» (personnes) qu'ils
nommeront et choisiront conjointement et de concert" (.Jug.
du Cons-Souv. XXVI.) Cocot^eil fut établi le 18 septembre
1663. Lo premier nom sur lequel s'arrêtèrent le sieur de
Mésy et Mgr de Laval fut Louis Rouer,Heur de Villeray. Le
fait seul de cette préférence établit clairement le degré de
savoir, de prudence et de parfaite honorabilité de ce gentil-
homme. Jean Juchereau, siour de la Ferté, Denis- Joseph
Ruelte d'Auteuil, sieur de Monceau, Charles Legardeur,
écuier, sieur de Tilly,et Mathieu Damours, furent les quatre
autres conseillers, dont la mission était de travailler à l 'admi-
nistration du nouveau conseil.
Il est évident qu'avant sa formation, le sieur Louis Rouer
occupait déjà une position marquante dans le pays, puisque
lorn de t-a tomination de premier conseillerai est qualifié du
titre de " lieuu mint-particulicr en la juridiction de Québec."
(Jug tt Del uu ConH. Souv 1 1) Cet. état de service implique
une somme importante de service» rendus qui devaient na-
turellement lui mériter le premier rang aux yeux du gou-
verneur et de Mgr l'éveque. l>e plue, ce detail dénote une?
expérience approfondie de» besoins de la colonie, des déci-
sions à prendre pour *a prospérité, comme ausèi de la sage
conduite à tenir parmi les difficultés. 11 avait donc lait se»
preuves d'habilité pendaut un bon nombre d'années avant la
formation du conseil. Jusqu'à ce nouveau conseil, le pays
était£dirigé par les gouverneurs de Québec et de Montréal,
formant un conseil composé de leur» lieutenants et du supé-
rieur des Jésuites. (Garneau 1 — 17o\) M. de Villeray était un
de ces lieutenants cl laisuit partie de ce premier cousell,c'est
pourquoi l'ordonnance signalant su nomination au nouveau
conseil le désigne comme " lieuieuant-particulier en la juri-
diction do Québec."
Des difficultés s'élevèrent au sujet de ce nouveau conseil
dès le début de son exercise, et, pour des raisons que nous ne
pouvons étudier ici M. de Mésy jugea à propos d en suspen-
dre la majorité. Par là, suivant M. Garneau (1 — 201) le
gouverneur avait violé l'édit royal, " car, s'il ne pouvait
nommer les conseillers sans le concours de l évêque, il no
pouvait non plus les suspendre sans son assentiment."
M. do Villeray l'ut un des conseillers suspendus par le
gouverneur. Il avait été coupable, aux yeux de ce dernier,
de s'être rangé du côté de l'évéquo et d'avoir suivi se* opi-
nions. Ce n'est certes pas un mauvais trait dam la vie du
personnage qui nous occupe ; et si Garneau déploro l'influ-
ence prépondérante et le pouvoir absolu de Mgr de Laval,c'est
dû aux opinions personnelles de l'historien ; il est facile d'ex-
pliquer la chose par les mœurs du temps. Quoiqu'il en soit,
M. de Mésy fit embarquer pour l'Kuropc MM. Bourdon et
■de Viileray. Il ne d«»ntuit pas que cette décision d'autorité
privée t ..urnera t évi lemment contre lui, ie qui implique
ii'ie ab-enco de jugement et donne une pauvre idée de son
talent d'udm nitration. Comment pouvait-il penser que la
vou! d - Louis XIV consacrerait m manière d'agir on Ha-
gran.o contradic tion avec l'ordonnance royale ? Aus-i M. de
Vi i- r.iy. chargé de fiiire valoir la caus- des conseillers mis
au r but. n'eut aucun* difficulté à. obtenir pleine et entière
-ati.>f:i. t on. M. de Mésy fut rappel*' en France et remplacé
p r M. Daniel Kémi, seigneur de Cou réelles. M. do Viller»y
cont inua i exercer s« -s fonction-* de conseiller jusqu'à la fin
de sa vie avec la plus cons'ante régularité. Il suffi i pour
s'en convaincre de parcourir les volumineuses décisions du
Con*eil Souverain.
V » potit-fils du premier conseiller, objet de cette étude,
piub J/ement le filkul de Frontenac, prit généreusement la'
déf us - des Acadîc-iM en 1755, au fort des (lasperaux. Mais
«on eoamge fut inutilo puisqu'il n'avait que vingt-cinq honv
m'ir à son service. Un autre descendant repassa les mers lors
du t ailé de Paris en 17b"3. " La Franc >, dit Garneau (II —
35.V . en voyant débarquer sur ses bords ces emigrants qui
ne pouvaient se séparer d'elle, fut touchée de ce dévouement.
Kile !e> favorisa, elle les accu- illit dans les administrations."
Ces quelques notes établissent suffisamment l'intégrité de
1 ho .ntur de Louis Kouer,sieur do Viileray, et puisque toute
sa v.o a été consacrée à l'admin'stration primitive, je puis
dire, de la Nouvelle Franco, on ne pouvait moins faire de
sortir oie l'oubli le nom do ce conseiller exemplaire, digne de
servir de modèle aux conseillers présents et futurs de la mu-
n cipalité do Viileray.
Charles P. Reauwkx, Ptre.
— 359 —
NOS JURONS POPULAIRES
Les jurons los plus en vogue dans lu province de Québec
parleur ressemblance aux jurons populaires do la vieille-
France, accusent, t-olon moi, pour la plupart, une commune
origine. Bon nombre do ceB termes évidemment font naître
une idée peu resjtcctucuso du «lint nom do Dieu et de ses-
attributs divins.
Un antiquaire français, homme instruit, M. Lorédan Lar-
chey, combat cette doctrine dans une docte et fort curieuse
dissertation : ce manque de rospoct pour la Divinité, pré-
tend-il, n'existe pas en réalité, attendu que do bons cro-
yants se servent sans scrupule, journellement, do ces terme»
condamnables. Le ciel, aflirme-t-il, est chaque jour pris à
témoin pour attester des incidents qui causent surprime ou
indignation.
Il nous e»t aussi donné do vérifier cette assertion, en Ca-
nada. Qui n'a entendu les exclamations " Bonté Divine !
Oh ! mon Dieu ! ' employées par des personnes fort pieuses.
Et nous n'en pensons pas plus de mal de ceux qui le* profè-
rent.
Le temps fut pour les militaires français et anglais de
juier à tout propos et hors do propos, sacrer comme dit le
peuple : c'était de bon ton.
Un spirituel écrivain a dit que God Dam était le fonds de
la langue anglaise, et lo vicomte de Parny a composé un
poème en quatre chants portant ce titre profane
Les troupiers anglais, au rapport d'un annaliste, se distin-
guèrent par leurs jurons affreux, en Flandres" Swore dread-
fully in Flanders," certes, il y avait de quoi à les faire sa-
crer et tempêter pendant cette humiliante campagne, de mê-
me que Cambronne, à la tête de ses vieilles moustaches, se
répandait en jurons à Waterloo, à la suite des incidents de.
oette malencontreuse journée.
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— 360 —
Nous avons en Canada des jurons émouvante, indigènes f
ont-ils dea équivalente en France ? C'est co que nous n'avons
pu vérifier.
Nos hardis voyageurs des pays d'en haut nous ont légué
entre autre» le pittoresque explétif : Tors mon âme au bout
d'un piquet ! Je n'ai jamais pu me rerdre compte comment
l'opération *e faisait.
L'expression employée par les coureurs des bois, " Mille
tonnerres.'" pour donner du relief à leurs énergiques dis
«ouro, rappelle le fameux juron des Allemands Donnex et
Blytzen ! " Tonnerre et Eclairs ! "
Voyons le docte M. Lorédan Larchoy à l'œuvre :
Jarniou," dit-il dans son mémoire, dans la bouche d'un
nnn^royant, dérive de Jarni (Je renie), ei Diou (Dieu), Je
renie Dieu.
Comme ii y avait en France arrêts et tiibunaux pour punir
les blasphémateurs, on altéra donc la forme du juron ; on en
fit Jarnibleu ou Jarnicoton. L'origine de ce dernier est aftses
drô e.
Henri IV, dit on, avait pris l'habitude perverse dédire
Jarni. Le Père Coton, *on confesseur, lui avait signalé
l'it; convenance d'une telle expression. Le roi débonnaire
répliqua que le nom de Dieu excepté, aucun autre nom ne se
présentait à lui plus souvent que celui du Père Cotonr.
" Eh bien ! cire, lui répondit le saint homme, dites Jarni-
coton (Je renie Coton), et vous n'offenserez pa* Dieu."
Plusieurs jurons français nous vieennentdela Normandie,
de la Provence, du Languedoc, où ils prirent naissance. Le
juron Par le sang du Christ se transforma en Sacristit pour
éluder les lois pénales contre les impies. M. Lorédan Lar-
ch* y fait mention d'une dame fort pieuse parmi ses connais-
sances qui, dans des moments d'émotion ou de surprise, s'é-
criait Sapristi ; mais, pour en adoucir la portée, elle y ajou-
tait : Sapristi la rose, y mêlant cet emblème d'innocence et
de pureté comme correctif.
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—
— 361 —
Des scrupules de mémo aloi convertirent Par le sang de
Dieu en Par la Sambleu, Palsambleu et autres euphémismes;
Ventredieu, qui d'abord signifiait Par le ventre de Dieu,
devint Ventrebleu.
Ventre saint Gris était une transformation de Ventre mint
du Christ.
Par le corps de Dieu fournit Cor dieu et Cor bleu, partant,
comme I on voit, des subterfuges pour éludor le code pénal.
Tu Dieu est présumé être un écho affaibli de Par le ventre
de Dieu, une abréviation de Ventredieu et Ventrebleu.
Le sacré nom de. Dieu, ajoute M. Lorédan Larchey, donna
lieu à bien des explétifs, entre autres : Sacré nom, Cré nom,
Nom de Dieu ! Nom d'un nom ! Nom d'une pipe ! Nom d'un
petit bonhomme ! étaient une allusion irrévérencieuse a- Jésus
Enfant. Nom d'un petit bonhomme de bois rappelait les sculp-
tures populaires en bois représentant notre Sauveur enfant
dans les bras de sa mère.
De Par le sacré nom de Dieu venaient les abréviations
Sacrédteu, Crédieu, Sacrcbleu, Crébleu, Sapcrbltu. L'origino
de Sabre de bois est assez obscure. M. Lorédan Larchey,
taxant son érudition, lui prête une naissance qui remonte à
la nuit des temps et des antiquaires. Chez nous, l'oreille
populaire est chatouillée des consonnances suivantes, léguées
par les ancêtres d'outre-mer : Parbleu ! Sacrcbleu ! Sacre-
lotte ! Saperlotte ! et même Saperlipopette ! Jolis jurons
usités sans doute par los puristes et les euphémistes seuls ! ! I
Je me rappelle un bon vieux curé qui, pour donner du
nerf à son pittoresque idiome, l'assaisonnait de l'explétif Sac
à papier ! juron que l'érudit M. Lorédan Larchey dérive de
l'époque où les hommes de loi en France se montraient à
l'audience munis de leurs brefs enfouis dans des sacs, que le
vulgaire désignait comme Sacs à pa/tiers.
Poursuivre davantage l'intéressante étude de l'antiquaire
français me mènerait trop loin. Je m'arrête
J. M. LeMoine
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— 362 —
LE CURÉ MÉNAGE
En janvier 1773, M. Ménage, curé du Peschambault, décé*
dait à l'&ge de 94 ou 95 ans. Il desservait encore sa cure mal-
gré dee infirmités nombreuses. On rapporte do ce vénérable
vieillard une anecdote qui fait connaître combien, dans son
long ministère, il s'était aguerri, et combien pou il se mettait
en peine des jugements des hommes et des démarches faites
contre lui. Plusieurs fois il avait averti, repris et menacé
un < alaretier de sa paroisse, du nom de liroleau qui, par sa
facilité à livrer des boissons, causait dans la paroisse, de fré-
quents désordres. Voyant que ces avertissements particuliers
n'avaient aucun ettet, les désordres, les ivrogneries et les
scandales dont ce cnba relier était la cause, ne faisaient
qu'augmenter, il l'interpella un jour publiquement, en chai-
re, en reprochant à ses paroissiens les désordres et les scan-
dales qui avaient journellement lieu, en invectivant surtout
sur les excès d'ivrognerie qui faisaient tous les jours des pro-
grès effrayants. " C' est dit-il enfin, ce maudit (irotoau, avec
son rhum et son tonneau, qui est la première cause de tous
ces scandales."
Le susdit < iroleau choqué, irrité au dernier point d'une
semblable interpellation, et surtout de l'épitlnHe de maudit
jointe & son nom, et par laquelle il se regardait comme dé»
voué à l'anathème et entièrement déshonoré, porte sa plainte
:\ M. l'Intendant môme contre M. Ménage.
Ce Monteur est cité à une cour spéciale qui doit se tenir
en présence de l' Intendant M. Ménage sy rond. Là, sommé
de répondre sur les motifs qui l'ont pu porter à se servir
d'expressions aussi étranges quo cellos qu'on lui reproche
avoir employées tl l'égard du sieur Ciroleau. sommé de faire
connaître ce qu'il peut avoir a dire pour sa justification, M.
Ménage se renferme dans un profond silence. Sommé plu-
sieurs fois de répondre, il garde toujours le silence ; I'Inten-
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— 363 —
dant lui-mêmo lui adresse enfin Icsmémcs paroles que Pilât©
autrefois avait adressées ;\ Jésus-Christ " Vous no. reperde»
rien à ce qu'on dit contre vous ! " Ce que j'ai à répondre,
dit enfin M. Ménage, le voici : " Notre Seigneur Jésus-Christ,
qui no voulait que le bien, qui n'enseignait que la vérité, a
été cependant traîné de Caïphe à Pilate, do Pilato à Hérode,
d'Hérodo à Pilato ; aujourd'hui, moi, qui suis son disciple et
ton ministre, pour la même eaune je suis traité commn il a
été traité." Et ensuite, prenant son chapeau, le bon vieil-
lard salue M. Ilntendant et toute la cour, et se retire tran-
quillement. Soit étonnement de la hardiesse et do la liberté
de la réponse, *oit que l'on s'aperçût qu'il n'y avait point
d'excuso à attendre d'un homme de ou caractère, on lu lair.su
aller tranquillement, et maître (îroleau, outre la mercuriale
solennelle qu il avait eue du son curé, en reçut encore une de
son Intendant, qui lui dit que s'il ne voulait pas s'exposer à
quelque chose do plus désagréable encore quo ce quo lui
avait ditson curé, il prit soin lui même d'observer et du
faire observer dans sa maison un meilleur ordre. Ainsi finit
cette poursuite intentée contre M. Ménage.
L'abbé Félix (Jatikn
QUESTION DE LITUlUîIE
Pourquoi a-t-on changé le nom de Saint-Olivier en celui
do Saint-Mat hias ? (ftccherchcs JUstoriques, V. p. 2î)l).
11 doit y avoir là une question de liturgie. On ne peut
choisir pour patron d'uno paroisse qu'un saint dont le nom
est inscrit au martyrologe romain. (J>o Ilerdt, 111,121). Or,
Saint-Olivier ne jouit pas de ce privilège. Jo tiens défi u M.
l'abbé Kouxel, P. S. S., rubriciste distingué, qu'on a changé
le nom do Saint-Olivier on celui do Sainl-Maihias j our répa-
rer l'erreur qui avait été commise.
C'est pour la mOmo raison que, le ti octobre 1897, Mgr
l'évêquo do Sherbrooke a donné pour titulaire à (iarthby
saint Charles Borromée à la place du saint Olivier.
L'abbé J.-A.-1I. Gionap
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— 364 —
INHUMATIONS HATIVES
Monsieur le chevalier Louw d'Ailleboust de Coulonge,
troisième gouverneur de la Nouvelle-France, mourut à Mon-
tréal le 31 mai 16(J0, et fut enterre* dès le lendemain.
La marquise do Denonvillc.femme du onzième gouverneur
de la Nouvelle-France, décédée en son chftteau de Pcnon-
ville, en France, le 18 mai 1710, fut inhumée le lendemain,
1 9 mai, dans le caveau de la chapelle seigneuriale jointe à
l'égliee du lieu.
Le chevalier Pierre-François de Rigaud, ancien gouver-
neur de Montreal, frère du marquis Pierre Rigaud de Vau-
dreuil-Cavagnal, dernier gouverneur de la Nouvelle France,
mourut au château de Collier, commune do Muide» (Loir et
Cher), en France, le 24 août 177Î*, et fut inhumé au cime-
tière de la paroisse dè» le lendemain, 25 août.
Ces inhumations hâtives paraîtraient odieuses aujourd'hui
et ne sont plus, Dieu merci, dans les mœurs.
Voici l'acte de sépulture de M. Louis d'Ailleboust. 11 est
extrait du registre den baptêmes, mariages et sépultures de
la paroisse de Montréal pour l'année mil six cent soixante :
"Le 1er juin a été enterré Mcssire Louyt? d'Ailleboust,
cy-devant Lieutenant général pour le Roy en la Nouvelle-
France, pris au fort. Un des premiers seigneurs de l'Isle.
" Rkmy, Ptre."
Ainsi M. d'Ailleboust mourut au fort de Ville-Marie, qu'il
avait lui-même considérablement agrandi ; ou du moins son
corps fut " pria au fort " pour être conduit à sa dernière de-
meure.
Madame d'Ailleboust était vraisemblablement à Québec
en ce moment, soit à sa résidence do la Châtellenio de Cou-
longe, soit à sa maison de la ruo Saint-Louis.
Ervest (xAONOH
■
— 365 —
LA VÉNÉRABLE MARIE DE L'INCARNATION
Un do nos amis nous communique l'extrait suivant d'une
lettre qu'il vient de recevoir du R. P. Gohiet, O.M. I., ancien
professeur de philosophie à l'Université d'Ottawa et mainte-
nant attaché au grand séminaire de Fréjus, où il occupe la
chaire de théologie dogmatique. Dans une réconte mission
en Provence, le R. P. Gohiet a fait halte à Aix, et voici ce
qu'il dit :
" J'ai passé là une délicieuse semaine, visitant tout ce qu'il
y a de beau à voir, et il y a beaucoup ! Cette vieille métro-
pole de la Provence est un agréable séjour. Beau musée,
belles églises où abondent les peinturos remarquables...
" Mais, écoute/., digne Canadien ! une des peintures les
plus int érofcsantes est dans notre chapelle de la mission : elle
a un intérêt historique pour le Canada. C'est une grande
toile qui a de la valeur artistique : Extase de la Vénérable
Marie Je V Incarnation, fondatrice des Ursulines do Québec,
et qui a joué un si grand rôle dans les déhuts du Canada fran-
çais. Ce qui fait l'intérêt de cette toile, c'est qu'elle donne
lo portrait authentique de la Vénérable, car la toile est con-
temporaine, ainsi que l'établit une longue inscription au bas
du tableau.
" Autre curiosité : dans son extase, la Vénérable contem-
ple Mario et tout une couronne d'anges, et au milieu rayonne
le Sacré-Cœur. Or, la date du tableau est antérieure aux
célèbres révélations de la Bienheureuse Marguerite Mario !
Donc, Marie de l'Incarnation aurait été, en France et au
Canada, lo précurseur de la grande dévotion. N'est-ce pas
que cola est intéressant ? Est-co un fait connu chez vous ?.."
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— 3GG —
RÉPONSES
Jr. Joseph Xueières, euré de Suinte- Anne de
Beaupré. (V, IX, 653.) — M. J. Navières vint au Canada
en 1734, en compagnie de Mgr Pierre Herman Dosquct,
successeur de Mgr L.-F. Duplessis de Mornay au siege epis-
copal de Québec.
Mis en possession de son évéché le 1G août 1734, MgrDos-
quet nomma, quelques jours après. M. J. Navières curé de
Sainte-Anne do Beaupré. Celui-ci conserva sa cure jusqu'à
son départ pour la France, en 1740.
Une seule lettre de M. Navières sur lo Canada a été publiée
en France (fév. 18s2), par M. Ludovic Drapeyron, dans sa
Revue de Géographie. M. Drapeyron, dans une préface,
explique comment ii est venu en possession de cette lettre
inédite on ces termes :
" Dans la bibliothèque de mon grand-père, M. Navières de
Boissiere, ancien élève de l'école normale supérieure et ins-
pecteur d'Académie, décédé en 1877, j'ai trouvé un nombre
assez, considérable de papiers inédits que je rangerai sous
quatre chefs, savoir : . . ."
Le 4ème chef se lit comme suit :
" Copie de la lettre écrite, par Al. Xarières, prêtre rnission-
nuire et curé de Sainte- Anne en Canada, à AT. Yeyssièrc,
vicaire de l éylisc collégiale de Saint- Alartial de Limoges et
curé de Bonnac." Ce dernier document est celui que nous
publions aujourd'hui, en l'intitulant : 1 t'n voyage à la Nou-
velle-France sous Louis XV."
Celte lettre remplit 1G pages de la Revue de Géographie,
imprimée à l'aria, par Chs Delagrave, éditeur de la Société
de (îéographie, 15, rueSoumot.
FjU tête, on lit : Du Royaume des Alarinyouins, prez les
colonnes d'Hercules, et au bas la signature, etc. : " J. Na-
vières, Prêtre missionnaire, curé de Sainte- Anne. A été-
achevé le susdit recueil à Sainte- Anne, ce 3 octobre 1734/'
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Le titre donné à oette lettre par M. Drapeyron est bien
Approprié. C'est en effet un récit bien intéressant d'un
voyage sur mer, il y a un siècle et demi, sur un vaisseau du
Roi, de la Rochelle à Québec. Celui-là avait duré 76 jours.
A la date de cette lettre, M. Navières n'avait pas encore
50 jours de résidence en Canada ; il avait vu Québec et toute
la côte de Beaupré. Dans sa lettre écrite pour un ami intime
•et non pour la publicité, il communiquait ses impressions et
Jes renseignements qu'il avait pu recueillir sur ces lieux.
Voici comment il parlait de la paroisse de Sainte- Anne et
de son église telles qu'il les trouva on 1731 :
" Venon* maintenant à ce que je fais dans ce pays. On ne
m'a pas laissé longtemps oisif ; aussi, je ne passais pas les
mers pour faire le fénéant. Trois ou quatre jours après mon
arrivée, Monseigneur me donna de l'emploi. Il me nomma à
une des plus considérables euros qui soient dans le pays, à
laquelle je me rondin anrôs la fête de Saint-Louis, pour y
exercer mes fonctions. Elle est située à sept petites lieues de
Quebec, sur le bord du fleuve Saint- Laurent, dans une grande
plaine, longue d'une dizaine île lieues, qui est fertiloet agréa-
ble. Notre Limousin ne produit pas de pais semblable. Ce
n'est pas qu'il n'y aye dos montagnes, mais elles sont faciles
à grimper, et un demi-quart d'heure suffît pour arriver au
sommet. Mu paroisse est située sur le bord du fleuve Saint-
Laurent, qui donne un agrément à ma petite maison et à
mon église, qui est une des plus belles et des mieux ornées du
Canada. Tu pourrais t'imaginer quo eu n'est pas grand -
chose ; détrompe-toi, et sois persuadé que les églises parois-
siales de campagne en Franco ne sont pas comparables à
colles du pays que j habite. J'ai plus do douze ornements
différents pour la messe, tous propres et beaux ; les linges,
soit sacrez, soit aubes et surplis, sont presque sans nombro ;
Jes vases sacrez riches et d'argent doré,le soleil grand et d'un
bol ouvrage, l'église vasto, ornée de tableaux donnés par des
— 368 —
vœux qu'ont fait plusieurs bâtiments dam* les dangers qu'il»
ont essuyé dans les voyages du Canada. Le maître-autol est
d'une architecture rare, et le rétable l'emporte pour la
richesse et la magnificence sur tous ceux que j'ai vu. Les
reliques très courues et en grande vénération ; la principale,
quoique la plus petite, est une portion de la main de Sainte-
Anne bien avérée ; l'église est consacrée à Dieu sous l'invo-
cation de cette grando sainte, qui est en si grande vénération
dans ce paie, que les pèlerins y abondent et montent et des-
cendent de 5 à 6 cent lieues pour accomplir leur vœu, ce qui
n'est pas un petit embarras pour moi. Les confessions et
communions sont si fréquentes que je ne crois pas qu'il y ait
on France de paroisses de campagnes où elles boient plus
communes. Outre les pèlerins, les gens do la paroisse me
donnent beaucoup d'occupation, surtout le dimanche, et
aprez avoir passé prez de 4 heures au confessionnal, je suis
obligé d'en renvoyer plusieurs pour célébrer la messe que
les paroissiens attendent avec impatience. Peu do jours
ouvriers se passent sans qu'il y ait des confessions des pèle-
rins et des gens do la paroisse ; en un mot, si nous étions
trois et même quatre, nous aurions suffisamment d'occupa-
tion, et autant de messes que nous pourrions acquitter, etc."
Voilà un témoignage de plus confirmant le fait que la
dévotion à la bonne sainte Anne, commencée dès l'origine de
notro colonie, n'a pas été interrompue et n'a fuit que pro-
gresser du même pas que la population. R. Bellemare
L'honorable Jean-Charles Chapais.(V, VIII,
643.)— M. Chapuis naquit à la Rivière-Ouelle, le 2 décembre
1811, et était le fils de M. J.-C. Chapais, marchand, de cette
paroisse. Après avoir fait ses études au séminaire de Xico-
lct, il se livra au commerce, comme son père, et se fixa à
Saint- Denis, où il eut pour ami le plus dévoué, le curé de
cette paroisse. M. l'abbé Quertier, cet homme si célèbre par
eon éloquence.
^Digitizec _
— 369 —
En 1850, la mort de M. Marquis, député de Karaouraskay
néceœita une élection dans cette division. Le parti conser-
vateur choisit M. Chapais comme son candidat, mais son
adversaire, M. Lotellier, l'emporta par quelques voix seule-
ment de majorité. L'année suivante, des élections générale*
eurent lieu, les deux mêmes adversaires entrèrent en lice, et
M. Chapais, après avoir combattu avec vigueur, triompha.
Ce fut le commencement de» nombreuses défaites que subit
le parti libéral dans ce comté jusqu'en 1807.
AI. Chapais fut membre du Conseil Exécutif comme com -
missairo des travaux publics, depuis le mois de mars 1864,
jusqu'à la Confédération. Assermenté, lo 1er juillet 1867,com-
me membre du Conseil Privé, il occupa le poste de ministre de
l'agriculture depuis cette date jusqu'au 16 novembre 1870,
alors qu'il fut nommé receveur général ; il donna sa démis-
sion au mois de janvier 1873.
J/honorable AI. Chapais représenta le comté de Kamou-
raskadel851 à 1867. A cette dernière date, il eut pour
adveroaire M. C.-A.-P. Pelletier, aujourd'hui sénateur. Cette
élection, qui dégénéra en une bataille véritable, n'eut pour
résultat'pratiquo que de faire défranchiser lo comté qui, pen-
dant deux ans, n'eut pas de représentant à la Chambre des
Communes. Al. Chapais se rit élire aussitôt dans le comté de
Champlain, qu'il représenta à l'Assemblée Législative de
Québec de 1867 à 1871. Le Kt janvier 1868, il fut créé séna-
teur pour la division de la Durontaye, charge qu'il a tou-
jours remplie jusqu à sa mort avec honneur, avec dévoue-
ment et toujours dans l'intérêt de son pays.
En 1864, M. Chapais prit une part active à la Confédéra-
tion, qui était à l'état de projet, lors de la conférence de l'U-
nion à Québec, et il devint l'un des pères de cette même
Confédération. 11 fut aussi pondant quelque temps directeur
du Grand-Tronc, ayant été nommé à cotte position par le
gouvernement.
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— 370 —
M. Chapais a toujours joui de la réputation d'un parfait
gentilhomme, d'un ardent patriote, d'un honnête citoyen et
d'un excellent père de famille.
M. Chapais mourut à Ottawa, le 17 juillet 1885, du diabète,
dont il soutirait depuis quelques années. 11 était catholique
pratiquant, aussi reçut il avec ferveur les derniers sacre-
ments do l'Eglise. Ses restes furent transportés à Saint-
Don is, où, nu milieu d'un immense concours de parents et
d'amis, eurent lieu, le 22 juillet, les cérémonies solennelles
des funérailles. CE. Roci.kai;
Le testament tie C/iamptain. (V, IX, G52.)— Par
son contrat de mariage, le fondateur do Québec devait lais-
ser à sa femme, si elle lui survivait, la jouissance de tous ses
biens. Son testament vint tout déranger. Entraîné par
une dévotion extraordinaire à Xotre-Dame de Recouvrante,
et présumant aussi que sa compagne, dont la piété dépassait
peut-être la sienne, applaudirait à ce legs louable, Cham-
plain institua l'église qu'il avait fondée sa légataire univer-
selle. En ell'et. la veuve ne présenta pas d'opposition, elle
prévôt des marchands de Paris confirma le testament, par
sa sentence du 11 juillet KJHT. Néanmoins le testament fut
cause d'un procès célèbre.
I "ne cousine germaine de Champlain, du nom de Marie
Carnaret, épouse de Jacques llcrsaut, contrôleur des traites
foraines et domaniale- de la Rochelle, attaqua le document
sur deux points. Son avocat, maître Hoileau, prétendit qu'il
n'était pas conforme an contrat de mariage, et que, do ce
seul chef, il devait être annulé. Il ajoutait do plus, à ren-
contre de la vérité, qu'il avait été fabriqué par des mains
étrangères, car on ne pouvait pas supposer qu Champlain
eût institué Vio>/e-3r<irie pour son héritière. Ce sont les
termes mêmes de la disposition testamentaire. Le procureur
général lîignou réfuta aisément les allégations du procu-
— 371 —
reur do Mario Canierat, et il prouva que madame Champlain*
elle-même reconnaissait la signature de hou mari, son stylo
et ses expressions. Ce legs à la Vierge- Marie n'avait rien
que de très naturel dans la bouchede Champlain, " que l'on
sait, dit Bignon, après avoir été assez accoutumé à se servir
de paroles bien chrétiennes, pour avoir voulu, sur ce sujet,
témoigner par exprès des sentiments particuliers d'une âme
pieuse et catholique." Bien qu'il reconnut l'authenticité du
testament, le procureur général finissait par conclure qu'il
devait être rejeté, comme contraire au contrat de mariage.
La Cour en jugea ainsi et les biens de Champlain, moins une
somme de 000 livres provenant dv: la vente de ses meubles,
retournèrent a ses héritiers naturels. N.E. Dio.nnk
Le trèn honorable John- A rth ur Itwbuck, (IV,
V, 457.) — H y a bien îles gens parmi nous, mémo des gens
assez instruits, qui ne connaissent guère M. Ku-buck et qui
savent peu de choses Uo ses relations avec le Canada.
John Arthur frvbuck était né aux Indes, à Madras, en
1801. Son père était employé dans le service civil. Eu 1807,
ses parents quittèrent l'Inde pour 1 Angleterre. Peu de
temps après son père étant mort, sa mère se remaria et l'a-
mena avec elle au Canada où son second mari avait proba-
blement un emploi. Le jeune Kccbuck re«;ut donc toute sa
première éducation dans notre pays. D'après l'historien
Christie, en 1822, à l'âge do 21 ans, il écrivit tt publia à Qué-
bec une brochure en faveur de l'union des deux Canadas.
En 1824, il partit pour l'Angleterre, où il étudia le droit et
se fit admettre au bareau en 1832. Le mémo Christie nous
apprend que M. .Roebuck fut le véritable auteur du livre
publié en anglais, à Londres, en 18.'i0, sous le nom du Dr
Pierre de Salles Laterrière. Ce livre était intitulé : A political
account of Lou er Canada : icith remarks on the present situa-
tion of the people, as reyards their manners, character, reli-
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— 372 —
gion, etc., by "A Canadien." On y recommandait entre autre
chose, l'abolition du Conseil législatif, comme remède aux
maux dont souffrait la province du Bas-Canada.
En 1832, Bœbuck fut <!lu par la ville de Bath pour la
Chambre des Communes, grâce à l'influence de leader radi-
-cal, M. Hume. Ayant résidé pendant de longues années au
Canada, il prit immédiatement un grand intérêt aux aftaires
canadiennes dont le parlement anglais était souvent saisi à
cette époque. Le 15 avril 1834, il proposait la nomination
d 'un comité pour " s'enquérir des moyens de remédier aux
maux qui découlent de la forme du gouvernement dans le
Haut et le Bas Canada."
L'année suivante, (1835), l'Assemblée législative de Qué-
bec passa un bill pour nommer il. Iïœbuek agent de la pro-
vince en Angleterre. L'honorable D. B. Viger agissait
comme tel depuis deux ans mais il lui fallait revenir au pays
et nos chefs parlementaires sentaient le besoin d'avoir un re-
présentant autorisé à Londres pour défendro nos intérêts. Ce-
pendant de crainte que le bill ne fût rejeté par le Con Ail
Législatif— ce qui arriva en effet — la chambre adopta les
résolutions suivantes :
" Que c'est l'opinion de ce comité que,dans le cas où le bill
pa**é par cette Chambre hier, nommant John Arthur Roe-
buck, tfcuyer, comme agent de la province ne deviendrait
pas loi, ledit John Arthur Kœbuck. écr., soit prié de repré-
senter auprès du gouvernement de Sa Majesté .comme agent
de cette chambre, les intérêts et les sentiments des habitants
de cette province, et de soutenir les pétitions adressées par
cette chambre à Sa Majesté et aux deux chambres du par-
lement.
" Que c'est l'opinion de ce comité, que dans le cas où le
bill ne deviendrait j as loi, il est juste que le greffier de cette
cham bre soit autorisé à paj'er au dit John Arthur Rœbuek,
.écuyer, ou à son ordre, à même le fond des dépenses contin-
*
— 373 —
gentes de la chambre.une somme n'excédant pas 600 louiB
sterling, pour l'indemniser de ses soins et services en sa dite
qualité d'agent ; et que le greffier soit pareillement autorisé
à ava ncer au dit J.-A. Roebuck, écuyer, uno somme n'excé-
dant pas 500 louis sterling, pour l'aider à faire face à ses dé-
boursés et dépenses contingentes en sa dite qualité ; desquels
dits déboursés et dépenses il sera rendu compte à cette chain-
bro de six mois en six mois."
Sur réception de cet* résolutions, M. Rœbuck demanda uno
audience à lord (îlenely, secretaire des colonies, afin de se
faire reconnaître cornmo agent do l'Assemblée du Bas-Canada.
Et en juin 1835, il fut reconnu comme tel par le ministre.
A la session d'automne de la même annéed'Assemblée passa
un t>econd bill pour nommer M. Rœbuck agent do la pro-
vince, et adopta en même temps, des résolutions analogues à
celle de la session précédente. Le bill fut encore rejeté par
le Conseil législatif. En 1836, nouveau bill qui n'eut pas
une meilleure fortune.
M. Roebuck s'occupa activement de nos affaires durant
ces années critiques où la situation était si terriblement ten-
due entre l'Assemblée Législative et les autorités impériales.
Survinrent les douloureux événements de 1837. Lorsque
lor.l John Russell proposa un bill, en 1838, pour suspendre
la constitution du lias- Canada, "M. Roebuck qui avait perdu
son siège l'année précédente, demanda a être entendu à la
barre de la chambre des Lords et do la chambre des Com-
munes, comme agent de l'Assemblée, pour s'opposer à ce
projet de loi. Cladstone et lord Stanley aux Communes, et
lord Aberdeen dans la chambre haute, soulevèrent des ob-
jections. Mais finalement M. Roebuck fut admis à compa-
raître. Tl fut, dit-on, très agressif et très amer.
On lit à ce propos dans A history of our own times, de
Justin McCarthy :
" Un critique de cette époque remarqua que la plupart
dos orateurs semblent s'efforcer de se concilier les bonnes
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— 374 —
grâces de l'auditoire qu'ils veulent gagner, mais que M.
Roebuck, dès le début, parut déterminé à tournor contre lui
et sa cause tous ses auditeurs. Ses discours cependant furent
d'une grande force argumentative et d'une grande puissance.
• Leur effet fut encore augmenté par l'apparence singulière-
ment jeune de l'orateur à qui l'on eût à peine donné vingt
an*. M. Roebuck avait pourtant 37 ans."
La constitution de 17!) 1 ayant été suspendue puis rappe-
lée, M. Roebuck cessait naturellement d'être agent de l'As-
semblée défunte.
Mais il lui était dû des arrérages pour ses émoluments et
déboursés. En vertu des résolutions de février 1835, ils s'é-
levaient à 1100 louis par année. Il avait été payé pour 1835,
et avait reçu 700 louis pou* 1830*. Mais le deadlock finan-
cier, entre l'Assemblée et l'Exécutif avait ensuite arrêté tous
les paiements, et il lui restait dû 400 livres pour 183»i, et
1,100 louis pour 1837, en tout 1,500 louis.
En 1838. le conseil spécial, nommé par lord Durham,
alloua une certaine somme pour défrayer les dépenses de la
dernière Chambre d'Assemblée. Mais les arrérages do M.
Roebuck furent omis. 11 s'en plaignit au ministre qui écri-
vit à ce sujet, d'abord à sir John Colborne, en 1839, puis à
M. Poulett Thompson en 1840. Celui ci répondit que le con-
seil spécial, à qui il avait soumis les réclamations de M.
Roebuck, les avait rejetées.
Pendant dix ans, on n'en entendit plus parler. Mais en
1850, M. Roebuck revint à la charge. Le secrétaire d'État
pour les colonies, lord Crey, écrivit a lord Elgin, lui trans-
mettant une lettre de l ex-agent de l'Assemblée bas-cana-
dienne, dont voici la teneur :
Milton, Lynmington, Haut*.
VI décembre 1850.
Milord,
11 y a plusieurs années, j'ai agi comme agent de la Cham-
bre d'Assemblée du Bas-Canada. En cette qualité, et au nom
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•de cette Assemblée, qui a été si attaquée et maltraitée, j'ai
-c omparu à la barre de la Chambre des Communes, et ensui-
te à la barre de la Chambre des lords. J'ai aussi été reconnu
comme agent de l'Assemblée par l'administration actuelle ;
et lorsque l'aneienre constitution du Has Canada fut abolie,
je cessai d'être l'agent de l'Assemblée, étant alors créancier
do cette Chambre, au montant de $1.500.
Par un procédé déshonorant, on a éludé le paiement de
cette dette, après avoir payé toutes les dettes de l'Assemblée
de la province ; l'animosité, la haine et l'esprit de parti.ont
pris la place de la justice en ce qui me regarde. J'espère
que ces sentiment* de rancune personnelle se sont évanouis ;
et J'en appelle maintenant à la justice de la législature cana-
dienne, pour me payer une dette q\ii m'est due à juste
titre.
J'ai demandé :\ lord (irey de vous autoriser do sanction-
ner, au nom do la Reine, le paiement de cette réclamation,
«t je ne puis douter un seul instant que vous ne soye» auto-
risé à le faire ; j'ose me flatter que votre seigneurie voudra
transmettre la lettre ci jointe à l'orateur de l'Assemblée Lé-
gislative, avec l'autorisation officielle et personnelle que vous
.-devez avoir reçue, je n'en doute nullement.
Je demeure. Milord,
Votre obéissant serviteur,
J. A. Rœbuck
Au très honorable le comte d'Klgin, etc., etc., etc.
La réponse a cette lettre, fut un ordre-en -conseil du 4
mars 1851, dan» lequel on lisait :
a lia réclamation de M. Rcvbuek, a été recommandée dans
le» dépêches de lord Norman by, et lord John Russell, en 1839
et 1840 : mais elle paraît n'avoir pas été accueillie par le
.conseil spécial. M. R«ebuck a de nouveau mis su réclama-
tion sous les yeux du comte (irey : et le comité du conseil
4?tant d'opinion qu'elle est fondée en justice, recommande
— 376 — r^mx
qu'il soit porté sur les estimations qui seront soumisses au
parlement, durant la prochaine session, une somme suffisante
pour mettre Sa Majesté en état de payer une somme de 1,500
livres, à John R. Rœbuck, pour ses services agent de la ci-
devant Chambre d'Assemblée du lîa«j Canada, cette somme
étant le montant par lui réclamé et constaté lui être dû."
A la session suivante,la somme de 1,500 louis fut votée, et
M. Rœbuck fut payé conformément a Tordre en conseil.
M. Rœbuck fournit, en Angleterre, une des plus belles
carrières parlementaires de ce siècle. Il siégea dans la Cham-
bre des Communes, de 1882 à 1879, avec trois interruptions
seulement : de 1887 à 1841, de 1847 àl849, et de 1868 à 1874.
Il fut donc membre du parlement pendant trente-cinq années.
Il représenta Sheffield, depuis 1841 jusqu'à sa mort, sauf les
dernières périodes plus haut mentionnées. Un de ses plus
remarquables exploits parlementaires tut sa motion do non-
contianee contre le gouvernement de lord Aberdeen, en 1852,
au sujet de la manière défectueuse dont le département de la
guerre avait organisé les services do l'armée anglaiso. en
Crimée. Ce gouvernement était un cabiuet de coalition Que
l'on avait appelé le " cabinet de tous les talents", comme
autrefois lemiuistèrede lord Granvillc,on 1796. Al. Rœbuck eut
157 voix do majorité pour sa motion et renversa ce gouver-
nement puissant. Vers la fin de sa carrière, il s'était rappro-
ché de lord Beaconstield et «les conservateurs. En 1878, il
fut nommé membre du Conseil Privé.
Il écrivit plusieurs ouvrages, dont les principaux sont :
Pamphlet* for the people; A plan for the government of
some portions of our colonial possessions ; History of the
whig ministry of 1880, etc., etc.
Le très honorablo John Arthur Rœbuck mourut le 30
novembre 1879.
1g NO TUS
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QUESTIONS
680. — Dans les relations des Jésuites année 1670, page 22,
*nnée 1671, page 7, année 1672, page 2, année 1672 et 1673,
pege 149, il est fait mention d'une statue de Notre Dame de
Foy envoyée de Belgique au Canada ver» 1667 ou 1668.
" Cette statue de la Vierge avait cela de remarquable qu'elle
.était fuite du bois d'un chêne dans le cœur duquel on en
avait trouvé une semblable (en 1609) quelques années au-
paravant dans le village de Foye, au pays de Liège, à une
lieue de la ville de Dînant."
Le Père Chaumonot à qui cette statue avait été envoyée
par le père de Vérencourt bâtit sous le même nom (Notre-
Dame de Foy) une ohapelle située a la côte Saint Michel,
près de Québec, et où cette statut fut placée. La dévotion
des fidèles s'accrut bientôt par les miracles que la Sainte
Vierge y opéra.
Les sauvages Hurons établis à la côte Saint Michel fréquen-
taient cette chapelle et il est dit dans les relations des Jésui-
tes que cette statue avait été donnée expressément pour
la conversion des sauvages et devait être placée dans l'une
de lours chapelles.
Les Hurons quittèrent Notre-Dame de Foy en 1674 pour
aller s'établir à l'Ancienne Lorette.
Qu'est devenu cette statue de Notre-Dame de Foy ?
X. X. X.
681. — Quand le nom de Nouvelle-Ecosse a-t il remplacé
.celui de Acadie ? Qui a suggéré et employé pour la pre-
mière fois ce nom de Nouvelle- Ecosse ?
Ecot.
682. — On me dit que pendant l'hiver de 1769-1760 catho-
liques et protestants à Québec suivaient tour à tour leurs
offices dans la chapelle des Ursulines. Est-ce le cas ?
Rio
— 378 —
683. — Le compilateur du deuxième volume de la Littéra-
ture canadienne do 1850 à I860 déclarait qu'il s'abstenait de
reproduire en entier les poésies de MM. Garneau. Lenoir et
Kiset, parte qu'elles devaient, lui assurait-on, être publiées
en volumes séparés.
Ces volumes ont-ils été publiés ? Pt.
684. — Avons-nous eu deux chirurgien* Arnoux à Qué-
"bec ? Celui qui possédait uue maison sur la rue Saint-Louis,
à Québec,mai*on dans laquelle Montcalm mourant fut trans-
porté, est-il décédé au Canada ? Geo.
685. — Pourquoi les protestants appcllont ils ministres ceux
qui, chez eux, président au culte ? Ce mot est-il d'origine
française ou anglaise ? IÎ.
686. — Dans ses Voyages, Champlain parle souvent d'une
partie du port de Tadoussac qu il nomme " moulin Baudé."
Cet endroit porte aujourd'hui le nom de "Anse du moulin à
Baudé." Pourquoi ce nom de Baudé ? Que signitio-t-il ?
Nav<».
687. — Sous le régime français, désignait on sous le nom
de Nouvelle-Angleterre tout le territoire actuel des Etats-
Unis ? Bans le cas contraire, quelles étaient les limites de
la Nouvelle-Angleterre ?
AxfRi,
688— Kn 1878, un Français distiugué du nom de Beau-
mont débarquait à Québec. Le lendemain de son arrivée dans-
la capitale, il mourait subitement sur la ruo. On m'affirme
que c'est ce M. de Beaumont qui porta le message de Basai •
ne rendant Metz à l'armée prussienne. Quelqu'un de vos lec-
teurs peut il me renseignor 1J sur la mort do M. de Beau-
raont 2° sur la part prise par lui à la reddition de Metz ?
Franc.
689— Est-ea l'Abord à-Plouffe, ou la Barro-à-Ploufle,qu*il
faut dire ? Rio.
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TABLE DES MATIÈRES
Acadie, L'amour de la France en 111
AcaUien-s Le chant national des 143
Adelsheim 83
" Africaine," Le naufrage do l' 84
Amérique. Kn 2lf>
Amnistie de 183S, L" 04 152 182
Années. Le* bonnes (54 91
Argent. Sa rareté autrefois — 104
Arnold, Le général 51 34»!
Aulnuy, Charles Menou d' 03 214
Baptiste, Le flibustier 8
•" Bas «le soie" Sf>
Bâtis; an. Le nom 274
Beauee, La colonisation de la 32
Beaumont. Les Acadiens à 182
Bédard. Pierre 250
B^dari et sim rils, Pierre 285
Bédard, Deux ouvrages de Pierre 209
Bégin, Lfs ancêtres de Mgr 123
Bienville, Saint Antoine de 195
Bon-Temps. L'ordre du 178
Bouchette, L'arpenteur général 186
Bouchetto. L'exploit du capitaine 317
Bourget. Mgr Ignace 42
Brion, L'amiral de 1 50
Bureau des pauvres à Montréal, Le 279
-Camériers Secret» de Sa Sainteté, Les 313
Canada, Le Petit 221
Canada, Manière d'apprendre l'histoire du 158
•Cap à l'Arbre, Le 314
-Cap Tourmente, La croix du f>3
-Cari gnan. Le régiment do 116
iCartier, La croix plantée par 177
Caughnawaga, Saint-François- Xavier do 131
Champlain, Le testament de 370
Champlain, L'OTthographe du mot 64
Chanson de 1812, Une 237
Chapais, L'hon. J. C 368
Chauffage des églises autrefois 57 83 117
Chouaguen, Les drapeaux de 349
Ohouard, La femme de 274
Clairon du lloi. Le 216
Com pain, L'abbé Pierre- Joseph 115
Confédération, Les Pères de la 346
Conseil de Québec. L'ancien 53
Corrège au Canada, Un tableau du (il
Corvées, Les 216
Coup de pied, Un royal 107
Cox, Sir Kdmund : 31
D'Ailleboust, Mme 43
Deschambault, Let* Anglais à 63 316
Desjardins, L'abbé Jean-Louis 344
Dorion, J.-B.-E. 31 90 119
Droits beigneuriaux, Les 136
Durham, L'ordonnance de lord 94 152 182
Duel sous le régime français, Le 31
Ecossais au Canada, Les 219
"Enfant Terrible," L' 31 90 119
Epluchette, Une 186
Expressions, Anciennes 144
Familles canadienne^ Les premières 242
Fénelon, Un ouvrage de 240
Fiedmont, Jacau de 173^
Formu lottes écrites 207*
Galiffet, Le marquis de 347
Gaspé, Lieutenants-gouverneurs de 146
Gerrymander, Le mot 64 94
Girouard, La famille 205
Habitants vs Hivernants 105
Huissiers et praticiens 38
Hygiène sous le régime français, L' 261
Inhumations hâtives 364
Jésuites, Le Journal des 21 52
Jésus, La quête de l'Enfant 25
Judicature en 1732, La 203
Jurons populaires, Nos 359
Kalm au Canada, Le voyageur 68
Kiwber, La famille 252
La Boujonnier 79
La Jonquière, Le testament de M. de 268
Lauzon, La famille de M. de 190-
Lebrun, Un tableau de 158 241»
Legardeur de Saint-Pierre, Joseph 233
Légendes de nos ancêtres, Les 100
Lepage, L'abbé 32 91 841
Lévis et les drapeaux de ses régiments 309
Lévia, Notre-Dame de la Victoire de 7
Lieut.gonverneurs de Québec, Les armes des... 73
Longuuuil, Le dernier rejeton des 145
Longueuil, Le nom de 209
Longueuil, Les journaux de 22
Loupgarou, Le 304
Lutin, Le 78
MacNab, Sir Allan 31 62 119
Malartic, Le comte de 109
Marie de l'Incarnation, La Vénérable 365
Martyrs ou patriotes 31 88
Ménage, Le curé 362
Ménagerie des pauvres 341
Mééy, La mort du gouverneur de 52
Métis ou Bois-Brûlés 17
Meurons, Les 56 115
Milice, Les commandants de notre 275
Miliciens, L'uniforme de nos 184
Mitaine des puritains, La 152
Montcalm, Le monument Wolfe et 305
Montmagny, M. de 32
Montréal à Québec, De 23£
Montréal en Espagne 32
Morin, Le juge A.-N 20 267
Navières, Joseph 366
Noya ux, Les 81
Ordres du Roi, Les 126
Papiers, Les vieux 202
Papin eau, Joseph 253
— 382 —
Patriote-* ou martyrs 3) S3
Perrault, Joseph- Francois 175
Piehon, Thomas , 32 92
Plessis'ei do Maistre, Mgr 241
Plessis et le tableau de Saint-Michel, Mgr 32 27*i
Poêles dan* les égli»es, Le- 57 S3 117
Point-y. Philippe de Lonvilliers de 212
Pointe à la Garde. l,e combat do la 2S2
Port Daniel, Saint-Georges de... 323
Port neuf, Lo cm? 31 213
Prélats domestiques de Sa .Sainteté, Les 211»
Prêtiv méiic in, l"n 115
Prêtres, Cinq frètes 273
Prêtres français réfugiés au Canada 1S8
PrÎHon à Qui- bee t-ous le régime français 64
Propri -ti s. Le morcellement des 72
Prot motaires apostoliques canadiens, Les 1S4 252 285
Québec, Lo bureau de poste de 153 247
QuéWc; de 1U20 à lt>32 292 324
Ramezay. M. île 59
Rasle, Le P. Sébastien 223
Réchauds. Au temps des 117
Richmond, La mort du duc de 112
Robi'i val. La paroi- se de 6*7
Rœbuek, John- Arthur 371
Kohault, René 28
Rolette. Le canton 146
Salaberry, Sou discours de Châteauguay S5 117
Saint- Antoine de Bienville 195
Saint Fabien de Rimouski 99
Saint-Frédéric do Druinmondville 227
Saint Georges do Port-Daniel 323
Saint Joseph de Lanoraie 163
Saint Joseph de la Pointe de Lévy 35
Saint Laurent de 1 île d'Orléans 259
Saint Laurent, La traversée du 18
Saint Loute, L incendie du théâtre 343
Saint-Mathia8 de Rouville 291
Saint- Maurice, Les députés de 283
Saint Paul de Joliette 355
SainU Régie, La prise de 141
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Saint- Val lier, L'orthographe du mot 63
Satan, constructeur d'églises 245
Shawinigan, Le mot 30
Sydenham, La mort de lord 82
Terrebonne, Le fondateur de 32 91 341
Toronto, Le fort de 137
Trois-Pistoles, L'hermite de 260
Turgeoc, Mgr 32
VallièresdeSaint-Réal, Le juge 153 275
Vaudreuil, Le comte de 23
Victoria, L'inauguration du pont 181*
Villeray, Louis Rouer de 356
Wattevilles et Meurons, Les 115
Weld, Le cardinal 36
Wheelwright, Mère Esther 164
Wolfe, Le général 208
Wolfe, Le monument Montcalm et 305
Wolfe, L'épée de 63
Wolfe, Les portraits de 63
FIN
-
»
s
i
■3
Recherches Historiques
BULLETIN D'ARCHÉOLOGIE, D'HISTOIRE, DE
BIOGRAPHIE, DE BIBLIOGRAPHIE, DE
NUMISMATIQUE, ETC., ETC.,
PUBLIÉ PAR
PIERRE-GEORGES ROY
VOLUME SIXIÈME
LEVIS
1900
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 0 JANVIER 1900 No. 1
SAINTE-CECILE DE VALLEY FIELD
En 1845, au mome nt même où s'achevait le canal de Beau»
harnois, destiné à relier le lac Saint- François et le lac Saint-
Louis, VaHeyticld u 'existait pas. La construction du canal,
dont ce point était le terminus en venant de Montréal, avait
fait drvs-er en cet endroit quelques petite» maisons destinées
aux industriels qui suivent les chantiers de ces grands tra-
vaux. Là encore, il y avait quelques cabanes de pêcheurs et
de défricheurs ou settlers, tous fort pauvres, et vivant assez
tristement. Ces deux éléments réunis ne donnaient, eu 1849,
à ce hameau pas beaucoup plus do trente feux.
Ce hameau dépendait de la paroi>se de Saint-Timothéo.
L'endroit même où e»t situé aujourd'hui Valleylicld n'avait
pas alors de désignation. La poinlo de terre qui se détache à
l'entréo du canal actuel, était appelée '* la pointe aux voleurs,"
Ainsi nommée parce qu'une barge dedenrecs s'y étantéchout e,
les habitants s'en seraient approprié la cargaison, selon les
uns; et selon d'autres, parce que ces mêmes habitants fai-
saient main basse sur les bois flottants que le vent ramenait
de ce côté, lorsqu'ils manquaient le rapide du Coteau.
A partir de 1855, on trouve,dans les registres parfaitement
tenus de la paroisse, des documents positifs dans lesquels m
peut avoir toute confiance.
Cette paroisse fut créée on cette même année sous le nom
Officiel de paroisse de Sainte Cécile. Voici les termes mêmes
de l'acte en date du 1er mai 1855 constituant cette paroisse:
" Il sera formé une paroisse dite de Sainte-Cécile, et com-
posée d'une étendue de territoire détachée de Saint-Timothée,
l
— 6 —
comprenant toute la partie Mid ouest d uolle appelle Cathe-
rinestown, bornée et limitée au nord-est parla Grande Ligne
qui divise ITelenstown de Catherinestown ; au nord-ouest
par le fleuve Saint -Laurent, comprenant la grand île de
Saint-Timothée, à partir de son extrémité supérieure à aller
à la terre de Pierre Bongie senior ou ses repré*entants,inclu-
stvement ; au sud est par la rive nord de la rivière Saint-
Louis comprenant le quatrième rang de Catherinestown, à
partir du chemin connu sous le nom de chemin Larocque, à
aller à la ligne du canton de Godmanchester ; au sud-ouest
parla ligne du dit canton de Godmanchestor jusqu'au lao
Saint-François."
Le 6 mai de la même année, c'est-à-dire cinq jours après
cotte proclamation, los francs-tenanciers de la nouvelle
paroisse se réunissaient au presbytère de Saint-Timothée,
dont le curé avait mission de desservir Sainte-Cécile.
Il s'agissait de nommer les membres de la fabrique. A
l'unanimité.I'assemblée choisit pourpremiormarguillier Fran-
çois Pitre dit Lajambe ; pour second marguillier, Jean Bou-
gie, cultivateur à la granio-Ile ; et enfin, pour troisième
marguillier, Antoine Hainault. Six mois plus tard, on déci-
dait l'érection d'une église et d'un presbytère : les travaux
commençaient en 1856, et étaient achevés en 1857.
L'église était placée là où s'élève aujourd'hui la cathédrale
do Valleyfield. Elle était relativement grande, mais les res-
sources ne permirent pas,pendant plusieurs années,de la déco-
rer intérieurement.
Elle servit juf qu'en 1882,époque à laquelle M.le curé Ale-
xis Pelletier résolut, avec le conseil do fabrique, la construc-
tion d'une nouvelle égliso plus en rapport avec la population
croissante et les besoins de la ville de Salaberiy de Valleyfield
comme était officiellement uotnmée la nouvelle municipalité
formée dans la paroisse de Sainte-Cécile, en date du 25 février
1874.
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Cette égli-e apj artient, jour la nef et le cbœur, au style
roman : la nef a de très vaste» proportions et un cachet de
grandeur qui causent au visiteur une très belle impression.
Le chœur, élevé de pluciours marches, avec le maître-autel
placé au fond, a égalera* nt un magnifique aspect. La con-
sécration de» cette belle église eut lieu le 2 octobre 1884.
par Mgr Fabre, archevêque do Montréal. Elle sert aujour-
d'hui de cathédtale au piemier évêqucdu diocèse de Salu berry
de Valleytield, Mgr J.-M. Emard.
Inscrivons ici les noms des curés de Valleyfiold qui ont,avec
des succès drver*, mais tou» avec le même zèle pour le bien
de leur paroii**e, contiibué à la création des institutions, à
l'édihYation des monuments qu'on y voit, depuis M. Amahle
Thibault, premier cure de Suinte Cécile, M. J. T. Laanier qui
lui succéda en 1864, et occu a ce po*to jusqu'en 1878, M.
Alexis Pelletier, qui a droit d'être regardé comme le second
fondateur de Valley field, M. J.-O. Roussin, M. C.-A. Santoire
et M. J.-A. Caslonguay, curé actuel. R.
LA MÉMOIRE) DE GEORGES III
On ar toujours attribué au roi Georges III une mémoire
prodigieuse des homme-*. Il lui suffi ait, disait on, de voir
une personne une aeule fois (et les souverain* en voient un
grand nombre), pour se la rappeler pendant le reste de sa
vie. M.. Charles do Lanaudière, étant encore au servico de la
France, avait accompagné son oncle, le comte de BoUhébert,
chargé d'une mission diplomatique à la cour d'Angleterre,
et fut présenté au roi Georges II 1. Quinze ans après cette
Sremière entrevue avec le souverain de la Grande Bretagne,
loi fut présenté de nouveau, main alors comme sujet bri-
tannique. Le roi le reconnut aussitôt, et lui dit en sj servant
de la langue française :
— Vous m'avez été introduit jadis comme sujet français,
mais je suis heureux que vous le soyez aujourd'hui comme
un de mes sujets.
Pois il ajouta, en se servant de la langue anglaise : J'ou-
bliai h que vous parlez l'anglais avec aisance. R
— S —
L'ABBE JOS K P H - M AT H U R I N BOURG
Joseph -Math u ri n Bourg naquit à Beaubast-in. en Acadie,
le 9 juin 1744. 11 était fils de Michel Bourg et d'Anne Hébert.
Il avait 11 ans à la déportation des Acadien*, et Vet événe-
ment mémorable avait laissé dans son esprit une douloureu-
se impression, qu'il conserva toute sa vie et qui le forma dès
l'enfance aux épreuves et aux luttes qu'il eut à soutonirdanS
la suite.
Il est probable que ses parents furent déportés en France,
car nous le retrouvons quelques années plus tard au sémi-
naire des Missions Etrangères^ Pari*,poursuivant ses études
et se préparant aux missions lointaine* de l' Acadie, dont le .
bou venir était si cher au 6ls des malheureux exilés.
Ses études théologiques terminées, il revint H Québec, et
après quelques mois passés au séminaire de cette ville, il fut
ordonné par Mgr Hubert, au moi* do septembre 1773. Mgr
de Québec lui confia immédiatement les missions difficiles de
la Baie des Chaleurs, delà Gaspésie et de toute l'Acadie,
privée de secours religieux depuis plusieurs années.
Il arriva à Tracadièche, (aujourd'hui Carleton) dans l'au-
tomne 1773, un an après le départ de* Pères Etienno et
Ambroi8e,Recollct8de la mission des Micmacs de Sainte-Anno
do Ristigouche, et au moment où le P. Bonaventure, autre
Recollet, allait quitter la Baie des Chaleurs et la Gaspésie.
Il avait ordre de se fixer à Tracadièche (Carleton) et de
faire de cette place le centre de ses missions. C'était l'en-
droit le plus commode et le plus populeux. Il y avait là,
en effet, un groupe assez considérable d'Acadiens, que la
cruauté des Anglais avait forcés de quitter leur patrie,pour
chercher ailleurs un lieu plus sûr.
La première émigration, partie de Beaubassin en 1755, se
composait de sept familles, Ambroise Comeau et François,
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•ou fils, Mario, Benjamin, Jean-Baptiste et Joseph LeBlane,
Charles Dugas et Claude Landry, avec leurs familles. Après
avoir erré ça et là, sans pouvoir se fixer, par la crainte des
Anglais, ils gagnèreut la Baio des Chaleurs et vinrent se
fixer dans le Barachois de Tracadièche ; ce barachois est
formé par un banc de sable de près de deux milles de long,
joignant la terre terme à l'est à un cap qui s'avance dans la
mer d'un mille, et fermé à l'ouest par un autre bane do
eable qui court de la terre ferme nord et sud jusqu'à plus
d'un mille au largo, en laissant qu'un goulet étroit et pro-
fond pour la décharge de co vaste étang au reflux de lit
marée.
Comme ces doux bancs qui se rencontrent, 'sauf lo goulet,
presqu'u angle droit, étaient alors épaissement boisés et
offraient une retraite sûre, ces malheureux exilés établirent
leur campement sur une petite ilo* boisée qui se trouve au
milieu du barachois. Ils y passèrent l'hiver 1756, vivant de
chasso et pêche.
Ils furent bientôt rejoins par d'autres de leurs malheu-
reux compatriotes que la terreur des Anglais jelait sur cette
plage.
Ce lieu était appelé ïracadiècho par les sauvages, ce qui
signifierait, d'après l'interprétation du fameux chef Micmac
Sam Souk, durant plusieurs années interprète des mission-
naires de la réserve des sauvages à Kistigouche, endroit où
U y a beaucoup de hérons, oiseaux aquatiques qui y font leur
séjour.
M. Bourg fut reçu à Tracadièche (Carlelon) avec des
transports de joie et une vivo allégresse par ces pauvres
Acadiens, privés de secours religieux, au moins régulière-
ment depuis plusieurs années. Il eut aussi le bonheur d'y
rencontrer son frère Charles, et trois sœurs. Il maria Char-
les à Théotiste Savoye, Vietoire,à Michel Vincent Areeneau ;
Mario-Lucie à Iaaïe Bernard, et Marie-Madeleine demeura
toujours avec lui.
Il y avait alors à C'arleton 40 familles acadiennes, for-
mailt 200 âmes. Lu pêche et la chasse faisaient leur princi-
pale occupation. Quelques-uns rependant so livraient au
défrichement du col, et à la culture.
Dès son arrivée a Carleton, M. Bourg s'occupa à se ména-
ger un logement et tit allonger la sacristie de la chapelle,
bâtie quelques années auparavant par lo P. de la Brc*se, le
célèbre missionnaire jésuite.
M. Bourg paspa ce premier hiver a Carleton et alla faire
une mission à Bonavcnture et aux sauvages de Kistigouche,
dont il apprit promptement la langue à fond.
Dès le lion printemps 1774, il partit pour les lointaine»
misions de- l'Acrdie. dont il tardait -le revoir ces lieux si
' chers à soi, cd-u- et porter les secours de son ministère à ses
malheureux compatriote*.
Accompagné de deux sauvages il pénétra à travers la forêt
à la rivière Saint-Jean où il trouva un grand nombre de sau-
vages qu'il évangélisa. et à un <tal>lis<e:nent d Aeadicns, qui
s'étaient échappés de la déportation, par un coup d'audace.
Pendant que U-s tran-ports cinglaient sur la Bai 0 de
Fundy, dit l'abbé ('.'airain, un acadien do Port- Royal, du
nom do Beaulieu. am ien navigateur au long cours, ayant
demandé au capitaine du navire où il était détenu, avec 224
autres exilés, en quel lie i du monde il allait les conduire."
Dans la première î'e déserte que io reneontrerai.repondit-
îl insolemment. C est tout ce que méritent des papistes fran-
çais comme vous autre-.
' Hors de lui mcm\lk«aulieu,qui était d'une force peu ordi-
naire, lui asséna un coup de poing qui l'étendit sur le pont.
Ce fut le signal pour les autres captifs, qui probablement
s'étaiont concertés d'avance. Quoique sans armes, ils se pré-
cipitèrent sur leurs gardes, en blessèrent quelques uns
et mirent les autres hors de combat.
V
— 11 —
" Bcaulieu prit le commandement do transport et alla
l'échouor dans la rivière Saint-Jean, près do la mission quo
dirigeaient alors les Pères Germain et de la Brosse,Jé8uites.
Ce fut en cet endroit que M. Bourg fit sa première mis-
sion en Acadie, et ses compatriotes le virent avec joie demeu-
rer plusieurs jours au milieu d'eux où il leur prodigua les
secours de la religion dont ils avaient été privés depuis si long-
temps.
La vie du missionnaire était alors très pénible et remplie
de dangers de tous genres. Il fallait à chaque station, au
milieu de chaque petit groupe, quelques fois sous la cabano
du pêcheur, au bord de la mer, ou duns l'intérieur des forêts,
drosser un pauvre autel, consacrer les mariages par les béné-
dictions de l'Eglise, mariage» souvent contractés déjà devant
un notable de la place ou le plus âgé du campement, suppléer
les cérémonies du baptême, catéchiser le* enfunts, donner la
première communion, couronner la mission par une retraite
de deux à trois jours, et confesser tout le monde ; car tous
accouraient à la mission, la suivaient religieusement, puis,
après s'être réconciliés avec leur Dieu, s en retournaient plus
forts dans. les épreuves et consolés.
A la nouvelle de ia venue du missionnaire, on s'empressait
de se rendre à l'habitation la plus vaste et la plus confor-
table ; des familles entières faisaient cinq à six lieues à la
ronde et quelquefois plus, par des chemins difficiles, à tra-
vers la forêt, ou montés sur des barques que conduisaient
les bras vigoureux des jeunes gens. On campait autour de
l'habitation du missionnaire, et l'on y restait tout le temps
de son séjour au milieu d'eux, tant oji était heureux de sa
présence et avide de la parole de I>ieu et des secours de la
religion. On assistait à tous les offices, qui duraient presque
dos journées entières, avec la piété et le recueillement des
premiers chrétiens, comme aux catacombes de Rome, aux
siècles des persécutions.
— 12 —
" Spectacles singulièrement émouvants,»' écrie M. Rameau,
que celui de cette affluence agreste et enthousiaste autour do
ce visiteur étrange, isolé, presque misérable ! Quand il sur-
venait à travers les bois, accompagné d'un ou deux sauva-
ges, sa simplicité, son dénuement même n'étaient pa* sana
grandeur. Mais on comprend difficilement comment un
homme | ouvait suffire à une telle besogne. Les stations
étaient plus fatiguantes encore que les parcours ; il faut
réellement que, dans ces réunions où îeflétait tant de puis-
sance morale, les missionnuires aient puisé des joies inté-
rieure h et des consolations religieuses qui, seules, pouvaient
com per se r les fatigues et l'épuisement du corps."
Après plusieurs jnurs consacré» à la rivière Saint -Jeati.M.
lif urg poursuivit le rours de ses missions partout où il y
irvuit un groupe de catholiqurs : à Pctitcodiac, a Momram-
couk, à la Haie Sainte-Marie, nouvellement établis parles
prosciits de 17.">">, rentrés de nouveau dans lour chère putrie,
et où i! demeura plusieurs» semaines, ce fut partout avec la
mémo allégresse, le même empressement auprès du bon mis-
sionnaire, qui lit amples moisson» ci exerça son zèlo avec
avantage. Il y trouva «les adultes de 14 A 1C ans qui n'a-
vaient pas encoie reçu la grace du l aptème.
Puis il p*e rendit ù Halifax, sans doute peur plaider la
cause de si's compatriotes, ot revint de ces parage? en par-
courant tous les posUs : Cocagne, la Haie Verte. Miramithi,
Miecou et Cara<(iiet eurent sa visite.
A la fin du mois de novembre 1774, il était de retour à
Oarleton, où il passa 1 hiver, pour recommencer au prin-
temps suivant le cours de ses pénibles missions. Il fit, durant
l'hiver, un rapport à l'évêque de Québec du succès de cetta
première mission, qui avait été si fructueuse pour le salut
des âmes, et si pleine de consolation et de douce joie pour le
cœur du missionnaire.
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— 13 —
Mgr Hubert en fut si satisfait qu'il conféra à M. Bourg
les titres et la jurid ction de grand-vicaire pour toute l'A-
cadie, la Baie des Chaleurs et la Gaspésie, et combla le jeune
et généreux missionnaire d'éloges bien mérités d'ailleurs.
Voici comment IV véque s'exprime, eu lui conférant cette
nouvelle dignité :
" Le zèle qui vous rit abandonner l'Europe pour voua sacri-
fier au saint de vos frère», p us chers à voire cœur par les
sentiments do la religion que | ar ceux de la nature, ne trouve
point d'ubhtaeleo insurmontables dès qu'il s'agit de gagner
des à mes à Jésus Christ, la difficulté de-* ebemins, la mau-
vaise humeur des piruplen quo Xous ne vous avons pas laissé
ignorer et qui ne vous a p is épouvanté, l'incertitude du
succès, rien de tout cela ne ralentit votre zèle ; à toutes ces
représentations qu • noire aîbct on autant que notre devoir
nous obligeait de vmw taire, vous ne Nous avez donné que
dos réponses dignes d'un ministre de J.C. " Je ne suis venu
avez vous dit. que j our les :iuies abandonnées do secours,"
de si beaux sentiments ne pouvaient que Nous plaire infini-
ment ; ils ont en etî'ot pénétré iu-qu'au plus tendre et au
plus intime de notre to ur. Kt pour entrer dans toutes vos
saintes et pieu.-cs intentions, se< ondi r votre piété et esprit
apostolique, Nous v. us avons revêtu et vous revêtons par
les prés.-nti's de tons i o> pouvoirs."
Durant les trois années qui suivirent. M. IVmii; visita la
(Jaspétdo toute entière et la Haie des Chaleurs, des deux côtés
jusqu'à Miscou.
En 177H une mission au.-si délicate que dangereure lui fut
confiée par l'Kvêque de Québec.
I^or^qu'éclata la guerre américaine, bs sauvages excités
par des émissaires de la Nouvelle-Angleterre, prirent une
Attitude si menuyante, qu'on put craindre un instant à un
soulèvement général. Cette révolte dans les circonstances
difficiles que traversait la métropole, eût singulièrement com-
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— 14 —
pliqué la situation déjà si difficile par elle-même. Aussi Sir
Richard IIughcs,alors lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-
Ecosse, écrivit-il à cette époque au gouverneur général, dont
la résidence était à Québec, le priant d'insister auprès de
l'Evêque catholique de cette ville, pour qu'un missionnaire
se rendit immédiatement parmi les tribus en pleine efferves-
cence.
L'abbé Bourg qui était alors à Carleton et qui jouissait
d'un grand ascendant sur l'esprit des sauvages dont il con-
naissait la langue et les mœurs, était l'homme désigné par
les circonstances pour cette difficile mission. Aussi Mgr do
Québec s'empressa-t-il de lui envoyer un exprès pour l'en
charger. N'écoutant que lu voix du devoir et le désir de son
évoque, M. Bourg, accompagné de deux sauvages, partit
aussitôt. Il parcourut toutes les bourgades depuis la rivière
Saint-Jean jusqu'à la Nouvelle-Ecosse. Il réunit complè-
tement à pacifier les Micmacs, sur lesquels avait passé un
souffle de révolte, leur lit renouveler leurs promesses de
fidélité et de loyauté à la couronne britannique, et en retour,
eût depuis lors ses coudées franches à Halifax et dans les
missions des provinces maritimes, dont il sut user largement
au profit de ses coreligionnaires et pour l'honneur de la reli-
gion.
Sur sou avis, les familles irlandaises d'Halifax présentè-
rent en 1783, une pétition à Sir Andrew Snape, qui avait
remplacé Sir Jiichard Hughes, en 1781, comme lieutenant-
gouverneur de la province, dans le but d'obtenir des mesu-
res plus libérales et plus tolérantes pour le libre exercice de
leur religion. En réponse à la demande qui lui était adres-
sée,par l'intermédiaire du gouverneur, la législature décréta
abolies les clauses .injurieuses et iniques qui privaient les
sujets catholiques de Sa Majesté, dans la Nouvelle -Ecosse,
du droit de possession et de la liberté do pouvoir pratiquer
ouvertement leurs devoirs religieux. C'est de cotte époque
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— lo-
que commence l'émancipation des catholiques de la Nou-
velle-Ecosse.
Sir Richard Hughes, voulant témoigner sa reconnaissance
à M. Bourg, d'une manière encore plus sensible, lai fit con-
céder gratuitement l'Ile aux Hérons et quatre milles de
terrain sur les côtes du Xouveau-Brunswick, en face de Car-
leton. En outre un certain lopin de terre où se trouve ac-
tuellement les édifice» religieux de Carlcton jusqu'à la pointe
dite des Bourgs. M. Bourg céda une partie de ce terrain à
eon départ de cette paroisse. Le reste appartient encore à
ses arrières neveux.
La liberté religieuse ayant été rendue, grâce à l'influence
de M. Bourg, les catholiques d'Halifax firent des démarches
pour avoir un prêtre résidant au milieu d'eux, et faisaient
les plus grandes instances.
Le 1(5 juillet 1784. M. tiravé, vicaire géuéral de Québec,
écrivait à M. Bourg pour l'en informer. Ils s'étaient d'abord
adressés à l'évêque de Londres qui leur avait naturellement
répon tu qu'Halifax n'était pas dans son diocèse.
M. Bourg recevait l'injonction de se transporter à Halifax,
d'examiner les choses par lui môme, et de lui en rendre
compte ; combien il y avait de catholiques dans la ville et
aux environs dans la Nouvelle Ecosse ; Si l'on pouvait y
bâtir librement une église et une maison presby téralo ; quels
étaient les moyens do fairo subsister un prêtre, et autres
choses semblables.
Le désir de l'évêque de Québec était que M. Bourg y fit
sa résidence ; M. Le Roux, récemment arrivé de France,
devait lui succéder dans les missions delà Baie des Chaleurs
jusqu'à nouvel ordre.
On prévoyait alon qu'Halifax deviendrait un des pre-
miers postes, et les catholiques, grace aux démarches de M.
Bourg, y avaient obtenu du parlement en faveur de la reli-
gion catholiquo, des avantages que bien d'autres n'auraient
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— 16 —
seulement pas osé demander. M. Bourg savait parfaitement
la langue anglaise, était vicaire-général du TEvéque de
Québec, et avait toute sa confiance. Il était aussi chargé
do dire à ces catholiques que l'évêquo no les oubliait pas,
était très content du zèle qu'ils avaient pour leur religion ;
qu'il avait en vue leurs intérêt* spirituels et qu'il travaille-
rait de tout son pouvoir à les secourir.
M. Bourg se rendit donc à Halifax durant l'été 1784, et
fit son rapport à Mgr de Québec. Mais sa lettre fut perdue.
Do retour a Carlcton, dans l'automne assez avancé, il écrivit
de nouveau à M. Gravé, V. G.
" J'eus l'honneur, dit-il, d'écrire à Mgr l'Evèque étant à
Halifax dans lo courant de l'été dernier, quo je me confor-
mais au désir de Sa Grandeur, qui était que je résidasse à
Halifax ; M. LeKoux devait résider en la Baie des Chaleurs,
et moi j étais sur mon depart d'IIaiilax pour chercher mes
effets en la Baie et retourner au plus tôt. J'ignore si cette
lettre est parvenue à Sa Grandeur et c ost ce qui m'oblige do
vous écrire la présente. Le trajet d'Halifax à la Baie m'a
pris tiois semaines, et dans une tempête qui dura trois jours
sans discontinuer, tout l'équipage tut déconcerté excepté le
capitaine. Je lus obligé Oe servir de matelot pour me sau-
ver la vie, et à mon arrivée je tombai malade, tant j'avais
essuyé de fatigue et de froid. Cette indisposition m'a retenu
dans la Baie ; Si Dieu me conserve, j'espère me transporter
à Halifax ce printemps pour y faire ma résidence jusqu'à
novivel ordre do mon évéque.
" Quant à M. IajKoux, qui est un très digne prêtro, il est
maintenant d'un âge si avancé qu'il lui est impossible do
desservir tous les endroits éloignés et même les moins éloi-
gnés durant l'hiver. Ainsi, je crois qu'il serait à propos, si
Sa Grandeur l'avait pour agréable, que M. LeKoux vint
résider où je suis, qui est maintenant l'endroit lo plus consi-
dérable do la Baie, puisqu'il y a 78 habitants ; neuf lieues
— 17 —
plus haut, est la mission de Ristigoucho, qu'il pourrait en-
core desservir, ainsi que les endroits Pégéguit et Caraquet,
où il peut y avoir on tout 40 habitants. Le second endroit
le plus considérable est Bonaventure, douze lieues plus bas
que Tracadièche et toujours du côté nord, où il y a environ
60 habitants. Quatre lieues plus bas, est un endroit appelé
Paspébiac, où il pout y avoir 25 habitants ; ensuite, Port-
Daniel, Pasbeau, la Grande Rivière et Percé. Du côté sud
de l'ouverture de la Baie, se trouve Miraniichi, où il peut y
avoir 20 familles et quantité de sauvages; plus loin, Cocagne
et Alemramcouk, où réside Al. LcRoux, parce qu'il y a 100
habitants au moins. Ne serait-il pas possible de placer un
jeune prêtre à Bonaventure, pour y résider dans ie cours de
l'hiver ? L'été, il parcourrait Ich dill'érents endroit* que j'ai
nommés. Al. LeUuux pourrait suppléer pour les malades
pendant son absence. Je buis persuadé que votre zèle apos-
tolique vous excitera à faire tout ce qui dépendra do vous
pour favoriser cet arrangement. "
L'arrivée à Halifax' du P. Jonos dérangea tous les plans
de M. Bourg.
Le P. Jones était de l'ordre des Capucins, qui avaiont
fourni déjà, sous la domination française, plusieurs mission-
naires en Acadic. C'était un homme instruit et fort distin-
gué. Il y bâtit une église et y exerça le* fonctions de vicaire
général, que lui contéru l'évêquo do Q iébec. 11 fut bientôt
rejoint, dit l'abbé Casgrain, par deux prêtres français, M.
Allain et M. Lejamtcl de la Bloutorie. L'abbé Allain s'en
alla évangéliser le groupe acadien lo plus inaccessible et le
plus délaissé do tous, celui des lies do la Madeleine. AI. Lo-
jamtcl de la Blouterie eut on partage l'île du Cap Breton,e t
se fixa à Arichat, où vint bientôt lo rojoindre un autre exilé
do France, l'abbé Champion, comme lui du diocèse d'A-
vranches.
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— IN —
M. Bourg demeura donc en la Baie des Chaleurs et vit
ainsi se rétrécir le champ immense de ses missions.
En 17.S*», M. Bourg tongea a faire bâtir une nouvelle église
à Carleton, pour tous les établfcfements depuis Cascapédiao
jusqu'à la Nouvelle. Ce qui l'engagea à entreprendre cette
construction, ce fut l'activité que prit alors le commerce du
poisson ù cet endroit. Aussi, la population s'était considéra-
blement accrue. Mais Its difficultés qu'il rencontra pour le
choix du site de lu nouvelle église, qu'il vouhâit voir élever
à peu près au même endroit que l'ancienne, lui fit renoncer
pour le moment à [ entreprise.
Voyant la mauvaise .volonté dus habitants et la division
s'accentuer davantage, M. Bourg transporta sa résidence à
Bonuvt mure. Ce fut une rude épreuve pour h- s habitants
de Carht« n qui, malgré leurs malheur* 'lises divisions, esti-
maient beaucoup leur pasteur. Au&m firent-ils des instances
auprès de l'évêqne de (Québec | our réinstaller M. lïourg au
milieu d'eux. M. Bourg résolut alors de demeureralternati-
vement dans les deux pi; ces.
Cette même année 17So\ M. Bourg reçut un auxiliaire
dans la per.-onno de M. d'irouard. autre prêtre acadien, qui
fui chargé des missions de Bistitfouchc, Xi| is>iqui, Caruquet
et Mirnmichi. Il se fixa X Cnniquct. comme étant le poste
le plus important. M. Cirouard fonda plus tard le séminaire
de Saint II vai int be. P. Q.
Kn 17W»,Mgr Hubert ayant réiflé le différend et fait cesser
I es divisions à ]>Topos de la construction do la nouvelle église,
ordonna de bâtir ù l'endroit désigné par M. Bourg. On com-
mença incessamment les travaux.
Le 1er octobre 1787. M. Bourg haptisùt, à Carleton, un
enfant dont il fut ( n même temps le parrain, qui devait jouer
un grand rôle dans le momie politique du temps, et qui est
une des plus belles gloires de Carleton ; la marraine fut
sa ftt'iir, Mu rie Madeleine Bourg : C'était Joseph- René
— 19 —
Vallières de Saint-Itéal qui, grâce à la haute protection de
Mgr Plessis, évêque de Quebec, fit un cours d'études, devint
le premier avocat de son temps, député du comté de Cham-
plain, et enfin juge.
En 1791, M. Bourg visita tous les pontes soumis à sa juri-
diction et en rendit compte à l'évêque de Québec, de retour
à Percé.
" J'informe Votre Grandeur, dit-il, que grâce au Seigneur,
jouissant d une bonne santé, j'ai fini do parcourir nord et
sud, toutes me» missions, de sorte qu en trois ou quatre jours
je partirai de Percé, où je suis depuis quelque temps, pour
retourner à la Jiaie et l'aire une mission à Caraquet. J'y suis
allé ce printemps, mai» ces pauvres gens ne pouvaient avoir
recours à moi dans le cours do l'hiver. J'ai reçu les Saintes
Huiles, pour lesquelles je vous remercie, et le mandement à
l'égard de la suppression de quelques tetes. J'ai lu ce man-
dement en chaque lieu et m'y conformerai, ainsi que tous les
habitants.
On ne voit que misère en la Baie, cette année, attendu que
la pêche au saumon et la chasse ont presque entièrement
manqué ; la pèche à la morue est fort médiocre, mais la
récolte est assez bonne. C'est un malheur qu'on no soit pas
plus porté à cultiver avec soin. Quelques habitants de ma
paroisse (Carleton) recueillent déjà depuis quelques années
plus qu'ils ne dépensent.
J'espère que cet exemple inspirera aux autres, qui vivent
très~mal dans le cours de 1 hiver, le désir de les imiter."
Jusqu'en 171» 1, M. Bourg avait plus do 4U0 lieues de mis-
sion. Il fut déchargé, à cette époque, de tout le territoire
situé au-delà de la rivière Miramichi. Tout le reste de l'A-
cadie était confié au P. Jones et à ses confrères français. 31.
leKoux ayant fixé t»a résidenco à Memramcouk, en 1784,
fut aussi chargé des missions de Cocagne et de Kichibouc-
tou, qui venait de se coloniser.
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— 20 —
En 1794, M. Bourg, qui jusqu'alors avait joui d'une forte
santé, commença à se s-entir épuisé, et étant devenu incapa-
ble de î emplir les fonctions si difficiles de missionnaire, de-
manda ton rappel. Mgr de Québec, qui avait en haute
estime M. Bourg, le transféra à l'importante cure de Saint-
Laurent, près Montréal, à. l'automne 1795, dans l'espoir que
le repos bien mérité par 20 longues années d'un pénible
ministèle rétablit ait sa précieuse santé. Mais il ne fit que
languir et s'éteignit pieusement dans le Seigneur, après avoir
reçu tous les recours de la religion des mains du grand
vicaire Poux, de Montréal, le 20 août 1797, à l'âge de 53
an», 2 mois et 11 jours. Le lendemain, eurent lieu sos funé-
railles, au milieu d'un grand concours de peuple et de tout
le clergé de Montréal. Ses restes funèbres forent déposés
sous les dalKs de l'église Saint Laurent, oh ils reposent de-
puis plus d'un siècle ; mais sa mémoire et bon souvenir ont
traversé les ages et demeurent encore vivaces parmi les
peuples qu'il a evangelic' s.
L'abbé E.P. Chouixard
NOIîLESSE OBLKJE
La noblesse do sung remonte à un millier d'années, mais
il ne faut pan eroire que noblesse ob'iirc ait été dit à l'époque
de Charlemagne. < Ys deux mots qui ont retenti duns l'u-
nivers civilisé no datent que de 17*8 ; ils ont élé prononcés
aux Etats (ténéraux par < Ja^ton Pierre-Mare de Lévis, fils
du général qui succéda h Montcalm daus le commandement
des troup< s du CYnadn. T/i noblesse mourante trouvaeotte
expression qui la définissait elle même dans son sens le
plus radieux.
Vers 1803. M. de Lévis publia un ouvrage d'ingénieur
dans lequel il expliquait la possibilité de creuser un tunnel
sous la Manche et de cette manière communiquer de France
en Angleterre. Bknjamin Sultb
REPONSES
Jean Martel, (II, XII, 260.)— "Joan Martel, écrit M.
Auguste Richard (Recherches Historiques, vol. IV, p. 243),
eut vingt-neuf enfants de ses qtialre femme», dont il a épousé
la dernière on 1743."
Pour l'amour de ta vérité, nous croyons devoir lui enlever
trois des dites femmes et vingt un de* dits enfants. Les rai-
sons sont qu'uu commencement de 1745, M. .Iticrau, curé de
Québic, trouva, en faisant le recensement dosa paroisse. rue
Saint Nicolas, près du Palais, Marie-Anne Robincau-Rou-
ville, â<;éc de 64 ans. veuve de .lean Martel, et que. dès 1732,
au mariage de son fils, Jean Martel est mentionné comme
défunt, Murie-Anne lïobincau HouviHc, d'après Tanguay,
vol. 5, page ;»2î». était la première femme de Jean Martel ;
il n'en époisa donc pus d'autre t-uliséqucmmcn t. Mais, nous
direa-vous, cela n'empêche pas qu'il lui reste encore neuf
enfants, vous n'en suppritm z que vingt. Attendez : ouvrons
le registre de Québec au 4 juin 1717, et nous voyons que
Lou s Joseph Martel, baptisé à cette date, est Ills d'un autre
Joan Martel, marié à Jeanne Roulois. le 27 juin 1712, au
Château Richer. Pone, le fameux Jean Mai tel, en fin de
compte, n'avait qu'une femme et huit infants, dont deux
furent prêtres et can's de Saint Lament, Ile d'O'léans ; le
premier recul la visite du général Wolfe en 1759 (Recher-
ches Ilistcriques. vol. 111, p. ÎM)). Vu fut écrivain et gar-
de magasin du Roy, à Québec ; un, directeur des forges
de Saint Maurice ; un autre, Pierre Michel, était avec sa
mère, en 1745 ; deux moururent en bas âge, et l'aîné, dont
nous n'avons pas d'autres traces que celle du recencement
de 1716 et son acte de haptérne II naquit lo 4 décembre
1703, à la rivière Saint- Jean. Acalie, où habitaient se* père
et mère, et fut ondoyé, en l'absence du missionnaire, par M.
Charles Datnonr de Louvière, seigneur do la Métapédiac. Le8
cérémonies du baptême lui furent suppléées le 4 novembre
1705, à Québec. Il eut le nom de son aïeul et parrain, Pierre
liobineau, seigneur de J3écancour, baron de Portnouf et .
grand voyer, et pour marraine Jeaune-Elizabetb Lemire,
femme de Pierre Leuumont (Œaumont) de Beau regard,
ancien huguenot qui avait abjuré à Québec, le î'ï novembre
11568, entre le» mains du grand vicaire Jean Ludouyt. En
1716, M. Martel, avec sa famillo, demeurait à Québec, au
faubourg Saint-Nicolas ou du Palais, où nous retrouvons sa
veuve, en 174iï. D'ailleurs, il était écrivain au Magasin du
Roy, ce qui faisait mieux sou affaire que sa seignourie de
Magos, à l'Acadie. Le second tils, Francois, out pour par-
rain, le 7 mars 1706, Robert Lesnoyors, garde magasin du
Roy, et pour marraine, Marie Anne Rivard, femmode Fran-
çois Dumonstier (Dumontier), secrétaire du gouverneur-
général. Jacques- Urbain Rocbert de la Morandiùro fut par-
rain de Jean- Urbain, baptisé le 8 janvier 1708. et Madame
Charles de Monseignai, Madeleine-Marguerite «le Lesnerac
fut sa marraine. Ije *J0 septembre 17l0,fut baptisé Jean-Bap-
tiste (irég.-ire : parrain,Jean -Baptiste Lemaud (Allemand),
marraine, Louise Lalemand ( Allemand), femme do Jean
Brousse. Le parrain et la marraine de Antoine-Nicolas fu-
rent, le 30 octobre 1713, Robert Antoine Desnoyers et Fran-
çoise Langlois.femme d'Ktienne (.iuieboti. Francois, le sixième
tils, eut pour parrain, le 16 septembre 1715, Francois Fou-
cault, et pour marraine, Agathe Legardeur de Kepentigny,
de Saint-Pierre.
Le septième onfant, la fleur de lys, eut un baptême
remarquable. C'était le 2 mai 1719. Le jeune tils du gouver-
neur, François Rigaud de Vaudreuil, âgé do 17 ans, alla
chercher au palais do l'Intendant une toute petite marraine,
mademoiselle Jeanne-Elisabeth Françoise Bégon,qui n'avait
pas encore quatre ans, et l'on se dirigea vers l'église parois-
siale pour le baptême du nouveau-né, qui devait s'appeler
■
— 23 —
Pierre-Michel. M. Martel accompagnait le comptage com-
me dans toute» les autres occasions semblables, et l'Inten-
dant avait adjoint M. G uiebon, un de ses fidèles employés,
pour aider la marraine à tenir l'enfant sur les fonts baptis-
maux. La cérémonie terminée, l'acte fut drossé ; il termine
ainsi : ''marraine, Jeannc-ElUabeth-r>ançoise liégon, fille
dit V Tntc ndant, qui a déclaré 'ne savoir .v<jner de ce requise."
Ken excusable, n'est ce pas ? cette chère petite marraine !
"Kl le avait une dette de reconnaissance à payer à Monsieur
et Madame Martel, et j our les cours bien nés. la gratitude
n'attend pas le nombre des années. Née au palais de Tin-
te ndimt a Québec, le 24 août 1715. elle y fut, avec la per-
mission de Monso'gmur do Saint Vallicr, ondoyée le même
jour,|«ar M:(ruulvin Calvarin. vicaire de M. Thomas Thiboult,
curé do Quélac. M. 1 légon aliendait jour les solennité» du
baptême do son enfant le consentement d'un jwrrain et d'une
marraine qu'il devait choisir en Frarce. Ce n «st que le 14
mars 1717. «'gaiement avec |ei mission de Monseigneur
l'évoque. que furent sujqdééos.par M.< iautior de Varenncs.prê-
tiedu séminaire.dans la chapelle du jmlaisdo l'TtitendantJca
cérémonies solenneî'es du bajitême à Jeanne Klisaln th Fran-
çaise Hi'iron. âgée do lî> moV notre future j>ct i te marraine.
" Le | an-i.in, dit l'acte, a été Messirc François H'gon. the-
v.dier, conseiller du ftoy en m a conseils, ey-devant grand-
maître des Faux et Forêts do France au département de
Mois et Boni, demeurant iV Marseille, en vertu de la procu-
ration sp/cialo. palpée au sieur .lean Martel, bourgeois de
cette ville, seigneur de Magos à l'Acadic. par Olivier et
Ardisson, notaires de Marseille, en date du 27 janvier 17 lt>,
et la marraine a été Dame Marguerite -François Pi«rnart,
veuve Je défunt Mesure François de Ileanharnni*, c-hevalier,
seigneur do la Boisehe, demeurant e n la ville d Orléans, en
vertu do sa procuration spéciale, jïassée à Orléans le 5èrae
mars 1710. par Bruèro et Ponllain, notaires en la dite ville
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— 24 —
d'Orléans, à Marie- Anne Robincau-Rouville, épouse du dit
sieur Martel, soussigné.
(Signatures), Béoon J. Martel
Beauharnois Béoon M. -A. Robineau
De Varenne.
Mademoiselle Bégon fut donc marraine du fils des procu-
reurs do ses parrain et marraine.
Le dernier dis de Jean Martel et Mario-Anno Robineau
fut Joseph-Nicolas, présenté au baptémo le 21 avril 1721,par
Nicolas Lanouiilor, trésorier de la marine, et Catherine
Chauniôre, femme de François Foucault, fils. Il devint
prêtre et succéda à son frère, François, né en 1706 et mort
curé de Suint-Laurent, île d'Orléans, en 17b"3.
Jean Martel mourut à Québec subitement après avoir
vécu en bon chrétien et fut inhumé le 8 novombro 1729 âgé
d'environ b'3 ans. Sa femme Marie-Anne Robineau Rou-
ville mourut entre 1745 et 1747.
Quant au Jean Martel à trois femmes et vingt enfants,
débris de l'échafaudage de M. Béchard, d'après Tanguay,
nous laissons volontiers à d'autres le soin de vérifier son exis-
tence. A. R.
Le pain bénit, (IV, IV, 438.) — La reddition des
comptes du marguillier en charge du Sault-au-Récolletpour
l'année 1738 fait mention do l'item suivant : " Pour deux
amendes de ceux qui n'ont point donné le pain bénit, 4 livres,"
ce qui indique que le pain bénit était obligatoire à l'église
paroissiale.
Cette pratique séculaire dans l'église perpétuait le souvenir
des agapes primitives et symbolisait la participation de toute
l'assistance au banquet divin. Klle a fini par être mal com-
prise et circonvenue par les efforts d'un faux zèle : la vanité
fui a donné son coup de mort.
Elle donna lieu aux rivalités parmi les paroissiens et devint
uno source de difficultés et de discordes que la cérémonie do
paix aux balustres était loin de faire disparaître.
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— 25 —
Dès 1G45, le Journal des Jésuites signale ce malheureux
état de choses.
" Le pain bénit du dimanche fut transporte au lundy,
jour de la Circoncision. Monsieur le Gouverneur le donna.
Il y eut quelque parole ensuite. a qui on le donnerait après
lui, et il fut trouvé plus* il propos de le donner aux marguil-'
lior, M. GilFard et M. de» Chastelet. et puis commencer par
haut de la côte de Saint-Geneviève comme par une rue ; puis
revenir par en bus, comme par une autre rue, et continuer
de la sorte. Le père Vimont en dressa un catalogue. "
Cette precantion du Père Vermont arrêta pour un temps
les difficultés, mais bientôt il fut question de la toilette de
pain bénit.
Les dames se chargèrent naturellement d'épinglerles fes-
tons.
Citon* le JournaVJles Jésuites (164fi) :
" Le dimanche devant la Soptuajjésime, Madame Marsolet
devant faire le pain bénit, désira le présenter avec le plus
d'appareil qu'elle pourrait ; elle y fit mettre une toilette, une
couronne de bouillons de gaze ou do linge, à l'entonr. Elle
désirait y mettre des cierges et des quarts d'écus aux cierge,
au lieu d'écus d'or, qu'elle eût bien désiré y mettre ; mais
voyant qu'on ne lui voulait point permottre, elle no laissa
pas de le faire porter avec la toilette et la couronne de bouil-
lons ; mais devant que le bénir, je fis tout oster, et le bénis
avec la même simplicité que j'avais fais les précédents, et
particulièrement celui de M. le Gouverneur, crainte que ce
changement n'apportent de la jalousie et de la vanité."
On le voit, le pauvre pain bénit courait déjà des dangers
sérieux ; c'est encore étonnant qu'il ait pu résister à de si
perpétuels murmures.
Bans nos compagnes, on y allait avec beaucoup plus de
modération ; les habitants étaient animés d'une piété réelle à
ce suje t. La dépense seule ralentit le zèle. Aussi les curés, sans
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— 20 —
vouloir tout do suite en finir avec l'usage, favorisèrent son
abolitipn.
L'abbé Cils- P. Blai bien
Doll a rd et ne* romp/tf/noiut. (Ill, VI, XiO.) —
Ces en lGb'O qu'un jeune homme, Dullard des Ormeaux,
ee met à la tête de *>cize compagnons d'armes, et forme avec
eux le généreux dessein d'aller à la rencontre d'un grand
parti d lroquois, qui devait bientôt fondre sur Montréal,
Trois Rivières et Québec. Avant d aller affronter courageu-
sement la mort, tou» ce* jeunes braves s'approchent religieu-
sement des sacrements, et en présence des Saints Autels s'en-
gagent par un serinent solennel à no demander et à n'accep-
ter aucuu quartier, et à combattre jusqu'à leur dernier souf-
fle de vie.
Trois cents Iroquoi» descendait alors la rivière de Outa-
ouais, pour rejoindre un autre parti de cinq cent* aux îiesdu
Kichelieu, et fondre tous ensemble sur les T rois-Rivières et
sur Québec.
Dollard les rencontre au pied du Long Sault (aujourd'hui
Carillon), sur la rivière des Outaouais, à huit ou dix lieues
audessus de l'île de Montréal. Il y cantonne sa petite troupe,
et y engage le combat contre ces troiB cents ennemis, forti-
fiés par l'arrivée soudaine de cinq cents autres Iroquois du
Richelieu. Ainsi assiégés par huit cents ennemis^es dix sept
braves Français se battent comme des lions, se défendent
à coup de pistolet et d'épée, avec une ardeur de courage et
d'intrépidité qui étonne ces barbares.
Il était cependant impossible qu'un si petit nombre de
braves pût longtemps résister, et c'était une nécessité pour
eux de tomber enfin au milieu d'un si affreux carnage. Après
huit jours de résistance le brave Dollard reçut le coup mor-
tel, mais la mort de ce héros, loin d'ébranler le courage de
ses compagnons, sembla les avoir rendus plus audacieux et
plus intrépides. Chacun d'eux enviait une mort si glorieuse
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lorsque les Iroquois, renversant la porte du fort, y entrent
en foule, et voient fondre sur eux le petit nombre de Fran-
çais qui restaient encore. L'épée d'une main, le couteau de
l'autre, ces braves jeunes gens frappent do toutes parts aveo
une telle ardeur que l'ennemi perdit jusqu'à la pensée de
fairo des prisonniers, afin de se défaire au plus vite de ce
petit nombre de combattants qui en mourant les menaçaient
d'une destruction générale, s'ils ne se butaient do les exter-
miner.
Effrayés de cette résistance, les Iroquois se retirèrent au
plus tôt, ot toute la colonie fut sauvée.
Nous avons retrouvé, dans les minutes du greffe de Mon-
tréal, le testament de la plupart de ces braves, passé le 16
avril 1060. Une clause entre autres se lit comme suit :
" Désirant aller en parti de guerre avec le Sieur Dollard,
pour courir sur les Iroquois, et nesacbant comment il plaira
à Dieu de disposer de ma personne dans ce voyage, j'insti-
tue, en cas de mort, un héritier universel de tous mes biens,
a la charge de faire célébrer, dans la paroisse de Vil le -Marie,
quatre grand'metses et d'autres pour le repos de mon ûme."
Compagnons de Dollard des Ormeaux : Jacques Brassier,
figé de 25 ans ; Jean Tavernier dit La Ilochetiére, 28 ans ;
Nicolas Tillemont, 25 ans ; Laurent Hébert dit Larivière,27
ans ; Alonie DeLestres, SI ans ;. Nicolas Josaelin, 25 ans ;
Bobert Jurée, 24 ans ; Jacquos Boisseau, 23 ans ; Louis
Martin, 21 ans ; Christophe Augior dit Desjardins, 26 ans ;
Etienne Robin cZjfDesforges, 27 ans ; Jean Valets, 27 ans ;
Etienne Doussin, sieur de Ste-Cécise, 30 ans ; Jean Lecompte
26 ans ; Simon Guenet, 25 ans ; François Cuason dit Pilote,
24 ans.
Nicolas Duval,Mathurin Soulard et Biaise Juillet avaient
péri dès le début de l'expédition le 19 avril 1660.
Mgr Cyprikn Tanguait
— 28 —
La " ffni(/nolée". (V, III, 591.) — Lu guignolêe est
une ancienne coutume consistant à se réunir en bande, dans
la nuit du 31 décembre, pour al Ut souhaiter la bonne année
aux aniis et connaissances, oi faire une collecte pour les pau-
vres, en chantant la chausou de la guignolêe.
Le chant de la guignolêe a déjà eu lu privilège d'occuper
l'attentioti de plusieurs écrivains de France et du Canada.
M. Ampère, entre autres, fait remonter l'origine de ce re-
frain a l'époque druidique, quand les prêtres de i'antiquo
Gaule faisaient, au nouvel un, la cueillette du gui sur les
chênes des lorêls sacrées, en jxmasant le cri de réjouiffam e :
— Au gui l'an neuf. Au reste, en plusieurs localités du Ca-
nada, guignolê se dit nguitanleu, et encore aujourd'hui, en
France, suivant les régions, ou emploie la gui -Van n*;u, la
guillannêe, lu gui Cannêau.
Comme contrepoids à lu thèse de M. Ampère, certainH éty-
mologistes prétendent, do leur côté, que la guignolêe vient
des anciens Phéniciens qui, dans la Gaule, avaient conservé
la coutume de s'envoyer réciproquement, une fois l'an, dos
pots de blé vert en nigno de consolation et de réjouissances t
en échangeant la formule connu : — Eghin on eit, c'est-à-
dire le blé naît, la vie ressuscite.
Quoiqu'il en soit do ces différentes hypothèses, une filia-
tion directe paraît exister entre notre guignolêe canadienne
et certaines coutumes du Xouvel An encore aujourd'hui
pratiquées, dans les régions de Franco d'où sont venus la
plupart de nos ancêtres. Ainsi, en Saintonge, la tradition
s'est conservée de parcourir, au nouvel an. les rues des vil-
lages, en promenant un " aiguillon do bois tout neuf " dans
lequel on embroche lea couennes delard reçues au passage.
Cette promonade de l'aigaillon s'appolle alors VAyilonneu ou
la Guilannê.
Dans l'ancienne province du Perche, on ap'(>elle los pré-
sents du jour de l'An : los êguilas, par allusion, soutiennent
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les fidèles de M. Ampère, à la coutume druidique qui était
de distribuer le gui de l'an neuf sous forme d'étrennes, au
commeceument de l'année. Kn d'autres régions du Norman-
die, ce* sortes de cadeaux bc nomment encore d* s aguignet-
fes . Sylva Cl afin
lAl Pother ie. (V, Vil, 641.) — Ce nom rappelle celui
de l'un dee premiers seigneur» qui travaillèrent efficacement
à coloniser le domaine de la Nouvelle-France.
J acquêt* le Neui de la Potherie, arrivé en 1636, était por-
teur dan privilège de la compagnie des Cent Associés, en
date du i5 janvier de la même année, lui accordant une
lioue et demi de terre le long du fleuve St-Luurent sur trois
lieues de profondeur. Onze ans après, le Lu* avril 1647, par
le titre qui lui tut donné, confirmant iu privilège de 1636,
on voit que M. de la Potherie avail (de 1636 à 1647) cultivé
et tait valoir se» terres, quittaient ni tuées entre '* le ruisseau
de la Roche et le cap du rfauit," rive nord du fleuve ;— c'est
la seigneurie, plus tard baronnie, de Portneui. Voilà donc,
entre 1636 et 1647, un commencement d habitation en cet
endroit.
Le H avril 1647, le Journal des Jé&uttet dit que des Algon-
quins, qui étaient descendus des Trois Kivieres à Québec
pour engager le gouverneur-géutral a déclarer la guerre
aux Iroquois, s'en retournèrent ,mais" n'allèrent que jusqu'à
la Potherie.'' Le 17 août ouivant, le même Journal enrégi-
tre u la nouvelle de la prise de 6 ou 7 Aigouquins par les
Iroquois à la Potherie. ' Le M juin 16ol, même source:
« Un Algouquin pris par les Iroquois vers la Potherie. 11
allait aux Trois- Itivières."
Ce que l'on appelait la Potherie était évidemment un lieu
situé eutre les Trois liivières et Quebec. Or AI. do la Pothe-
rie, gouverneur des Trois-Kivières, l'uudoa hommes les plus
remuants de cette époque, possédait, comme on l'a vu, la
seigneurie qui a pris plus tari le uom de Portneuf après le
mariage de sa tille avec M. Kobineau de Bécancourt lequel
— 30 —
fit ériger la seigneurie en baronnie sous le nom de Portneuf.
On peut, en toute certitude, prendre ce terme " la Potbrie"
pour la désignation de* terres de Portneuf, d'autant plue
que lea concessions faites antérieurement à 1647 entre Qué-
bec et le* Trois- Rivières ne nous permettent pas de supposer
que l'on peat d onnrr à aucunes d'elks le rom de la Pothe-
rie, si ce n'est à celle de M. de la Potherie à Portneuf.
Poursuivons.
En 1668, à Québec, se mariaient, le même jour, Michel
Goron avec Marguerite Robineau,Gilles Masson aver Jeanne-
Marie Gaultier^ Pierre Toasignant avec Marie-Madeleine
Philippe. Tous trois sont désignés comme " habitants de
la Potherie."
Marguerite Robineau n'est pas citée comme parente de M.
Eené Robineau de Bécancour qui avait épousé, en 1652,
l'une des filles de M. de la Potherie ; cependand elle était,
comme lui, de la ville de Paris, et son mariage avec un colon
de " la Potherie " seizo ans après, alors que M. Robineau
avait sans doute des intérêts dans l'administration de la sei-
gneurie de son beau père, paraît confirmer la croyance à une
parentée entre eux.
Au recensement de 1681, en remontant le fleuve, on paese
an endroit marqué " Portneuf," ensuite rétablissement de
M. de Chavigny, puis on rencontre " Saint-Charles des Ro-
ches" qui paraît être l'ancienne place de la Potherie ou
*• ruisseau de la Roche." Le deuxième habitant que l'on y
voit est Gilles Masson, âgé de 48 ans, sa femme Marie- Jean-
ne (Gaultier) 42 ans, avec trois enfanta dont l'aîné a
12 ans. Trois terres plus haut, il y a Michel Goron, 46 ans,
sa femme Marguerite Robineau, 40 ans, avec trois enfants
dont l'aîné a 11 ans.
Entre 1647 et 1681, il me semble que voici assez de preu-
ves pour soutenir que la Potherie était située dans le haut
de la seigneurie de Portneuf, ou au bas de celle des Grondi
nés. Benjamin Sultk
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— 31 —
Le père du vhevatler Tonty. (V, XI, 674.)— Le
père d'Henry de Tonty était un banquier napolitain, jouis-
sant dune certaine renommée comme financier. Kn juillet
1647, le*» lazaroni de Naples m révoltènnl contre une me-
sure arbitraire que voulait leur imposer le vice roi espagnol
le duc d'Arco* ; et, le célèbre peintre .Sulvator Ro*a ainsi
que Lorenzo Tonty, turent du nombre de ceux qui se joigni-
rent aux pêcheurs italiens que commandait Masaniello.
Tonty B'empara de la forteresse de Gacte. près do lu ville, et
•'y maintint durant le siège éphémère do Masanillo. Ce der-
nier, grisé par le succès d'abord obtenu, voulut jouer au
despote, mais ses partisans qui refusaient d'acce{>ter Us im-
pôt» du duc, ne pouvaient tolérer en lour propre chef des
caprices tyranniques ; c'eût été tomber de Charybde eu S<yl-
la,au*si s'en débarra.«sèrent ilspromptoment,en l'assassinant.
A la suite de cette affaire, les lazaroni n'ayant 2>Ius de
guide, et la zizanie régnant parmi eux, Tonty les abandon-
na et se réfugia à Pari*, où son concitoyen, le cardinal Ma-
zarin, alors premier ministre de France, exerçait une grande
autorité.
En ce temps-là, les frais de guerre et des fonctionnaires
malhonnêtes avaient mis à sec le trésor royal.
En 1653, Lorenzo Touty suggéra au cardinal un moyen
de remplir la caisse du roi, par des emprunts et de* rentes
viagères dont les extinctions profitent aux survivants : on
les appela Tontines. Le premier essai n'eut point de réussite.
L© gentilhomme napolitain, après l'échec subi dans son
projet soumis à Mazarin, fut en défaveur et vit s'évanouir
ses chances d'avancement, et pendant quinze années végéta
tristement.
En 1661», Lorenzo Tonty, pour un motif resté inconnu, fut
incarcéré à la Bastille, d'où il ne sortit que huit ans plus
tard, pour mourir misérablement, pendant que le gouver-
nement de Louis XIV battait monnaie avec son invention.
Réois Roy
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QUESTIONS
690. — JL l'abbé Desjardins dirait à notre peintre Plamon-
don en 182G : 4i Toutes nos églises (de France) avaient été*
pillée*, du temps de Robespierre, en 17«J3,par des millions de
fripon*. Des spéculateurs avaient collectionné un nombre
infini de tableaux volfs. Un de ces hommes fit banqueroute ;
sa collection fut vendue, par autorité de justice. Je me ren-
dis à l'encan, les tableaux étaient en piles dans une cour à
Paris ; c'était une montagne de tableaux. Cette montagne
me fut adjugée en bloc pour presque rien, comparativement
à sa valeur réelle. Quelques jours plus tard, le cardinal Fesch,
archevêque de Lyon, grand connaisseur, m'ordonne de faire
transporter, chez lui, ma collection. Il en achète quelques-
uns et me remet le reste ; c'est ce que vous avez reçu en
Canada."
Par qui furent achetés tous ces tableaux ? Croyez-vous
qu'ils existent oncore ? Pinx
691. — Pouvez- vous me donner la date exacte de la cons-
truction de l'ancien fort Jacques-Cartier? Est-ce avant ou
après la chute de Québec que ce fort fut élevé ?
Sold
692. — On lit au Journal des Jésuites, à la date du 20 mars
1649 : " Le jour de Saint Joachim se fît la vesture de la sœur
de bologne dite de Saint-Dominique aux Ursulines."
Quelle était cette sœur de Bologne ou plutôt de Boulo-
gne ? B.EBD.
693. — Pourquoi donne-t-on le nom de Foulons aux anses
que fait le fleuve Saint-Laurent à Québec et i Sillery ?
X
694. — Les Hurons ont-ils réaidé à l'Anse Saint-Michel ou
au chantier actuel de Dobell à Sillery où l'on voit encore l'an-
cienne résidence des Jésuites ? Con.
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— M*f">
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 6 FÉVRIER 1900 No. 2
SAINT-ALPHONSE DU SAGITENAY
Sur la rivière géante du Saguenay, à vingt lieues de son
embouchure, s'ouvre une baie qui paraît être plutôt le bras
principal de la rivière. Elle s'avance à trois lieues dans les
terres, sur une largeur de trois railles, et avec une profon-
deur moyenne de trente brasses.
C'est tout au fond de cette baie que se firent les premiers
défrichements du Sagucnay, par une société formée à la
Malbaie, en 1837, dite " La société des vingt et un." L'âme
de l'entreprise se nommait Alexis Tremblay dit Picoté. De
son nom, la première paroisse s'appela Saint- Alexis. L'année
suivante, un nommé Mars Simard, de la Baio Saint-Paul,
alla s'établir un peu plus au nord, toujours sur le littoral de
la Baie des Ha ! Ha ! On allait chez Mars ; la rivière qui
sépare les deux paroisses de Saint-Alphonse et de Saint-
Alexis s'appelle la rivière à Mars.
Il y avait 250 communiants, en 1839, lorpquo les curés
Lévesque, de la Malbaie, et Decoigne, delà Baie Saint- Paul,
vinrent en chaloupe donner une première mission à leurs
anciens paroissiens. En 1841, M. Bourret, curé de la Mal-
baie, y trouva 600 communiante. Le premier curé résident
fut M. Chs Pouliot, ci-devant vicaire de la Malbaie. Il y
passa deux ans et fut remplacé, en 1844, par les RR. PPa
0blat8, qui desservirent Saint- Alexis et les postes environ-
nants jusqu'en 1853. A cette époque, M. L. Gill, vicaire
a la cathédrale de Québec, devint curé de la Grande-Baie. Il
se fixa d'abord à Saint-Alexis, puis, l'année suivante, à Saint*
Alphonse.
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— 36 —
M. L. Otis le remplaça, en 1856 : sous M. P. Boucher, qui
lai succéda en 1858, fat terminée l'église de Saict-Alphc-nse,
la première en pierre bâtie au Saguenay.
Puis vinrent MM. E. Morin, frère de l bon. juge Morin.
(1864 67;. X. «iauvin (1867-6*). Geo. Potvin (1863 71), P.-
A. Beaudet (1871 80). Jos. Sirois (1880 98), qui termina
l'intérieur de l'église, et Henri Ci mon, le curé actuel.
La baie des Ha ! Ha ! e»t le terminus naturel de la navi.
gation saguenéenne et du chemin de fer du Lac Saint-Jean.
" Que la locomotive vienne réveiller les échos de la Biie
des Ha ! Ha ! et on verra les deux villatfes de Saint-
Alphonse et de Saiot-AîexU («agrandir et se rapprocher l'un
de l'autre ; et il y aura bientôt li une des plus jolies villes
de l'Amérique." H. C.
LA JUSTICE A LA FIX DU 17IEME SIÈCLE
Dans un mémoire écrit en 1689 sur l'administration de la
justice au Canada. on lit qu'il n'y a que les ordonnances enre-
gistrées au Conseil Supérieur qui «soient suivies. (Archives
du Canada, Cor. gén. vol. 10, pp. 593, 594).
Le 10 mai 1691, M. de Champigny écrit au ministre :
La justice hc read avec toute l'équité pos-ible, tant pour
le civil que pour le criminel, sans longueur, ny procédures
que le mo'.n* qu'on peut et bien souvent le Conseil lient l'a-
près midy ou des jours extraordinaires pour sortir les parties
d'affaire. " (Id, vol II, p. 465).
D. CtlROUARD
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LE MOULIN A VENT ET LA MAISON DE BORGIA
LORS DE LA BATAILLE DES PLAINES
D'ABRAHAM
Où était co moulin à vent ut cette maison Borgia dont par-
le le chevalier Johnstono, p. 43. •* Tho wind-mill and Bor-
gia's House, upon the edge of tho hill the Canadians
having sot fire to that house and chafed you from it you
retook your former position."
On trouve dans ce temps là plusieurs de ces moulins à vent
dans la ville et ses environs. On pourrait croire de prime-
abord qu il s'agit du mouhn de M. d Artigny, en face de
Wolfe, sur le bord de la Butio-à-Neveu, situé précisément
devant son aile droite au haut de la côte, sur l'emplacement
de ia tour Martello No. 2, et à cent vorges de distance d'un
Borgia (Augustin- Borgia Levasseur), sur la Côte à Per-
rault, maintenant représenté par M. Guilmartin. Cependant
il n'en est rien (l). Ce Borgia n est devenu propriétaire là
qo'en mai 1790, et le moulin dont il s'agit était, ouivant
Johnstone, vis-à vis l'aile gauche de Wolfe, déployée sur le
coteau Sainte Geneviève, et laquelle paraissait tenter une
descente vers le pont de bateaux sur la rivière Saint-Char-
les, par l'ancien chemin qui y descendait de ce moulin.
En effet, ce moulin se trouve indiqué sur plusieurs cartes
«t plans, entre autres par Villeneuve, ltJ85, par LévU, 1760,
Holland, 1785, par le plan gravédo 1775 sans nom d'auteur,
et par lo plan de Perrault, aux Ursulines, jusqu'en 1700.
(1) En prévision du siège par Levis, Murray fit sauter ce moulin le 22
janvier 1760, pour y ériger une redoute, block-house. C'était son ouvrage
le plus avancé et la plus grande des cinq redoutes devant la ville de ce
CÔté et dominant comme au niveau de la citadelle. Kl le était garnie de
deux canons et considérée comme hors d'insulte. Lévis en arrivant la Ixini-
barda. Un accident mit le feu aux poudres ; le toit fut emporté et un capi-
taine et une vingtaine d'hommes furent blessés. Elle brûla jusqu'à terre.
{Murray p. 33. Kiwx 11 p. 398).
— îkS —
Noua croyons qu'il remonte à Jean Bourdon qiy avait ob-
tenu une concession de lerre. hcl Saint-Jean, avec ptrmission
u if fnitirtiu moulin à cent faimmt ou LU et farine, suivant les
titres primitifs énumt'n's dans un acte consenti parson fiU,
Jean-François, à Charles Bu /.ire devant Mtre Beequet. no-
taire royal, !e 28 août lfiTT, et porté au labier de l'Intendance
du domaine de Sa Majesté, représenté par la compagnie de
la .Nouvelle France. Jean Bourdon avait obtenu de la com-
pagnie, le 11» mars 1G»J1, l'érection en fief de sa maison apje»
k'e Saint-Jean, dans la banlieue de Québec. Les bornes de
son terrain lui avaient été assignées le 23 mai 1C37. Cf. acte
de foi et hommane, col. Il, p. 474, A. D. 172C.
Ce moulin parait avoir été situé à l'endroit de la remise,
des Chars Crbains, sur la courbe du chemin Saint-Jean, à
son entrée dans la rue d'Aiguillon actuelle, lequel continuait
alors de là par divers détours, suivant les accidents du sol,
jusqu'à la porte Saint-Jean. Cf. Plan de 1775. Co ne fut que
plus tard que la rue Saint-Jean qui se continuait tout droit
dans la rue Saint Joachim, fut alignée et nivelée, telle qu'on
la voit aujourd'hui, pour reprendre la courbe. Bourdon
avait donné à un rocher en cet endroit le nom do La Roche
Bernard, en souvenir d'un rocher semblable près de Notre-
Dame d'Auray, en Bretagne. C'est au pied de ce même
rocher que se faisaient les exécutions militaires, sous le régi-
me anglais, comme n'offrant aucun danger pour fusiller les
soldats.
Ce même fief Saint-Jean devint la propriété de Michel
Surro/.in, médecin du roi. et conseiller au Conseil Supérieur
de Québec, comme adjudicataire, le 22 octobre 1709, entre
autres, de divers immeubles vendus par autorité de justice
sur M. de la Chesnaye. Co fief passa en diverses mains pour
tomber en partie dans celles des Dames Ursuli nés de Québec
et aussi de l'Hôtel- Dieu.
Suivant ces plans le moulin aurait été titué à l'ouest d'un
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chemin montant de la vallée Saint-Charles, tandis qu'au-
jourd'hui il ne trouverait à l'est do la Côte-à-Sauvageau.
Cependant on découvre dans un autre plan imparfait à
l'Hôtel- Dieu de Québec, un chemin de convention entre ces
Dames Religieuses et les Ursulince qui servait à monter le
coteau et qui concorderait un peu avec le tracé sur les plans
ci-dessus cités. 11 semblerait descendre dans la vallée par
la oôte de la Négresse pour atteindre la rivière Saint-Char-
les.
Maintenant quel était ce Borgia et où était sa maison,
dont les Anglais «étaient emparé à bonne heure, qui fut re
prise et brûlée par les Canadiens ?
C'est dans le recensement de Québec en 1716, publié par
l'abbé Beaudet en 1887, que se présente pour la première
sois en ce pays le nom Borgia, nom espagnol.
Il fut donné au baptême, à Québec, lo 4 avril 1707, à
François-Louis de Borgia, porté au recensement bous le nom
de François de Borgia, âgé de 10 ans, fils de Fierro Le Vas-
geur, menui&ier, âgé do 55 ans, et de sa seconde femme. Anne
Ménage, âgée do 40 ans, demeurant rue qui est le long du
jardin du Fort (des Carrières). Ce nom fut donné â l'enfant
en l'honneur et sous le patronage de saint François de Bor-
gia, canonisé dopuis pou (1671).
Le Dictionnaire généalogique de Mgr Tanguay ne mention;
ne pas plusieurs des onzo enfants alors vivants de ce couple
Vol. V. p. 387.
Il omet entre autres celui-ci né entre Barthélémy baptisé
le 16 janvier 1705, dit âgé de 12 ans, et François -Ignace, dit
âgé de 9 ans, baptisé le 4 septembre 1708.
Ce même François-Louis Borgia Le Vasseur épousa en
premières noces, 2 mai 1730, à Québec, Hélène Moreau, et
en secondes noces, 27 août 1744, Marie- Joseph Catien. Kn
1759 il était donc âgé de 52 ans. Il portait simplement alors
le nom de Borgia, que portent aujourd'hui ses descendants,
— 40 —
«t fut l'ancêtre de Joseph Le Valeur Borgia, avocat célè-
bre dans sa profession, destitué par le gouverneur Craig en
1810 et élu député à l'Assemble Législative de 1800 à 1829.
Dans tes Mémoirea, M. de (îuspé (p. 301) raconte qu'a-
près avoir commencé s* s études de droit ehez'e juge en chef
Sewell, il entra pour les continuer t lioz M. Borgta. Il faut
en rabattre un peu du langage qu'il prôte à son deuxième
patron sur le peu d'importance et d'utilité de la science
légale ; à moins de prendre ce passage pour une boutade d'é-
tudiant, ou un trait satiiiquc qu'on s'est plu de tout temps
à lancer contre les gen* de loi, mais qui ne peut atteindre
l'avocat Borgia.
Pour en revenir à ce Francois Louis de Borgia, lo proprié-
taire de la maison qui nous occupe, nous le retrouvons voisin
du nord-est de l'habitation du même Dr Sarrazin, et de
l'autre côté borné aux Dames Uraulines.
Le 28 décembre 1758, sous le nom de François- Louis
Borgia Levasseur, bourgeois, de Québec, il présente au
greffier du domaine du roi un contrat do vente à lui faite
par Simon Chamborland pardevant BItre Boucault, notaire
royal, lo 26 novembre 1742, " d'uno terre en la censive de
Sa Majesté, située au dit lieu do la côte Sainte-Geneviève
(dite sise côte Saint-Jean au régistro) de 3 arpens do front
sur toute la profondeur (sur 2u arpens de profondeur, dit
aux régi"trc) à prendre depuis le chemin du Roi, vis à vis
le terrain appartenant ci devant au Sr. Perthuis, jusqu'au
chemin du Roy de la Grande-Allée, tenant au sud-ouest à
l'habitation do M. Sarrazin ot à présent 6es héritiers, et d'un
côté du nord est, aux terres ci-devant appartenant à M.
(Rouer) D'Artigny et à présent aux Dames Ursulines "
Lo titre du vendeur Chamborland provenait des héritiers
Pinguet, suivant contrat passé devant Mtre Rageot, notaire
,royal, le 25 septembre 1723.
— 41 -
Il est naturel de croire que ce Borgia, bourgeois, ait d(k
e bûtir une maison sur une propriété* d'une soixantaine
d'arpents d'étendue aux portes de la ville, dont il jouissait
depuis une quinzaine d'années. Comme cette maison a été
incendiée, il est presqu'impossibîo aujourd'hui d'en déter-
miner précisément le site, sinon qu'elle était près et dans la
direction du moulin à vent, suivant le chevalier Johnstone,
et construite au sud-est do la courbe de l'ancien chemin
Saint Jean. Le plan de bataille dans Jofferys, p. 131, indi-
que doux maisons à peu près vers cet endroit, sur le bord du
chemin.
P.-B. Casorain
INHUMATIONS HATIVES
On cite l'inhumation de M. le chevalier Louis d'Aillebout
et do quelques autres personnages do cette époque, le lende-
main de leurs dc'cès, comme des faits particuliers. Or, il sem-
ble que c'était alors In coutume, et à la fin du siècle dernier,
nous voyons cotte pratique encore en usage dans l'Eglise.
C'oj-t ainsi quo l'abbé Bourg, curé a Saint-Laurent près
Montréal et ancien missionnaire en Acodio et à la Baie des
Chaleurs, ancien vicaire général de l'évêquo de Québec en
ces lieux, fut inhumé dans Kéglite Saint Laurent, le lende-
main do eon décès.
Voici l'extrait de l'acte de sépulture.
u Le vingt-un Août mil sept cent quatre vingt dix-sept,par
nous Vicaire-(iénéral,a été inhumé dans le Sanctuaire do cette
Eglise, le corps de Meosire Joseph Malhurin Bourg, curé de
cette paroisse, décédé hier matin, âgé de cinquante trois ans,
deux mois et onze jours, muni des sacrements de l'Eglise.
Etaient présents Messiree Lemaire, Rivière, Houdet, Peri-
nault, Désgarest, Orfroy, Prévôt et Chenet, t«>us prêtres qui
ont signé avec nous. iioux, Vic.-Gén."
Suivent les signatures des prêtres présents.
L'abbé E.-P. Chouinard
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— 42 —
LE R. P. FRANÇOIS VAILLANT ET LE TESTA-
MENT DE CLAUDE OMAR
Je viens vous faire part d'un document datant de 1695,
conservé dans les archives du gouvernement de Québec- et
que j'ai eu l'occasion d'exhumer en ces derniers temps.
Ce document, fort intéressant, est intitulé Réponse du P.
François Vaillant, de la compagnie de Jésus, comme faisant
les affaires des Seigneurs de la Prairie de la Magdeleine, aux
demandes des marguillers de la paroisse de la dite seigneurie^
sur le testament de feu Claude Omar.
Le cas soumis au R. P. Vaillant qui fut missionnaire chez
les Tsonnontouans. était celui-ci :
Un nommé Claude Omar, cultivateur, selon toute proba-
bilité, do la Pruirie de la Magdeleino. fut pris un jour par
les Iroquois, pendant qu'il travaillait à ses récoltes. Ceux-ci
l'amenèrent à, la mission d Onneiout, l'attachèrent à un po-
teau et le tirent brûler.
Au lieu du supplice, Claude Omar, sentant qu'il ne pou-
vait sortir vivant de la main de ses atroces bourrcaux,légua
verbalement ses biens au R. P. Milet, qui l'assistait à sesder«
niera moments.
Le R.P. Pierre Milet, jésuite, était arrivé au pays, d'après
Mgr Tanguay, le 5 août ltiGT, et avait été envoyé en mi«-
sion, en ltîlH, chez les nations iroquoit-es. Il mourut le 17
janvier 1711.
Chargé de se prononcer sur la valeur de ce testament qui
faisait le R.P. Milet, légataire universel des biens de Claude
Omar, le R. P. Vaillant examine la question au point de vue
de la jurisprudence de l'époque, et conclut, après avoir narré
tous les faita, a la nullité du testament.
EUOÈNK ROUILLARD
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— 43 —
Réponse du P. François Vaillant de la compagnie de Jésus
comme faisant les affaires des seigneurs de la prairie de
la Magdeleine aux demandes desmarguillers delà parois-
se de la dite seigneurie sur le testament de feu Claude
Omar.
Avant que les marguillere do la paroisse do la Prairie do
la Magdeleino viennent en partage sur les biens de feu Clau-
de Omar, comme ils le prétendent, il s'agit de décider si le
testament du dit Omar est bon et recovablo, or je maintiens
qu'il est nul autant que le peut être un testament.
Tous les jurisconsultes distinguent trois sortes do testa-
ments bons et valables.
Le lor est le tostamont olographe qui doit être tout oscrit
signé et cacheté do la main du testateur ; ecluy de fou Cl.
Omar ne peut pas passer pour tel, puisqu'il no paraist icy
aucun escrit pas mesme signé de sa main.
Le 2c est le testament solennel passé par main de notai-
re ot signé de deux témoins et du notaire ou bion de deux
notaires tigné avant la mort du Testateur, je no crois pas
encoro quo les dits marguillers veullont faire passer ccluyci
pour testament solennel.
Le 3o est lo testament fait en présence du curé ou du vi-
caire ayant lettres do vicaire et en présence de trois témoins
soussignés. Le P. Millet sur la déclaration duquel sont
uniquemeut fondés mes parties no peut passer icy ny pour
curé ny pour vicaire, n'ayant aucune lettre pour cola et n'a-
yant paru à Onnéout en ce temps là que comme concaptif du
testateur, autrement quelque prestre que ce serait qui se
trouveroit par occasion à la mort do quelqu'un passerait pour
curé ou vicaire, mais encoro mi sont les témoin-» requis en
pareil cas ?
Il reste le testament militaire auquel il semble que mes
parties veullont réduire celuy dont il s'agit icy,raais il cons-
to que feu Claude Omar n'estoit puinl soldat et ne l'a jamais
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— 44 —
eaté,quil n'a point esté pris en se battant, ny allant en guer-
re, mais bien en faisant ses récoltes et dans son cbamp, qu'il
n'avoît pour lors ny épée ny baston ny fusil et que par con-
séquent, il n'a paB plus eu de droit de faire un testament
militaire qu'une femme qui serait prise en faisant son ménage
ou au coin de son feu,à moins que mes parties ne disent avec
S. Ckrisostotne que "ojnnis Christianus naturalitcr est miles,"
mais il ne s'agit pas icy de la milice spirituelle contre les
démons, le monde ou nos passions. On doute me*me si un
soldat de profession prisonnier de gnerro peut tester, au
moins ces sorte» do testaments nestoient pas reyns autrefois
outre qu'un soldat morne en guerre ne peut tester qu'il n'y
ait au moins deux tomoins, et icy il n'y a que lo seul P.
Millet qui nous fu^c une déclaration en deux mots que Cl.
Omar en mourant a laifsé la moitié de son bien à la paroisse
de la Prairio et l'autre moitié aux missions Iroquoises.
Je eçay que le P. Millet estant un homme de probité ne
voudroit pas mentir ny engager sa conscience pour rendre
témoignage d'une chose fausse, mais je scay aussi que les
ordonnances n'ont jamais dit quo le témoignage d'un seule
personno tant do probité soit-ello, puisse suffire pour la vali-
dité d'un testament, surtout cette déclaration ne nous ayant
été donnée et n'ayant esté écrite que 4 on» et demi après la
mort du tci-tatcur. Car enfin qui nous a assuré que depuis
un si long temps, le dit Père n'a pas oublié icy bien des cir-
constances que luy déclara pour lors le déffunt et qui chan-
gent peut estre ses intentions.
Nous avons un exemple devant les yeux qui prouve com-
bien il est facile de s'onblier en fort peu de temps. Mes
parties dans leur requêto présentée à Mons. lo lieutenant
* gouverneur général assurent que C. Omar a fait son testa-
ment avant que destre conduit au lieu de son supplice et
attaché au p:cquet ; ot dans la lettre qu'ils écrivirent au R.
P, Bruyas du 29 octobre dernier et que nous avons entre
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les mains, ils parlent ainsy " Cl. Omar estent au poteau pour
être brûlé, déclara au dit Pére qu'il donnoit etc., etc." et
cependant et la lettre et la requeste sont écrites de la mesmo
main do Mon». Geoffroy leur curé et très probablement com-
posées par le mesme. Ainsy si dans l'espace de cinq mois,
le dit curé s'est oublié, d'vne circonstance si considérable,
que ne peut pas avoir fait le Père Millet dans l'espace de
quatre uns demi.
Au moins il conste qu'il en a oublié une bien essentielle
dans sa déclaration car il ny a pas mis que Cl. Omar don-
noit une partie de son bien aux missions Iroquoiscs et nom*
memont a celle d'Onneiout où on le faisait mourir, et cepen-
dant je maintiens qu'au rapport mesmo du dit Pèro ce fut
l'intention du testateur, comme je le prouveray quand on le
voudra et comme mes parties l'insinuent mesme dans leur
requête. Il a donné ot laissé la moitié de 8es biens pour
être emploiés à la conversion des eauvagfts, c'est-à-dire pour
la conversion des bourreaux qui le devaient brûler et mettre
à mort, comme ils l'ont fait. Ce sont leurs propres tortnos.
Or je die que cette circonstance est essentielle parcequ'elle
est une autre preuve de la nullité du Testament vu qu'elle
fait le Pèro Millet légataire ce qui ne peut s'accorder avec la
qualité des tesmoins ny de curé ny de notaire. La mission
d'Onneiout, où Cl. Omar a été brûlé est toujo ira la mission
du P. Millet, il ne l'a quittée quo par force majeure après y
avoir demouré près de 20 ans et est encore dans l'eBpérance
et la certitude dy retourner Dieu aidant aussi tost que la
paix sera fuit ; estant donc légataire peut-il recevoir luy
seul ce testament et cette seule circonstance n'ebt-elle pas
plus que suffisante pour le casser et l'annuler.
Je sçai ce que l'on ne pouvait pas faire autrement, mais je
ripondrai que cette impossibilité prétendue est bonne à dire
aux personnes qui ne savent pas ce qui se passe aux Iroquois
en pareillo occasion, et que respondront mes parties si je leur
— 46 —
dis ce qui est véritable que j'étois aux Iroquois jay mené
xnoymesme des esclave» pris depuis un an ou deux pour mo
servir d'interprètes auprès de leurs compatriotes affin de les
baptiser avant que d'être brûlés, qui empeschoit donc que
tant de françois qui estoient à Onneiout ne fussent appellés
pour servir de témoins, mais en second lieu quand cette
imposeibilité ne serait pas supposée elle ne rondroitpas pour
cela le testament plus valide.
Tout cecy considéré, Monsieur, je vous prie humblement
de vouloir déclarer le dit testament nul ot comme nayant
jamais été fait, et les marguillers déboutés de leurs deman-
des et leurs prétentions nulles avec dépens.
A Villomaric ce 22 mars 1605.
(signé), France Vaillant J
SIR CHARLES SAUNDERS
Sir Charles Saunders, qui avait été lieutenant du Centu-
rion et commandant du Tryal dans l'expédition do Amon,
devint contre-amiral, en 1758. Il lut rappelé do la Méditer-
rannée pour prendre lo commandement en chef de la flotte
américaine, en février 1750, et hissa son pavillon à bord du
Neptune comme vice-amiral. En 1761, il reçut l'ordre du
Bain, et mourut en 1775. Ses restes furent privément inhu-
més dans l'abbaye de Westminster, près du monument de
Wolfe.
D'intércesamcs anecdotes sur ce galant, habile et aimable
officier 6ont publiés dans le Annual liegisterde 1755 et 1759,
et dans le European Magazine de 1796.
P..G. R.
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LES VICTIMES DU MASSACRE DE LACHINE
M. l'abbé de Belmont, prêtre de SaintSulpice de Montréal
de 1681 à 1732, et eon supérieur pendant plusieurs années,
donne une liste des victimes du massacre de Lachine de
1689 dans son Histoire dn Canada, dont le manuscrit fut
déposé aux archives coloniales à Paris. La Société Histori-
que de Québec en fit faire une copie qu'elle publia en 1840 ;
mais la liste des victimes fut omisa, le copiste l'ayant trou-
vée indéchiffrable ; il ho contenta d'écrire : " Suit une liste
de noms, la plupart indéchiffrables. " J'ai profité do la pré-
sence de M. Kdouard Richard à Paris, où il continue ses
recherches historiques, pour lui demander de voir le manus-
crit et do le transcrire aussi fidèlement quo possible, ce qu'il
eut la complaisance de faire en novembre dernier. Il le
trouva à la Bibliothèque Nationa!e.au volume. 13,516 (1265).
" Le résultat do mes rejhjrchc*, m'é jrit-il, ne vous donnera
probablement pas la satisfaction quo vous en attendez, d'a-
bord pareeque cette partie du manuscrit, écrite d'une antre
main que le manuscrit, est à peu près indéchiflfrablo,on8uite,
parcoque la listedes noms est loin d'être complète. Avec un
fac-similé de cetto liste, il vous sera peut-être possible de
tout reconstituer."
C'est en effet ce que je réussis à faire, sans trop de diffi-
culté, à l'aide du fac simile a la main qu'il m'onvoya,et grâce
à lu pleine connaissance que j'avais acquise de la population
de Lachine à cette époque. La plupart des noms sont claire-
ment lisibles ; d'autres sont plus ou moins complets ou obs-
curs, suivis dans quelques cas de mots abrégés ou de mau-
vaise orthographe ; d'autres enfin, au nombre seulement de
deux ou trois, sont absolument incompréhensibles. Sur
vingt sept lignes do cette feuille, j'ai pu en mettre vingt-
trois au clair. Voici donc comment je lis cette liste. Elle
commence par la note suivante, qui est très lisible : "Le 8
J
— 48 —
août, enfin au milieu de la nuit, les 1600 Iroquois passèrent
le lac Saint-Louis d'un temps de tempeete, de grelle et pluye;
ils se placèrent par pelotons en corps de garde à, toutes les
maisons durant 7 lieues, et commencent un massacre général
d'hommes, de bêtes et de maisons." Cette note se trouve au
texte imprimé, mais la date du massacre est du 24 août.
Puis, viennent les noms, un par ligne, et dans l'ordre sui-
vant :
1. "Jean Paré, son enfant de 3 ans," très lisible.
2. "Gaudin, sa tille de 2 ans ", lisible.
3. Une ligne contenant quelques lettres et syllabes illisi-
bles, au bout desquelles on découvro le nom de " Pérusse."
4. " Jean Fournier," clair, suivi d'un mot non intelligi-
ble.
5. " Jean Fagueret, massacré," très libible.
6. " Jean Michau, sa femme et enfant»," assez confus.
7. " Noel Plessis, brûlé," très lisible.
8. Noël (nom de famille omis) sa femme," le reste indé-
chiffrable.
9. " Canaple, ea femme tête coupée," très lisible.
10. " Pierre " nom de famille incertain, probablement
" Barbarin," puis " sa femme et enfans."
11. Nom incertain, probablement Jean Michel, " sa fem-
me, une fille, 8 enfans," lisible.
12. " Simon Davo, ea femme, les mamelles onlevées 3
enfans," assez clair.
13. " Vincent Alix, sa fomme.deux enfans," très lisible.
14. Michel Presso, la femme enceinte éventrée," très lisi-
ble.
15. Ligne obscure, au milieu de laquelle on lit le nom
"Iluquet, fille de," probablement, " trois ans."
16. " Mathiaa Chatauto, sa femme, 2 enfants," très lisi-
ble.
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— 49 —
17. " René Chartier, tête coupée, la femme, fils et tille
brûlé," très lisible.
18. " Jean Rerao," très lisible.
19. " Alexandre," tout court, mais très lisible.
Suit au bas de la fcuillo la note suivante, nettement écrite :
44 80 personnes 30 maisons toutes les bêtes." Ce chiffre de
" 80 personnes " diffère de celui du texto où M. de Belmont
fixe lo nombre total des prisonniers enlevas à 90, eans parler
des morts sur la place.
Cette liste, écrite d'une main étrangère, a dû être faite
Tannée mémo du massacre, et longtemps avant la composi-
tion do l'Histoire du Canada, vers 1713, par M. de Belmont,
car j'y trouve les noms de personnes qui figuraient a Lachi-
no dès l'année 1690. Ainsi, nous voyons Jean Fournier plai-
der à Villeraarie. en 1690 et 1G91, contre Jean Millot, pro-
prétairo du fort Kémy (3 Jug. ot Dél. 529 et 1024). En 1690
et après, Jean Paré, Mat bias Cbatauto et Gaudin portaient
des nouveaux nés aux tonds baptismaux de Lachine.
Cette liste comprend donc non seulement les morts, mais
aussi les prisonniers délivrés ou massacrés. Elle est d'ailleurs
conforme, à bien dos égards, à celle que les registres de La-
chine nous a transmise et que j'ai reproduite au Lake SU
Louis, p ago 126. J'y retrouve ausbi les noms de plusieurs
prisonniers massacrés, que j'ai indiqués à la page 134, et
même quelques noms nouveaux que je signalerai dans la
deuxième édition de mon livre maintenant en voie de prépa-
ration.
D. Cirouard
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— 50 —
LA CHANSON DANS LA NOUVELLE-FRANCE
C'ett Beaumarchais, je ci ois, qui a dit qu'en France tout
finit par des chantons. Il n'en était pas autrement dans la
Nouvelle- France même au temps des plus cruelles épreuves.
Au lendemain de la bataille de Carillon, Montcalm envoyait
à ta mère deux ( haneens composées sous la tente, après la
victoire. L une d'elle*, " en style des poissardes de Paris"
eut fort curieuse. En voici deux couplets :
Soldats, officiers, généraux,
Chac un en ce jour fut héros ;
Aisément cela sc peut croire.
Montcalm conim* défunt Annilwil,
S'm outrait soldat et général.
< Par i.K Safr^uS, s il y avait tjuchju'un qui w î aimes point !
Je veux être chien.
A coup H 'pieds à coup d'poings.
J'Iui cnss'rais la gueule et la mâchoire !
1
X » m ! il i ■ i n s pas monsieur d'Lévis,
Oui s'trcmoussait comme un' furie ;
Aisément cel.". se peut croire.
Dame ! on n'manquit d'valeur.
Dans la famille de Not 'Seigneur !
(Par 1 f : ,SV/;rf//r, .vmwe nui, sa ïawine j 'et ion? Jlambi '
Ces doubles chiens,
A coups d'pieds, à coups d'poings.
Nous auraient cassé la gueule et la mâchoire !
On fait évidemment allusion, dans ce dernier couplet, à la
tradition d'après laquelle la famille du chevalier de Lévia
remontait à la tribu do Lévis. " Uu auteur nous montre un
membre de la famille do Lévis, ee faisant peindre, rendant,
le chapeau à la main, visite à la sainte Vierge, qui lui dit :
Mon cousin, couvre; -vous."
D'après une version que j'ai lue quelque part, l'inscription
se lisait comme suit :
♦
" — Couvrez-vous, mon cousin.
"—C'est pour ma commodité, ma cousine."
Er.vest Gaomox
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— 51 —
RÉPONSES
La Chanse galerie. (V, III, 506).— H n'est pas un de
nos campagnards canadiens qui n'ait connu, dès sa tendre
enfanco, la tradition vulgairement appelée chasse galerie.
C'est un de leurs plus doux souvenirs que celui de ces lon-
gues soirées d'hiver, quand, marmots encore, leur grand'
mère les accueillait sur ses genoux pour faire passer devant
leur imagination ardente, à lu lueur fauve do l'âtre pétillant,
les tableaux do l'âge merveilleux du Canada. Et quels ta-
bleaux ! Tantôt une voiture qui, s acheminant vers le mou-
lin, prenait à t'improviste un élan vertigicux et allait tour-
billonner dans la rue pour revenir sans encombre àson point
de départ. Tantôt uno vieille rechigneuse et touto cassée,
s'élançait, malgré la pesanteur de ses quatre vingt-dix- neuf
ans, et courait claquer lo pas sur la rafule ou danser une de
ces bacchanales quo le violon de Paganini ou du bonhomme
X do ia côte X , avait bouI lo secret de cadencer.
L'air était rempli de lugubres hurlements sinistres et de
plaintives lamentations Los visions de loups-garous,do reve-
nants de fufardets et do lutins étaient à la modo du jour. On
voyait parfois passer à la tête dis grands pins de la forêt,
des canots pleins de mauvaises gens à l'aspect d'enfer, qui
chanlaiont et festoyaient pendant que les environs battaient
l'air en cadence. O horreur ! lo voisinage, depuis quelquos
soirs avait signalé, la cho*e était certaine, la presence d'un
homme sans tête, qui errait autour des habitations.
Les grand'mères d'aujourd'hui se font un scrupule dépas-
ser, à la génération nouvelle, le précieux dépôt do cotto tra-
dition qu'elles ont elles-mêmes recueillie de leurs aïeux. Elles
sont même assez honnêtes pourremottre à^leurs neveux tous
les intérêts composés dont ce dépôt s'est grossi entre leurs
mains. Mais l'onfant so faisant homme, à mesure qu'il so
dégage des liens do son imagination, éprouve une tendance
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— 52 —
à devenir assez incrédule pour reléguer cette tradition au
nombre des contes de fées. Cependant, ces récits dépouillés
des ornements que la suite des grand'mères est venu leur
ajuster, laissent un fond de vérité qu'il importe aux Cana-
diens de connaître, parce qu'il en ressort une leçon impor-
tante sur l'histoire de notre sol natal.
Il n'y a aucun doute que la chasse galerie à son origine,
dans le tremblement de terre de 1G63. Ce fat une des plus
fortes commotions que la croûte du globe ait éprouvées. Les
mémoires de l'époque nous apprennent qu'il y a eu de tels
bouleversements en certains endroits que la nature n'était
plus reconnais-able, des montagnes jaillissant en un clin
dVi'il du profond des vallons ; dos rivières changeant subite-
ment leur cours ; dos forêts entières déracinées et culbutées
avec fracas dans les crevasses béantes du sol ; des habitations
bondissant dans l'espace et volant en éclata : voilà la scène
qu'éclairait la lueur rougeâtre d'un soleil à demi voilé et la
clarté blafarde do mille météores parcourant l'atmosphère
en tous sens en revêtant les forme* les plus bizarres et les
plus effrayantes.
Ces détails marquent trop bien le thème de celte tradition
do la chasse-galerie pour qu'on s'y méprenne. Qu'on se repré-
sente maintenant l'état du Canada à cette époque : une po«
pulation tout au plus de 4000 habitants, quelques rares dé-
frichements autour des forts de Montréal, Québec et Trois-
liivières ; la hache des Iroquois et la disette, encore plus
dangereuse, toujours prêtes à fondre sur la cabane du colon ;
et l'on se demandera s'il n'y avait pas que la Providence
capable de disputer l'existence de la colonie naissante aux élé-
ments conjurés.
Elle le tit, puisque le Canada existe encore et plus pro-
phère que jamais, mais la preuve éclatante de ce secours de
la Providence est que durant tont l'espace de temps que du-
ra ce tremblement de terre mémorable, il n'y eut pas une
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perte de vie à déplorer en Canada. Mais en retour le peu
qu'il y avait do pécheurs endurcie rentra dans le devoir, et
la foi devint assez ardente pour rappeler le temps des pre-
miers chrétiens.
Jetons de temps à autre un coup-d'œil sur notre histoire
et nos traditions.
J. Grionon
Ia'h ait vienne* prinonn de Québec. (V, II, 582). —
D'après les nrchives officielles, la plus ancienne prison érigée
à Québec, comme édifice distinct, sous le régime français
(en dehors de l'enceinte de l'habitation ou duchâteau),était
située «sur un terrain appartenant à la famille de Pécancour,
près du fort Saint-Louis. Ce bâtiment occupait le terrain
formant aujourd'hui l'encoignure des rues Saint Louis et des
Carrières, presque en face de l'entrée principale de la cour
du Château Frontenac. (Voir projet de nuns d'enceinte du
Château Saint- Louis, dresté par l'ingénieur Villeneuve, en
1G85. Voir aussi le plan de Québec "envoyé avec la lettre de
MM. de Callièrcs et Champigny, du G octobre 1700." Sur ce
dernier plan, un bâtiuunt indiqué en face du bastion sud-
œuost du fort Saint Louis, porte la légende suivante : " P. —
Maison au Koy, qui servait autrefois depriton, dont le fond
appartient aux héritiers de Mr. di) Boscancourt."
Duns les dernières années du régime français, la prison
publique était située en arrière du Palais de l'Intendant, non
loin do la rivière Saint-Charles, sur l'om placement appelé
depuis le parc au bois."
En 1784, des pièces vacantes du couvent des Récollets ser-
virent de prison temporaire. Après l'incendie du couvent
(G septembre 1796), la prison fut tenue dans les construc-
tions voisines des Casernes do l'Artillerie, près de la côte du
Palais.
En 1810, on commença, au centre même de la ville, sur
— 54 —
l'emplacement situé entre les rues Saint-Stanislas.Saint-Anne,
Dauphine et Sainte- Angèlo, l'érection d'une prison qui fut
inaugurée en 1814, et dont on se servit pour les fins de sa
construction jusqu'en 1867.
La porte d'entrée principale do l'ancienne prison do la rue
Saint Stanislas (aujourd'hui le college Morrin). à laquelle se*
rattachait le lugubre souvenir de plusieurs exécutions capi-
tales, a été enlevée et rômplacéepar une nouvelle. Elle était
surmontée de l'inscription suivanto :
A. P.
M DCCCX.
L. A. Reg. Georgio III
Trov. Gud. D. D. J. H. Craig, Hi. Egte.,
Career isto bonos a pravis,
Vindicare possit.
(L'an du Seigneur 1810, duns la cinquantième année du
règne de George III, le Puissant Seigneur Jamee Henry
Craig, chevalier du Baiu, étant le Gouverneur de le Province.
Puisse cette prison venger les bons de lu perversité des
méchants).
Quant à la prison actuelle de Québec, sur la Grande Allée
la première pierre en fut poste le 4 septembre 1861. Les tra-
vaux commencèrent la mémo année et furent continuées jus-
qu'au 1er janvier 18G4 ; interrompus à cette époque, ils
furent repris au mois d'avril suivant et continués jusqu'à
achèvement le 1er juin 1867.
Kiinest Gaonon
Justin Winaor. (V, IX, 654.)-Justin Winsor est un
écrivain publiciste très moderne, mais il peut être cité sou-
vent en parlant de l'histoire ancienne do l'Amérique ot du
Canada, parce qu'il puise abondamment lui-même aux sour-
ces originales qu'on ne trouve plus aisémont en dehors dee
grandes institutions d'enseignoment.
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— So-
il dit lui-même un peu ce qu'il est, dans la dédicace de son
grand ouvrage en 8 forts volumes richement illustrée de
portraits, plans, cartes, etc (1899), iutitulé : Narrative and
Critical History of America.
" Cher Eliot,
" Il y a quarante ans, vous et moi, nous étant préparés
ensemble, nous entrions au collège lo même jour. Plus tard,
dans le monde, nous embrassions des carrières différentes ;
et vous, vous f ies revenu à Cambridge au temps voulu pour
y occuper votre haute position. Il y a douze ans, à votre
désir, jo suis aussi venu pour remplir un devoir sous vos
ordres.
il Vous m'avez tiré de mes nombreux soucis et transféré
dans cette université, pour y faire un service plus conforme
à me* goûts. Ce changement a contribué au progrès deB
études auxquelles jo ne me souviens paH d'avoir pour un ins-
tant cessé de m'intéretser. Ainsi, jo vous dois beaucoup, et
jo ne pense pas qu'on trouve surprenant que je désire unir
dans cet ouvrago votre nom à celui de votre ami bien obligé.
" Cambridge, 18S9.
(Signé), Justin Winsor."
M. Eliot est président de l'université de Harvard, et M.
Justin Winsor est le bibliothécaire de cette même institution
et secrétaire correspondant do la Société Historique du Mas-
sachusetts. Entré au collège en 1849, M. Justin Winsor
doit dépasser quelque peu la soixantaino maintenant.
Sa grande Histoire de l'Amérique, publiée à Boston et
New- York, en 1889,1e place au nombre des écrivains améri-
cains qui ont lo plus étudié les origines de notre histoire
canadienne. Il cite amplement les auteurs anciens et mo-
dernes, français et anglais, qui ont écrit sur le Canada, et, à
ce titre, il a droit d'être souvent cité lui-même par nos écri-
vains qui se servent de connaissances tirées de son ouvrage» #
R Bellemare
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— 56 —
Les tableaux de M. l'abbé Detyardins. (VI, I,
690.)— Voici deux extraite des lettres de Mgr Plessisà AL
Baimbault, curé de Nicolet, qui font connaitro au moins en
en partie la distribution des tableaux achetés en France par
M. l'abbé Philippe-Jean-Louis Desjardins, vicaire-général de
Paris, et envoyés au Canada, à son frère Louis-Joseph, cha-
pelain de l'Hôtel-Dieu de Québec, pour y être vendus :
" Il n'est plus mention ici que des tableaux do M. Desjar-
dins, généralement beaucoup plus graude que no portait
la facture. lia sont exposés dans l'église, le sanctuaire, la
sacristie, l'avant sacristio ot le dessus du chœur do l'Hôtol-
Dieu. Chacun veut les voir. J'y accompagnai lundi le
général Sherbrooke. La collection est superbe. Peu de
morceaux qui ne soient au-dessus du commun. L'égliso
de Boucherville en prend trois, Vorehères quatre, Varen-
nes cinq, ;St Antoine do Tilly deux, StMichel deux, le
séminaire de Québec dix. A 40, à 50, à GO louis, ils ne
portent pas à terre. J'ai pris le magninquo portrait de
Pie VI en grand. M. Rabby a pris un crucifix aux pieds
duquel est représentée Madame de la Vallière. Il est haut
de trois pieds. Aussi ne le paye t-il que vingt louis. M.
Berthelot a pris uo saint Charles et le portrait do Pie VII,
qui ressemble aux "Côté ' do l'Ango (jlardicn. L'opulonto
fabrique do Nicolet et celle de La Baie laisseront elles par-
tir tant de beaux morceaux sans on prendre leur part?
Il y a apparence que la cathédrale en va aussi avoir une
dizaine "
Québec, 22 mars 1817.
" J'espère que M. Desjardins fera 3,000 louis de ses
tableaux. Il passe déjà 2,000, ot il lui on reste plus de la
moitié à vendre. 11 est vrai que les plus beaux sont partis.
Entre nous, il se soucie guères quo l'on connaisse ce gros
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profit, auquel il ne s'attache que d&ns l'espérance de rele-
ver lest a flaires en détresse de son frère Jacques. C'est,
comme voua voyez, un petit secret de famille."
Mardi Saint, 1817.
M. Eaimbault acheta a. ees frais quelques-uns do ces
tableaux (6ix), qu'il plaça dans l'église de Nicolet,à laquelle
il les kgua par son testament. Ils y font encore. Lo meil-
leur tst une copie par Stella de la Sainte Famille do Raphaël,
dont l'original est au Louvre. Les autres sont aussi de bons
tableaux. M. Fournier, curé de la Baie du Febvre, acheta
de même quelques uns des tableaux de M. Dosjardins, cinq
ou six. IU sont encore dans l'église du lieu. D.
L'emprisonnement de Pierre Jfédard. (V,
VII, 638.) — L'année 181Î) devait être fertile en événements
tragiques. Avec elle s'ouvrit une ère de malaise, qui allait
dégénérer bientôt en des troubles sérieux. Le parti anglais,
à la tête duquel se trouvaient le juge Monk, le juge Scwoll,
avec le Mercury pour organe, crut qu'il valait mieux en finir
avec l'élément français, devenu trop \ uissant à la chambre.
Les critiques du journal francophobe devinrent de plus en
plus acerbes ; les conseillers in petto de sir James Craig,
réussirent à soulever l'esprit de ce dernier, au point de lui
fairo croire que les Canadiens français complotaient dans
l'ombre des projets de rébellion. Or, c'était de la plus évidente
fausseté, car les sommités canadiennes, parmi lesquelles se
dressait de toute sa hauteur la tête de Mgr Flessis, rêvaient
bien autre chose que la révolte contre l'autorité constituée .
Les mauvais ferments germaient ailleurs qu'à l'évêché de
Québec et dans les bureaux du Canadien. Lesalliésde la bureau-
cratie voulaient un coup d'Etat, et ils l'obtinrent & leur aise.
Ce fut le Canadien qui fut frappé parce qu'on ne pouvait
sévir autrement et d'uno façon plus propre à attirer l'atten-
tion publique.
— 58 —
Le 17 mars, un petit peloton de soldats armés. précédé
d'un magistrat et de deux constables, fît soudainement irrup-
tion dans l'atelier du journal français, et s'empara forcément
de la presse et des papiers épura dans les bureaux de la ré-
daction. M. Lefrançois, imprimeur, fut appréhendé au corps
et jeté on prison ainsi que le plus vulgaire malfuiteur. Une
patrouille, organisée sur un bon pied, se mit ensuite à circu-
ler dans les rues, comme s'il y avait eu, en réalité, des cons-
pirateurs dans tous les coins delà ville. C'en était assez pour
jeter l'alarme dans les familles, sinon la consternation.
Deux jours après, c'est-à-dire le 19, MM. Bédard, Tasche-
reau et Blanchet, trois propriétaires du Canadien, furent à
leur tour arrêtés et incarcérés. A Montréal, des constables
s'emparèrent également de Pierre Laforce, de Pierre Papi-
neau (deChambly), ainsi quo de Prançois Corbeil (do l'île
Jésus), accusés, eux aussi, do menées traîtresses {treasonable
practices). On n'a jamais pu savoir pourquoi tous ces per-
sonnages, surtout ces troi* derniers, furent arrêtés. Le mot
trahison était bien lâché, mais on eût été empêché de dire
en quoi et comment ils avaient trahi le drapeau britannique.
Los vrais traîtres n'étaient-ils pas plutôt ceux-là même qui
ne faisaient que compromettre le représentant de Sa Majei-të
en asservissant son autorité à des fins plus ou moins avoua-
bles ? On oncoro ceux qui, au lendomain do la suppression
du Canadien, écrivaient : " Le coup est porté. Le Canadien
a reçu le coup mortel. Le plus grand malheur qui puisse
arriver à la presse, c'est qu'elle tombe entre des mains invi-
sibles et licencieuses, Nous n'en «lisons pas plus long, car
nous ne guenons pas contre des morts."
Les autorités civiles tirent de minutieuses recherches à
travers les papiers saisis dans l'atelier du Canadien, mais elles
revinrent bredouille : aucune trace do conspiration, aucune
trame suspecte. Pendant ce temps là le public attendait avec
la plus grande anxiété qn'on lui fit connaître les crimes des
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inculpée. " Que l'on juge maintenant, dit Christie, si le pro-
cédures auxquelles on avait eu recours à cette occa.Mon,résul-
taient d'une appréhension bien fondée de troubles ou d'un
exercice abusif du pouvoir."
M. de Gaspé, dans *os Mémoires, nous apporte des détails
intéressants et nouveaux sur cet épisode de l'incarcération
de Bédard et de* autres Canadiens. Nous avons 11 le récit
d'un témoin oculaire véridique.
" Ce serait une étude curieuse à faire aujourd'hui que de
rechercher les causes qui ont induit le gouvernement d'alors
à persécuter ces citoyens si respectables à tous égards. Per-
sonne n'ignore que les griefs qui motivèrent les actes de
rigueur de l'oligarchie, prenaient leur .source dans le journal
le Canadien que les patriotes du temps publièrent pour se
défendre des attaques envenimées et gross-ières que débi-
taient contre eux les gazettes anglaises. La presse, les carac-
tères, etc, qui servaient à l'impression do ce journal f urent
saisis par un piquet de soldats commandés par un juge de
paix ; ma foi, il faut l'avouer," par mon beau-père le capi-
taine Thomas Allison, du 5e régiment, mais retiré alors du
service, et furent déposés dans les voûtes du palais de jus-
tice. Ce serait certainement aujourd'hui une lecture pleine
d'intérêt et des plus curieuses que celle de l'ancien journal
le Canadien, depuis le premiers numéro jusqu'au 17 mars
1810, qu'il fut saisi par le gouvernement. On prétendait
alors que plusieurs articles de ce journal tendaient à soule-
ver le peuple, ce qui fut cause que les éditeurs-propriétaires
et les correspondants accusés de pratiques séditieuses furent
incarcérés. Les moins coupables aux ycox des autorités,
soit officiers dans la milice, ou exerçant quelques fonctions
sous le gouvernement, furent congédiés. Oh ! oui, ce serait
une étude très curieuso que de chercher à découvrir les cri-
mes qu'avaient commis tant de loyaux et respectables ci-
toyens d'origine française, qui leur valurent une persécution
— 60 —
si cruelle de la part du gouvernement britannique. Je jette
aujourd'hui le gant au tory lo plus farouche, pourvu qu'il
ait quoique teinture de la constitution anglaise, et jo veux
passer pour le plus sot iudiviJu du Canada, s'il peut me
montrer une phrase, une seule phrase duns co journal qui
pût motiver les rigueurs de l'oligarchie sous l'adminietra-
tion Craig."
Dans le cours du mois d'avril, des amis do Bédard tontè-
ront mais vainement, do faire émettre un writ habeas
corpus en faveur du prisonnier ot de ses compagnons d'in-
fortune. Le gouverneur se montra impitoyable ; les portes
de la prison restèrent formées sur bs victim :s d'un despo-
tisme sans frein. Co ne fut qu'en juillet qu'un des prison-
niers, malade, fut reluxé.
Quelques semaines plus tard, un autre obtint son élargis-
sement pour la môme raison do smté.
Lefrançois sortit de sa prison au mois d'août.
Il ne resta plus bientôt que Bédard, qui demandait, comme
faveur, qu'on lui fit son procès. On le lui refusa porsévé-
ramment, car on savait bien quo devant un jury, même le
plus mal disposé, aucune preuve ne pourrait établir la cul-
pabilité du rédacteur du Canadien. Ijq gouverneur voulait
qu'il demandât pardon, afin, sans doute, de laisser croire au
public que son prisonnier était coupable. Mais au chfttoau
l'on ne connaissait pas Bédard, ou on le connaissait ma). Il
eut préféré la mort plutôt que do prononcer l'aveu d'une
faute dont il était innocent. Bédard attendit donc patiem-
ment dans sa prison le procès auquol il avait droit, au grand
mécontentement de la faction Sewell, qui out désiré donner
aux événements une autro tournure.
M. do Gaspé nous donne de nouveaux détails sur le sort
de Bédard, durant toute la période de son emprisonnement :
" De toutes les victimes de la tyrannio du gouvernement
do cette époquo, monsieur le juge Bédard, avocat alors, fut
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— CI —
celui qui endura sa captivité avec le plue de pationce. Ce
disciple de Zénon, toujours occupé d'études profondes, pou-
vait se livrer à ses goûts sans être exposé aux distractions
dans la chambre solitaire qu'il habitait. Homme pratique
connaissant À fond la constitution anglaise, il ne communi-
quait avec les autorités que pour leur demander de quel
crime on l'accusait ; et pour les prier de le mettre en juge-
ment, s'il y avait matière à indictment au criminel. On se
donnait bien garde d'instruire son procès : il était à peu près
ausH coupable de trahison ou de pratique séditieuse, que je
le suis de vouloir m 'emparer de lu tiare de notre saint père
lo pape. On lui signifia, après une année de détention, je
crois, qu'il était libre.
" Je ne sortirai d'ici, répliqua M. Bédard, que lorsqu'un
corps de jurés aura bien et dûment déclaré mon innocence.
" On lo laissa tranquille pendant une dizaine de jours,
espérant lasser sa constance, mais & l'expiration de ce terme
le geôlier lui signifia que s'il nu sortait pas le lendemain do
bon gré, il avjiit reçu ordre de le mettre à la porte. M
Bédard haussa les épaule» et continua ses calculs algébri-
ques. Comme plusieurs membres de sa famille, M. Bédard
était un profond mathématicien.
♦{ Le geôlier patienta le lendemain jusqu'à une heure de
yolevé, maÎB voyant alors que son prisonnier ne faisait aucun
préparatif de départ, il lut déclara que s'il n'évacuait pas
les lieux de bonne volonté, il allait avec l'aide de ses porte-
clofs, le mettre à la porte. M. Bédard voyant que I on prenait
les choses au sérieux, et que contre la force il n'y a pas de
résistanco, dit au gurdien : " Au moins, monsieur, laissez -
moi terminer mon problème.'* Celte demande parût si
juste au sieur Keid, le geôlier, qu'elle fût accordée d'assez
bonne grâce. Monsieur Bédard satisfait, à l'expiration d'une
heure, de la solution de son problème géométrique, s'aeho-
mina à pas lents vers sa demeure." N.-E. Dionxk
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I
— 02 —
L'honorable J£lie Thibaudeau. (Y, XI, 672.)—
Le 5 janvier I >7>. U | aroicse du Cap-Santé perdit un ci-
toyen qui avait joué un rôie asc?ez marquant, 1 honorable
Elie Tbibaudeau. Négociant de profession, il ne fut pas
longtemps sans fermer son comptoir pour se livrer à la poli-
tique, dont il n'eut pas trop à se plaindre. Il représenta le
comté de Portneuf à plusieurs repliées, fit partie du minis-
tère Brown Dorion, qui ne vécut que quarante buit heures ;
puis, en 1863, il fut nommé à la position de régistrateur du
comté de Portneuf, devenue vacante par la mort de M.
Lelièvre.
M. Elie Tbibaudeau ne fut pas le seul des enfants du Cap-
Santé qui se jeta dans la fournaise politique. On compte
encore : M. leidoro Thibaudeau, qui a représenté successi-
vement Québec-Centre et Québec- Est ; M. Pierre Garneau,
ancien député du comté de Québec, actuellement membre
du Conseil législatif, et ancien membre du cabinet De Bou-
cherville- Angers, ainsi que du cabinet Mercier ; M. Alfred
De Saint-Georges, député de Portneuf presque sans inter-
ruption de 1872 à 1890 ; M. Côme Einfret, tout récemment
encore député de Lotbinière ; M. Rosaire Thibaudeau, séna-
teur, et M. Marcotte, ancien député du Lac Saint-Jean.
L'abbé David Gossemn
La Nouvelle- Angleterre. (V, XII, 687.)— On dési-
gnait autrefois sous le nom de Nouvelle Angleterre cette
partie nord-est des Etats-Unis qui comprend aujourd'hui lea
Etats du Maine, du New-Hampshire, du Vermont, du Mas*
sachusetts, du Rhode-Island et du Connecticut, depuis enfin
le 41° au 48° latitude nord et du 71° au 74° longitude ouest»
La Nouvelle- Angleterre fut donnée par Jacques 1er, en 1606,
à la compagnie de Plymouth, sous le nom de Virginie, et
c'est le capitaine J. Smith qui lui donna le nom de Nouvelle*
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— 03 —
Angleterre, en 1614, lorsqu'il en explora les côtes ot en dressa
une carte.
L'abbé L.-E. Bois
Catholiques et protestants dans fa même
église, (V, XII, 682.)— Les Ursulines de Québec (livre 5e,
chap I ), répondent, je crois, à l'une des questions des Recher-
ches Historiques :
" Dès le 24 septembre 1759, notro église, réparée par la
libéralité du général Murray, commença à tenir lieu d'église
paroissiale. Le parloir de la Sainte Famille eut aussi alors
l'honneur de servir de presbytère. " Au commencement de
l'ouverture qui se fit de la cure dans notre église, dit le
Kécit. M. Récher, curé de Québec, avait la peine de venir
tous les jours pour dire la sainte messe. Il était demeuré
au séminaire pour le conserver ; mais il ne fut pas longtemps
sans être obligé d'en sortir, ayant été dangereusement blessé
par un soldat anglais. Nous le reçûmes dans notre maison.
Il y est entré le 8 de novembre 1759, et loge avec M.Resche,
chanoine de la cathédrale et notre confesseur. Ces deux
messieurs remplissent tour à tour toutes les fonctions du
service divin, tant la semaine que les fêtes et les dimanches.
Nous savons par les traditions du cloître quo le service
selon le rit anglican te fit aussi tous les dimanches dans
notre église, tout lo temps que les blessas anglais s 'journè-
rent au monastère : c'était l'ordre du vainqueur.
Ce fait nous rappelle quelque chos3 d'assez analogue :
c'est que vers 1813, à Kingston, II. C, l'église catholique
ayant été changée en hôpital pour les soldats blessés, les
catholiques célébrèrent l'office divin dans l'église protestante
de cette ville. Le regretté historien du Canada, M. l'abbé
Ferland, nous a dit qu'il y avait souvent servi la messe dans
eon enfance."
L'abbé J.-B. C. Dupuis
— 64 —
QUESTIONS
695. — Le génCmi de Caulincourt, ou plutôt l'un des géné-
raux de Caulincourt, s'est réfugié, après Waterloo, au Cana-
da, où il est resté jusqu'à la mort de Louis XVIII. 11 habi-
tait à la Baie du Febvre. Sous quel nom ?
Ii. F.
696. — De quelle partie de la France était Louis llébert, le
premier colon de Québec ? Rio
697. — A quel sujet se rapportait la motion mise de côté en
1845 par sir Allan MacXab, parce qu'elle était rédigée en
français ? Par qui fut présentée cette motion ?
P. O.
698. — Pour quelle raison feu Gérin Lajoie administra-t il
une raclée a J.-B.-Eric Dorion, Y Enfant Terrible, dans la bi-
bliothèque de la Chambre, en juillet 1866 ?
Dept.
699. — Sous le régime français au Canada, le droit de patro»
naye a t-il été réclamé par des seigneurs ? Les évèques de
Québec ont ils accordé ce privilège à des seigneurs ?
Eub.
700. — Qu'est-ce que Craig's Road ? En quelle année fut
commencée cette route, et quand fut-elle terminée ? Quelles
sont les paroisses qu'elle traverse ? Dans quel but fut-elle
ouverte ? Iax.
701. — D'où vient le nom de Côte à Piaeau donnée à la côte
située en face de l'église de Sillery ?
702. — Quelqu'un peut-il donner les noms des grands chefs
de la tribu huronne, avec les dates de leur élection et de
leur décès ?
Inquis
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. G MARS 1900 No. 3
NOTRE-DAME DE SAINTE- FOYE
Le promontoire où ost assis le vieux Québec n'est que la
pointe oricntalo d'un plateau élevé, long de trois lieue*,largo,
vers le contre, de deux milles environ, et terminé à l'ouest
par lo Cap- Rouge.
Sainte Foye a, pendant deux siècles, partagé soûle (1)
avec la ville de Champlain ce site à la fois magnifique et
glorieux, d'où l'œil ombrasse un dos plus beaux panoramas
du monde et où l'on rencontre à chaque pas les vestiges
d'une histoire.
Les édits et ordonnances do 1721 (2) donnent pour limi-
tes à la paroisse " une lieue et demie tant sur le fleuve Saint-
Laurent que sur la route de Saint-Michel dite de Saint -
Jean, à prendre sur le fleuvo depuis les terres de Saint-
Michel et sur la dite route depuis le ruisseau Prévost
jusqu'à la rivière du Cap-Rouge, et les profondeurs de la
paroisse qui n'étaient que d'euviron soixante dix arpents
du côté du nord-est, à prendre du bord du fleuve, seront
augmentées des terres de Pierre et André Hamel, etc."
(t) Depuis le milieu de ce siècle, la paroisse de Saint-Colomb de Sillery
«'y est taillé un beau domaine (Voir Edits et ordonnâmes de 1856). Un
peu plus tard Saint-Félix du Cap Rougcen a pris une bouchée (Voir Edits
et ordonnâmes de 1872. En réalité le décret remontait à i860 mais n'a
été publié qu'en 1872).
(2) Voir Liste des municipalités dans la provime de Qu3ec, compilée
par C. - E. Deschamps, 1886, p. 403. Dans le Dictionnaire de faïuien
droit canadien de Justin McCarthy, ces bornes sont reproduites avec
quelques modifications, postérieures à 172t. Une copie de l'ordonnance
nous a été fournie par M. G.-M. Fairchild.
— 68 —
Par ies terres de Saint-Michel il faut entendre l'anse qui
porte encore aujourd'hui ce nom, située au nord-et>t de la
Pointe-à-Puiseaux,où s'élève l'élégante église de Saint-Colomb
de Sillery. Quant au ruisseau Prévost, aucune carte ne l'in-
dique. C'est sans doute ce mince filet d'eau qui coule aux
confins actuels de SainteFoye et de la banlieue de Québec.
Le chemin Saint Michel dit de Saint- Jean est notre che
min Sainte Foye.
Ainsi le Cap-Rouge, le Charlesbourg Royal do Cartier en
1541, le France-Roy (1) de Roberval en 1542, était dans les
anciennes limites de lu paroisse. De même aussi la célèbre
mission algonquine et montagnaise de Saint-Joseph, établie
en 16*38 dans l'anse de Sillory, un mille environ à l'ouest de
la Pointe à Puiseaux. C'est là que fut bâtie, sous le vocable
de Saint-Michel, la première église qu'il y ait eu sur notre
territoire. " Ce petit bâtiment, dit la Relation de 1647,
fait tout exprès pour les sauvages, n'a pas à la vérité
la magnificence de ces grands miraules d'Europe ; mais il
a quelques paroissiens dont la candeur et la bonté est au-
tant et plus agréable i Dieu que l'or et l'azur de ces grands
édifices. "
Cette église avec la résidence des Pères Jésuites fut détrui-
te par un incendie en 1657. En 1659,on parle de la rebâtir (2).
On dut le faire vers cette époque car on voit en 1673 les
Hurons s'y rendre en pèlerinage avant de quitter Sainte-
Foye pour s'établir à Lorette, (3) et les Pèrjs qui desser-
vaient Sainte Foye demeuraient à Sillery (4).
(1) M. N.-E. Dionne veut qu'on écrive François- Roi. --Voir I.a Xou-
vel/e- Frame, de Cartier .) Champlain (1891), p. 36, note.
(2) Voir Relation de 1657, c IX, et le Journal des Jésuites, 13 juin
1657 et 12 septembre 1659, page 265. Nous devons ce renseignement avec
beaucoup d'autres, à M. l'abbé Ainédée Gosselin, préfet des études, pro-
fesseur d'histoire du Canada et assistant archiviste au séminaire de Québec.
{3) Voir Relation de 1673-1674, art. III, éditée par le P. Martin chez
Douniol en 1861, tome I. p. 305.
(4) Ibid. art. II, p. 299.
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La maison dos Pères existe encore. Pour l'église elle est
détruite depuis assez longtemps. Cependant, il n'y a qu'un
demi siècle u peinv, on en pouvait encore voir les ruines.
Des fouilles dirigée» par les abbés Laverdière et Casgrain
ont fait trouver dans l'enceinte le corps du P. Ennemond
Massé qui y avait été inhumé en 164b*. Un joli monument
inauguré le 26 join 1870, consacre la mémoire de ce premier
missionnaire du Canada (1).
Mais, bien que située dans les limite» de Sainto-Foye, ce
n'e6t pas cetto mission abandonnée vers le commencement
du XVIII siècle (2) qui a donne naissance à la paroisse.
La première chapelle qui a porté le nom de Notre-Dame-
de-Foy a été bâtie en 1669 pour la mission huronne établie
en 1668 à la Coste Saint-Michel, à une lieue ou une lieue et
demie do la ville (3).
D'après une ancienne carte manuscrite, conservée à l'Uni-
versité Laval, les côteaux qui relient le plateau de Québec à
la plaine, au nord, portaient près de la ville le nom de Coste
Saint-Jean ; un peu plus à l'oueat de Coste Sainte Geneviè-
ve, et a une lieuo environ, de Coste Saint Michel (4).
" On plaça les Hurons en ce lieu déjà fort peuplé de Fran
gais, dit la Relation do 1671, pour profiter do leurs bons
(i) Voir Journal de Québec, 27 juin 1870, le récit de la fête. Rochemon-
teix, Les Jésuitts^otat I, 473 doc. V. On pcul lire aussi un article de M
Fer land, dans le mime journal, 27 oct. 1855, reproduit à la fin d'une pe-
tite brochure anonyme sur le commandeur Brulard Je Sillcry.
(3) Ferland, brochure citée, p. 25 s.
(3) Le P. Chaumonot, dit une lieue (Autobiographie, éd. Shea, 1858, p.
87). De même la Relation de 1671, titre du ch. 4. La Relation de 1669
dit une lieue et demie. Aussi la petite notice sur le F. Chaumonot jointe à
•on autobiographie (éd. citée, p. 17).
(4) Nous devons à la bienveillante permission de Mgr Harocl, bibliothé-
caire de l'Université Laval, et à l'obligeance de M. l'abbé Amédée Gosse-
Un, d'avoir étudié cette carte.
— 70 —
exemples et réciproquement pour les édifier par leur piété
et leur dévotion." (1)
La mission porta d'abord le nom de l'Annonciation de
Notre-Dame, et n'eut pour chapelle qu'une cabane d'écor-
ce (2) Le Père Chaumonot, qui la desservait, oblint la per-
mission de dire deux mct-sesafin que tous, français et sauva*
if es, purent satisfaire au précepte.
Voici à quelle occasion ce village prit le nom de Notre-
Dame de Foy.
Une statue miraculeuse avait été trouvée dan* le tronc
d'un chêne au bourg de Foy, près Dinant en Belgique. Foy
devint bientôt un lieu de pèlerinage renommé où la Sainte
Vierge, sous le vocable de Notre Dame de Foy, se plut à
multiplier les prodiges (3). Foy Notre Dame, comme on
écrit là-bas, est encore un sanctuaire très fréquenté.
Du chêne où l'on avait trouvé la statue, et d'un autre où
elle fut placée pendant quelque temps, on fit des statuettes
semblables à la première et l'on en fit don à diverses cités.
Le P. de Véroncourt (4) S. J., en envoya une au P. Chau-
monot en 1CG9. Elle était accompagnée de cette authenti-
que qui n'a jamais été publiée, que nous sachions. Nous som-
mes heureux tie l'offrir aux lecteurs des Recherches Jfisto-
(1) Voir aussi Relation de 1672, art. •.
(2) Autohiographiedu P. Chaumonot, p. 87. Relation de 1669, c. 8 ; de
1670, c. 4.
(}) Voir Ifist. Je X.-D.deFoy, par le P. Banncux S. J. Namur, Vve
JJouxfds, ch. 1879. Aussi une petite brochure, du même titre, (1893
Dtnanu, (iirard), qui n'en est qu'un résumé.
A consulter, l'article de M. Ernest Myrand, un de nos érudits lesmieu
renseignés dans le Moniteur de Lévis, no. 8, 22 juin, 1895, lors de la
visite du marquis «le Lévis.
<4) C'est ainsi qu il faut écrire, avec un 0 et non un a, comme nous allons
voir.
— 71 —
rigueset d'ompccher, en multipliant les copiée, que ce pré-
eieux document (1) ne soit perdu :
" Je soubsigné, Claude de Véroncourt, religieux et pres-
tre de la Compagnie de Jésus, au college de la même Com-
pagnie a Nancy, certifie a tous qu'il appartiendra, on pré-
sence des Sieurs llonry Huyllaume et Jean Perrin,notairee
et tabellions généraux au Duché de Lorraine, résidants a
Nancy : Que la Nostre-Dame, faicte de bois, cy jointe,
tenante, sur son bras droict, son petit Enfant Jésus, et
enolose dans une layette, peinte de bleu au dedans, avec de
petites estoites d'or : Est entièrement du vray bois du pre-
mier chosne, dans lequel fut trouvée (Il y a plusieurs
années) l'imago miraculeuse de Nostre-Dame de Foy, dis-
tante environ d'une lieue de la ville de Dînant, au pays de
Liège, auquel lieu la Saincte Vierge, mère de Dieu, fart de
grands miracles. Et cette image présente, dont je fais
oette attestation au certificat, a esté faicte par Nicolas du
Rieu, maistre sculpteur résidant en la dite ville de Dinant,
aux frais do Damoisclle Mario Bastion, laquelle et le P.
Noel Noberti do la Compagnie de Jésus, résidants présen-
tement au dit lieu, l'ont donné au Père Claude de Veron-
oourt, soubsigné, pour l'envoyer en Canada ; pour y estre
honorée et invoquée ; pour la conversion des pauvres sau-
vages et Canadois, a la foy de Jésus Christ, En foy de
quoi j'ay escri et signé les présentes do ma main et prié les
deux notaires susdits d'adtouter leurs seings manuels au
(I) Précieux pour notre histoire locale, cela s'entend. L'original est la
ropriété du colonel Ncilson, chef du déparlement medical de l'armée cana-
dienne, lequel a eu l'obligeance de le chercher et de nous le communiquer.
La Relation de 1671 en fait mention, ch. 4. Nous avons collationné notre
copie avec grand soin et nous citons le texte tel qu'il est, sans y rien chan-
ger. L'écriture est fort belle, et il n'y a pas a se méprendre sur les noms.
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— 72 —
mien pour plus grande authority Fait a Nancy le cin-
quième febvriur mil six coats soixante neuf."
ChAl'DK DE VeRONCOURT
De la compagnie de Jésus.
IIun.LAUMK-J. Perrix
L'arrivée de cette statue causa grande joie dans la bour-
gade et le zèle de la dévotion des r-auvages envers la Sainte-
Vierge lour fit entreprendre aussitôt et hâter la construction
d'une chapelle en bois sous le vocable de Notre- Dame de Foy.
Les Français leur prêtèrent main forte.
Le P. Chaumonot écrit Notre Dame de Foyo, de même
que les Relations de 1672-1673-1674 (1). Mais en général
dans les Relations on lit Notre Damo do Foy. Coat l'ortho-
graphe suivie par nos anciens registres qui remontent à
1699. De très bonne heure on a commencé à. dire Notre
Damo de Sainte-Foy. C'est ainsi qu'écrit M. Buisson de
Saint Co^me, qui a desservi la paroisse de 1711 à 1712. Ainsi
encore le reçu du régistro de 1705, signé Delacetiorre, com-
mis greff. Cependant Claude do Bermen, qui authentique le
régistre de 1706, revient à la forme N. D.de Foy. M. Charles-
Amador Martin, premier curé résidant (1698-1711), fait de
même. Mais l'usage a bientôt prévalu de dire Notre Dame
da Sainte Foy, puis Sainte Foy tout court. L'orthographe
fautive Sainte- Foye n apparaît qu'assez tard. II n'est guère
possible de changer aujourd'hui, même légèrement, la forme
de ce nom, l'un des plus glorieux do nos annales.
La statue envoyée au P. Chaumonot, et qui opéra des
miracles, disparut dès les premières années. Lee Hurons
remportèrent-ils à Lorette, où ils émigrèrent en décembre
1673 ? On l'ignore. Toujours est-il qu'ils ne l'ont plus. Dans
l'église de leur village, à la Jeune Lorette, où ils sont depuis
(i) Edition Martin. Le V. Rochemonteix reproche aux éditeurs d'avoir
remanié le style. De sorte que cette orthographe pourrait bien être leur fait
Les Jésuites. Introduction, p XX Vil. s. note 3.
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— 73 —
le commencement du XVIII siècle, ils en possèdent une
autre en urgent, d'un admirable travail. EHo mesure envi-
ron quatorze pouces, sous le socle. La pose do la Vierge,
pleine d'aisance et do grâce, et les draperies, d'une variété" et
d'une souplesse qu'on no saurait surpasser, font de cette
statuette une œuvre d'art de grande valeur (1). C'est san*
doute un don royal de môme qu'une petite statuo de Saint-
Joseph de même métal et d'un aussi beau travail.
A Sainte -Foyc, pour remplacer la madone perdue, M. Le
Prévost, curé do la paroisse pendant quaranto-deux ans
(1714 1756), en sculpta une en bois de chêne dont la beauté
fait honneur à ses talents d'artisto. Klle mesure trois pieds
de hauteur avec le socle ; la statue originale n'avait qu'un
empan, c'est-à-dire environ huit pouces. Sans avoir le méri-
te de la statue de la Jeunc-Lorette, clic ne manquo de grâce
ni dans la pose ni dans les formes. Les traits de la Vierge
surtout sont très beaux (2).
Le couvercle d'une petite niche carré, percée au bas de
la statuo, en arrière, porte en dedans les initiales L. P. S. et
la date 1716 : Le Prévost sculpt., 1716. M. l'abbé Sasseville,
très curieux d'antiquités et très bien au courant des vieilles
histoiros, a ouvert cette niche en 1882 et y a placé, entre
autres documents, uno liste du clergé des environs de Qué-
bec et des curés do Sainte-Foye, avec un état de la parois©
à cette date.
(1) Sur le socle noir haut de six pouces environ, un c-cusson circulaire en
bosse, entouré d'une couronne et surmonté de draperies en festons, porte
les monogrammes entrelacés de Notre Seigneur et de la sainte Vierge.
(2) Notre statue, de même que celle de la Jcune-Lorette, diffère légère-
ment de la statue originale, mais elles ont toutes la caractéristique de N.-D.
de Foy : L'Enfant-Jésus est sur le bras droit de la Vierge, qui tient un de
ses petits pieds de la main gauche. Dans la statue originale, c'est le pied
droit ; dans les deux autres, le pied gauche. Dans la statue originale,
l'Enfant -Jésus tient un globe sur la main droite ; dans la nôtre, la main à
demi fermée est ramenée près du côté ; dans celle de la Jeune- Lorette, la
main est levée pour bénir.
— 74 —
Par un concoure de circonstances, qu'il n'est pas nécessai-
re de raconter, la précieuse statue faillit, elle aussi, être per-
due. Elle a fait un séjour de trois ans au noviciat du Bon-
Pasteur de Québec où le curé actuel l'a retrouvée en 1895.
Elle occupe aujourd'hui une place d'honneur dans le sanc-
tuaire de notre église et les paroissiens, qui en connaissent
l'histoire, se laisseraient plutôt arracher les yeux que leur
vieille Madone.
La chapelle bâtie parle P. Chaumonot en 1669 fut détrui-
te par un incendie à la fin du XVII siècle.
En 16'Jλ, M. Charles- Amador Martin commença laçons-
tiuction de l'ancieni e églit-e qui fut terminée en 1723 eous
l'administration de M. Le Prévost. Cotte église est restée
célèbre dans notre histoire parce que. en 1760,Ies Anglais la
firent waiter pour empêcher que le chevalier do Lévis ne
s'emparât du matériel de guerre qu'ils y avaient entassé (1).
Elle fut rebâtie de 1762 â 1761).
Un fait inédit et qui honore la mémoire déjà sympathi-
que du général Murray, c'est qu'il donna vingt-cinq louis
sterling pour aider à la reconstruction. Nous devons la con-
naissance de cette libéralité à M. l'abbé Verreau, le distingué
principal de l'école normale Jacques Cartier à Montréal,
qui l'a trouvé consignée dans les dépêches du général et l'a
communiquée <\ l'abbé Sasseville. Voici sa note telle qu'an-
nexée à nos régistres par ce dernier :
" 17 juin 17t»2.
Payé à M. Iîorel C25 église blown up, le 27 avril 1760
towards repairs."
La vieille église n'a été démolio qu'en 1878. Elle n'avait
que quatre-vingt pieds de longueur sur une largeur de
trente.
(l) Voir (iarneau, 4c cd. II. 360.
Ferlant!, U, 594-
La nouvello église bsitio sur le mémo sito-les mars envelop-
pent entièrement les antiennes fondations— mosuro au dehors
cent trente-un piods sur soixante-un. Elle a été commencée
en 1876, bénite en 1878, torminée à l'intérieur en 1890-1891,
Voici les noms dos missionnaires et des curés qui ont des-
servi la paroisse dopuis le commencement :
Pierre-Marie Joseph Chautnonot, S. J., 1668-1673 ; mis-
sionnaires jésuites inconnus, 1673 1711 ; Florentin Favre de
Belleroche, récollet, 1711 ; Charles-Amador Martin, second
prêtro canadien, 1608-1711 ; Michel Buisson de Saint-Cosino,
1711 1712 ; François Le Bran, S. J., 1712 ; (Jorvais Lcfob-
vre, 1712-1714 ; Pierre Gabriel Le Prévost, 1714 1756 ;
François Borcl, 1736 1774 et 1786 1701 ; Ignace Desroches,
curé de Lorette et desservant de Sainto-Foyo, 1774-1777 ;
Louis- Eus tac he Chartior de Lotbinièrc, 1777-1782 ; Charies-
Joseph Brassard De*chonaux, curé de Lorette, dessorvant de
Sainte Foye a plusieurs reprises, 1782-1786, 1701-170."», 1800-
1802,1810-1811; Jean-Mario Fortin, 1703-1800 ; François
Vézina, 1802, 1804, 180.">, 1810 ; Alexis Dorval, 1801 -1S05 ;
Louis Brodeur, 1812; Barthélemi Fortin, 1812 1S14; Jean-
Denis Duulé, chapelain dos Ursulines, romplaco M. Tabeau,
octobre 1813 et mai sept. 1816 ; Antoino Tabeau, choisi pour
coadjuteurdo Mgr Lartigue, 1815-1817; Jacques Odelin,
1817 1810; Michel Dufresiie, 1810-1822; Jean Zéphirin
Carron, 1822-1825 ; Louis tringras, 1825-1826 ; Philippe-
Auger, 1826-1831 ; Michel Masse, 1831-1836 ; Jear.-Baptisto-
Antoino Ferland (l'historien), 1836-1 837 ; Pierre lluot,
1837-1868; Jérôme Sassoville, 1868 1803; Henri-Arthur
Scott, 1803.
L'ahiié H.-A. Scott
*
— 76 —
LE CHATEAU DE LONGUEUIL
Charles Le Moyne, deuxième seigneur et premier baron
do Longueuil, voyant l'augmentation prodigieuse de la colo-
nie que son père avait fondée et le défrichement rapide des
terres, fut pour ainsi dire forcé de faire construire a grands
frais un immense fort, que la famille appela avec raison
château de Longueuil. et ce, tant pour sa propre protection
que pour encourager et protéger les colons ( ses censitaires)
contre les invasions si fréquentes des sauvages a cette
époque.
M U 1
LE CHATEAU 1>K LONULEUIL
Ce fort fut bâti pendant le* années de ltî«5 à 1090.
Nous n'avons pîis do données exactes sur les dimensions
qu'avait le château ou fort deLongucuil ; nous avons cepen-
dant pu les déterminer approximativement d'après un petit
plan du domaine, fait et nigné le 13 janvier 1810, par Wm
Sax, arpenteur. D'après les données do ce plan, nous croyons
pouvoir dire en chift'rcs ronds que le fort était d'une forme
rectangulaire, mesurant à peu près 210 pieds français de
front, faisant face au fleuvo Saint-Laurent, sur 170 pieds de
rofondeur, en suivant le côté sud ouest du chemin de Cham*
pro
bly
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Quant à sa position exacte, voici ce que nous lisons dans
un procès- verbal de mesurage du même arpenteur, en date
du 9 août 1809, alors qu'il s'agissait de délimiter le terrain
qui fut vendu à la fabrique pour y construire l'église : "J'ai
mesuré le long du dit chemin (Chamblv), côté sud-ouest,
dans l'alignement des murs du vieux fort, etc." ; l'un des
murs longeait donc le côté sud-ouest du chemin de Chambly.
Un des plus vieux citoyens de Longueuil nous a répété la
même chose ot se rappelle qu'il y avait une yrande porte dans
le mur qui donnait sur le chemin de Chambly. Le mur fai-
sait face au fleuve, était à environ dix ou quinze pieds au
nord -ouest de la rue .Saint-Charles. Nous pourrions trouver
facilement des restes de ces fondations en creusant un peu
sur le terrain de la fabrique ; nous voyons aujourd'hui un
gros orme près (le la maison de la fabrique, qui repose exac-
tement sur le mur du vieux fort ; il est très aisé de s'en con-
vaincre on examinant les racines de cet arbre.
Sur le plan de M. Sax, on voit que la continuation de la
rue Saint Charles est tracée à travers le fort, mais qu'elle
est sans it*t>ue. Ce qui indique que cette rue n'était quo pro-
jetée. Elle n'a été ouverte qu'après 1811, c'ost à dire après
la construction de l'église commencée en 1810. A cotte épo-
que, et même plusieurs années après, le chemin public suivait
le bord du fleuve.
Nous avons aussi pu constater, en observant les travaux
de creusement qui furent faits pour la construction du per-
ron do la nouvelle église (1885), l'existence d'un mur qui
avait sans doute appartenu au vieux fort : ceraur,d'environ
50 pieds de longueur, était parallèle à la rue Saint Charles
et se trouvait exactement sous la seconde marche du perron
actuel de l'église. Ce sont là les seules données que nous
ayions pu avoir relativement à la position et a la grandeur
du fort do Longueuil.
— 78 —
Voici co qu'en disait Louis XIV dans la lettre de noblesse
qui élevait Le Moyne au titre do baron de Longueuil : " Il
(LeMoyne) a fait bastir à ses frais, un fort flanqué de quatre
bonnes tours, le tout de pierre et maçonnerie, avec un corps
de garde, plusieurs grands corps de logis, et une très belle
église, le tout décoré de toutes les marques de noblesse,avee
une belle basse cour, dans laquelle il y a grange, étable,
bergerie, colombier et autres bâtiments, tous de maçonnerie,
enfermés dans lo dit fort."
Le tort était à deux étagos, et ses tours étaient rondes.
Ce fort, si spacieux et si solide, servait à abriter les colons
pendant les attaques des Iroquois, qui devenaient de plus en
plus fréquentes, dans les commencements de rétablissement
de cette paroisse.
Il exista plus d'un sièelo et fut incendié, en 1792.
Il avait coûté à M. de Longueuil la somme de 60,000 livres
(à peu près 810,000), somme considérable, si l'on considère
le bun marché des matériaux de construction et de la main
d'œuvro à celte époque.
Les Américains l'occupèrent pendant la guerre do 1775 ;
en 17'J2, lorsqu'il brûla en partie, les Anglais y tenaient
encore garnUon. Kn 1810, voyant que les murs menaçaient
ruine, on résolut de le démolir : on se sot vit des pierres de
son enceinte pour les murs do l'église alors en construction.
M. de Longueuil construisit en outre un moulin à farine et
une brasserie, tous deux on maçonnerie et près du fort. Il
employait en même temps au-delà de trente personnes à
défricher et cultiver ses terres et à d'autres travaux.
Louis XIV, dans sa lettre, lui fait ce compliment, qu'à
cette époque ( 1 700) la seigneurie de Longueuil était la seule
bâtie et fortifiée de cette manière, et qu'elle avait puissam-
ment contribué à la conservation des habitants dos seigneu-
ries voisines.
Alex. Jodoix
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ETAT DES SERVICES DE PHILIPPE IGNACE AU-
BERT DE GASPÉ. GRAND-PÈRE DE L'AUTEUR
DES ANCIENS CANADIENS
En 1727, il est entré cadet dans les troupes et a fait exac-
tement le service dans les garnisons jusqu'en 1735, qu'il fit
la campagne contre les sauvages (Renards), sons les ordres
do M. de Xoyolle.
En 1730, il fut fait enseigne en second et fit la campagne
sous les ordres de M. le baron do Longaeuil, pour aller ré-
duire les sauvages Natchez et Chikakas. *
En 1742, il fut détaché pour aller tenir garnison à ilichil-
limakinac, et y a servi trois ans sous les ordres de M. do
Verchèros.
En 1745, il a été fait enseigne do l'Acadie.en cette qualité,
sous le commandement do M. do Ramozay. Il y resta pen-
dant l'été. L'hiver .suivant, il fut détaché, avec M. de Cou-
lomhier de Villiers. aux mine-», d'où ils chassèrent les
Anglais. En 1750, il fut détaché pour aller faire bâtir un
fort à la rivière Saint- Jean où il a commandé pendant deux
années et demie.
En 1753, il a monté, dans l'hiver, à la Belle Rivière, pour
l'établissement qu'on y avait, et il était avec M. de Villiers,
pour prendre le fort Necessity sur les Anglais.
En 1755, il fut détaché, cinq mois, avec M. de Villiew,
pour couvrir le fort Niagara et empêcher les incursions des
Anglais sur ce fort.
En 1759, il fut fait capitaine, et pas-a l'espace de six mois
au portage de Carillon, sous les ordros do M. do La Corne,
et l'hiver suivant i' fut commander au fort Saint-Frédéric,
où il a été jusqu'au printemps de 1757, où on lui donna
l'ordre de se rendre au portage de Carillon, pour y comman-
der, et de là il a fait la campagne, sous les ordres de M. de
Montcalm, pour la prise du fort Goorgo.
En 1758, il a eu ordre de se rendre à Carillon, où il a resté
pendant l'été, sous lea ordres de M. de Montcalm; et s'est
trouvé à l'affaire du 8 juillet, où les ennemis furent repous-
avec grandes pertes.
En 1759, il eut ordre, dès le printemps, de se rendre à
Carillon, jusquà l'évacuation qu'on a faite de ce fort, pour y
commander deux piquets des troupes de la marine ; et de là
il s'est rendu a l'Ile-aux-Xoix, où il est resté jusqu'à la der-
nière saison.
En 1760,il se trouvait à la bataille gagnée sur les Anglais,
le 28 avril, après laquelle, ayant accepté la place de capitai-
ne des grenadiers que l'on avait formés des troupes de la
colon io, au lieu do M. de La Ronde Denis, qui avait été tué
dans l'affaire ; il a commandé cette compagnie pendant le
siège et à la tranchée, qui a été ouverte, l'espace de dix huit
jours après la levée du siège.
Il eut revenu à Deschambault continuer sos services avec
la compagnie des gronadiers, sous les ordres do M. Dumas.
D'après les certificats de MM. de Iîamezay et de Noyelle,
il s'est acquitté do ses devoirs avec valeur, zèlo et distinc-
tion.
LA COUETTE DE NOS ANCETRES
On sait que nos pères portaient la couette, c'est-à-dire
qu'ils tenaient leurs cheveux noués en couette par derrière.
Le naturaliste suédois Kalra qui visita la Nouvelle-France
en 1749 trouva cette coutume tellement belle qu'il l'adopta.
Il retourna en Europe par la Nouvelle Angleterre. Nos voi-
sins, eux, portaient les cheveux très courts. Aussi quand
Kalm passa à Albany, les gamins coururent après lui en l'ap-
pelant Français. Les plus hardis même voulurent lui tirer
la couette.
P. G. R
UNE CHANSON SUR L'EXPÉDITION DE
WALKER, EN 1711
Noel Juchereau de Maure, l'auteur de la chanson suivante,
était le frère de la célèbre hospitalière historien Juchereau
de Saint Ignace, et neveu du vieux seigneur de Beauport, le
vaillant Nicolas Juchereau de Saint-Denis, qui eut l'hon-
neur d'être blessé, en 161)0, au premier engagement de la
Canardière.
Détail comique, j'ai copié cette chanson dans un vieux livre
de prières. Quelque enthousiaste religieuse do l'époque l'aura
sans doute trouvée si belle qu'elle l'aura prise pour un can-
tique.
(Sur l'air : Oh ! que de besogne à leur fusée ! Elle est mêlée, et,. )
Ouacrc, Viclie et Neglesson (i)
Par une matinee,
Prirent résolution
De lever deux armées.
Oh ! que de besogne, etc.
Prirent résolution
De lever deux armées ;
L'une, partie de Boston,
Sar cent vaisseaux portée.
Oh ! que de besogne, etc.
L'une, partie de Boston,
Sur cent vaisseaux portée ;
Les plus beaux ont fait le plongeon
Dedans la mer salée.
Oh ! que de besogne, etc.
Les plus beaux ont fait le plongeon
Dedans la mer salée !
La plus belle, Neglesson ,
Ne l'a pas amenée.
Oh ! que de besogne, etc.
La plus belle, Neglesson
Elle avait mal aux yeux, dit-on,
Craignant trop la fumée !
Oh ! que de besogm, etc.
(1) Walker, Vetch et Nicholson.
Kile ava:t mal aux yeux, dit -on,
Craignant trop la fumée
Des mousquets et du canon,
De la mcche allumée !
Oh ! que de besogne, etc.
Des mousquets et du canon,
De la mèche allumée !
— " Ils reviendront, dit Pigeon,
Dt-s la prochaine année ! "
Oh ! ,pte de httopie, el<.
Ernest Myrand
LES ÉLECTIONS SOUS L'UNION
La loi des élections était alors bien imparfaite et bien sin-
gulière. Dans la plupart des comtés il n'y avait qu'un endroit
fixé pour la tenue do l'élection. Au jour désigné par les
writs et annoncé par des avis public-*, l'offieier-rapnorteur
se rendait à cet endroit, où il avait fait d'avance ériger un
busting aux frais dos candidats, et il lisait la proclamation.
Puis il demandait aux électeurs présents de nommer leur
représentant. S'il n'y avait qu'un candidat de nommé par
la foule, alor* ce candidat était pro lamé élu. Mais, s'il y
en avait plusieurs, et que le* candidats, on leurs représen-
tant'», ou trois électeurs demandassent un roll, alors l'officier
rapporteur se rendait à une maison choisie par lui, procé-
dait K la réception et à l'enregistrement des votes. Le poil
devait durer aussi longtemps qu'il y avait des votes d'of-
ferts. Si le vote se ralentissait, l'officier-rapporteur pouvait
annoncer qu'il fermerait le poil après une heure écoulée
sans inscription de vote. Lldeesus, lo* candidats ou leurs
représentants pouvaient demander l'ajournement du poil au
lendemain. Et le lendemain, si une heure s'écoulait sans
qu'aucun vote ne fût enregistré, le poil était déclaré clos et
l'élection était terminée. Le poil devait se tenir de huit
heures du matin à cinq heures du soir. Avec un pareil sys-
tème, une élection pouvait durer indéfiniment. Celle de
Montréal, en 1832, dura 24 jours !
Ionottjs
RÉPONSES
Jean-Baptiste Cadeau. (V, XI, 675.)— Une lettre
m 'arrive demandant de produira les pièces authentiques con-
cernant " lo fameux Cadot qui résista aux troupes anglaises
dans la défense du fort du Sault Sainte-Marie, vers 1763."
Nous voici en présence d'une légende dont l'explication n'exi-
ge pas des volumes ni un long examen. Donnonslà d'abord
tello que mon correspondant la rapporte :
" Montcalm avait envoyé l'ordre à Cadot de garder le fort
sauvage, ce qu'a fait ce valeureux soldat, qui a préféré mou-
rir que de so rendre. On trouva ce brave mort, enveloppé
dans le drapeau de la France. Nul n'aurait su qui il était, si
l'on n'avait découvert dans l'une de ses poches une commis-
sion au nom de Cadot, bas-officier au régiment de Normandie,
natif de la .seigneurie do L'Aigle, aujourd'hui département
do l'Orne, France."
Autant de mots, autant d incorrections dans ce passage.
Voyons les faits : Mathurin Cadot (écrit parfois Cadau)
dit le Poitevin, paraît s'être établi à Bécancour, dans le dis-
trict des Trois-Biviêrvs, vers 16S2. Le 31 juillet 1688, il
épousait Marie Durand, élève des Ursulincs de Québec. File
était fille d'un .Saintongeois et d'une lluronne. Cadot et sa
femme ont vécu à Bécancour et y sont morts tous doux
vers 1730.
Un de leurs fits, Jean, né en 1693, so maria avec Mario-
Josephte Proteau, de Sainte-Anne de la Pérade, et eut plu-
sieurs enfants, parmi lesquels Augustin, Michel et Jean-
Baptiste, celui ci né le 5 décembre 1723.
Bécancour, le Cap de la Madeleine, Champlain et Batiscan,
ont fourni la bonne moitié des coureurs do bois et des voya-
geurs de l'ouest jusqu'à 1753, et plus tard. Jean Baptiste
Cadot fut du nombre, à partir de 1750 ou même auparavant.
Deux Canadiens.les sieurs de Bonne de Miselle et Le (xar-
«
— 84 —
dear de Repenti guy, commerçante de fournir», se firent
accorder, en 1750, un grand morceau de terre au Sault
Sainte-Marie, pour y établir un poste de traite, qu'ils entou-
rèrent de palissades, selon I usage. C'est ce que Ton appe-
lait un fort— mais l'administration n'eut aucunement à e'en
occuper, pas plus que si, ayant à défendre Toulon ou Mar-
seille, je m'amusais à donner des ordres à la Pologne.
Cadot se fit interprète, au service de de lionne, et acquit
un lopin de terre sur lequel il érigea une maison conforta-
ble. En octobre 1756, il épousa Anastasie, fille d un chef
Sauteuz renommé. Le l'ère M. L. Lefranc, de la compa-
gnie de Jésus, bénit ce mariage.
Lorsqu'arriva la cession des territoires français à 1* Angle-
terre, la société de lionne Repentigny croula, mais Cadot se
maintint sur sa terre. Le furt lui restait et il continua le
commerce despelleteriea.Piusieurs per.-onnes qui l'ont connu
alors et par la suite, disent que c'était un homme de talent,
rempli d'initiative, il vivait largement, pouvait compter
sur l'amitié des sauvages, savait plaire, attirer et comman-
der.
L'été de 17«2, le lieutenant Jamet. de l'armée anglaise,
fut envoyé au Sault Sainte-Marie avec un petit détachement.
Cadot le reçut très bien. Le drapeau blanc flottait toujours
sur la résidence du traiteur, et je ne sjche pas qu'on l'ait
molesté à ce sujet. Par malheur, vers le mois de janvier
suivant, le feu prit au fort et tous les bâtiments furent con-
sumés, à la réserve de la maison do Cadot. Les provisions
de bouche étant bridées, les soldats et Cadot se réfugièrent
à Michilimakinac.
En 176*4, durant la guerre de Pontiac, Mme Cadot sauva
la vie à Alexandre Ilcnry, un marchand anglais, qui nous a
laissé des mémoires sur Cadot. Il n'est pas le seul, d'ailleurs ;
les documents qui concernent notre héros rendent son his-
toire parfaitement intelligible.
Dig
— 85 —
Henry et Cadot formèrent, en 1765, une société pour l'ex-
ploitation du commerce des fourrures. Ils étendirent leurs
courses au-delà des bouches de la Saskatchewan en 1776.
Anastasie mourut en 1767, au Sault Sainte-Marie. Elle
laissait quatre enfants : René, 1757 ; Charlotte, 1759 ; Jean-
Baptiste, 1761 ; Michel, 1764.
Cadot se remaria avec Mario Mouët de Moras do Langlade,
d'une famille de Nicolet, établie à la Baie Verte du lao
Michigan.
lin 179G, Cadot, âgé do 73 ana, so donna à ses fils Jean-
Baptiste et Michel, deux hommes actifs et très influents dans
la contrée. On peut dire qu ils étaient riches, rois du pays,
aimés de tous.
En 1812, les Cadot se conduisirent avec bravoure sur dif-
férents points de l'ouest, dans l'intérêt de la caube anglo-
canadienne.
Jean-Baptiste disparaît après cette date. Il a donc atteint
l'âge de quatre-vingt-dix ans, ce qui le fait rester un bon
demi Bièclo enveloppé dans le Ûrapeau do la légende.
Sa descendance a tenu dans l'ouest une place marquée.
Los Cadot gagnaient beaucoup d'argont et savaient en jouir.
En 1818 il y avait à la Rivière Rouge,un nommé Augustin
Cadot qui y demeurait dopuis 1780. Je crois qu'il était frère
de Jean-Baptiste.
Los Cadot actuels des districts des Trois Riviôros et de
Montréal sont de la même touche étant issus de Mathurin
Cadot le Toitevin marié on 1688, comme il a été dit en com-
mençant.
Le prétendu défenseur de la fortoresse du Sault Sainte-
Marie, mourant enveloppé dans les plis de son drapeau ost
une bonne farce, comme celle du vieux soldat qui s'enroule
dans un pavillon de navire, sur le champ de bataille de
Carillon et se laUse geler à mort. L'un de ces jours, on
inventera le drapeau de Cadot, pour faire pendant à celui de
M' ,
«
— 86-
Carillon, une autro blague, celle-là, que nous avons gobée
avec enthousiasme.
Cadot, sous-officier au régiment de Xormandie ! C'était un
garçon des Trois-Rivières luisant le commerce des peaux de
castor.
Cadot abominaut les anglais ! Il n'a pas eu de meilleurs
amis, leur a été seeourable on tout temps et a fait sa fortune
avec eux.
Cadot s'inspirant du " patriotago " do nos jours ! C'est
trop fort ! (Tela ressemble au voyageur Cadicux écrivant, U
y a plus de deux cents ans, une chanson dams le langage et
le goût qui règne depuis IS30 ! U légendes, qu'il faut être
naïf pour vous croire !
Benjamin Sclte
L'abbé Paul Cas*t>i/rahi. (V, VII, 635.)— Ku 1S67,
en traversant les Alpes par Chamounix, je lis la rencontre
dans la diligence d'un capucin, le père Laurent, supérieur
d'une maison de religieux à Paris, homme fort instruit, très
spirituel, et de bonne compagnie. Il connaissait tout, à la
ville et à la cour. V.n causant, il me mentionna un prêtre du
nom de Cassegrain, curé vers le milieu du dernier siècle
d'une petite paroisse près de Paris, aux environs de Ver-
sailles, qu'il me nomma, mais dont j'ai oublié le nom. C'é-
tait, me dit-il, un saint à canoniser et dont on se rappelle
encore les vertus. Le cardinal Fleury l'avait choisi pour son
confesseur.
Mgr Pie, alors évêque de Poilicrs, depuis cardinal, avec
lequel j'eus l'honneur de m'entrotenir longuement en route
sur le vapeur, d'Ostio à Marscillo, à mon retour de Rome,
un mois après, me confirma co que je lui dis tenir du père
Laurent. Il eut occasion d'en causer ensuite avec mon frère,
l'abbé Raymond, à Poitiors, et l'informa qu'une vie du digne
curé avait été écrite et avait dû être publiée en Franco. J'ai
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— 87 —
chargé mon frère dans son voyage annuel a Paris, 1887-8,
d'en faire la rechercho, mais il n'a pu trouver cette biogra-
phie.
Le personnage mentionné par le père Laurent et le cardi-
nal Pie doit être Paul Cassegrain, né à Augerville, en 1693,
vicaire à Dangcau ; en 1718, chapelain de Notre-Dame de
Lorette, au château d'Arbouvilie, et vicaire de Rouvray
Suint-Denis, appelé de 1790 à 1704 Rouvray-les-Chaumes ;
en 1722, chapelain do Sainvillc et vicaire de Sainville; 1729,
chapelain do Louvillu ; 1729, chapelain du marquis d'Allon-
ville ; 1732, curé de Bouglainval ; 1734, fondateur et direc-
teur do lu communauté dos sœurs do Saint Rémy d'Auveau,
aujourd'hui connue nous le nom do Bon Secours de Char-
tres ; 1734, chapelain du prieuré de Saint-Nicolosd'Anveau
(fondé en 1100) ; 1745, vicaire d'Anveau.
Ce prêtre pieux refupa lVvêehé do Québec que voulait lui
faire accepter le cardinal KIcury. lequel l'avait choisi en 1742
pour chapelain et pour confesseur. L'abbé Cassegrain devint
chanoine de Chartres en 1719. puis résigna son canonicaten
faveur do «on neveu Paul- Antoine. Il mourut â Anvcau, en
1771, à l'âge de 7S ans. l'ar son testament, il légua cent
pistoles à sa communauté pour célébrer chaque année la fêto
du Sacré-Cœur; et disposa d'une somme de deux mille livres
en faveur des pauvres. Sa vie a été écrite par son neveu
Paul Antoine.
P.-B. Casorain
La Non relie- Eeostte. ( V, XI T, G81.) — " Le pays de
l'Acadie, en y comprenant la grande Baye du fleuve Saint-
Laurent, est une estendue de terre d'environ cent lieues en
droite ligne, depuis le Cap do Rosier jusqu'au fort de Penta-
goët ; et par mer, en faisant le tour de cet espace, on compte
trois cents lieues de circuit, dont six vingt qui sont entre le
cap do Rosiers et Canseaux, avaient esté concédées autrefois
à AI. Denis, et c'est ce qu'on appelle la grande Baye de Saint-
— 88 —
Laurent, ot le reste depuis Canseaux jusqu'à Pentagouct est
proprement le pais de l'Acadie, dont le Port-Royal, étant la-
place principale, en est aussi comme lo centre." (Mgr de
Saint Vallier).
Dès 1621 , Jacques I d'AngIeierrc,dans ea charte en faveur
do Guillaume Alexander, donne à l'Acadie, ainsi qu'àl'îledu
Cap Breton et une partie du continent voisin, le nom de
Nouvel le- Ecosse. R.
I
JjOulu Hébert. (VI, II, 6%'.) — Le premier colon fran-
çais qui s'établit à Québec (1617) fut Louis Hébert, apothi-
caire, que dos goût» particuliers, développés à Port-Royal
quelques années auparavant, portaient vers la culture du sol
dans le nouveau monde. Si Hébert eût eu plus d'imitateurs,
c'est-à-dire un plus grand nombre do bons laboureurs, et
moins de marchands au cœur sordide et aux vues étroites,
la Nouvelle-France n'aurait pas eu à subir les atteintes do
la cruelle famine qui fut une des grandes causes de la capi-
tulation do Québec, en 1629.
Doué d'une persévérance et d'une énergie extraordinaires,
Hébert fut, à proprement parler, le bras droit du fondateur
de Québec, qui lui-même comprenait que, pour rendre une
colonie stable, il fallait exploiter les ressources du soi, plutôt
que faire lo commerce. Lo chef do la première famille fran-
çaise qui ait habité le Canada commença à ensemencer la
terre, à la Haute- Villo do Québec, dès le printemps qui suivit
son arrivée (1618), et il continua jusqu'à ea mort (1621) à
défricher et à cultiver avec intelligence uno portion de la
terre qui lui avait été concédéo par le roi de France. " Ça
été, dit Champlain, le premier chef de famille résidant au
pays, qui vivait de co qu'il cultivait." A sa mort, ses champs
fournissaiont largement à la subsistance de sa famille.
Son corps fut enterré solennellement au cimetière dos
Récollets, sur l'emplacement de l'Hôpital-lîénéral. En 1678,
lo père Valentin Le Roux, supérieur des Récollets, fit trans-
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■
— 89 —
porter ses ossements dans les caveaux de l'église de son ordre,
à la Haute- Ville.
Louis Hébert eut de sa femme, Marie Rollet, trois enfants :
Anne, Guillemette et Guillaume. Anne épousa Etienne Jon-
quest, en 1618 ; ce fut le premier mariage célébré à Québec ;
mai» la première inscription sur le registre do Notre-Dame
de Québec est celle du mariage de Guillemette avec Guil-
laume Couillard, en 1621. Guillaume Hébert épousa Hélène
Desportes.
11 est peu de familles un peu anciennes au Canada qui ne
puissent remonter par quelques-uns de leurs ancêtres jusqu'à
celle de Louis Hébert.
N. E. DlONNB
Les Gttgyau Can afin. (V,X,669.)— La famille Gugy
a laissé trop de souvenirs dans le pays pour que nous puis-
sions la passer sous silenco.
Conrad Gugy était né à la Hague, d'un officier suisse au
service do la Hollande. Devenu grand, il so mit au service
du roi d'Angleterre, et obtint un grade dans un régiment
qui vint prendre part à la conquête du Canada. A la fin de
la guerre il se trouva à disposer de sa commission, et con-
sentit à s'établir dans le pays aux instances des autorités
d'alors.
Connaissant parfaitement la langue française et la langue
anglaise, il fut d'un grand secours dans les temps difficiles
qui suivirent la conquête. C'était un gentilhomme dans la
force du terme, franc et sans dol, très fort sur le point
d'honneur, comme nous verrons bientôt, et très respecté par
la population. Les Anglais l'estimaient beaucoup à cause
des services qu'il leur rendait tous les jours, et surtout à
cause de sa fidélité au drapeau britannique. 11 professait,
en effet, un vrai culte pour les institutions d'Angleterre, et
il ne désirait rien tant que de les voir s'introduire dans notre
pays. Les Anglais le récompensèrent de son dévouement à
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— 90 —
leur cause en le nommant secrétaire du gouvernement et
conseiller législatif. Il fut aussi membre du Conseil exécu-
tif.
En 1785, lorsqu'il s'agit d'établir le jury pour certaines
causes purement civiles, il franchit un espace considérable
pour aller donner son vote en faveur de cette mesure. Il ne
prévoyait pas alors qu'il serait victime de cette institution.
Le gouvernement ayaut besoin de bois pour lu construc-
tion dos^easernes, le capitaine Twiss s'engagea à on descendre
une grande quantité par la rivière Machiche. Mais la digue
construite au moulin de la Grande Iticicrc empêchait la dos*
oente du bois. Conrad Gugy s'étant transporté sur les
lieux, trouva un moyen de franchir l'obstacle et le bois so
rendit a sa destination. Le capitaine Twiss, copcudant,quitla
le pays suns avoir payé aucun dommage ; Conrad Gugy
restait, il fut actionné, et l'on nomma un jury pour cette
cause. Le jury trouva Conrad Gugy coupable d'avoir indi-
qué l'endroit où l'on pouvait passer le bois, et le chargea
des frais et dommages qui s'élevèrent à un montant ruineux.
Quelque temps après, ou réforma ce jugement, mais il était
déjà trop tard. Conrad Gugy reçut cette sentence sans dire
un mot de plainte ni de réplique ; revint à son manoir, à
Yamaehiche, et s'enferma dans sa chambre. Le londemain
on le trouva appuyé sur le bras d'un sofa, froid comme le
marbre. Orgueilleux et sensible, le verdict rendu contre lui
l'avait littéralement tué.
Il laissa son héritage à Barthélomi Gugy, sou frère cadet,
qui s'était mis au service du roi de Franco. Un seul exem-
ple pourra donner nne idée du caractère noble et loyal de
ce dernier.
Lui et son fils, Louis Gugy, reçurent des offres avantageu-
ses pour les engager à entrer dans l'armée révolutionnaire,
mais ils refusèrent généreusement, ot le colonel parvint A
traverser la France avec son régiment sans perdre un seul
Digiti
homme. Arrivé sur la frontière de la Suisse, il oft'rit ses
chevaux en vente, et il arriva que Jérôme, celui-là même qui
avait reconnu et livré Louis XVI. se présenta comme ache
teur. Il n'aura pas mon cheval, s'écria le noble et loyal
colonel, et il s'empressa de le tuer afin d'etre bien sûr qu'il
no tomberait pas entre les mains du traître.
Le colonel Ti. <iugy servait dans le régiment des Cardes-
Suisses. Il vint au Canada dès qu'il eut quitté le service
de la France.
Son fils, Louis Cugy, lui succéda. C'est celui ci qui a
laissé le plus de souvenirs à Yamachiche. Il était né à Paris
et avait toute l'exquise politesse française ; il était, d'ailleurs
naturellement doux, hospitalier et affable.
Lorsque le gouvernement imposait de lourdes corvées
aux cultivateurs, lorsqu'il les obligeait, pendant un hiver à
loger et nourrir les troupes anglaises, c'est le seigneur Cugy
qui devait répartir les charges parmi ses censitaires. Les
bons habitants ne savaient rien refuser à leur seigneur, et
ils supportaient sans trop de murmures ce joug insuppor-
table.
Louis Cugy occupa pendant quelque temps la charge de
shérif des Trois -Rivières ; mais, en 1812, le pays ayant
besoin de ses services, il ceignit do nouveau les armes, et
commanda le troisième bataillon de la milice incorporée.
C'était un officier fort respecté et fort aimé de ceux qui se
trouvaient sous son commandement. Au retour de la paix
il obtint un siège dans la chambre d'assemblée et devint
aussi membre du Consoil Législatif. Quelque années plus
tard, il était &hérif de Montréal.
Louis Gugy n'a laissé que d'heureux souvenirs parmi ses
censitaires d'Yamachiche. A Montréal, le parti canadien-
français ne lui a jamais pardonné d'avoir pris fait et cause
pour les Anglais, surtout dans les circonstances graves de
l'élection do 1832.
Il mourut en juillet 1840.
-92-
Ce fut son file, B. C. A. Gugy, qui lui succéda dan» la pos-
session do la seigneurie de Grand- Pré et de cello de Gros-
Bois. L'histoire s'est déjà chargée de faire connaître le nom
de ce dernier qui a certes bien eu son temps de gloire.
L'abbé Napoléon Carox
L'histoire du Canada avant 1672. (V, VI,
628.) Jean Cabot prétendait avoir vu les terres du Labra-
dor, de Torreneuve ou du Cap-Breton en «4î>7. Ce fut la
première notion que l'on eut en Europe de l'existence de ces
côtes que Ton prenait pour des îles perdues dans le voisina-
ge du Japon.
En 1500, Cortoreal se rendit au Cap- Breton et fit connaî-
tre la position géographique de cette terre, de manière à y
attirer les navigateurs et Iob pécheurs de morues.
Jean Denis, do Honneur, dressa en !506 une carte du
golfe Saint-Laurent qui s'avance presque jusqu'à l'île Anti-
oosti. Elle répandit chez les marins de la Normandio la
connaissance de ces lieux do pêche et de eh anse.
Thomas Aubert, de Dieppe, visita le golfe en 1508, ayant
à son bord lo jeune Jean Verrazano. De tout cela, on ne fit
aucun mystère, non plus que du voyage de Jean de Léry
sur les côtes de la Nouvelle-Ecosse en 15:8.
Verrazano partit de France l'automne do 1523, revint en
juillet 1524, après avoir examiné les côtes depuis lo Cap-
Breton jusqu'à la Floride, et nommé ces vastes pays " La
Nouvelle-France," nom qui fut bientôt adopté par toute
l'Buropo pour désigner ces terres inconnues la veille. Le
rapport de Vorrazano, quoique mis en circulation sous forme
de copies, ne fut imprimé qu'en 1582 pour la première fois ;
du moins c'est la date la plus ancienne que l'on connaisse.
Jean Parmentier, en 1 529, parle des découvertes, des Sau-
vages, de la pêche de l'Amérique du Nord. On pensait alors
que ces terres n'étaient pas profondes et quo l'océan Pacifi-
que devait se trouver où son nos grands lacs.
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— 93 —
Cartier tenait de tous ces devanciers un certain nombre do
renseignements, et il fit le voyage de 1535 pour chercher un
fleuve, afin de le remonter de manière à savoir la distance
qui sépare l'Atlantique du Pacifique. Kendu à Montréal, il
comprit qu'il était au centre d'un continent. Cotte décou-
verte fut ensuite ébruité en Europe. Bien plus, Jean-Al-
phonse Fonteneau, pilote de Carlier et Roberval, publia son
Boulier qui plaça en pleine lumiôro la question de l'Amé-
rique du Xord.
La bibliothèque du Canada te formait ainsi, à mesure que
cette contrée sortait des limbes du pansé. Les livres, les bro-
chures, les cartes, les globes, los portulans ne manquaient
pas pour éclairer ceux qui désiraient s'instruire à ce sujet.
Les livres d'André Thevet, de 1555 à 1575, contribuèrent
encore à agrandir la science de ce côté.
La Fopelinière, dans son Histoire des Trois- Mondes, en
1582, donne sur la région du Canada à pou près lout ce qu'il
importait de savoir pour lo lecteur en général.
La Floride de fiasanier, en 1586, renferme aussi des notes
à consulter sur la contrée nord.
Richard Hakluyt produisit en 1000 le résultat de ses étu-
des dans cette direction et réveilla l'attention de l'Europe
sur les terres nouvelles.
RamuMO fit de même en 1000.
Marc Lescarbot a laissé sur l'Acadie, de IGOi à 1 613, nom-
bre d'ouvrages très remarquables.
Les œuvres de Samuel Cbamplain vont do 1608 à 1629 et
forment à présent quatre gros volumes ; mais ces écrits
furent publiés tout d'abord en brochures, du vivant de i'au-
teur, comme c'était le cas pour Lescarbot.
La lettre du Père Biard, sur l'Acadie (161 1), est une lon-
gue explication de tout ce qui concerno les côtes du Maine
en remontant au nord jusqu'au Cap Breton, sans oublier le
Saint-Laurent et le Bas-Canada.
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Remarquez que :e* Français n'avaient que de tout petite
établissements dans ces parages, et pourtant venez voir dans
ma bibliothèque les nombreux écrits dont on pouvait se ser-
vir dès lors pour connaître le Canada !
Le frère Gabriel Sagard, dans son Voyage au pays des
Hurons et dans son Histoire du Canada, qui furent publiés
en 1 63tf, abonde en renseignements sur Ie8 grands lace et
les territoires arrosés par le Saint Laurent.
Les Relations des Jésuites formaient un volume annuel,
de 1625 jusqu'à 1673, de ce qui se passait au Canada.
La Société de Montréal, à partir de 1641, publia aussi des
broehura*.
La Mère de l'Incarnation écrivait, de 1639 * 1670, d'in-
nombrables lettres pour faire connaître le Canada.
Ducrcux publia en 1664 une Histoire du Canada qui com-
mence en 1500 et s'arrête en 1656.
Pierre Boucher donna, en 1664, une Histoire Ifattirelle
du Canada, où il démontre que c'est un pays plein de res-
sources mais dont personne n'a encore su rien tirer excepté
des peaux de castor.
Cette longue liste de livres doit suffira à nous con-
vaincre de l'existence d'une histoire du Canada, écrite, com-
plète, imprimée, mise en circulation depuis longtemps, lors-
qu'il a plu à Nicolas Donys, en 1672, de publier ses deux
. volumes, qui ne traitent que des côtes de la mer et de la.
pêche de la morue, et qui n'est aucunement une "Histoire
du Canada." De fait, il l'intitule : Description Géographi-
que et Historique des côtes de l'Amérique septentrionale, avec
Vhistoire naturelle du pays.
Or, tout récemment, j'ai lu dans les journaux :
" Nicolas Denys remplissait des fonctions importantes
dans le gouvernement de la Nouvelle-France, quand le Maine
ne faisait pas encore partie des Etats-Unis. Il est question
à Lowiston d'ériger un monument à ce premier historien de
l'Amérique du Nord."
— 95 —
Ses fonctions consistaient à faire la pêche pour son compte
personnel, au Cap-Breton, où il n'a créé aucune colonie. Il
De s'est pas mémo occupé des établissements des Français on
Acadie ou Nouvelle- Ecosse. Son livre a de la valeur en ce
qui regarde les affaires de la pêche de la moruo et la navi-
gation des bords de la mer, depuis Terreneûvo au Maine.
DeDys ne pouvait pas être un fonctionnaire do l'Etat, car
il n'y avait point de population blanche dans l'étendue de ses
domaines do pêche. Il n'a pas connu le Canada et n'en a pas
écrit l'histoire. Son livre est plutôt lo dernier que le premier
paru concernant les provinces maritimes.
Vous voyes ce qui en e^t de la note des journaux.
Bbnjamin Sulte
Z/'orthog raphe dit nom de Saint- Val lier, (V,
II, 576.) — L'usage assez général au Canada est d'écrire
Saint- Valier. On trouve cette orthographe en tête de l'édi-
tion du Rituel, dans les mémoires de l'abbé de la Tour et
dans maiuts autres ouvrage*. Nous croyons cependant qu'il
faut écrire ce nom avec deux l. On le trouve orthographié
ainsi : 1° Dans les contrats de fondation de l'hôpital géné-
ral de Québoc et danH d'autres actes notariés paesés eoit en
France, eoit au Canada ; 2° Dans les annales du même mo-
nastère, notamment dans la partie écrite du vivant de son
fondateur ; 3° Dans divers écrits reçus de France on divers
temps et venant de sources différentes ; 4° Dans les mémoires
du duc de Saint-Simon ; 5° Dans plusieurs dictionnaires
historiques, biographiques ot héraldiques ; 6° Dans les œu-
vres des abbés Faillon et Casgrain, aussi bien quedans celles
de Parkman, etc., etc. Une raison , du reste, qui prime tou-
tes les autros, c'est que la famille même de Mgr de Saint-
Vallier écrit son nom avec deux L
K.
— 06 —
QUESTIONS
703. — Be né Doumic, dans une étude qu'il vient de publier
dans la Revue des Deux Mondes, sur le livre que M. Paul
Stepper vient de consacrer à la famille et aux amis de Mon-
taigne, dit, en parlant de ce dernier :
" Il s'est adressé à tous ceux qui pouvaient lui apporter
quelques renseignements utiles, il a marié et multiplié l'infor-
mation. Il interroge ceux que le hasard met sur sa route
et fait parler ceux qui passent près de son château. 11 a chee
lui un homme qui a demeuré dans la France antartique, et
par un intermédiaire il lie conversation avec plusieurs mate-
lots et marchands qui l'avaient accompagné dans ce voyage.
Ce lui est un moyen de s'enquérir des coutumes des pays que
nous tenons pour barbares et de les comparer avec les
nôtres."
Où était située cette France antartique qui intéressait tant
Montaigne, et par quels paya est-elle représentée aujour-
d'hui ? Auo.
704. — Où pourrais-je me procurer des renseignements sur
la " Société du feu " qui existait au commencement du siècle
dans la cité de Québec ? Pomp.
705. — Le colonel Le Compte Dupré, dont il est souvent
question dans les récits du siège de Québec par les Améri-
cains, en 1775, appartenait-il à l'armée régulière ou à la milice
canadienne ? Soi. p.
706. — On m'affirme qu'il n'y a pas, à Caughnawaga, une
seule famille purement iroquoise, que toutes ont fait des
alliances avec des blancs. Qui peut me renseigner justement
là-dessus ? Rio
707. — Pouvea-vous me dire où sont établis les restes des
différentes tribus sauvages,tellee que les Iroquois, les Hurons,
les Abénaquis, etc., etc., qui se partageaient autrefois le ter-
ritoire du Canada ? Sauv.
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 6 AVRIL 1900 ~So. 4
SAINT-CLET DE SOU LANGES
Le 24 septembre 1849, Monseigneur Ignace Bourget, évo-
que de Montréal, lançait un décret pour l'érection d'une
paroisse dans le comté de Vaudreuil, seigneurie de Sou-
langes — le comté do Soulanges n'a existé qu'en 1853.
Cette paroisse, qui comprenait les concessions de Sainte-
Anne ou Côte Rouge, do Saint- Jacques, de Saint-Emmanuel
et du Ruisseau Saint- Hyacinthe, fut placée bous le vocable
de saint Clet, pape et martyr. Une proclamation du gou-
verneur, lord Elgin, reconnut ectto paroisse canonique et lui
donna l'existence civile, le 14 mars suivant.
Tout ce territoire, auquel on a ajouté quelques terres par
un décret en date du 24 février 1871, faisait partie de la
paroisse de Saint-Ignace du Côteau du-Lac. Meesire Théo-
philo Brassard, alors curé de cotte dernière paroisse, fit, en
1849, l'élection des syndics qui devaient acheter un terrain,
procéder à la répartition légale, puis bâtir église, presbytère
et dépendances curiales. Le site de la nouvelle église fut
marqué à l'endroit où elle se trouve maintenant, par Mess ire
Panl-Loup Archambault, archiprêtre, chanoine honoraire
de la cathédrale de Montréal, vicaire-général de Mgr Bour-
get et curé de Vaudreuil.
Ainsi s'évanouirent à jamais les espérances des habitants
du Ruisseau, nord et sud, qui, depuis vingt ans, avaient dé-
pensé beaucoup d'argent en voyages, en démarches auprès
des évêques do Québoc,et même on bâtisse^puisqu'ils avaient
construit une chapelle et un presbytère au village du Ruis-
seau, aujourd'hui Pont-Château.
— 100 —
En principe, ils étaient opposés au site de la nouvelle
église, mais voyant le terrain leur échapper et ne voulant
pas perdre toute la partie, en allant au Coteau du-Lac, ilsee
rallièrent aux citoyens du haut de la paroisse, pour bâtir
avec eux sur le rang de Saint- Jacques.
Tout alla si bien qu'au bout d'une année et quelques mois,
toutes les bâtisses furent à peu près achevées. Cependant,
daDS le but d'agrandir plus tard l'église, on ne fit qu'une
façade provisoire en bois. La façade actuelle, en pierre de
taille et le colossal clocher ne furent ajoutés qu'en 1871.
La première messe à Suint-Clet a été célébrée dans la sacris-
tie, par MessireC.-E. AIarsolais,le 5 mars 1851,jourqui coïn-
cidait avec le mercredi des Cendres.
Au mois de septembre de la même année, le 25, eut lieu la
bénédiction de l'église et de la cloche qui sonne encore, par
Mcssire F. Cholette, curé de Saint-Polycarpe.
Celte cloche, du poids de 535 livres, fut nommée Marie-
Louise, Eugène, Rose et Justine. Pour n'avoir pas un seul
nom à la mode d'aujourd'hui, elle s'en trouve aushi bien et
n'en sonne que mieux.
Le presbytère actuel a été construit par M. Chagnon. en
1886.
M. Marsolai*, premier curé, prit possession de sa cure le
4 mars, et le lendemain, il ouvrit les registres en y inscrivant
le premier baptême fait dans cette paroisse. Un desservant
et six curés ont exercé le ministère à Saint Clet. Ce sont:
MM. Th. Brassard, desservant, de 1849-1851 ; C E. Mar-
solais, 1er curé, de 1851- 18G6 ; Henri Morin, de 18G6-1867 ;
M. Théop. Thibaudeau, de 1867-1869 ; M. Théop. Chagnon,
de 1869-1890 ; M. Gaspard Bérard. de 1890.95, et A.-Chs.
Dugas, de 1895 1900.
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PRETRES FRANÇAIS PRISONNIERS DANS LE
PORT DE QUÉBEC EN 1801
DanB un remarquable travail lu en 1885 devant la Société
Royale, M. l'abbé Bois parlo au long dee prêtres français qui,
ohassésde leur pays par la révolution, allèrent, en 1792 et les
années suivante*, chercher un refuge en Angleterre. Ils s'y
trouvèrent réunis jusqu'au nombre de huit mille et reçurent
avec les émigrés laïques l'accueil h) plue sympathique de la
part tant du gouvernement que des familles nobles du pays.
On calcule qu'il fut donné au-delà de $9,000,000 pour le sou-
tien de ces pauvres exilés.
" Tandis que la France, dit lo cardinal de la Luzerne, jus-
que-là si catholique et prétendant l'être encore, persécutait
avec fureur les pasteurs catholiques, l'Angleterre, livrée
depuis doux siècles au schisme et à rhcré*ic,1esaccucillait avec
humanité, se faisait le modèle du monde entier par sa géné-
rosité, comme elle en était le soutien pas sa puissance. Quel
touchant spectacle, quel admirable exemple a donné aux
autres nations cette nation hospitalière, quand on l'a vue
tout entière, clergé et laïques, roi et sujets, grands et petit»,
accourir au-devant des confesseurs d'une religion qui n'était
pas la sienne, B'empresser de les accueillir, de soulager leurs
douleurs, do subvenir à leurs besoins, d'en adoucir les maux !
Daigne Celui qui seul a dans sa main le digne prix de tant
de bienfaits, lui en accorder les récompenses les plus abon-
dantes, et surtout celle qui est la plus précieuse et la plus
désirable ! Puissent les aumônes de ce peuple bienfaisant
monter, comme celles de Corneille, jusqu'au trône céleste, et
•n faire descendre sur lui lo don inestimable do la foi ! "
On sait que ce vœu a été exaucé, en partie du moins, et
que le séjour en Angleterre de tant de dignes et pieux ecclé-
siastiques français a fait disparaître bien des préjugés,
amené la fin de bien des injustices et provoqué ce9 conver-
— 102 —
sions extraordinaires dont !e courant n'u plu-* crsuite été"
interrompu.
Pour quo les secours aux exilés fussent distribués avec
intelligence et régularité, on avait nommé un bureau spécial
présidé par il. Wilmot. et c'était Mgr do la Marche, évêque
de Saint Pol de-Léon, qui avait la gestion des sommes affec-
tées au clergé. Cost avec ce dernier que l'évéquo de Québec
entretenait une correspondance suivie, et ce fut en partie
pardon entromise que quarante et un prêtres français pu-
rent venir en Canada et s'y dévouer dans l'exercice du saint
ministère. Jusque lu, le gouvernement britanuique avait été
Hourd aux demandes réitérées do î'évêquo de Québec.ct il fui-
lut la révolution française et les persécutions qui en furent
la suite pour changer ses dispositions hostiles et amener ici
des ecclésiastiques très distingués pour la plupart et qui ren-
dirent les plus grands services dans les ditféronts postes qui
leur furent confiés.
M. Bois donne la liste de quarante deux prêtres français
qui vinrent au Canada do I7f>l à 1806. Lo dernier fut II.
Nicolas-Aubin Thorel ; mais M. Bois so trompe en donnant
1806 pour la date de son arrivée. Ce monsieur débarqua à
Québec le six octobre 1801 et mourut à l'Hôpital-Général le
22 janvier 1S02 (l). Do plus, il n'était pas venu précisément
pjur offrir ses services a I'évêquo de Québec, mais était pri-
sonnier avec dix autres abbés français à bord de la frégate
anglaise La lUsistancetet ne put descendre à terre que parce
qu'il était dangereusement malade. Les autres furent obligés
de rester ù bord, et ce durant tout le mois d'octobre.
(i) Mgr Tanguay, dans son Répertoire </u ttergé eamuiien, a deux Nico-
las-Aubin Thorel, dont l'un arrive en 1780 et l'autre en 1801, mais tous
deux meurent le même jour, après entente préalable sans doute ! Inutile de
«lire qu'il n'y eut qu'un Thorel, et que si l'auteur en a vu deux, c'est proba-
blement pour remplacer les centaines de noms qui manquent dans cet éton*
nant ouvrage.
Partie de Portsmouth au commencement d'août,7wi Résis-
tance, capitaine H. Digby, qui servait d'escorte à quatre vais-
seaux raarehands,avait rencontre" sur sa route un navire fran-
çais dont j'ignore le nom, s'en était emparé, et avait fait pri-
sonniers ces on ses prêtres français qui se trouvaient au nom-
bre des passagers. Continuant sa route, la frégate arriva à
Québec vers le 1er octobre, pour en repartir le 30. D'après
les archives de l'Hôpital Général, elle était infectée d'une
maladie contagieuso, et ce fut celte raison qui empêcha les
passagers de débarquer ; mais comme ils étaient prisonniers
de guerre, il n'est pas étonnant qu'on ait tenu à les garder
4 bord, d'autant plus qu'à cette éjoque les dispositions bien-
veillantes du gouvernement britannique s'étaient déjl singu-
lièrement modifiées.
Quoiqu'il en soit, les on 20 abbés français se trouvaient
dans un état de pauvreté et de malpropreté impossible à
décrire ot quand M Thorol arriva à r Hôpital -Général, il se
mourait do misère et do privations. Il était né à Ecouis et
n'avait que quarante sept ans. L'annaliste ajoute : " ÎSi cette
miBère fut un sujet de peine pour nous, elle n'en fut pas
moins uu sujet de grande édification, en voyant la constance
et la résignation avec lesquelles ce vertueux ecclésiastique
supportait ses maux, rendant ainsi hommage à notre sainto
religion."
Voici, d'après des notes écrites pur Mgr Plessis, les noms
de ces malheureux prisonniers :
Ténèbre, curé do Croix-de-vie, département de la Vendée,
diocèse do Luçon, sexagénaire.
Porte, curé des Mollettes, département et diocèse de Cham-
berry.
Brvs, curé au département do Tarn, diocèse de Lavaur.
De Jumilhac, chanoine du chapitre noble de la cathédrale
de Toul.
— 104 —
Thevenei, chanoine de Lui?oaux, département de Saône et
Loire, diocèse do Saint-Claude.
Plombât, curé de Sulvuubac, dioeî^o de liodeis.
Jean Rayneau, religieux capucin, prêtre.
Al. Huysens, curé do Détrier, dioeèce de Cbambcrry.
Colloquin, vicaire du diocèso de Rhcima.
Trollé, de^ervant de Xancray, diocèse de Sens.
Tfiorel (ou Thorel), prêtre du diocèse de Rouen.
A la suite de cette liste écrite de lu main de Mgr l*le>8ia,
je trouve la note suivante :
" N. B. Ce dernier (M.Thorel) descendit de la frégate où
il était prisonnier et mourut à l'Jlôpiiai-Général où il fut
enterré. Ce fut avec beaucoup de |>cine que le coudjuteur
de Québec, Mgr Plessis, réusnl à avoir la permission du gou-
verneur do faire mettre à terre M. Tborel alors dangereu-
sement malade. Quant aux autres messieurs, la charité du
clergé et des fidèles de la ville de Québec leur fit prodiguer
tous les secours dont ils étaient capables pour rendre leur
captivité plus supportable."
On peut facilement se représenter leur déplorable condi-
tion : exilés de France, prisonniers de l'Angleterre, entassés
sur une frégate déjà encombrée, entourée do marins protec-
tants, ayant eu à souffrir do la faim et privés même de
vêtements convenable*, les voici enfin après une longue et
pénible traversée, arrivas dans un port ami où ils ont l'espoir
de débarquer pour se reposer de leurs fatigues et de leurs
privations. Mats non, cette consolation leur sera refusée, et
ilurant un mois, en face de cette ville catholique qui ne de-
manderait qu'à les recevoir et même à les garder, ils reste-
ront prisonniers sur le bateau et ne pourront descendre sur
la rive du repos et de la liberté. Du moins reçurent ils des
marques de la plus vive sympathie et les deux lettres sui-
vantes en sont la preuve éloquente, do même qu'elles mon-
trent quel effet produisait sur tous les étrangers l'imposante
Digitizec
— 105 —
et eympathiquo figure do monseigneur Plessis et aussi comme
le clergé ot le peuple d'alors savaient pratiquer la charité.
Disons qu'il en est do même aujourd'hui et que nos pères
sous ce rapport du moins n'auraieut pas à rougir de leurs
enfants. Voici ces deux lettres signés par tous les prêtres
français dont je vieua de parler; elles font autant d'honneur
à celui qui les a reçues qu'à ceux qui les ont écrites et elles
m'ont paru assez intéressantes pour mériter de figurer dans
les Recherches Historiques.
A Monseigneur le Coadjuteur de Québec,
A Québec.
Monseigneur,
Nous quittons la rude de Québec comblés de vos bienfaits ;
daignez agréer l'hommage pur et sincère de notre recon-
naissance : vêtus, nourri», secourus dans tous nos besoins
spirituels et temporels, votre conduite à notre égard nous
rappelle vivement celle des évêques de la primitive Eglise.
Crainte de porter atteinte à votre modestie, nous garderons
un silence profond sur tant de vertus dont l'éclat a fait sur
nous une impression durable ; nous no dirons rien de co dis-
cernement des esprits qui vous rend si judicieux à connaî-
tre les homines, de cette noble simplicité qui vous familiarise
à tous, sans qu'aucun manque au respect qu'on doit a votre
place et pius oncore à votre mérite personnel ; enfin de cette
charité offective, compatisMaute, qui vous gagne tous les
cœurs en les élovant à Dieu. Jouissez longtemps do ces
faveurs que vous avez reçues du ciel ; vous ne lo ferez jamais
que pour la gloire do Dieu et le~«*lut des âmes. Pour nous,
il nous restera le doux plaisir de publior vos vertus et vos
bienfaits partout où la Providence dirigera nos pas ; nous
osons y ajouter le regret sincère do nous voir éloigné d'un
prélat qui nous laisse tant à admirer en lui. Il faut au
reste, Monseigneur, que Dieu soit bien mécontent de nous,
puisqu'il n'a pas trouvé à propos de nous ménager los moyens
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♦
— 106 —
de demeurer auprès de voue et dans cette terre heureuse de
Gessen où lea vrais israélites jouissent de l'heureuse liberté
des enfants de Dieu, tandis qu'il nous faut revenir dans cette
malheureuse Egypte, notre patrie, frappée peut être encore
des ténèbres de l'erreur. Oh ! si jamais nous pouvions obte-
nir de Mgr l'évêque de Suint-Pol et du gouvernement anglais
l'agrément de revenir à Québec, nous volerions vers vous,
Monseigneur, comme vers un bon père, pour jouir du spec-
tacle touchant do vos exemples et de vos vertus. C'est dans
ces sentiments et avec ceux d'un profond respect que nous
avons l'honneur d être,
Monseigneur,
De Votre Grandeur
Les très humbles et très obéissants serviteurs,
Brus, Curé, Al. Huysenb, Curé,
Jean Paoneau, prêtre, Plombât, Pire. curé.
P. S. Nous osons vous prier de faire ngr.'er nos très hum-
bles remerciements à fous vos dignes coopérateurs et aux
dignes épouses de J. C. qui ont contribué à nous secourir,
ainsi qu'à tous les fidèles, sans oublier ceux que l'humanité
a rendus sont-iblcs a nos malheurs.
A bord do la frégate La Résistance, ce 21) octobre 1801.
A Monseigneur le Coadjuteur de Québec,
A Québec.
Monseigneur,
L'accueil gracieux qu'a bien voulu nous faire Votre Gran-
deur nous a pénétrés de la plus vive sensibilité et a adouci
les rigueurs inséparables de notre déportation ; il nous a
d'autant plus flattés quo nous le regardons comme un pré-
lude et un heureux présage de celui que noua espérons avoir
en France.
Nous avons été douloureusement affectés quand, après
notre capture, nous avons su que nous allions être conduite
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au Canada. Aujourd'hui noua regardons co voyage comme
un bienfait de la Providence qui nous y menait comme par
la main, pour notre instruction et notre édification. Un pré-
lat doué d'éminentes vertu», qui à une vraie modestie réunit
une noble et touchante simplicité, un père dont l'âme géné-
reuse et compatissante a été vivement émue à la vue de notre
misère et de nos souffrances, et qui par une tondre et vigi-
lante solicitude nous a prodigué audelàde nos souhaita tous
les secours qui nous étaient nécessaires ; un clergé édifiant
en qui nous avons trouvé des frères et des amis et des fidèles
imitateurs de leur respectable modèle ; enfin un peuple de
mœurs patriarcales ; tel est le spectacle ravissant qui noua
attendait en Canada, et que nous avons vu avec admiration.
Mais ce qui l'avait causée, Monseigneur, cette admiration,
va devenir le sujet de nos vils regrets. Nous aurions bien
désiré ne point nous séparer de Voire Grandeur, rixer notre
séjour dans votre diocèse, y respirer en paix, à l'ombre d'un
gouvernement pacifique et protecteur, et consacrer nos veil-
les et nos faibles talents à coopérer au salut d une partie du
troupeau confié à vos soins. Mais cela n'entre pas dans les
vues do Dieu ; nous ne sommes point assez purs, nous n'avons
point encore été assez éprouvés dans le creuset des tribula-
tions pour avoir l'honneur d'être agrégés de mœurs et de
vertus angéliques. Semblables aux israélites murmurateurs,
nous aurons parcouru des yeux, à loisir, les coteaux riants
et fertiles du Saint-Laurent ; nous aurons vu la terre d'a-
bondance, la terre désirée, mais il ne nous aura pas été do»-
né d'y poser les pieds. Terrain lacté et mclle tiucntem.
Nous partons, Monseigncur,couverts de vos bienfaita,nous
sommes pénétrés de la plus vive reconnaissance envers Votre
Grandeur ; nous en sentons toute l'étendue, mais les expres-
sions nous manquent pour la rendre.
Daignez agréer, Monseigneur, nos respectueux et sincères
adieux ; nous prions le Très-Iluut de vous conserver à ce
— 108 —
vast* diocèse poor son bonheur et son saint, soils les auspi-
ces d'une paix profonde, à l'abri des orages et des tempêtes
ré volution oai res.
Nous tous laissons à regret l'infortuné Thorel, mais nous
non» consolons sur son sort, le sachant en si bonnes mains ;
et le recommander à votre sollicitude serait déjà avoir oublié
combien vous êtes compatissant et généreux.
Nous avons l'honneur d'etre,
De Votre Grandeur,
Monseigneur,
Les très humbles, très obéissants
et très respectueux serviteurs,
Los prêtres français,
Ténèbre, De Jrxi l lac,
ThEVENET, CoLLOQUIN,
Tbollé, Porte.
A bord de La Résistance, 30 octobre 1801.
C'est en vain que j'ai cherché d'autres documents sur ce
touchant épisode. Que «ont devenus ces abbés ? Co qui est
certain, c'est qu'ils ne sont point revenus en Canada, et s'il!
ont écrit, leurs lettres n'ont pas été conservées.
Comme bien d'autres do leurs compatriotes, après avoir
séjourné quelque temps en Angleterre, ils seront retournés
dans leur patrie, emportant dans leur cœur le souvenir
impérissable de la charité britannique et de leur pénible
mais consolant voyage au Canada.
Mgr H. TÊTtr
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— 109
JEAN BISSOT DE VINCENNES
Voici quelques notes supplémentaires à celles déjà publiées
par notre ami Edmond Mallet, de Washington, sur ce voya-
geur et explorateur canadien, qui a, dit-on, donné son nom
à la capitale de l'indiaoa :
1068, — " Le vingt-unième du mois de janvier mil six
cent soixante- huit, a été baptisé par moy, henry de ber-
nières, curé de cette paroiœe, Jean-Eapt Byasot, fils de
François Byssot et de Marie Couillard, ea femme, né le dix-
neuf du même mois et bd. Le parai n a été M. Jean Talon,
intendant pour le roy en ce paù», et la marainc Guilleraotte-
Marie Hébert, femme de feu Guillaume Couillard, de cette
paroisse. H. de Bernières."
* *
1087.— Le 20 octobre 1687, Jean Bissot de Vincennes,
fils de défunt François His>sot et de Mario Couillard, présente
une requête au Conseil Souverain, représentant qu'ayant
atteint l'âge de vingt ans ou environ et étant sur le point de
passer en France pour un employ, il lui soit accordé des
lettres de bénéfice d'âge qui lui facilitent le maniement de
son bien. {Jugements et Délibérations, vol. III, p. 189).
***
1094,— Le 25 octobre 1694 (greffe de Cbambalon),Jean
Bissot, sieur de Vincennes, demeurant à Québec, vend à Louis
Marchand, aussi de Québec, tous les droits qu'il peut avoir
et prétendre en la seigneurie de Mingan, et la moitié franohe
d'une terre en la seignourio de Lauzon, voisino de Beaumont,
pour la somme de 2,500 livres. Cette terre lui avait été con-
cédée, conjointement avec son frère Charles, par son par-
rain, l'intendant Talon. Il signe alors comme suit :
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110 —
1709.— Le 10 juillet 1709 (greffe Le Pallieur), Jean- Bap-
tiste Bissot, sieur de Vinconncs, demeurant à Québec, est à
Montréal et vend pour une seconde fois sa part en la seigneu-
rie de Mingan, à François Brissonnet, marchand perruquier
de Montréal.
***
11116. — Extraits d'une lettre do Toussaint Loizel, trou-
vée dans le greffe du Comparet, notaire à Montréal :
" La portuite,"
" Mon cher frôre,
ii
Je ne puis avant quo de finir me dispenser do vous marquer
un mot au sujet de la guerre que l'on a fait sur les Chîska-
chan, où nous avons perdu 40 Français. M. D'Artaguette,
commandant du dit poste, a été tué avec sept aulti tiers
des troupes, quatre de milice, tous les personnes du famille
ont pars dan» ee malheureux coup. S'est une désolation mor-
telle dans nos pauvres Illinois de te voir privé de tant de
braves gens. Je finis mon cher frère en vous assurant que
personne n'est avec plus d'attachement et d'araittié,
Vostre chère frère,
TorssiN Loizel."
•< A Ste-Anno, le 13 avril 173(1."
« A l'égard des personnes qui ont péris dans cette malheu-
reuse guerre, sont Mrs. De S t Ange, fils, Coulonge, Levillié,
le jeune Duclaude, Vincenno, la Gravière avec M. Belcoue
et un autre de ses frères, et lo quatrième avec une épaule
cassée. M. de Tonty, D'Esgly et le vieux Lalonde et Antoine
Carrière, Louis Langlois, M. Dutilly, fils. Les autres sont
Français ou de Québec, nous ne les connaissons pas."
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1
— HI —
***
I74(ié — Le 24 janvier 1656, la fabrique de la paroisse de
Notre-Dame de Québec concede à François Bissot, sieur de
la Rivière, un banc de six pieds de largeur sur trois pieds et
demi de profondeur dans la dite église, pour en jouir par lui
et ses hoirs à perpétuité, moyennant cent livres une fois
payées et les droits ordinaires payables à la dite paroisse, à
chaque mutation. A l'origine, ce banc était au dessous des
balustres et sièges du lutrin ; en 1729, il se trouvait le
deuxième du rang du milieu, du côté de l'Evangile.
A la mort do Bissot, en 1678, Louia Jolliet, gendre de Bis-
sot, par rapport à sa femme Claire-Françoise Bissot, et aussi,
allègue t on, par rapport aux services rendus comme orga-
niste de la paroisse de Québec, eut la jouissance de ce bano
jusqu'à sou décès, en 1700 ; et ensuite sa femme, Claire Bis-
sot, aussi jusqu'à son décès en 1710.
Alors «uccètle à la femme de Jolliet comme occupant du
banc do Biwot, sa fillo Claire Jolliot, qui avait épousé Joseph
DeFleury, sieur de la G-orgcndièro, seignour D'Eschambault.
Le 13 mars 1720, la fabrique de Québec accorde régulière-
ment la jouissance du banc de Bissot au sieur do la Gorgen-
dière susdit.
fvo 8 avril 1729, François Bissot le fils, bourgeois de Qué-
bec, par le ministère de Jacques Delafontaine Belcour, son
gendre, met en cause la fabrique de Québec, pour se faire
mettre en jouissance du banc de son père, occupé par le sieur
de la Gorgendière, offrant de payer tous les frais de muta-
tion.
La fabrique répond n'avoir pu se dispenser de concéder
le banc en question, au f-ieur Lagorgendière, comme ayant
épousé Claire Jolliet, petite fille de Bissot ; ne s'étant alors
présenté d'autres personnes agissant comme héritiers du feu
sieur Bissot.
— 112 —
François Bissot, qui no prend jamais le litre " De Vincon-
nes," dans cette procédure réplique que s'il n'a pas réclamé
dans le temps la possession du banc de son père, c'est qu'il
ne venait en cette ville qu'une fois par année et qu'il n'a
point été appelé à la délibération faite par la fabriquo, par-
ce qu'il s'y serait opposé ; mais que cola ne lui a pas ôté le
droit qui lui est acquis par le titre de concession au dit défunt
sieur Bissot, son père. La fabriquo renvoie l'affaire devant
la Prévosté et le 3 mai suivant jugement fut rendu en fa-
veur de François BisBot, qui en a joui jusqu'à sa mort, ainsi
que sa femme aussi jusqu'à son décès, en 1745.
En 174G, s'élève encore uno autre contestation à propos de
la jouissance de ce banc. Nicolas Boisseau. Conseiller Secré-
taire du roi et greffier en chef du Conseil, en sa qualité d'é-
poux de Louise Bissot et de représentant de Marguerite
Forestier, veuve de Jean Bissot do Vincennes sa b -lie-mère,
réclame la possession du dit banc contre Jacques Do la Fon-
taine, conseiller, qui avait épousé Charlotte Bissot, tille et
héritière de François Bissot, le tils, qui avait continué do jouir
de ce banc, depuis la mort de sa belie mère.
Los héritiers de François BUsot, représentent entro autres
choses, que le sieur François Bissot, le tils, s'était mis en pos-
session du banc do son père, qu'on 1729, c'est-à-dire après la
mort de son frère aine, le sieur do Vinconnes, et quo s'il y
avait quoique droit d'aînesse sur cet objet, il n'appartenait
pas au sieur de Vinconnes, qui n'en avait jamais pris pos-
session ; d'ailleurs, l'épouse du Sieur Boisseau sait bien que
les souches qui auraient pu se disputer ce droit sont éteintes
et qu'elle no doit pas ignorer qu'elle a un frèro marié en face
d'église avec une illinoiseou miamiae qui a laissé dos enfants
mâles auxquels le droit d'aînesse appartiendrait de préfé-
rence à elle.
Le plaidoyer de Boisseau, représentant la veuve Bissot de
Vinconnes, ne so trouvait pas au dossier qui nous a passé par
— 113 —
les mains ; mais on peut voir par la réponse de la partie
ftdverao, que l'argument principal de son plaidoyer fut le
droit qu'avait Jean-Baptiste Bissotde Yincennes, comme fils
aîné, à succéder à son père, en la jouissance de son banc. On
voit qu'en réponse au plaidoyer de Delafontaine, Boisseau
déclara " qu'il est constant que le feu sieur du Yincennes,
fils, dont parle, le dit Delafontaino par son écrit, n'a laissé
aucun entant mille." Il fut enfin ordonné, que la veuve du
fuu sieur Jean Baptiste Bissot do Vineonnes, ainsi que les
sieurs Delafontaine et Boisseau, èsnoms, jouiraient en com-
mun de chacun un lier* du banc en question, ot qu'après le
décès de la dame vouvo Vineonnes, Boisseau et Delafontaine
en jouiraient tous deux par parts égales. A l'occasion de cette
procédure, jo vois la femme du feu Jean Bisaot do Vincen-
nes, signer son nom comme suit : Marguerite forrestier,
vouve Vencene."
*
si: *
De tout cela,il résulte que Jean- Baptiste Bisaot de Yincen-
nes, qui donua son nom à la capitale del' Indiana, eut pour
parrain le célèbre intendant Talon ; qu'en ltiST il était sur
son dépari pour la France et enfin qu'on 1GU4, il signait :
" Bissot Vensonne."
II paraît auesi clairement établi quo Jean Bissot do Yin-
cennes était déjà déeédé en 1 72U et par conséquent que ce fut
son fils qui lut brûlé par les chikaehas, en 173G : Que ce fils
était marié à une sauvagesae ; qu'il n'avait pas d'enfant mâle
et qu'il était lui-même décédé, en 1746, lors des dernières
contestations pour le banc de son ancêtre.
La lettre de Toussaint Loizel semblerait contredire les
écrivains qui ont parlé do cette fameuse bataille avec les
chiskachas, en 173G, quand ils pruteudent qu'elle eut liou en
mai, tandis qu'elle ne peutavoir eu liou qu'avant le 14 avril,
date 4 laquelle écrit Loizel, qui on fournit une description
assez détaillée pour ne pas s'y méprendre.
La signature reproduite de l'ouvrage de Daniel par Edmond
Mallet (Indiana Historical Society Publications, vol. Ill, no.
II) est certainement celle de Jean-Baptiste Bissot de Vin-
cennes et celle reproduite de " Kaskaskia and its Parish
Records " par Mason, est bien probablement celle de Fran-
yois BisM>t, son fils, né à Montréal en 1700.
Ce fameux " Morgan de Vincenne " qui a intrigué tant
de gtns. ne serait il \ as François Marie do Vincennes, fils de
Jean - Baptiste ? Il a pu signer " François Maryo de Vin-
tonne " d'une manière plus ou moins lisible et alors des per-
socines peu au fait de l'ancienne écriture française, auraient
fait avec cela " François Morgan de Vinscnne." Il n'y aurait
la rien de surprenant.
A cotte époque on écrivait souvent " Marye " au lieu de
" Marie " et, il y a certainement moyen de faire " Morgan "
avec " Maryo ", surtout t-i ce sont des Anglais qui déchif-
frent ces écritims des anciens voyageurs do ce temps.
FrançoU Marie de Vincennes a bL-n pu aussi signer son
nom de différentes manières quelquefois " François Vinscnne"
et d'autres fois " François Marye (1) de Vensennc " ; car
à ceito époque la chose arrivait souvent. La grande liberté"
quo l'on mo donnait en écrivant d'une manière générale, s'é-
tendait aussi aux nom» propres. On voyait journellement
des personnes d'une même famille, d'une môme maison,
écrire différemment un même nom de famille. On en a un
exemplo frappant dans la famille môme des Bissot. En effet,
François Bissot, sionr de la Rivière, père de Jean Baptiste,
signait " F. Byt-sot " quand tous ses enfants, môme de son
vivant, écrivaient " Bissot."
Puilbas Gaoxos
(i) Noms qu'il reçut au hapu-me.
RÉPONSES
Guillaume Couillard. (VI, II, 696.)-Guillaume
Couillard, le gendre do Louis Hébert, prit une large part à
rétablissement de la Nouvelle Franco. Comme Hébert, il
avait compris que l'agriculture est le seul moyen d'attacher
le colop au sol, en subvenant aux premières nécessités de la
vie.
Pendant que d'autres perdaient leur temps i faire la traite
avec les sauvages, Couillard développait les sources do riches-
se de sa terre par un travail habilement dirigé.
Il fut un des rares chefs do famille qui, lors do l'invasion
de* Kcrtk (1629), restèrent à Québec, attendant, pendant
trois longuos années, que la mère patrie vint les délivrer de
l'état d'eselavago où lu sort fatal des armes l'avait placé, lui
et sa jeune famille.
Honneur donc à Couillard, à Pivert, à Martin, à Desportes
qui, par leur persihtance à séjourner au Canada, quand il
n'y avait plus aucun lieu, aucun attrait pour les y attacher
sauvèrent de l'oubli la jeune colonio française.
Couillard est le père d'une nombreuse postérité. Moins
d'un f-ièele h près sa mort, le P. Leclercq faisait remarquer
qu'elle comptait plus do 250 membres, et que plus do 900
personnes étaient alliées à sa famille. Plusieurs de ses des-
cendants ont rendu des services signalés, tant dans la nou-
velle que duns l'ancioùue France. Un de ses petits His obtint
des lottros de noblosse pour lui et pour ses descendants.
Guillaume Couillard eut dix enfants de son mariage avec
Guillemette Hébert. Il fut inhumé le 4 mars 1663, dans
l'église de l'Hôtel Dieu.
X.-E. Dionne
Bord-à~PloHfte. (V, XII, 689.)-En 1801, François
Plouffe établit un bateau traversier entre les deux rives du
fleuvo, en société avec un nommé Deslauriers. Plouffe demeu-
— 116 —
rait sur la rive nord— d'où bord à Plouffe—et Dealauriers sur
la rive sud dans la paroisse de Saint -Laurent.
11 y a quelques années on tenta de changer le nom de
Bord-à-Plouffe en celui de Lemayville. Cet estai fut infruc-
tueux. P.-G. R
Les Iroquois de Caughnawaga, (VI, III, 706.)
— Outre les chrétiens iroquois des divers cantons qui se
sont fixés à Caughnawaga à différentes époques, la popula-
tion de ce village s'est accrue d'un certain nombre de prison-
niers de guerre faits, eoit dans de? expéditions particulières
des Iroquois do Caughnawaga contre des tribus sauvages,
toiles que les Renards en 1728, les Cbicachias en 1739, soit
dans des expéditions auxquelles les gouvorneurs français les
conviaient, telle que celle de Deerfield on 1704. Les vieux
registres de la mission de Caughnawaga mentionnent plu-
sieurs baptCmcH de sauvages étrangers, avec la note " pris à
la guerre " et de blancs étrangers, baptisés sous condition,
avec la note" autrefois baptisé parles anglais." Dans le
dernier cas, malheureusement, les noms de famille de ces
blancs ét rangers ne Font pas donnés. Cependant, je suis par-
venu à trouver avec certitude plusieurs de ces noms de fa-
mille, par l'étude comparée des registres et de tout ce que
j'ai pu recueillir de traditions de famille. C'ett à l'introduc-
tion du sang blanc de captifs de la Nouvel te- Angleterre que
les Iroquois de Caughnawaga doivent plusieurs des noms
anglais qu'ils se donnent, comme les noms do Tarbell, Rice,
Williams, Jacobs, Hill, Stacey, McGregor, etc.
Tous ces captifs, sauvages et blancs, subissaient l'influence
du milieu où ils étaient, quant à la nligion, la langue et les
coutumes : ils devenaient catholiques et iroquois, et mis à
même do retourner dans leur famille, lorsque leurs parents
voulaient les réclamer, la plupart continuèrent le genre de
vie auquel ils s'étaient habitués plutôt que de suivre leurs
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parents ; la foi catholique qu'il avaientembrassée n'était pas
non plus la moindre des raisons qui les tenaient fixés au eol
de Gaughnawaga. D'ailleurs ces étrangers une fois adop-
tés étaient considérés comme faisant vraiment partie do la
tribu, ils étaient traités avec égard, le plus souvent ils fai-
saient partie do familles de chefs, et plusieurs d'entre eux
furent clus comme chefs par la bande.
Aujourd'hui, à cause de ces mélanges, il n'y a pas une
seule famille purement iroquoise à Caughnawaga, bien que
chez presque toutes on ne parle guère qu'iroquois ; il n'y a
qu'une couple d'individus qui so réclament iroquois sans mé-
lange de sang blanc.
L'abbé G. Forbes
I^e comte tie Cauthuourt. (VI, II, 695.)-^Sur la
route de Nicolet à la Baie du Fcbvre, à mi-chemin entre
monsieur Raimbault et monsieur Fournier, était venu s'a-
battre, vers 1810, un personnage mystérieux.
Ayant fait l'acquisition d une forme, il y bâtit une maison
qui n'avait do particulier que les divisions intérieures.
Son voisin, Louis Beaulac, riche cultivateur, fameux gars
de six pieds, et qui avait servi dans les milices do 1812, a eu
l'avantage de connaître et de fréquenter habituellement ce
personnage, et d'admirer la science militaire de 41 monsieur
le comte."
A son dire, "monsieur le comte" avait toute une chambre
remplie de cartos militaires et d'armes de toutes espèces et
d'une grande valeur.
A ses heures, " monsieur le comto " déployait pes cartes
sous les grands ormes, près de sa maison, et là, à quatre pat-
tes sur ses plans, il suivait et traçait des lignes, causant, dis-
cutant et interpelant, tout haut, il s'animait comme au mi-
lieu de contradicteurs probablement des ombres de
Waterloo.
— 118 —
Sa maison était le rendez-vous de messieurs les curés d'Ya-
maska, la Bai», Nicolet, St Grégoire, Trois-Rivières, etc.,
régions que l'on nommait alors " la petite France," à cause
de ces messieurs qui étaient dos prêtres émigrés do la
France.
Un beau matin, dit Beaulac, la maison fut trouvée vido :
monsieur le comte était parti armes et bagages, sans tam-
bour ni trompette.
A cette époque, le vent politique était à la tempête, et le
comte Dalhou»io débarquait sur nos borde comme gouver-
neur de la province.
Cette arrivée et ce départ subits n'évoqucnt-ils pas les
démêlées do ces deux personnages dans la politique et les
guerres de l'empire ?
Beaulac n'a jamais connu son singulier voi.-in eous un autre
nom que celui de " monsieur le comte."
Mais, me dit-il un jour, vous pouvez trouver ton nom au
presbytère, car il a tait baptiser là un enfant.
En etiVt, j'ai trouvé te nom", et voici cet net© tel que cou-
ché au registre de la Baie du Febvre :
" Le tivntc et uu mars mil huit cent dix-huit, fait par nous
prêtre soussigné, a été baptisé Charles-François-Joseph, né
de ce jour du légitime mariage de monsieur François- Benoit-
Auguste, comte d'Ancourt, el do dame Adélaïde Antoinettc-
Augustino. comtesse de Galifait. Le parrain a été Louis
Lefebvro dit Beaulac, et la marraine Monique Kobidas,
épouse du parrain. Le père a signé avec nous, le parrain
et la marraine ont déclaré ne le savoir.
Le comte d'Ancourt
FoiTKMER, Ptre."
Est-ce le comte do Caulincourt ?
L.-M. Blondis
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— 119 —
L'encktvaye au Canada. (I, VII, 60).— Quelqi
notes sur les esclaves du baron de Longueuil, glanées dans
l'histoire de Longueuil et de la famillo de Longueuil :
Esclaves du premier baron. — Charles LeMoyne possédait
un couple d'esclaves, un nègre du nom de Charles et sa
femme, nommée Elizabeth ou Charlotte Tibé. De ce mariage
naquirent cinq enfants, dont qnatro furent baptisés à Lon-
gueuil : un garçon appelé François, baptisé le 2 août 1723
et inhumé à I<ongueuil, le 6 févrior 1730 ; uno fille, Marie-
Elizabeth, baptise le 2 août 1724 et mariée en 17G3, a Jac-
ques César, nègre du sieur Ignace Gamelin ; une autre fille,
Marie-Charlotte, baptisée le 10 mai 1726 ; enfin, un garçon,
Joseph, baptisé le 7 mars 1728. On voit par l'acte do par-
tage plus loin cité quo ces esclaves eurent un autro enfant
du nom de Charles, mais son acte do naissance ne se trouve
pjint dans les archives de Longueuil.
Lear partage. — Clause de l'acte de partage des ustensiles
et meubles de Charles LeMoyno,barondc Longueuil (18 juin
1729. Adhémar, notaire), entre s.-s fils :
" Les dites parties ont partagé ensemble sopt nègres, y
compris le père et la mère, auquel partage est eschu à mon
d. sieur le baron do Longuouil, un garçon nommé François,
une petite fille nommée Mari ', et à mon d. sieur chevalier
de Longueuil, un petit garçon nommé Charles et uno petite
fille nommée Charlotte, ensorablo le père et la mère et un
enfant à la mamel nommé Joseph, et pour rendre mon dit
sieur de Longueuil égal,le dit sieur chevalier do Longueuil a
cédé une panyse nommée Marie-Joseph, et un pany nommé
Gabriel, au dit baron de Longuouil, du partage les dites
parties ont dit ôtro contentes."
Les auteurs de l'histoire de la fami'lo de Longuouil ajou-
tent que tous ces esclaves n'étaient point attachés aux tra-
vaux dos champs et que leurs devoirs consistaient en soins
domestiques.
4
izedt
— 120 —
Mariages it esclaves. — Le 5 janvier 1 763, Marie, esclave de
la secondo baronuede Longueuil, est mariée à Jacques César,
esclave de M. Gatnelin. Voici les actes de mariage et de
Consentement :
Acte de mariage : —
" L'an de N. S. mil sept cent soixante et trois et le cinq
janvier, vu un écrit de la main de M. Ignace Gatnelin et
signé de lui, par lequel il permet à Jacques César, sun nègre,
de se marier avec Mario, négresse de madame la baronne
douairière de Longuouil, en date du vingt un janvier mil
sept cent soixante et un, et ce, en considération dee services
que ie dit César a rendus au dit sieur Gamelin depuis plus
de trente ans, vu aussi la permission de madame la baronne
douairière de Longuouil, qui permet à la diie Mûrie, sa né-
gresse, de se marier au dit Cesar aux mdmes conditions et
en considération des services que la ditto Marie lui a rendus
et toutte la famille de feu M. le barou de Longueuil, depuis
qu'elle a été on âge de rendre service.
" Je, soussigné, avec la permission de M. Isambert, prêtre,
curé de Longuouil, ai reçu leur mutuel consentement par
parole do présent et leur ai donné la bénédiction nuptiale,en
présence, du côté do l'époux, du dit sieur Gamelin, du sieur
Christopbe Gamelin Lagomeraye, du côté de 1 épouse, de
madame Mai ie Catherine Dcschambault, baronne douairière
de Longueuil, de M. Joseph Flcury Descbambault, agent de
la compagnie, soussigné.
Deschambailt, Longueuil,
" Ignack Gamelin, J. Isambekt, Pire, C. L.
. " Ignace Gamelin, Ptre."
Actes de consentement : —
" Jo, soussigné, consent et permet à Jacques César, mon
nègre, d'épouser Mario, négresse de madame de Longueuil,
à la charge par madame de Longueuil de mettre en liberté
et hors d'esclavage sa susdite négresse, comme je la donne à
Dig
César, sans qu'il puisse prétendre ni ontendro quo je lui donno
sa liberté à d'autres concilions, ni pour autre mariage ; fait
en double à Montréal, co vingt-un janvier mil s^pteent
soixante et un." lus ace Gamemn
" Je, soussigné, permet à Marie, ma n'gresee, qui, depuis
trois ans, me sollicite de lui accorder la permis* ion d'épouser
César, nègre de M. (iaraelin, à qui il donne t>a liberté eous
ces conditions, constns au prétendu mariage, lui accordant
pareillement ea liberté, ainti que M. Gamelin le fait au dit
César, aux clauses cependant qu'ils resterons à mon service
l'espace de trois ans, en leur payant deux cents livres par
chaque année, leur promettant d'augmenter les dits gages,
s'ils le méritent ; à Montréal, le 26 janvier mil sept cent
soixante et trois.
" Debchambault,
" LoNQUEUIL, NÉE DeSCH AMBAULT.
" Collationné aux registres par moi, soussigné, ce six
février 1763.
J. Isambkrt, Ftre,
Curé de Longueuil."
Il y avait donc deux ans que M. Gamelin avait consenti
à ce mariage que madame la baronne de Longueuil retardait,
en refusant son consentement.
Il doit y avoir une erreur de copiste dans l'acte de mariage
daté du 5 janvier 1763. Le consentement de madame la
baronne, daté du 26 janvier 1763, serait postérieur au
mariage. Le fait que M. Isambert collationné les actes de
consentement le 6 février me porte à croire que ce mariage
doit avoir eu lieu la veille, le 5 février et non le 5 janvier.
MatthieuA. Bernard
Le capitaine Baptiste. (Ill, VII, 338.)— l>ans le
premier numéro du volume Y. des Recherches Historiques,
j'ai donné quelques notes sur le capitaine Baptiste, que je
puis, je ne dirai pas compléter, mais augmenter.
— 122 —
J'avais mentionné un Baptiste trouvé dans lo Dictionnaire
de Mgr Tanguay, mais je me suis assuré depuis que cet
homme n'est pas le même que le fameux corsaire acadien.
M. Rameau, à la page 217 de sa Colonie Féodale, dit
au sujet du capitaine : " Lo commerce de Boston etdoscokr
nies voisines éprouva de tels préjudices aux mains de ces
oorsaires qu'on y organisa en 1696 une expédition maritime
pour leur onlover leur port de refuge, eu détruisant le fort
de Villebon. Le commandement fut donné au colonel
Church, qui arriva le 18 octobre, 1096, devant Jenisck et y
débarqua, environ hix cents hommes.
Mais Yillebon veillait et rveut très chaudement l'attuqno
des Anglais, qui durent rembarquer le 20 octobre, ayant eu
huit tués et dix-sept blessés, dont cinq officiers. Cette défen-
se avait été secondée pur le capitaine Baptiste, ero bosse sous
le canon de Jemsek, lequel, aussitôt l'ennemi parti, alla à
Port Royal, afin de renouveler les approvisionnements du
fort.
" Baptiste était le plus redoutable des corsaires que Ville-
bon avait attiré à .Jemsek. dans la rivière Saint-Jean. Le
véritable nom de Baptiste était Pierre Maisonnat, natif de
Bergerac. Il finit par se fixer à Boaubassin, où il vivait en-
core en 1704."
Jo dois à l'obligeance demon ami M. P. Caudet les notei
suivantes. Comme chacun le sait (J'entends les historiens
contemporains qui s'occupent do l'histoire de l'Acadie) —
M. Gaudet est un savant historien du pays chanté par Long-
fellow.
Le 1 9 octobre, 17»:i, mourut à, Port Royal, madame J udith
Baptiste, née Soubiran, épouse du sieur capitaine Baptiste.
Son corps fut inhumé dans le cimetière de la paroisso Saint-
Jean Baptiste.
Lo 22 octobre 1704, à Port Royal, eut lieu le mariage de
Christophe Cahouët, " fils de Christophe Cahouct ot de
demoiselle Anne Masure", do la paroisnede Saint Michel, bour-
geois do la ville d'Orléans." a damoiselle Mario- Anno Mai-
sonnat, " ti le du sieur Pierre Maisonnat et de feuo Judith
Soubiran, do la paroUse do Suint Jacques, do la ville do
Bergerac, diocèro de Périgueux," avec lo consentement de
M. de Falaiso, major de la province do l'Acadio, curateur
de la dite mineure.
Le 24 juillet 1.705, Anne Judith Maisonnat, fommo du
siour Cahonët est marraine à Anno Judith Comoau. {La
marraine n'a pas s:gné).
Ceci e*t à Port lîoyal. A la même place, le 27 janvier sui-
vant, Anne Maisonnat, femme du Sieur Cahouët, est cette
fois marraine à Magdelaino Samson, et signe : Anne Bap-
tiste.
Enfin nous avons : " a Port Royal, .le 12 janvier, 1707, le
mariage du sieur Pierre Maisonnat, habitant de Port Royal,
fils do Ilélie Maisonnat et de Jeanne Ségure," à Marguerite
Bourgeois, veuve, t; fille do Jacques Bourgoois et de Joanno
Trahan." L'époux a signé : Pierre Maisonnat.
Marguerite Bourgeois naquit à Port Royal en 1057. Elle
s'était mariée 1° à Jean Boudrot ; 2° à Manuol Mirande.et
3' à Pierre Maisonnat, mieux connu sous le nom de capi-
taine Baptiste.
Le reeeneementdu 28 août 1714, nous apprend qu'à date :
" le sieur Maisonnat et Marguerite Bourgeois avec leurs
enfants : Louis, Alexis, Judith, Marie et Marianne, étaient
établis a Beaubassin." Evidemment ces enfants sont issus do
Manuel Mirando et do Marguerite Bourgeois.
Iîéois Roy
Dollard et nés compati noua. (Ill, VI, 330.)-On a
écrit tant do choses plus ou moins inexactes au sujet de leur
fait d'armcs,qu'il est temps de reproduire l'extrait mortuaire
de ces bravos. Il établit que le combat eut lieu au pied du
Long Saut, vers le 25 mai 1660, entre 800 Iroquois et 1 7
— 124 —
Français de Montréal, accompagnes de 4 Algonquins et d'en-
viron 40 Hurons. Treize Français furent tués sur la place
et quatre faits prisonniers, en sus des sauvages allies, tant
tués que prisonniers, dont le nombre n'est pas donné.
" Le 3éme de juin 1660.
*« Nous avons reçu nouvelles par un huron qui s'estoit
sauvé d'entre les mainB des Iroquois qui l'avoient pris prison-
nier au combat qui s'estoit fait 8 jours auparavant entre les
Iroquois, qui estoicnt au nombre de huit cent, et dix sept
François de cette habitation et quatre Algonkins et environ
quarante llurons au pied du Long Saut, que treize de nos
François avoient esté lues sur la place et quatre emmenés
prisonniers, lesquels dits depuis nous avons appris par quatre
Hurons qui se sont sauvés, avoir été cruellement bruslés par
les Iroquois en leur pays. Or, les noms des François morts
estaient :
Adam Daulat, commandant, âgé de 24 ans.
Jacques Brasier, 29 ans.
Jean Tavernier dit La Kochctière, armurier, 28 ans.
Nicolas Tillemont, serturier, 29 ans.
Laurent Hébert dit la Rivière, 27 ans.
Alouïs do l'Estre, chaufournier, 31 ans.
Nicolas Gosselin, 29 ans.
Robert Jurée, 24 ans. Nous avons appris qu'il s'est sauvé
par les Hollandais et retourné en France.
Jacques Boisseau, 23 ans.
Louys Martin, 21 ans.
Christophe Augier dit des Jardins, 26 ans.
Eetienne Robin dit des Forges, 27 ans.
Jean Valet, 27 ans.
René Doussin, 30 ans.
Jean Le Compte, 26 ans.
Simon Guenet, 29 ans.
François Crusson dit Piloté, 24 ans." D. G.
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La chute Niagara. (IV, IV, 444.)— L'aspect de
cette merveille do la nalure.ce tonnerre inouï, cette colonne
d'eau du déluge, n'impressionne pas toujours les visiteurs,
au premier coup d'oeil. Les proportions nous échappent
devant une. telle masse liquide, de même que la basilique de
Saint-Pierre de Homo désappointe celui qui la regarde tout
d'abord sans prendre un terme de comparaison ou sans faire
de calcul.
Par conséquent, si vous voulez voir la chute de Niagara
pour la première fois... il faut l'avoir déjà vue !
lu s Français qui, de 1640 à 1647, se eont trouvés en pré-
sence du phénomène n'ont pas daigné en faire mention dans
leurs écrits. Il est vrai que de leur temps personne ne
•'avisait do penser aux forêts, aux montagnes et aux fleu-
ves, pas pius que l'on nu faisait cas des oiseaux, de* fleurs
ou des papillons, et l'on eut pris pour de l'extravagance un
propos roulant sur la lune, le» étoiles et les aurores boréa-
les. La littérature du grand siècle est singulièrement dépour-
vue des ressources que nous offrent les attraits de la végé-
tation de la vio animale, de môme que lespoctacle du firma-
ment.
Les fleurs et les oiseaux ont été découverts par Bernar-
din de Saint- Pierre, à l île Maurice, dans le Grand Ooéan, il
y a un peu plus d'un siècle. Vers la même date Chateau-
briand s'apercevait de leur existence en visitant l'Amérique.
Les bêtes et les plantes, ces chefs d œuvres du Créateur
n'ont pas été remarquées par l'homme durant six mille
ans.
C'est à peine si Racine n'est décidé à dire : Le flot qui
l'apporta recule épouvanté.
Corneille a mis toutes ses étudos de la nature dans : Cette
obscure clarté qui tombe des étoiles.
Tous deux eussent considéré comme une chute pitoyable
la moindre mention d'une cascade autre que celles de Tivoli.
— 126 —
Durant plus dun nèclo, I03 Mille Iles ont été traversées
par des hommes instruits mais indifférents aux beautés
qu'elles présentent.
Cartier n'a pas observé les colorations des forêts cana-
diennes en octobre, pourtant il les a vues au nioins.durant
deux automnes.
Champlain parlera de la Chaudière, parceque elle inter-
rompt la navigation et ausei à cause de la cérémonie prati-
quée en cet endroit par les Sauvages pour s'attirer les
bonnes grâces du manitou de l'abîme.
La première mention du Niagara est écrite par Champlain
en 1603 sur la narration d'un sauvage qui se contente de
dire que le lac (Erié) se décharge dans une autre grande
chute où l'on fait portage.
Le Père Louis Hennepin, récollet, qui la vit en 1678,passe
pour avoir été le premier Européen favorisé de ce specta-
cle ; cependant plus de cent Français y étaient allés avant
lui, mais bans en parler, comme le voulait l'esprit du temps.
Une carte publiée à Paris en 1657 par Sanson montre la
cataracte et lui donne le nom de Ongiara.
Hennepin a décrit avec admiration cette prodigieuse des-
cente des eaux et, comme le brave Père ne manquait pas
d'enthouhiasmo, il tient la plume avec l'ardeur de notre école
descriptive actuelle. Il est verbeux, exubérant, s'exprime
par images et fait des comparaisons qui grandissent, s'élon-
gent, s'étirent, enflent son sujet.
Il finit par déclarer qu'on entend mugir ce monstre à quin-
ze lieues lorsque le vent souffle du sud. Quant à la hauteur
il va bravement au chiffre de six cents pieds.
Hennepin dit ailleurs que les bons canots d'écorco font
cinquante lieues par jour !
Cavelierde la Salle, qui connaissait la localité depuis 1669,
écrivait vingt ans plus tard, en y repassant, que l'eau torn-
— 127 —
•
bait de plue do cent vingt toises, par conséquent au delà de
sept cents pieJs. Enfoncé Hennopin.
La chute mesure cent soixante et sept pieds du côté amé-
ricain et cent cinquante huit du côté du Canada.
D'une rive à l'antre, elle donne quatre mille et soixante
dix pieds parce qu'elle forme une courbe très forte appelée
le Fer à Cheval. Elle débite quinze millions de pieds eubrs
d'eau par minute.
Le fond de la rivière, au-dessus de 'a chute, en arrivant
au précipice, est beaucoup plus creux du côté canadien,
aubsi les neuf dixièmes du courant so portent vers le Fer à
Cheval.
J'ai vu un homme qui avait vu la chute à sec, ou si vous
aimez mieux ne coulant plus. Il me conta le fait en 1865,
disant que cola remontait à 1820, à peu près. Un vent qui
dura deux jours refoulait le courant vers le lac Erié, si bien
qu'il ne restait plus qu'une mince couche d'eau dans l'es-
pace des douze ou treize milles immédiatement au-dessus de
la chute ; l'eau avait beaucoup baissé également dans les
dix autres milles qui s' étendent jusqu'au lac Erié. De ce lac
a la chute il y a vingt-deux milles.
Lorsque le vent tomba, le flot revint d'une allure effra-
yante, à la façon de la mer Rouge engloutissant l'armée
de Pharaon.
Nulle part, daus les doux Amériques on ne rencontre
autant de nouveaux mariés faisant leur voyage de noces et
rien n'est plus facile que de les reconnaître, parce que ces
jeunes couples ne sont jamais comme les autres. Après en
avoir passé une centaine & l'inspection, jo résume le " Nia-
gara de mes pensée* " sur ce sujet ou disant :
•« Se marier, voir Niagara, et vivre très vieux, sans rhu-
matisme ! "
Benjamin Sclte
L
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— 128 —
QUESTIONS
708. — D'où est venu à l'A<adie, comté do Saint- Jean, le
surnom de Blairfindie ? S. A. M.
709. — La ville de Durban, dans le sud de l'Afrique, dont
il est que stion duns les journaux depuis le commencement de
la guerre entre l'Angleterre et le Transvaal, n'a t elle pas
été nommée ainsi en 1 honneur du général Durban qui fut
commandant des forces à Québec, au eommencemont du
siècle ? Il me semble qu'en partant de Québec, Durban fut
envoyé en Afrique. Sold.
710. — Qui pourra nous donner les noms des juges qui ont
eiégéàlaCour Supérieure du district des Trois-Rivières depuis
la cession du Canada ? T. R.
711. — Parlant de la cathédrale de Québec, Garneau dit
que : " Il fut question de créer une grande loterie de dix
mille billets d'une valeur totale de vingt mille livres sterling,
pour rebâtir la cathédrale, incendiée durant le siège. Afin
d'intéresser dans cette entreprise les lords de la trésorerie!
l'archevêque de Cantorbery, l'évêque de Londres et la So-
ciété biblique, on leur envoya un projet qui annonçait assez
clairement le dessein de s'emparer des biens religieux des
Canadiens."
M. l'abbé Casgrain, cité par M. P.-A. de Gaspé, dit,de eon
côté, que la cathédrale fut reconstruite pendant les années
1768-69-70-71, et que l'inauguration de cette église eut lieu
le 14 avril 1771.
D'après cette dernière note, il paraîtrait que le projet du
Conseil exécutif de la province de s'emparer de la cathédrale
afin de la faire servir au culte protestant, tel qu'énoncé par
Garneau, ne fut pas mis à exécution.
Connaît-on les motifs qui firent reculer le gouvernement
et l'empêchèrent de consommer cette iniquité ?
F.-J. A.
BULLETIN
? DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 6 MAI 1900 No. 6
SAINT-PHILIPPE ET SAINT-JACQUES
DE S AI NT- V ALLIER
Le 29 octobre 1672, Talon concédait à O. Morel de la Du-
rantaye,une étendue de terre à prendre sur le fleuve Saint-
Laurent *' d'un co«té à un demi arpent au delàdusault qui
ostsur la terre du bieur des Islets (Beaumont), et de l'autre
le canal Bellecha*8e.1'
Le 1er mai 1693, Morel de la Duruntaye obtint une nou-
velle concession. Son dorauine se trouva borné d'un côté à
Beaumont et de l'autre à Bertbiur.
Mgr de Saint-Vallier acheta, pour la somme de 30000
livres, de L.-J. Morel de la Durautaye, la moitié du fief con-
cédé à son père. C'e*l à cette époque que ce domaine, donné
à l'Hôpital-Général do Québec, prit le nom de Saint ValKer.
Ver» 1713, la première chapelle do Saint-Vallier, petite
construction en bois fut élevée an milieu de la terre qui sépare
Saint-Michel de Saint Vallier. Elle tervit pendant quelques
années pour tous les habitants établis entre Beaumont et
Berthier.
Le 3 mai 1722, Saint-Vallier fut érigée en paroisse sons le
patronage de Saint Philippe et de Saint-Jacques.
C'est vers la fin du dix-huitième siècle que l'église actuelle
do Saint-Vallier fut «-onhtruite.
Les curé» de Saint-Vallier ont été MM. Michel Clau le Pou-
lin de Courval, 1713 ; Joseph Voyer (desservant), 1716;
Pierre Leclair, 1722 ; Thomas Blondeau, 1762 ; Charles
GaraultSaint-Onge,1770 ; Jean Marie Vézina,1794 ; Urbain
Orfroy, 1819 ; Jean-Baptiste Perras (desservant), 1846 ;
François Morin, 1847 ; Prisque Gariépy, 1848 ; Narcisse
Beaubien, 1849 ; Louis Antoine Proulx, 1854 ; J.-A. Hain-
ville, 1854 1899 ; Arthur Gouin, curé actuel.
P. G. II.
— 132 —
<
L'INVASION DE 1775-70 A
M. P.-A. Porlier était né à Montrai, le 19 mai 1725. A
vingt-trois ans il recevait l'onction sacerdotal© ; c'était en
juin 1748. L'année suivante, il arrivait à Sainte Anne do La
Pocatière comme curé.
Ce jeune prêtre était bien doué sous tou* Un rapporta. Sa
correspondance avec l'évêque dénote un grand ziMo pour le
bien des Ames ; le laisser-aller qui y règne prouve qu'il
était sur un bon pied d'amitié avec Its autorités ecclésias-
tiques de son temps. Mgr Briand.entre autre*, semblait jouir
de son entière contiance,car il le consultait souvent, s'en rap-
portant surtout à lui, qu'il fût grand vicaire ou évêquo, »oit
pour élucider des points de morale théologique, soit pour la
gouverne de sa paroisse dans des circonstance*» difficiles. Il
en rencontra mémo do pénibles, lors de la guerre des Etats-
Unis contre le Canada, en 1775 et 1776, guerre dont le con-
tre-coup se fit sentir jusque datw nos campagnes du bas du
fleuvo.
M. Porlier joua un certain rôle au milieu des siens. lia
laissé le récit de ces événements dans un mémoire que l'on
retrouve dans les archives de l'archevêché de Québec.
Pour l'intelligence plus complète de la question, qu'il suf-
fise de rappeler qu'après la déroute de Montgomery et d'Ar-
nold, les Yankees ne ee tinrent pus pour battuB, et dans leur
plan de revanche ils se fortifièrent à Saint- Roch,sur les buttes
à Nepveu et à Levis. Wooster, leur général, s'efforça d'en-
régimenter des Canadiens français et il réussit dans une cer-
taine mosure à convaincre plusieurs habitants des campa-
gnes de la rive sud qu'il y allait de leur intérêt d'épouser la
cause américaine. M. de Beaujeu, seigneur de l'Ile-aux-Grues
et capitaine de milice, se mit eu frais de vouloir déloger l'en-
nemi, et dans ce dessein il fit une levée do troupes des roya-
listes dans ces mêmes campagnes de Saint-Thomas jusqu'à la
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— 133 —
Eivière du-Loup. Il recruta ainsi 350 soldats. Mairies Amé-
ricaine, avertia de ce qui se tramait contre eux, n'attendi-
rent qu'on vint les attaquer à Levis ; ils coururent au
devant de l'avant garde de M. de Beaujeu, composée de soi-
xante hommes. La rencontre eut litu à Saint-Thomas. Cette
poignée de Canadiens fut mise en pleiue déroute par les Bos-
tonais, beaucoup plus nombreux et mieux armés. Cinq sol-
dats canadiens fuient tués et dix blessés, et parmi ses der-
niers se trouvait l'aumônier, M. Bailly. On dit que dans cet te
rencontre des enfants combattirent contre leur père, des
frères contre leurs frères. M. Porlier ne put rcussir à
empêcher quelques uns de ses paroissiens de prendre fait
et cause pou ries Yankees.
Son Mémoire est quelque peu diffus.' Il en ressort que les
Bostonais avaient envoyé des émisaires à Sainte- Anne de la
Focatière et dans le voisinage pour y faire des enrôlements
d'hommes et des achats do provi>ions. Il arriva un jour à
Sainte- Anne un nommé Pierre Aiot ou Hayot, porteur de
proclamations à l'effet de séduire les gens. Un habitant des
plus aisés, du nom de Germain Dionne, et son gendre Clé-
ment Gosselin, se mirent à la disposition du traître Hayot et
ils réussirent a enrôler, malgré le curé, un certain nombre
de imurts de faim. Il y eut à ce propos plusieurs réunions de
rebelles à la couronne britannique. Ce mouvement déloyal
fut bientôt réprimé, et M. de Beaujeu recruta i Sainte- Anne
même plusieurs soldats' qui devaient l'aider a chasser les
Américains.
M. Porlier se montra dans cette circonstance à la hauteur
de sa position, et l'on constate qu'il jouissait de la confiance
du lieutenant gouverneur Carleton et de M. H. Cramahé,
ancien administrateur de la Province.
M. Porlier quitta Sainte-Anne en 1778. Il obtint la cure
de Saint- Ours oit il mourut en 1900.
N.-E. Dionne
— 134 —
Mémoire d'obeervations sur la conduite des habitants des
deux paroisses Sainte- An ne et Saint» Koch au sujet de
l'invasion des Bostonois rebels etde l'exécution desordres
de Son excellence Mon», de Carleten Pour les repous-
ser de la Pointe Lévy sous les ordres de M. de Beau-
Son Excellence Monsr. de Carleton (l) me dit à la fin
d 'aoust de Tanné dernière qu'il plaignoit plus l'habitant cana-
dien qu'il ne le eondamnoit, parce qu'il avoit connoissance
que c'étaient les marchands des villes quiles séduisaient ; cela
me donna lieu, de retour chez moi, d'observer ce que disaient
les Uaboteurs (sic) de nos cantons. Je n'ai qu'un trait pour
faire voir que Son Excellence ne se trorapoit point.
Comme j'étais à sermonner un jeune homme nommé Benoit
Déchaîne, comendé en Vertu des ordres qu'avait apporté
Mr Dunier (et puisqu'il a été chefdu party bostonois depuis),
un habitant dit pour le détourner de suivre mes avis : Va
demander à un tel qui vient de Québec, tu connoîtras s'il
l'ait bon pour toy de marcher. Ce tel avait des lettres du
congrès qu'il lisoit dans son canton.
J'espèroH quo l'éloignemcnt nous garanti roit de la séduc-
tion, nous estions assez tranquils, occupés les cap nés Lau-
sier (2) et Duchouquet, etc, & attendre des ordres du gou-
vernement pour agir suivant que M. Cramahé (3) en avait
prévenu ces deux Me rieurs lorsque les renvoyant dans l'ar-
rière saison il leur dit qu'ils seroient avertis à temsdes mou-
vements qu'ils auraient à faire.
(1) Sir Guy Carleton en 1775, lieutenant-gouverneur et commandant
en chef île l'armée.
(2) Augustin Roy-Lausicr, mort le 12 avril 1 790 âgé de 88 ans et sept
(3) Hector Cramahé avait administré la province de 177031774, en
l'absence de sir Guy Carleton.
jeu.
mois.
Cependant arrive du camp Bostonois Pierre Aiot chargé
do proclumationb de Mr Wooeter ; (1) elles portaient peino
de mort ou d'exil contre ceux qui nuiroient même de paroles
au congrès. J'étois chez la Sr Lausier ; il voulut les lui faire
prendre. Il y eut de l'altercation, je coupai court en disant
à Aiot que cela (2) no regardent point Lausier fils lieutenant,
l'adresse étant au capitaine ; il s'en fut, mais il se donna
de garde d'arrêter chez Lauzier père capitaine. Il fut droit
chez Germain Dion ne qui le lendemain fit com mender toute
la paroisse pour se reudre chez lui, j'étois à un malade ce
jour là, on m'y demanda s'il fallait uller chez Germain Dion-
ne ; — non, dis je, il n'est pas capitaine, c'est une assemblée
illicite pour nous séduire, restez chez vous, quand le capi-
taine vous l'ordonnera, vous irez chez lui.— Quelques uns
m' écoulèrent, d'autres méprisèrent mon avis.
Comme je connaissois le génie séduiront de ce Germain
Dion ne, l'ascendant qu'il avoit sur les esprits parce qu'il sor-
toit d'être premier Baillif, qu'il étoit riche, je vis que tout
étoit perdu, je pris le party de luy écrire la lettre la plus
tendre pour le détourner de son dessein. Le capitaine Lau-
zier y fut luy même. On rit de ma lettre, ou n'écouta point
le capitaine.
Clément Gosselin gendre de Germain Dion ne enrôlait.
Germain Dionne fournissoit les besoins de vivres, souliers,
etc. On écrivit rebel au Congrès celuy qui refusoit. Par
mes soins il ne séduisit que quelques vagabonds, mais
malgré tout, ne pouvant être partout et en tous tems je tentai
d'arrêter ces assemblées séditieuses par ceux même pour les-
quels elles sefaisoient. J'en avois parlé à Mr Mercier, mou-
che qui me parut Bostonoise et qui se promenait dans nos
(1) Wooster était général des troupe» américaines après la retraite d'Ar-
nold et la mort de Montgomery.
(2) Augustin Roy- Lausier était aussi marchand a Sainte-Anne.
— 136 —
cantons. Il me fit entendre que Mr Wooster, qu'il me dit
commander alors au camp de Québec, an èleroit Germain
Dionne, si je luy en écrivois, je le fia, maie ce mon*r. étoit
à Montréal, et n'est venu au camp qu'a commencement de
mars. Nous étions alors i la roi janvier. Aiot, Goeselin et
Germain Dionne firent ce qu'ils voulurent, ils n'engagèrent
cependant que des meurs de faim.
Au commencement de février, parut dans dos cantons le
Sr Feré avec le titre de commissaire du congrès pour des
vivres. Il fit transporter le bled de Mr Ducbcnai, seigneur
de Saint- Rock ; il dit qu'on devait le païer à la nouvelle
York (1) où il étoit.
Cet homme sur bien des raisons que je luy alléguais pour
soutenir l'authorité roiale, se rendit et me devoilà son âme.
Il me dit ce que j'avais jusqu'alors ignoré, la faiblesse des
rebels depuis le coup du 31 décembre.et que les secours promis
ne leur venoient point.qu'il ne voudroit que 50 hommes qu'il
sechargeroit de débutquer la garde de la Pointe Lévy-Dis-
simulé, lui dis je, il n'est pas encore tems, les cinquante éclo-
ront bientôt. Il resta dans nos canton* à flâner,sous prétexte
de faire des recrues. Il envois cependant le nommé Blondin
pour tenter de pénétrer à Québec afin d'avoir l'approbation
de Son Excellence. Blondin ne put réussir. Il y avoit bien
du tems que le Sr Lausier et Duohouquot vouloiect éclater,
je les arretois. Le Sr Riverin vint pour avoir M. Danglade
chirurgien de ma paroisse ; il me parla de la possibilité do
chaoser la garde de la Pointe Lévy ; il me fit sentir qu'il
alloit hazarder d'aller & Québec.
M. Bailly (2), prêtre du séminaire, voiageoit chez nous ;
il excitoit, encourageoit les roialistes ; mais avant de nous
déclarer, on conclut, sous prétexte d'aller achepter du bled
(1) New- York.
(2) Devenu plus tard coadjuteur, sous le tilre d'évçque de Capse.
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de semence, de faire un voiage à la Rivière du Sud, pour
conoître le nombre des roialistes. Nous fûmes surpris qu'il
fut si petit. J'y vis M. Désilets-Couillard, qui me dit que M.
Cramahé l'avait renvoié dans l'arrière eaison, en luy disant
les mêmes choses qu'il avoit dites au Sr. Lausier.
Le 20 ma», M. Ri vérin arriva à Sainte- Anne, après avoir
fait passer les ordres de Son Excellence à M. de Beaujeu. On
fut quelque tems en balance si on se déclarerait, vu l'opposi-
tion des paroisses d'en haut. Quelqu'un dit, et sou avis fut
suivi : Quand il en devrait coûter la vie, obéissons, nous
serons peut être arrêtés, mais nous sauverons nos paroisses
de la tache de rébellion.
Dans la même nuit, on éclata, les capitaines et autres offi-
ciers donnèrent par leurs mouvemens des preuves d'un zèle
des plus vifs, on se dispersa pour annoncer les ordres jusqu'à.
Camourasca, et pour avoir des hommes, l'étendart roial fut
planté entre la maison du Sr. Lausier, lieutenant, et le pres-
bitùre. M. de Beaujeu arriva le 21, à midi ; on vint le cher-
cher comme il dînait, lo même jour, de la Rivière Ouelle, les
habitans de cette paroisse voulant le vuir, s'assurer qu'il exis-
tait et qu'il étoit porteur d'ordres de Son Excellence. Il par-
tit tout de suite.
Cependant, M. Builly envoia un courrier de la Pointe à la
Caille (1) pour presser il. do Beaujeu do se rendre. Il eut
connoissance que les paroisses d'en hautétoient averties et
remuaient pour s'opposer, mais les milices d'en bas n'étoient
pas encore prêtes. J'écrivis pour luy suivant les pouvoirs
qu'il en avoit l'amnistie pour tous ceux qui marcheraient
avec luy : le pardon fut dutté du quartier général des roia-
listes à Suinte- Anne, signé Beaujeu, et contresigné Porlier,
prêtre. Il fut envoié à M. Builly, à la Pointe à la Caille. M.
de Beaujeu donna une amnistie particulière a Feré.
(I) Saint -Thomas de Montmagny.
— 138 —
Bans cet intervalle arriva H. Fortin (1), diacre, qui voia-
geoit pour une quête de bled. Il fut surpris de voir l'éten-
dart du roy planté comme je l'ai dis. Est-il possible que dans
le nord on dorme pour la bonne cause ? — Voue pouvez vous
éveiller, luy dis-je, laissez voire quête pour un autre temps,
allez annoncer co quo vous voiez, et fuites remuer, ce sera
une diversion, qui ne pourra que nous faire réussir. — On ne
me croira pas, reprit il. — Eh bien, je vais écrire à Mgr de
Doryle (2) ce qui se passe. Il se chargea de ma lettre et
partit. Il m'a dit depuis que si l'échec n'étoit pas arrivé ai
tost a St Piorre (3), lo nord fournissoit un party considéra-
ble et se mettoit en marche.
Le 23 au matin, cinquante miliciens de Camourasca, qua-
tre de la Rivière-Ouelle, vingt-sept de Sainte-Anne, vingt-
cinq de Saint-Roch, partirent avec M. de Beaujeu. Le tems
devint si affreux que, croianta se rendre à la Pointe à la
Caille, ils ne purent passer les uns Saint-Jean les autres l'Is-
let. Ils trouvèrent les paroissos la pluspart neutres, qui ne
chorchoieut qu'à les décourager. Cela n'empêcha pas de t>e
rendre la nuit du 24 au 2e quarlier-général à Saint-Thomas.
On disposa une partie pour faire des recrues d'armes et
d hommes.
Je reçus un courrier de M. de Beaujeu pour faire marcher
l'arrière garde. 11 m'avait prévenu, lorsqu'il partit, de la
tenir prête au besoin. Le capitaine Lausier et son (ils Louis
étaient restés exprès avec plusieurs chefs de famille. M. de
Beaujeu voulolt intimider en montant ceux qui s'oppose-
roient, en annonçant autant de monde par derrière qu'il en
(1) Jean-Marie Fortin, qui fut curé de Saint-Jean, I. O., de 1800 à
l822, décide en 1829.
(2) Mgr D'Esglis, à cette date, était coadjuteur de Mgr Briand et por-
tait le titre d'évèque de Dorylée.
(j) C'est à Saint-Thomas que les royalistes furent battus par les Bosto-
nais.
avait avec luy. J'envoiai avertir jusqu'à Camourasca. Plu-
sieurs de Saint-Roch partirent le même soir, à leur tète le
capitaine François Pelletier et le lieutenant Jaques Pelle-
tier, dont les enfans étoient partis la veille avec M. de Beau-
jeu.
Le 25, le corps de l'arrière-garde s'arrangea pour partir.
Le lendemain, 26, à 4 heures du matin, les voitures en effet
arrivèrent chez moy, lorsque le Sr. Feré parut tout à coup.
Tout est perdu, s'écria t il en entrant, nos gens sont massa-
crés. M. Bailly est du nombre, d'autres ont été faits prison-
niers. Le corps do party a pris l'allarme à la Pointe à la
Caille, tout est dispersé, sauvezmoy, sauvez vous. Accablé
par cette triste nouvolle, je demeurai interdit quelque teins.
Revenu de mon paisiblement, je m'addrestai à ceux qui étoient
pour partir : Retournez, raoa amis, leur dis-jo, votre zèle
dovient inutile, il fait encore nuit, moins vou9 paroitrez,
mieux ce sera pour vous. Je dis à Fort : Puisqu'il fautquo
je travaille à me sauver, vous m'embarrasseriez fort, partez
d:ins cette voiture que voilà du bas de la paroisse et gagnez
Rimousky.
La déroute fut bientôt sceu. 11 me fallut ossuyor les repro-
che» des pèns et des mères qui me redemandoient leurs
enfans : Voilà ce que c'est vous autres yens d'Eglise de vous
mêler de ce qui ne vous regarde point. Nous le voions bien
que ce M. Bailly ne rodvit ici que pour nous séduire. Qu'al-
lons nous devenir ? et vous, monsieur, nous allons vous perdre,
etc. H me fallut plier le dos ; mais ce n'était pas le plus
dur à supporter, j'appris quo les ordres étoient do nous piller
et brûler ensuite. Ces nouvelles m'accablèrent quand je
pensois à la quantité de femmes et d enfans jettes sur la
neige pendant un froid 'des plus rigoureux, et j'en étois une
des principales causes. Je pris le party de souffrir toute
espèce d'humiliations pour appaiser. Aiot, qui conduisoit
tout, avoit de l'humanité. Il étoit aussi un peu politique ;
— 140 —
il fit croire aux officiera Bostonois qu'on mineroit leur party
ai on pouaaoit les chose-* à l'extrém té, surtout si on enlevoit
les prvtres.
Une troupe de 40 à 50 vinrent chez moy. Germain Dionne
arriva le premier, qui me dit : Monsieur, ne craignez rien»
votre vie est entre nos mains, mai-» Aiot est bon, il vous »*au-
vera. Je reçus avec politesse les offi -iers, je soutins leurs
reproches par les mots de devoir et d 'obligation de cons-
cience qui nous contraigooit d'engager nos peuple* d'être
soumis aux ordres de leurs supérieurs, que M. de Carleton
étoit toujours reconnu com men 1er dans nos cantons, n'y
ayant rien qui put nous avoir sou-trait à sa domination, etc.
M. Dubois, homme qui me parut éduqu î et rempli de dou-
ceur, dit qu'on pensoit que e'éloit une sédition d'habitans
sans ordre, qu'il voudroit bien voir M. de Beaujeu, qu'il avoit
la commission de M. Gaspé, mais que cela ne suffisoit pas,
qu'il doutoit même de l'éYriture et de la signature. Je fus
luy en chercher de semblable. Je I'assnrai avoir vu la com-
mission de 31. de Beaujeu. une lettre circulaire addressee aux
curén, un ordre aux capitaine*. Il me pria de l'écrire au
camp pour *a décharge. Je le fis, mais une partie p ir une
treille qu'avoit fuit M. Mercier «tait envoie à Montréal. Lors-
que ces Bostonois étoient chez moy, ils envoyèrent chercher
William Ross, qui lour montra pour su justification ua écrit
que Feré avoit donné à Camouranca et signé, par lequel il
affirmoit qu'il n'a voit presque point de provUions au camp,
peu de munitions de guerre, que depuis l'affaire du S \ décem-
bre, ils n'avoient reçu aucun secours. Cet écrit avoit été
donné pour oncourager les miliciens à marcher. Quand M.
Dubois le lut, il dit que cet homme méritait punition, il mit
sa tête à prix. Aiot reçut l'ordre de le chercher. M. Dubois
parla beaucoup avec Ross des provisions qu'il avoit (sans
doute que M. Mercier qui les avait vû en avoit donné con-
noissanec). Ross dit que c'était pourson commerce. On luy
expliqua qu'il en falloit et qu'on lui pairoit.
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UNE MÉSAVENTURE
En 1874, intervint entre les délégués des catholiques et le
pouvoir exécutif du Nouveau-Brunswick, un compromis qui,
bien que non sanctionné par une loi, fut cependant appliqué
dans tout le pays.
En vertu de cotte transaction, les écoles publiques furent,
il est vrai, seules maintenues, mais le clergé catholique eut
le droit d'y aller, en dehors des heures de classe, instruire
les enfants des préceptes do la religion. Une certaine part
fut môme laite, dans ces écoles, à l'enseignement du français
et, de plus, les congréganistes munis du diplôme réglemen-
taire furent admis à concourir pour l'emploi d'instituteur.
Au Jî. P. Lefebvre, qui, ferme ot conciliant tout à la fois,
servit de principal intermédiaire entre protestants et catho-
liques, revient en majeure partie le mérite d'avoir amené cet
houroux résultat. Dans ces circonstances mémorables, il
réussit à rendre à la cause de ses compatriotes un service
dont ceux-ci ne perdront jamais ie souvenir.
Ce compromis ne fut pourtant pas accepté sans avoir sou-
levé l'opposition furieuse de certains fanatiques protestants,
dont les plus en vue étaient MM. Elder ot Willis, deux publi-
cistes influents députés à la législature du Nouveau Bruns-
wick. Ils commencèrent par engager une abominable cam-
pagne de diffamation contre le clergé catholique en général,
et en particulier contre les prôtres français, qu'ils représen-
taient, dans leurs journaux, comme dos êtres immoraux et
de dangereux conspirateurs. Ensuite, M. Willis se chargea
de se faire, à la tribuno de la Chambre, l'écho des calomnies
que lui et ses amis avaient imaginées et de demander au par-
lement de s'opposer à l'application du compromis scolaire.
Une mésaventure grotesque survenue à cet odieux person-
nage, vint subitement mettre un terme à ses coupables agis-
sements, tant il est vrai que, partout dans lo monde, le ridi-
cule peut tuer aussi sûrement que le poignard.
— 142 —
Le jour où il monta à la tribune, M. Willi* s'écria d'an ton
solennel, en désignant le pupitre installé devant lui : " Oui,
measieurs.j'ai là les preuves de l'infamie des prêtres de Rome ;
j'ai là des pièces démontrant le bien-fondé des accusations si
graves que j'ai portées contre eux !" En même temps,il ouvrit
le pupitre en question. Aussitôt, un gros oiseau noir en sor-*
tit avec un bruit alourdissant, effleura le visage de M. Wil-
lis, et prit son vol jusque dans les tribunes.
C'était un coq qu'une main facétieuse avait enfermé dans
le bureau do l'orateur, dont la frayeur fut telle qu'il resta
un certain temps, avant de reprendre possession de lui-même.
Quand enfin il put parler, il s'embrouilla dans son discours
et fut impuissant à déguiser, sous des artifices de langage,
la faiblesse manifeste do eon augumentation.
Les rieurs ne furent pas de son côté, et la Chambre, en
majorité ucqui.se aux idées d'apaisement, résolut de ne pas
s'opposer à l'application du compromis.
Depuis cette époque, la paix religieuse n'a plus été trou-
blée dans lo Nouveau-Brunswick, et tout porte à croire que,
d'ici longtemps, on n'y persécutera plus les catholiques.
Camille Dkroi et
BIBLIOTHÈQUE CIRCULANTE
En 170-4, le siour Germain Langlois, demeurant sur ta
place du marché,^ la haute ville de Québec, fonda une biblio-
thèque circulante.
S il faut en croire le prospectus que publia alors Langlois
sa bibliothèque consistait en plusieurs centaines de volumes
bien choisi», tant en anglais qu'en français, écrits par les
meilleurs auteurs sur des sujets intéressants et amusants.
Voici quelles étaient les conditions de Langlois pour pou-
voir s'abonner à sa bibliothèque :
Payer six sols par semaine d'argent courant d'Halifax ; Ne
prendre qu'un seul livre à la fois ; Ne pas le garder plus
d'une semaine ; Payer tout dommage fait au livre.
P.-G. R.
Digitiz
— 143 —
UNE LETTRE DE SAINT VINCENT DE PAUL
Lee Hospitalières de l'Hôtel-Dieu do Québec conservent
avec grand soin une précieuse relique de saint Vincent de
Paul. C'est une lettre autographe que le saint écrivit à la
mère Saint-Joseph et dans laquelle il rend un glorieux témoi-
gnage au dévouement des premières Hospitalières do Qué-
bec. Nous la transcrivons} en respectant scrupuleusement
l'orthographe :
" De Paris, ce 20 avril 1602.
Ma révérende mère,
La grâce de Notro-Seigneur soit avec vous pour jamais.
Il est vrai que ceux qui m'ont fait l'honneur de vous rap-
porter l'estime que je fais des missions du Canada ont eu
sujet do le faire ; car, en effet, je regarde cot œuvre comme
l'un des plus grands qui se soient faits depuis quinze cents
ans, et ces saintes âmes qui ont le bonheur d'y travailler,
comme des âmes vraiment apostoliques qui méritent l'appro-
bation et le secoursdo l'Eglise, particulièrement vouset votre
communauté qui contribuez à l'assistancj spirituelle et cor-
porelle des pauvres et de* malades, qui est le comble de la
charité chrétienne, oteu quoy je tieudray à singulière béné-
diction de vous aider, s'il plaît au bon Dieu de m'en faire la
grâce quelque jour. Quant à présent, ma chère mère, cela
m'est du tout impossible, à eau-» des misères de ce pays icy
provenants des guerres passées, et des divisions présentes de
ce royaume qui réduisent les provinces dans une entière
désolation, à quoy plusieurs personnes charitables de Paris
tachent d'apporter quelque remède contribuant do leurs soins
et de leurs aumônes p.»ur empêcher que le monde périsse de
pauvreté , mais ces aumônes ne pouvant suffire ; il servi-
rait de peu de leur parler des besoins du Canada. Je ne
doute pas, ma chère mère, que ceux de votre hôpital ne
soient grands, aprè* les pertes que les Iroquois vous ont fait
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— 144 —
souffrir de delà et la diminution notable du revenu que vous
avez icy sur les coches, dont je suis bon témoin, pour ce que
plusieurs de nos maisons y ayant leur petite subsistance ,ont
peine d'en tirer la moitié de ce qu'elles en tiraient ci-devant,
je prie Nbtre-Seigneur, ma révérende mère, qu'il suscite
quelques bonnes personnes qui vous donnent moyen de lui
continuer vos services en ses pauvres membres, et c'est ce
que j'ose espérer de sa paternelle providence qui est adorable
partout J'ai une particulière confiance en vos prières ; bien
que je sois indigne d'y participer, je vous les demande néan-
moins avec toute l'humilité que je le puis, et avec désir qu'il
plaise à Dieu me faire la grâce de vous servir qui sais en son
amour,
Ma révérende mèro,
Votre très humble
et obéissant serviteur,
Vincent de Paul, Ptre,
De la Mission.
A ma Rde Mère,
La Mère .Supérieure des Religieuses de la Miséricorde de
J'JIôtel-Dieu de Kébec,
A Kébec.
UNE EPITAPHE
Epitaphe de Monsieur lîicber" Curé de Québec, décédé en
cotte ville et enterré dans le caveau de la chapelle du Sémi-
naire, servant d'Eglise Paroissial le et même de Cathédrale.
Ci-git, juftement regretté,
Un digne Prêtre et Curé ;
Des vers fon corps eft la pâture,
Mais fon âme prend nourriture
Dans le féjonr bienheureux,
Où il et't entré glorieux,
De fes Paroiffiens le Pafteur,
Il n'a cherché que leur bonheur ;
Et pourfoulager les pauvres
Il s'eft rendu lui-même pauvre.
De fes vertus admirateurs,
Soyons-en les imitateurs.
(Gazette de Québec, 7 avril 1768)
Digitized^ ^
— 145 —
ETATS DE SERVICES DU COLONEL DE
SALABERRY, PÈRE DU HÉROS DE
CHATEAUGUAY
1° Blessé deux fois en !775,dontune fois très sévèrement ;
infirmités résultantes, dont je me ressens encore aprèa qua-
rante-cinq ans. Cette première campagne et la suivante, je
les ai fuites à mes propres frais et dépens, volontaire sans
aucune payo. Lo resto de la guerre révolutionnaire d'Amé-
rique, en paye ;— à la paie demi-paye, interrompue, quand
Surintendant des Sauvages en 1799. — En 179b', Major 1er
Batt du Régiment Royul-Volontaires- Canadiens.
Régiment réformé en 1802. Ensuite Commandant du pre-
mier Régiment de La Milice d'Elite incorporée, levée en 1812
pour cette dernière guerre d'Amériquo ; âgé alors de plus
de soixanto ans, à prêtent dans ma soixante-neuvième, et ma
santé ruinée par mes anciens services et blessures ; et les
chagrins pour la perte do mes chore enfants.
2° Aucun sujet Canadion n'a fait pour t-on Roi de sacri-
fices aussi sensibles, car, de quatre fils, j'en ai perdu trois
dans l'Armée : proportion certainement bien cruelle I et
objet d'une douleur ineffaçable 1 Le seul de mes fils qui me
reste a toujours servi honorablement dans l'armée,en diverses
parties du monde, depuis l'âge de quatorze ans, entr'autres
à la glorieuse affaire de Châteauguay, pour laquelle il a
reçu de Sa Maje&té des marques de distinction, et une place
au Conseil Législatif, contre la règle de n'y point introduire
en même temps, et le Père, et le Fils : mais j espère quo tous
deux, nous serons toujours les plus fermes appuis du Gou-
vernement soit au Conseil, soit l'épée a la main, malgré mon
figo avancé.
3° J'ai perdu en France près de deux mille louis, étant
sujet Anglais, co qui dans la guerre révolutionnaire m'a
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privé de l'avantage de pouvoir retirer cette somme, perduë
a présent sans ressource par ce que les Lois de ce pays-là
appellent prescription : perte considérable pour ma famille.
Dca Gentilshommes qui s'offrirent à servir Volontaires en
1775, nous ne restons plus que trois, mois seul à Québec.
JOSEPH LEVASSEUR BORGIA
Le matériel du Canadien, dont le premier numéro parut
le 22 novembre 1806, fut acheté par MM. Borgia, Bédard,
Taschereau, Blanchet, Bourdage et Planté.
En 1808, M. Borgia fut destitué de sa position dans la
milice.
Le 17 mars 1810, Borgia fut arrêté sur l'ordre de Craig
avec Bédard, Blanchet et Taschereau. En juillet de la même
année, Borgia fut relâché pour cause de maladie.
M. Borgia fit de nombreuses tentatives pour introduire en
Canada le droit civil anglais, mais il ne réussit pas.
Le député Borgia avait un tempérament assez excitable.
Pendant la session do 1819, il fut mis &ous la garde du ser-
gent d'armes, pour avoir fait des gestes insultants à Sher-
wood et l'avoir traité d'imbécile.
I
— 147 —
RÉPONSES
La mission d'Oka et ne» missionnaire». (VI,
III, 707.) — Avnnt l'établissement définitif do la Mission du
Lac des Deux Montagnes à Oka, en 1721, les MM. de Saint-
Sulpice avaient dirigé :
1° La mission de la Montagne de Montréal, fondée en
1676, confiée à MM. Trouvé, Mariet et de Belmont ;
2° En mdmo temps que la mission de la Montagne, celle
dn Sault au-Récollot, fondée en 1606, administrée par MM.
Robert Gay et Maurice Quéré de Tréguron ;
3' En 1704, les sauvages non iroquois des deux missions
ci dessus furent réunis les uns, Algonquins, à Sainte- Anne
du bout do l'Ile, par M. Laecaris d'Urfé, les autres, Nipis-
sings, à l'Ile aux Tourtes, au pied du Lac des Deux-Monta-
gnes, par M. C. René de Breslay.
En 1721, toutes ces mission» cessent d'exister pour donner
naissance à la Mission du Lac des Deux Montagnes (Oka),
qui devait durer jusqu'à no» jours. Voici les noms des mis-
sionnaires :
MM. Hamon «non ; Klio Dépéret ; Frs. Pi< quot ; Jean-
Claude Mathovet ; J. P. Davaux Bcsson de la Garde ; J.-B.
Reverchon ; F.- A. Magon de Terlaie ; P. -P.- F. Delagarde ;
Jean do-Dieu Frs. Robert ; Y. -F. Guichard de Kersident ;
G.-J. BraSfier : M. -F. Leclerc-, né à Cauglmawaga ; J.-L.
M. Sauvage de Ch&tillonct ; A. Malard ; J.-B Thavenet ;
J.-B. Roupe, venant de Saint Régis ; .T.-C. Léonard Baveux;
ChB.-L.-Fn. de Kelkfeuille ; Flavkn Durocher ; P. Richard;
Jos. Aoustin ; Xic. Dufresne ; André Cuoq. qui a le plus
contribué à fairé connaître au monde savant les richesses
des langues américaines, mort en 1S1>8 ; M. U. Lafontaine.
L'abbé G. Forbes
Le royaye de Guillaume IV au Canada. (I,
III, 20.)— Le prince William-Henry, troisième fils du roi
— 148 —
George III, était né en 1765 ; il n'avait conséquemmentque
22 ans, lorsqu'on 1787, il vint en Canada. 11 était alors capi-
taine de la frégate Pégasus, après avoir débuté par être
simple aspirant en marine (midshipman) ot avoir passé par
tous les autres grades.
Parti de la Jamaïque, il arriva en quinze jours de passage
à Halifax, le 28 juin.
L'arrivée du Prince à Québec fut précédée par celle d'une
partie de l'escadre du commodore Sawyer, qui montait lui-
même le Leander, vaisseau de 50 canons. II était accompa-
gné du Ressource et de Y Ariadne. 11 y avait de plus dans le
port de Québec le Thisbé, venant d'une croisière, et quatre
vaisseaux qui avaient été nolisés comme transports pour
amener à Québec partie des 5e, 2Go ot 54e régiments. Un
de ces navires avait nom le Lord Mulgrave,
Le mardi, 14 août, de grand matin, le Pégasus mouilla
devant Québec. Le major Beckcwith et le capitaine de Saint-
Ours, deux des aides de camp du gouvornour, allèrent à bord
savoir le plui.-ir du Prince au sujet de son débarquement. Le
lendemain, à onzi heures, le Prince se rendit de son vais-
seau au Leander qui portait le pavillon du commodore ; on
déploya à bord de ce vaUscau l'étendard royal ot on tira une
salvo do 21 coups de canon. Peu après, cinq berges, cello du
Prince, précédant los autres et ayant l'étendard royal, celle
du commodore portant la grande flamme, et celles des capi-
taines des trois autres navires, portant los leurs, partirent
en procession du Leander, qui réitéra une suive royal. Le
Prince, en passant le long de la ligne des quatre autres
navires, fut salué de 21 coups de canon.
En débarquant sur la grève, près du marché de la basse-
ville, le Piince fut reçu par le brigadier général Hope, lieu-
tenant-gouverneur de la province, les membres du conseil,
les divers corps du clergé, do la justiee et de la noblesse ;
et, dès qu'il eût mû pied à terre, on le salua de 21 coups
de canon.
— 149 —
Lorsque le Prince entra dans la cour du château Saint-
Louis, il fut rencontré par lord Dorchester, qui le conduisit
dans la maison du roi. Là, ie lieutenant-gouverneur lui pré-
senta une adresso au nom du Conseil de Sa Majesté.
Le soir, un grand feu de joie fut tirée par les troupes, la
milice et les citoyens.
A l'occasion de la visite du Prince, le gouverneur fit met-
tre eu liberté tous les prisonniers civils et militaires, à part
toutefois ceux qui étaient accusés de meurtre.
Le 21 août, anniversaire de la naissance du Prince, le clergé
catholique lui présenta une ad res -je. Dans sa réponse, le
Prince le remercia de sa loyauté.
Pondant son séjour ici, le Prince visita Montréal, Charably
et Sorel. Les habitants de ce dernier endroit furent ei heu-
reux de la visite du Prince, qu'ils changèrent l'ancien nom
de. leur bourg en celui de William-Henry (1).
Le Prince quitta Québec le 10 octobre à bord du Pigasus,
lequel fut suivi par le Leander et le Risolute. Quelques jours
avant on avait fait,sur le cap Diamant, des feux d'artifices en
son honneur.
Ce ne fut qu'en 1818 que le prince William Henry se maria
à la fille du duc de Saxc-Meningen dont#il eut deux filles
qui moururent au berceau. Il ne monta sur lo trône que le 8
septembre 1831 ot mourut le 20 juin 1837, n'ayant rogné
que eix ans, quoiqu âgé de 72 ans.
Il consorva,assuro-t-on, à la cour et sur lo trône, un excel-
lent Bouvonir de son voyage d'Amérique et montra à l'égard
des habitants de ce pays qui lui fûr^nt présentés en Angle-
gletorre une bienveillance toute particulière. S^n règno.bien
court, fut cependant marqué par d'important* événements :
entre autres, la passation du fameux bill de réforme.
P. J. 0.
(l( Voir Ru lurches Historiques, v. I, p, 59
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— 150 —
La croix du Saut au Matelot. (Ill, II, 294.)—
C'est l'année même de son arrivée dans la Nouvelle franco
que M. de Traey fit planter sur le terrain du Bém inaire de
Québec une croix de soixante cinq pieds de hauteur. On ne
connaît pas exactement l'endroit où elle s'élevait. Ce ne devait
pas être très loin de la cime du cap puisqu'on appelait cette
c roix " la croix du Saut- au-Matelot." Son siteétaitsi délicieux
que Mgr do Saint Vallier aurait voulu l'acquérir du sémi-
naire de Québec. Celui-ci ne voulut pas consentir à s'en dépos-
séder. R.
La peinture au Canada noutt le réaime fran-
çais. (IV, VII. 4H0.)— Saviez-vous quo lea féroces Iro-
q uois qui donnèrent tant de fil à retordre à nos pères étaient
des amateure do peinture ? C'est la vénérable mère Marie de
l' Incarnation qui nous apprend la chone dans une de ses
a dmirables lettres à son fila. Lui racontant les succès du père
jésuite Jean Pierron, missionnaire chez les Agniers, elle
écrit :
44 Comme le Père a divers vice» à combattre, il a au«si
besoin de différentes armes pour les surmonter. Il s'en trou-
vait plusieurs qui.no voulaient pas écouter la parole de Dieu,
et qui se bouchait nt les oreilles lorsqu'il voulait les instruire.
Pour vaincre cet obstacle, il s'est avisé d'une invention admi-
rable, qui Oist de faire des figures pour leur faire voir dos
yeux ce qu'il leur prêche de parole. Il instruit le jour, et la
nuit il fait des tableaux, car il est at-sez bon peintre. 11 en
a fait un où l'enfer est représenté tout rempli de démons si
torriblos, tant par leur» figures que par les châtiments qu'il
font souffrir aux sauvages damnés, qu'on no peutlo* voir
sans frémir. Il y a dépeint une vieille iroquoise qui se bou-
che les oreilles pour ne point écouter un jésuite qui la veut
instruire. Elle est environnée de diables qui lui jettent du
feu dans les oreilles et qui la tourmentent dans les
i
I
Digit
le
— 151 —
autres parties de son corps. Il représente les autres
vices par d'autres figures convenables, avec les diables
qui président à cos vices U, et qui tourmentent ceux qui s'y
laissent aller durant leur vie.II a aussi fait le tableau du para-
dis, où les anges sont représentes, qui emportent dans le ciel
les âmes de ceux qui meurent après avoir reçu le saint bap-
tême. Enfin il fait ce qu'il veut par le moyen de ses peintures.
Tous les Iroquois de cette mission en sont si touchés qu'ils
ne parlent dans leurs consoils que de ce* matières, et ils se
donnent bien de garde de ce boucher les oreilles quand on
les instruit. Ils écoutent le Père avec une avidité admirable,
et le tiennent pour un homme extraordinaire. On parlo de
ces pointures dans les autres nations voisines, et Icb autres
missionnaires en voudraient avoir do senblables, mais tous
ne sont pas peintres comme lui. "
Le Père Pierron est lui même l'auteur du jeu du Pointait
Point qu'il décrit ainsi dans la Relation de 1670, page 38 :
" Ce jeu est composé d'emblèmes qui représentent tout ce
qu'un chrétien doit sçavoir. On y voit les sept sacremeuts,
tous dépeints, les trois vertus théologales, tous les commen-
dements de Dieu et de l'Eglise, avec les principaux péchés
mortels ; les péchés même véniels qui se commettent ordi-
na;remont y sont exprimez dans lour rang, avec de* mar-
ques do l'horreur qu'on en doit avoir. Lo péehi même ori-
ginel y parait dans un ordre particulier, suivi de tous les
maux qu'il a causez. J'y ai représenté les quatre fins de l'hom-
me, la crainte de Dieu, les indulgence-» En un mot,
tout ce qu'un chrestien est obligé de sçavoir s'y trouve
exprimé par des emblèmes qui font le portrait de chieune
de ces choses Ce jeu s'appelle du Point au Point, c'est-
à-dire du point de la naissance au point de l'éternité."
La mère Marie de l'Incarnation et Jean Bourdon avaient
quelques connaissances en peinture. " La m. de l'Incarnation
Ursulioe, lisons nous dans le Journal des Jésuites, avril 1646,
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— 152 —
employa presque tout le careeme à peindre deux pièoes
d'architecture pour accompagner le Tabernacle de la pa-
roisse : MoDsr Bourdon peignit quelques marches/'
Après le Père Pierron, le diacre François-Luc Lefrançois,
récollet, s'adonna à la peinture. Il fit plusieurs tableaux
pour les églises de la Nouvelle France, entre autres une
Assomption pour l'église des Jésuites, et un EcceHomo pour
1* Hotel-Dieu de Québec. On conserve encore deux tableaux
d u frère Luc dans la basilique de Sainte Anne de Beaupré.
S'il faut en croire Frontenac, ce serait le frère Luc qui aurait
d rossé les plans du séminaire de Québec. On a dit du frère
Luc que son coloris était mauvais, sa composition médiocre,
et son dessin excellent.
M. Hugues Pommier, prêtre, nutif du Vendômois, qui
vint dans la Nouvel le Franco en 1064,60 piquait de pointure.
Il faisait beaucoup do tableaux, mais personne no les goû-
tait. M. do La Tour nous apprend que c'est cette ruifcon
qui le lit repusser en Franco. Il espérait quo son talent y
serait mieux apprécié. Il n'y réussit pas, et se donna aux
missions de la campagne, où il eut du succès.
Le Père Se bastion Ran le, le célèbre missionnaire des Abé-
nuquis, assassiné à Nanrantsouak le 23 août 1721, par un
parti do la Nouvelle- Angleterre, savait quelque peu la poin-
ture. Sa chapelle do Nanrantsouak contenait quelques-unes
de ses peintures lorsqu'elle fut incendiée.
La mère Mario de l'Incarnation mourut on 1672. En l'ab-
sence de Mgr de Laval, M. de Bemières, son grand vicaire,
présida à ses funérailles. Avant do déposer les restes de la
sainte religieuse dans leur dernière demeure, il permit a un
artiste envoyé spécialement par le gouverneur do Courcel-
les de peindre lo portrait de la défunte.
Lo nom de cet artiste n'a pas été conservé.
Le père jésuite Pierre Laure, qui arriva dans la Nouvelle-
France en 1711, avait beaucoup de goût pour la peinture.
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— 153 —
Aussi cultiva t il cet art pendant eon séjour ici. Le F. du
Parc, ministre à Québec écrivait au P. Général i Rome que
le P. Laure consacrait beaucoup de temps à la peinture :
" Magister Laure, qui theologiae dat bic operam, picturae
inultum tribuit temporis." Aucune peinture du Père Laure
n'a été conservée.
Mais les pères Pierron, Rasle et Laure, aussi bien que le
diacre François LucLefrançoiset l'abbé Paumier était Fran-
çais. Le premier Canadien qui s'appliqua à la peinture fut
l'abbé Jean-Antoine Aide-Créquy, né à Québec le 6 avril
1749. La basilique de* Québec contenait plusieurs de ses
peintures. Le tableau de la chapelle de la Sainte Famille,
brûlé en 1867, était son œuvre. "L'Annonciation du maître-
autel do l'églUe de l'Islet est aussi de lui.
P. G. R.
Mort de Charles Frechette. (IV, IX, 514.)—
Charles Fréchette, complice de David McLean, en 1797, est
décédé à Saint-Jean d'Iberville, le 15 décembre 1828, et y a
été inhumé le 17,parmessire Rémi Gaulin,curé de l'endroit,
décédé lui-même évêque de Kingston, et en présence de
Jxrais St Michel et de Michel Demers, qui n'ont su signer.
Il mourut, dit l'acte de sa sépulture, muni des sacrements, et
à l'âge de 68 ans.
Il a signé lui-même (assez bien) plusieurs actes, à Saint-
Luc, comté de Saint-Jean, Charles Fréchette. Certains mem-
bres de sa famille signèrent Frichette. Son vénérable frère
le curé de JBelœil, signait Frichette ; et il est probable que
o'étail son vrai nom.
L'abbé L.-A. Morbau
La bataille tie RiMiffOtiche. (V, VI, 626.)— Ceux
qui ont lu l'histoire de la gigantesque lutte entre la Franco
et l'Angleterre pour la possession du Canada et de l'Acadie,
connaissent tous les détails des grandes batailles qui se
— 154 —
livrèrent à Louisbourg, au Furt Beauséjour, à Carillon et
sur les Plaines d'Abraham ; mais combien ont même enten-
du parler de la bataille du Ri&tigouche ?
Le professeur W. F. Ganong, qui amasse dett documents
et fait des recherches pour une histoire du Nouveau Bruns-
. wick qu'il a l'inteniion d'écrire, a mis en brochure un arti-
cle publié par lui dans la Educational Review sur les reliques
les plus précieuses que nous avons do la période française de
notre histoire.
Parmi ces reliques, il y a deux canons de facture françai-
se, que Ton peut voir aujourd'hui encore à l'endroit ou ils ont
été trouvés, à Athol Point.
Athol Point est une langue do terre.trois mille en haut de
Campbellton et qui s'avance dans la rivtère Ristigouche là
où celle-ci se jette dans la baie qui donne sur le fleuve.
Sur l'un des canons sont gravés deux ancres que le ternes
ni la rouille n'a pu effacer. Deux fleurs de lis indiquent
suffisamment l'origine française de l'autre canon.
Ces deux pièces d'artillerie, suivant M. Ganong, sont les
reliques de l'important combat naval qui eut lieu dans la
baie à l'embouchure de la rivière Ristigouche, en l'année
1760.
On trouve une description tomi-officiolle de cette bataille
dans le fjondon Magazine pour Tan 1760.
Nous traduisons :
«' Lonires, le 8 septembre 1760.— Pardes dépêches reçues
du capitaine Byron, officier supérieur des vaisseaux de Sa
Majesté Britannique à Louisburgh, et portant la date du 26
juillet, il appert que le capitaine B., ayant appris du briga-
dier-général Whitmore, que la flotte française avait fait voile
vors lu Baie des Chaleurs, partit à sa recherche avec la Fame,
le Dorcetshire, V Achilles, le Scarborough et le Repuise.
Ayant détruit un vaisseau français, la Catharina, dans la
baie de Gaspé, le capitaine Byron se dirigea vers une grande
rivière appelée par loë Sauvages Rustigushi. Ici,il trouva le
rœte (de la flotte française), consistant en les vaisseaux le
Marchault, de 32 canons, / Espérance de 30, le Bienfaisant,
de 32, et le Marquis de Marlo;e,àa 18, ensemble avec vingt-
deux vaisseaux pluB petits. Lorque notre flotte fit son appa-
rition dans le havre de Rustigushi, l'ennemi s'avança vers le
haut de la rivière et vint jeter l'ancre au-dessus de deux
batteries montées sur le côté nord de la rivière.
Celles ci n'étant que faiblement utilisées, furent vite
réduites au silence, et les vaisseaux, après une courte
r&istance, furent tous coulés à fond ou pris. Le capitaine
Byron détruisit ensuite la ville de Petite Rochelle, composée
d'environ deux cents maisons, et aussi lës deux batteries."
Ce fut la seule bataille livrée sur les eaux du Xouveau-
Brunswîck ; elle fut aussi la fin de la lutte sur mer entre la
France et l'Angleterre dans l'Amérique du Nord.
Peu d'historiens canadiens font mention dans leurs œuvres
d j la bataille de Kietigouche. M. Hannay, auteur d'une his-
toire d'Acadie, et quelques autres en parlent brièvement.
Qu'elle ait eu lui, et quelle ait eu lieu à l'embouchure de la
rivière Ristigouche, il est difficile d'en douter.
M. Ganong conseille aux citoyens delà ville de Campbell-
ton d'ériger un piédestal et de placer dessus les deux cano ns
qui sont maintenant à Athol Point et qui ont sans dou to
pris part à la bataille qui fait le sujet de cet article. C'est un
conseil qui mérite d'être suivi.
M. Acadikn
La Mère Ph ilippe Gertrude île Boulogne de
Ht- Dominique. (VI, I, 692)— " Le deux décombre 1648,
on reçut au Noviciat Mlle Philippe Gertrude de Boulogne,
ha-ur de Madame d'Aillebout si bien connu en ce pays. Cette
pieuse demoiselle était venue en Canada avec sa sœur, femme
du troisième gouverneur, M. Louu d'Aillebout do Coulonge.
Kile n'eut pas plus tôt fait connaissance avec nos premières
Mères qu'elle désira se consacrer à Dieu parmi elles; mais
M. et Madame d'Aillebout ne manquèrent pas de prétexte
pour lui faire différer cou entrée aux Ursulines. Cependant
Mlle de Boulogne poursuivait toujours son pieux dessein,
et dès qu'elle eut obtonu la permission si longtemps désirée,
elle quitta joyeusement la résidence du Gouverneur, qui était
déjà à celte époque le rendez vous des belles dames et des
brillants chevaliers du pay*, et vint partager avec générosité
les travaux pénibles et les privations sans nombre de ses pieu-
ses amies des Craulincs.
Notre Mère de l'Incarnation, qui avait alors la direction
du noviciat, prenait un singulier plaisir à initier cette fer»
vente novice aux plus beaux secrets de la vie spirituelle, et
Mlle de Boulogne, qui avait préféré les austérité-? du cloître
avx plaisirs passagers d'un monde trop séduisant, embrassait
avec la simplicité d'un enfant les plus humbles pratiques de
la vie religieuse."
{Les Ursulines de Québec, tome. I, chap. II, p. 139).
L'Abbé J.-B.-C.D.
La France antartiqne, (VI, III, 703.) — La France
antartique, disait Thevet en 1555, c'est le Brésil. B. 8.
Le premier trajtpittte canadien. (IV,XII,554.)—
En 1806, l'abbé Louis-Antoine Germai n-Langlois, chapelain
du couvent des Ursulines de Québec, laissait le Canada et
allait s'ensevelir au monastère des TrapiBtedans l'étatde Ken-
tucky Etats Unis C'étaitle premier Canadien qui so faisait
trappiste. Le père Marie- Bernard— tels sont les noms qu'il
adopta en religion — mourut le 28 novembre 1810.
Avant de devenir chapelain des Ursulines de Québec, M.
Langlois avait été curé de l'Ile aux Coudres. Il vécut là en
véritable taint en compagnie de eon domestique, François
Leclerc.
— 157 -
Ud ancien curé de l'Ile-aux-Coudres nous apprend le genre
de vie que menaient le curé Langlois et le bon François
Leclerc :
" M. Langlois a été curé de l'Ile aux Condres de 1793 à
1802. Pendant ce temps, François Leclerc est demeuré seul
avec lui : c'ttait tout lu personnel du presbytère. Leclerc*
imitait ton maître en tout ; ils vivaient tous deux en vérita-
ble;» trappistes. Ils faisaient maigre et jeûnaient tout l'a-
vent ; ils passèrent plusieurs carêmes aux légumes ; outre
cala, ils jeûnaient tous les vendredis de l'année au pain et a
l'eau. Le curé couchait sur un lit que les prêtres voit- ins
venaient voir par curiosité. C'était une mauvaise couchette
dont les planches du fond fournissaient toute la mollesse.
Leclerc dormait pendant quelques heures sur deux chaises.
Dès la pointe de l'aurore, ils allaient tous deux à l'église et
passaient un temps considérable en oraison devant le Saint
Sacrement. Tous les dimanches, ils passaient tous deux le
jour entier à l'église ; ils se tenaient en prière devant l'autel
afin do donner bon exemple à la paroitso. Le serviteur était
tellement recueilli qu'il avertissait ton maître, si celui-ci sem-
blait quelquefois distrait." R
L'orthayraphe du mot Lont/ucuil. (III,XI,381.)
— Le mot Longueuil doit-il s'écrire avec deux u comme on le
fait généralement ? Ce nom était conuen en France avant
d'être importé au Canada. Il fut porté ontréautres par le
célèbre évêque de Coutances qui fut chargé de reviser le pro-
cès de Jeanne D'Arc et qui rendit pleine justice à cette sainte
héroïne. Ce prélat, né en 1453, mourut en 1490. Un autre
Longueil, né en Belgique, devint chancelier d'Anne de Bre-
tagne et mourut en 1522. Un médecin hollandais, né en
1507 et mort en 1543, se nommait également Longueuil.
Un Saxon, latiniste célèbre, né en 1704 mort en 1779, por-
tait également ce nom illustre. Le marquis deMaisons^surin-
tendant des finances, mort en 1667, était aussi un Longueil.
Le magnifique château qu il fit élever a Maisons-Laffite, près
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— 158 —
de Paris, est encore debout. Enfin un graveur, né en 1736,
mort en 1792, portait le nom de Longueil. Tous cas person-
nages écrivaient ce no>n avec un seul u, et, quand ils le lati-
nisaient, ils écrivaient Longoiius. Ce nom dérive t-il de Lon
gulat qui était celui d'une ville des Volsque*,etdont les habi-
tants se nommaient dos Longulani, ou bien vient-il de Lon
gulus, diminutif de longus, et dont l'adverbe est lonjule ?
Plante, dans sa comédie de Rudens, fait dire à un de sen per-
sonnages : " Illico hinc imus haud longule ex hoc loco I "
Quelqu'un qui part d'un lieu pour aller à une petite distance,
peut dire qu'il arrivera longule. De longule à Longueil, il n'y
a qu'un pas. Nous laissons à de plus savants que nous de se
prononcer ; mais nous croyons pouvoir affirmer que Lon-
gueil doit s'écrire avec un seul u. R.
Iai ville de Durban.(Vl,lV, 709.)— La ville de Dur-
ban, dans Natal, qui a beaucoup fait parler d'elle depuis le
commencement de la guerre entre l'Angleterre et les rép u-
bliquoe du sud de l'Afrique, doit son nom à un ancien gou-
verneur de la colonie du cap, Sir Benjamin D irban.
Détail qui ne manquera pas d'intérêt pmr plusieurs : Sir
Benjamin Durban était commandant des troupes anglaises
de garmson au Canada on 1849. Son nom est même inscrit
sur la colonne élevée par les troupes anglaises sur les Plaines
cette même année. Qu'on lise plutôt : " This pillar was erec-
ted by the Briish Army in Canada, A. D. 1849. His Excel-
lency, Liéutenant General Sir Benjamin D'Urban being
Commander of the Forces, " P.-G. R.
Leu croix du cup Tourmente. (V, II, 575.)— Cost
vers 1817 ou 18l7que fut planté la première croix sur le cap
Tourmente. On ignore où elle fut placée. Elle n'avait que
douze pieds de hauteur.
La deuxième fut plantée en 1844 ; elle avait vingt quatre
pieds de hauteur et six pouces de largeur et était couverte
en ferblanc.
Digitize*
La troir-ièmo, quo l'on peut appercevoir à deux lieux do
distance, a été plantée le 5 août 1869. Sa hauteur est de
vingt-cinq pieds et sa largeur de quatorze pouces. Elle est
couverte en fer-blanc : tlle est de 200 pieds plus bas que la
cime du cap Tourmente, qui est à plus de 1850 pieds au-
dessus du niveau du Ieuve Saint-Laurent. Par une singu-
lière coïncidence, elle est à 1663 pieds audeuMi» du fleuve.
Cette année représente celle de la fondation du séminaire de
Québec. Cette croix a coûté pour façon et transport près
de cent piastres. C'est le cardinal Trschereau qui eut l'hon-
neur de la bénir, en présence d'un grand nombre de prêtres,
d'ecclésiastiques et laïques.
Toutes deux, celles de 1844 et de 1869 furent érigées par
les élèves du séminaire de Québec suivants : F.-Frédéric
Baillargé, ingénieur civil ; Ovide Brunet, prêtre, professeur
à l' Uni veroi té-La val ; Paul de Villors, curé de Sus-Gertrude ;
Bellarrain God bout médecin ; Pierre Huot, avocat et député ;
Léon Lahaye, curé de StJean des Chaillon* ; Chs-Frs Lan-
glois ancien imprimeur de la rein ; Antoine Lemay, notaire
de la commission du Havre de Québec.
L'àBBÉ Alexis Maii.loux
File imliennc. (IV, VII, 553.) — Dans les bois, à
cause du peu de largeur des sentiers, les Indiens marchaient
à la queue leu leu. Les Canadiens-Français ont nommé cette
manière de marcher file indienne. P.
Le clieval <lu Moine, (II, XI, 250.— Leraoine dit
Itespins, propriétaire d'une terre dans les environs du che-
val du iloine entre 1685 et 1769, paraît avoir donné son nom
au cheval du Moine.
Benjamin Sulte
— 160 —
QUESTIONS
712- — La Correspondance Générale, vol. 20, p. 897,contient
une dépêche de M. de Beauharnois dans laquelle, il dit qu'il
a fait venir " le fils du Sr. de La Salle, âgé de treize ans,"
et qu'il était au séminaire de Villemarie, *' où il apprend à
lire et à écrire." Quel était ce Sr. de La Salle ? Evidemment
non le célèbre découvreur qui fut assassiné le 18 man 1687.
Qu'est devenu le fils ? D. G.
713. — Vers 1730, on voit q'un procès retentissant eut lieu
entre le» sieur et dame La Pérade et le curé Lcfcbvre de la
paroisse de Champlain. Quelles furent les causes qui donnè-
rent lieu à ce procès ? R,
714. — Y a-tril eu quelque genre de juridiction royale d'ex-
ercée dans les différents postes de l'Ouest Canadien sous la
domination française ? B. Sandwich
715. — Quel fut le premier journal publié au Canada ? L%
Gazette de Québec parut-elle, oui ou non, avant la Gazette
de Halifax ? J'aimerais bien à être fixé sur ce point.
A. P. B.
716. — Lors delà guerre de l'indépendance des colonies
américaines, le Congrès, prétend on, leva deux rJgi monts
an Canada. Let* noms des officiers de ces régiments ont-ils
été conservés ? A quelles batailles ces deux régiments pri-
rent-ils part ? Sold.
717. — Pouvez vous m'expliquer ce qu'étaient autrefois les
horse boats ou bateaux à chevaux ? Félix P.
718. — Quelle est l'origine du signe S dont nous nous
vons pour désigner le dollar américain ou canadien ?
X. X. X.
719. —La carte de Aubert est-elle bien la plus ancienne
carte du Canada ? Geogr.
• • • — ■ r—
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 6 JUIN 1900 No. 6
NOTRE-DAME DU PORTAGE
Notre» Dame du Portage doit »od nom à la situation de
sou église près de l'entrée du Vieux chemin du Lac. Ce
chemin ébauché pendant la rébellion du 1837 pour le trans-
port dt-B troupes anglaises de Madawaska à la Rivière-do-
Loup portait le nom de Chemin du Portage, probablement
parce qu'il y avait un portage sur son parcours.
Notre-Dame du Portage a été démembrée de Saint- Patrice
de la Rivière-du-Loup. C est le curé de cette dernière pa-
roisse, M. Narcisse Beaubien, qui fonda la mission. Dans
l'été de 1855, une chapelle— le presbytère actuel — fut cons-
truite. Elle fut bénie le 1er novembre, et le même jour la
première messe y était dite.
La nouvelle paroisse fut érigée canonlquement le 1er
février 1856 sous le vocable de la Sainte-Vierge et le nom
de Notre-Dame du Portage. Le 19 juillet de la même année
elle était érigée civilement.
Le 5 février 1857, le premier curé vint se fixer à Notre-
Dame du Portage pour conduire les travaux de la nouvelle
église qu'on se préparait déjl à b&tir.
L'églite, celle qui sert aujourd hui au eulto, fut construite
en 1859. La pierre angulaire fut bénie le 21 juillet par M.
Narcisse Beauoien, le fondateur de la paroisse. Ce ne fut
que le 7 août 1862 qu'elle fut bénie par M. Douce t, cur.< de
Saint André de Kamouraska.
Les curés de Notre-Dame du Portage ont été MM. J. Ë.
Michaud, 1857 1858 ; E. Rousseau, 1858-1860 ; U. Rousseau,
1860-1865 ; P. S. Vallée, 1865 1866 ; T. E. Beaulieu, 186C-
1870 ; N. H. Constantin, 1870 1878 ; L. E. Grondin, 1878-
1886 ; G. Chavigny de la Chevrolicre, 1886-1891 ; Joe.
Girard, curé actuel.
P.-G. R.
— 164 —
L'ABBÉ LOUIS-JOSEPH DESJARDIXS
Le 30 juillet 1795, Mgr Hubert, évêque de Québec, arri-
vait à Percé, en la Ga«pét>ie, en tournée pastorale, accom-
pagné de trou prêtre* français victimes de la Révolution.
C'était MM. P.-J.-L. Desjard ns. vii-aire-géuéral ; L. J. Des-
jardins, frère du précédent, et Y. Castanet.
Meesire Louis Joseph Desjardins était destiné à succéder
à M. Bourg, dans les missions de la Baie des Cbalenrs. M.
Castanet devait se fixer à Caraquet et avait la charge de
tout 08 les missions de la Côte sud de la Baie jusqu'à Mom-
ramcook.
Au commencement de septembre, l'évêque et sa suitear-
rivèrent à Carlet on, où M. Desjardins devait faire sa résidence
et le centre de ses missions. Mgr Hubert l'ayant réglé aint-i,
vu l'incendie de l'église de Bonaventure l'hiver précédent,et
aussi dans l'espoir de mettre un prêtre résidant dans ce der-
nier endroit.
M. Desjardins était un homme très instruit et très distin-
gué ; rempli de zèle pour l'embellissement du temple du Sei-
gneur et de la pompe des cérémonies religieuses, comme du
salut des âmes qui lui étaient confiées. Aussi, dès son arrivée,
ho rait-il à l'œuvre courageusement.
" Si Dieu a exaucé nos prières et nos vœux, écrivait-il à
Mgr Hubert, quelques mois après son arrivée, Votre Gran-
deur sera heureusement arrivée au terme de sa mission;
nous espérons que vous en avez bien supporté les fatigues
jusqu'au bout, et que vous exécuterez l'an prochain votre
projet de visiter le reste de l'Acadie. Si vous avez la bonté
. : de relâcher sur nos côtes vous mettrez le comble a nos
désirs.
" Votre présence et vos instructions pastorales, Monsei-
gneur, ont produit partout les plus grands effets. C'est une
consolation pour vos missionnaires d'avoir i cultiver un
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champ que vous avez si bien défriché. Noos tâcherons de
suivre en tout vos désire et vos exemples ; et nous n'oublie-
rons jamais la bonté paternelle avec laquelle vous nous avez
traités pendant cette mission. C'est un surcroit de bienfaits
qui voua assurent dans nos cœurs une éternelle reconnais-
sance."
M. Bourg avait généreusement fait don à l'église de Car-
leton des terres sur lesquelles étaient bâtis l'église et le pres-
bytère. L'église était inachevée et le presbytère avait besoin
d'urgentes réparations. M. Dosjardins se mit à l'œuvre en
arrivant, pour faire continuer ces travaux.
Au* si s'empreesa-t-il de demander à ses nouveaux parois-
siens de contribuer volontairement à une répartition qu'il fit,
aidé des notables de la place, pour mettre l'église en état de
célébrer les offices divins avec une certaine décence. Ces
travaux s'exécutèrent promptement,ot dès le mois de décem-
bre, les travaux de l'église étaient terminés. M. Desjardins
avait apporté avec lui plusieurs ornements pour servir au
culte et à l'ornementation do l'église. Mgr Pleasis, alors curé
de Québec, et qui estimait M. Desjardins d'une manière spé-
ciale, lui en avait, aussi envoyé une certaine quantité dont
M. Desjardins fait l'énumération dans une lettre toute chau-
de de reconnaissance et de bonne amitié qu'il écrivait au
futur évêque.
. " Les précieuses reliques, lui écrivait-il, tous vos bouquets,
votre ornement vert avec ses dalmatiques, nous sont parve-
nus en bon ordre. Il vous plaît appeler tout cela des vieil-
leries ; nous les prisons comme nos plus beaux ornements et
ne noua en parons qu'aux jours de grande fête. Xous avons
d'ailleurs estimé l'intention donantis et cela ajoute encore du
mérite aux dons.
" Il fallait voir la surprise, l'admiration de nos habitants
et surtout dee sauvages à la messe de minuit, quand nous
avons déployé ces richesses ! De leur vie, dirent-ils, ils n'a-
— 166 —
vaient jamais rien vu de ri beaux. En effet, il faut convenir
que notre cortège était pompeux, et l'autel fori bien ilia mi-
né... Vous avez beau Kmrire, mon cher curé, voue n'aviz
toujours point eu dans votre cathédrale une mesne de minuit
si brillante ; diacre et sous-diacre (?), cérémoniaire, thuri-
féraire, acolytes, rien n'y manquait, pas même la gravité du
célébrant. Cependant au milieu de l'office un fougueux
ouragan, qui a fait craquer tout les membres de notre église,
a troublé un peu notre sérénité.
" En mémoire de vous, dit-il plus loin, nous sèmerons avec
grand soin les beaux épis de blé d'inde, ainsi que le* lentil-
les et les fèves qui nous viennent, je ne sais de quelle main.
Venez en manger votre part cet été avec Monseigneur. Vous
ailes voir en parcourant mes domaines, s'il est possible à
votre misérable serviteur do les desservir convenablement.'''
En effet M. Desjardins desservait toute la Gaspésie depuis
la Rivière-au-Konard jusqu'à Pabo*. Et de plus Port- Da-
niel, Paspébia**, New Carlisle, établis depuis peu par des
loyalistes, et pour lesquels le gouvernement impérial dépen-
sa 82,000 louis sterlingsce qui fa if ait dire plus tard au juge
Thompson que cet argent n'avait pu être dépensé que pour
creuser des canaux sous terre, car tur le sol, on ne voit rien
qui ait pu motiver de si grosses dépenses. En outre M.
Deejardins desservait encore Bona venture, Cascapédiao,
Carleton et Re*tigomhe. Sur la côte sud de la Baie des
Chaleurs, la Kivière l'Anguille et l.i Rivière Jacquet. Il
avait donc rai>on do be plaindre de l'étendue de non domaine.
Aussi le fait-il dans une lettre pressante adressée à Mgr
Plessis, son ami.
" J'ai exposé succinctement à Mgr, dit il, la nécessité
d'être deux prêtre* ici : vous le sentirez vous- même j espère.
Je sais qu'il y a bien d'autres besoins dans cet immense
diocèse ; main de bonne foi, en aver, vous de plus urgent ?
Je n'insisterai point en parlant dans ma propre cause ; je
voue la donne à défendre. Mais observez que Percé seul,
avec l'Ile Bonaventure, la Pointe St Pierre, Gaspé et la
Grande-Rivière, aérait bien capable d'occuper un prêtre
toute l'année. Je crois que ces endroits pourraient aussi le
faire vivre, ti on doublait la dîme, ainsi que de justice, à
raison d'une desserte plus fréquente. Percé a besoin d'une
résidence un peu longue du missionnaire. Bonaventure et
Paspébiac occuperaient encore un homme de travail et le
soutiendraient, je crois, en augmentant un peu les honorai-
res. Carleton et Ristigouche sont assez, n'en doutez pas,
pour un homme qui veut bien faire ; car qui trop embrasse
mal étreint. Ainsi, vous voyez, mon cher curé, qu'au lieu
d'un il nous faudrait bien deux bons collaborateurs. Pesé/,
tout cela en présence du Prélat et de Dieu."
" Le petit frère de Caraquet (M. Castanet), a pris son vol
et me laisse un peu chagrin ; son arrivée m'avait comblé de
consolation.''
Le vœu de M. Dosjardins fut exaucé quelques années
après. Nous trouvons M. de la Vaivre, à Bonaventure, en
1797, et M. Alexin Lefrançois, à Percé, en 1801.
M. Desjardins a laissé à Carleton, lieu ordinaire de sa rési-
dence.des cahiers de délibérations paroissiales très bien tenus.
Le premier acte que l'on trouve dans ses cahiers est l'élec-
tion de Paul Babinau, marguiller pour l'année 1795*96.
Puis une liste de l'inventaire du vestiaire de l'église qui
n'était pas très garni.
A la date du 18 septembre 1795, les règlements suivants
consentis dans une assemblée plenièro de tous les habitants
du lieu, sont adoptés.
1er Quo suivant l'intention de Monseigneur, les mission-
naires seront transportés et accompagnés d'un poste à l'au-
tre par les habitants du lieu, chacun leur tour. C'est-à-dire
que le prêtre suivant les besoins de sa mission aura droit
de réquérir les habitants ou marguillers pour se faire con-
duire au poste le plus prochain qui sera obligé d'en faire de
même, sans que personne prétexte aucun motif pour s'en
dispenser à moins que de nécessité, au jugement des marguil-
lers. Les conducteurs n'auront rien à réclamer ou exiger
pour lour temps, frai*, etc., etc, attendu que c'est une corvée
de paroisse à supporter à tour de rôle.
2e II sera fourni gratuitement au prêtre-missionnaire tout
le bois de chauffage dont il aura besoin chaque année et pour
cela, chaque habitant en conduira lui même une corde par
an, ou moins s'il y en a assez ; ce qui sera soumis à la sur-
veillance des martial lors, qui, au cas de refus ou négligence
des partis, s'en plaindront au prêtre- missionnaire.
3e Le prëtre-mi&ùonnaire permettra aux habitants éloi-
gnés do se chauffer et retirer dan* sa cuisine avant les offi-
ces, autant qu'on s'y comportera décemment et que cela
n'entraînera jioint d'inconvénient.
4e Que les habitants travailleront immédiatement à répa-
rer la couverture du presbytère qui est mauvaise et qu'ils
feront leurs efforts pour arranger un appartement pour eux,
dans Ta partie vacante du presbytère du côté du nord qui
leur a été offerte par les prêtres missionnaires pour une plus
grande liberté réciproque.
5e Qu'il sera fourni cette année seulement nno quantité
de foin, environ 200 bottes, au prêtre missionnaire, attendu
qu'étant arrivant, il ne saurait s'en procurer.
6e Enfin, qu'on fera rentrer les vieilles dette* de legliw
pour faire finir celte Latine encore imparf aite et qui a déjà
besoin de réparation.
Ce document est sign.? par /achat ie Nadeau, Jean Le-
Blanc, Pierre Le Blanc et Claude Landry, marguillere.
L'absence presque continuelle du missionnaire avait étél»
cause, à Carleton, de bien des désordres. Aussi, M. De»j*r'
dins qui était un homme d'ordre et d'action, prit de suite
des mesures énergiques pour les réprimer, et la paroisse qiâ
était en formation avait besoin d'un guide prudent et
ré pour se constituer sur des bases plue solides.
Après avoir réglé et mia on ordre la discipline intérieure
de l'église, M. Desjardins fit continuer les travaux de répa-
ration et à cet effet, il préleva une répartition en argent et
en bois.
Durant Tété de 1 797 ,M. Desjardins fil la visite de ses mis-
sions et en fit un rapport circonstancié à Mgr Plessis^lors
curé de Québec et chancelier du diocèse, qui s'intéressait
beaucoup au succès des missions de la Baie dos Chaleurs et
, de la Gaspésie. Il écrivait de Percé en date du 8 septem-
bre :
" J'arrive du bout du monde, au moins du terme de ma
mission, de la Ri viôre-au- Renard. J'ai fait beaucoup de
chemin ; j'ai pris un aperçu des lieux, des gens et de ce que
l'on peut y faire par la suite avec un peu plus de loisir que
j'en avais à y rester. J'ai été quinze jours dans celte oxou r-
sion ; il faudrait y passer deux mois. La chose est imposa-
ble à moins qu'on ne me donne un confrère pour veiller au
centre de la mission, tandis que je courrais au loin. M. de
la Vaivre, je crois, serait bien propro à cet emploi et je serai
très content si vous pouviez m'en faire le cadeau à la Saint-
Michel.
Le chor Castanot n'est point oisif de son côté, comme
bien vous pensez. Je lui ai fait faire près de 50 lioucs pour
mo rencontrer, et il ne m'a point trouvé au rendez-vous .
Jugez de son impatience et de la mienne ; mais le devoir
m'appelait ailleurs et il a fallu tout lui sacrifier. J'espère
aller le joindre chez les sauvages de Miramichi, où il compte
cabaner cet hiver. Franchement nous faisons plus de caB
de ces pauvres chrétiens que do bien d'autres. Moi, je suis
très content des miens, et je me fixerais volontiers à Risti-
gouche avec eux si c'était possible."
Parlant de son église, il dit : " Notre oathédrale avance et
si, pour le coup elle n'est pas tout à fait à l'abri du feu,
j'espère au moins qu'elle sera à l'abri des fougueux aqui-
I
— 170 —
Ieries. Si voua pouvez y joindre un missel, n'importe la date
et le format. Oserai -je vous prier de me céder un de vos
RitutU Anglais : vous ne sauriez croire le nombre d'Irlan-
dais qui se trouve sur le* côtes. Je souhaiterais avoir quel- •
ques livres à leur mettre entre les mains pour les retirer de
l'oisiveté le dimanche. Tâchez de me procurer des Imitations
ou la Vie dévote.le CaUcU>irue de DouayAt Manuel. etc."
Enfin 31. Desjardins reçut avec joie le secours d uo auxi-
liaire.dana la personne de 3L de la Vaivre,prêtre francais.com-
me lui victime de la révolution et qui devait se fixer à Bon-
na venture. Ce prêtre était d'une constitution très faible et
nullement propre au ministère si plein de danger des lon-
gues et pénibles missions de la Gaspésie. Aussi, IL Desjar-
dins se réserva les plus pénibles^nelaissantau nouveau mission-
naire que Bona venture et Pa*pébiac.
Voici comment 31. Desjardins B'expri me sur l'arrivée de «on
confrère, dans une lettre adressée à l'évêque de Québec,
datée de Carleton, le 10 janvier 1797.
" J'ai reçu par M. de la Vaivre votre gracieuse réponse
du 18 octobre demier,et j'ai fait passer à Caraquet les dépê-
ches de Votre Grandeur pour 31. Castanet. Les démarches
elles sacrifices que vous voulez bien faire pour notre mis-
sion, nous pénètrent de la plus vive reconnaissance ; vous
ajoutez particulièrement à la mienne par le double cadeau
d'un excellent confrère et d'un superbe patron, (Saint Jo-
seph pour l'église de Carleton) qui me deviennent double-
ment chers, en les recevant de votre main.
" L'arrivée de M. de la Vaivre a causé dans toute la Baie
une révolution de joie ; olle a été extrême à Bonaventure.et
■
— 171 —
ma satisfaction a été complète en voyant que votre choix
remplissait tous mes désirs. J'espère que ceux de notre nou-
veau confrère seront aussi satisfaits, et qu'il trouvera ici les
consolations qu'il cherche dans le ministère ; il ne tiendra
pas à moi de lui adoucir les peines qui en sont inséparables-
" Je ne dois pas vous laisser ignorer qu'il se livre avec
beaucoup de zèle et de fruits a l'éducation de la jeunesse, et
qu'il est comblé de bénédictions par ce bon peuple avide
d'instruction. Agréez-en, après Dieu, notre gratitude com-
mune.
Tout le monde se flatte de votre visite cette année, et nous
faisons particulièrement des vœux pour qu'il plaise à Dieu
vous accorder la continuation d'une santé qui nous est si
chère."
M. Desjardins tenait un compte exact de toutes 8v h démar-
ches et en faisait un rapport Adèle à l'évêquo. Voici ce <ju il
écrivait en date du 13 mai suivant :
" Quand je vous ai écrit cet hiver par la voie du Mada-
waska, je me proposais de vous donner quelques détails rela-
tifs a la côte nord (de la Baie) ; le temps ne me l'a pas
permis.
" J'ai eu le plaisir do me réunir dernièrement à mes deux
confrères à Paspébiac et Bonaventure (M. de la Yaivre et
M. Castanet), où nous avons conféré des dispositions nou-
velles que nécessitait l'arrivée do M. de la Vaivre. Il,abien
voulu ee charger do Bonaventure, raspébiac et Port- Daniel.
Sa santé no lui permet pas d'écouter son zèle et d'étendre
plus loin sa mission. M. Castanet me remet Nipissiquit,atten-
du la grandeur do sa mission. Il est juste qu'il profite du
bienfait dont vous avez comblé la Baie, Ristigouche, Percé
et les environs me restent à desservir.
" M. Castanet jouit d'une excellente santé, malgré les fati-
gues inséparables de ses voyages d'hiver ; il conserve tou-
jours l'aimable caractère que vous lui connaissez.
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I
I
— 172 —
" Notre église de Carleton est en grande réparation et
doit être incessamment refaite à neuf. Un coup de vent
furieux a emporté une partie du toit. J'ai fiait défaire le
reste, et nous attendons le constructeur des églises de Bona-
venture et de Ristigouchc pour élever la nôtre sur le même
plan ; mais nos moyens en sont faibles, et l'incertitude pour
la pêche prochaine nous donne bien quelques inquiétudes.
Si Dieu nous conserve le zèle et le bon accord que j'admire
dans le plus grand nombre des habitants, j'espère voir la fin
de cette grande entreprise.
" L'espérance de voir cet édifice béni de vos mains, Mon-
seigneur, est un grand encouragement pour nous."
Comme on le voit par la lettre de M. Desjardins un désas-
tre, sous forme d'un furieux ouragan, si commun dans cette
partie de la Baie des Chaleurs, vint fondre au commen-
cement de mars 1797, sur l'église de Carleton encore mal
jointe et à demi terminée, en lui enlevant la majeure partie
de eon toit, et en disloquant ses membres jusqu'en sa fonda-
tion, la rendit inhabitable et impropre au culte. Ce fut une
dure épreuve pour les habitants de Carleton qui venaient de
faire tant et de si grands sacrifices pour sa construction.
Cette rude épreuve no les découragea point, et pleins de
confiance en la sagesse et l'habilité de leur missionnaire, et
do cette foi vive des anciens jours qui tend, hélas ! à dispa-
raît re, surtout lorsqu'il s'agit d'élever des temples à Dieu,ils
se mirent incessamment à l'œuvre et le 12 mars, dans une
assemblée plenière des habitants de la paroisse, sous la pré-
sidence de M. Desjardins, après invocation du Saint-Esprit,
on régla ce qui suit :
Il est représenté d'abord par M. Desjardine que tous les
évenéments viennent de Dieu, qui en frappant même son
église nous apprend à remonter à la source des biens et des
maux, etc, etc.
Le désastre de l'église fait le sujet de beaucoup de réfle-
xions ; le résultat de toutes, c'est qu'il faut arriver à une
— 173 —
prompte reparation, et comme toute la charpente est ébran-
lée et peu solide, le parti le meilleur et qui prévaut, c'est
qu'il faut refaire entièrement cette bâtisse et provisoirement
mettre le comble à terre. Louis Estiambro s'offrant d'ôter le
comble moyennant que chaque habitant lui donne deux
planches, la proposition est acceptée de part et d'autre.
Décidé que l'office se fera au presbytère on attendant la
reconstruction de ce grand édifice ; tout le monde promet
de contribuer de grand cœur, pourvu quo l'entreprise soit
confiée en de bonnes mains.
On autorise M. Desjardins d'écrire à Georges Deschemard,
entrepreneur de l'église de Bonaventure, pour lui proposer de
consolider celle-ci, en changeant le sanctuaire de bout, qu'il
soit à l'est.
On promet de payer le quartier des bancs de l'église quoi-
que ce quartier ne soit pas tout à fait expiré.
On choisit deux syndics, savoir : Claude Landry et Jeun
LeBIanc, auxquels Joseph Boudreau, marguillcr, se joindra
pour aviser aux marchés, réparations et dépenses convena-
bles, de concert avec le prêtre-missionnaire, pour les inté-
rêts do l'église.
Une souscription volontaire est ouverlo, afin que chacun
puisse contribuer suivant ses moyens, aux frais de la nou-
velle église.
On promet d'ajouter 10 clabords par habitant à la portion
déjà fournie et de donner en portion du temps par corvée
chacun son tour lorsque l'on on sera requis par les syndics
et les marguillers.
Les travaux de l'église commencés sous des auspices si
consolants, furent poussés avec vigueur ; et grâce à l'admi-
rable entente et la bonne volonté des habitants, ils furent
terminés au mois de décembre 1798.
Le 23 du même mois, après les annonces et préparatifs
convenables, les fidèles de la paroisse de Carloton étant as-
t i
h< Ni
RI
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— 174 —
semblés an son de la cloche, on procéda à la bénédiction
solennelle de l'église, sous l'invocation de St Joseph. Cette
cérémonie digne de remarque, ayant été accompagnée de
toute la pompe convenable au temps et au lieu, fut termi-
née par une invitation aux paroissiens de continuer leur en-
treprise, si bien commencée, et une offrande faite à l'église
par le prêtre-missionnaire, pour en encourager la parfaite
décoration.
Tout le monde sa retira pleinement satisfait, pénétré do
zèle et de reconnaissance pour la gloire de Dieu, sentiments
bien partagés par le pasteur du fidèle troupeau et le chef de
cette église naissante.
M. Desjardins avait contribué de sa bourse aux frais de
l 'église, en prêtant aux syndics une somme assez ronde pour
le temps (£65 11 3). Aussi pour l'ornementation du temple
et la pompe des cérémonies, de concert avec son frère le
grand-vicaire Desjardins. Voici d'ailleurs la liste des dons
fait4» à l'église de Carleton par ces 3Iessieurs :
1 Tableau de St- Joseph mourant, assez bon. Un autre de
la Madeleine, beau pour le temps ; 3 toiles peintes pour
devants d'autels, figures affreuses ; 1 ornement coraplet,vert
et violet, avec dalmatiques ; 1 Calice d'argent, à condition
que le petit qui était do la paroisse, serait à l'usage du mis-
sionnaire. Ce calice donné par M. Desjardins sert encore à
l'autel et est très bien conservé.
1 Tabernacle réparé avec 2 petites statues. Ce taberna-
cle a été donné plus tard à l'église St-Alexis de Matapédiao
où il sert encore. 1 Garnituro de six grands chandeliers et
la croix argentés. 4 grands bouquets et 1 grande couronne.
1 croix processionale, qui sert encore à la mission de Saint-
Louis do Gonzague, 1 croix en fer, au clocher, 2 grands-
reliquaires dorés, qui servent encore, 1 Statue de St-Joseph
dorée, 1 petite couronne du St Sacrement. C'était la coutu-
me alors do surmonter l'ostensoir d'une couronne durant
l'exposition. Ce qui est contraire aux rubriques.
M. Desjardins avait un grand zèle pour la maison du Sei-
gneur et s'efforçait de procurer à toutes ses mission» les
choses les plus essentielles au culte. C'est À lui que les églises
de la Baie des Chaleurs et de la Gaspésie doivent leurs pre-
miers tableaux qu'il avait apportés de France.
M. Desjardins fit une mission dans la Gaspésic,durant Tété
de 1798. Il écrivait de Percé, le 17 septembre 1798, à Mgr
Plessis, que Mgr Dcnaut venait de choisir pour son coadju-
teur, en 1797, et nommer Vicaire-Général.
" J'ai reçu votre consolante lettre du 19 juillet dernier au
retour de mon voyage du sud (de la Baie des Chaleurs).
Vous connaissez, j'imagine, l'étendue et les besoins de cotte
mission ; ils croissent surtout par la perte réelle que nous
venons de faire. La mort du cher M. Castanet ne justifie
que trop vos présagea et nos craintes ; c'est un grand deuil
pour Caraquet et pour toute la Baie. On ne peut être plus
chéri, ni plus universellement regretté. Je vous laisse à pen-
sor combien ce sacrifice m'est pénible et nous cause d'em-
barras.
" La Baie, je vous assure, ne m'offre plus que tristeeso ;
M. de la Vaivre est aux Invalides, et je n'en vaux guèree
mieux. Quand jugerez vous à propos do nous relever de
garde ? Vous nous faites espéror un prêtre pour Caraquet :
quand viendratil ? "
Mgr Plessis, qui s'intéressait tant aux missions de la Baie
des Chaleurs, s'empressa d'envoyer M. Joyer, autre prêtre
français, au secours de M. Deajardins et de son confrère de
Bonaventure. Aussi, M. Desjardins lui en témoigne t-il sa
plus v|ve reconnaissance dans une lettre datée du 20 février
1799 :
" Qu'il m'est doux et consolant, dit il, de vous entendre
parler de notre pauvre Castanet ; et que j'envie son heureux
sort ! Votre bon suffrage m'est un présage rassurant pour
lui, mais effrayant pour moi ; car je suis loin de lui ressem-
bler et de mériter tout ce que vous mo dites d'obligeant.
— 176 —
" L'arrivée de M. Joyer noua a fort agréablement surpris ;
il justifie à tous égards le jugement favorable que vous en
avez porté. Nous nous accordons à le croire digne d'occuper
son poste, b'i recommandante par les vertus du cher défunt ;
puisse-t-il en faire revivre les rares qualités ! Ceet un sujet
d'édification et de réforme pour M. do la Vaivre et pour moi.
Nous craignons uniquement pour M. Joyer que ses forces
ne répondent pas tout à fait à son zèle et aux besoins de «a
pénible mission ; mais nous lo croyons autant prudent qu'é-
clairé, et l'exemple fatal de son prédécesseur lui servira sans
doute de leçon pour ménager ses forces.
" Notre église, enrichie de vos dons, commence à prendre
une assez bonne tournure. Nos maîtres chantres se sont fort
bien parés de vos chappes."
Le 2 janvier 1799, M. Desjardins présidait une assemblée
des habitants de la paroisse, pour régler d'une manière défi-
nitive la rente des bancs, qui jusqu'alors se faisait bien irré-
gulièrement et était souvent la cause de troubles et de divi-
sions parmi les intéressés.
Il fut réglé . 1° Que les dits bancs, auxquels tous les fon-
dateurs qui ont rempli leurs obligations ont un droit légi-
time, demeureront à per pétuité dans chaque famille, autant
que la rente annuelle en sera payée ou qu'il n'y aura point
d'accidents ou causes imprévues pour en dispenser, au juge-
ment du prCtre curé et des marguillers du lieu.
Cet article fut annulé peu de temps après, à cause des
inconvénients qui en résultaient dans une paroisse nouvelle.
2° Que la rente des dits bancs sera de 5 scheilings pour
les 5 premiers de chaque rang ; de 4 scheilings pour les 5
suivants, et de 3 scheilings pour les 5 derniers, payables au
plus lard dans le courant du mois d'août, au moins avant la
St Michel, chaque année.
3° Qu'indépendamment do la rente annuelle ainsi fixée, il
sera libre à chacun de mettre à l'enchère pour l'acquisition
ou entrée du banc une fois payée.
9
>
:
4° Que la rente et l'entrée des dits bancs seront payées en
argent, ou en effets du pays, grains, poisson, et au prix d'ar-
gent, dans le cours du mois d'août prochain, et ainsi chaque
année, entre les mains du marguiller en charge, sous peine
de perdre son bane qui, à ce défaut, serait mis à la criée,
après deux avertissements.
5° Que l'église fournira elle-même les bancs, et qu'on en
tiendra compte eur le prix d'achat à ceux qui s'en procure-
r ont, libre aux pères de famille de faire mettre leur banc au
nom d'un de leurs enfants ; il sera également libre à chacun
do sous-louer des places dans leurs bancs à toute personne de
la paroisse qui n'aura pas refusé do contribuer pour quelque
chose à l'église.
Cet article, contraire à la jurisprudence paroissiale, fut
annulé comme abusif, par Mgr IMessis, lors de sa première
. visite à Carleton.
6° Que 1rs fondateurs auront un droit exclusif aux dits
bancs pour chacun un ; mais que les dits fondateurs, une
fois remplis, s'il reste des bancs, il sera libre à tout le monde
de mettro det-sus à l'enchère, même aux fondateurs eux-
mêmes, si un banc teul ne leur suffisait pas.
Ces règlements, quoiqu'ils ne fussent pas on tout confor-
mes au droit paroissial, que M. Desjardins ignorait, étant
arrivé depuis peu au pays, avaient cela de bon, qu'ils fai-
saient cesser les contestations et mettaient tin aux désordres
qui régnaient alois au sujet des bancs.
Cependant, ces règlements furent modifiés un peu plus
tard par M. Desjardins. Ainsi, lo 19 mars 1799, en la fôte
de St-Joeeph, une assemblée de paroiBBe est tenuo. M. Des-
jardins présenta à rassemblée les modifications suivantes,
qui furent acceptées et conclues de part et d'autre :
1° Que la perpétuité des bancs étant contre l'usage de
l'Eglise du Canada et sujet à beaucoup d'inconvénients, les
bancs resteront tels qu'ils ont été adjugés, sauf la perpé-
— 178 —
tuité, qui est aujourd'hui annulée ; ainsi on se conformera
pour les dits bancs, autant que possible, suivant les usages
de l'Eglise du Canada pour l'avenir.
2° Il a été convenu que la terre do l'église, située sur le
Cap, entre celles de M. Rimphosae et de Charles Bourg, sera
vendue à George Deschomard, con tracteur de l'église, pour
la somme de trente piastres, à payer en ouvrage pour Vé'
glise, si toutefois Monseigneur l'évêque y donne sou consen-
tement ; eo qui sera requis pour la validité du marché.
Monseigneur ayant refusé son consentement à ce marché,
la vente n'eut pas lieu.
3° Four encouragement et reconnaissance des chantres de
l'église, il a été proposé et arrêté que, pendant leur vie, ils
auraient une place dans le chœur,et qu'a leur mort,il seraient
enterrés dans l'église, qui pourvoiora à leurs irais d'enterre-
ment et au service du jour, de la mauièrela plus convenable,
pour reconnaître leur» bons offices rendus à l'église.
La dernière partio de ce règlement fut déclarée abusive et
annulée, comme contraire à la jurisprudence du diocèse de
Québec, par Mgr Plessis.
4° Arrêté aussi qu'on fera finir le jubé et qu'on payera un
ouvrier en conséquence.
Enfin, dans une assemblée de paroisse tenue le 29 juin de
la même année, on passe une résolution conformément aux
instructions de l'évêque de Québec, à l'égard des bancs ;
savoir : qu'ils resteront sur le prix do l'adjudication une fois
payés et la rente annuelle, sauf qu'il n'y aura point de per-
pétuité.
Dans le courant de l'été 1799, M. Desjardins se rendit à
Québec, dans les intérêts de ses missions. Do retour dans la
Gaspésie, au mois d'octobre, il adressait une lettre à Mgr
Plessis, en date du 6.
" Vos sages conseils, lut dit-il, m'ont un peu rassuré, et
vos bonnes prières boaucoup protégé dans mon heureux
— 179 —
retour. Trois jours passas à l'Ile-aux-Grues, et quatre pour
nous rendre ici, voilà l'histoire de notre voyage, qui n'offre
rien d'intéressant que la joie de l'équipage et la sensibilité
du capitaine, surtout lorsqu'on parlait de vous, sujet trop
agréable pour ne pas y revenir à plusieurs fois.
" Je me félicite plus que jamais d'avoir repris le chemin
de la Baie, et il me semble que c'est un plaisir assez partagé
par mes bonnes âmes ; puissé-jo répondre à leur espoir et
au vôtre ! J'ai besoin de votre indulgence et de vos prières ;
je les réclamo avec instance. La bonté très affectueuse avec
laquelle vous avez bien voulu me recevoir chez vous ot m'y
mettre si à mon aiso me pénètre de la plus vive reconnais-
" Vous croirez aisément qu'il m'en a un peu coûté de
quitter Québec, un frère et, j'ose dire, des pères ; dos amis
tels que ceux que j'ai trouvés en vous et M. Gravé méritaient
bien quelques regrets. J'ai accepté cette mission de votre
main avec une nouvelle joie ; je vais me mettre en hiverne-
mont à Carleton. Je me propose do revenir do grand prin-
temps (en Gaspésie), pour passer ensuite l'été à Kistigou-
che, y cultiver un peu mes sauvage-» et des patates, s'ils
peuvent en avoir à planter."
Les Acadiens do Carleton, commo leurs cousins canadiens,
avaient conservé le caractère pas toujours facile que l'on
retrouve partout où la race française s'est implantée. Ils
n'étaiont pas exempts des défauts propres à leur race. Une
certaine légèreté d'esprit, qui s'inspire souvent bien plus
volontiers des impressions présentes que des prévisions de
l'avenir ; une vanité individuelle qui, dans le commun de la
vie, rend souvent insupportables les uns aux autres ; un
grand amour de la critique et du commérage, avec une jalou-
sie innée de ses voisins ; enfin, un penchant trop prononcé
pour les procès et la chicane, a propos de rien et à propos de
tout ; voilà en quelques mots lo caractère propre à notre
race.
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M. Desjardins, qui souffrait intérieurement de ces désor-
dres, voulut prendre un moyen très efficace pour guérir le
mal dee divisions intestines, des procès entre voisins, qui
menaçaient l'existence de la fortune des habitants de aa-
LeOaoût 1801, il réunit en assemblée plénière tous les
habitants de Carleton, dans l'église du lieu, à l'effet de pren-
dre des mesures nécessaires pour faire cesser les procès rui-
neux. Voici ce document important :
Les habitants de Carleton, convoqués en assemblée de
paroisse, il a été proposé, sur la représentation du prêtre-
missionnaire, qu'il serait fort à propos de prévenir toute
espèce de procès entre les habitants du dit lieu et régler cha-
ritablement par arbitres tous les différends qui pourraient
survenir, de choisir trois syndics parmi les anciens de la
paroisse, d'un caractère approuvé, pour décider et arranger
entre eux toutes les affaires qui seront de leur ressort.
Conséquemment, Olivier Bariault, père, Claude Landry et
Jean-Charles Landry ont été élus à la pluralité des voix, et
ils ont promis de se conformer aux sages règlements qui
seront faits pour déterminer leurs fonctions et les indemniser
de la perte de leur temps, selon les circonstances à venir.
L'assemblée a été terminée par une tendre invitation de la
part du pasteur a tous les paroissiens de persévérer dans la
paix et la charité, et de conserver pour lui un attachement
qu'il a témoigné lui-même ressentir pour son troupeau.
Dans cette même assemblée, les marguillers ayant désiré
reconnaître les services et les présents considérables des
Messieurs Dus jardins en faveur de leur église, ont proposé la
fondation de deux messes basses annuelles à perpétuité pour
leur famille, aux frais de la fabrique, l'une le 20 mars, l'autre
le 1er mai, et qu'elles seront recommandées au prône.
La vive reconnaissance des marguillers et de tous les habi-
tants se serait portée à des témoignages encore plus géné-
reux et bien plus étendus envers Mcssires Desjardins, s'ils
n'avaient été retenus par la juste modération de leur pas-
teur, qui s'e9timait très heureux d'avoir pu mériter un sou-
venir durable dans les prières d'une paroisse qui lui était
très chère, et qu'il ne quitta pas sans le plus profond regret.
En effet,dans l'automne de 1801, M. Desjardins dut quitter
Carleton et ses chères missions de la Baie des Chaleurs. Sa
faible santé ne lui permettait plus de supporter les tatiguea
et les dangers de ces longues et pénibles missions.
De retour à Québec, Mgr Denaut le plaça à la cathédrale,
auprès de son ami et protecteur Mgr Plessis. Ce prélat avait
une affection particulière pour cette généreuse phalange de
prêtres français, victimes de la révolution, qui avaient pré-
féré l'exil que de prêter serment à la constitution civile du
clergé. En quittant la France, M. Desjardins avait renoncé
à un canonicat dans la cathédrale de Bayeux.
M. Desjardins devint curé d'office de la cathédrale de
Québec, et, peu de temps après, il fut nommé chapelain d e
l'Hôtel -Dieu de Québec.
Cependant, l'ancien missionnaire de la Gaspésie et de la
Baie des Chaleurs continua de s'occuper de ses chères mis-
sions, dont il s'était constitué le procureur et le pourvoyeur
bienfaisant. Connaissant leurgranle pauvreté et leur dénué -
meut, il ne manquait jamais de mettre à bord des bateaux
pêcheurs qui retournaient après avoir vendu leur cargaison,
des objets de toutes sortes pour les églises, du linge, des orne-
ments et jusqu'à des tableaux, dont plusieurs avaient quelque
valeur au point de vue de l'art. C'est dans l'exercice de cette
charité qu il passa les nombreuses années de son séjour 4
Québec.
Arrivé à l'âge de 80 ans, il parlait encore avec bonheur du
ministère qu'il avait exercé au milieu des plus abandonnés.
Voici en quels termes parlait de ce vénérable vieillard M.
Doucot, missionnaire à Percé, en 1845 :
— 182 —
" Le vénérable M. Desjardins ne cesse de peneer à noua : il
noua écrit souvent. II nous envoie de petits présents pour
noua encourager ; il me dit qu'il quête pour nous le spiri-
tuel et le temporel. Je souhaite ardemment que Dieu con-
serve ses jours ; car certainement, nous perdrons beaucoup
en le perdant (20 déc. 1845).
" L'économe de nos missions, dit le même missionnaire, se
montre jaloux de partager avec Votre Grandeur le bonheur
de procurer la gloire de Dieu en embellissant ses temples ;
le même bâtiment qui a apporté vos effets a au*si reçu à mon
adresse une caisse préparée par ses soins et remplie de diffé-
rents articles pour nos missions. C'est un grand encourage-
ment pour moi dans la tâche do réparer les chapelles et de les
munir convenablement de tout ce qui concerne le culte."
(24 août 1846).
Le 31 août 1848, M. Desjardins s'éteignait pieusement dans
le Seigneur, plein de jours et de mérites, à l'âge avancé de 82
ans et demi, et fut inhumé dans l'église de l'Hôtel- Dieu de
Québec.
L'aubé E.-P. Cholinàrd
N. B. — Mgr Tunguay, dans le Répertoire du clergê]cana~
dien, dit, en parlant de M. Desjardins : " Il a longtemps
porté lo nom de Desplantes ; il n'a pris celui de Desjardins
qu'à la mort de son frère."
C'est uno erreur. A son arrivée en lu Gaspésie, M. Des-
jardins signe, conjointement avec son frère, le grand-vicaire
DeBjardinp,un acte de baptême fait par Mgr Hubert,à Gaspé,
le 31 juillet 1795, de son vrai nom de Desjardins, et ainsi
dans tous les cahiers et registres de ses missions qu'il a lais-
sés.
E.-P. C.
REPONSES
La pitié ancienne carte du Canada, (VI, V,
719). — Aux yeux de nos historiens, la plus ancienne carte du
Canada est celle d'Aubert, qui date de 1508 à peu près, mais
elle no montre que l'entrée du Saint-Laurent tandis que la
belle pièce dont je vais parler nous mène jusqu'à Montréal ,
en 1546. Elle fut dessinée par un prêtre, Pierre Desceliers,
l'un des créateurs de l'hydrographie française. Il est visible
que l'auteur y a travaillé avec conscience, tout en se trom -
pant parfois.
Les rivagos de nos provinces maritimes sont chargés de
noms, preuve que, déjà, ils étaient fréquentes par les Euro-
péens. Les formes de l'Acadio do la baie de Fundy sont mal
déterminées. L'ensemblo du groupe y compris lo Nouvoau-
Brun&wick, porte le nom de " terre des Bretons." Il y a le
nom de " cap Breton." Le " cap Despoir " est placé près de
l'entrée sud do la baie des Chaleurs.
Remontant lo fleuve, rive sud, on voit lo mot " Canada "
dans les terres, au sud de l'île d'Orléans.
A la rivièro Chaudière estlo mot " Languillo." Le torme
11 Cap," tout soul, figure à peu près où se trouve le cap à la
Kocho, près Lotbinière le même que le " cap à l'Arbre " du
X Vile siècle.
La rivièro Chambly est tracée, mais pas de nom.
Via à vis ce que je crois être l'île Sainte-Hélène, on lit :
" St-Malo." C'est Longueuil à présent.
L'île de Montréal n'est point indiquée. La jonction de
l'Ottawa avoc lo St-Laurent est nette mont visible. Ces deux
cours d'eau ne remontent pus loin au delà de Montréal sur la
carte en question. Il va sans dire que les grands lacs sont
inconnus.
Descendant lo fleuve, rive nord, la première inscription
qui se présente est " Le Sault," c'est-à-dire le courant Sainte-
Marie, entre l'île Sainte Ilélène et l'île do Montréal.
— 184 —
Vers Lanoraie est écrit : " terre Jacob."
Les Ile du " lac d'Angoulème " (Saint Pierre) sont au nom
bre de dix.
Une rivière qni doit être la Maskinongé, venant d'assez
loin dans les terres se décharge au lac.
Ensuite on voit " Mont de proy," comme pour désigner
les coteaux des Trois- Rivières, vus de la Pointe du Lac.
La désignation de " R. de Fouez," d'après l'orthographe
do Cartier, se voit i l'endroit où devrait être marqué le
Saint-Maurice, car cette rivière est totalement omise.
A mi-chemin entre Trois-Rivières et Québec, on lit "Oche-
laga." C'est plutôt le lieu que Cartier nomme " Achelacy."
Nous arrivons à " Franceroy," aujourd'hui Cap Rouge à
la sortie de la rivièro Jacques-Cartier. C'eBt le Bite du campe*
ment ou fort établi par Cartier on 1541 et habité par Rober
val l'année suivante.
Tout auprès de ce lieu, mais dans les terres est esquissé
un château fort, évidemment bien plus pompeux que ne l'é-
taient les palissades plantées par nos deux navigateurs. Au
rivage, il y a " Sainte X," voulant dire " Sainto-Croix " nom
donné alors à la rivière Jacques-Cartier.
" Stadac " est mis pour l'abréviation de " Siadaconné," à
l'endroit de la ville de Québec.
Avantquo de descendre jusqu'à " VedeCoudre " que Cartier
avait appelée " L'IsIe ès Coud res," on rencontre " Agob
arda " ou quelquo chose de ce genre, inintelligible pour moi.
La " R. du Saguenay " est fortement tracée ; elle fait une
courbe au sud et se prolonge jusque derrière Lanoraie. Là
se trouve la figure en pied de Roberval, avec une compagnie
de soldats. Je suppose que, faute de place disponible dans le
voisinage de Franceroy le dessinateur a choisi un espace en
blanc pour mettre hou petit tableau. Sous les pieds des sol-
dats est écrit : " Le Sagnay " en grosses lettres. On cro-
yait, en effet, que le Saguenay était un royaume du nord,
situé entre lea rivières Saguenay et Ottawa.
— 185 —
Au nord do Tadoussac e*>t éVriten gmnles lettres " Oche-
laga." Cartier D'applique ce nom qu'à Montréal.
On retrouve le mot " Cunada " aux environs de la rivière
Betsiamite. C'est vers ce lieu que Cartier signalait lo commen-
cement du " pays de Canada," lorsqu'il entra dans le grand
fleuve, en 1535.
La copie que j'ai mous les yeux est d < quatre ou cinq fois
moins grande que l'original. Nul doute que cette pièce, ou
une bonne copie, de la même dimen*ion, me révélerait d'au-
très détails qui passent inaperçus dans la copie restreinte que
je possède. Benjamin Sulti
Les uniformes français au Canada sous
Montcalm* (111, II, 290).— Voicj un extrait d'une lettre
que M: Alfred Garneau, d'Ottiwa, madré**, en réponse a
à une demande que je lui fis pour renseignements sur les
divers costumes des militaires qui servirent au Canada en
1756. J'avais soumis à ce savant antiquuire des lettres reçues
à ce sujet de la part d'un historien des Etats-Unis. Mes loi-
sirs as*es rares à cette époque et surtout I'ab«ence, dans ma
bibliothèque, d'ouvrages sur cette question, m'avaiont rendu
impossible lea recherches nécessaires pour éclaicir ce point
d'histoire. Je comptais avec raison que mon érudit ami trou-
verait tous les renseignements nécessaires dans la vacte biblio-
thèque parlementaire d'Ottawa.
La réponse do M. Garneau a trait aut régiments français
qui plus tard prirent part à la campagne du Canada.
Je livre avec plaisir ce* notes aux chercheurs qui savent
apprécier les Rechcrcfie* Historiques.
J.-M. LXMOINE
" Je vou* dirai que les régiments en question su nommaient
La Reine, Languedoc, Guienne, Biarn, La Sarre et Royal
Roumllon. Je ne pense pas qu'il y eut d'autres troupes que
des détachements de la marine et des milices dans toute la
vallée de l'Ohio.
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— 1*6 —
u Quoiqu'il en toit, void quel* étaient les costume* et
1756.
" Les six régiments — comme au reste toute l'infanterie
française — portaient le même uniforme qui était gris-blanc
Ils ne se dUti nguaient entre eux que par la couleur de* ^anr-
ments. la coupe de la poche de I habit, la couleur des bou-
tons, etc. en commençant par V La queue que Ton portait
poudrée à blanc :
T Le chapeau, petit tricorne noir, bordé de jaune ou de
blanc (d'or ou d'argent; peut-être avec une cocarde sur les
retroussés.
u La Sarre, Languedoc, Royal Roupillon, Guyenne et
Kearo portaient la bordure jaune ; La Reine, bordure blan-
che. Les Grenadiers portaient le bonnet d'oursin avec fond
de drap de la couleur distinctive, orné de glands blancs ou
jaunes.
" Les troupes en Canada avaient-elles un autre chapeau
pour l'biver ? Je l'ignore.
"3° Le col noir «'attachant derrière le col avec une bou-
cle, avait les parements rouges et les boutons jaunes. Le
régiment de la Reine avait le- parements rouges et les bou-
tons bleus. Point de revers aux habits.
" En Canada, les soldats portaient, pendant l'hiver, un
capot avec capuchon, pardessus l'habit.
" 5° La veste (à manches), qui descendait jusque sur les
cuisses. De la même couleur que 1 habit jusqu'en 1757.
" J'ai lu dans le livre De Montcalm en Canada que, lors-
qu'ils partaient l'été en expédition, nos soldats " laissaient
leurs vestes."
" 6° La culotte, comme l'habit de la veste, était grise.
" 7° L'infanterie portait la guêtre. Cette guêtre, qui mon-
tait au-dessus du genou, était de toile blanche, avec jarre-
tière et boutons noirs. Lorsque les soldats ne portaient pas
la guêtre, ils avaient des bas longs, de la couleur des pare-
ments, je crois.
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" Nos troupes, on campagne, avaient des mitasses, qui
servaient de guêtres.
" 8° En été, elles portaient des soulier* de peau de bœuf
tannée ; en hiver, des souiera de chevreuil à la manière sau-
vage.
" L'année 1757 vit changer la couleur, mais non la coupe
de l'uniforme en France.
" Le» gravures me donnent, pour nos six régiments, les
enluminures que voici :
M Royal Rousuillon, La Surreet Languedoc : habit blanc,
collet et parements bleus, doublure blanche aux retroussés
des basques, veste rouge, boutons jaunes.
" Béarn et Guienne : habit blanc, collet, paiements et
veste rouges, retroussés blancs, boulons jaunes.
"La- Heine: habit blanc, collet et paremonts rouges,
retroussés blancs, veste bleue, boutons blancs.
" Je ne puis dire à quelle époque ces régiments ont pris,
en Canada, le nouvel uniforme, ni même s'ils l'ont jamais
porté.
" Je passe maintenant au costume des troupes do la marine.
D'après une gravure du livre Costumes militaires français,
l'uniforme des soldats des régiments de la marine (l'infan-
terie) consistait, en 1756, en un habit gris-blanc, à parements
noirs et à boutons jaunes ; veste et culotte gris blanc.
" En 1757 : habit blanc, parements et collet noirs, boutons
jaunes, veste rouge, culotte blanche.
" Je lis, dans l'ouvrage que j.» viens de citer, qu'il y avait
aussi des Compagnies franches de la marine, dont voici le
costume en 1755 : habit blanc, doublure bleue ; veste,
culotte ot bas bleuB jarretière blanche,souliers à boucles,cha-
peau noir bordé de jaune, avec cocarde.
" Les milices canadiennes avaient-elles un uniforme ?
" Je n'en sais rien. Mes recherches sur ce point ont été
vaines.
— 188 —
" En France — année 1757 — les milice* étaient habillées de
gris-blanc : habit, vente et culotte étaient de cette couleur,
guêtres blanches avec jarretière et boutons noirs. Le cha-
peau (grand tricorne) avait une bordure blanche. L'habit
était déboutonné et le ceinturon sur la veste.
" Dans tous ces corps, les capitaines ne paraissent se dis-
tinguer des soldats que par le hausse- col et l'esponton. Le
hausse col était " une petite plaque en forme de croissant et
bombé de cuivre doré, que les officiers d'infanterie portent
au-dessous du cou, lorsqu'ils sont de service actuel " (Diet,
de V Académie).
" A la bataille du Malengueulé, Beau jeu, " en habit de
chasseur canadien," était distingué par son hausse-col d'offi-
cier (Notice sur Daniel Hyacinthe- Marie- Lienard de Beau-
jeu, par John Gil. Shea).
" En 1756, les capitaines et les officiers supérieurs d'infan-
terie portaient des espontons (demi -piques), longs de 8 à 9
pieds, excepté ceux des Grenadiers, qui portaient le fusil.
Les lieutenants et autres officiers subalternes avaient le fusil
à baïonnette et la giberne (qui s'appelait alors la cartouche)
sur le devant du ceinturon de leur épée.
" Les sergents avaient une hallebarde, excepté ceux des
compagnies de grenadiers, qui portaient le fusil.
" L'armement du soldat consistait en un fusil, une épée et
une baïonnette.
" L'épée est à poignée de cuivre jaune ; elle est suspendue
sur la hanche gauche, à une buffeterie blanche, et s'allonge
obliquement en arrière ; un peu au-dessus est accrochée au
même ceinturon la gaine de la baïonnette, posée de travers
comme l'épée. Une bandoulière blanche passe sur la poi-
trine de gauche à droite et soutient la cartouche (giberne),
" Quoiqu'on se servit depuis quelques années de cartouches
pour amorcer et charger, plusieurs régiments portaient en-
core des poires à poudre suspendues à leurs gibernes ou à
leur bandoulière'1 (Costumes militaires français).
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— 189 —
! I
" J'allais oublier de décrire l'uniforme du corps royal ^ar-
tillerie. Je crois qu'e n 1756, comme en 1747, il consistait en
un babit bleu, doublé et parementé de rouge, en une veste
et une culotte rouges, et des guêtres blanches avec jarretières
noires, ou do longs bas rougts, avec jarretières jaunes.
" L'armement des officiers consistait en une épée ; les ser-
gents avaient la hallebarde. " Les artilleurs, quoiqu'ils eus-
sent des fusils, ne les portaient presque jamais ; i's ne gar-
daient que l'épée."
" Voilà tous les renseignements que j'ai pu ramasser ;
je vous les envoie pôle-môle, regrettant n'avoir pas le temps
de les coordonner.
" Si je déterrais quelques nouveaux détails, je m'empres-
serais de vous los passer.
" Vous-même, monsieur, si vous savez quel était le cos*
tumo de nos troupes coloniales canadiennes, " troupes fran-
ches milices," je vous prie d'être si bon que de m'en faire
part. Je suis curieux de le connaître.
" Alfrkd Garneau."
Le Dr Wolf red Nelson. (IV, V, 455).— Le doc-
teur Wolfred Nelson est sans contredit l'un dee hommes dont
le nom s'est trouvé le plus souvent mêlé aux événements po-
litiques du pays.
- Il commença sa carrière en qualité de chirurgien dans un
bataillon levé dans le district de Richelieu, dans la guerre
de 1812. Il entra dans la vie publique active en 1827 et
représenta la ville de Sorel en parlement.
Plus ta rd il se dévoua exclusivement à la pratique de sa
profession et plaça des capitaux dans des entreprises indus-
trielles.
En 1832, il fut un des Canadiens les plus ardents de cette
époque à résister aux tyrannies métropolitaines.
Quand l'infâme politique due aux conseils d'un Ogden eût
décidé de pousser à bout une population tranquille et loyale,
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— 190 —
mais qui voulait maintenir intacts doe droits reconnus de-
puis comme inviolables et sacrés, il se rangea du côté dos
opprimés et offrit la résistance d'abord passive, puis active
à laquelle la duplicité de la politique coloniale poussait la
population.
En novembre 1837, apprenant qu'un corps de troupes ve-
nait de Sorel à St- Denis pour l'appréhender au corps ainsi
que plusieurs autres canadiens marquants, il accepta le com-
mandement de cette poignée de braves qui,avec 120 mauvais
fusils et sang artillerie.repoussèrent un régi ment de ligne sous
les ordres du colonel Gore.
La défaite de Saint Charles deux jours après,Ie força ainsi
que ses amis, de renoncer à toute idée de résistance, et il es-
saya de se sauveraux Etats Unis mais sa tête avait été mise
à prix et il fut arrêté duns sa fuite, épuisé de fatigue et de
faim dans les bois. Ramené en prison, il s'y montra ferme et
sut s'attirer le respect des séïdes du gouvernement. Il fut
l'un des huit qui furent illégalement condamnés à l'exil par
lord Durham. Après la disgrâce de celui-ci il revint aux
Etats Uni* et s'établit à Plattsburg.
Avec le nolle prosequi de 1843 il revint eu Canada et s'éta-
blit à Montréal, en 1844.
La sympathie publique se manifesta en sa faveur de plu-
sieurs manières, et il fut élu membre de l'assemblé Législa-
tive. Il suivit le parti libéral d'abord avec zèle et sincérité.
La lutte qui survint entre M. Papineau et M. Lafontaine,
quand celui-ci commença à faire du libéralisme conservateur
et se rejeta dans la politique rétrograde, vit le Dr Nelson,
oubliant trop ses antécédents, faire une guerre acharnée à
AL Papineau, simplement pour essayer de déconsider ce
grand citoyen au profit du parti du paesé, et se mettre mal*
heureusement en contradiction avec lui-même sur les évé-
nements de 1837. Cette lutte lui fit perdre beaucoup de sym-
pathies dans le pays, et il sortit de la vie publique en 1S54.
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— 191 —
Cette même année il fut élu maire do Montréal et le fut deux
an».
Après sa sortie de charge il fat créé inspecteur des pri-
sons^ituation dans laquelle il arendn d'importants services.
A partir du 1861, la santé du Dr Nelson commença à dé-
cliner et le mercredi 17 juin 18G3 il rendait le dernier sou-
pir à sa résidence a Montréal No. 21, Petite rue Saint-Jac-
ques, âgé de 71 ans. L'enterrement eut lieu àSorelle samedi,
20 juin suivant, dans l'après-midi. Ed. Aubé
Lea " home boat*." (VI,- V, 717.)— Les horse boats
étaient utilisés pour la traversée entre Québec et Lévis,entre
Québec et Montréal, entre Montréal et Longueuil, et en
quelques autres localités. Ils avaient la prétention d'être
plus rapides que les bâtiments à voiles, ou du moins plus
commodes qu'eux, lorsque surtout la briso ne soufflait d'au»
cun côté.
L'ancienne génération se rappelle encore parfaitement ce
mode primitif de navigation, qui fut longtemps en usage et
quo les progrès envahissants de la science mécanique devaient
faire disparaître.
Le mécanisme des horse boats était assez ingénieux, quoi-
que fort simple. Le bateau portait de chaque côté des roues
à palettes mises en branle par quatre ou six chevaux qui
tournaient autour d'un gros poteau vertical, espèce de tour-
niquet, qui communiquait son mouvement à l'arbre de
couche.
Ce mode de propulsion n'imprimait point sans doute la
vitesse que les bateaux soumis à la vapeur devaient acquérir
plus tard, mais la chronique rapporte que nos pères s'en
trouvaient fort bien et qu'on tenait l'invention du horse
boat pour être quasi merveilleuse.
Les premiers horse boats paraissent dater de 1812 à 1815,
et ne furent définitivement abandonnés qu'en 1850.
Beauséjoub
il:
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y!
QUESTIONS
720. — La Gazette de Québec du 18 juillet 17G5 annouce :
" On va établir oet été une fonte de cloches à Québec." Ce
projot a-t il jamais été mis à exécution ?
X.X.X
721. — N'y a-t-il pas eu deux généraux anglais du nom de
Amhertt lors de la conquëto ? Sir Jeffery Ambert, lorsqu'il
s'empara de Louisbouig, en envoya la nouvelle à la cour par
un de ses frères, officier dans son armée. Ce dernier revint-
il au Canada ? Cm
722 — A la date du 20 juin 1 759, nous lisons dans le
Journal de Malartic : " Nous apprenons que M. Aubert a eu
connaissance de <fUato*se vaisseaux d'augmentation ; que la
brume l'a empêché d'en compter un plus grand nombre."
Quel est ce M. Aubert qui signale aiusi la flotte anglaise ?
An?.
723. — Le fameux comte ou marquis de Puitaye avait
épousé, dit-on, une canadienne. J'ai essayé de me procurer
le nom de sa femme et n'ai pu y réussir. Quelqu'un de vos
lecteurs le connaîtrait-il ? Les concessions de terrains qu'a*
vait obtenu le comte de Puisaye dans Ontario sont-elles
encore entre les mains de ses descendants ?
R O. B.
724. — Qui a introduit et enseigné lo premier la théologie
de saint Alphonse de Liguori dans les grandsaéminaires
canadiens ?
Y a t il en opposition à l'acception de cette théologie ?
Bro
725. — Qui peut me donner la description des armes de
M. de Viileray, ami de Mgr de Laval et hostile aux préten-
tions injjjustea de M. de Mésy ?
BOER
BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 6 JUILLET 1900 No. 1
SAINT-ZENON DE PIOPOLIS
Piopolin fut fondé, le 21 avril 1871, par un groupe de
zouaves pontificaux récemment arrivée de leur expédition
d'Italie, où ils étaient allée combattre sous les drapeaux de
Pie IX.
C'eut le 18 octobre 1870, que lea zouaves s'embarquèrent
à Liverpool pour rentrer dane leur patrie.
Ces généreux compagnons d'armes ne voyaient pas ap-
procher sans quelque tristesse l'heure de la séparation.
Après avoir si longtemps fraternisé ensemble et vécu, pour
ainsi dire, à la gamelle commune, il leur en coûtait de re-
noncer à leurs habitudes de douce camaraderie. De là naquit
la louable pensée d'aller habiter à l'ombre d'un même clochtr
et de fonder une colonie.
Une société de colonisation, ayant pour principal zélateur
M. le chanoine Moreau, del'évêché de Moutréal, se chargea
de mener l'entreprise à bonne fin.
Après renseignements pris et explorations faites, le comité
demanda et obtint du gouvernement la concession des terres
vacante» dans le canton de Marston, c'est-à-dire dans )a
partie sud de oe canton. La partie nord était déjà établie,
depuis nombre d'années, par des colons originaires de la
Haute-Ecosse. Le premier détachement de ces hardis mon»
tagnarde était venu s'y fixer dès 1852.
Pendant l'hiver de 1870 71, une construction rustique fut
érigée dans la forêt et tous les préparatifs nécessaires furent
faits pour recevoir les défricheurs au printempa suivant.
— —
l .o 30 avril 1871, la messe était célébrée pour la première
fois a Piopolis par M. l'abbé Séguin, envoyé spécialement
par t'évéché de Montréal pour résider dans la colonie et
▼citler aux intérêts spirituels de ses habitants.
Dans le coure de-l'été de 1ST lt nno autre bâtisse de 30
sur 40 pieds fut élevée pour servir do chapelle, de presby-
tère et de résidence pour les colons nouvellement arrivés.
Celte bâcisee allongée et terminée à l'intérieur en 1880 est
l'église actuelle.
La colonie de Piopolis se développa graduellement et, en
1*70, elle fut reconnue comme municipalité séparée sous le
nom de Marslon Sud.
L'élément écossais garde la prépondérance dans Marston-
Nord, tandis que nos compatriotes dominent dans Marston-
Sud.
On peut dire que Piopolis a été la paroisse- mère de toutes
celles qui existent ou sont en voie de formation dans ce que
nous appelons le territoire du lac Mégantic, territoire qui
renferme actuellement quatre cures et quatre missions.
Missionnaires et curés do Saint-Zénon de Piopolis : M.
Séguin, 1871 ;P. Champagne, 1871 1872 ; J. Aubin, 1872-
1871 ; J.-B.-A. Cousineau, 1874 1880 ; J.-K. Simard, 1888-
180? : L.-N. Gastonguay, curé actuel.
Pionxibr
ORIGINE DE NOMS
Id- LaMotte : nommée ainsi en l'honneur de Pierre de
Saint-Paul, sieur de LaMotte, capitaine au régiment do Cari-
goan, qui y éleva un fort en 16GG.
fïuhtth : rappelle le souvenir de Daniel Greysolon du
Huit, célèbre coureur de bois et explorateur de l'Ouest.
Dubuque : fondée par un canadien, Julien Dubuque, dont
elle a gardé le nom.
Louisiane : en l'honneur de Louis XIV. P.-G. R.
L'ABBE GABRIEL RICHARD
(îabriel Richard naquit le 15 octobre 1704, à Saintes.
France, de parents respectables et pieux, tit ses études théo-
logique* à Angers, puis se rendit à Issy, près Paris, où il
entra dans la Société de Sainl-Sulpice et reyut les ordres
sacrés, un 1790. Ses supérieurs le tenaient en si haute esti-
me, que, dès l'année suivante, ils le nommèrent supérieur du
séminaire d'Issy.
En compagnie des Pères Cequard, Matignon et Maréchal,
il arriva, le 24 juin 17!'-. a Baltimore, où, l'année précédonte,
quelques membres de la Société avaient inauguré le sémi-
naire de Sainte Marie. Peu après, sur la prière de l'arche-
vêque Carroll, il abandonna le professorat des mathémati-
ques pour prendre la desserte, à Ka-ka>kiu, des catholiques
de I' Illinois, qui, depuis la suppression delà Société de Jésus,
n'avaient pas eu un ministère régulier et étaient devenus
fort indifférents en matière religieuse. Le Pôro Richard
passa six ans à se prodiguer au milieu de ces abandonnés et
il eut la consolation do voir la plus grande partie de son
troupeau revenir à la pratique de la foi.
En juin 1798,nommé adjoint au Père Michel Lavadoux,Iui
aussi un Sulpicien et son prédécesseur à Kaskakia, le Père
Richard fut transféré à Détroit. Environ deux ans plus tard,
après la rentrée du Père Lavadoux en France, le Père Ri-
chard reçut l'ordre d'assurer la juridiction sur un territoire
ecclésiastique qui ombrassait alors les Etats de Michigan et
de Wisconsin.
Comme presque tous les catholiques qu'il avait à desser-
vir étaient des Canadiens-français, il eut peu d'occasions
d'apprendre l'anglais ; néanmoins il s'appliqua avec une
grande assiduité à l'étude de cette langue et réussit enfin à
an acquérir une connaissance suffisante. Par sa faveur et
son tour d'esprit original, il suppléait sensiblement i son
ignorance des singularités de l'idiome.
— 198 —
Il y avait dans sa personne et dans son caractère plusieurs
traits qui étaient propres à lui attirer le respect et la con-
fiance de ses gens. Tels étaient sa figure d'ascétique et son
port plein de dignité, qui traduisaient la fermeté de volonté
et la bonté du cœur, telles son admirable abnégation et sa
libéralité envers les pauvres, tels son dévouement inébranla-
ble au devoir et son énergie infatigable. Par une certaine
mesure de rigorisme, il parait avoir ressemblé a d'autres
fidèles missionnaires de son époque en ce pays, et nous avons
de bonnes raitons pour attribuer oeci aux circonstances plu-
tôt qu'à un défaut de générosité dans 6on caractère.
La conversion des Indiens lui tenait surtout au cœur, et
sos efforts, poursuivis pendant de longues années, ont été
couronnés de résultats flatteurs.
Le 30 avril 1.805, il fut -nommé aumônior du 1er régiment
de la garde nationale du Michigan.
Lors du grand incendie qui a réduit la " City of the
Straits " (Détroit) en cendres, le 11 juin 1805, l'église, le
presbytère et les écoles du Père Richard, parmi lesquelles
deux écoles supérieures, ont été détruites de fond en comble.
Sur sa prière, î'évêque l'autorisa à construire une église 60us
son administration immédiate, " pour prévenir," ainsi qu'il
écrivait, " l'intervention constante et ennuyeuse des mar-
guillers." Au milieu de ses difficultés avec les entêtés, il eut
la consolation de jouir de la bienveillance de la majorité de
ses gens et de ses concitoyens protestants, qui formaient de
beaucoup la plus grande partie des habitants de la ville. En
1 807, le gouverneur du Territoire et d'autres fonctionnai-
res l'invitèrent à prêcher en anglais, ce qu'il fit pendant
longtemps tous les dimanches à midi, dans la salle du Con-
seil, 4 la grande satisfaction de tous les principaux protes-
tants de la ville. Aussi, sur demande, il fit la prière d'ou-
verture d'une des sessions du premier Conseil du Territoire
de Michigan. Au cours de ses supplications, il pria le Dieu
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— 199 —
Tout-Puissant d'accorder aux législateurs " la grâce de faire
des lois pour le peuple et non pas pour eux-mêmes."
Pendant qu'il grandissait ainsi dans l'estime de ses conci-
toyens protestants, les syndics malveillants de la paroisse de
la Côte du Nord poussèrent leur résistance scandaleuse à
leur curé si loin, que l'évêque Flaget, de Bardstown, qui
avait juridiction sur Détroit depuis rétablissement de cedio1
cèee, en novembre 1810, dut prononcer run interdit sur Vê-
glise, ce qu'il fit dans une lettre écrite de sa propre main,
datée du 24 février 1817. Les récalcitrants firent leur sou-
mission à l'occasion de la visite de l'évêque, le 9 juin, l'an-
née suivante. Cependant quelques esprits pervers conser-
vèrent la rancune de leur humiliation, ainsi que cela se fit'
voir lorsquo le Père Richard posa pour ta 'deuxième fois sa
candidature au Congrès.
***
Au cours d'un voyage & Baltimore et dans d'autres villes
de l'Est au profit de sa nouvelle église (1808-1809), il se
procura une presse et une fonte de caractères, qu'il fit trans-
porter par terre jusqu'au Michigan. Il amona aussi avec lui
un typographe nommé Coxshawe, de Boston. De même que
le Père- White avait établi la première imprimerie dans
l'Est, le Père Richard fut le premier éditeur du grand Nord*
Ouest. On vit sortir de son imprimerie plusieurs livres
bibliques, de piété ou se rapportent à l'éducation, publiés
une partie en français et une partie en anglais ; il publia'
aussi plusieurs numéros d'un journal intitulé Essai du Mi-
chigan ou Imperial Observer. Par suite du service irrégu-
lier de la poste et du caractère dispersé de la population, il
dut suspendre cette dernière publication. En 1812, de bon-
ne heure, le Père Richard, inspiré par le désir de travailler
à la gloire de Dieu et à l'édification de son troupeau, impor-
ta, au prix de grands frais qu'il paya lui-même, le promier
orgue que l'on vit dans le Nord- Ouest. La même année,
i
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— 200 —
après 1* reddition d« Hall, ce brava prêtre fut arrêté parle
généra) Broek, à cause de la loyauté qu'il ne craignait pas
'le proclamer envers la République américaine : on le con-
duisit au corps de garde de Sandwich, sur la rire canadien-
ne de la rivière, où il passa quelque tempi en détention.
Apre» fo. remise en liberté, trouvant te» gens dan» le dénue-
ment, il acheta une quantité considérable de blé et la distri-
bua gratuitement aux cultivateurs à la ronde pour la se-
mence, en dépit des offre* tentantes qu'on lai faisait de lui
en donner de bon* bénéfices. Il prit aussi une part signalée
à la direction de l'Université du Michigan, inaugurée en
1817 ; il en fut d'abord vice-président et professeur, et, en
dernier Heu, remplit les fonctions de syndic.
En 1721, étant en voyage à Mackinaw, il persuada aux
Indiens de lui montrer le lieu de sépulture du Père Marquette
et il planta, sur la fosse, une croix de bois, sur laquelle, arec
son canif, il tailla cette inscription : " Le Père Marquette
est décédé ici le 9 mat 1675."
***
Pour l'amour de son é/lise bien-siraée, qu'il avait placée
bous le vocable de sainte Anne (à Détroit), et dont la pierre
angulaire fut posée par Mgr Flaget le 11 juin 1818, le Père
Richard postula un mandat au 18e Congrès, estimant que
les appointements de député lui aideraient sensiblement à
défrayer la construction de son temple. C'était la troisième
fois que le Territoire élisait un délégué, et l'élection eut lieu
en 1823. Le scrutin donna le résultat suivant : Gabriel
Richard, 444 voix ; John Biddle, 421 ; Augustin Wing, 336 ,
Whitney, 165 ; McCloskey, 164, et Williams, M. Ce dernier
était l'un des membres et même l'un des syndics de la paroisse
de Sainte-Anne ; il avait posé sa candidature en opposition
à celle de eon curé, qu'il avait condamnée avec véhémence.
Dans la suite, il se détacha de la paroisse et abandonna même
la religion catholique pour toujours, tant son mécontente-
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-201 —
ment fut enraciné ; ses descendants sont maintenant protes-
tants.
Le Dictionary of Congress de Lanman dit, en parlant du
Père Richard : " Pendant son ministère, il se trouva dans
l'obligation, suivant la religion catholique romaine, d'excom-
munier un de ses paroissiens, qui avait divorcé d'avec sa
femme. Le paroissien poursuivit le prêtre devant les tri-
bunaux en diftamation,etobtint un jugement lui accordant des
dommages et intérêts au montant de $1.000. Lo prêtre ne
put payer cette somme ; en conséquenco, il fut enfermé
dans la prison commune ; comme il avait déjà été élu délé-
gué au Congrès, il sortait de prison, dans les forêts vierges .
du Michigan, lorsqu'il vint prendre son siège au Congrès."
" Son apparition à la Chambre des reprlsentauta,dit l'abbé
C.-J. White, fit sensation ; sa conduite lui coin manda le res-
pect de tous. Il était sobre de paroles ; il s'exprimait tou-
jours avec sagesse et il rendit de grands services à sus com-
mettants et 4 l'Union."
M. Girardin écrit : " Les crédits votés, sur sa demande,
pour établir des routes, et d'autros de ses actes attestent de
l'efficacité de ses services à la législature nationale. Grâce à
ses efforts, il réussit à faire voter des crédits qui ont servi à
l'ouverture de plusieurs routes qui mènent maintenant à
notre belle ville. . . et toutes sont restées comme un monu-
ment perpétuel pour rappeler l'ardeur et le zèle dont il était
animé vis-à-vis de ses commettants."
Pendant son séjour à Washington, il s'intéressa au sort des
tribus indiennes qui habitaient dans les limites de sa juri-
diction ; il obtint des subventions du gouvernement pour
maintenir des écoles au milieu des Indiens, qui, à plusieurs
reprises, lo chargèrent de porter au président des lettres de
leur part.
Le 10 décembre 1824, le Père Richard prit part à la récep-
tion officielle que fit la Chambre des représentants à La-
fayette.
A la clôture de la deuxième session, le 3 mars 1825, il
retourna à Détroit.
Le Père Richard s'avisa de faire renouveler son mandat,
et il aurait été élu, n'eût été l'opposition que soulovèrent
contre lui les amis du général Williams et les syndics sus-
mentionnés, qui lui avaient gardé rancune. " Quelques
catholiques étaient en tête de l'opposition qui aboutit à sa
défaite," dit le juge Cooley, dans son History of Michigan.
Le dépouillement des suffrages donna le résultat suivant :
Wing, 728 voix ; Richard, 714, et Biddle, 689.
L'église de Sainte- Anne fut dédiée le jour de Noël, en l'an
1828. ^Le Père Richard avait travaillé ferme, avec une sol-
licitude que rien ne lassait, pour ériger cette église, surtout
depuis le jour où Mgr Flaget lui donna l'assurance que ce
temple deviendrait vraisemblablement la cathédrale d'un
nouveau diocèse. Cependant, le zélé missionnaire, qu'on
avait recommandé à la dignité d'évêquo, mourut avant l'é-
rection du nouveau diocèse. Après s être prodigué, avec une
dévotion héroïque, aux malades et aux morts, pendant une
épidémie du choléra asiatique, il fut lui-même atteint de
l'affreuse peste à la fin et y succomba à Détroit, le 13 sep-
tembre 1832. Sa mort causa un deuil profond et sincère
parmi la population de cette ville, sans distinction de classes
ni de croyances. C'efet bien avec raison qu'on l'a surnommé
« T Apôtre du Nord Ouest/'
M. Bêla Hubbard, un protestant et l'auteur de Early
Colonisation of Detroit, a placé, en témoignage de son admi-
ration et de son estime, une statue du Père Richard dans la
niche de la façado de l'hôtel-do- ville, a Détroit.
J.-A. Favreau
— 203 —
LA TRAPPE DE LANGE VIN
Dès 1789, les Trappistes, chassés de la France par la révo-
lution, avaient songé à s'établir au Canada. Les trois reli-
gieux envoyés dans notre pays s'arrêtèrent en Angleterre
et y érigèrent un monastère.
En 1820, Mgr Plessis écrivait à M. de Calonne, alors mis-
sionnaire dans l'île Saint-Jean (tie du Prince-Edouard) :
" Finissons-en par nos religieux de la Trappe, dont je per-
siste, en mon particulier, à désirer le passage dans ce diocèse.
Quel sort avez- vous dessein de leur faire dans l'île Saint-
Jean ? Quelle étendue de terre avez vous dessein de leur
accorder ? Quels autres avantages leur faites vous ? Ces
renseignements me seraient nécessaires pour pouvoir vous
dire s'ils seraient mieux ici que là."
En 1825, le* Trappistes mettaient leur projet à exécution,
en fondant le monastère de Notre-Dame du Petit-Clairvaux,
à Tracadio, dans la Nouvelle-Ecosse.
En 1856, le père Vincent, supérieur du monastère de Tra-
cadio, écrivit à Mgr Turgeon, archevêque de Québec, lui
offrant de transporter sa communauté dans l'une des con-
cessions de Saint-Joachim. où le séminaire de Québec leur
aurait volontiers donné des terres. Le projet ne put être
réalisé, à cause du petit nombre de religieux qui n'auraient
pas suffi aux défrichements de la nouvelle propriété.
Le 26 décembre 1861, le père Jacques, prieur de Traca-
die, demandait à Mgr Baillargeon, qui avait succédé & Mgr
Turgeon sur le siège archiépiscopal de Québec, si le temps
n'était pas venu de réaliser, au moins en partie, les désirs
d'un de ses prédécesseurs, de sainte mémoire, le père Vin-
cent. Tout en maintenant le monastère de Tracadie, le père
Jacques voulait procurer au diocèse de Québec les avantages
de son ordre. Mgr Baillargeon lui répondit, le 16 janvior
1862 : u Je m'empresse de vous dire que je serais heureux
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— 204 —
de voir votre petite communauté s'établir dans le diocèse ;
je crois qu'avec l'aide de Dieu, elle y ferait beaucoup de bien,
qu'elle y serait bien accueillie par le clergé et par le peuple,
enfin, qu'il serait facile de lui procurer un bon coin de nos
forôts pour s'y fixer."
Les Trappistes ne tardèrent pas à se rendre à l'invitation
de Mgr Baillargeon. Le 24 juin 1862, quatre frères venaient
prendre possession d'une partie du canton Langevin, dans le
comté de Dorchester. Quelques semaines plus tard, deux
autres frères venaient se joindre à eux.
Le père François-Xavier fut élu supérieur et, pleins de
courage, les Trappistes se mirent aussitôt à l'œuvre. Bientôt,
deux corps de logis longs chacun vie 120 pieds, s'élevèrent
de terre. Ces bâtisses avaient la forme d'un rectangle divisé
par une aile transversale. L'une des cours intérieures devait
servir en même temps de cimetière et do promenade. Lors-
que ces constructions furent terminées, les Trappistes se
mirent à défricher leur* terre?. Les bons religieux ne res-
tèrent pas inactifs : en 1872, ils avaient défriché plus de
quatre cent** arpents de terre !
lies Trappistes du monastèro du Saint- Esprit — c'est le
nom qu'avait pris la Trappe do Langevin — observaient la
même règle que leurs frères de France. Aussi, la rigueur
de notre climat, incompatible avec la sévérité de leur zèle,
fit disparaître le monastère en 1872, après une courte exis-
tence de dix années.
La Trappe du Saint-Esprit fut successivement gouvernée
par deux prieurs : le père Ives ou André (Arnold-Henri
Bor), et le père François-Xavier (Henri de Brio).
On aimera sans doute à connaître les Canadiens qui entrè-
rent à la Trappe du Saint-Esprit. Voici :
Frères de chœur : Charles- Irénée Lagorce (prêtre) ; Hos-
pice Germain (prêtre) ; Théophile Maréchal (prêtre) ; Cy-
rille Carrier, Orner Guilbault, Alphonse d'Aoust, Louis
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Rhéaume, Louis-Fabien Marcoux, Dieudonné d'Aoust,Ainié
Turcotte, Louis-Napoléon Bellonger, Hector Garneau, Mar-
cel Bourget, Pierre Robergo, Pascal Comte, Charles Poli-
quin, Flavien Marcoux, Auguste La voie, Çyprien Turcotte.
Frères convers : Octave Sylvestre, François Mignon, Jean-
Pierre Boulanger, Edouard Nolot, Charlee-Nazaire Mar-
chand, Samuel Bellenger, Charles Piché, Laurent Thi vierge,
Octave Marquis, Thomas Cavannagh, Charles Lavoie,Davty
Lapierre.
De ces trente-un Canadiens, sept seulement persévérèrent.
Trois moururent au monastère même, los frères Jean-Bap-
tiste (Cyrille Carrier, de Saint-Charles de Bellechasse),
Marie- Alphonse (Alphonse d'Aoust), Denis (Omer Guil-
bault, de Saint Thimothée de Beauharnois). P.-G. R.
CANSO
Champlain écrit Canceau et Campfeau. Les Anglais (-cri-
vent Caneo. Ce mot, d'après Lcscarbot, est d'origine sauva-
ge (page 221 de la 3e édition).
Lo R. P. F. Martin (App. de sa trad, du P. Bressani, p.
320), après avoir mentionué Leacarbot, au sujet de ce mot,
ajoute : Thévct dans un manuscrit do 1586, dit qu'il vient
de celui d'un navigateur français nommé " Canse." Le pas
sage du manuscrit de 1586 est extrait mot pour mot de la
Cosmographie Universelle de Thévet.Or,en cet endroit l'au-
teur parle des Antilles, et non du Canada, et, en second lieu,
il n'écrit pas Canse, mais Cause. Voici le passage en entier :
" Quant à l'if le do Virgengordo et celle de Rieque (Porto*-
Rico) baffe et fablonneufe, il vous faut tirer à celle de Saintt-
Dominguc. et conduire les vaiffoaux droit a la poincte do la
Gouade (del Aguado) qui eft au bout de rifle (de Porto-
Rico), puis à celle de Mona, premièrement que venir abor-
der et mouiller l'ancre à l'iflo Efpagnole. Paffé qu'auez, et
doublé la haulteur do ladite il le, vous apparoift la terre de
Caufe qui prend son nom de l'un des vaillans Capitaines
pilotes, natif d'une certaine villette, nommée Caufe (Cozos),
en Xainctonge, vue lieue de maifon Je Madion." (Coem.
Universelle, verso du folio 993).
— 206 —
LETTRE DU PÈRE GLAPION A HUGH FINLAY
Monsieur,
Je voua fais mes excuses de ce que j'ai tant tardé À ré-
pondre à la lettre qu'il voua plut de m'addresserle 26 d'août
dernier.
Si vous jugés indispensable que nous paraissions devant
l'honorable committé, nous nous y sisterons le 15 du pré-
sent mois, à l'heure prescrite. Mais nous ne pourrons y
dire que ce que j'ai l'honneur de vous écrire cy dessous.
1° Depuis que nous sommes sous la Domination Anglaise,
nous avons été, nous sommes encore ; et nous serons tou-
jours sujets soumis et fidèles à Sa Majesté Britannique. Nous
osons nous flatter que les gouverneurs anglais, qui ont com-
mande dans cette province, ne nous refuseroiont pas leurs
certificats de notre fidélité et de notre obéissance.
2° Il paraît donc que c'est moins de nos personnes, que
de nos biens temporels qu'il s'agit en cette circonstance.
Nos biens, ou nos fonds nous sont venus de trois sources
différentes : 1° Les rois de France nous en ont donné une
partie. 2° Quelques particuliers nous en ont donné une
autre partie. Ces dons ont été faits en vue do pourvoir à la
subsistance des Jésuites Missionnaires emploïés i l'instruc-
tion ties sauvages et des canadiens. Le plus grand nombre
d'entre eux n'a cessé de se livrer à ces œuvres de charité,
que quand ils ont cessé de vivre : et ceux qui leur survivent
s'appliquent anx mêmes exercices ; et sont dans la volonté
de s'y appliquer jusqu'à leur mort qui, selon le cours de la
nature, no peut être bien éloignée. 3° Enfin nos prédéces-
seurs ont achetté, de leurs propres deniers, la troisième par-
tie de nos fonds.
3° Tous nos titres de possession, qui sont bien et dûment
enregistré au greffe de la province, démontrent que tous ces
biens ou fonds nous ont toujours appartenu on toute pro-
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— 207 —
priété : et nous les avons toujours régis et administrés com-
me nos propres, sans contradiction, ni empêchement.
•4° Notre propriété a été bien reconnue dans la capitula-
tion du Canada signée au camp devant Montréal, le 8 de
septembre 1760, puisque, par l'article 35e, le lord Amherbt
nous permettait de vendre nos biens fonds et mobiliers ei
tout ou en partie ; et d'en passer en France le produit.
5° Quoiqu'il en soit, Monsieur, nous sommes entre les
mains de Sa Majesté qui décidera selon son bon plaisir. Mais
des sujets et des enfants irréprochables ne peuvent attendre
qu'une décision favorabledo la part d'un Roi aussi bienfaisant,
et d'un aussi bon père que l'est Sa Majesté Georges III.
J'ai l'honneur d'être avec profond respect, Monsieur,votre
très humble, et très obéissant serviteur,
Auon. L. de Glapion
Supr. des Jésuites du Canada.
Québec, le 10 de septembre 1788.
Le navire que montait Roberval, lorsqu'il aborda à l'île
de Sable, en 1598, était si petit, dit la chronique du temps,
que, du pont, on pouvait se laver les mains dans la mer. Il
est bon de remarquer, cependant, à propos du tonnage des
vaisseaux de cette époque, que le tonneau d'alors n'était
pas le tonueau d'aujourd'hui. Ainsi, la Frégate, un des navi-
res de sir Humphrey Gilbert dans son voyage d'exploration
en 1583 jaugeait cont vingt tonneaux, et dix tonneaux, ca-
pacité de la Frigate, équivalaient à environ trente tonneaux
d'aujourd'hui. ^
On conserve dans la bibliothèque de l'université de Har-
vard un dictionnaire abénaquis-francais écrit tout entier de
la main du Père Rasle.
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MANIÈRE DE VACCINER A QUÉBEC EN 1809
D'après le docteur Joseph Painchaud, alors
étudiant en médecine
" La manière devconserver le virus vaccin sur un 61 mis
entre deux quarraux de vitre cirés tout autour est assuré»
ment la plue sûre et le moyen le plus commode de réussir.
Un avantage encore qui n'est pas petit, c'est qu'en mettant
entre vos vitres plusieurs bouts do fil, vous pouvez inoculer
uu nombre très considérable d'enfants à la fois, un petit
morceau étant suffisant. 11 n'est pas inutile d'observer qu'il
ne faut pas tarder à cirer les quarreaux aussitôt que vos fils
sont imprégnés avec le virus ; la grande chaleur, de même
que le grand froid, décomposent très promptemcnt le virus
pour le moine qu'il est exposé à l'air.
" Après que vous avez ouvert les vitres, il n'est pas sûr à
vos fils qui restent peuvent encore avoir du virus, à moins
que vous ne soyez très prompt à les recurer de nouveau.
" Pour inoculer par cette méthode, vous faites une légère
incision sous la première peau, laissez sortir le peu de sang
qui doit sortir. La mère pourra à cotte fin sucer l'incision.
Alors, vous coupez do votro fil imprégné un petit bout, vous
l'onfoncez par lo moyen de votre langue dans l'incision, vous
1a pressez comme pour la fermer, et il ne vous reste plus
qu'à y appliquer grand comme un sol d'une petite emplâtre
de gomme quelconque, pourvu seulement qu'elle puisse rester
deux ou trois jour*, afin d'empêcher le bout de fil de sortir ;
trois jours après, il est à propos doter l'emplâtre.
Je conseille d'inoculer aux deux bras, afin de bien s'as-
surer d'être préservé de la picotte naturelle."
RÉPONSES
L'hermine ou belette rozelet. (II, V, 199.)— Noue
possédons dans nos bois le roselet et l'hermine que nos chas-
seurs appellent fort improprement la belette. Je ne me rap-
pelle pas avoir jamais rencontré celle-ci sur nos territoires
de chasse, et j'incline à croire qu'elle n'y existe pas ; cepen-
dant nous possédons sûrement l'herminette ou belette des
neiges (mustela-hyemalis-Pallas) quia constamment le bout
de la queue noir, été comme hiver, ce qui la distingue de la
belette commune.
L'herminette tient le mi!ieu,pour ladimension,entre l'her-
mine et la belette. L'hermine mesure neuf pouces de lon-
gueur, non compris la queue, qui a trois pouces et demi.
La belette, six pouces de longueur, non compris la queue,
qui a deux pouce*.
L' extrémité de la queue de cette dernière n'est jamais •
noire. Quoi qu'il en soit, l'hermine, malgré son abondance,
n'est pas chassée. Tous les chasseurs la dédaignent, tant le
pr ix qu'ils obtiennent pour se dépouille est peu élové.
Il est assez étrange que cette fourrure,qui semble estimée
en Europe et en Asie, Hoit tenu en pareil mépris sur la côte
du Labrador.
H. DE PtJYJALON
Lea Canadien* et la yuevre de V Indépen-
dance. (VI, V, 716. )— Avant la guerre de l'Indépendance,
quelques Canadiens s'étaient déjà établis sur les bords du lue
Cham plain, dans les limites actuelles de l'Etat de New-
York.
Joan Laframboise s'était fixé sur des torres qui se trou-
vent aujourd'hni dans le town de Chazy, comté de Clinton,
New- York, et près de lui se trouvait Joseph La Monté,nom
qui est devenu Monty.
Etienne Gaudinot faisait la chasse dans cette région, et
servait d'éclaireur à la garnison anglaise de Ticonderoga,
notre ancien Carillon.
D'antres Canadiens vivaient ainsi sur des terres situées
dans fieekmaotown, comté de Clinton.
Quand la guerre éclata entre l'Angleterre et les colonies,
l'on sait quo Ticondéroga fut un des points sur lequel se
portèrent les Américains, et Etienne Gaudinot fut fait pri-
sonnier. Peu de temps après, il passa au service des Amé-
ricains, qui avaient alors la sympathie de tousles Canadiens
du district de Montréal.
En 1777, la fortune se tourna contre les colonies et elles
dûrent reculer devant l'armée du général Burgoyne qui
envahit le nord de New-York. Les Canadiens du lac Cham-
plain se réfugièrent à Albany où ils s'enrôlèrent dans deux
régiments que le Congrès avait levés en Canada.
Ces deux régiments étaient commandés par les colonels
llazen et Livingston. La plupart de leurs officiers étaient
aussi d'origine anglaise. Je ne crois pas que le nombre de
Canadiens français enrôlé» dans ces régiments dépassait
trois cents.
En 1779, les officiers canadions du régiment de Livin/fà-
ton étaient Auguste Loiseau, capitaine, et Francois Monté,
lieutenant. L'abbé de Lotbinière est désigné comme cha-
pelain. Dans le régiment du colonel Hazen l'on comptait à
la même époque le capitaine Clément Godsehn, le lieutenant
Germain Dionne et les enjoignes Alexandre Fériale, Fran-
cois Gélinaud, Louia Gossolin et Pierre Iktileau.
Un autre régiment, dit le deuxième d'infanterie de New-
York, avait aussi pour lieutenant-colonel un nommé Pierre
Régnier et le cinquième du même Etat, Louis Dubois pour
colonel, Jacob Bruyère pour lieutenant-colonel, Philippe
Dubois Bevoir et Henry Godwin pour capitaines, et Henri
Dubois comme lieutenant. Les noms de ces officiers me font
supposer qu'ils étaient canadions.
Le capitaine Gosselm avait d'abord servi devant Québec
sous le général Montgomery et fut fait prisonnier. Rendu
à la liberté, au printemps de 1778, il en profita pour aller
rejoindre l'armée de Washington à White Plains, emmenant
avec lui cette fois son frère Louis et son beau- père, Germain
Pionne.
Durant la bataille qui précéda la capitulation de lord
Cornwallis à Yorkstown, le général Lafayette qui comman-
dait l'aile de l'armée américaine où se trouvait le régiment
du colonel Hazen, fit l'éloge de la belle conduite de ce corps.
Clément Gosselin qui était à la tête de ea compagnie fut
gravement blessé à cette bataille (1).
Quand l'armée fut renvoyée en 1783, les Canadiens qui
avaient servi, reçurent comme récompense des certificats
qui leur donnaient droit & une certaine étendu de terre.
Beaucoup vendirent ces certificats et préférèrent s'établir
à New- York et à Albany.
Dans cette première villo l'on trouve en 1785 l'abbé La
Valinière qui avait été expulsé du Canada par le général
Haldiinand à cause de ses sympathies pour les Américains
et qui répondait alors aux besoins spirituels des Canadiens.
La plupart des Canadiens toutefois, prirent des terres
dans le Nord des Etats de New-York et du Vermont.
En 1782, François Monty et son fils, Pierre Boileau , Char-
les Cloutier, Antoine Lavou, Joseph Létourneau, Antoine
Lambert, Pierre Aboir et autres, commencèrent des défri-
chements à Beekmantown.
La même année, Jacques Rouse s'établit sur le site de la
ville de Rouse's Point.
Quelques mois plus tard, Clément Gosselin, Jean Lafram-
boise et Joseph Monty so fixèrent dans le town de Chazy,et
Prisque Asselin commença des défrichements près de la
rivière Corbeau.
(i) Recherches llistorvjuts, vol. IV, page 6.
212 —
Lore de l'organisation de Piattsburg en 1788, l'on voit
figurer les noms de Jabez Petit, de Louis Lisette, constable,
et de Clément Gosselin, chef du grand Jury.
Le major Gosselin (car il avait reçu ce grade avant la fin
de la guerre) se maria en (791 devant un juge de paix de
Chazy, à Marie-Catherine Monty, mais quelques mois plus
tard il faisait bénir son union à Saint-Hyacinthe par un
prêtre.
François Côté et Marie Lussier qui s'étaient également
mariés devant un juge de paix, sur la baie Soradac le 8
avril 1791, firent aussi bénir leur mariage à Québec le 7
juillet 1793.
Ces faits prouvent assez que ceux de ces colons qui avaient
conservé la foi, ne reculaient pas devant les sacrifices pour
se procurer les consolations de la religion. Ces robustes
natures nauraiont guère compris ces chrétiens de nos jours
qui prétendent croiro aux récompenses éternelles et n'ont
pas le eourago de se passer d'un déjeuner pour les mériter !
Clément Gosselin mourut en 1816 et Jean Laframboise
en 1819.
Etienne Gaudinot, mentionné plus haut, était établi en
1793 à Niagara et lors de la guerre do 1812, il s enrôla dans
l'arméo des Etats-Unis. 11 vivait encore vers 1881 avec ses
enfants à Franklin, Ohio. Il prétendait être âgé de 122 ans.
En 1840, le gouvernement des Etats-Unis fit faire le dé-
nombrement de tous les vétérans de la guerre de l'indépen-
dance auxquels il payait une pension. Voici les noms qui
m'ont paru être ceux de Canadiens-français :
John Lafterty, Daniel Carpenter et Samuel Maynard, du
comté de Cattaragus ; Joseph Barron, du comté do Coyu-
ga ; Fisk Durand, Pbinéas Chamberlain, du comté de Cha-
tauque, Jesso Clout hier et Simon Leroy, de Cortland ; Jo-
seph Durand,d'Elizabethtown j^Jean Giffard, de Northamp-
ton ; Joseph Courier, de Hope, comté de Hamilton ; M.
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J
— 213 —
Contreman, d'Orléans ; Jean Blanchard, de Pitcher, comté
de Chenaugo ; Lévi M. Roberts, Placide Monty, John
Roberts et Adorinam Per rot, de Plattsburg ; John Monty
et Nicolas Constuntine, de Beekmantown ; Amable Bilow,
Mary Coarier, Bazile Nadeau, Daniel Beaumont, de Cham -
plain ; Alexandre Feriale, Mary Lizotte, Francis Delong,
Peter Robarge et Joseph Monty, de Chazy ; Joseph Mar-
chant, de Floyd, et Annie Courier de Potsdam. Toutes ces
localités sont dans l'Etat de New-York.
Le Vermont comptait aussi un certain nombre de vété-
rans canadiens : John Deveraux, de Kichmord ; Claude
Monty, de Colchester ; Fre Duclous, de Sheldon ; Arthur
Danovv, de Bershire ; Benjamin Hardy, d'irasburg ; Samuel
Larabée, de Guilford et John Rosier de Belvidero.
Ceux qui habitent ces localités peuvent nous dire ce que
sont aujourd'hui le» descendants de ces premiori Canadiens
des Etats-Unis.
T. Saint-Pierre
Le premier journal publié au Canada. — (VI,
V, 715). — Je n hésite pas à croire que la Halifax Gazette a
été lu premier journal publié dans les colonies auglaises de
l'Amérique du Nord. Seulement, ce que l'on a tort d'affir-
mer, c'cHtde faire de celte gazette la première publication
canadienne.
A l'époque où la Halifax Gazette parut.la Nouvelle-Ecosse
n'était point province canadienne. Le Canada no compre-
nait que les provinces de Québec et d'Ontario.
On ne pourrait donc raisonnablement enlever à M. Guil-
laume Brown, le fondateur de la Gazette de Québec en 1764
l'intiigno honneur d'avoir été le premier journaliste canadien.
Que la Nouvelle-Ecosse revendique le premier journal qui
ait été publié dans le nord de l'Amérique, c'est son droit,c'est
déjà un légitime sujet d'orgueil pour elle. Noua nous con-
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tentons, de notre côté, d'avoir produit, dans notre bonne ville
de Québec, le premier journal canadien.
Lee Néo-Ecossais— je puis bien confesser la chose sans
malice — ont été assez longtemps 4 s'apercevoir que la pre-
mière gazette publiée dans les colonies anglaises avait vu le
jour chez eux. Ils l'ont ignoré jusqu'en 1883.
A cette date, un journaliste du nom de Lawzon, en fouil-
I ant dans la bibliothèque de la Société Historique du Mas-
sachusetts, à Boston, a mis accidentellement la main sur
un exemplaire de la fameuse Halifax Gazette. Sa curiosité
fut vivement piquée, cela se conçoit. C'était, au reste, une
fort belle trouvaille. Le numéro du journal que M. Lawzon
avait sous les jeux était le premier par ordre de publication.
II portait, à sa première page, la date du 23 mars 1752, avec
le nom de son éditeur, M. John Bushnell, et l'indication des
ateliers d'imprimerie, Graffton Street.
L'éditeur de la Halifax Gazette ne paraît point— d'après
la chronique — avoir fait dès le début do brillantes affaires.
Les abonnés anglais du temps étaient aussi récalcitrants
que bon nombre des nôtres. La Halifax Gazette se laissa
vivre pendant quelques mois, puis ensuite traînant de l'aile,
elle dut interrompre sa carrière pour un certain temps. On
la ressuscita en 1760, mais pour choir quelques années après.
La Gazette de Québec, fondée par Brown et Gilmore, a
fourni une carrière autrement plus durable. Devenue après
la mort de Brown, arrivée en 1789, la possession de la famille
Neilson, celle-ci en garda la direction pendant soixante ans
et ce n'est qu'en 1874 qu'elle passa de vie à trépas.
Bealséjoir
Une define canadienne. (IV, II, 417.) — " Nos ins-
titutions, notre langue et nos lois," qu'on met au crédit do
M. Perreault, paraissaient en tête du Canadien depuis trois
ans à peu près, lorsque M. Perreault publia son livre.
Benjamin Sulte.
uigmz
— 215 —
Un duel de sir John- A. Macdonald, (V, I,
5G3.) — On a parlé à maintes reprises da duel de sir John- A.
Macdonald avec le député W. IL Blake. Duel n'est pas le
mot puisque toute l'affaire se borna à l'envoi d'un cartel.
C'était pendant la session de 18-49. Le parlement siégeait
#à Montréal. Sir L.-H. Lafontaine venait de proposer son
fameux bill d'indemnité. On sait quel violent débat occasionna
ce projet de loi.
Au cours do la discussion sir Allan Me Nab s'élant servi,à
l'égard de ses adversaires, de l'épithètede rebelles, M. Blake
relova le mot et prétendit qu'il s'appliquait parfaitement aux
torys, u On peut, disait il, être rebelle de deux manières, on
peut être rebelle à son pays, et comme vous êtes rebelles à
ses désirs les plus légitimes, vous êtes les vrais rebelles."
Laissons Gérin-Lajoie raconter ce qui s'en suivit.
" A ces mots prononcés avec une force dont il est impossi-
ble de donner l'idée, les députés torys bondiront do rage. Les
uns vociféraient, d'autres montraient le poing. Sir Allan
McNab apostropha vivement M. Blake, et lui demanda de
retirer ces paroles ou qu'il l'en tiendraitresponsable. — Jamais,
s'écria M. Blake.
" Alors la foule qui encombrait les galeries commença à
s'agiter, les uns applaudissant, les autre sifflant ; bientôt des
coups de poing et de bâton s'échangèrent au milieu d'un
tumulte indescriptible. L'Orateur ordonna de faire évacuer
les galeries, malgré l'opposition do certains députés, tandis
que d'autres insistaient pour que cela se fit. Le sergent d'ar-
mes se mit en frais d'exécuter l'ordre de l'orateur ; mais le ti-
multe était à son comble .Les députés quittèrent leurs sièges,
et les dames qui assistaient & la séance vinrent se réfugier
dans l'enceinte des délibérations. Enfin, l'ordre s'exécuta ;
peu à peu la foule sortit des galeries, et les vociférations ne se
firent plus entendre que dans le* couloirs et le vestibule. La
Chambre continua à siéger à huit clos. Le lendemain, M.
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Blake reprit son discourt» où il l'avait laissé la veille, et con-
tinua à accabler ses adversaires de sarcasmes et d'invectives.
M. Robinson loi répondît avec modération, après quoi 3L
Merritt fit, dans le sens ministériel, un discours plein delogi-
q ne et de bon sens. Toot à coup, sans qu'il y eût le moindre
tumulte, l'Orateur ordonna de faire évacuer les galeries, et
la Chambre continua de siéger à huit Iclos. On apprit bien-
tôt la raison de cette mesure. Un cartel avait été envoyé à
M. Blake par John -A. Macdonald,et un duel allait avoir lieu,
si la Chambre no s'interposait immédiatement. L'Orateur
envoya le sergent d'armes avec la masse à la demeure de M.
Blake et à celle de M. afacdonald, leur enjoignant de compa-
raître immédiatement à leurs places. M. Macdonald com-
parut et déclara qu'il serait à son siège à la séance suivante,
et que dans l'intervalle aucune rencontre n'aurait lieu. M.
Blake ne put être trouvé ce jour là, mais il fit son appari-
tion peu de temps après, et l'affaire en resta là."
R.
JSorif/ine du nlf/ne $. (VI, Y, 718). — Tout signe n'a
de puissance qu'autant qu'il est compris. Dès que l'idée le
délaisse, il n'est plus qu'un signe arbitraire et devient aussi
facilement objet d'erreur que de vérité. Rien donc de sur-
prenant si l'origine du signe $. servant à désigner le dollar
— qui n'est par lui même ni idéographique, ni phonétique —
ait été si discutée. Dans le débat négatif qui s'est engagé à
ce sujet, la vérité est encore à se montrer. Disons cependant
que l'opinion la plus généralement admise aujourd'hui est
que le signe du dollar, unité monétaire des Etats-Unis comme
on sait, devrait 6on origine à l'entrclacoment des lettres "U.
S." (United-Slates), dans lequel le jambage de l'U repré-
senterait les deux barres verticales au milieu de l'S.
Cette explication du signe $ par le monogramme des let-
tres initiales du nom du pays de nos voisins est assez plau-
aible ; mais le monogramme lui-même, quand a-t-on com-
mencé à en faire usage pour représenter le tout-pubsant
dollar. ? Voila ce qu'on ne dit pas.
On serait vraiment tenté de croire que la logomachie à
propos de l'origine de ce signe est à l'état latent, car, pas
plus tard qu'il y a quelques mois, le Dr Marcus Baker, de
Washington, E.-U., noua faiaait part d'une nouvelle théorie,
dans le Boston Transcript. Voici cette théorie, je la donne
pour ce qu'elle vaut ; à défaut d'autre mérite, elle a toujour b
celui de nous assigner une date.
Un jour que le Dr Baker faisait des recherches dans la
bibliothèque du bureau de l'Education dans la capitale fédé-
rale, son attention fut attirée sur un vieux bouquin ayant
pour titre : " A Compendium of Federal Arithmetic, desi-
gned for the use of schools, and specially calculated for the
meridian of United-States," publié à Lansingburg, N. T.,
en 1797, par le révérend Chauncy Lee, de Butland, Vt. Le
clergyman américain aurait donné dans ce livre un système
de "characteristics" par lequel un trait vertical devait dési-
gner lee mills, doux traits aussi vertioaux, les cents, et oes
deux traits, traversé* par un autre trait en forme d'une S,
les dimes. Pour dollars, il aurait proposé un signe con-
sistant en deux traits verticaux traversé* par un double
trait courbe.
On devra remarquer que nos voisins, à l'époque où le
révérend Xee publiait son arithmétique, venaient à peine
d'abandonner le système des pounds, shillings et pences de
leurs anciens maîtres. " Voilà pourquoi, dit le Dr Baker,
il avait semblé nécessaire 4 M. Lee d'adopter un signe arbi-
traire pour chacune des dénominations de notre nouveau
système monétaire. Mais il s'aperçut bientôt, ajout et il,
qu'un seul caractère, avec le point décimal, suffisait et, dans
la dernière partie de son livre, il ne conserva de ton sys-
tème de symboles que celui du dollar." Et le docteur atné-
— 218 —
ricain tire cette conclusion : que le signe S est absolument
arbitraire, et que l'on doit en donner la paternité à son com-
patriote, Chauncey Lee.
What next ? J.-W. Miller
Les chevaux au Canada. (I, VIII, 72.)— Notre
poète lauréat Frechette, dans sa Légende dun peuple, fait
marcher Hébert, le premier colon de Québec, derrière sa
charrette chargée de foin et tralnéo par des chevaux :
Le soir arrive enfin, mais les gerbes sont prête* ;
On en charge à pleins l»rds les rustiques charrettes
Dont l'essieu va ployant sous le noble fardeau ;
Puis, presque recueilli, le front ruisselant d'eau,
Pendant que, stupéfait, l'enfant de la savane
Regarde défiler l'étrange caravane.
Et s'étonne à l'aspect de ces apprêts nouveaux,
Hébert, qui suit ému le pas de ses chevaux
Rentre, pffrant a celui qui donne l'abondance
La première moisson de la Nouvelle- France.
Le premier cheval qui ait mis le pied sur le sol canadien
fut débarqué à Québec le 25 juin 1647. La compagnie des
Habitants l'avait acheté en France pour en faire cadeau au
gouverneur, lo chevalier de Montmagny. Ce dernier ne s'en
servit pas longtemps puisqu'il quitta le pays l'année sui-
vante.
Le 16 juillet 1665, on débarquait à Québec douze chevaux.
u C'était, sans doute, nous dit sir James LeMoyne, des mon-
tures pour le brillant état-major du grand marquis de
Tracy, vicc-roi. " Nous croyons plutôt que le roi de France
envoyait ces chevaux dans sa colonie pour faciliter aux colon s
les travaux de l'agriculture. En 1665, les rues de Québeo
devaient être encore trop escarpées pour permettre aux bra-
ves militaires français d'y caracoler à leur aise.
Les chevaux étaient entièrement inconnus aux Sauvages.
On peut imaginer leur surprise en voyant [ces orignaux de
Die
France — c'est ainsi qu'ils les nommaient. Ce qu'ils admiraient
le plus en eux c'était leur docilité. Ils ne pouvaient compren-
dre comment leurs cavaliers pouvaient les faire marcher à
leur fantaisie par un simple mouvement de la main. (Rela-
tion, 1666, p. 25 ; Journal des Jésuites, 10 juillet 1665).
" Sa Majesté a encore envoyé des chevaux, écrivait en
1667 la vénérable Marie de l'Incarnation, et nous a donné
pour notre part deux belles juments et un cheval, tant pour
la charrue que pour le charroi" (Lettres, p. 621).
Trois années plus tard, en 1670, le roi envoya encore dans
la Nouvelle-France un étalon et douze juments. Il les fit
distribuer aux gentilshommes du pays qui s'occupaient le
plus de la culture de la terre : l'étalon et deux juments à
M. de Chambly, une jument à M. Talon, une à AL de Sorel,
une à M. de Contrecœur, une à M. de Saint-Ours, une à M.
de Varennes, deux à M. de la Chenaye, enfin la douzième
à M. Le Ber.
Le roi faisait ces sortes de dons aux particuliers aux con-
ditions suivantes : ils devaient les nourrir pendant trois ans ;
et si par leur faute, quelqu'un de ces animaux venait à mou-
rir, celui a qui il avait été donné était obligé de payer au
receveur du Eoi la somme de deux cents livres. Dans l'autre
cas, il pouvait le rendre après les trois ans expirés, ainsi que
les poulains qu'il aurait pu avoir ; mais avec charge au bout
de trois ans, de donner au receveur de Sa Majesté un pou-
lain d'un an pour chaque cheval, ou la somme de cent livres.
11 était pareillement ordonné que, lorsque ces poulains que le
Koi faisait élever et nourrir seraient parvenus à leur troisième
année, on les distribuerait à d'autres particuliers, et toujours
anx mêmes conditions. (Fail Ion, Histoire de la colonie fran-
çaise, III, p. 222).
Ces conditions avantageuses pour les particuliers multi-
plièrent tellement les chevaux dans la Nouvelle France que
moins d'un demi-siècle plus tard l'intendant Baudot était
— 220 —
obligé de défendre aux habitants d'avoir plus de deux che-
vaux ou cavales et un poulain.
Cette sage mesure n'arrêla guère le mal puisque de nos
jours encore on se plaint que les habitants gardent trop de
chevaux.
Sur les chevaux au Canada, voyez une très intéressante
étude de M. Ernest Gagnon dans son ouvrage Le fort et le
château Saint-Louis. ' P.-G. K.
La mission tl'Qka. (VI, III, 707.)— D'après La
Potherie, presqu'un contemporain, la mission de la Monta-
gne et celle du Sault-au-RécoIlet furent fondées par M. de
Belmont et à ses frais (jCor. Gén., VII, 205).
Les sauvages Algonquins de M. d'Urfé n'arrivèrent pas à
Sainte-Anne du bout de l'Ile en 1704, puisque ce mission-
naire laissa cette paroisse en 1687 ; ils 7 furent établis très
certainement avant cette année là. (Voir registre d' Urfi au
presbytère de Lac hi no ; VEcho du cabinet de Lecture, 1866,
p. 81).
Parmi les sauvages de M. de Breslay à l'Ile aux Tourtes,
on comptait non seulement des " NipisBings ", mais aussi des
Algonquins. (Registres de SteAnne ; Répertoire du Clergé
Canadien, 77).
Les sauvages de l'Ile -aux-Tourtes venaient non pas du
Sault-au-Récollet ou de la Montagne, mais " des terres ".
(Registres de Ste Anne du 29 juillet et du 19 octobre 1705 ;
Cor. Gén. XXII, 99, 242 ; Lake St-Louis, 163-172 ; Sup-
plément, 19-20).
Enfin, la mission de l'Ile -aux -Tourtes cessa d'exister en
1726 et non en 1721 (Archives de Québec, rapport de M.
Langelier, 210 ; Cor. Gén. XLIX, 84 ; Registres de Ste-
Anne).
D.S.
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La Société du feu de Québec (VI, III, 704.)—
Sous le régime français, Je système en usage pour combat-
tre les incendies était des plus primitifs. Il n'existait aucune
organisation, aucun corps de pompiers.
Cinq ordonnances furent rendues pour prévenir ou com-
battre les incendies. Elles datent des 16 mai 1676, 21 mai
1721, 22 octobre 1726, 12 juillet 1734 et du 30 mai 1754.
Ces différents règlements obligeaient les habitants à faire
ramoner leurs cheminées ainsi qu'à entretenir des échelles
pour monter sur les toits, et ils défendaient de faire du feu
dans les cours. Lorsqu'un incendie éclatait, tous les habi-
tants devaient so rendre sur les lieux avec une hache et un
sceau. On prenait l'eau dans les puits ou à la rivière, lors-
qu'on n'en était pas trop éloigné, et on faisait la chaîne.
On jetait a terre les clôtures et tout ce qui aurait pu aider
le feu à se propager. Si l'incendie nenacait do s'étendre aux
maisons voisines, on abattait celles oi au moyen de haches
et de crochets en fer qui servaient à arracher les toits, etc.
Cependant l'ordonnance de 1734 institua un commence-
ment d'organisation. Elle portait qu'un certain nombre
de seaux, de haches, de pelles et de crochets en fer munis de
chaînes ou de cordages, seraient placés à certains endroits
désignés, dans les quatre quartiers de Québec. Cette mesure
ne relevait pas cependant les habitants de l'obligation d'ap-
porter chacun leur hache et leur seau.
Des les premières années de la domination anglaise, le
gouvernement s'occupa de cette importante question. Il
nomma des surintendants.des ramoneurs de cheminées pour
Québec, Montréal et Tiois-Rivières,et amenda les règlements
existante. Les rapporte de ces surintendante sont devenus
très précieux de nos jours parce qu'ils nous donnent une
liste de toutes les personnes tenant feu et lieu dans ces
villes ; ce sont de véritables almanacs des adresser.
— 222 —
En 1768, le conseil exécutif de 1a province rendit one or-
donnance à ce »u jet et nomma un surintendant pour chica-
ne des trois villes. Cette ordonnance fut amendée en 1790.
Le premier surintendant à Québec fut John Franks. En
1799 un nommé Robert Naddau remplissait cette charge.et
en 1830 je trouve le nom de John Grant comme surinten
dant.
Ce n'est que le 23 mars 1839 qu'une ordonnance du Con-
seil spécial érigea la Société du Feu de Québec. Les lettres
patentes constituant cette société portent la date du 13 avril
suivant. Eu furent nommés membres : MM.Jeremiah Leny-
craft, président, William Phillips, Charles Panet, Daniel
McCallum, Pierre Pelletier, Laughlin Me Pberson, Henry
Pemberton, Joseph Morin, Ebeneaer fiaird, John McLeod,
Pierre Boisseau, Robert Cairns et Frederick Hacker, tous
habitants et propriétaires de Québec.
Une société semblable avait été créée à Montréal, ie 25
mars de lu même année. L'honorable George Moffet en fut
le premier président.
L'ordonnance du Conseil spécial, 2 Vict, chap, 30 amen-
dait les deux actes précédemment nommés, relativement à
la nomination d'un surintendant pour empêcher les acci-
dents par le feu dans la ville et les faubourgs de Québec.
Elle décrétait que les émoluments, honoraires etc, de cet offi-
cier sciaient dorénavant versés à la nouvelle société, qui
serait formée de treize habitants de la ville, propriétaire a
ayant un revenu annuel d'au moins £25, avec un président
et un secrétaire-trésorier qui serait nommé par la majorité
dos membres.
La société du feu devuil faire des règlements sujets à l'ap-
probation dee juges de la cour du banc de la Reine. Elle
avait le droit d'imposer des amendes pour contravention à
ses règlements. On lui donnait le pouvoir de diviser la ville
en quartiers ; chaque quartier devait avoir une pompe à
ized by Gocjgle
vapeur et un certain nombre de pompiers volontaires, n'ex-
cédant pas cinquante pour chaque pompe, sous le comman-
dement d'un capitaine. Chaque pompier devait s'engager
pour l'espace d'un an et devait travailler sous peine d'amen-
de. En cas de mort ou d'incapacité, les pompiers devaient
être immédiatement remplacés. Ils n'étaient pas rémunérés
pour leur service, mais ils étaient exempts de servir comme
jurés, constables ou officiers de la paix ; ainsi que dans la
milice, excepté en cas d'invation du pays. Ils s'affranchis-
saient aussi de la corvée.
lia société devait en outre former un corps de soixante
pompiers sous la direction d'un capitaino ou de deux lieute-
nants. Ce corpe devait assister à chaque feu et ses devoirs
devaient être spécifiés dans les règlements do lu société.
Les pompiers blessés ou malades pouvaient recevoir l'aide
de la société. Les familles de ceux qui mouraient victime
du devoir pouvaient retirer une indemnité. La société était
aussi autorisée à récompenser les services rendus, au. moyen
de médailles ou autrement Un fond était créé pour dé-
frayer les dépenses de la société.
Les quelques notes qui précèdent suffiront, je crois, pour
donner une idée de l'organisation du temps. On était sans
doute encore loin du perfectionnement apporté depuis dans
les méthodes pour combattre les incendies ; mais c'était un
commencement, et cette société, telle qu'organisée, a dû
rendre de réels services à la vieille capitale.
F.-J. Aupet
— 224 —
QUESTIONS
726. — Quelle est l'origine et la signification du mot Soo.
nom que les Anglais donnent au Sault Sainte- Marie ?
Bip.
727. — L'Autobiographie du célèbre père jésuite Chaamonoi
a-t-elle été publiée ? Bibljo.
728. — Dans quelle partie de la Talléo de la Chaudière w
trouvait l'ancien fort " Sartigan " ? L. H.
729. — Feu Rodolphe Tanguay, avocat, neveu de Xgr
Cyprien Tanguay, avait mis en drame le roman de Joseph
Marmette : L'intendant Bigot. Ce drame a-t il été publié ?
A MAT.
730. — Quand le canal Chambly a t il été ouvert à la navi-
gation ? Mas,
731. — Dans !e statut 45, chapitre XII, Georges III, je H*
qu'à l'avenir " tout marin, pour obtenir une licence de pilote,
devra avoir fait deux voyages ou plus en Europe ou aux
/«/«."
Qu'entendait on, au commencement du siècle, par ce ternie
les Isles ? Mab/.v
732. — Quelle différence y avait il, autrefois, entre uo fief
simple et un fief do dignité ? Avons-nous eu au Canada det
nefs de cette dernière catégorie ? Ccbieix
733. — Peut on me donner une tinte dee eu de la parole
de Sainte-Anne de la Pérade ? Parois.
734. — Quand st-on commencé les premiers travaux de
creusage dans le fleuve Saint-Laurent, entre Qoébec tt
Montréal ? Quelle profondeur avait le chenal lorsque ces
travaux furent commencés ? Quelle est sa profoodoar
actuelle ? Pu..
irri
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 6 AOUT 1900 No. 8
SAINTE-LUC E DE RIMOUSKI
La paroisse de Sainte-Luce doit son origine 4 Michel Dee-
rotûers, fils d'Antoine Desrosiers, juge à Trois*Rivière6, et de
Anne Le Neuf du Hérisson, fille du lieutenant-général de ce
nom. Il vint se fixer, vers 181 K, à l'endroit appelé Vanse-au-
lardy un raille 4 l'ouest du moulin à farine actuel. Puis un
peu plu» tard.vinrent s'éparpiller successivement sur le bord
du grand fleuve : Jean Volant de Champlain (petit-fils du
côté maternol du célèbro explorateur du Miseissipi, Louis de
Joliet), Pierre Drapeau, Jean Langlois, Côme Lavoie, Xilné*
Gagnon, Ignace Lavoie, etc., autant de souches ayant laissé
de nombreux rejetons.
En 1823, la forêt avait reculé et avait fait place 4 des
champs— pas bien considérables encore — mais d'un rende-
ment merveilleux. La jeune colonie voyait s'augmenter dans
des proportions encourageante le nombre de sa population.
C'est alors que l'on commença 4 agiter la question de se
détacher de la paroisse de Saint-Germain de Rimouski
pour se constituer en paroisse. Ala demande qu'ils en firent se-
condés en cela par leurs seigneur^sses en tête desquelles était
madame Luoe.-G. Drapeau Casault, Mgr Panot, évêque de
Québec, par décret en date du 28 août 1829, érigea canon i-
quement " la seigneurie de Lessard et partie de celle de
Lepage et Tibierge en cure et paroisse sous l'invocation de
— 228 —
sainte Lace (1), dont la féte,selon le martyrologe romain, se
oétèbre le treize décembre "
Pour ee conformer aux lois françaises en usage dans ce pays
il fallait, pour donner une existence civile à la nouvelle
paroisse, se pourvoir de Lettres Patentes de Sa Majesté. En
conséquence, une requête fut présentée au gouverneur Sir
James Kempt, mais ce ne fut que le 12 février 1835, sous
l'administration de lord Aylmer, que la paroisse de Sainte-
Luoe fut reconnue civilement.
Le 2 janvier 1830, les nouveaux paroissiens ayant envoyé
une requête à Mgr Panet demandant à Sa Grandeur " de
bien vouloir leur accorder la permission de bâtir une église
en pierre de 80 pieds français, en dedans " (rien que cela
pour commencer), l'évêque de Québec délégua, le 3 novem-
bre suivant, M. Edouard Faucher, curé de Trois-Pistole*,
pour fixer l'emplacement de la future église, ce qu'il fit le
21 du mois suivant en plantant une petite croix pour mar-
quer l'endroit que devait occuper le maître-autel, et cela pré-
cisément au beau milieu de la Pointe aux-Coques.
Pour des raisons sur lesquelles on me permettra de glisser .
la bénédiction de la première pierre ne fut faite, par Mgr
Signay, que le 27 juillet 1838, et l'église fut livrée au culte
le 26 décembre 1840.
Cette poignée d'habitants relativement pauvres venaient
d'édifier une église considérée alors comme l'une des plus
vastes de nos campagnes canadiennes ; en voici les dimen-
sions principales : 80 pieds de longueur, intérieur, pour la
nef, sur 44 de largeur, aussi intérieur ; hauteur des murs,
22 pieds. La sacristie, 28 pieds de largeur sur 35 de longueur,
intérieur ; hauteur des murs, 14 pieds mesure française. On
(i) Ce nom patronal fut donné pour perpétuer la mémoire de la pre-
mière bienfaitrice de la nouvelle paroisse, dame Lute Drapeau-Casault,
co seigneuresse, femme d'une haute intelligence et d'un grand sens pratique.
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— 229 —
voit que chez le Canadien la foi ne compte pas avec les sacri-
fices.
La paroisse de Sainte-Luce fut jusqu'en 1842, alternati-
vement desservie par voie de mission, par M. Picard, curé de
Rimouski, ce prêtre dévoué et infatigable qui a tant fait
pour cette paroisse, et par ses vicaires, MM. Gabriel Nadeau
etChs.-Ed. Bélanger. Ce dernier — celui-là même qui mourut
d'épuisement et de misère dans les savanes de Stanfold,
dans la nuit du 23 au 24 novembre 1845 — fit faire, pour la
première fois, le 30 juillet de cette année 1842, la première
communion aux enfants,au nombre de 70. Je dis enfants et
je me trompe, car parmi les nouveaux communiants, l'on
comptait de grands et robustes gare portant moustaches, et
d'accortes fillettes qui n'attendaient le second sacrement de
l'église que pour piquer de suite au septième.
Quelques semaines plus tard, le premier vicaire de Rimous-
ki, M. Nadeau, fut nommé curé de la nouvelle paroisse,
charge qu'il conserva jusqu'à sa mort (14 février 1869).
La desserte de la paroisse fut alors confiée à M. Tobie Thé-
berge jusqu'au 5 mai suivant, date à laquelle M. Edouard
Guilmet commença à exercer les fonctions curiales. Dans l'été
de 1876, M. Guilmet ayant abandonné la cure de Sainte-
Luce pour prendre la rédaction du Foyer des Familles, jour-
nal publié à Ottawa, il eut pour successeur M. M. R. Bilo-
deau. A l'inverse des citadins qui viennent chercher un regain
de santé dans le voisinage immédiat des eaux salées de notre
grand fleuve, M. Bilodeau, lui, voyait dépérir la sienne, et,
après un séjour de trois mois, il se vit dans la nécessité d'a-
bandonner la cure de la paroisse.où il fut remplacé par M. le
chanoine J.-B. Blanchet, le ouré actuel.
Coïncidence assez remarquable, l'église de Sainte-Luce fut
commencée sous les auspices de M. Picard, ancien curé de
Rimouski. Il appartenait à son neveu, M. Blanchet, de lui
donner la dernière main, car, il faut le bien remarquer, cette
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église n'a rien,abeolument rien,à envier aux autres églises du
district de Quebec, non seulement quant à sa beauté et à la
richesse do son ornementation, maie aussi parceque depuis le
19 juillet 1894, elle jouit du privilège d'être, de tout ce dis-
trict, la quatrième église consacrée, l'église métropolitaine
de Québec et celle, de Sainte-Anne de Beaupré et de Sainte-
Anne de la Pocatière étant, si je ne me trompe, ses seules
devancière*.
On a dit souvent que les peuple* avaient, comme les indi-
vidus de l'espèce humaine, leur jeunesse, leur virilité, leur
décrépitude. En lisant le tableau qui suit du mouvement de
la population de la paroisse île Sainte-Luce, on serait en droit
de supposer que cette paroisse, qui compte 4 peine un siècle
d'existence, est déjà entrée dans la période, sinon de la déoré-
pitude, du moins de la décadence. Nous verrons dans un ins-
tant la cause do cette déperdition de la population.
Années Habitants
1851 1895
1861 2145
1871 1774
1881 1503
1891 1233
On voit par ce relevé, extrait de documents officiels, que
c'est en 1861 que la paroisse de Sainte-Luce a atteint le
maximum de sa population, et qu'à partir de cette année,
cette population accuse une diminution constante.
Cette diminution s'explique par plusieurs circonstances
bien connues, dont la première sont les morcellements pério-
diques auxquels cette paroisse a été on butte. Lors de l'é-
rection canonique de la paroisse de Saint- Anaclet (10 marc
1858), Sainte-Luce contribua pour 3780 arpents de terre en
superficie de son meilleur sol, et 3 à 400 do ses enfants dans
la formation de la nouvelle paroisse. En 1869, toute une
Digiti
nouvelle paroisse, Saint- Donat, était formée encore à même
Sainte-Luce. Cette dernière, qui comptait alors huit rangs,
tous plus ou moins habités, n'en conserva plus que trois, et
encore, de ceux oi, il n'y avait que celui du fleuve qui eut sa
longueur originaire, les autres ayant été écourtés au profit
de Saint-Anaclet.
Enfin, en 1882, ce dernier rang était écourté à son tour
de 26 arpents (1092 arpents en superficie) et annexé à la
paroisse de Sainte-Anne de la Pointe au-Père.
Une autre cause qui a fait diminuer la population de
Sainte-Luce.c'est lo Ht!au de l'émigration. Restreint autrefois
à quelques comtés du district de Montréal et de celui de Trois -
Rivières, ce fléau a gagné le vieux district de Québec, et la
paroisse de Sainte-Luce, elle aussi, a dû subir son œuvre
dévastatrice. Chaque année, depuis surtout que les commu-
nications par eau et par terre sont devenues si faciles, grand
nombre de ses enfants, bercés du fol espoir d'arriver vite à
la fortune et éblouis par la perspective d'un avenir chiméri-
que, abandonnent le sol natal, pour la grande République.
Ce mouvement si fatal à la nationalité canadienne se con-
tinue ici comme ailleurs dans des proportions vraiment alar-
mantes.
Cependant combien de ceux qui ont quitté le soin de la
terre, la culture des champs, occupations si honorables et si
indépendantes,pour aller vivre dans les manufactures ou dans
les écuries des Yankees,, combien y en a-t-il qui l'ont acquise
cette fortune tant convoitée ? sur cent peut-on en citer un
seul ? ...
J.-W. Miller
— 232 —
fcIBUrXiBAFHI£ DE LA POESIE FRA5CO-
f AXADIEXXE
pc.qw de C. Ltrrens, eéc* La M.«ia£*c — I?75l ±2 pp,
J> C**/r« U 11 &iu S*a!-P**L S«cc*ie édls'oa.
bee : C Darreaa, ïmpr.ttT da O.ngrea. é2. csoeL» *o*
tA*fte— 1*52- 42 pp. ia-ê.
Baillaje>,e, J<—EUjw„ <&r l'air da w Co«roe«*a«:
da Bot. ~ S. L a. d.
Baillai*/**. Xaceice. — Dermeri ai«tr Gr<&zuïït-
C/aébee, typogrsphk de C. Daraau, g. rue de La Mct^^t*
— 1*75. 7S pp
BEcrcHEais.NEaÉE. — Ltt ior&tont tnattUn^et. Tn>*
Kirier**, Viewr Ayatte, éditeur— itDCCCXCTIL 2U pp..
in- 8.
BiLA*<#EB, J.-A — Met tert. Ontaona», A. Bureau, impri-
meur, rue Sparks — 18*2. 217 x T pp., in- S.
Benoit, Samcel.— La Ckarlcïad* ou Le Menteur démar-
qué. Poème béroi^somique. Québec, imprimé su Dorera de
Y Editent— 1&72. XXII x 39 pp. in 8.
Bl B A c D, M I c HE L . — E pit ret, tatiret, chantons, ipigramwet.
et autres piicet de vert. Montréal, imprimées par Ludger
paremny, i l'imprimerie de La Minerve— 1830. 178 pp.,
in 12 (2).
Brault, Eugèhe. — Ami* it. Imprimerie et librairie fran-
çaise et anglaise, Wooneocket, R L, E. U.— 1899. 60 pp.
io-12.
Caocette, J.-B. — Let Voix intimes. Premières poésies.
Avec une préface de Benjamin Suite, membre de la Société
(I) La présente liste est nécessairement incomplète. Nous serions recon-
naiMantt à cens qui, par leurs renseignements, nous permettraient de la
compléter.
(a) Premier livre de poésies canadiennes.
■
i Google
233 —
Royale du Canada,etc. Québec, imprimerie de L.-J. Deniers
& frère, 30, rue de la Fabrique, 30—1892. 310 pp., in-8.
Càsoraw, L'abbé H.-R. — A ma sœur Rosalie. Epitre en
vers. 1860.
Les Miettes. Distractions poétiques. Edition intime à 50
exemplaires. Québec, ateliers typographiques de P.-G. De-
liale, 1, Port Dauphin — 1869. 69 pp.in-8.
Casseqrain^ Arthur.— La Grand-Tronciade ou Itiné-
raire de Québec à la Riviire-dwLoup. Poème badin. Ottawa,
G.E. Deebamts,imprimeur.éditeur— 1866. VIÏ.96 pp. in-12.
Chapjian, William. — Les Québecquoises. Québec, typo-
graphie de C. Darveau, 82, rue de la Montagne — 1876-224
pp. in-8.
Les Feuilles d'érables. Poésies canadiennes. Montréal,
typographie Gebhardt-Berthiaume, 30, rue St-Gabriel —
1890. 242 pp. in- 12 carré.
A propos de la guerre hispano-américaine. Québec, Léger
Brousseau, éditeur — 1898. 16 pp. in-4.
Ciiauvkaij, P.-J.-O. — Souvenirs et légendes. Conférence
faite à l'Institut Canadien de Québec. Québec, imprimerie
A. Côté et cie. 1877. 37 pp. in-4.
Le Dies Irae. Traduction en vers français avec le texte
en regard, suivie d'une notice sur cette séquence célèbre et
sur les traductions qui en ont été faites en diverses langues.
Se vend au profit de la souscription pour la construction
d'une chapelle du Sacré-Cœur à lu Basilique de N-D. de Qué -
bec. Montréal, bureau des" Nouvelles Soirées Canadiennes."
1887. 14 pp. in-8.
Chkvrier, M. de. — L'Acadiade ou Prouesses anglaises en
Acadie, Canada. Poème comi-héroique en quatre chants,
Cassel— 1758, Petit in-8.
Chkvrier, Rodolphe. — Tendres choses. Poésies cana-
diennes. Montréal, J.-P. Bédard, Imp.-éditeur, 170, rue Su
Laurent— 1892. 205 pp., in-16.
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— ra
Cxxjcaz;*, Octave, — Le drapeau de Cari '.le,*. Homnage
* MJL lea abonnés da Jomal >U Quite:. 1er de I an 185*. S
pp., in 8.
Horr-Tf-aye aux abcuhU dm - Journal de Q*ébi>:.~ 1er de
I an 1860. 6 pp. in *.
Caste friar do, convenir da 1er de l'an N' I. A MM. le»
abonnés do Journal de Québec. 4 pp. id-?.
Oevrrei complètes, publiée* sou» le patronage de l'Institut
Canadien de Québec. Montréal, Beaucbemin A Valois, librai-
res-imprimé nr« r 256 et 258, roe Saint-PauL 15*2. 544 ppin-S.
Cithbeet. Uo^a.—L' Aréopage. Athènes tu as vécu,Rome
tu van périr ! L'école canadienne dissipe son souvenir. Qué-
bec, printed by John Xeilson, Mountain street. 1803. 13
pp. in -S.
DEjfAi-LT. Amédée.— Luevrs d'aurore f Ebauche* de poé-
sie) 1886-1-92. Avec un portrait à l'héliogravure. Maison
de la bonne prose, 33, rue St-GabrieL Montréal — l 8 1*4. 1»4
pp. in -12.
Dknih, L'abbé. — Mort de Francoiz-Xavier Milton, élève
du collège de Montréal en 1852. Montréal, imprimé an bu»
reau de La Minerve, 10, rue St-Vincent — 1857. 8 pp., in-8.
Des* ai î.NiKKs. GfNZALVE . — L'absolution avant la ba-
taille. I>^dié aux brave» de la Butte aux-Fran^ais. Montréal,
imprimerie de U Etendard. 37, rue St- Jacques — 1886. 16
pp. in- 12.
Duhamel, Jacoj/E!*. — Acoubar, ou La loyauté trahie. Tra-
gédie tirée des amours de Piston et de Fortunie en leur
voyage de Canada, avec des chœurs, dédiée à Philippe Des-
porte*, abbé de ïyron— 1586.
Acoubar, tragédie, tirée des amours de Pistion et Fortunie,
en leur voyage de Canada. Rouen, Raphaël du Petit- Val —
1603. 71 pp pp., in- 12.
Acoubar, tragédie, tirée des amours de Pistion et Fortu-
nie, en leur voyage de Canada. Rouen, Raphaël du Petit-
Val-1611.inl2.
uigmzea Dy vjuu
EtantureLjEudorb. — Premières Poésies. 1876-1878.Avec
une préface de Joseph Marmette. Québec, Augustin Côté et
de— 1878. XVI x 204 pp., in 16.
Premières poésies. 1876-1878. Avec une préface de Joseph
Marmette. Deuxième édition. Québec, Augustin Côté et oie.
1878. XVI x 204 pp. in-16.
Premières poésies. 1876-1878. Troisième édition. Québec,
imprimé par J. Dussault— 1888. 109 pages in-16.
Feioe, L'abbé L.—Marcella, épisode dramatique. Hom-
mage au " Cercle Vil le -Marie." Montréal, Eusèbe Senécal &
fils, imprimeurs éditeurs, 20, rue Saint- Vincent, 1887. 15
pp in-8.
Ferland, Albert. — Mélodies poétiques. Montréal, Pierre
J. Bédard, imprimeur-relieur, no 1588, rue Notre-Dame,
1893. 143 pp. in-12.
Femmes rêvées. Pour lire à la femme aimée. Préface de
M. Louis Fréchette, lauréat de l'Académie françaire. illus-
trations de Geo. Del fosse. Gravures de A. Morissette. Mon-
tréal, choz l'auteur. MDCCCXCIX. Imprimé par Wilfrid
Boucher, 828 rue Berri, Montréal, 52 pp. in-8.
Fisbt, L.-J.-C. Les voix du passé. Vers dédiés à L.-G.
Baillairgé, écuyer, président de la société St Jean -Baptiste,
24 juin 1858. 4 pp. in 8. S. 1. n. d.
Jude et Grazia ou les malheurs de Immigration canadienne.
Poème dédié à ses amis. Québec, imprimerie de Broussoau
et frères, no. 7, rue Buade, 1861. 41 pp., in-4.
Fréchette, Louis. — Mes loisirs. Poésies. Québec, typo-
graphie de Léger Brousseau, rue Buade. 1863. 203 pp.,
in-12.
La voix d'un exilé. Poésies politiques. 56 pp., in-18. S.
1. n. d. (1).
Pêle-mêle, fantaisies et souvenirs poétiques. Montréal,
Compagnie d'impression et de publication Lovell, 1877.
274 pp., in-12 carré.
(l) Publiée à Chicago en 186S.
Les fleur$ boréàles. Les oiseaux de neige. Poésies cana-
diennes. Québec, C. Darveau, 1879. 268 pp., in- 12.
Les fleurs boréales. Les oiseaux de neige Poésies canadien-
nes couronnées par l'Académie française. Paris, E. Bou-
veyre, éditeur, 1, rue des Saint s- Pères ; Em. Terquem, édi-
teur, boulevard St-Martin, 15 MDCCCLXXXI. 265 pp.,
in-12.
La légende d'un peuple. Poésies canadiennes. Avec une
préface de Jules Claretie. Paris, à la librairie illustrée, 7,
rue du Croissant, 1887. Tous droits réservés. 347 pp., in-8.
La légende d'un peuple. Poésies canadiennes. Avec une
préface de Jules Claretie. Edition corrigée, revue et aug-
mentée. Québec, C. Darveau, imprimeur-éditeur, 82 à 84,
rue de La Montagne. 1890. Tous droits réservés, 365 pp.,
in-12.
La légende d'un peuple. Poésies canadiennes. Avec une
préface de Jules Claretie. Edition corrigée, revue et augmen-
tée. Québec, C. Darveau, imprimeur-éditeur, 82 à 84, rue de
la Montagne— 1897.
Jean- Baptiste de La Salle, fondateur des écoles chrétien-
nes. Poème lyrique. Montréal,50, rue Cotté, 18S9. 60 pp. in-8.
Feuilles volantes. Poésies canadiennes. Montréal.Granger
«S: frères, éditeurs, 1891. 208 pp., in-8 carré.
A Sa Majesté Victoria 1ère, reine </' Angleterre et impéra-
trice des Indes. S. 1. n. d. 1
Geoffrion, Arthur. — Amador de Latour, drame histori-
que canadien en trois actes et en vers. Montréal 1899.
Ginuras, L'abbé Apollinaire. — Au foyer de mon pres-
bytère, poèmes et chansons. Québec, imprimerie A. Côté et
cie 1881. 258 pp. in-16 carré.
L'écho des cœurs. Poème déclamé aux noces d'or du car-
dinal Taschereau, 23 août 1892. L. Brousseau, imp., Qué-
bec. 8 pp. in-12.
Grégoire, G.-S. — De Cheops à Eiffel ou le cycle du maté-
rialisme. Essai poétique inédit. Typ. L.-A. Bélanger, Sher-
brooke, 1893. 78 pp. in-12.
Labelle, Elzéar. — La conversion d'un pécheur. Opé-
rette canadienne. Montréal, S. d. 27 pp. in-4.
Mes rimes. Québec, P.-G. Delisle, 1, rue Port Dauphin,
1876. 151 pp. in-8.
Lajoie, Gerin.— Le jeune Latour. Tragédie canadienne
en trois actes. Montréal, 1844. 49 pp. in-8.
Lamartine, A. de. — Hymne au Christ. Québec : chea
Samuel Neilson, imprimeur-libraire, rue de la Montagne,
1837. 11pp. in-16.
Laruk, Hubert. — Le défricheur de langue, tragédie boufl'e
en trois actes et trois tableaux (1), 1859. 8 pp.
Legendre, Napoléon. — Les perce-neige. Premières poé-
sies. Québec, typographie de C. Darveau, 82, rue de la Mon-
tagne, 1886. 222 pp. in- 12.
Un souvenir et un hommage. 7 pp. in-8. S. 1. n. d (2).
Lemay, Pamphile. — Essais poétiques. Québec, G.-E. Dos-
barats, imprimeur éditeur, 1865. 320 pp. in-8.
Evangéline, traduction du poème acadien de Longfellow .
Deuxième éditien (3). Québec, P.-G. Delisle, imprimeur,
1, rue Port Dauphin, 1870. 192 pp. petit in-8.
Deux poèmes couronnés par V Université Laval. Québec ,
P.-G. Delisle, imprimeur, 1, rue Port- Dauphin, 1870. 250
pp. petit in-8.
Les vengeances, poème canadien. Québec, typographie
de C. Darveau, 8, rue do la Montagne, 1875. 323 pp. in-8.
Une gerbe, poésies. Québec, typographie de C. Darveau,
82 et 84 rue de la Montagne, 1879. 232 pp. in-8.
Petits poèmes. Québec, typographie de C. Darveau, 82 ,
rue de la Montagne, 1883. 265 pp. in-12.
Fables canadiennes. Québec, typographie do C. Darveau,
1882. 282 pp. in-12.
(1) Publié sous le pseudonyme Isidore de Méplats.
(2) A l'occasion des noces d'or sacerdotales de Mgr J.-D. Dcziel, curé
de Lévis.
{3) Evangélint avait d'alxml été publiée dans les Essais Poitiqtus.
— 238 —
Tonkovrou, nouvelle édition de Les Vengeances. Québec,
J. O. Fîlteau & frère libraires éditeurs, 27, rue Buade 1888.
295 pp. in- 16.
Fables. Nouvelle édition. Québec, typographie de C.
l>arveau, 1891. 292 pp. in-12.
LS8CARBOT, Marc. Adieu à la France. La Rochelle. 1606.
Les muses de la Nouvelle- France. A Monseigneur le chan-
celier. Avia Pieridura peragro loca nulliuis ante Trita solo.
A Paris, ohez Jean Mi Ilot, sur les degrés de la Grand'salle
du Palais. M. DC. IX. Avec privilège du Roy. 66pp. in 8.
Les muses de la Nouvelle- France. A Monseigneur le chan-
celier. Avia Pieridum peragro loca nuliius ante Trita solo.
A Paris, chez Jean Millot, devant S. Barthélémy, aux trois
coron dos. Et en sa boutique sur les degrez de la grand'salle
du Palais. M. D. C. XII. Avec privilègo du Roi. 84 pp. in-8.
Les muses de la Nouvelle- France. A Monseigneur le chan-
celier. Avia Pieridum peragro loca nuliius anle Trita polo.
A Paria, chez Jean Millot, devant S. Barthélémy, aux trois
Coronnes. Et en sa boutique sur les degrez de la grand'-
salle du Palais. M. DC. XII. Avec privilègo du Roy. 84
pp. in-8 (1).
Lorrain, Léon— Les fleurs poétiques. Simples bluettes.
Immortelles et pensées, roses et marguerites. Violettes et
pivoines, poésies diverses. Montréal, C.-O. Beauchomin & Fils,
libraires-imprimeurs, 256 et 258, rue Saint-Paul, 1890. 183
pp. in-8.
Marchand, L'abbé Etienne.— Les troubles de Viglise du
Canada en 1728, poème héroï-comique composé à l'occasion
des funérailles de Mgr de Saint- Vallier. Lévis, Bulletin des
Recherches Historiques, 1897. 20 pp. in 8.
Marchand, F.«(t. — Un bonheur en attire un autre. Comé-
die en un acte et en vers. Montréal, imprimerie de la Ga-
2etts, 18&3. Représentation et reproduction réservées. 50
pp. in-8.
(i) Réimpression de Tross, i860-
uigiti
— 239 —
Les faux-brillantSy comédie en cinq actes et en vers. Mon-
tréal, Prendergast & Cie, éditeurs, 37, rue St- Jacques, 1885.
Représentation et reproduction réservées. 107 pp. in- 8.
Marmontel. — Le Huron, Comédie en deux actes et en
vers, meslée d'ariettes, représentée pour la première fois par
les comédiens italiens du Roi, le 20 août 1768. Paris, Mer-
lin, 1770. 48 pp. in-8.
Marsais, A. — Romances et cïiansons. Québec : J. & 0.
Oémaxie, libraires éditeurs, 12, rue de la Fabrique, 1854.
52 pp. in-32.
La loi du Maine ou de tempérance aux Etats- Unis. En
vente chez les principaux libraires de Montréal et de Qué-
bec, 1855. 12 pp. in- 12.
Marsilb, M.-J. — Epines et fleurs ou Passe-temps poéti-
ques. Bourbonnais, Grove, Ills. Journal du collège Saint-
Viateur, 1889. 137 pp. in-8.
Liola ou légende indienne. Montréal, imprimerio de l'ins-
titution des Sourds-Muets, Mile-End, P.Q., 1893. 96 pp. in-12.
Martinbau, L'abbé Y.— Une voix d 'outre-tombe. Poésies.
Avec portrait. Montréal, imprimerie de John Lovell & Fils,
1888. 210 pp. in-8.
Nantf.l, L'abbé A. — Les fleurs de la poésie canadienne,
Montréal, C.-O. Beauchemin & Valois, libraires-imprimeurs,
rue StvPaul, 237 ot 239, 1869. 134 pp. in-12.
Les fleurs de la poésie canadienne. Deuxième édition aug-
mentée et précédée d'une préface. Montréal, C.-O. Beauche-
min & Fils, libraires imprimeurs, 256 et 258, rue Saint-Paul,
1896. 255 pp. in-8.
Narbonne-Lara, M. de.— Esquisses poétiques. Montréal
(Canada), Eusèbe Sénécal, imprimeur, rue Saint- Vincent,
6, 8 et 10-1875 255 pp. in-8.
Paradis, Pierre-Paul.— Waterloo. Essais poétiques. Chi-
coutimi, imprimerie du Progrès dn Sagucnay, 1893. 8pp. in-8.
La fin du Monde. Chicoutimi, imprimerie Progrès du
Saguenay, 1895. 22 pp. in-8.
i
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— 240 —
Les funérailles de V amour. J.-L.« Arthur Godbout, éditeur,
Chioontimi, imprimerie du Progrès du Saguenay, 1897. 27
pp. in 8.
Prendbrqast, James-E.-P. — Soir d'automne. Québec, P.-
G. Delisle, imprimeur, 1881. 24 pp. in-8.
Pois80N,Adolphe. — Le prince impérial. 6 pp. in-8. S. 1. n.d.
Chants canadiens à l'occasion du 24 juin 1880. Québec,
imprimé par P.-G. Delisle, 1880. 78 pp. in-16.
Heures perdues. Poésies. Québec, imprimerie générale A.
Côté et cie. 1894. 257 pp. in-12.
Meures perdues. Poésies. Deuxième édition. Québec,impri-
merie général A. Côté et cie, 1895. 256 pp. in-12.
Poitras, J.-W. — Refrains de jeunesse. Poésies canadien-
nes. Aveo une préface de Louis Fréchette, lauréat de l'A-
cadémie française. Montréal : La maison de la bonne presse,
31, 33 et 35, St-Gabriel, 1894. 190 pp., in-12.
Routiuer, A.-B. - Les ichos. Québec, 1882.287 pp. in-12.
Saffray, Madame la marquise de.— Aux Français du
Canada.
Sempé, Edouard. — Cantate en r honneur de Son Altesse
Royale le Prince de Galles à l'occasion de son voyage au
Canada. Montréal : imprimerie de Louis Perrault et com-
pagnie, 1860. 8 pp. in-8.
Stevens, Paul. — Fables. Montréal : à vendre chez Jean-
Baptiste Rolland, libraire, no 8, rue St Vincent, 1857. De
l'imprimerie de John Lovell, rue St-Nicholas. 124 pp. in-8.
Sulte, Benjamin.— Les Laurentiennes. Poésies. Montréal,
1870. 208 pp. in-1 6.
Chants nouveaux, Ottawa, imprimerie du journal Le
Canada, coin des rues Sussex et Murray. 1880. 68 pp. in-16.
Taché, Louis-H. — La poésie française au Canada. Précé-
dée d'un article de revue historique sur la littérature cana-
dienne-française— St-Hyacinthe imprimerie du Courrier de
St-Hyacinthe, 1881. 288 pp. in-8.
Digitized bvj^ j
Thibault, Madams Duval. — Fleurs du printemps. Avec
line préface de Benjamin Suite. Fall River, (Mas.) E. 17.,
Société do publication de l'Indépendant, éditeur, 49, rue
Bedford, 1892. XI, 246 pp. in- 16.
Thomas, Antoine-Léonard. — La mort de Jumonville.
Thomas,Locis. — Epitre à Son Altesse Royale le Prince de
Galles. 1860. 40 pp. in-8.
Tremblât, Rémi. — Caprices poétiques et chansons satiri-
ques. Montréal, A. Filiatreault & cie, imprimeurs, rue Ste-
Thérèse, no 8 1883. 311 in-12.
Coups d'aile et coups de bec. Poésies diverses. Montréal,
imprimerie Gebhardt-Berthiaume, 30, rue St-Gabriel — 1888
pp, in-12.
Boutades et rêveries. Poésies diverges. Fall-River, Mass.,
Société de Pub. de l'Indépendant, éditeur. 1893. 320 pp. in-
12 carré.
Anonymes. — La carabinade ou combat entre les carabins
et les chérubins (poème héroï-comique par un chérubin)
Montréal, Les chérubins, imprimeurs-éditeurs, rue XXX,
1871. V 1-6 pp- in 8.
La littérature canadienne de 1850 à 1860. Publiée par la
direction du Foyer Canadien. Tome II. Québec, G. et G. E,
Deebarats, imprimeurs-éditeurs, coin dee rues Sainte-Anne
et des Jardins, 1864. 389 pp. in-12. (1).
Légende des enfants. Du ciel à la terre. 8 pp.in-8. S. l.n. d.
Le Pape et le Précieux Sang. Par une religieuse du mo-
nastère du Précieux-Sang St-Hyacinthe, 16 juin 1875. 17
pp. in 8.
Souvenir de la distribution des prix à V Académie St- Denis.
Année 1867-68. 4 pp. in-8. S. 1. n. d.
Souvenir de la première communion. La veille, le jour, le
lendemain. Québec, C. Darveau, imprimeur éditeur, no 8t
rue de la Montagne. 1868. 1 1 pp. in-12,
P,G. R.
(I) Le tome I ne contient aucune poésie.
— 242 —
« HISTOIRE DE NOTRE-DAME DE BONSECOURS
A MONTRÉAL"
Un jeune prêtre, M. Leleu, arrivé dernièrement ear nos
places, avec les beaux talents d'une intelligence cultivée,
chanto les gloires de Marie !... Et remarquez, ce n'est pas la
dévotion familière à tous qu'il célèbre, ce serait déjà bien ;
sa préface démontre qu'il le peut faire avec compétence ;
mais c'est notre amour, à nous Canadiens de Ville-Marie pour
notre patronne qu'il chante. Il a écrit pour la glorification
d'un sanctuaire vénéré, auquel se rattachent les anciens et
précieux souvenirs de notre ville. Oh ! que j'aime à recueillir
les éloges de cette plume poétique, dans toute la fraîcheur
de sa jeunesse littéraire pour ce type héroïque de la vénéra-
ble Mère Bourgeois, fondatrice de ce vieux temple ! L'his-
toire de sa vie prodigieuse de dévouement, comme du reste
celle des fondatrices do toutes nos communautés, il faut le
dire, n'est pas assez répandue. Sans doute, ceux qui repas»
Bent un peu attentivement les premières pages de notre his-
toire so rappellent les noms de la célèbre Marie de l'Incar-
nation, de Mme de la Pelletrie, de Mlle Mance, etc., etc.,
mais c'est curieux de voir leur application à ne citer ces
noms que le moins possible. Il semble même parfois qu'on
vous trouve importun, troublant, que sais-je ? exagéré, quand
vous redites ces noms illustres de notre berceau. Vous voyez
de suite la frayeur d'amoindrissement de certains beaux
types d'outro-mer. Il ne s'agit certes pas de cola, mais bien
de mettre dans lour jour exact nos fumeux personnages
d'an tan. Ils ont été saints, héroïques, et leur gloire doit être
prônée avec d'autant plus de soin qu'il y a plus de négli-
gence à en apprécier la valeur réelle. M. l'abbé Leleu a
accompli cette tâcho«danB son joli livre de Notre-Dame de
Bonsecours, et les pages délicieuses qui le composent ont été
écrites par un jeune prêtre nouvellement arrivé de France.
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J'en fais une seconde fois la remarque, parc*} que nous ne
sommes guère habitués à voir un étranger apprécier juste en
mettant le pied sur notre sol. Plus d'un aborde ici avec dos
idées fixes, ne se donne jamais la peine d'étudier les gloires
de nos origines. Quand les circonstances les y forceront, un
petit éloge tombera de leurs lèvres, et c'est tout. Vous sen-
tez qu'ils n'ont qu'une supériorité à proclamer ; pourtant,
personne ne songe à l'amoindrir. Du reste, nous savons tous
que nous avons tout reçu du vieux sol de France, et les fleurs
de vertu qui ont épanoui sur les rives de noire beau fleuve
ont été arrosées par des mains françaises. C'est donc pour
nous un mérite spécial de ce jeune et brillant auteur d'avoir
su reconnaître et proclamer la gloire de la vénérable Mère
Bourgeois, et de ne pas hésiter à continuer une œuvre litté-
raire toute à l'honneur de la Mère de Dieu et de la patrie.
Bien d'étonnant quo des écrivains, véritable gloire de notre
écrin littéraire, tels que MM. l'abbé Uasgrain, Benjamin
Suite, notre poète lauréat Fréchette, se soient empressés de
saluer l'apparition de ce beau livre. Il a été écrit en un style
charmant, soutenu. Les pages sont inspirées de documents
historiques, irréfutables, toutes imprégnées du parfum de
piété de la vénérable Mère Bourgeois.
Nous n'avons qu'un souhait à exprimer. Puisse ce livre
attachant se répandre partout dans le pays, et même au
loin ! Là, beaucoup de gens liront des détails qu'ils n'au-
raient jamais dû ignorer, ot les étrangers reconnaîtront l'hé-
roïque dévouement de ces femmes célèbres, qui ont fait de
notre sol canadien un coin de terre digne d'études plus
approfondies et d'admiration bien méritée !
CnARLKS-P. Bkaubikn, Ptre.
REPONSES
Les juges tie Troùt-Rivières, (VI, IV, 710.)— Le
district judiciaire de Trois- Rivières fat érigé par la procla-
mation du 12 avril 1790, qui créait en même temps la cour
de* plaidoyers communs.
Quelques notes eur l'administration de la justice dans la
province, antérieurement à la création de ce dis tri et, ne seront
pas hors de propos.
Aussitôt après la capitulation de Montréal, la province
fut mise sous la loi martiale et fut divisée en trois gouver-
nements. Les gouverneurs se réservèrent tout d'abord
l'administration de la justice. Un peu plus tard des officiers
de l'armée anglaise participèrent & cette administration en
qualité de juges de paix. " Los Canadiens repoussèrent ces
juges éperonnés, dit Garneau, et ils firent régler leurs diffé-
rents par le curé et les notables du lieu, dont l'influence
augmenta ainsi dans chaque paroisse. Par un heureux effet
des circonstances, le peuple et le clergé se trouvèrent unis
d'intérêts et de sentiments, et sous le règne de l'épée, l'ex-
pression de la morale évangélique devint la loi de chacun."
En 1764 eut lieu l'établissement du gouvernement civil et
la division de la province en deux districts.
Comme le nombre de protestants capables de remplir les
fonctions de magistrats à Trois-Rivières était très limité, les
juges de paix de Montréal et de Québec furent chargés d'al-
ler tenir les sessions trimestrielles de cette ville.
Toute l'ancienne administration de la province fut en
même temps refondue. On établit une cour supérieure,
civile et criminelle, sous le nom de " cour du banc du roi "
et une cour inférieure, dite " cour des plaids ou plaidoyers
communs," toutes deux réglées sur celles do l'Angleterre
et tenues de rendre leurs décisions conformément aux lois
anglaises, excepté dans les causes pendantes entre Canadiens
uiy
— 245 —
et commencées avant le 1er octobre 1764. Lee juges étaient
nommés par la majorité du conseil du gouverneur et confir-
més par l'Angleterre. Le conseil devait servir lui-même de
cour d'appel sous la révision du conseil privé du roi (1).
L'acte de Québec, 1774, rétablit les lois civiles françaises
et confirma les lois criminelles anglaises.
Les tribunaux ne paraissent pas avoir ebangé.
En 1787, Carleton, ayant fait une enquête sur l'adminis-
tration de la justice, découvrit une foule d'abus. Ce fut à la
suite de cette enquête qu'eut lieu l'érection du district de
Trois-Rivières.
Los premiers juges de la cour des plaidoyers communs de
Trois-Rivières furent messieurs Adam Mabane, Thomas
Dunn, John Fraser, Ilertel de Rouville et Pierre Panet. Ils
furent nommés par commission en date du 1er juillet 1790.
Une nouvelle constitution fut octroyée au Canada en
1791. La province de Québec fut divisée en deux parties :
le Bas Canada et le Haut Canada, ayant chacune leur gou-
vernement.
Le 12 janvier 1792, une nouvelle commission nommait les
messieurs suivants : John Fraser, Thomas Dunn, Hertel de
Rouville et Jenkin Williams.
Une troisième commission, datée le 28 janvier 1794, con-
tenait les noms de MM. Jean- Antoine Panet, Pierre- Amable
De Bonne et James "Walker. Leur juridiction s'étendait
aux trois districts do la province.
Cependant la population ainsi que le commerce de ce dis-
trict augmentait et par conséquent le nombre des procès
civils et criminels. Il était devenu nécessaire de réorgani-
ser les tribunaux. C'est ce que .fit le statut provincial 34
George III chap. 6., qui créait la cour du banc du roi du dis-
trict de Trois-Rivières. Cette cour était tenue par deux
juges de la cour du banc du roi des districts do Québec et de
(I) Garneau Histoire du Canada.
uigm
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— 246 —
Montréal auxquels on adjoignit le juge de la cour provin-
ciale du district de Ïroia-Rivières, laquelle était créée par le
même statut.
La cour provinciale exista jusqu'à la fin de Tannée 1830.
Voici la liste des juges de cette cour et la date de leur
nomination.
Deschéneaux, Pierre-Louis, 18 déc. 1794 ; Faucher, Louis-
Charles, 1er janv. 1803 ; 8édard,Pierre,l 1 déc. 1912; Uniac-
ke, Norman-Fitzgerald, (1) 24 mai 1827; Bédard, Pier-
re, (2) 11 oct. 1827 ; Fletcher, John, (3) 6 juin 1828 ; Bé-
dard, Pierre, 2 oct. 1828 ; Vallières de St-Réal, Joseph-
Rémy, 13 mai 1829.
Par le chap. 22, 10-11 George IV, la cour provinciale fut
abolie et le juge provincial fut élevé au rang de juge de la
cour du banc du roi, résidant à Trois- Rivières, et mis sur le
même pied que ses collègues de Montréal et de Québec.
Le juge Vallièree reçut donc une nouvelle commission.
Voici la liste des juges résidents. Vallières de St Réal,
Joseph- Rémy 10 déc. 1830 ; Gale, Samuel (4), 28 déc.
1835 ; Rolland, Jean-Roch (5), 13 fév. 1836 ; Rolland,
Jean- Roc h (6), juge assistant, 28 déc. 1838 ; Gale, Samuel
(7), juge assistant, 27 mai 1839 ; Vallières de St Réal, Jos.-
Rémy (8), 8 août 1840 ; Mondelet, Dominique, 1er juin
1842.
Le juge Vallières fut suspendu de ses fonctions par Col-
borne, pour avoir rendu, durant les troubles de 1837-38,un
jugement en faveur des détenus politiques qui demandaient
des brefs d'habeas corpus. Il soutenait que le statut de la
(1) Durant la maladie de Pierre Bébard.
(2) Nouvelle commission.
(3) Durant la maladie de Pierre Bédard.
(4) Durant la maladie de Vallières.
(5) Di«o.
(6) Durant la suspension de Vallières.
17) Ditto.
(8) Promu juge en chef de Montréal, le 1er juin 1842.
21e année de Charles II était loi en Canada ; bien que nous
eussions une ordonnance spéciale, celle du conseil législatif
de la province de Qaébec, 1784 ; et que l'ordonnance du
gouverneur et du conseil spécial du 8 novembre 1838 était
nulle comme étant contraire à un statut impérial (1),
La cour supérieure du Bas-Canada fut créée par le chapi-
tre 38, 12 Viétoria.
Voici quels ont été les juges de cette cour depuis 1 850.
Mondelet, Dominique, 1er jan. 1850 ; Polette, Antoine (2)
3 mars 1863 ; Bourgeois, Jean Baptiste, 15 nov. 1880.
F.-J. Audet
Les chapelain* secrets d'honneur de Sa Sain-
teté. (V, VI, 629)—" Le Souverain Pontife a, pour l'as-
sister dans les diverses fonctions ecclésiastiques, des prélat**
ou des chapelains. Si ces cérémonies sont publiques, les
auditeurs de Rote, qui sont reconnus comme chapelains per-
pétuels du Pape, en exercent les fonctions ; si, au contraire,
le Pape dit la sainte messe, ou fait une fonction dans sa cha-
pelle privée, l'honneur de l'assister appartient alors aux cha-
pelains secrets.
" Le chapelain secret dit la messe d'action de grâces après
celle du Souverain Pontife, l'aide au dépouillement de sa
correspondance, des journaux, etc, fait ses commissions per-
sonnelles.
" Les chapelains secrets ont le titre de Monseigneur et
les mêmes vêtements que les camériers secrets, portant comme
eux en cérémonie la cappa rouge. Leur fonction cesse avec
le pontificat.
" Les chapelains secrets d'honneur ont les mêmes vête-
ments que les chapelains secrets et le titre de Monseigneur.
" De même qu'il y a des camériers d'honneur extra urbem,
de même il y a des chapelains secrets d'honneur extra urbem.
(1) Bibaud, Panthéon ianadien.
(2) Se retira le 1er sept. l88ffet mourut le 6 janvier 1887.
— 248 —
Les ecclésiastiques qui ont reçu cette nomination aéraient
appelés, si le Pape quittait Borne et arrivait au lieu où ils se
trouvent, à lui rendre les services et exercer les fonctions des
chapelains secrets à Rome. Ils ont droit, mais hors de Borne
seulement, au titre de Monseigneur et au môme vêtement
que les camériers d'honneur. Leur charge cesse avec le Pon-
tificat " (Battandier).
Mgr Joskph Desautels, Yarennee, 1862 ;
Mgr J.-J. Viçbt, Sault-au-Bécollet, 1862.
P. G. R
Fief simple et fief de dignité. (VI, VII, 732,—
" Le fief simple est celui qui n'est décoré d'aucun titre ou
honneur. On appelle fief de dignité ou d'honneur ceux qui
o nt justice ou des titres, depuis les châtellenies jusqu'aux
duchés."
Les fiefs de dignité avec titre, en Canada, sous le régime
français, furent : la chStellenie de Coulonge, lee baronies
des Islets, du Cap Tourmente, de Portneuf etdeLongueuil,
le comté d'Orsainville (primitivement la baronnie des Islets),
et le comté de Saint Laurent (l'île d'Orléans).
Le roi de France érigea aussi la baronie de Beauville, en
Acadie, et le duché d' Arkansas, en Louisiane. L'historien
Bibaud fait mention d'un marquisat du Sablé érigé dans la
ville des Trois-Rivières. M. Benjamin Suite, qui a fait une
étude spéciale de la question, dit qu'une certaine portion de
terrain située dans les limites de la ville des Troie-Rivières,
et qu'il indique avec précision, a, pendant longtemps, été
désignée sous le nom de marquisat du Sablé ; néanmoins, il
affirme que ce prétendu marquisat n'a jamais été créé régu-
lièrement. lia bien retracé dans plusieurs anciens docu-
ments cette appellation de " marquisat du Sablé," mais, pour
lui comme pour tous, l'origine de cette appellation reste
inexplicable. La compagnie de la Nouvelle-France avait le
droit, en vertu de l'article V de sa constitution, de concéder
Digitized b
— 249 —
des fiefs et seigneuries avec titre d'honneur, mais la créa-
tion dee duchés, marquisats, comtés et baronies devait être
ratifiée par le roi. L'érection d'une timple cbitelleme pou-
vait être faite sans que la ratification royale fût requise.
Ebnest Gaqnon
Xe Compte Dupré* (VI, III, 7050— En 1755, par
commission du marquis Duqueene, gouverneur général du
Canada, M. Le Compte Dupré était déjà capitaine.
En juin 1755, il fut commissionné mak>r, lieutenant colonel
en novembre de la même année, et enfin colonel pour la ville
et le district de Québec, le 4 mars 1778, par commission du
gouverneur Guy Carleton.
Pendant plus de vingt ans, tout le district de Québec a
été sous ses ordres, et le zèle avec lequel il s'est acquitté de
son devoir lui a toujours mérité l'amitié, la confiance et la
reconnaissance de tous les miliciens.
L'anecdote suivante mérite d'être connue. Elle eut lieu
en novembre 1775. L'ennemi était aux portes de la ville ,
trois sergents de la milice canadienne-française forment le
complot de faire entrer les Américains par une petite porte
près de la poudrière, dont un des sergents commandait la
garde. M. Dupré, faisant sa ronde à onze heures du soir,
découvre le complot et en avertit le lieutenant gouverneur
Cramahé. Les sergents sont pris et emprisonnés jusqu'en
mai suivant. On leur fit leur procès, et ils avouèrent que
sans le colonel, la ville aurait été prise.
Les Américains s'attachèrent à lui faire tout le tort qui
était en leur pouvoir ; plus de quatre cents restèrent à sa
terre, près de Québec, et ruinèrent entièrement son habita-
tion. Dans sa seigneurie, ils enlevèrent tous les blés, farine
et effets qui lui appartenaient Une preuve de la générosité
et de la noblesse de ses sentiments est qu'il n'a jamais voulu
accepter les terres qu'on lui a offertes en récompense de ses
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services. L'amour de son roi et de eon pays » toujours été
le seu. motif qui l'ait engagé i le» eerrir.
G. d« Q.
La France antarctique. (VI, III, 703.)— Où était
située la France antarctique qui intéressait tant Montaigne,
et par quels pays est-elle représentée aujourd'hui ?
La réponse a cette question eet assez facile. Voyons d'a-
bord à quelle époque vécut le célèbre philosophe et mora-
liste. Montaigne naquit en 1533 en Périgord, et mourut en
1502. Il vit le jour un an avant le premier voyage de
Jacques Cartier. Il avait douze ans lorsque parut chez
Ponce Roaset, à Paris, la relation du deuxième voyage de
ce bardi capitaine. Mais ce n'est pas aux contrées décou-
vertes par le navigateur malouin que peut s'appliquer le
nom de " France antarctique." En effet, qu'on lise le titre de
la relation de Cartier : " Bref récit et succincte narration
de la navigation faitte es ysles du Canada, Hochelaga et
Saguenay." Il n'est nullement question ici de France an-
tarctique, et Ton ne trouve nulle part cette désignation pour
la région du Saint- Laurent dans les relations du 16ème siè-
cle. Lescarbot parie des " voyages, navigations et décou-
vertes des Français dans les golfe et grande rivière de Ca-
nada." Ramuaio appelle les pays découverte par Cartier
" terra nuova detta la nuova Francia." Ce n'est donc paa
sur les rives de notre grand fleuve qu'il faut chercher la
France antarctique.
Portons nos recherches dans une autre direction. J'ouvre
le précieux catalogue de M. Faribault, et je lis à la page
123 : " Thevet (André), historiographe de France—" Le*
singularités de la FRANCE ANTARCTIQUE, autrement
nommé Amérique, et de plusieurs Isles découvertes de notre
temps : Paris, 1558, in-4. Anvers, avec figures, 1558 in-8."
Nous voici avec le nom de " France antarctique." Mais à
quelle région s'appliquait-il ?
En 1555, un vaillant marin et homme de guerre, Nicolas
Durand de Villegagnon, commandeur de l'Ordre de Malte,
vice-amiral de Bretagne, conçut le projet d'aller fonder une
colonie française dans l'Amérique méridionale. Il fit agréer
eon dessein au roi de France, Henri II. Et en même temps,
il s'aboucha avec l'amiral Coligny, le chef du parti hugue-
not. Car il appert malheureusement que le commandeur
de Malte avait donné dans le* erreurs du calvinisme ; et l'un
des buts de son expédition était d'ouvrir un lieu do refuge
aux religionnairee oatracisés en France, et de fonder au delà
des mers une petite Genève américaine.
Villegagnon quitte le Havre avec deux vaisseaux, le 12
juillet 1555, et au commencement de novembre il aborda
à Rio Janeiro, alors connu sous le nom de Ganabara. Il
dibarqua des hommes et se^ provisions sur une île, bâtit des
huttes, creusa des retranchements. " Dans l'anticipation
de triomphes futurs, écrit Parkman, par une étrange per-
version de langage ,il appelle tout ce continent ' ' France an-
tarctique, tandis que le fort reçut le nom de Coligny."
Si l'on en croit certains auteurs, André Thovet accom-
pagnait cette expédition. Thevet, né en 1502, mort en 1590,
était un moine cordelier. Avide d'études et de lecture, il
acquit une assez grande érudition. Pour augmenter ses
connaissances, il obtint la permission de visiter l'Italie et
l'Orient. Revenu en France, en 1554, il donna une relation
de son voyage. En 1555 il accompagna Yiliegagnon àRio-
Janeiro ou Ganabara. Comme l'expédition était,au fond, une
entreprise protestante, il parait évident que ce cordelier
avait des opinions excessivement larges. H fut malade pres-
que tout le temps de son séjour en Amérique, et retourna
en France l'année suivante. C'est alors qu'il publia sen
" Singularités de la France Antarctique."
En 1558, il obtint sa sécularisation et devint aumônier de
la reine Catherine de Médicis. La protection de cette sou-
— 252 —
veraine lui valut successivement les thread historiographe et
de cosmographe du roi, auxquels étaient attachée de rich^
émoluments. Il était lié arec le» poètes de la pléiade, Baif,
Jodelle et Dorai. .Ses principaux ouvrages sont : Cosmo-
graphie du Levant," 1555 ; " Singularités de la France
antarctique, 1558 " ; " Discours de la bataille de Dreux,"
1563 ; " Cosmographie universelle," 1571 ; " Les vrais por-
traits et vies des hommes illustres," 1584.
La colonie fondée par Yillegagnon n'eut pas une longue
histoire. La discorde religieuse y déchaîna ses fureuis.
Des ministres calvinistes arrivés à Ganabara en 1557 encou-
rurent la disgrâce du commandeur de Halte, qui commen-
çait à en avoir assez de l'hérésie.
La disette désola le fort Coligny. Enfin Villegagnon re-
passa en France, et après son départ, les Portugais s'empa-
rèrent de l'établissement. La "France antarctique" avait
à peine vécu deux ans.
Pour en revenir à Montaigne, il est clair que cette France
antarctique dont il se préoccupait si vivement était la colo-
nie de Rio-Janeiro. Le livre de Thevet fut publié en 1558.
L'auteur des " Essais " avait alors vingt cinq ana. Grand
amateur de lecture, il avait sans doute parcouru ce livre
curieux.
L'homme qui avait demeuré dans la " France antarcti-
que " et que Montaigne avait chez lui était évidemment un
des colons de Yillegagnon rapatrié en France après la chute
de I'tftabliffsement.
Comme on le voit, à la lumière de l'histoire, la question
posée par un collaborateur du Bulletin des Recherches His-
toriques est d'une solution facile.
Ionotus
Le c/ienal entre Québec et Montréal. (VI, VII,
734.)— Lee premiers efforts tentes pour améliorer le cbenal
entre Québec et Montréal remontent à Tannée 1825.
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— 253 —
L'année suivante, on commença à considérer la quostion
comme étant d'intérêt public, et l'Assemblée Législative du
Bas-Canada s'en empara. Un comité chargé de s'enquérir
s'étant procuré des plans et ayant tenu des enquêtes, décida
qu'il lui fallait obtenir de plus amples renseignements avant
d'être en état de faire un rapport convenable, et en consé-
quence, une nouvelle commission fut nommée l'année sui-
vante. On reconnut bientôt la nécessité de faire des sonda-
ges, et comme l'Amirauté Anglaise avait envoyé un corps
d'ingénieurs pour faire ce travail, et que ces derniers étaient
déjà parvenus au lac St Pierre, on résolut d'attendre le rap-
port du capitaine Bayfield, officier de l'Amirauté, — rapport
très élaboré et d'un grand intérêt. Ce rapport fut soumis à
la Chambre en 1831, et référé à un Comité de cinq membres,
chargé de l'étudier.
Les choses en restèrent là jusqu'en 1838, alors qu'une
somme de £500 fut votée pour faire une nouvelle inspection
du lac St-Pierre.
En 1841,un ingénieur du nom de David Thompson prépara
un estimé du coût de creusage du lac St-Pierre à une profon-
deur de seize pieds, à l'eau basse. La Chambre décida alors
de prendre des mesures pour que ce travail s'ocoomplisse,
mais ce n'était là que le commencement, et on discuta pen-
dant trois ans encore, pour savoir si on creuserait le chenal
naturel qui était passablement en courbe, ou si l'on ferait
le chenal da ns ce qu'on appelait alors le " straight channel "
chenal Yaughan. Après bien des débats de part et d'autre,
les partisans de ce dernier projet l'emportèrent et les tra-
va \xx furent commencés sous la direction du capitaine Yau-
ghan, mais furent interrompus en 1846, puis abandonnés
définitivement en 1847, en face de l'opposition violente qui
s'était soulevée contre le projet.
Encore des discussions jusqu'en 1850, alors que les com-
missaires du havre de Montréal, soumirent un projet conçu
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— 254 —
à peu près en ces termes " Que lea commissaires du havre
de Montré»! devraient être autorisés à entreprendre les tra-
vaux et à emprunter, à un taux n'excédant pas huit pour
cent ; tel intérêt, de même qu'un fonds de deux pour cent
devraient être obtenus au moyen d'un droit sur le tonnage
(enregistré) des navires, tel droit n'excédant pas un " shil-
ling " du tonnage enregistré sur tous vaisseaux tirant dix
pieds et au-dessus, pour chaque passage dans le lac ; et au
cas où ce revenu ne suffirait pas au paiement des intérêts sur
les argents emprunté*, les surplus des revenus du port de
Montréal devraient être appliqués pour combler le déficit."
Ce plan fut adopté, et, au mois d'août 1850, le parlement
passa une loi (13-41 Vict. chap. 97), autorisant les commis-
saires à emprunter £30,000 pour procéder aux travaux, la
direction et la location en étant laissées aux commissaires.
L'outillage qui jusque là avait appartenu au gouvernement
fut transféré aux commissaires.
Au mois de juin 1851, les travaux furent commencés dans
le chenal naturel du lac St-Pierre, et en novembre de la
même année, on avait déjà une profondeur de dix pieds six
pouces.
En 1855 la profondeur était de 16 pieds et en 1857, 18
pieds.
En 1866 on atteignait 20 pieds. Tous ces travaux avaient
été exécutés à même les fonds obtenus de l'émission de dé-
bentures, dont les intérêts étaient payés par les revenus du
port.
En 1882, on évalua le coût du creusage du chenal à une
profondeur de vingt-cinq pieds, à la somme de $2, 944,365,91.
C'est en 1888 qu'une profondeur de vingt-sept pieds et
demie fut obtenue dans le chenal entre Montréal et Québec,
et c'est en cette même année que le gouvernement assuma la
dette contractée par lea commissaires pour encourir les frais
de ce travail gigantesque. Le 13 décembre 1688 la flotte
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de dragueurs dti chenal des navires passu aux mains du
département des travaux publics, qui a, depuis cette date.la
direction entière de* travaux.
A. Archambault
L'abhé lHerre Gazelle. (V, VII, 640).— Au corn-
mencement de la révolution française, l'abbé Pierre Gazelle
émigra en Angleterre. C'est de là qu'il passa au Canada, on
1703, en compagnie de l'abbé Desjardins. Le 1er octobre de
la môme année, il était nommé chapelain de l'Hôpital -Géné-
ral de Québec. II fut en même temps précepteur des enfants
do lord Dorchester.
M. Gazelle repassa en France en 1 796.
En 1821, l'abbé Gazelle remplissait les fonctions de cha-
noine de la cathédrale de Chambéry et de professeur de
dogme au grand séminaire de la même ville. Au passage de
Mgr Plessis à Chambéry en cette même année 1821, l'abbé
Gazelle s'empressa de venir présenter ses hommages au pré-
lat canadien qu'il avait bien connue à Québec. Nous igno-
rons où il mourut.
P.-G. R.
L'autobiographie du père Chaumonot. (VI,
VII, 727).— L'autobiographie du P. Chaumonot a été trou-
vée parmi les nombreux manuscrits que le dernier des
anciens jésuites du Canada, le R. P. Jean-Joseph Casot
mort en 1800 à l'Hôtel- Dieu de Québec, avait déposés entre
les mains des Religieuses hospitalières.
En 1860un écrivain de New-York, J. G. Shea, en fit impri-
mer une centaine d'exemplaires, destinée aux seuls amateurs
des curiosité bibliographies.
En 1867, le P. Carayon fit entrer cette notice dans sa col-
lection des Documents inédits sur la Compagnie de Jésus.
Le R. P. Martin a aussi publié sous le titre Un mission-
naire des Hurons, l'Autobiographie du père Chaumonot avec
un complément, en 1885. P.
— 256 —
QUESTION'S
735.— Connaît-on l'existence quelque part de l'acte de
concession de la seigneurie de Maure (8t- Augustin) ? A qui
et à quelle date fut octroyée cette seigneurie 7
Vondenvelden et CbarUnd (Titre*? des concessions, etc.,
Québec, 1893), disent que l'enregistrement de cet octroi n'a
pas été trouvé jusqu'alors au secrétariat de la province. En
1781, les Dames religieuses de l'Hôpital en rendent foi et
hommage et ne peuvent produire autre chcwe qu'un acte
d'adjudication du 22 septembre 1733, dan» lequel ni les
dimensions ni le nom du concessionnaire ne «ont men-
H. T., Quebec.
736.— Où est mort le célèbre jésuite missionnaire de
8met ? J. R
737 — L'ordre sacré et militaire du Saint-Sépulcre dont
font partie plusieurs de nos Canadiens distingués est il l'or-
dre de chevalerie fondé par Godefroi de Bouillon parmi ses
compagnons pour défendre le Saint-Sépulcre contre les infi-
dèles ? Y at-il plusieurs ordres de chevalerie encore en exis-
tence de nos jours ? Rio.
738. — Qu'était la maison de la Trinité à Québec ? A Mon-
tréal ? Ces institutions existent-elles encore ?
A.-R R
739. — A-t-on conservé le nom du triste individu qui pen-
dit les braves patriotes Cardinal, Duquet, de Lorimier, etc.,
etc., i Montréal, en 1838 ? Cc&iiux.
740. — Chateaubriand a-t-il visité le Canada ? N'a-t-il pas
plutôt fait que passer aux Etats-Unis ? X. X. X.
741. — Qu'est-ce qu'un assistant au trône pontifical ?
Pax
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ÉGLISE DE SAINT-ÉLOI DE TÉNUSCOUÀTÀ
t
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 6 SEPTEMBRE 1900 No. 9
SAINT-ELOI DE TÊMISCOUATA
Saint-Eloi est formée des seconde, troisième et quatrième
concessions des paroisses de Troie- Pistoles et de l'isle- Verte.
Lors troubles qui éclatèrent à Trois Pistoles, en 1843,
au sujet du chemin sur le* côtes, le parti favorable au chemin
le long du fleuve, prévoyant de la part des habitante des con-
cevions un vote hostile, lit tout ce qu'il put pour mettre a
exécution le projet déjà formé depuis quelque temps de fon-
der une nouvelle paroisse eu démembrant I' Isle- Verte et
Trois-Pistoles.
Ce démembrement devait diminuer, dans la pensée de ses
instigateurs, d'autant le nombre des opposants au chemin le
long du fleuve. Il n'en fut rien pourtant car le chemin sur
les côtes reconnu d'utilité publique, fut tracé et ouvert.
La nouvelle paroisse, mise sous le patronage de saint Eloi,
en l'honneur du seigneur de Trois Pistoles, Eloi Kioux, fut
érigée canooiquement le 9 mars 1848 et civilement le 13 juin
1848.
La même année, on commença la construction de l'église.
Elle fut bénie le lï novembre 1849. Ses dimensions sont de
110 pieds sur 46 pieds, avec une sacristie de 30 sur 45 pieds.
Saint-Eloi fut d'abord desservie par M. L. S. Malo, curé
dos Trois- Pistoles, du 11 novembre 1849 au 1er octobre 1850,
et ensuite pendant une année par M. Isidore Doucet, curé
de l'isle- Verte. En octobre 1851 ,M. Thomas Aubert de Gaepé,
nommé premier curé de Saint-Eloi, venait prendre posses-
sion de sa cure. Il a eu pour successeurs MM. Julien Rioux,
1856-1861 ; Jean-Charles- God f roi Gandin, 1861- 1867 ; Jean-
Baptiste Blanchet, 1867-1876 ; Pierre- Joseph Dumas, 1876-
1887 ; Joseph Orner Normandin, 1887-1891 ; Thomas Gra-
vel, 1891-1896 ; Louis- Alphonse La montagne, curé actuel.
P. G. R.
— 260 —
LE CAXAL LACHINE («)
Le projet de relier Lac hi ne et Montréal par nn canal,
pour éviter le Sault Saint Louis, remonte aux premiers
temps de la colonie. Un missionnaire écrivait en 1692 que
le premier établissement français sur le Saint- Laurent est la
Chine et qu il serait facile d y faire un canal par la rivière
St-Pierre. " Il y a, dit-il, fort peu de terrain à couper pour
faire un passage depuis le lac jusqu'à la rivière St-Pierre,
qui est dans la dite isle et en ostant les arbres qui y sont
tombés, son lit serait fort beau et assez profond pour passer
les bateaux qui descendent d'en haut. " {Correspondance
Générale, III, 248).
En 1700, le Séminaire de Montréal commença le canal
dont l'exécution fut peu de temps après suspendue, puis
reprise en 1714, et enfin abandonnée entièrement à cause
des trop grandes dépenses que l'excavation du roc nécessitait.
{Lake Saint-Louis, 39).
En 1703, MM. de Beauhamois et de Vaudreuil écrivaient
au ministre :
" Le projet du sieur de Breslé (nommé la même année
curé de Saint- Louis du Bout-del'Ue) pour faire un canal à
Montréal serait d'une très grande utilité à la colonie, s'il
s'exécute comme il est commencé. Nous vous supplions,
Monseigneur, de l'aider de mettre cet ouvrage à perfection."
{Correspondance générale,XXlt 22). Le ministre ré|K>ndit la
même année : '' Ce canal est fort nécessaire pour le service
du Roy et du public. Il commence à 5 lieues au dessus de
Montréal, d'où on ne peut descendre sans passer par des
rapides très dangereux où il périt souvent des hommes et
des marchandises, ce qui n'arriverait plus si ce canal était
fait, par où môme on descendroit des bois à Montréal, qui
(D I, X, 95-
— 261 —
commence a en manquer ; on pourrait y employer des sol-
dats en leur donnant leur paye, dee outils et quelque poudre,
et Mrs du Séminaire fournirait le surplus de la dépense et
payerait les journées des soldats outre leur paye." (Ibid,
XXI, 64).
Vers 1714, Gédéon de Catalogne écrit dans ses explica-
tions du plan des seigneuries : " Feu M. Dollier, supérieur
du séminaire en 1701, à Montréal, voulut prévenir ces acci-
dents en faisant un canal de communication de la Chine à
Montréal, sur lequel il avoit dessein de bâtir des moulins
qui ne sont que trop nécessaires à la ville et à la campagne.
Sa mort qui arriva au mois d'octobre de la même année a
empêché de voir finir cet ouvrage qui estoit aux deux tiers
fait, et sans une excessive dépense, on y pourrait faire pas-
ser de grands bateaux chargés, l'embarquement s'en faire
au port de la ville. Monsieur l'abbé de Belmont fait conti-
nuer le dessein, rouis c'est pour avoir de l'eau pour leurs
moulins seulement." (Archives canadiennes, Moreau Saint
Méry, vol. 1er, p. 199).
L'intendant Bégon écrit le 12 novembre 1714 :
" Mrs du séminaire de Saint- Sulpice sont dans le dessein
de faire achever le canal de la Chine, non pour le rendre
navigable mais seulement pour fournir de l'eau à leur mou-
lin de Montréal qui en manque les trois quarts de l'année,
n'en ayant que le printemps ; il n'y aura que la difficulté
d'avoir des ouvriers qui pourra en retarder l'exécution.
J'auray l'honneur de vous rendre compte de ce qui aura été
fait sur ce sujet l'année prochaine." (Correspondance géné-
rale, XXXIV, 396).
D'après Garneau (II, 158). " en 1725, un prêtre de Saint-
Lazare recommandait de creuser le canal projeté depuis
longtemps entre Lachine et Montréal."
Le canal Lachine pour les fins de la navigation ne fut
jamais fait par les Français. C'est ce qu'on lit dans Bou-
■
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— 262 —
gain ville et Knoz, qui étaient an pays à l'époque de la con-
quête. Ce n'est que sous le régime britannique que cette
importante entreprise fut exécutée. Il est surprenant que
lorsqu'on 1779-83, le gouvernement impérial creusait un
canal aux Cascades, aux Cèdres et au Cateau-du-Lac,il n'ait
pas songé au canal de Lachine à Montréal. Dès Tannée
1791, le commerce demandait cette amélioration à la navi-
gation et trouva en M. Adam Lymburner un avocat enthou-
siaste. D'un autre côté, le colonel By, ingénieur royal et
le fondateur de Bytown, aujourd'hui Ottawa, proposait plus
tard de faire passer le commerce de l'ouest par le canal
Welland, le Rideau, la rivière Outaouais et la rivière des
Prairies jusqu'au bout de l'iele de Montréal en bas. Ce ne
fut cependant qu'en 1815 que le projet de faire le canal
Lachine prit une tournure sérieuse. L'intention des pre-
miers promoteurs était de le creuser jusqu'au Pied-du-Cou-
rant par la petite rivière Saint-Martin (rue Craig), avec
un embranchement jusqu'à la pointe à Callièree ; mais mal-
heureusement pour l'avenir de Montréal, la chicane inter-
vint, ce qui eut l'effet de faire échouer ce grand projet et de
le remplacer par le canal aotuel. Le premier canal Lachine
fut partiellement ouvert en 1824, et les vaisseaux y passaient
librement l'année suivante. (Voir rapport du Commissaire
des Travaux Publics pour !867, par J.-C. Taché, pp. I, 568 ;
Rapports sur les archives canadiennes de M. Brymner pour
1876, p. XII ; 1889, p. XLI ; pour 1890, pp. 67-96 ; pour
1897, p. 57 ; Lake Saint- Louis, 233-236..)
Désiré Girouari»
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L'ABBE JOSEPH-MATHURIN BOURG
L'abbé de L'Isle-Dieu, vicaire générai du diocèse de Qué-
bec depuis 1730, et demeurant au Séminaire des Missions
Étrangères à Paris, écrivait le 19 juin 1766 :
" J'ai actuellement en France dans le diocèse de Saint-
Malo quatre jeunes Acadiens (dont deux vont finir leur
philosophie, les deux autres, leurs humanités, et qui se des-
tinent également à l'état ecclésiastique), ce qui pourrait
peut-être par la suite en faire naître l'idée à d'autres, sup-
posé que leurs facultés leur permissent de continuer et d'a-
chever leurs études, et d'ailleurs de se procurer un titre clé-
rical pour pouvoir être promus aux ordres sacrés, à moins
que pour être ordonnés sub titulo paupertatis, ils ne voulus-
sent s'engager à se consacrer pendant leur vie à l'œuvre des
missions, car je ne suis pas en état de leur procurer des
titres, ni leurs familles de leur en donner, le gouvernement
anglais les ayant dépouillées de tout, lorsqu'il les a arraché
à leurs habitations pour les transférer en France, et je pré-
vois, Monseigneur (le préfet de la Propagande à Borne),
qu'il nous sera difficile de lever un pareil obstacle et dé
surmonter une semblable difficulté,' surtout à présent que
j'ai épuisé toutes les ressources que je pouvais avoir pour
secourir leurs pères et mères dans les premiers temps ou il
sont arrivés en France, et jusqu'à ce que le Roi ait bien vou-
lu leur accorder une légère et modique solde. Il me serait
difficile, Monseigneur, d'exprimer à Votre Eminence com-
bien je regretterais de ne pouvoir soutenir les jeunes candi-
dats dans le cour» de leurs études, si la Providence ne m'en
fournit pas les moyens : 1° Paroeque des jeunes gens nés
d'une nation aussi sainte, aussi attachée à sa religion, et qui
a tout sacrifié et abandonné pour la conserver, no pourraient
jamais être que d'excellents et vertueux ecclésiastiques, four-
nis d'ailleurs sous un évêquo qui est un des plus saints et
— 264 —
des plu» zélés que noua ayons dans le clergé de France ; 2°
Parceque leur vocation une foie éprouvée,et décidée je pour-
rais les faire passer à Québec, où ils pourraient être ordon-
nés, sans que le gouvernement anglais put s'y opposer,
attendu qu'Us *ont originaire* du diocèse dont l'Acadie fait
partie."
Et le 21 juin 1766 :
" Monseigneur, je oupplie Votre Eminence de me per-
mettre de lui écrire cette lettre particulière dans l'espérance
qu'elle voudra bien m'honorer de sea conseils, et même de
ses ordres an sujut des quai res jeunes Acadiens dont j'ai pris
la liberté de lui parler dans ma première et très ample lettre.
Ces quatre Acadiens «ont originaires delà province ou colo-
nie de l'Acadie qui fait partie du diocèse de Québec, et ont
été transférés en France avec leurs , familles, lors de la dé-
vastation de leur pays. Les deux premiers (l'un nommé
Jean Bro, âgé de 23 ans, l'autre nommé Mathurin Bourg,
âgé de 22 ans) sont de la même paroisse, dite de Rivière
aux Canards, sous le titre de Saint- Joseph. Les deux se-
conds (l'un nommé Jean Pierre Bourg, âgé de 24 ans, l'au-
tre nommé Isaac Hébert, âgé de 17 ans) de la paroisse de
Cobeguik, poste appelé vulgairement Les Mines. Les deux
premiers sont actuellement dans un petit séminaire du
diocèse de Saint-Malo et vont y finir leur philosophie. Les
deux seconds vont finir cette année leur cours d'humanité»,
et tous les quatre paraissent avoir de la vocation pour l'état
ecclésiastique. Dans le cas où ils persévéreront et ils en seront
jugés dignes, point de difficulté ni d'empêchement de les
admettre aux saints ordrt-s, du moins les deux premiers,
puisqu'ils ont leurs extraits de baptême en bonne forme et
la preuve de la légitimité do leur naissance. Quant aux
deux seconds,run et l'autre leur manquent,at tendu que dans
l'enlèvement de leur missionnaire et de l'ecclésiastique qui
desservait leur paroisse, les registres de baptêmes, de mari».
geaet d'inhumations, comme tous lee petits effets du suedit
missionnaire, ont été dispersée, pillée et perdus, et qu'il n'ost
plus possible d'y avoir recoure, d'où il résulte que leur fige
et la légitimité de leur naissance ne se peuvent aujourd'hui
constater que par un acte de notoriété, et o'eet sur cela,
Monseigneur.que je prends la liberté de supplier Votre Emi-
nence de vouloir bien me donner ses conseils et eee avis,
même ses ordres auxquels je me conformerai exactement. Il
se présente une autre difficulté qui regarde également lee
quatre susdits jeunes Acadiens. Ils sont pauvres et leurs
familles sans facultés ni pouvoirs de leur constituer ou pro-
curer par ami un titre clérical, qu'il est d'usage en France
d'avoir et de présenter en bonne forme pour être admis aux
ordres sacrés et qui doit être de 150 livres, du moins dans
le plus grand nombre des diocèses de l'intérieur du royaume
car il y en a plusieurs où le titre clérical ou ecclésiastique
est de moindre valeur et quelques uns même où il est d usa-
ge d'admettre au sous diaconat *ur le simple titre d'un béné-
fice, quelque modique qu'il soit. Le seul remède à cet incon-
vénient serait de faire ordonner ces qua trou jeunes Acadiens
sub titulo pàuper t at is et sur la condition et la promesse de
leur part de se consacrer et de se destiner à l'œuvre de«
Missions ; et c'est assez l'usage du diocèse de Québec en
fuveur de ceux qui manquent de facultés et ne sont pas en
état de se procurer un titre ecclésiastique. Sur cela cepen-
dant, je demande également à Votre Eminence et je la sup-
plie do vouloir bien diriger et me prescrire la conduite que
je dois tenir."
Et le 8 septembre 17«6 :
" M. l'Evêque de Québec est informé do la vocation des
quatre jeunes Acadiens qui sont en France et qui se disposent
à l'état ecclésiastique. L'idée de Votre Eminence sur ces
quatre jeunes candidats est la meilleure qu'il puisse suivre,
en lee faisant passer dans son diocèse et en les plaçant dans
— 266 —
ses séminaires pour leur faire achever leurs études et le»
ordonner lorsqu'il les en jugera dignes. Mais la difficulté
«era non d'obtenir leur passage, mais d'en faire les frais qui
neront d'autant plus .considérables qu'il faudra nécessaire-
ment qu'ils passent par l'Angleterre et que je n'en serai pas
quitte pour les quatre a moins de 3000 livres, mais la Pro-
vidence y pourvoira et je me suis toujours bien trouvé d'y
mettre toute ma confiance depuis 36 ans que je me suis
chargé de l'infortuné diocèse de Québec. Malgré la lon-
gueur de ma lettre j'ai encore oublié et omis un article
in portant des quatre jeunes Àcadiens qui sont en France et
qui se disposent à l'état ecclésiastique. Deux manquent de
leur extrait» baptistaires et se trouvent par conséquent hors
d'état de constater leur fige et de prouver la légitimité de
leur naissance, parceque les registres de baptêmes, de ma-
riages et d'inhumations de la paroisse où ils sont nés ont
été enlevés avec leurs missionnaires et par conséquent pillés,
brûlés ou perdus sans qu'on y puisse avoir recours. Pour
y supplier, Monseigneur, je les ai autorisés à faire dresser
par un notaire un acte de notoriété, signé d'un nombre de
témoins suffisants et connus par leurs mœurs, probité et
catholicité. Si Votre Eminence croit que cet acte quoique
judiciaire et autorisé par le plus prochain juge du lieu de
leur domicile no soit pas suffisant pour constater leur âge
et la légitimité de leur naiasancuje lui enverrai lus noms et
je la supplierai do leur obtenir à chacun les dispenses néces-
saires."
Et le 6 octobre 1766 :
" A l'égard des quatre jeunes Acadiens qui paraissent si
disposés à l'état ecclésiastique, j'en avais informé M. l'Evê-
que de Québec avant son départ de Londres et je lui avais
proposé de les appeler et de tes faire passer à Québec pour
les placer dans son séminaire, où, comme je l'ai déjà observé
à Votre Eminence, il y a des places fondées pour des huma-
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— 267 —
niâtes, des philosophes et des théologiens, d!ou il résulterait
qu'il ne s'agirait plus que des frai» de voyage et de séjour
à Londres et de ceux de la traversée de Londres à Québec,
dont je prendrai volontiers partie sur mon compte dans l'es-
pérance que la Providence ne m'abandonnera pas, ainsi il
ne s'agit plus que d'attendre la réponse do M. l'Bvôque de
Québec, dont pour me conformer aux vues de ce Prélat et à
celles de Votre Eminence qui feront toujours la règle de
ma conduite."
Et le 17 novembre 1766 :
" Quant aux quatre jeunes Acadiens dont j'ai déjà eu
l'honneur de parler à Votre Eminence, Monseigneur, les
deux que j'étais dans le dessein de faire venir à Paris pour
y commencer leur philosophie, n'étant pas assez forts d'hu-
manité pour entendre leurs cahiers, je^ les ai réunis aux
. deux autres pour y commencer leurs humanités et s'y for-
tifier par un plan d'étude abrégé que je leur ai prescrit et
je leur ai envoyé 200 livres soit pour avoir des livres ou
pour pourvoir à leurs pressants besoins."
Et le 9 février 1767 :
" La Providence vient encore de me procurer une petite
ressource pour mes pauvres jeunes Acadiens à qui je fais
continuer leurs études en Bretagne et dans lo diocèse de St-
Mato, dont par malheur nous venons de perdre le saint évê-
que."
Et le 24 août 1767 :
" Votre Eminence verra, Monseigneur, par le petit mé-
moire ci joint, que nous avons déjà établi 78 familles aca-
diennes dans le diocèse de Vannes, mais il nous en reste
encore de 5 à 600, c'est à dire plus de 3000 habitants que la
cour et lo ministère se disposent à établir."
L'abbé Anselme Riiéacmk
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I
V
— 268 —
FRANÇOIS DE CRESPIEUL
François de Crespieul ou Crépi eu 1, né à A iras en 1638,
entra dans la Compagnie de Jésus a Tournay, le 29 octobre
1658.
Il enseigna dans les collèges de son ordre à Lille, de 1662
à 1666 , à Cambrai, de 1666 à 1667 ; à Douai, de 1667 à 1670.
C'est on 1670 qu'il B'embarqua pour la Nouvel le-France.
A la fin d'octobre 1671, il commença son apostolat au
milieu des Montagnais.
Pendant trente ans, il suivit ses chers sauvages à travers
les forêts épaisses et sur les montagnes, couchant sur la
neige ou dans la cabane, vivant de la vie de ses néophytes,
vie dure souvent, car la disette se faisait sentir des mois
entiore. Chaque jour, il instruisait, il exhortait, il faisait
prier ; " et, pendant le silence de la nuit, lorsque les sauva-
ges cessaient de chanter et de parler, et les enfants de crier
ou de pleurer, il s'entretenait avec Notre Seigneur au
milieu des solitudes."^
Epuisé par tant dé travaux, le Père de Crespieul vint
monrir à Québec, en 1702.
La Vie d'un missionnaire montagnais présentée aux succes-
seurs montagnais pour leur instruction, par le Père Crespieul,
est bien connue. Le Règlemens concernant le bon estât de la
mission de Tadoussac l'est moins. Peut-être même ne l'est-il
pas du tout, car nous croyons qu'il n'a jamais été publié.
P.-G. R.
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RÉGLEMENS CONCERNANT LE BON ESTAT DE
LA MISSION DE TADOUSSAC
Afin que cette mission se paisse maintenir en bon estât et
avancer tous les ans la gloire de Dieu,
1° La traite de ce port ne doibt pas sortir dos mains de la
Communauté* des habitans du Canada pour les raisons allé-
guées en un autre papier donné au R. P. Supr.
2° Personne des habitans ne doibt traiter à l'isle rouge ny
à l'isle verte, ny au-dessous de Tadoussac, si ce n'est plus
bas que vingt lieues.
3° Le missionnaire y doibt descendre dès aussitost que la
rivière est libre, afin dy trouver à enseignerquelques nations
qui y abondent dès le printemps et y font peu de séjour.
4° Il est besoin des catalogues de toutes les nations du
nord qui descendent ordinairement en co port, tant de ceux
qui sont chrétiens et catéchumènes que de ceux qui sont
encore payons.
Ces catalogues doibvent être distingués par nations et par
familles, où sera l'âge de chaque personne, les mœurs, l'es-
prit, la dévotion, les bonnes et mauvaises qualités.
5° Il faut régler quelques prières qui no sont pas encore
bien réglées, comme le Confiteor, l'Acte de contrition, l'O-
raison à l'ange-gardien ; ce qui regarde la communion, ee
qu'il faut dire devant et après la communion.
Il faut régler les kalendriers que Ton fait et que l'on
donne aux sauvages pour leur hyvernement, c'est-à-dire que
l'on doit mettre des choses semblables, afin que se rencon-
trant dans les bois et se montrant les uns aux autres leurs
kalendriers, ils voyent que nous sommes uniformes en nos
règlements.
Il est besoin de faire un catéchisme en langue montagnèze
que le missionnaire de Tadoussac enseigne, afin que nous
rendions aux sauvages les principes do nostre foy faciles a
— 270 —
retenir et que noue ne troublions pas les esprits de ces bonnes
gens par une différente doctrine.
6° Il seroit bon qu'on ne change plus les prières du matin
et du soir, le Pater, Ave, Credo, Commandements, etc., otc.,
la prière que l'on dit devant et après la messe, tout cela
ayant été suffisamment établi, et d'ailleurs ces changements
ne doibvent apporter que du trouble.
7° Il seroit bon aussi d'achever le dictionnaire du P. Le
Jeune en langue montagnèze, d'autant qu'il n'y en a aucun
en ce pays.
8° Il seroit bon que ceux qui sont envoyés en cette mis-
siou gardassent tous la mesme méthode au baptême, confes-
sions, communions, mariages publiques et choses semblables
qu'ont gardé ceux qui ont commencé ot ont gardé jusqu'à
la présente année 1680 depuis l'an 1641.
9° Il est à propos de faire quelques aumosnes selon le
besoin que le missionnaire y voit, quelquefois en bled d'Inde,
poids, petun, étofte, que le missionnaire emporterait de
Québec pour les pauvres sauvages qui viennent do loing,
estrangers qui, faute de vivres quelquefois et manquant de
quoy se nourrir, sont contrains de s'en retourner au plus
tost on leur pays, ne donnant pas le loisir au missionnaire
de les instruire.
10° Pour les mariages qui se font entre les chrétiens du-
rant l'hyver en l'absence de leur pasteur, il les faut tolérer
quelque temps, pourvu qu'ils soient accompagnés de trois
conditions : 1° qu'ils ne se fassent pas devant que d'avoir
averti leur pasteur, ou si faire ne Be peut, ou pour le moins
qu'ils lui tassent syavoir à la prochaine occasion pour sça-
voir sur ce point sa volonté ; 2° qu'ils ne se marient pas
«an» l'avoir porté à la connaissance des principaux de leurs
cabanes ou de leur campement ; 3° qu'ilB soient advertis
qu'encore qu'ils ne soyent pas mariés en face de l'Eglise que
néanmoins ils ne se peuvent quitter.
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11° Le confessionnal de Tadoussac doibt être changé de
place, afin qu'il soit en an lieu où l'on voye le pénitent qui
se confesse pour l'édification et le bon odeur d'un chacun.
Que si on ne le change pas de place pour la difficulté qu'il
y pourrait avoir de ce faire, il faut faire en sorte que la
tapisserie qui le couvre soit toujours retirée.
12° Les femmes ne doivent entrer dans la petite chambre
où dorment les Pères,Péglise étant su muante pour les contenir.
13° Quand quelque sauvage chrétien a tombé eu une faute
publique et scandaleuse, je lui ay toujours fait faire la péni-
tence publique, pour réparation de sa faute.
14° Il faut avoir égard que le commis et les autres Fran •
çais qu'on envoyé à Tadoussac soyent gensestimés,de bonne
vie et d'édification, surtout point sujets aux femmes et au
vin, et qu'on leur recommande d'être obéissants au père qui
y sera.
15° Il faut avoir soin de faire aggrandir l'église si faire
se peut et faire transporter le four qui incommode notable-
ment l'église.
16° Les aumosnes que font quelquefois du castor lus sau-
vages ou par pénitence ou autremont doibvent Bervir pour
l'accomodement de l'église ou pour le soulagement des pau-
vres. Les dits castors ont été pris jusque icy par les mes-
sieurs du Conseil au prix de France.
17° Il serait bien à propos de continuer la mission du
Sagné. Ainsy, il faudrait quoiqu'un des nostres qui restai
Tadoussac pendant l'absence du père qui irait de cette mis-
sion. Il faut avoir soin d'emporter une petite chapelle dis-
tincte de celle qui est attachée à la mission de Tadoussac.
18° Il faut avoir soin de fermer le cimetière qui n'a pas
esté bien clos.
Ordre que fai gardé jusque* à la présente année
1680 à Tadoussac
1° La première ohose dont j'ay soin sont les morts chré-
tiens. J'en prends los noms et le nombre dès que je suis
— 272 —
arrivé, pois je dy la masse pour eux. J'advertis les sauvages
de Tenir à la chapelle à cette intention et leur fait la-dessus
un petit discoure, et même quelquefois je lea réunis pour
prier pour les trépassés.
2° Je visite les cabane© pour sçavoir s'il n'y a point d'en-
fants a baptiser. S'il y en a, je les baptise au plus tost.
3° Je prends garde s'il n'y a point de désordre depuL*
mon absence dans cette nouvelle église, et afin de me ren-
seigner, je fay rendre compte de la conduite d'un chacun.
Si je recognaia quelque défaut notable, je Oche d'y apporter
remède.
4° Je dispose à faire paeques ceux qui en sont capables.
c'est-à dire qu'ils se confessent et communient, mais devant
on fait faire l'adoration de la Croix comme on fait le Ven-
dredi Saint.
5° J'instruits les adultes au baptême.
6° Je fays le catéchisme aux garçons et aux filles trois
ou quatre fois la semaine, et plus souvent si la nécessité le
demande.
7° J'ay un soin grand de faire apprendre par cœur aux
grands le Pater, le Credo et les actes, car faute de cela ils
ne peuvent point les dire ny à la messe, ny soir, ny matin,
ny dans les bois, etc.
8° Quand ils sont sur leur départ, je leur recommande
•quelques points : 1° de ne point perdre la cousturae de
prier soir et matin ; 2° de garder les dimanches selon l'or-
dre que je leur ay donné ; 3° de tascher de demander par-
don à Dieu tous les jours des fautes qu'ils pourraient avoir
fait et de faire un acte de contrition et se confesser au plus
tôt ; 4° de fuir tout ce qui regarde leurs mauvaises et an-
ciennes coutumes : 5o de ne point s'entrequitter en leurs
mariages.
Ordre des jours ouvriers
Je dy la messe aux sauvages sur les 7 heures, i laquelle
assistent les chrétiens, et les catéchumènes jusquos à l'Evan-
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I
— 273 —
gile incluae. Je fay les prières ordinaires durant qu'ils
entendent la messe, puis je leur dy un mot d'instruction.
A la fin de la messe, je leur fay faire l'action de grâce,
puis je chante un hymne.
Je fay les prières du soir vers le soleil couchant, c'est-à-
dire que je leur fay dire la moitié de leur chapelet ou le
Credo, commandements de Dieu ou de l'Eglise, eto.
Ordre des dimanches et f estes
Je fay les dimanches et feetes ce que je fay les jours ou-
vriers, mais par-dessus je les assemble à midy pour dire le
chappelet et chanter les veppres.
A la messe, je fay l'eau bénitte, et s'il y a nombre suffisant
de Français, je chante la grand'messe. Cela servant à l'édi-
fi cation des sauvages et des Français.
Les jours que les sauvages se confessent et communient,
je dy la mest>e un peu plus tard, si ce n'est qu'ils se confes-
sent dès le soir, comme ils font pour l'ordinaire.
Quand y doibvent communier, y se confessent deux fois
auparavant pour la plupart.
Il faudrait faire le propre, mais ce n'est pas encore com-
posé.
CURÉS DE SAINTE-ANNE DES PLAINES
René Coyteux, octobre 1788 à septembre 1802 ; Antoine
Rinfret, septembre 1802 à octobre 1806 ; Jean-Baptiste
Gatien, octobre 1806 a décembre 1810 ; Pierre Antoine
Tabeau, décembre 1810 à septembre 1813 ; François-Math ias
Huot, septembre 1813 à janvier 1816 ; Jean- Baptiste Saint-
Germain, jauvier 1816 à octobre 1818 ; Pierre Grenier, octo-
bre 1818 à octobre 1823 ; Isidore Poirier, octobre 1823 à
1839 ; Etienne Blytb, 1839 à avril 1841 ; Charles-Irénée
Lagorce, 1841 à août 1844 ; George Thibault (desservant)
août 1844 à juillet 1845 ; Antoine-Olivier Giroux, juillet 1845
à septembre 1848; Charles Champoux, septembre 1848 à
1872 ; Edouard Demers, 1872 à 1 884 ; J.-E. Dugas, curé
actuel. L'abbé G. Dugas
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— 274
L'EXODE DES NOBLES À LA CESSION
DU PAYS
Est-il vrai que les seigneur*, les lettres et les hommes du
haut commerce quittèrent le Canada lors de la cession ?
D'où sont venus ce mensonge, cette erreur historique ?
Est-ce du fait accompli, ou des travaux de nos écrivains ,de
nos historiens qui, se répétant les uns les autres,ont fini par
ancrer leur manière de voir dans l'esprit du peuple ?
Bibaud, Garneau et Ferland, nos trois principaux h is to -
riens^ont contribué pour beaucoup à répandre cette fausse
légende.
Voyons d'abord ce que dit Bibaud :
" Quoique signé lo 10 février (17G3J, le traité de paix ne
fut connu, ou du moins publié en Canada, qu'au mois de
mai suivant. Cet événement occasionna encore l'émigration
de mille à douze cents Français ou Canadiens. Cette dimi-
nution de la population canadienne était d'autant plus à
regretter qu'elle avait lieu dans la classe élevée, la seule
alors, & peu d'exceptions près, où il y eut des talonts déve-
loppés et des connaissances acquises. Le changement alors
opéré pour le pis, sous le rapport des arts et des sciences, se
fît sentir longtemps dans le pays (1 )."
Puis Garneau :
44 Après trois longues années passées entre la crainte et
l'espérance, les Canadiens virent tomber leur dernière illu-
sion. Leur destinée fut liée d'une manière irrévocable à
celle de la Grande-Bretagne par le traité do 1763 ; ce qui
détermina une nouvelle émigration. Les marchands, les
hommes de loi, les anciens fonctionnaires, enfin la plupart
des notables qui se trouvaient encore dans le pays, passè-
rent en France après avoir vendu ou même abandonné des
(I) Histoire du Canada, vol. II, p. II.
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1
>
— 275 —
biens qui ont été jusqu'à nos jours un objet de litige entre
leurs descendants. Il ne resta dans les villes que de rares
employés «ubalternes, quelques artisans, à peine un mar-
chand, et les corps religieux. Cette émigration ne s'étendit
point au z campagnes, où la population était attachée au
sol." (1)
Et enfin Ferland, toujours si bien renseigné :
" Peu de temps après, les troupes françaises partirent
pour rentrer en France ; aveo elles laissèrent le Canada
presque tous les chefs de la société ; dans le pays restaient
plusieurs seigneur», peu d'hommes appartenant aux classes
libérales, et uno population d'origine française d'environ
aoixanle-etdix mille âmes. Avec elle, demeurait le clergé,
q ui, dans l'absence des anciens chefs du peuple, se trouva
ainsi chargé, non seulement de conduire le peuple, dans la
voie de la religion, mais encore de le guider dans la politi-
que et les matières civiles" (2).
L'honorable juge Baby vient de publier un mémoire où
il étudie savamment cette question de l'exode des classes
d irigeantes à la cession du Canada (3). Il en vient à la
conclusion que le Canada soutint très peu de l'émigration
de sea familles nobles en France après la cession.
Loin de nous,déclare le distingué écrivain, la prétention
de dire que personne n'ait émigré en France. Nous con-
naissons trop bien et sommes trop fiers des beaux noms qui
ont jeté sur la race canadienne un si vif éclat dans la vieille
France, tels que les de Kepentigny, les de Léry, les Bedout,
les Jucbereau de St- Denis, les de l'Echelle, les Grasset de
Saint-Sauveur, les Perthius, etc. Mais y en eût il eu davan-
(!) Histoire du Canada, vol. II, p. 393.
(2) Cours d'histoire du Canada, vol. II, p. 607.
(3) L'exode de, classes dirigeantes à la cession du Canada. Montreal IQOO.
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i
— 276 —
tage, cela n'aurait pu amener la situation que Bibaud nous
mot bous les jeux : c'est-à-dire l'immence vide moral, intel-
lectuel et social qu'il indique.
" Rappelons-nous d'ailleurs que le petit nombre de cenz
qui émigrèreot étaient presque tous des jeunes gens dont le
but,«n quittant leurs familles, était d'aller s'établir là, où
le sentiment lea attirant, ils pensaient améliorer leur sort.
Ils choisissaient la France pour leur patrie, tandis qu'au
même moment d'autres Canadiens, en France depuis quel-
que temps, revenaient ici, optant pour le sol natal. Cepen-
dant, les souches des premiers, profondément attachées aux
lieux où avaient vécu leurs ancêtres, y demeurèrent ; et nous
en retrouvons aujourd'hui maints rejetons distingués dans
la société canadienne.
" Il faut aussi que l'esprit impartial se pénètre bien de
ceci : que parmi ces émigrés, il y avait certains officiers
réformés, d'anciens fonctionnaires civile et militaires, de
vieilles dames, tous jouissant de pensions de l'Etat français.
Ils ne formaient, au total, qu'un chiffre bien insignifiant.
" Il ne faut pas oublier non plus les quelques Canadiens
qui se dirigèrent vers la Louisiane ; mais, dès l'instant delà
cession de cette province à l'Espagne par la France, ces
é migrants s'empressèrent de nous revenir presque tous."
DEUX PROVERBES
Les deux proverbes suivants sont très populaires en
France, le premier dans le Languedoc, l'autre dans la Pro-
vence :
" Te mandaray on Canada pesca des raounines verdes."
(Je t'enverrai au Canada pêcher des aigles-poissons verts).
44 Ne m'en trufe coume do'u Canada." (Je m'en soucie
comme du Canada).
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PENDANT LE SIÈGE
La vie ou la mort d'un homme tiennent souvent à des
incidents bien futiles en apparence.
Le capitaine de Gaspé fumait paisiblement la pipe, pen-
dant le siège de Québec, en I7ti0, avec deux do ses frères
d'armes, les capitaines Vassal et de Bonne, dans une exca-
vation faite la veille par une bombe ennemie. Cette retraite
les mettait à l'abri d'un vent glacial du nord-est, accompa-
gné d'une pluie qui tombait à torrents, et semblait au ssi
devoir les protéger des bombes et des boulets de l'ennemi.
Il faudra que le diable s'en mêle, dit en riant le capitaine
Vassal, si une autre bombe vient nous déterrer dans ce trou
par cette nuit sombre. Ainsi fumons et jasons en paix.
Ils étaient là depuis quélques minutes, devisant avec*la
gai té habituelle des Français, lorsque le capitaine de Gaspé ,
croyant entendre quelqu'un qui l'appelait, dit, en sortant de
l'excavation :
On craint apparemment que nos jambes s'engorgent
faute d'exercice.
Mais il était à peine éloigné de quelques pas, qu'une se-
conde bombe, tombant dans la i et rai te qu'il venait do lais-
<
ser, tua ses deux amis.
Feu le juge de Bonne et feu le colonel Vassal, adjudant*
général des milices canadiennes, pendant la guerre de 1812,
s'entretenaient souvent avec mon père de cette fatalité qui
les avaient fait tous deux orphelins, tandis qu'un hasard
providentiel avait Bauvé la vie au père de leur ami.
Philippe- A. de Gaspé
REPONSES
Les Pères I)*Olbeau. (IV, VI, 471.)— U y a eu deux
pères d'Olbeau au Canada. On a étrangement mêlé la car
rière de ces deux religieux. C'est le père de La Rochemon-
teix qui a remis ces deux figures en lumière.
Le père Jean d'Olbeau (Champlain écrit Delbeau, Sagard
Dolbeau, et le père Le Clercq d'Olbeau), récollet, arriva à
Québec en 1615, en même temps que les pères Jamay, Le
Caron, et le frère Pacifique Du Plessis. C'est lui qui, le 25
juin 1615, célébra, à Québec, la première messe depuis les
voyages de Jacques Cartier. La même année, il bâtit une
cabane à Tadoussac, où il offrit le saint sacrifice. Bans l'hi-
ver, il visita les Montagnais, les Betsiamits, les Papinachoia
et les Esquimaux. En 1617, il passa en France avec Cham-
plain. De retour l'année suivante, il fit l'ouverture, le 29
j uillet, du premier Jubilé célébré au Canada. Le 3 juin 1620,
i 1 posa la première pierre du couvent des Récollets, à l'en-
d roit où est aujourd'hui l'Hôpital-Général de Québec. Ren-
voyé en France par les Anglais, en 1629, le père d'Olbeau
n e revint jamais au Canada.
Le père Jean d'Olbeau, jésuite, né à Langres, en 1608,
arriva au Canada en 1640. Envoyé à Miscou, il y séjourna
t rois ans. ?'n septembre 1643, épuisé par un dur apostolat,
il s'embarqua pour la France. Le vaisseau qui le portait
ayant été pris par trois frégates ennemies, fut livré au pil-
lage. Quelqu'un ayant laissé tomber du feu dans les pou-
dres, une explosion s'en suivit, et vainqueurs et vaincus
périrent. L'infortuné père, dit la Relation de 1643, eut ainsi
le bonheur de donner sa vie, dans un si généreux emploi, et
d'avoir passé par lo feu et par l'eau pour entrer dans un
repos éternel.
Dig
— 279 —
Le capitaine Nadeau. (Ill, IV, 314.) — A la date du
30 mai 1760, le capitaine Knoz, qui faisait partie de l'armée
anglaise, écrit dans son Journal : "A native of the parish
of St- Michel was hanged yesterday, in sight of his own
hamlet, for having exerted his utmost endeavours to spirit
up his countrymen to revolt, and drawing several of his
own company, he being a captain of the militia, to join the
late french army."
M. de Gaspé, dans ses Anciens Canadiens, nous donne le
nom do ce bravo. Il était meunier et se nommait Nadeau.
Il était surtout accusé d'avoir fourni des vivres à l'armée
française. Bans un moment de colère, le général Murray le
condamna à mort. Le pauvre meunier fut pendu à une
vergue de son moulin à vent. Son cadavre y demeura trois
jours, balancé au gré des vents et de la tempête. Murray
reconnut bientôt son erreur, et, pour réparer sa faute, il
adopta les deux filles de sa victime. Il les amena avec lui
en Angleterre On a cru longtemps à Saint-Michel qu'il les
avait fait périr peudunt la traversée de l'Atlantique. Une
telle idée est ridicule. Il est plus rationnel de croire que
Murray les fit élever convenablement et qu'elles devinrent
plus tard d'honorables mères de familles.
En 1768, le gouverneur Carleton, plus tard lord Dorches-
ter, visitant Saint-Charles de Bellechasse, so fit présenter le
fils orphelin du meunier Nadeau. Le gouverneur donna au
pauvre enfant des marques d'une bonté paternelle II ordon-
na qu'on le mit en pension au séminaire de Québec,en disant :
" C'est un général qui lui a fait perdre son père, c'est un
général qui lui en fora retrouver un autre."
En effet, M. l'abbé Rhéaume, du séminaire de Québec, me
dit qu'il a trouvé dans un cahier intitulé : " Annales du
séminaire de Québec," qui contient les noms des pension-
naires jusqu'en 1770, l'entrée suivante : " 30 octobre 1768,
Charles Nadeau, de Québec."
— 280 —
Dana le Brouillard de 1748 à 1770, il a aussi trouvé l'en-
trée suivante : " 14 nov. 1769, reçu pour solde de la pension
du petit Nadeau, 54 1."
P. G. R
La comtesse de Puisaye, (V, VIII,646). — La com-
tesse de Puisaye n'a pas tenu un petit magasin à Québec
pour la bonne raison qu'elle n'est jamais venu dans notre
pays. J'ai en ce moment sous les yeux la liste de tous ceux
et celles qui accompagnèrent le comte de Puisaye au Canada.
Seules,niadame la marquise de Beaupoil et madame la vicom-
tesse de Chalus suivirent leurs maris ici.
D'ailleurs, lo comte de Puisaye n'a jamais été dans une
condition de fortune assez précaire pour forcer sa femme à
tenir un petit magasin. lorsqu'il vint ici, deux domestiques,
John Thompson et madameSmithers, raccompagnaient ; ce
qui indique encore une certaine aisance.
P..G. R.
Lett wut' res de M, l'abbé L.-E. Bois (V, VI,
619.) — L'abbé Bois était aussi modeste que savant. Il n'a
jamais voulu consentir à laisser mettre son nom sur les
ouvrages qu'il a publiés. Voici, aussi complète qu'il nous
a été possible de la faire, la liste de ses ouvrages :
Esquisse de la vie et des travaux apostoliques de Sa Gran-
deur Mgr François- Xavier de Laval-Montmorency, premier
évtque de Québec ; suivie de l'Eloge funèbre du Prélat. 1845.
Etudes et recherches biographiques sur la chevalier Noel
Brulard de Sillery, fondateur de la mission Saint-Joseph^ à
Sillery. 1855.
Etat présent de l'Eglise et de la Colonie Française dans la
Nouvelle- France, par M. VEvèque de Québec. 1857.
Notice sur Michel Sarrazin, médecin du Roi à Québee, et
membre du Conseil Supérieur. 1857.
— 281 —
Relations des Jésuites, contenant ce qui s'est passé déplus
remarquable dans les Missions des Pires de la Compagnie de
Jésus dans la Nouvelle-France. 3 volume» in-8 de 750 page h
chacun. 1858. (M. l'abbé Bois est l'instigateur et le vérita-
ble compilateur de cette édition canadienne des célèbres
Relations).
Le naufrage de l Auguste, 1860.
Etudes sur les explorations de Soto, Joliette, Marquette et
La Salle, 1860.
Eloge historique de M. le marquis de Montcalm,avec notes
1860.
Etudes biographiques sur M. Jean Raimbault, archipritre,
caré de Nicolet. 1869.
Notice sur M. Jos. O. Leprohon, archipritre, directeur du
collège de Nicolet. 1870.
La découverte du Mississipi. Notices sur les explorateurs
De Soto, Joliet, Marquette et de la Salle, 1873.
Esquisse du service postal. 1875.
Le colonel Dambourgis. 1877.
Le juge Mabane. 1881.
Notes sur l'île d'Orléans. 1895.
P. G. R
Le bourreau Humphrey, (VI, VIII, 739). — A
l'époque sanglante de la rébellion de 1837-38, le bourreau, à
Montréal, était un nommé Humphrey.
Humphrey avec un effrayant cynisme, bravait le mépris
public ; lui seul parmi les bourreaux refusa de dérober se*
traits sous un grand manteau noir.
Il était taillé en Hercule, très obèse, et quoique n'étant
atteint d'aucune mârmité, il marchait courbé sur un bâton.
Les enfants se reculaient en frémissant à son approche, car
personne n'Ignorait alors qu'elles étaient ses ignobles fonc-
tions.
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— 282 —
Personne ne connaissait sa demeure ; il courait sur son
compte, dans le peuple, les légendes les plus curieuses. Il
n'a jamais essayé de se cacher et, chose vraiment étrange,
on n'a jamais essayé de le frapper dans les rues. Il exerçait
sur tous ceux qui l'approchaient une telle terreur, que les
plus hardis même en nombre, n'auraient pas voulu combat-
tre contre un tel adversaire.
Voici les noms des glorieux martyrs de nos libertés, souil-
lés par les mains du bourreau Humphrey :
21 décembre 1838.— J.-N. Cardinal, N. P., Joseph Duquet,
étudiant en droit.
18 janvier 1839. — T.-Théophile Decoigne, Joseph -Jacques
Robert, Ambroise Sanguinet, Charles Sanguinet, François-
Xavier Ifamelin.
15 février 1839.— F.-X. Thomas de Lorimier, François
Nioolas, Pierre- Rémi Xarbonne, Amable Daunais, Charles
Hindelang. jr.
La chiiase-yalerie. (V, III, 596.)— La chasse-galerie
est une légende apportée de France, et adaptée au pays par
nos voyageurs et coureurs des bois. D'après cette légende,
ceux qui désirent être transportés rapidement d'un endroit
à un autre, à travers les airs, et généralement en canot d'é-
corce, passent marché avec Satan pour lu réussite du voyage,
que le Prince des Ténèbres s'engage à mener à bonne fin aux
conditions suivantes :
lo Durant tout le temps du trajet, le nom de Dieu ne doit
pas être prononcé ;
2o Les voyageurs veilleront à ne pas s'accrocher, en route,
aux croix surmontant les clochers des églises ;
3o Les voyageurs conviennent de livrer leurs âmee a»
diable, s'ils violent les deux conditions ci-dessus.
Ces conditions une fois stipulées, il n'y a plus qu'à pren-
dre place dans le canot et à prononcer les trois mots caba-
listiques : A cabri ! Acabra ! A cab ru m ! L'embarcation
s'élève alors dans les airs, qu'elle traverse à raison
de cinquante lieues à l'heure. (Ces renseignements sont
extraits de la nouvelle la Chasse-Galerie^ publiée par M.
Honoré Beaugrand, dans le Century Magazine de septem-
bre 1892).
En Saintonge, d'où nous vient la légende, la chasse' galerie
est encore aujourd'hui l'une des vieilles terreurs de la cam-
pagne. On y définit par là le passage bruyant, durant la
nuit, d'une troupe de diables sifflant, hurlant, faisant cla-
quer des fouets et emportant des quartiers d'hommes. Les
esprits forts, par contre, soutiennent que tout ce beau va-
carme est en réalité causé par des vols de cigognes et de
canards siflleurs, qui effraient les pochards attardés sur les
routes.
Nous venons de rencontrer, dans un ouvrage de Pierre
Loti {Livre de la Pitié et de la Mort, p. 123), quelques ligne s
relatives à ce sujet et quo nous croyons utile de rappeler ici.
Pierre Loti relate, en ces lignes, un souvenir de sa jeunesse ,
et la chose se passe dans l'antique demeure de sa famille,
sise précisément dans l'ancienne province de Saintonge :
" Dans le grand silence, nous avions entendu passer au*
dessus des toits... un vol d'oies sauvages qui émigraient
vers d'autres climats ; un peu une musique de chasse-galery ,
un bruit de voix aigres, très nombreuses, gémissant toutes
à la fois..."
M. Louis Frechette, qui tient aussi pour l'origine fran-
çaise du mot, citait, dans une de ses chroniques de la Patrie,
un autre fait bien concluant :
" Dans le district de Québec, raconte t- il, la chasse-galerie
se rapproche plus de la légende française. Un homme est
allé à la chasse pendant la grand' mes** le dimanche, et,
depuis lors, il parcourt les airs avec ses chiens en criant :
Tayant l tayant...
— 284 —
" Or, la preuve que la légende est d'origine française, c'est
que ce terme de chasse est complètement inusité au Canada ;
il ne s'est conservé que dans la légende."
La chaste- galerie n'est plus maintenant qu'uno tradition
au Canada, et l'on trouverait à peine quelques rares " vieux
de la vieille" pour y ajouter foi. Mais, même dans le temps
où la crédulité de nos pères s'exerçait à cet endroit, la chasse-
galerie n'inspirait aucune crainte. Presque toujours, elle se
présentait sous forme d'une bande de joyeux lurons, chan-
tant force gais refrains et pagayant avec vigueur leurs
canots d'écorce à travers les airs. D'autres fois encore, c'é-
tait une troupe de chasseurs, se suivant à la queue-leu-leu
à la crête des nuages, et ce dut même être là ce qui a donné
lieu à l'étyraologie primitive du mot : la galerie ou bande
de chasseurs. Par les belles nuits tranquilles, nous raconte-t-
on, on entendait tout à clair le galop des chevaux, l'aboie-
ment des meutes, l'hallali des ocre, etc.
Sylva Clapin
Le Père tie Nmet. (VI, VIII, 736).— Le célèbre mis-
sionnaire belge est mort aux Etats-Unis. Ses compatriotes
lui ont élevé un magnifique monument à Termonde.
Le nom du Père de Smet est encore en grande vénération
auprès des Peaux Rouges, qui l'appelaient non pas une robe
noire mais la robe noire par excellence. En souvenir de lui
le fameux chef dee Sioux, converti par le missionnaire jésuite,
Taureau- Assis, a plusieurs fois relâché sans rançon des
Canadiens et des Français. Il n'en voulait qu'aux Améri-
cains envahisseurs do son territoire.
Il m'a été donné de visiter le tombeau de mon compatriote
à Florissant, village du Missouri, à une douzaine de milles de
Saint-Louis. Florissant fut jadis la résidence du gouverneur
et le chef-lieu d'un territoire à peu près grand comme les
deux tiers de l'Europe, maintenant décomposé en plusieurs
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Etats. C'était une cité, alow que la ville do Saint-Louis n'exis-
tait pas. Toute la vallée de Florissant est ravissante.
Le Missouri en avait jadis certainement fait un lac, car le
limon laissé par les eaux était à trente pieds de profondeur.
J'ai vu des terres qui portent du mais depuis vingt ans sans
que l'on parvienne à les appauvrir pour cultiver du blé.
Dans ce village, fort étendu du reste, il y a deux églises
catholiques et un noviciat construit par les Jésuites. De
leurs propres mains, le Père de S mot et quelques compa-
gnons, la plupart Be)ges,édi fièrent la log-house qui fut leur
premier couvent. A côté du noviciat est le cimetière des
Jésuites. En cherchant bien parmi les pierres tombales, tou-
tes semblables, j'ai découvert celle que je cherchais. Elle
porte cette inscription : " R. P. P. J. De Smet, né le
mort le " Rien de plus. Si quelque chose distingue cette
tombe de ses voisines, ce n'est qu'une plante de chèvrefeuille
venue par hasard et dont les rameaux embaumés tamisent
sur la pierre les ardeurs du soleil.
A. DE WOBLMOMT
JLecawU de Chambljf. (VI, VII, 730).— Le canal
de Chambly a été commencé le 1er octobre 1831 et ouvert à
la circulation dans le printemps de 1843. Il permet d'éviter
les rapides entre Chambly et Saint-Jean, distance de douze
milles. Le coût total de ce canal, y compris les dépenses
faites jusqu'à 1893, s'élève à la somme de $677,318.82.
On jugera de l'importance du trafic de ce canal par les
données suivantes : Le système Richelieu, commence àSorel,
au confluent du Saint-Laurent et du Richelieu soit quaran-
te cinq milles plus ban que Montréal. On remonte le Riche»
lieu jusqu'à l'écluse de Saint-Ours, de Saint-Ours àChambly,
de Chambly à Saint-Jean, de Saint-Jean à la frontière, de la
frontière au canal Champlain, du canal Champlain, au canal
Erié, du canal Erié à Albany, et d' Albany à New-York. En
tout quatre-cent-onze milles. R.
— 287 —
Mgr de Saint- Vallier, évêque de Québec ;
Mgr Dosquet, évêque de Québec ;
Mgr Pleseis, archevêque de Québec (1820) ,
Mgr T.-L. Connolly, archevêque d'Halifax (1856) ;
Mgr C.-F. Baillargeon, archevêque de Québec (1862) ;
Mgr William Walsh, arehevêque d'Halifax (1862) ;
Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal (1862) ;
Mgr K.-J. Horan, évêque de Kingston, (1862) ;
Le cardinal Taachereau, archevêque de Québec (1875) ;
Mgr J.-T. Duhamel, archevêque d'Ottawa ,
Mgr Antoine Racine, évêque de Sherbrooke (1886) ;
Mgr L.-F.-R. Lafièche, évêque de Trois- Rivieres (1892) ;
Mgr Vital Grandin, évêque de Saint- Albert (1886) ;
Mgr L.-Z. Moreau, évêque de Saint- Hyacinthe (1887) ;
Mgr L.-N. Bégin, archevêque de Québec ;
Mgr Elphège Gruvel, évêque de Nicolet.
P.-G. R.
L'épée de Wolfe. (V, 11,579).— Il y a quelques années,
on taisait l'acquisition en Angleterre, pour notre futur musée
national à Ottawa, de l'épée portée par Wolfe lorsqu'il tomba
sur les Plaines d'Abraham. Cette épée est-elle bien authen-
tique f
Je réponds sans hésiter : non.
L'épée de Wolfe, celle qu'il portait à la journée mémora-
ble du 13 septembre 1759, est oncore conservée à la Royal
United Service Institution de Londres. Elle avait été don-
née à ce musée par George Warde. héritier de la mère du
héros anglais.
R.
Le êleur Du nui». (IV, X, 519)—." Une lettre du 27
février 1769 nous apprend que Dumas vient d'être relevé de
son commandement général à l lle de France et de Bourbon."
(Famille de Léry,p. 81). R
■
— 286 —
La loi de primogeniture, (II, XII. 266). — La loi
de primogeniture, par laquelle lorsqu'un père meurt tous
ses biens passent à l'aîné de ses fila, n'a jamais existé dans la
province de Québec, Dieu merci. Lorsqu'on nous donna la
constitution de 1791 la province d'Ontario— le Haut Canada
d'alors — fut soumise a la loi anglaise. La loi de primogéniture
a donc été en force dans Ontario. En 1851, l'honorable M.
Baldwin réussit à faire changer cette loi injuste. Et aujour-
d'hui lorsqu'un père meurt sans faire de testament, tous les
enfants ont une part égale dea biens paternels.
P.-G.R.
Len journaux de L4;ei«. (III, XI,375.)— Un grand
n ombre de journaux et de revues ont vu le jour à Lévis. En
voici la litste complète : Le Drapeau de Lévis, qui eut le
poète Frechette pour rédacteur, 18b*4 ; le Journal de Lévis,
dans lequel M. A.- D. De Celles écrivit eon premier article
politique, 1865 ; le Progris de Licis, 1867 ; la Semaine des
Familles, 1869 -70 ; Y Echo de Lévis, 1871-1876; le Quoti-
dien, 1879 ; le Travailleur de Lit is, 1890-92 ; VOuvrier,
1890 ; le Glaneur, 1890 92 ; V Union Canadienne, 1891 ; le
Feu-Follet, 1892 ; le Moniteur, 1893-96 ; le Bulletin des
Recherches Historiques, 1895 ; la Bibliothèque Canadienne,
1898 ; la Revue du Notariat, 1898 : la Cravache, 1899 ; la
Charité. 1900. Horack Têtu
A»si*tant» an trône pontifient, (VI, VIII, 741.)
Le» archevêques et leaévêques, seuls, peuvent être assistants
au trône pontifical.
Les prélats assistants ont le droit de porter la cappa. Ils
font partie du cortège du Souverain Pontife. Dans les céré-
monies, ils tiennent le livre et le cierge dont il se sert.
Autrefois, les prélats assistants au trône pontifical jouis-
saient d'un grand nombre de privilèges. Aujourd'hui, cette
charge est purement honorifique.
igmzea Dy
Google
— 288 —
QUESTIONS
742. — Où peut-on trouver la biographie ou des renseigne-
ments sur non anciens vice-rois ou lieutenants-généraux ?
Koberval, de|LaKoche, de Chattes, de Monts sont bien con-
nus mais qui connaît de Théminee, le duc de Maille- Breeze,
le marquis de Feuquières, etc, etc ?
Cua
743. — (rameau, parlant de la bataille des Plaines d'Abra-
ham, dit : '* La perte des Français dans cette journée
désastreuse fut considérable ; elle se monta à mille hommes
environ y compris deux centroinquante prisonniers, qui tom-
bèrent entre les mains des vainqueurs avec la plupart des
blessés. " On m'affirme que oes deux cent cinquante prison -
niera, la plupart Canadiens, furent transportés en Angle-
terre et qu'ils ne revirent jamais leur patrie. Que dit l'his-
toire ? Rio
744. — Je lis dans une lettre du maréchal Vaillant à un
de ses parents lui demandant des renseignement sur sa
famille : " J'ai entendu dire qu'un de mes grands oncles avait
été soldat et blessé dans le Canada." Je serais curieux de
connaître le nom de ce parent du grand soldat français.
R O. P.
745. — En quelle année a-tron commencé i réunir des livres
pour former la Bibliothèque de la Législature de Québec ?
Biblio
•
746. — Est-il vrai que le célèbre ministre Pitt, second lord
Chatham, servit au Canada dans un régiment anglais pen-
dant la guerre de l'Indépendance ? Con v.
747. — Le sulpicien Faillon a publié, n'est-ce pas, tons «es
ouvrages sous le voile de l'anonymat. Pourries-vous me don-
ner une liste des ouvrages du savant historien ?
BiHi.ro.
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 6 OCTOBRE 1900 No. 10
SAINT-IGNACE DU CAP SAINT-IGNACE
La paroisse de Saint-Ignace du Cap Saint- Ignace eat for-
mée de la seigneurie Vincelotte, concédée par Jean Talon a
Geneviève de Chavigny, veuve du sieur Amiot, le trois
novembre 1672, et par le gouverneur de Frontenac à Joseph
Amiot, bieur de Vincelotte, le 1er février 1693 ; du fief
Gamache ou Gagné, concédé par l'intendant Talon à Ga mâ-
che et Belleavance,le 3 novembre 1672 ;du fief Sa in te- Claire,
concédé par de Frontenac à René Lepage, le 17 man 1693,
du fief Lalrenaye et du fief Fournier.
Il y a près du fleuve Saint-Laurent, au centre de la
paroiese, un petit cap, formant presqu'île, qui porte le nom
de Cap Saint-Ignace. Ce nom lui fut-il donné par un mis-
sionnaire jésuite ? La cho»e est possible, quoique la liste
des missionnaires et curés de Saint-Ignace du Cap Saint-
Ignace ne mentionne le nom d'aucun jésuite. Quoi qu'il en
soit, du oap, ce nom ne tarda pas à s'étendre aux établisse-
ments qui se formèrent dans les environs, et le 30 octobre
1678, lorsque Mgr de Laval érigea la paroisse, il lui donna
une sanction officielle.
Dans son rapport au roi, en 1683, Mgr de Laval écrit :
" Le Cap Saint-Ignace (seigneurie de Vincelotte) contient
une lieue ; il y a douze familles et 47 Ames. Dans la seigneu-
rie de Gamache et de Belleavance, qui n'ont ensemble
qu'une demie-lieue, il y a quatre familles et vingt-trois
âmes."
— 292 —
La première mease à Saint-Ignace du Cap Saint-Tgnace
fut dito dans la maison de Jacques Bernier, surnommé Jean
de Paris, parce qu'il venait de Paris. Ce Bernier est la sou-
che de tous les Bernior paeséi», présents et futurs.
lia première chapelle fut bâtie en 1683, au bord du fleuve,
dans les limites du fiof Gamache, sur un terrain donné par
Nicolas Gamache. Elle était en bois.
Un an ou deux après, on éleva une chapelle en pierre à
côté de la première. En 1744, ello s'éboula avec la côte. On
voit encoro les ruines do cette chapolle à maréo basse.
En 1746, on constraint, à douze arpents plus haut, une
maison en pierre pour servir de presbytère. Cette maison
existe encore aujourd'hui. Elle est en bon état de conserva-
tion. Elle est même habitée.
Dans le même temps, les habitants de la seigneurie Vin-
celotte se mirent aussi à bâtir un presbytère, malgré la
défense de l'évëque. De là, de longues et pénibles difficul-
tés. Cependant les habitants de la seigneurie Vincelotte
eurent la messe dans leur presbytère, et cela pendant envi-
ron 25 ans. Les divisions n'en continuèrent pas moins.
Pour mettre fin à tous ces troubles, en 1772, Mgr Briand
fixa la place de l'église sur los confins ouest de la seigneurie
Vincelotte. Cette troisième église fut ouverte au culte en
1773. Elle était située au lieu et place de l'église actuelle.
Cette église fut allongée une première fois en 1824 et de
nouveau en 1854.
En 1880, on la remplaça par une nouvelle église, qui fut
incendiée le 14 décembre 1890.
L'église actuelle, commencée Tannée suivante, a été entiè-
rement terminée en 1893. C'est un beau et magnifique
temple qui fait la gloire de la paroisse et proclame l'habi-
leté de son curé et la générosité de ses habitants.
La paroisse de Saint-Ignace du Cap Saint-Ignace a eu,
depuis sa fondation, les desservants et curés suivant* :
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MM. Pierre de Caumont, de Dovembre 1679 à avril 1680 ;
Thomas Morel, 1680 à 1683 ; Paul Vacbon, de 1683 à 1685 ;
Paul Sennémaud, du 1er janvier 1685 à mai 1685 ; Benoit
Duplein, de juin 1685 à novembre 1685 ; Thomas Morel, de
novembre 1685 à octobre 1686 ; Claude Moireau, récollet,
de 1686 à 1687 ; Nicolas Cadard, de janvier 1688 à avril
1688 ; Elie Audy, 1688 ; Gaspard Dufournel, 1688 ; Louis
Aubert, récollet, 1688-1689 ; Philippe Boucher, 1689-1690 ;
Jean Pinguet, de 1690 à 1692 ; Pierre de Francheville,l692-
1698 ; Louis Mathieu, premier curé, 1698 1701 ; Eodolphe
Dubus, de 1701 à 1702 ; Pierre Le Poyvre, 1702-1704 ;
Philippe Rageot, 1704 1707; Joseph Denys, 1707-1708 ;
Yves Le Riche, 1708-1712 ; Charles Hazeur Desormeaux,
1712 ; Yves Godard, 1 7 131 7 14 ; J.-B.Dugas, 1714 ; Pierre
Loclair, deuxième curé, 1714 1722 ; Simon Foucault, 1722 ;
Maurice Imbault, 1723 ; Lucien Verge, 1723 ; Charles
Joseph Le Berre, 1723 ; Simon Foucault, 1724- 1741 ; J.
Romain Dolbec, 1741-1746 ; François Marganne de Chapt
de Lavaltric, de 1746 à 1747 ; Jean François Curot, 1747-
1764 ; Charles Mangue-Garaut Saint-Onge, 1764-1769 ;
Jacques Hingan, 1769-1777 ; Paul Antoine Bédard, 1777-
1779 ; Jacques Panet, 1780 ; Jacques Olivier Guichard,
1780-1786; Jacques Panet, 1781-1783 ; J.Michel Paquet,
1783 1792 , J. B. Griault, 1792-1806 ; Pierre Nicolas Leduc,
1806-1812 ; Pierre Viau, 1812-1818 ; Philippe Auguste
Parent, 1818-1832 ; Louis Gingras, 1833 ; Etionue Edouard
Parent, 1833-1840 ; J. Etienne Cécil, 1840-1857 ; Frédéric
Caron, desservant, 1857 ; François Morin, 1857-1859 ; Zé-
phirin Sirois, 1859 1868; Napoléon Théodule Sirois, curé
actuel.
R.
LES MOTS D'ORKÏINE SAUVAGE
Achigan : Mot d'origine algonquine désignant la perche
noire de nos rivières (black bass des Anglais). D'autres for»
mes existent, et on dit, suivant le* localités, acigan, acignan,
malachigan, manachigan. Le mot est très vieux, étant venu
en usage dès le commencement de la colonie, et on lit,
entr'autres dans Hennepin, Description de la Louisiane :
" On y pesche des achigans."
Agohanna : unité en polsie et en histoire pour roi, chef
suprême. " Le Roy et Seigneur du païs qu'il* appellent en
leur langue Agouhanna." (Lescarbot, Nouvelle- France,
p. 320).
Algonquin : Sauvage de la tribu indigène des Lenni-Len-
napes, dont les descendants habitent aujourd'hui la région
du lac Saint-Jean et du haut Saguenay. Au figuré.personne
d'apparence rude et fruste, ou qui est bizarrement accou-
trée : — Csst un vrai algonquin, c'est-à-dire un ours. Par
extension, et pris substantivement, chose difficile ou impos-
sible à démêler : Tout ça c'est de Valgonquin, c'est à dire il
est impossibVe d'y voir goutte.
Almouchiche : da micmac animout, signiâant chien, suivi
de la désinence diminutive shish. Le mot almouchiche e»t
une expression purement locale, appartenant à la région
du Risiigoucbe, et Ton désigne par là une variété de chiens
que l'on dresse à faire la chasse aux porcs-épics. " Pour l'ai-
raouchiche point de péril dans la chasse." (Taché, Soirées
Canadiennes^ 1861, p. 18).
Apola : désigne une variété de ragoût, que M. de Gaspé
(Anciens Canadiens, p. 192) décrit comme suit : " L'apola,
ou étuvé d'alouettes, avec pommes de terre, mie de pain, et
michigouen."
Assinabe : de, l'algonquin assin, pierre. Lourde pierre
servant à retenir une seine, un filet, au fond de l'eau.
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— 295 —
Atoca : ce mot, désignant le fruit de la canneberge, est
d'origine huronne ou iroquoise. Le lexique iroquois de
l'abbé Cuoq donne lu forme tokware, et on lit, dans le Dic-
tionnaire de la langue huronne de Sagard : " A toca, petit
fruit, comme cerises ronges, qui n'a point de noyau."
Atosset : mot mootagnais désignant un poisson particu-
lier au lao Saint-Jean (Buies, Le Saguenay, p. 203).
Autmoin : nom donné, par les 8ouriquoia, à leurs prêtres
et sorciers. Co mot se rencontre fréquemment dans plu-
sieurs anciens ouvrages sur le Canada, mais avec tendance
à tomber de plus en plus en désuétude. " Les autmoins ados- '
saient, dans sa forme mystique,— Aux parois des rochers la
loge fatidique." (Taché, Soirées Canadiennes, 1863, p. 100).
Babiche : lanière de peau d'anguille. L'explication la
plus rationnelle de l'origine de ce mot est celle qui le fait
se rattacher au Souriquois ababich, signifiant corde, fil, ou •
encore, au micmac ababee, même signification. Quoi qu'il
en soit, l'emploi de babiche était à peu près général dès
l'origine de la colonie, ainsi qu'en fait foi Lescarbot qui, en
1612,écrivait ababich dans son Histoire de la Nouvelle-
JFrance.
Batiscan : exclamation en forme de juron adouci, et qui
au Canada, remplit l'office de sapristi en France. " M'en
aller, batiscan ! On ne me déloge pas de cette façon." (Le-
May, Picounoc le Maudit, II, 159).
Boucane : fumée quelconque, et, plus spécialement,fumée
épaisse ou nauséabonde.
Cacaoui : variété de canard (Harelda glacialis), que l'on
rencontre dans les parages du golfe Saint-Laurent. L'ori-
gine de ce mot est douteuse, et cacaoui peut être tout sim-
plement une onomatopée. L'abbé Cuoq, dans ses Etudes
philologiques (p. 86), le fait dériver de l'algonquin anhan-
howe, ou anh anhwe, d'où, ajoute-t-il, les Canadiens ont fait
cacaoui. Ce qui semblerait prêter une grande force à cette
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— 296 —
étymologie c'est que le P. Petitot, dans son Dictionnaire de
la langue Diné-Dindjii, désigne le même volatile par can-
canwi.
Canaoua : terme dérisoire, on de mépris, appliqué aux
Sauvages par les blanos. Ce mot était surtout d'un usage
très répandu, au -siècle dernier. On disait aussi canaouache
et canaouich, " Les canaoua» vont t'écorchor comme une
anguille.1' (De Gaspé, Anciens Canadiens, II, p. 135).
Canot : petit bateau, fait d'éooroe ou d'un tronc d'arbre.
Chose qui semblera étrange le mot canot lut employé au
Canada avant de l'être en France, et dérive de l'espagnol
canoa se rattachant au dialecte des Caraïbes, dans les Antil-
les. Lescarbot, dans son Histoire de la Nouvelle- France,
appelle canoa un " petit bateau tout d'une pièce."
Carcajou : du montagnais Kar-Ka-Joo. Animal carnas-
sier, appartenant à la famille des blaireaux et qui habite
principalement le Labrador. Les Sauvages le désignent aussi
bous le nom de quâ-guâ-sut (diable-dea-bois).
Caribou : animal sauvage à la chair exquise, qne l'on a
surnommé le renne de l'Amérique septentrionale.
Cazagot : mot emprunté aux Montagnais du lac Saint-
Jean, et désignant une sorte de boîte en Source que la femme
sauvage s'attache derrière le dos, et qui lui sert à porter son
nourrisson. " Elle avait sur «on dos, dans son ca*agot...un
petit métis de douse mois." (Bert he, Souvenirs d'un demi-
siècle, p. 433).
Chichicoui : instrument de musique en unage chez les
Sauvages, et servant à battre la mesure. "Cet instrument,
fait de bois, de peau desséchée ou de corne, se compose d'un
manche et d'une portion creuse, remplie de petits osselets,
de petits cailloux, ou de plomb à tirer " ( J. C. Taché). Le
vrai mot sauvage de cet instrument est chichigouane, de chi-
chigoui signifiant serpent 4 sonnettes, sans doute par analo-
gie avec le bruit de grelots de la queue de ce reptile.
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Chouayen : term© dérisoire, ou de mépris, appliqué au
Canadien-Français qui fait montre d'un loyalisme exagéré,
en quelque sorte servile, via à-vis des Anglais. Le mot
chouayen remonte assez loin dans l'histoire, et appartient
même à lu période de la domination française, puisqu'on le
vit apparaître, pour la première fois, lors de la prise du fort
d'Oswego. A cette époque, quelques Canadiens-français,
désespérant déjà du succès définitif des armes françaises,
avaient résolu de passer aux Anglais, dont ils attendaient
faveurs et protection. La victoire française d'Oswego, sur-
venant sur ces entrefaites, fit éprouver à ces transfuge» un
tel dépit, que le gros public prit de suite un malin plaisir à
le leur rappeler à tout propos. Or, on sait que le fort
Oswego s'appelait autrefois Chouaguen. De là l'appellation
chouayen. Durant la rébellion de 1837, le mot chouayen
obtint un surcroît d'actualité, et servit, bien entendu, à dési-
gner ceux des Canadiens-français qui faisaient alors bande
à part contre les " patriotes," et en particulier les " bureau-
crates."
Esurgnis : grains de porcelaine, faits de la nacre de cer-
tains coquillages marins, et dont les Sauvages confectionnent
des colliers. Ces colliers jouaient autrefois un certain rôle
dans les relations des colons avec les Indiens, et se présen-
taient, au début des délibérations, de conseils, comme gages
de paix, de bonne entente. Il a toujours été, cependant,
plus d'usage courant de remplacer esurgnis par son équiva-
lent wampum, qui est un mot se rattachant au dialecte des
Sauvages do la Nouvelle- Angleterre. " Lors chascunes d'i-
celles donna audict cappitaine vug collier desurgny." (Car»
tier, Bref récit, p. 44).
Kayak : canot de pêche, en usage chez les Esquimaux de
la région septentrionale du Labrador. Une coïncidence
assez curieuse se remarque entre le Kayak des Esquimaux,
et le Kayik des YaKoutes de Sibérie, ce dernier étant aussi
— 298 —
un canot de pêche. Selon toute probabilité, notre propre
mot Kayik a donc dû prendre naissanoe en Sibérie, dans
les parages du lac Baikal, puis, de là, passant aux Esqui-
maux de la Léna, arriva en Amérique avec ces derniers, viâ
le détroit de Behring. S'il est vrai qu'aucun fait, si petit
qu'il soit, ne doit être laissé de côté pour l'intelligence des
choses préhistoriques, ce mot Kayak viendrait donc ainsi
singulièrement à l'appui de ceux qui prétendent que l'Amé-
rique a été peuplée, à l'origine, à l'aide de migrations venues
de l'Asie.
Kini-Kinik : du sauvage algonquin Kininigegi, signifiant
" Je mêle." On désigne, par ce mot, un certain mélange
d'écorce ou de feuille» avec du tabac, et que fument les sau-
vages, les trappeurs, etc. Quelquefois aussi, Kini-Kinick se
prend tout simplement pour l'écorce même servant de base
au mélange en question, écorce enlevée a une variété d'au-
bier, dite " bois-rouge."
Machicoté : de l'algonquin mat&hîgode. Jupe, jupon de
femme.
Mackinaw : couverture de laine, ou pelisse, par-dessus
fait d'une épaisse couverture do laine. Le mackinaw fut
autrefois l'objet d'un commerce très étendu avec les sauva-
ges, et on le désignait ainsi parce qu'on se le procurait sur-
tout au fort Mackinaw, qui en était l'entrepôt principal.
M Enveloppés dans nos pelisses de bison et dans nos couver-
tures mackinaw, nous pouvions,sans être incommodés, braver
la fureur du vent." (LeMoine, Chasse et pêche, p. 31).
Malachigan : corruption de manachigan, ou, selon Cuoq,
de manacigan, et désignant spécialement une variété d'achi-
gan mal conformé, que l'on nomme aussi " gros bossu." la
première syllabe de ce mot sauvage a été confondue avec
l'adjectif français mâle, tout comme s'il fallait écrire mâle
achigan.
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Manitou : mot d'origine algonquine (manito, génie, dieu,
esprit). Divinité tutélaire adorée par nos sauvages. Chacun
Aânx se choisit un manitou dans le premier objet venu qui
frappe ses sons. Cette définition, si exacte qu'elle soit dans
l'espèce, est cependant par trop vague et incomplète, et le
mot comporte diverses autres significations qu'il est utile de
préciser ici : 1° Esprit, ombre, mâne : " manitous de
la plage, — Esprits, éveillez-vous." (Fréchette, Fleurs boréa-
les, p. 50). 2° Bon ou mauvais génie, appartenant à une
légende locale : " les plus nerveux parlaient de sortir
et de provoquer en combat singulier le manitou du Saint-
Maurice." (Suite, Mélanges, p. 357). 3° Eeprit invoqué par
les jongleurs, les sorciers : " L'importance des jongleurs est
en raison de l'importance de leurs ma nitous.u (Taché, Fores-
tiers et voyageurs, p. 192). 4° Fétiche, symbole : " Dans
le sac do voyage, le manitou tenait le premier rang.") Fer-
land, Histoire du Canada, t. I, p. 113).
Mascouabina : d'origine algonquine, désignant le cormier
ou sorbier domestique. Le P. Lacombe fait dériver ce mot
de maskomin, signifiant " graine d'ours," et cela parce que
plusieurs animaux sauvages, entr'autres les ours, sont très
friands de l'écorce du maskouabina.
Maskeg : d'origine crée, désignant un marais, une savane.
Le P. Petitot définit le maskeg " marais, ou plaine remplie
de lichens." Bans lo dialecte otchipwe se trouve la forme
mashkig.
Maskinongé (esoxestor) : variété de brochet, ainsi nom-
mée du mot algonquin muskelunge. Une corruption curieuse
de ce mot existe parmi le peuple. On dit quelquefois masque
allongé, sans doute par allusion à la tête allongée et laide de
ce poisson. D'un autre côté, plusieurs étymologistes préten-
dent que le mot original même.c'est-à dire muskelunge,dérïve
de deux termes indiens : mâsk, laid, difforme, et kinongé,
— 300 —
poisson, ce qui donnerait, comme on voit, tout à fait raison
d'être à l'expression canadienne.
Matachias : d'origine algonquine, désignant les rassades
dont les sauvages ornent leurs habits. Les ceintures, col-
liers, etc., servant à parer les jeunes squaws indiennes, se
nomment aussi quelquefois des mat ac Mas. " Les femmes
et les jeunes filles brodaient des matachias." (Taché, Soi-
rées Canadiennes, 1861, p. 31 j. Ce mot est très vieux, car
on le rencontre dan6 Champlain, Lescarbot, Sagard, etc. Il
n'a pas toujours, cependant, chez les vieux auteurs, lasignU
fication précitée, et plusieurs entendent, par matachias, un
mélange de différentes couleurs dont les sauvages se servent
pour se peindre le visage ou pour former sur leurs vêtements
certaines figures de bêtes fauves, d'oiseaux, etc. On trouve
notamment, dans Leclercq (Relation de la Gaspésie), le mot
matachias cité à plusieurs reprises en ce sens, et même so
matachier, pour se tatouer.
Michigouen : d'origine montagnaise, désignant une variété
de persil, dont l'arôme est bien supérieur à celui de nos
espèces domestiques.
Micmac : l'origine de ce mot, employé pour embarras,
intrigue, mélange, ne manque pas d'un certain intérêt. La
tribu des Micmacs était distribuée, à l'origine, au nord de la
baie de Fundy. De bonne heure, les Français se firent de
ces aborigènes des alliés fidèles, et surent les utiliser pour
exercer des représailles sanglantes contre les Anglais, au
milieu desquels le seul nom de Micmac devint bien vite
comme une sorte d'épouvantail. On sait de quelles atroci-
tés, souvent inouïes, s'accompagnaient les guerres indiennes
dans ces temps troublés. Les Micmacs, entr'autres, se dis-
tinguèrent par leurs cruautés, et cela à tel point qu'il était
devenu d'usage courant de dire : "Il y a du micmac là-
dedans," chaque fois qu'on voulait parler d'un coup demain
exécuté dans des conditions particulièrement révoltantes et
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— 301 —
dont des Micmacs seuls pouvaient avoir été les instigateurs..
Dans la suite, le dicton II y a du micmac s'appliqua i tous
les meurtres et crimes commis avec accompagnement de
férocités. Cela voulait surtout dire : " 11 y a du feu et du
sang là-dedans." Puis, avec le temps, tout cela finit par
s'atténuer, s'adoucir, et ce n'est plus maintenant que par un
reste d'allusion à l'humeur batailleuse des Micmacs que le
dicton est usité. Aujourd'hui, on no s'en sert plus qu'en
parlant d'une entreprise, d'un projet, d'une affaire, où il y
a matière à brouille, à altercation. On dit cependant encore :
" Il fait du micîiuic" en parlant de quelqu'un qui brise,
ruine, abîme tout ce qu'il touche.
Micouenne : de l'algonquin emikwan. Longue cuillère
de bols, usitée pour diverses fins domestiques. Plusieurs
autres formes existent, et l'on dit micoine, micouaine, mi-
couane, micouanne.
Miteuse : ce mot dérive du sauvage mitas, signifiant
guêtre.
Mocassin : du sautoux makkasin, signifiant soulier.
Mokok : d'origine micmaque, usitô surtout parmi les Aca-
diens pour marais, savane.
Munie : d'origine montagnaise, désignant un poisson par-
ticulier à la région du lac Saint- Jean. " La munie, qui a la
queue et la couleur de l'anguille, la forme du crapaud de
mer et la tête comme celle de la morue." (Buies, Le Sague-
nay, p. 203).
Nagane : d'origine algonquine, signifiant petite planche,
planchette. La nagane veut dire un ensemble de planchettes,
munies de laceta, de cerceaux et de courroies, dont les mères
indiennes se servent pour porter leurs nourrissons sur le dos.
Ouache : do l'algonquin amikwac. Conduit pratiqué
horizontalement sous terre, par le castor, et aboutissant à la
ouiche, ou cabane.
Ouananiche : mot sauvage désignant un poisson fortesti»
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— 302 —
mé, appartenant à la famille de* saumons d'eau douce, et
que Ton trouve surtout dans la région du lac Saint-Jean et
de ses tributaires.
Ouaouaron: du h\irou ouaraon, crapaud. Grosse grenouille
▼erte, faisant entendre comme une sorte de beuglement,
dont le mot ouaouaron donne d'assez près l'onomatopée. Les
Anglais, du reste, appellent aussi ce batracien bullfrog,
c'est à-dire grenouille bœuf. Le missionnaire Sagard, dans
son Dictionnaire de la langue huronne, place le ouaouaron
parmi les animaux décrits sous l'en-tête général de "Bestes
à quatre pieds."
Ouiche : de l'algonquin amifocic, cabane, cache, ou retraite
du castor.
Ouragan : du sauteux onâgan, signifiant plat, vase. Petit
panier d'écorce de bouleau, servant de corbeille à pain. Les
Cris des bois prononcent orâgan, oyâgan.
Outiko : géant, ou monstre fabuleux, dans les légendes
sauvages.
Pagaie : petit aviron court, dont l'usage nous vient des
Sauvages.
Vacant (carya olivaeformis) : de l'algonquin pakane, ou
pagân. Noix du noisetier ou coudrier.
Pican : animal appartenant à la famille des petits ours,et
qui fait le désespoir des chasseurs par sa finesse et ses espiè-
gleries malicieuses.
Pémican : viande desséchée de bison, très nutritive sous
un petit volume.
Pitouane : mot d'origine sauvage pour arbuste, arbris-
seau.
Pichou : du cris piseic, îoup-cervier, lynx. Nom sous
lequel on désigne un être laid ou malin. On dit surtout
communément : " Laid comme un pichou."
Picouille : du cris piku, signifiant briser, fracasser. Tout
animal étique, maigre, décharné à l'excès.
303 —
Pimbina : trait du viburnum edule, que Michaux et Gray
considèrent comme une variété de la canneberge du Maine
et du Canada.
Pirogue : mot sauvage francisé, et désignant soit un canot
d'écorce, ou un canot fait d'un tronc d'arbre creusé.
Sacakoua : l'équivalent de la chasse galerie, chez les Sau-
vages, et signifiant grand tapage, orgie infernale. On dit
aussi sacaqua et sacaqué.
Saccacomi : du sauvage sakaw, allumer, ou encore sakai-
pttagane, allumer la pipe. Le saccacomi est une plante du
genre tabac, croissant dans les forêts, et atteignant la hau-
teur du " petit tabac de Virginie." C'était même là le tabac
fumé presquo exclusivement par les indigènes, lors de la
découverte du Canada, et encore aujourd'hui bon nombre
de nos habitants en font usage et continuent à lo désigner
par son nom sauvage, afin do le distinguer du tabac propre-
ment dit.
Sagamiti : mot d'origine sauvage, et désignant une sorte
de bouillie faite avec du blé d'inde, dans laquelle on cuit
quelquefois de la viande. Le P. Lacombo fait dériver ce mot
du cris Kisâgamitew, c'est un liquide chaud, tandis quo
l'abbé Cuoq tient pour l'algonquin Kipagamite, signifiant
le potage est chaud. De toute manière, il est évident que
le mot sagamiié devrait ainsi son origino à une méprise, le
premier Français qui l'entendit l'ayant sans doute pris à
tort pour le nom même du potage dont il s'agissait.
Sagamo : chef de tribu indienne. Vient du micmac sha-
quemau. " Fins le shaquemau conduisit le missionnaire à la
chapelle." (Faucher do Saint-Maurice, De tribord à bâbord,
p. 442).
Sisiquoi : Le P. Lacombo fait dériver ce mot du sauvage
sisikwan, petit sifflet en os. Le sisiquoi désigne une sorte
d'instrument que les Sauvages secouent avec cadence, dans
leurs conjurations, et qui est composé d'un petit sac de
— 304 —
parchemin bandé, dans lequel sont renfermées de menues
pierres. On dit ausei chichikois.
Squaw : dérivé de l'algonquin. Femme indienne.
Succotash : du sauvage msickquatash, qui, s'il faut en
croire Webster, appartiendrait au dialecte Narraganset.
Mélange de maïs et de haricots, que l'on a fait bouillir
ensemble.
Tamarac (larix america) : mot algonquin désignant
l'arbre plus connu sous le nom d'épinette rouge. Certains
étymologistes rattachent ce mot à l'arme dite tomahawk,
laquelle était surtout faite avec le bois du tamarac.
Tobagane : du cris otobanash, traîneau. Sorte de traî-
nean, composé d'une longue planche de bois floxible, recour-
bée à une extrémité, et dont on se sert, en manière d'amu-
sement d'hiver, pour glisser du haut de pentes escarpées.
On dit aussi traîne sauvage.
Tomahawk : arme de guerre des Sauvages, en forme de
casse tête. Le P. Lacombe fait dériver ce mot du cris oto~
mahuk, assommes le, ou ot&mahwaw, il est assommé.
Totem : mot algonquin désignant l'emblème ou insigne
particulière à une tribu, & une famille.
Touradi : mot montagnais désignant une grosse truite
partîclière aux lacs du nord de Québec.
Wigwam : mot sauvage signifiant hutte, cabane, et qui
désigne le " home " des Indiens. Dérivé du cris wikiwak,
dans leurs demeures. Par extension, habitation délabrée,
de peu de valeur : C'est un vrai wigwam, c'est-à dire cela
n'est guère habitable.
Wampum : expression anglaise pour wompam, qui est un
mot tiré du dialecte des Indiens de la Nouvelle- Angleterre,
et désignant la porcelaine, les grains de porcelaine.
Wapite (Cervus canadensis) : cerf ou élan du Canada.
Ce mot dérive du cris wapitew, signifiant blanchfttre,venant
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de ce qu'on a voulu distinguer ce cerf de l'orignal ou daim,
dont le pelage est presque noir.
WarnUcootai (Somateria spectabilis) : Variété de canard
eider, appelé aussi " eider remarquable," autrefois af»sez
abondante dans lee parages du golfe Saint-Laurent, mais
que l'on ne rencontre plus aujourd'hui sue sur le littoral du
Labrador faisant face à l'Atlantique.
Warou : loup-garou. Homme qui, suivant une supersti-
tion, erre la nuit dans les campagnes, changé en loup.
Watap : mot algonquin désignant la racine d'épinette
rouge, dont on se sort pour coudre l'écorce.
Sylva Clapin
LES GENEALOGIES
On croit que les généalogies ne s'appliquent qu'aux per-
sonnages en évidence. Je me demande a quoi bon, dans ce
dernier cas ? Celui qui atteint une haute position, la noto-
riété, la célébrité, se passe bien d'ancêtres, et comme dit
Corneille :
II donne ses exploits pour noms de ses aïeux,
tandis que l'humble artisan ou le cultivateur sans autre titre
devraient plutôt ne retourner vers les tempe anciens et recons-
truire la chaîne des parentés qui va juwju'à eux. S'ils ont du
cœur, ils se tont gloire d'appartenir à telle ou telle famille qui
a été des premières à transformer un coin du Canada sauvage
en pays chrétien. Cette lignée les réconforte moralement
dans les luttes de la vie, car bon sang ne doit pas mentir.
Lorsque l'on reporte sa pensée sur de lointaines origines on
se sent plus confiant en soi-même que l'individu isolé au
milieu de la foule et venant il ne sait d'où. A l'heure des
épreuves, tous nos morts marchent avec nous pour soutenir
notre courage et nos résolutions. Comprendriez vous l'amour
— 306 —
de la patrie, sans cela ? On disait à un chef iroquois de
partir avec sa tribu, et d'aller occuper un autre territoire.
" Comment ferais-je, demanda-t-il, est-ce que je puis dire à
ceux que je laisserais ici, dans la tombe : levez vous et sui-
vez mes pas ? " Nous devons faire, à notre manière, ce
qu'entendait ce barbare dans sa langue figurée. Il faut
donc recueillir la partie de l'histoire du passé qui nous tou-
cho de plus près, la répandre écrite, imprimée, afin d'en
conserver le souvenir car, par la longueur du tempe, mille
et mille choses «ont déjà sorties de la mémoire du peuple, et
un jour viendra où personne ne pourra remplir le vide.
Nous qui avons été, selon la volonté do Dieu, les pionniers
de la terre d'Amérique, aimons à nous le rappeler — ceci est
un orgueil non seulement légitime mais louable. En ce
genre, il n'y a aucune vanité à nous faire valoir ; c'est bien
plutôt une noble fierté qui nous relève à nos proproB yeux
et dans l'estime des autres. Il est beau, sans doute, de pou-
voir dire : " Je suis un ancêtre," il est beau également de
comprendre ce qu'étaient nos pères et d'en parler. Ce cou-
rant électrique de l'âme qui remonte à travers les généra-
tions, inspire le respect de soi-même, même à la vertu, fait
les peuples forts. Ne négligeons point de pareils éléments,
nous qui avons tant besoin de nous appuyer sur quelque
chose, nous qui cherchons à nous perpétuer, pour transmet-
tre à l'avenir la forme et le fond d'une race respectable.
Benjamin Sulte
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REPONSES
Le Forillon (IV. VII, 487).— La côte nord de la baie
de Gaspé se termine par une pointe rocheuse qui s'avance
jusqu'à une lieue dans la mer et atteint 700 pieds de hau-
teur : c'est le Forillon. D'où vient cette appellation et que
signifie-t-elle ?
Il y a deux anB dans les pages mômes du Bulletin (1), M.
Georges Johnson, chef de la Statistique à Ottawa, et auteur
de recherches curieuses sur l'origine des noms de lieux, se
déclarait favorable à l'hypothèse émise par M. Thwaites,
du Wisconsin, que forillon serait un dérivé du verbe forer.
L'analogie entre le travail du forêt et l'action des eaux aur
les rochers, aurait suggéré le nom. Mais y a-t-il lieu dans le
cas actuel de recourir à l'hypothèse ? Je ne le pense pas.
Voici ce qu'écrivait Champlain dès 1026 :
" En ce lieu de Gaspey est une baye contenant de large
en son entrée trois ou quatre lieues, qui suit au Norrouest
environ, cinq lieues, où au bout il y a une rivière qui va
assez avant dans les terres. Les vaisseaux viennent eu ce lieu
pour faire la pesche du poisson sec, où est un gal lay où l'on
fait la seicherie des moluës, & un ruisseau d'eauë douce qui
se descharge dans la grand'mer, commodité pour les vais-
seaux qui vont mouiller l'ancre à une portée de mousquet
de ce lieu : & à une lieue du Cap de Gaspey, est un petit
rocher que Von nomme le farillon, esloigné de terre d'un jet
de pierre ; ce dit cap est une pointe fort estroitte, le ter-
rouër en est assez haut, comme celui qui environne la dite
baye, couvert de pins, sapins, bouleaux & autres meschan*
bols. La pesche est abondante tant en moluës, harans, sau-
mons, macreaux, homars." (Edition Laverdière, p. 1085).
(i) Voyez vol. IV, pp. 285, 314.
■
— 308 —
Ce passage de Champlain renferme plusieurs constatation»
intéressantes :
1° L'orthographe du mot n'est pas" fou ri lion'', comme
l'écrit l'abbé Ferland (/a Gaspisie), ni " forillon comme
on le voit généralement ; mais " farillon."
2° Ce nom à l'origine ne désignait pas comme il l'a fait
par la suite, le promontoire même qui termine la côte nord
de la baie de Gaspé ; mais simplement " un petit rocher "
détaché de ce promontoire, à un jet de pierre du rivage, et
à une lieue de l'extrémité du promontoire, ou cap de Gaspé,
3° La baie de Gaspé était dès cette époque un lieu de
pêche très fréquenté, où même l'on faisait le séchage de 1»
morue.
Or, le mot farillon tel que Champlain nous le donne se
trouve dans Bescborclle, Larousse, Littré et la plupart dee
grands dictionnaires et des encyclopédies. Ouvrez le Bes-
chorelle de 1887 : " Farillon (rad. prob. phare) Pêch.
Réchaud dans lequel les pêcheurs allument du feu pendant
la nuit pour attirer certains poissons." On trouve également
dans les dictionnaires le mot sous une autre forme : " Pha-
rillon (prononcé fa ri!lon),petit phare, en général ; réchaud
dans lequel les pêcheurs font un feu de flamme la uuit pour
attirer les poissons ; pêche dans laquelle on emploie ce feu."
Un Breton établi au Canada depuis quelques années, M.
Lorans, m'informe que dans son pays on nomme farillous
(ou pharillons) les lumières de moindre importance placées
sur les îlots à l'intérieur du golfe du Morbihan.
Ainsi farillon, diminutif de phare, est très français ; il a
plusieurs significations, toutes applicables dans le cas pré-
sent. Nous n'avons que l'embarrasdu choix. Essentiellement,
c'est une lumière pour les pêcheurs, destinée à attirer les
poissons ou à guider les marins. Des lors qu'avons-nous
besoin de chercher ailleurs ?
Léon Gérin
«
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— 309 —
L'ordre sacré et militaire du Saint-Sépul-
cre. (VI, VIII, 737.)— L'origine de Tordre du Saint Sépul-
cre se perd dans la nuit des temps. Charlemagne, Louis VI,
Philippe le Sage, saint Louis, Philippe, roi d'Espagne, ani-
més d'un grand zèle pour la foi catholique, instituèrent à
diverses époques de courageux chevaliers,soumis à certaines
règles, dans le but de garder et de défendre contre les atta-
ques des infidèles la ville de Jérusalem et le sépulcre de Notre-
Scigneur Jésus Christ ressuscité.
Lorsque Godefroy de Bouillon, à la tête d'une nombreuse
armée de croisés, s'empara do Jérusalem et en fut solennel-
lement proclamé roi, il créa parmi (tes plus nobles compa-
gnons des défenseurs du Saint-Sépulcre.
Plus tard, le pieux Beaudoin constitua le patriarche de
Jérusalem grand maître et chef de cet ordre de chevalerie.
Mais Jérusalem retomba entre les mains des infidèles, et son
pasteur ayant été obligé de prendre le chemin de l'exil, l'or-
dre de Saint-Sépulcre lui môme sembla menacer ruine.
Les pape*», depuis Aloxandre VI jusqu'à Benoit XIV,
mirent tout en œuvre pour augmenter la dévotion des fidè-
les envers le Saint-Sépulcre. Pour exciter dans leurs coeurs
l'amour pour les lieux saints, ils renouvel lèrent les statuts
généraux de l'ordre du Saint-Sépulcre, et accordèrent que
tant que lo patriarche serait forcé de vivre en dehors de son
siège, des chevaliers du Saint-Sépulcre pourraient être créés
et institués par le gardien du mont Sion et le custode de la
Famillo Franciscaine dans la terre sainte. Mais il fut décrété
que, lorsque le patriarche de Jérusalem serait rétabli sur son
siège, ce serait à lui qu'appartiendrait de nouveau, comme
dans les temps passés, par concession apostolique, cette ins-
titution et création des chevaliers du Saint-Sépulcre.
Lorsque Pie IX rétablit l'église patriarcale de Jérusalem,
afin que les chrétiens fussent animés d un saint zèle pour
défendre et étendre la religion catholique dans la terre
— 310 —
sainte, et afin que leur dévouement eût une récompense pro-
portionnée à son mérite, il résolut de relever la dignité de
Tordre du Saint-Sépulcre. Par sa lottre apostolique Cum
Multa du 29 janvier 1858, après avoir renouvelé les statuts
généraux de l'ordre, il constitua qu'il se composerait a l'ave-
nir de trois classes de chevaliers : les chevaliers de 1ère
classe ou grand 'croix, les chevaliers de 2e classe ou comman-
deurs et les simples chevaliers.
Les grand'croix doivent être choisis parmi les personnages
de premier rang : les prince», tant ecclésiastiques que sécu-
liers, les ministres, les ambassadeurs, les évêquee, les géné-
raux d'armée, etc, etc.
La décoration de l'ordre du Saint-Sépulcre consiste en la
croix dite de Godefroy de Bouillon, formée de cinq croix en
or émail lées de rouge sang. La croix du milieu, à l'exclu-
s ion des autres quatre collatérales, doit être potencée. Elle
ne doit être surmontée d'aucune couronne en mémoire du
pieux Godefroy de Bouillon, qui refusa de porter la cou-
ronne royale là où la tête du Sauveur avait été ceinte de la
couronne d'épines. Celte croix est supportée par un ruban
de soie moirée noire.
Les grand'croix ont seuls le droit de porter la plaque d'ar-
gent ornée de la croix. Ils la portent suspendue à une grande
bande de soie noire moirée et mise en écharpe de l'épaule
droite au flanc gauche ; les commandeurs portent la croix
suspendue en sautoir par un ruban de moindre dimension ;
les simples chevaliers la portent en format plus petit et sus-
pendue à la boutonnière.
L'uniforme est commun aux trois classes,quant à la forme
et à la couleur, drap blanc avec cuirasse, collet, parements
noire, plus ou moins ornés, selon le grade.
Les conditions requises pour obtenir la croix du Saint-
Sépulcre sont :
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1° Frofeeeion et pratique de la religion catholique jointe
à une conduite honorable et irréprochable.
2° Noblesse de naissance ou au moins une position sociale
telle qu'on puisse vivre more nobilium.
3° Importance de mérites personnels acquis par des ser-
vices rendus à la religion, surtout en terre sainte.
Tout chevalier, lorsqu'il est admis, doit verser dans le tré-
sor de l'ordre une offrande, exclusivement destinée au raain-
tion du patriarcat, de ses missions et de toutes les œuvres
confiées à son administration.
Les devoirs des chevaliers du Saint-Sépulcre sont :
1° Vivre en bon chrétien, évitant tout ce qui pourrait êtro
une tache pour le nom de chevalier de Jésus-Christ. De plus,
ne cesser de se livrer à la pratique des bonnes œuvres et à
l'acquisition de toutes les vertus, afin de se montrer de jour
en jour plus digne de l'honneur qu'on lui a fait, et faire res*
plendir davantage en sa personne, la dignité de la religieuse
milice dont il porto les insignes.
2° S'appliquer avec zèle et dévouement au soutien et au
développement du catholicisme en Terre-Sainte, particuliè-
rement dans le but do défendre et conserver les droits des
catholiques sur les Lieux Sainte.
Chevaliers grand'croix : — Mgr J.-Thomaa Duhamol, Otta-
wa, 1882 ; Comte de Premio-Réal, Québec (1).
Chevaliers commandeurs : — E. Lefebvre de Bellefeuille,
Montréal ; Dr J.-E. Landry, Québec ; Hon. A. C. P. R. Lan-
dry, Québec.
Chevaliers : — L.-A. Huguet-Latour, Montréal, 1881 ; U.-
E. Ârchambault, Montréal, 1882 ; Edward Murphy, Mon-
tréal, 1882 ; P.P.-E. Smith, Québec, 1882 ; F.-R-E. Cam-
poau, Ottawa, 1883 ; Jean-Elie Marti neau, Québec ; Hon.
Dr C.-E. Casgrain, Windsor, Ont ; S. Bingham, Ottawa,
(l) M. le comte de Premio-Réal reçut son diplôme d'investiture, a Rome.
— 312 —
1897 ; Heney, Ottawa ; Hon. George Couture, Levis ; Mar-
tineau, Fall River, E. U ; Dr Berthelot, Montréal ; Clément
Vincelette, Beau port ; François Kirouac, Québec ; J. A.
Langlais, Québec.
P.-G. R.
Le suicide sous le régime f rançais, (II,V,201.)
— Sous l'ancienne loi française, on traînait les cadavres des
suicidés sur la claie.
Vers 1682, un habitent de Beauport du nom de Lefebvre
fut trouvé mort dans sa grange. La justice fit une espèce
d'enquête, et sa mort fut attribuée au suicide. En consé-
quence, son corps fut traîné sur une claie, et ensuite exposé
à la voierie.
R
Le général James Murray. (Ill, VII, 336.)—
" Notre premier gouverneur anglais, legénéralJames Mur-
ray, devint lord Kl i bank, à la mort de ses frères." Cest là
une erreur que je vois imprimée pour la centième fois.
Il y a eu dix barons EJibank : 1° Patrick Murray, mort
en 1650, remplacé par son fils ; 2° Patrick Murray, mort
en 1661, remplacé par son fils ; 3° Alexander Murray ,mort
en 1687, remplacé par son fils ; 4° Alexander Murray.mort
en 1735, remplacé par son fils ; 5° Patrick Murray, mort
en 1778, remplacé par son frère ; 6° George Murray, mort
en 1785, remplacé par son neveu (fils de Gideon Murray,
troisième fils du quatrième baron) ; 7° Alexander Murray,
mort en 1820, remplacé par son fila ; 8° Alexander Murray,
mort en 1830, remplacé par son fils ; 9e Alexander Oliphant
Murray, mort en 1871, remplacé par son fils ; 10° Monto-
lieu Fox- Oliphant Murray, baron Elibank actuel.
James Murray, notre gouverneur, était le cinquième fils
de Alexander Murray, quatrième baron Elibank.
)igitizl
James Murray se maria deux fois. Il eut plusieurs enfants
de son second mariage. Une de ses petites-filles, lady Trol-
lope, vit encore à Londres.
P. G. B.
Samuel de Champlain, ( V, II, 583.) — Champlain,
qui a pris la particule de asset; tard, y avait-il droit ?
Oui, sans aucnn doute.
Il s'en est abstenu tant qu'il n'y a pas eu droit ; mais
devenu possesseur de la terre de Champlain, à la mort de son
père, il a indiqué cette possession en se disant Sieur de Cham-
plain.
Je t&che de donner des preuves ?
Le fondateur de Québec était-il noble, annobli ou rotu-
rier?
Je conclus qu'il a été au moins annobli.
Celte conclusion est tirée des lois et des usages de l'épo-
que, ainsi que des contrats, actes, commissions qui concer-
nent Champlain.
On sait qu'on France la noblesse s'acquérait de sept ma-
nières, entre autres par la possession, pendant quelques géné-
rations, d'offices ou de charges nobles.
Or, on considérait comme tels les offices qui donnaient au
titulaire le droit de se qualifier de chevalier, d'ieuyer, de
noble homme.
Loyseau (Des Ordres de la Noblesse) désigne quelques-
unes de ces charges, v. g. cellos do maréchal des logis, de
gouverneur de ville.
Champlain peut encore prétendre à la noblesse graduelle,
ou noblesse a pâtre et avo.
L'usage et les lois avaient établi que lorsque l'aïeul et le
père avaient successivement possédé un office noble, le petit-
fils avait, en raison de cette possession, acquis la noblesse
qu'il pouvait désormais transmettre à ses descendants.
— 314 —
Après avoir étudié et développé cee différente pointe, je
passe à l'examen des actes et des commissions qui concer-
nent Champlain, et je tire la conclusion que j'ai indiquée
plus haut
L'abbé Hospice Verbeau
Jean d'Entrées, vice-roi de lu Nouvelle-
France. (VI, IX, 742).— Jean d'Estrées naquiten 1624, à
Estréee, près d'Arras ; il était fils du maréchal François
Annibal, marquis de Cœuvres et duc d'Estrées.
Il servit d'abord dans l'armée de terre, comme volontaire
et reçut bientôt un brevet de colonel d'un régiment d'infan-
terie. En 1648, on le trouve sous les ordres du grand Condé ;
l'année suivante, promu au grade de maréchal de camp, il
prend part aux guerres civiles de la Fronde et passe sous le
commandemant de Turenne. Il n'avait encore que trente et
un ans quand il fut nommé lieutenant général des armées.
En 1668, il était à la tête d'un escadre destinée à se ren-
dre en Amérique pour s'opposer aux ravages que les Anglais
exerçaient dans les possessions françaises du nouveau monde.
A son retour en 1669, il fut élevé au grade de vice-ami-
ral du Ponant.
En 1670, il reçut l'ordre d'aller visiter les comptoirs euro-
péens de la côte occidentale d'Afrique. Son père étant mort
cette même année, il prit alors le titre de duc d'Estrées.
En 1672, il commandait l'escadre blanche à la bataille de
Southwold (7 juin 1672) et soutint avec valeur le choc de
l'avant garde hollandaise aux ordres du lieutenant amiral
BanKaert,mais il fut accusé par les Anglais d'avoir reçu et
exécutée les ordres de Louis XIV, qui lui aurait enjoint,
disait-on, de ne pas trop se compromettre et de se tenir sur
la défensive plutôt que d'agir avec vigueur ; au reste, cette
accusation ne paraît pas être absolument dénuée de fonde-
ment.
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A la bataille de Walcheren, livrée en 1673, il commandait
le corps de bataille de l'armée combinée de France et d'An-
gleterre contre la Hollande II eut successivement affaire a
Ruyter et i Corneille Tromp et son attitude fut infiniment
plus décidée que Tannée précédente. Une troisième bataille
eut lieu le 14 juin 1673, et d'Estrées fut exposé au feu des
ennemis, sans être appuyée par les Anglais ; enfin, le 11
août de la même année, dans une nouvelle bataille, qui resta
indécise comme les trois précédentes, d'Estrées commandait
lavant-garde et se trouva de nouveau en face de BanKaert.
Les Hollandais firent des efforts incroyables et les deux esca-
dres anglaises se trouvèrent un instant dans une position
critique ; mais d'Estrées vint à leur secours et leur épargna
certainement une défaite.
En 1676, le vice-amiral d Estrécs proposa au roi de diri-
ger une expédition contre les colonies hollandaises de l'Amé-
rique ; mais son projet ne reçut qu'une exécution tardive,
et les Hollandais eurent le temps de n'emparer de la ville
de Cayenne, de l'île Tabago et purent ravager les île» de
Marie-Galante et de Saint-Domingue avant que notre flotte
intervînt. Ce ne fut que le 6 octobre de la même année que
d'Estrées quitta Brest avec sept vaisseaux et trois frégates ;
le 8 décembre.il mouillait devant Cayenne jetait 800 hommes
a terre, dont il prenait lui-même le commandement et enle-
vait la ville l'épée a la main.
Il se rendit ensuite à la Martinique où il fut informé que
le vice-amiral Beisko avait mouillé devant Tabago et que
des forces considérables avaient été réunies pour la défense
de la place. Le 12 février, d'Estrées quitta la Martinique,
après avoir augmenté son escadre de trois bâtiments. H
vint jeter l'ancre en dehors de la rade de Tabago. Ayant
appelé set* capitaines en conseil, il fut décidé que l'attaque
de la ville aurait lieu simultanément par terre et par me».
— 316 —
Le 20 du même mois, l'escadre appareilla ; malheureuse
meut, le vaisseau V Intrépide, en effectuant son appareillage,
toucha sur une roche, et il fallut suspendre le mouvement.
Le 21, les troupes do marine furent mises à terre, mata le
feu des vaisseaux hollandais les empêcha d'agir sérieuse-
ment. Kntin, la division entra dans la rade le 3 mars. Le
vice amiral hollandais avait disposé ses vaisseaux en crois-
sant et fait construire deux batteries sur le rivage. M.
d'Estrées attaqua d'abord l'escadre ; le combat s'engagea
de vaisseau à vaisseau dans un espace très resserré et ne
tarda pas à devenir fort meurtrier ; bientôt un vaisseau
hollandais sauta, et couvrit do ses débris enflammés le Glo-
rieux, monté par d'Estrées, qui dut quitter son navire, que
les flammes ne tardèrent pas à dévorer. M. d'Entrées reçut
en cette occasion deux blessures graves à la tête, et eut
toutes les peines imaginables à gagner la terre, parce que
l'embarcation qu'il montait faisait eau de toute part
Ce combat fut interrompu par la nécessité où chacun se
trouvait de s'occuper de son propre salut ; on effet l'incen-
die avait pris sur presque tous les navires : Les vaisseaux
hollandais les Armes de Leyde, V Etoile d'or, le Popinboury,
le Sphera mundi, le duc d' York et le Moine d'or furent brû-
lés. Il en fut de même dos vaisseaux français le Glorieux,
le Marquis et V Intrépide.
Après un désastre semblable, M. d'Estrées dut renoncer
pour cette année du moins à conquérir Tabago ; il fit rem-
barquer bos troupes, revint à la Martinique et de là fit voile
pour la France où il arriva au mois de juin 1677.
Dans le courant de la même année, d'Estrées s'empara
des Iles d'Orguin et de Gorée sur la côte occidentale d'Afri-
que. Il se dirigea ensuite vers Tabago et, le 6 décembre, il
mouillait dans une baie située à six milles de la ville. La
descente des troupes de débarquement s'opéra sans obsta-
cle ; le 12, elles campaient à quatre cents mètres des forts
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— 317 —
de la ville, et des batteries furent aussitôt installées. Dès le
début du tir une bombe tomba sur la poudrière et détermina
une explosion terrible, grfi.ee à laquelle les troupes françai-
.ses purent pénétrer dans le fort sans éprouver la moindre
résistance. Le vice-amiral Binks avait été tué par l'explo-
sion : la ville capitula et devint possession française.
En mai 1678, d'Estrées voulut compléter son succès en
enlevant Curacao. Il se dirigea sur ce point avec quinze
vaisseaux et trois brûlots. Mais une catastrophe causée par
son inexpérience en navigation fit échouer cette entreprise ;
la division entière se jeta sur les récifs des îles Aves ; douze
vaisseaux furent complètement perdus ; seuls, les trois bâti-
ments qui se trouvaient en arrière, eurent le temps de virer
de bord. Ils sauvèrent une grande partie des équipage».
En 1681, le roi le nomma maréchal de France. Il conser-
va néanmoins son titre de vice-amiral du Ponant, dont il
obtint la survivance pour son fils Victor-Marie.
En 1686, il fut chargé de bombarder Tripoli. Louis XIV
créa la même année la vice- royauté de la Nouvelle- France
et la lui donna, ainsi que la croix du Saint-Esprit.
En 1688,les Algéniens ayant recommencé leurs hostilités,
d'Estrées fut envoyé contre eux et les obligea de nouveau à
demander la paix. Ce fut sa dernière expédition. Il fut
nommé gouverneur de Bretagne, et rendit de grand services
dans cette province en assurant la sûreté dee côtes.
Il est mort à Paris, le 19 mai 1707,à l'âge de quatre-vingt-
trois ans.
Edouard Gœpp
Les ouvrages de M. Faillan. (VI, IX, 747.)—
Pour donner une idée de la puissance de travail de M. Fail-
Ion, il suffit de faire la simple énumération des principaux
ouvrages édités par lui dans un lape de temps relativement
restreint :
— 318 —
Vie de M. Démia, supérieur de* Saurs de Saint-Charles—
1829.
Vie de M. de Lantages, supérieur du séminaire du Puy—
1830.
Histoire des Catéchismes de Saint- Sulpice — 1831.
Méthode des Catéchismes— 4832.
Coutumier des Catéchismes— 1832.
Recueil de Paraboles et de Comparaisons pour les Caté-
chistes—1822. (2 vols.)
Explication, d'après Us rires, des six jours de la création,
—1835.
Notice sur sainte Marie- Madeleine — 1835.
Ouvrages de M. Olier revus et annotés— 1836. (10 vols.)
Vie de M. Olier— 1841. (2 vols.)
Documents sur M. Emery, supérieur de Saint- Sulpice —
1845. (2 vols.)
Monuments sur l histoire et F apostolat de sainte Marie-
Madeleine— 1848. (2 vols.)
Vie de la sœur Bourgeois— 1854. (2 vols.)
Vie de mademoiselle Mance — 1851. (2 vols.)
Vie de madame <f Youville — 1854.
Vie de mademoiselle Leber — 1854.
Notice sur le séminaire de Baltimore — 1854.
Retraite pour le séminaire de Montréal— 1854.
Instructions et règlements pour différentes communautés—
1854.
Histoire âe la colonie française en Canada. — 1865 66
(2 vols.)
Vie de la Tris Sainte Vierge, tirée des écrits de M. Olier
—1866. (2 vols.)
Vie de Saint Joseph, d'après M. Olier — 1866. (2 vols.)
Histoire des premiers apôtres de la Gaule — 1868. (2 vols.)
Nouvelle histoire de M. Olier— 1870. (3 vols.)
Outre oee ouvrages complètement finis, dont quelques- uns
inédits, nous devons mentionner encore beaucoup d'autres
recueils de matériaux, qui ne demandaient plus à l'auteur
qu'un dernier travail de rédaction ; et tous ceux qui ont
connu M. Faillon savent avec quelle facilité et quelle rapi-
dité vraiment incroyables, il pouvait l'accomplir. Ce sont
entr'autrcs :
1° La continuation de l'Histoire du Canada jusqu'à la con-
quête ; ouvrage pour lequel il avait réuni près de trente
volumes in-4 de documents.
2° Une histoire des colonies de Montréal dans l'Améri-
que septentrionale.
3° Une édition complète des écrits de M. Olier, qu'il avait
réunis, collationnls et annotés, lesquels devaient former envi-
ron une vingtaine de volume in-4.
4° Plusieurs autres travaux sur différents sujets de morale
et de discipline ecclésiastique, règlements et instructions
pour les communautés.
5° Explication du Pontifical pour les retraites d'ordina-
tion qui se font dans les séminaires de Saint Sulpice.
6° Un certain nombre de sermons et de sujets d'oraison,
universellement admirés dans les différents séminaires où
l'auteur avait été employé ;
Enfin, nous pouvons mentionner un grand nombre de
lettres ou mémoires, et une correspondance étendue.
Quand on considère l'étendue de ces travaux, on est éton-
né, en songeant qu'ils sont l'œuvre d'un seul homme ; mais
l'étonnement et l'admiration redoublent lorsqu'on pense aux
circonstances qui en accompagnaient la production. M.
Faillon n'a presque jamais pu s'y appliquer exclusivement,
et le plus souvent il lui fallait les mener de front avec les
fonctions les plus impérieuses et les plus absorbantes de
professeur ou de directeur dans les séminaires.
R
— 320 —
QUESTIONS
748. — Le comte de Beaujeu, qui accompagna La Pérouse
dans plusieurs de ses expédition*, était-il Canadien ?
A. O. C.
749. — N'y a-t-il pas eu deux personnages du nom do Cri-
sacy dans la Nouvelle-France ? En 1696, le chevalier de
Crisacy eet inhumé à Montréal. Or, en 1707, c'est un AL de
Crisacy qui est gouverneur de Trota-Rivièree.
T. B.
750. — Où puis-je me procurer une photographie ou un
dessin quelconque du monument élevé en l'honneur du géné-
ral Wolfe dans l'abbaye de Westminster ?
Milit.
761.— A-t-on conservé la liste des royalistes français qui
vinrent s'établir au Canada avec le comte de Puisaye ? Com -
bien de ces royalistes ont fait souche paimi nouB ?
^Bt* ^Xv*
752. — Nos historiens ne s'accordent pas beaucoup sur les
causes qui firent partir sir John Coape Sherbrooke du Canada
avant l'expiration de son terme d'office. Les uns disent que
Sherbrooke partit dégoûté du Canada, les autres prétendent
que l'état de sa santé, seul, lui fit demander son rappel. Où
est la vérité ? Sir John-Coape est-il mort longtemps après
son départ du Canada ?
Fro.
753. — A t-il existé, avant ou après 1821, date de l'usage
du Lauzon, un jeton ou billet de traverse sur les bateaux
entre Lévis et Québec, sous forme de pièce ronde en plomb
et portant l'inscription " Laurent Chabot " d'un côté, et
" Good for four pence " de l'autre ?
Numismate
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igmzea Dy
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EGLT3E DE SAINT-MAGLOIRE DE ROUX
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
Pbilémon. rivière Saint-Jean qui dan» cette partie du
pays est la frontière entre le Canada et les Etats-Unis borne
Saint-Magloire au sud. Cette paroisse comprend les cantons
Roux, Bellechasse et Daaquam, dans le comté de Belle-
chasse, et les cantons Rolette et Panet, dans le comté de
Alontmagny.
C'est M. Narcisse Bcaubien. curé de Saint- Raphaël, qui
chanta la première messe a Saint-Magloire lo 11 novembre
1800. Quarante personnes assistaient à cette messe. Le len-
demain, M. Beau bien planta une grande croix sur la rive
nord de la belle et grande rivière Daaquam qui traverse la
paroisse. Cette croix est encore debout.
Mgr Baillargeon plaça cette immense étendue de pays
sous le patronage de saint Magloire en l'honneur de son
premier desservant, M. Magloire Rioux. Saint Magloire,
confesseur et pontife, était d'origine française et mourut
évêque de l)ol, en Bretagne. Sa fête se célèbre le 24 octobre.
Kn 1807, fut construite la première chapelle. On y célé-
bra la messe pour la première fois le 28 mars 1867. 11 y
avait alors dans Saint-Magloire 131 âmes.
En 1870, l'église actuelle fut construite. Elle a subi, en
1 SUi», des réparations qui en font une des plus belles églises
du comté de Bel léchasse.
A M. Rioux, premier desservant, ont succédé comme
curés MM. Camille S. Brochu, 1872-1880 ; Edouard Parent.
1880-1882 ; J.-B.-G. Boulet, 1883-1890, et Théodore Mer-
cier, curé actuel.
VOL. 0
NOVEMBRE 1900
No. 11
SAINT-MAGLOIRE DE ROUX
P. G. R.
— 324 — .
LE PÈRE JOSEPH AUB.EKY (1)
Joseph Aubery (quelquefois* Aubry) né ù Gisors le 10 mai
1673 et entré au noviciat des Jésuites à Paris à l'âge de dix -
sept ans, étudia la rhétorique, à LouÏH-le-Grand, sous l'illus-
tre P. Jouvancy, le plus brillant professeur et le littérateur
le plus goûté de l'époque. Le disciplo était alors d'une timi-
dité extremo, purlant pou et rarement, si bien que ses supé-
rieurs purent se demander quel ministère il serait apte à
remplir danB la société. D'un autre côté, ses compositions
littéraires révélaient un talent tin et délicat, une facilité
d'invention peu commune, beaucoup de jugement. Le reli-
gieux se montrait exemplaire ; l'écolier, très laborieux. Le
maître s'attacha à ce disciple, en qui sa science des hommes
avait su découvrir de riches trésors sous des apparences
assez rudes, où rien du dedans n'osait se faire jour.
Le noviciat et la rhétorique terminés. Joseph Aubery
demanda les missions de la Nouvel le- France. C'était la
solution du problème que se posaient les supérieurs de l'or-
dre : que faire de ce jeune religieux, dont la timidité para-
lyse les belles qualités do l'esprit et du cœur ? Et puis, la
Providence, dont les desseins sont souvent impénétrables,
dirigeait Aubery par ses voies à Elle vers une destinée que
les hommes ne pouvaient prévoir.
Arrivé à Québec en 1694, il y professa cinq ans la gram-
maire, tout en terminant en particulier son cours de philo-
sophie, commencé on France à Louis-le-Grand,et en suivant
les coin's de théologio du P. Joseph Germain. Ordonne*
prêtre à l'automne de 1700, il célébra sa première messe
dans la petite chapelle de la mission do Saint-François, qui
devait être ai longtemps le théâtre de son dévouement. (2)
(1) IV, VI, 467.
(2) " Histoire des Abénakia," par l'abbé Maurault, p 498.
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— 325 —
Le nouveau prêtre du Canuda n'était plus le timi-
de écolier de Paris. Par une singulière transformation, le
P. Aubery était devenu entreprenant, presque hardi. Dans
les assemblées des sauvages, il parlait avec tant do force et
d'ardeur qu'il «'admirait lui-môme, dit-il. Le P. Bouvart,
supérieur de la Nouvelle- Prance, l'associa aux pères liasie
et de la Chasse, missionnaires dans les forêts de la tribu
abénakise, à Pentagoët et à Norridgowock. Ce champ d'a-
postolat convenait admirablement au jeuno apôtre, qui ai-
mait ce peuple a l'âme française et voulait lui consacrer ta
vie. Il conquit vite son estime et son affection, vivant de
sa vie sous la cabane et dans ses courses à travers, les bois
no reculant devant aucun danger, ne fléchissant devant au-
cun obstacle. 11 avait du reste une santé de for. (Test au
milieu de ses courses continuelles sur le sol accidenté do
l'Acadie, qu'il apprit à connaître le pays ; il en releva lui-
même la carte, et indiqua d'une manière précise la ligne de
délimitation qui, d'après le traité d'Utreeht, devait séparer
au midi du Saint- Laurent, les possessions françaises des
possessions anglaises. Ce traité cédait aux Anglais l'Acadie
ou Nouvelle- Kcoese, en entier, con formément à seg anciennes
limites ; il ne déterminait pas ses limites, les Anglais les
déclarant fort incertaines, et allant même jusqu'à prétendre
que l'Acadie comprenait, outre la presqu'île, les bassins du
Kenebec, do Saint-Georges, du Penobscot et du Saint-Jean,
et tout le territoire des Abénakis.
Le P. Aubery, qui connaissait admirablement ce pays et
en avait étudié l'histoire, s'éleva contre les prétentions de
la Nouvelle- Angleterre, au nom des droits do la France et
de l'avenir du Canada. Il envoya au marquis de Yaudreuil,
gouverneur général do la Nouvelle- Franco, sa carte do l'A-
cadie (1) avec des mémoires motivés, pour bien déterminer
(1) Cette carte se trouve au " Dépôt do la Marine," à Parie.
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<*e qu'il fallait entendre par cos paroles du traité (T Utrecht -
• Le roi très -chrétien cède à l'Angleterre la Nouvelle-
Kcokso. en son entier, conformément àsca anciennes iiiuitas."
Faute do no pas connaître exactement ces limites, " les An-
glais, disait-il, pouvaient nous enlever nos terres, et la Cour
pouvait leur e'der ce qui n'était aucunement do l'Acadio."
Le 15 novembre 1713. le marquis de Vuudreuil adressa
au ministre les mémoires et la carte du P. Aubery. Mais la
cour, soit légèreté, soit indifférence, mit désir de ne pas sou-
lever de questions irritantes avec l'Angleterre, refusa d'é-
couter le missionnaire, lequel conseillait, suivant le traité'
d' Utrecht, la nomination do commissaires pour le règlement
des limites entre les colonies anglaise et française. Quelle
fut la conséquence de cette conduite ? Celle-là même que le
missionnaire avait prédite. La Nouvelle-Angleterre, qui
désirait vivement assujettir lea nations abénakisea, traita
comme lui appartenant un pays qu'on ne lui contestait pas
sérieusement, et établit sur leurs terres plusieurs centaines
de familles anglaises. C'est le P. Kasle, missionnaire des
Abénakis, qui l'apprit au P. Aubery.
Celui-ci, profondément affligé à cette nouvelle, adressa,
aussitôt au marquis de Yaudreuil un long mémoire, pour
lui rappeler ce qu'il avait déjà écrit en 1713, et lui montrer
encore une fois à quels abîmes on conduisait la colonie, en
permettant aux Anglais de sortir des véritables limites de
l'Aoadie et d'empiéter sur le territoire français. Si on le*
laisse faire, disait-il. ils porteront bientôt leurs frontière»
jusque dans le voisinage de Québec et de Montréal. Le Mé-
moire se terminait ainsi : " La fixation des limites entre le»
deux colonies est une affaire qu'il est d une extrême consé-
quence de régler au plus tôt, si l'on ne veut pas laisser
l'Anglais pendant la paix s'étendre, s'avancer, s'établir dans
nos terres, et par là se rendre maître du Canada ; entrepri-
' *e en laquelle il n'a pu réussir pendant la guerre, et laquelle
lui deviendra d'autant plus facile, qu'on ne s'y op|>ose pas.
»et qu'on semble ne pas s'en apercevoir."
Ce Mémoire eut le sort des autres. Louis XIV était des-
«cendu dans la tombe, et Louis XV régnait sur le trône de
France. Le régent, Philippe, duc d'Ork-ans, dut peut-être
ht* demander de quoi se mêlait le Jésuite du Canada. Ce
qu'il y a do certain, c'est qu'on ne daigna pas l'écouter, et
I on prépara ainsi la perte d'une des plus bolles colonies de la
«ouronne de France.
Les historiens de la Nouvelle-France, mêmes ceux qui ne
sont pas favorables aux Jésuites, eommo Garneaû (1), ont
rendu justice au P. Aubery. 44 Ce religieux, est- il dit encore
•dans le Panthéon Canadien, prévit les réclamations du cabi-
net de Londres trente ans avant qu'elles n'arrivassent. Si le
Gouvernement de Paris eut écouté î*os s>ages eoiiwiils, il eût
évité, peut-être, la guerre qui lui enleva la Nouvelle-
France." (2)
Quand le P. Aubery défendait ainsi les intérêts de la co-
lonie française, et avec ces intérêts ceux de la religion ca-
tholique dans l'Amérique du Nord, H administrait la chré-
tienté de Saint-Francois. 11 avait quitté le pays des Abéna-
kis en 1709 pour se rendre dans cette mission, que le P.
Vincent Bigot avait dû abandonner pour prendre le gouver-
nement général des missions de la Nouvelle- France, et où le
P. Jacques, son frère, mortellement atteint par une maladie
<ie langueur, devait bientôt mourir en saint. Saint-Fran-
çois devint l'cvuvre du P. Aubery : elle eut son cœur et «a
vie. C'est là qu il f ut inhumé.
L'auteur de Y Histoire des Abénakis dit de ce missionnai-
re : 44 II demeura quarante-t*ix ans à Saint- François. Pen-
(1) 44 Histoire du Canada," t. II, p. 111.
(2) T. 16.
— 328 —
dant cotte période, il exerça toujours les fonctions de son
ministère avec un zèle qui ne se ralentit jamais. Aussi sa
mémoire est restée en vénération parmi les sauvages. On en
parle encore aujourd'hui."
Qui eût dit, du vivant du P. Aubery, que cet apôtre
prendrait un jour sa place dans le roman ? En 1791, Cha-
teaubriand, voyageant en Amérique, trouva le souvenir
do l'apôtre si cher et si vénéré sous l'humble cabane des tri-
bus iudionnes qu'il voulut en faire un des personnages de la
romanesque histoire à' A tala. Sou génie immortalisa ainsi
le prêtre à la longue barbe, à la taille élevée, a la figure pâle
et maigre, à la physionomie simple et sincère, Y homme des an-
riens jours, qui cheminant seul avec son bâton et son brévi-
aire dans le désert, donnait une véritable idée du voyageur
chrétien sur la terre. Plus tard, Girodet s'inspirera dans
V Inhumation (1) do l'idéale beauté des funérailles d'Atala,
et ainsi le P. Aubery, déjà célèbre par son laborieux apos-
tolat, par ses études sur la langue et l'histoire des Abénakis,
par ses connaissances géographiques de l'Acadie, a été en-
core immortalisé par le pinceau du peintre et les poétiques
couleurs de l'écrivain.
C. DE RoCHKMOïfTEIX
(I) L- Inhumation d'Atala" (1808), de Girodet, eut un
brillant succès.
Lieutenants-généraux de la prévôté de Québec
lo Louis-Théandre Chartier de Lotbinière, 1666-1677 ;
2o René- Louis Chartier de Lotbinière, 1677-1703 ; 3o Claude
Bermen de La Martinière, 1703-1710 ; 4o Denis Ri vérin,
1710-1717 ; 5o André de Leigne, 1717-1744 ; 6o François
Daine, 1744-1760.
Iqnotus
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BIBLIOGRAPHIE DES OUVRAGES SUR LA
FLORE CANADIENNE
Canadensium Plantarum, aliarunique nundum cditarum
Historia. Jac. Cornuti, Doctoris Medici Patisiemds. Pari»iis.
lO.'iô. 4to, 238 Texte latin. Gravures .sur cuivre.
Description des Plantes de l' Amérique avec leurs figures,
par le R. P. Chas. Plumier, Religieux minime. Paris. Folio,
108 planches. 10i>3.
Nova Plantarum Americanarum Genera, authore P.
Corolo Plumier, Ordinis Minimorum in Provincia Francia»,
apud lnsulas Americtinas Botanieo Regio. Parisiis, 1703-
4to, 52 pp. Texte latin. 39 gravures sur cuivre.
Catalogua Plantarum Americanarum, par le R. P. Chas.
Plumier.
Traité de* Fougères de l'Amérique, par le R. P. Chas.
Plumier. Folio. 172 planches. Paris. 1705.
Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions
du pays do la Nouvello-France, vulgairement dite le Canada*
par Pierro Boucher. lb*b*4. •
(Cet ouvrage contient une nomenclature de nos plantes.)
Histoire et description générale de la Nouvelle-France
avec le journal historique d'un voyage fait par ordre du
roi dans l'Amérique Septentrionale, par le père de Charle-
voix. 1744. 6 vols.
(Contient une description des plantes les plus communes
du pays avec planche pour en désigner l'espèce et la forme).
Mémoire présenté à son Altesse Royale Mgr le due d'Or-
léans, Régent de France, concernant la précieuse plante du
Gin-seng de Tartaric, découverte en Amérique par le père
Joseph-François Lafitau, de la compagnie de Jésus, mission-
naîro des Iroquois du Sauk St- Louis. Nouvelle Edition.
Précédée d'une notice biographique par M. Hospice Ver-
reau, Principal de l'Ecole Normalo Jacques-Cartier et ac-
compagné d'un portrait du Pire Latîtau. d'un fac-similé de
«on autographe et de la planche représentant le Ginseng.
Montréal, Sénécal, Daniel & Cie, 1858. Gr. in 12 de 44 pp.
Flore Canadienne ou description de toutes les plantes des
forêts, champs, jardins, et eaux du Canada, donnant le nom
botanique de chacune, ses noms vulgaires français et an-
glais, indiquant 6on parcours géographique, les propriétés
qui la distinguent, le mode de culture qui lui convient, etc..
accompagnée d'un vocabulaire des termes techniques et de
ciels analytiques permettant de rapporter promptement
chaque plante à la famille, au genre et à l'espèce qui la dé-
terminent. Ornée de plus de quatre cents gravures sur bois
par l'abbé L. Provancher, curé de Portnouf. Québec. C.
Darveau. 1862. 2 vols de 842 pp.
Cours Elémentaire de Botanique et Flore du Canada à
l'usage des maisons d'éducation par l'abbé J. Moyen, P. S. S.,
professeur de sciences naturelles au collège de Montréal. 2e
édition, revue, Corrigée et augmentée par A. Orban, P. S. S.,
professeur de sciences au Séminaire de philosophie. Mont-
réal, Librairie St-Joseph, Cadieux & Deromo. 1 vol.gr. in-8
de 418 pp. Nombreuses illustrations. Cart.
Lo verger, le potager et le parterre dans la province de
Québec ou culture raisonnée des fruits, légumes et fleurs
qui peuvent réussir sous le climat de Québec. Ouvrage orné
de gravures sur bois par l'abbé L. Provancher, rédacteur
du Naturaliste Canadien. Québec. C. Darveau. 1885. 1
vol. in- 12 de 332 pp.
Traité élémentaire de botaniquo à l'usage des maisons
d'éducation et amateurs qui voudraient se livrer à l'étude
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— 331 — 1
«lo celte science sans le concours d'un maître, par l'abbé L.
Provancher, Docteur-ès-scionces, auteur delà " Flore Cana-
dienne " et do divers ouvrages sur l'histoire naturelle. Deu-
xième edition entièrement refondue et mise en rapport avec
lo programme du Baccalauréat de l'Université Laval. Que-
lle, J.-A. Langlois. 1884. 1 vol. lo*8 pp. Cart.
Studies of plant lite in Canada or Gleanings from Forest,
Lake and Plain, by MrsC. P. Traill Lakoneld, Ont., author
of " Hack woods of Canada ", u Canadian Crurscos otc., etc.
Illustrated with chromo lithographs from Drawings by
Mrs Chamberlin, Ottawa. Ottawa, A. S. Wood burn. 1885.
1 vol. 10 x 7. 288 pp.
The Canadian Naturalist, a series of conversations on tho
natural history ot Lower Canada, by P. II. Crosse. Cor.
Mem. of the Nat. Hist. Soc. of Montreal and Hist. Hoc. ot
Quebec. London John Von Voorst MDCCCXL. 1 vol. iii-
12 de 372 pp.
(Cet ouvrage contient quelques descriptions de nos plan-
tes accompagnées de gravures.)
Wild flowers of Canada. Album de 288 planches en cou-
leurs publié en 1892 par le Montreal Star.
Monographies de plantes canadiennes, suivies de croquis
champêtres et d'un calendrier de la Flore de la province do
Québec, par E. Z. Massicot te, avocat, publicists, secrétaire
de l'Ecole Littéraire de Montréal, avec des illustrations par
Edmond J. Massicotte. Montréal, C. O. Beauchemin & fils.
1899. 1 vol gr. in-8 de 148 pp.
D'après Lwber, qui a fait de longues et consciencieuses
rechorchos sur le pouvoir de l'argent, la valeur du franc
était, vers le milieu du dix-septième siècle (1659), environ
triple de ce qu'elle est aujourd'hui.
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— 332 —
ADRESSE DES PROPRIÉTAIRES ET HABITANTE
DE L'A XCi EX N K-LO RETT E PRÉSENTÉE À SIR
JAM ES- H ENRY CRAIG, LE 5 AVRIL 1810 (1)
A Son Excellence Sir James- Henry Craig, Chevalier du
trîs honorablo ordre du Hain, Gouverneur en chef du Iras
et haut Canada, etc., etc., etc., Représentant de Sa tn-t»
gracieuse Majesté George 3, lo meilleur des Rois.
Qu'il plaise il Votre Excellence de vouloir bien recevoir
j>our Sa Majesté les marques les plus sincères de notre sou-
mission et de notre très profond respect : nos vœux les plus
vrais pour sa conservation. Nous no cesserons jamais de
bénir l'Etre Supremo de nous l'avoir donné pour notre Roi ;
c'est une marque signalée de sa bonU' pour nous. Qu'il lui
accorde de longs jours, qui nous sont si chers ! qu'ils durent
ces jours, et qu'il durent pour notre bonheur ! A ces témoi-
gnages de la plus vive sincérité nous y joignons pour votre
Excellence ceux du respect profond et des égards qui lui
sont dus. Xous n'avons rien a nous reprocher envers Sa
Majesté, ni son gouvernement, qui puisse nous inquiJter.
Votre Excellence peut se Her à nos sentimens. Ce sont ceux
de la lidélité et de la plus parfaite reconnaissance envers
notre Souverain. Sur nos humbles foyers et paisibles sous
l'aile bienfaisante de notre bon Roi, pourrions- nous penser
autrement ? Que votre Excellence soit bien convaincue que
si à notre connaissance il se passait quelque chose qui fût
contraire à la fidélité et à la loyauté dues au gouvernement,
nous nous empresserions de nous y opposer et de l'en préve-
nir et nous ne pouvons que desaprouver toute autre con-
duite à son égard. En agissant ainsi nous ne ferions qu'obéir
(1) Voyes " Histoire du Canada " de Garneau, vol. III,
page 134.
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<i ce quo nous recommandent notro Religion, notre attache-
ment inviolable à Sa Majesté, notre devoir, nos intérêts et
noire bonheur. Que Voire Excellence veuille bien agr.'cr
les vœux que nous faisons pour sa santé, qui, suivant ce
qu'Elle a eu la bonté de nous informer, paraîtrait menacer.
Elle doit nous être ebCre, surtout par l'intérêt que Votre
Excellence pnroit prendre dans certaines expressions de sa
Proclamation, à ce qui regarde notre prospérité.
Nous ne saurions faire do meilleures adresses a Votre
Excellence. La source de celle que nous lui présentons
vient de nos cœurs et cette source est pure.
NOUS PROPRIÉTAIRES ET HABITANTS
de l'Ancienne Lorette
AUTREFOIS ET AUJOURD'HUI
Lors des premières élections générales qui eurent lieu en
Canada (1792), M. Jean-Antoine Panot, élu député de Qué-
!>ec (Haute-Ville), tit, aussitôt après son éloction, " distri-
buer cent louis d'or aux pauvres sans distinction." Aux
élections générales suivantes (179(5), il annonça, après avoir
•été proclamé élu, qu'il s'était toujours " opposé a ce qu'il
fut donné du rhum ou des cocardes " aux électeurs, mais
qu'en revanche il s'engageait à donner cent piastres aux
■doux filles résidentes en la haute-ville de Québec, qui se
marieraient les premières.
C'est le même M. Panet qui fut orateur de la Chambre
d'Assemblée du Bas-Canada presque continuellement de 1792
* 1H1G, et cela sans toucher un sou de la caisse publique.
R
— 334 —
ST-ULRIC DE LA RIVIÈRE BLANCHE"
Dans le canton de Matnne, a 9 milles environ à l'ouest dut
village du même mira, se trouve un petit tributaire du St
Laurent justement nommé la rivière Bl<uwhe : carseseaux
brisées par une chute d'une quinzaine de pieds et pur une
série de rapide» qui avoisinont son eiibbouchuro, sont cons-
tainment couvertes dïcume. Il y a plus d'un demi -siècle
que la force motrice contenue dans cette rivière fut mise à
contribution pour l'industrie du bois. Los deux rive» étaient
alors couvertes par la forêt vierge. Les bûcherons abat-
taient les arbres pendant l'hiver, les conduisaient au prin-
temps par la rivière jusqu'au moulin bâti au pied de la
chute en 1843 par un M. Lemesurier. Des navires mouillé»
à quelque distance du rivage prenaient le bois préparé au
moulin et le transportaient en Europe. Il se forma donc
aux alentours de la scierie un groupement de travailleurs
qui lut le gcrmo d'uno paroisse future. Dès Tanné 1844 ar-
rivèrent plusieurs colon* des paroisses voisines : c'étaient
MM. Dominique Bouchard, J. B. Beaubien, Joseph-Henri
Ciinon, Jean Courcy. Martial Courey, Antoine Desjardins.
Simon One! let, Edouard Lizotte, Auguste Lamontagne.
W. Clark, Jean Lèveillé et Simon Michaud. Cette colonie
naissante prit le nom de Rivière Blanche.
Il n'était pas alors très facile d'arriver jusque là en voi-
ture : les transports se faisaient par la grève. Lorsque le
chemin royal eut été tracé le long du fleuve de nouveaux
essaims de colons affluèrent à la Rivière Blanche. Il lallut
bientôt songer aux intérêts religieux de ces gens trop éloi-
gnes de l'église pour s'y rendre facilement. Monsieur le curé
de St-Jérômo de Matane, M. Pierre Boucher, vint pendant
quelque temps dire la messe dans une maison privée, chez
un Monsieur Joseph Dcsrosiers. Mais le nombre de ceux qui
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fréquentèrent la mission, croisant de jour en jour, la cons-
truction d'uno chapelle devint urgente.
L'embouchure do la Rivière Blanche et une bonne partie
•de son cours so trouvaient alors corn prises dans un grand
terrain possédé conjointement par l'honorable juge Ulric
J. Tossier et Monsieur Narcisse Faucher. Le 24 février
18î>3, ces messieurs donnaient par acte notarié à la corpora-
tion archiépiscopale de Québec un lot pour y construire une
•chapelle. Pendant plusieursaniues encore, les choses restèrent
néanmoins dans le même état. Le 1C avril 1857, Mgr. Chs-Fr.
Baillargeon. évêque deTloa et administrateur du diocèse de
Québec, ayant pris en considération la requête des habitants
<le la Rivière- Blanche en datodu 21) octobre 1S56\ et le pro-
cès verbal de son délJguô M. Moïse Duguay, curé de Ste-
Flavie, autorisa par un décret la construction d'une cha-
pelle dans le canton de Mataue. Par une lettre datéo du
17 avril de lu même unuée M. P. Boucher, curé de Matane,
était chargé de survoilier les travaux. L'édifice devait
«voir 45 pieds do longueur sur 33 de largeur. Il était placJ
sous l'invocation do saint Ulric, confesseur pontife dont la
fête so célèbre le 4 juillet. Co choix était destiné à rappclor
la mémoire de l'honorable Ulrie-J. Tessier, qui semble avoir
eu la principale part dans ladonationdu terrain mentionn.-e
plus haut. C'est aussi on V honneur du même porsonnage
que lo bureau do poste établi a St-Ulric en 1861, prit le
nom de Tessierville.
La nouvelle mission ne demeura pas longtemps attachée
à Matane. Dès l'année 18U0, Mgr l'archevêque de Québec
en chargea M. Dumas, curé de l'Assomption de MacNider
(Sandy Bay) qui la desservit jusqu'en 18(58. Dans l'inter-
valle lo diocèso do Rimouski fut détaché do celui doQuéboc
(15 janvier 1867). Le 22 septembre 186*8, Mgr Jean Langcvin,
premier évêque de Rimouski, envoyait a St-Ulric, comme
missionnaire résidant, Monsieur l'abbé Antoine-Cypricn
— 336 —
Lebel, alors assistant du curé de la eath 'dralede Rîmousfcf.
Le premier acte inscrit au livre dos registres parce mission-
naire est du 6 octobre lSfJ8 : c'est l'acte de baptême de Jo-
seph Dntremblc dit Desrosiers, nia de François- Norbert
Dutrerable dit DeM-osiei & et de Marielline Ouollet. Le pèroT
la m£re et l'entant étaient encore vivants au mois d'août
1900 et le dernier est devenue lui-môme pore de famille.
Le 25 décembre 1868. les francs- tenanciers de St- Ulric
adressaient une requête à Mgr Langevin pour lui demander
d'ériger leur mission en paroisse canonique, ce qui leur fut
accordé par un décret du 17 février de l'année suivante. La
paroisse s'étend au sud jusqu'au Sème ran^ exclusivement.
Les autres limites se confondent avec celles du canton de
Matane, excepté au sud-ouest où la rivière Tartigou décou-
pe un petit coin de ce canton qui fut annexé il l'Assomp-
tion de MacXider. Le décret d'érection civilo est du 1er
juin 1869.
La fabrique de St Ulric fut érigée le 24 mars 18H9. Le
30 mai suivant, eut lieu la première élection de raarguillier*.
Les premiers marguilliors élus lurent MM. Vilboistiossclin.
Octave Jxïpage et Antoine St- Laurent. Quelques jours
plus tard, la nouvelle paroisse recevait pour la première
fois la visite de l'évêque. Mgr Langevin. Sa (Jrandeur pro-
fita de la circonstance pour bénir le lendemain, la cloche
destinée à la chapelle
Le 13 eeptembre 1872, Monsieur l'abb.; Joseph-Octavo
Drapeau était nommé curé do St-Ulric, en remplacement
de M. Lcbel. 11 est resté A. ce poste jusqu'à sa mort, le
avril 1897. Monsieur Dra]>cau a présidé à la formation mo-
rale de SU- Ulric et aux progrès accomplis en cette paroisse
pendant un quart de siècle ,; Homme énergique et ferme,
il fut un administrateur modèle. Avec des ressources rela-
tivement faibles, il exécuta des travaux considérables et
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et laiwa la fabrique dans un état florissant ". Tel est le
jugement porte5 hur Monsieur Drapeau par une personne
qui l'a bien connu.
Malgré l'addition d'un jubé en 1808, l'ancienne chapelle
était devenue trop petite pour contenir la foule dos parois-
siens. Le 30 juin 1873, il était donc décidé dans uue assem-
blée de paroisse de construire une église et un presbytère.
L'ancien presbytère devait être converti en sacristie. Trois
syndics lurent élus le 15 février 1874 pour voir ù l'exécu-
tion des travaux : c'étaient MM. Vilbois Gosselin, Alexis
Pelletier et Noël Desrosiers. Ce dernier étant décédé le 18
lévrier 1877 lut remplacé le 13 mai suivant par M. Antoine
St-Laurcnt. La bénédiction de la première pierre fut faite
le 2 bcptembre )875 par monsieur l'abbé Chs. G. Founder,
curé de Ste-Flavie. L'église fut bénite lo 21 avril 1878 par
M. A.-C. Lebel, premier curé de St-Ulric. La première
messe fut chantée le môme jour par Monsieur l'abbé 1\-C.
Audet, curé de St-Fabien. Les travaux de parachèvement
ont été faits do 1888 à 1892 d'après les plans de M. David
Ouellet, architecte de Québec. L'entrepreneur fut d'abord
M. Dosithée dernier de St-Thoraas de Montmagny, puis M.
Alphonse Matte de liimouski. Il ne manquait que des autels
qui fussent en harmonie avec les autres parties de l'église :
ils ont été laits et installés cette année mémo par M. Joseph
Villeneuve, de St-I?omuald. L'église de St-Ulric est un bel
édifice de 110 pieds sur 52. Les murssont en pierre et l'in-
térieur en bois. Les décorations sont agrémentées d'or ré-
pandu sur fond blanc. Le tout présente le plus jolie coup-
d'œil.
Après la mort de M. Drapeau, la paroisse de St-Ulric a
été desservie pondant quelques jours par le père Bonaven-
ture, O. M. C, jusqu'à l'arrivée du curé actuel, monsieur
l'abbé Joseph-Henri Lavoio.
338
Il est écrit dans nos saints livres : ante mortem, no laudes
homincm quemquam (Eccli. X I. 30). Ces paroles nous
viennent à l'esprit au moment où nous allons parler de
monsieur le curd de St-Ulric, et semblent bien propres à
retenir les louanges prêtes à tomber de notre plume. C'est
pourquoi nous ne dirons qu'un mot.
L'œuvre de monsieur Drapeau ne pouvait guùre tomber
entre meilleures mains. Fort) ter in re, suaviter in modo,
telle semble être la devise de monsieur Lavoie, car un beu-
reux mélange de douceur et de fermeté caractérise son ad-
ministration. Une charité toujours compatissante, une mo-
destie qui cherche l'oubli, une piété pleine d'onction lui atti-
rent 1 estime et l'aHection de tous ceux qui l'approchent.
La prudence et le savoir-faire qn'il déploie sont un gage de
succès pour les affaires qu il entreprend. Les faits accom-
plis depuis son entrée dans la paroisse en disent plus long
que ces quelques lignes.
Kucore un mot sur St-Ulric avant do clore cet article.
De Sandv Bay à, Matane s'étend un terrain d'allnvion d'une
couple d'arpents de largeur et limité au sud par une falaise
que les flots du St-Laurent ont dû caresser pendant les âges
géologiques. L'église de St-l'lric est construite sur cette
bande de terre ù quelques pieds seulement au dessus du ni-
veau do la marée haute. Le village se déploie sur une seule
ligne de chaque côté de l'église. Du haut de la falaise l'on
voit au sud une plaine dont la monotonie est interrompue
par un joli mont qui dresso à quelques centaines de pieds sa
cime verdoyante, et au nord le St-Laurent avec sa vaste
nappe d'eau. A l'horizon les côtes du Labrador se laissent
voir sous la forme d'une ligne bleue disparaissant brusque-
ment à la pointe des Monta. A droite et à gauche le re-
gard aperçoit une rangée de maisons et le chemin royal qui
décrit de grandes courbes pour obéir aux sinuosités du
rivage.
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La population de St-Ulric est aujourd'hui de 1500 fîmes
réparties entre 250 familles. Là. comme partout aillours le
fléau de l'émigration s'est fait sentir. Les Etats-Unis ont
attiré un grand nombre de familles dont la plupart ne sont
pas revenues. Sans cet exode la paroisse compterait au delà
de 2000 ames. Après avoir vue décroître sa population, St-
Ulric verra bientôt son t erritoire amoindri, car une nouvelle
mission, future paroisse placé sous lo vocable de St Léandre,
est en voie de s'organiser dans les rangs les plus éloignés.
L'ancienne chapelle, qu'on voit encore debout près de l'é-
glise de St-Ulric, sera démolie et les colons de St Léandre
seront heureux d'employer ces reliques du temps passé pour
construire une demeure au bon Dieu. Ces débris seront
encore pour eux un souvenir de leur Aima mater.
E. R.
ORIGINES DE NOMS DE LIEUX
Haut-Canada : On a nommé ainsi le Haut-Canada à
cause de sa situation en amont sur lo fleuve St-Laurent et
sur les lacs d'où il sort.
Féneloris. Falls : Vers le milieu du dixseptième siècle
quelques sulpicicns parcoururent à peu près toute la partie
de la province d'Ontario située au nord du lac qui porte ce
nom. C'est on l'honneur de l'un d'eux, François deSalignac
de Fénélon, frère do l'illustre archevêque de Cambrai, qu'un
petit village du comté de Victoria, à plus de 100 milles de
Toronto, a pris le nom de Fénelon's Falls.
340
KÉPOXSKS
Le cure Lefelivre et Pherolne de Verdieres,
(VI, V, 713.)— Vue affaire retentissante eut lieu ù Qu'bec,
en 1730, ontre le curé (Servais Lefebvre. de la parois de
St- François- Xavier, en la seigneurie de Batisean, et le» sieur
et dame de Lapérade.
Le 17 juin 1730, le curé Lefebvre présente une requête a
la Prévosté pour faire assigner devant elle les sieur et dame
de Lapérade. 11 accuse Marie-Magdeleine .laret de Ver
chères (l'héroïne Madelon. connue de tous) upou.se du
Pierre-Thomas Tarieux, écuicr, sieur de Trfipérade, lieute-
nant d une compagnie des troupes du détachement de la
marine et seigneur en partie du fiel* et seigneurie de Ste-
Anne, d'avoir malicieusement et témérairement formulé et
porté à Monseigneur l'évêquc de Samos, des plaintes inju-
rieuses et diffamatoires contre son caractère, son honneur
et sa réputation, à savoir :
lo D'avoir compos,- et chanté des litanies burlesques que
la dite dame a remises à Mgr l'évêque, où la religion, la
pureté et la charité sont également blessées par les termes
impies, obscènes et diffamatoires dont elle* sont remplies.
2o D'avoir tenu des discours trop libres devant plusieurs
personnes et d'autres injurieux à la réputation de la dame
Lapérade et ù eel le de sa famille.
3o D'avoir engagé une femme a faire un faux serment,
qui lui a porté un très notable préjudice, sous promesse do
lui en donner l'absolution, et d'avoir rendu publiques toutes
ces choses.
L'affaire est fixée au 14 juillet suivant. Le 26 juin, l'é-
lection de domicile a lieu. Lo curé Lafebvre établit lo sien
chez le sieur Louis Dunière (aussi (îunière), bourgeois de
Québec, rue Notre-Dame, et le sieur de Lapérade cher.
lliehard Tostu, sieur de la Bichardière, capitaine do port,
demeurant rue de la Montagne, eon gendre.
Le 10 juillet, le curé Lef'ebvre part de Batiscan pour
Québec, en canot, avec deux hommes, j>our comparaître à
la Prévosté.
Le 14 juillet , le* parties sont admises à faire prouve de
leurs dires.
Lo 28 juillet, l'évêque de Québec dépose au greffe les
pièces relatives à cette affaire.
Le 29 de juillet commence l'enquête. Du côté des sieur
•t dame de Lapé rude, furent assignés : Daniel Partail, sieur
de ttenron, âgé de 33 ans, vonu au Canada par lettre de ca-
chet, comme cadet dans los troupes ; Mario-Anne Lovreau
de Langy, âgée de 24 ans, son épouse ; Joachim do Sac-
quespee, écuior, sieur de Voispreux, âgé de 29 ans, venu ici
lui aussi comme cadet dans les troupes, et que le curé Lo-
febvre dit s'être mari.' à la gaumine délit pour lequel il
aurait été mis au cachot par M. de Vaudreuil ; Louis Trot-
tier de Labissonnière, âgé de 25 ans et Arnoul Balthazar
Pollet, âgé de 30 ans, qui tous s'accordent à dire qu'ils ont
entendu le curé Lofebvre proférer certaines parties des sus-
dites litanies burlesques et rapportent en outre une foule
d'autres propos plus que grivois qu'il aurait tenus devant
eux.
Du côté du curé Lofebvre, les personnes suivantes furent
assignées : Messiro Bertrand de la Tour, doyen du chapitre,
demeurant au séminaire, âgé de 30 ans ; Nicolas-Thomas
Langloia, valet de chambre de Mgr l'évêquo de Québec, âgé
de 30 ans, et Messire Thierry llazeur, prêtre chanoino, âgé
de 4G ans, qui fit défaut et fut condamné à 6 livres d'amen-
de, " au paiement de laquelle somme il sera contraint par
saisie de son revenu temporel, ce qui sera exécuté nonobs-
tant oppositions ou appellations quelconques ". Il fut assi-
— 342 —
gné à paraître de nouveau, le 2 d'août, sinon, qu'il sera fait
droit sur la réquisition du dit sieur Lefebvre.
Mettre Bertrand de la Tour dépose que dans le moi* de-
mar» dernier, la dame Lapéradc est venue le trouver dan»
le parloir du dit .séminaire pour lui demander justiee en
qualité d 'officiai, sur plusieurs " chefs de plaintes " qu elle
disait avoir contre le sieur Servais Lefebvre. prêtre, curé do
Batisean, lesquels elle exposa fort au long, " et que luv dé-
posant luy ayant répondu qu'avant de commencer une af-
faire de cette conséquence, il souhaitait prendre les ordres-
de Mgr qui était pour lors à St-Joachim, et qu'il pria la
dite dame do vouloir attendre son retour, ou prendre la
peine d aller voir Sa Grandeur à St-Joachim." La dite dame
«i retira et alla en effet, peu de tempt après, à St-Joachim.
ou elle formula ses plaintes à Monseigneur.
Mesnire de la Tour ajoute que Mgr étant revenu de St-
Joachim, lui dit qu'il était à propos d'écrire au sieur Lo-
febvre, afin que, s'il était innocent il eût à se justifier, ou à
réparer le tcandale, s'il était eoupable, ce que le déposant
tit sans retard.
Nicolas-Thomas Langlois, valet de chambre de Monsei-
gneur, déj)o«e qu'il n'a autro connaissance de l'affaire dont
il s'agit, sinon qu'étant avec Mgr l'évéquo qui était à la pro-
menade, pour lors à St-Joachim, dans le chemin du Roy, il
vit une calèche où était la dame Lapérado, accompagné du
sieur Portail, laquelle, dès qu'elle aperçut Mgr l'évêque,
s'écria plutieurs fois— Mgr, je vous demande justice — à quoi
Mgr lui répondit : Entrez madame en votre voiture, et don-
nez-vous la peine de venir chez moi où nous parlerons d'af-
faire, ce lieu n'étant pas propre pour cela."
Le chanoine Thierry Hazeur dépose qu'il a connaissance
do ce que le sieur Portail et la dame L'ipérade ont dit au
sujet du sieur Lefebvre. Outre les plaintes déjà mention-
nées dans la déposition de Messiro Bertrand de la Tour, il
sajoute leur avoir entendu dire ce qui suit : — " que le sieur
Lefebvre avait fait un faux écrit en France pour empescher
Monsieur le Marquis de Vaudreuil d'être pendu ; et que le
■dit sieur Lefcbvrc avait engagé le dit sieur Portail à se
marier à la gumine ".
Le 3 août, nouvelle enquête, où sont entendus comme té-
moins par addition du sieur Lefebvre, les sieurs François
Landron, orfèvre, rue de la Montagne, âgé do 44 ans ;
Michel llivard.de Batiscan, âgé de 43 ans, et François Ilerby ,
fils de François, habitant de Batiscan, figé de 21 ans.
Landron dépose qu'il ne sait rien positivement de l'affaire
<lont il s'agit, mais que s'étant trouvé le 21 du mois dernier
•au presbytère de Batiscan avec le curé Lefebvre, il vint un
nommé Follet, notaire et sergent du lieu, qui signifia le dé-
part do la dame Lapérado pour Québec ; que le dit Lefeb-
vro demanda à cet homme si ce n'était pas lui qui l'accusait
d'avoir fait les litanies dont il est question, à quoi le dit
Follet répondit que non ; qu'il était vrai qu'il les avait
mises par écrit, qu'il en avait entendu une partie ; que le
dit Lefebvre lui ayant demandé en quoi consistait cette
partie des dites litanies qu'il avait écrite et entendue, le dit
Follet lui aurait répondu quelques badineries, dont le dépo-
sant no so souvient point ; que le dit Lefebvre lui ayant
encore demandé s'il n'avait pas écrit le restant de ces lita-
nies, le dit Pollet lui aurait répondu qu'il l'avait fait de
l'ordre do la dame Lapôrade et de la compagnie qui était
avec elle ; qu'étant obligé d'écrire tout ce qu'on lui deman-
dait, il n'avait fait aucune difficulté de lo faire en cette oc-
casion, etc.
Michel Rivard dépose qu'il n'a pareillement aucune con-
naissance do l'affaire, sinon qu'il a ouy dire au nommé Follet
qu'il avait écrit les litanies en questionna dame Lapérade les
lui ayant dictées a l'exception du mot B. qu'il n'avait point
voulu écrire, etc.
— 344 —
François Herb;- dépose qu'étant il y a environ un mois à
parler avec le sieur Portail, do l'affaire des litanies, le dépo-
sant demanda au dit Portail s'il était vrai qu'il eut donné
un certificat à. la dame Lapérade qu'il avait entendu chan-
ter au dit Lefebvro les litanies. Il lui répondit d'abord que
non, qu'un moment après, lui ayant parlé d'autres choses,
il lui redemanda encore s'il n'avait pas donné ce certificat,
à quoi le dit Portail lui répondit, sans aucune explication —
" je me f. de cela, j'ai toujours eu mes vingt-cinq roinots de
bled ".
Dans les reproches de côté et d'autres contre les témoins
entendus, surgissent toutes sortes de détails intimes qu'il
serait trop long de rapporter ici. Le sieur Lapérade pré-
tend que la déposition de Messire Bertrand de la Tour ne
peut être acceptée, car s'il est vrai que sa femme s'est adres-
sée à lui en l'absence do Monseigneur, co n'était que comme
a un supérieur ecclésiastique revêtu d'un caractère sacré,
auquel la religion enseigne de s'adresser dans les peines de
co genre, pour empêcher de plus grands scandales. Au té-
moignage de Landron " qui prond souvent martre pour re-
uard " Lapérade objecte qu'il est pitoyable de voir que l'on
se sert d'un tel témoin pour rapporter des conversations
comme celles qu'il croit avoir entendues, quand il est bien
connu que le témoin est sourd " comme un pot " et incapa-
ble de rien comprendre a une conversation ordinaire.
Aux dépositions de Eivard et de Herbé, il objecte qu'é-
tant tous deux les engagés et domestiques du dit sieur Le-
febvre, que ce sont eux qui l'ont mené et ramené en cette
ville et qu'enfin ils sont à ses gages et à son pain ; auquel le
curé Lefebvre répond qu'ils ne sont engagés pour lui, ni au
mois, ni à l'année ; mais bien seulement pour le mener en
canot quand il a besoin d'eux.
Le 22 août, le lieutenant général civil et criminel de la
Prévosté, Pierre André, écuier, sieur Deleigne, se prononce
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comme suit : " Parties ouiescmsemble le Procureur du Roy ;
nous avons appointa et appointons les parties en droit à
écrire et produis dans les délais do l'ordonnance, dépens
réservés ".
L'on produisit de côté et d'aut res des plaidoyers assez habi-
lement tournés, surtout du c"ité du curé Lefebvro, dont l'un
dos principaux arguments fut qu'il était surprenant de voir
les dits sieur et dame Lapérade se déchaincr avec tant de
passion et imputer tant d'infamies à un prêtre qu'ils ont
toujours honoré de leur confiance et qu'ils ont généralement
choisi pour leur directeur ainsi que pour toute leur famille.
" Etait-il possible qu'ils se furent adressés au dit sieur Lc-
febvre par préférence a leur propre curé, s'ils l'eussent con-
nu coupable des excès dont ils l'accusent " ?
Jo ne connais pas la conclusion de cette affaire mais je
crois avoir vu quelque part que le curé Lefebvre réussit à
obtenir une condamnation quelconque contre ses détracteurs
qui en auraient appelé ensuite au Conseil.
PUELÉAS GaONON
Maisons de la Trinité. (VI, VIII, 738.)— La mai-
son de la Trinité à Quebec et ù Montréal, à l'instar des so-
ciétés du go nre en Angleterre et dont elles étaient les co-
pies, avaient pour but la protection du commerco maritime ;
la gouverne et l'octroi de licences do pilotes ; constructions
de phares, bouées, etc. Ces maisons ont été établies en Cana-
da par actes de la législature provinciale, et leur abolition
date de 1872. Leurs fonctions sont maintenant du ressort
du ministère de la marine, à Ottawa. Je puis ajouter qua
la première maisou de la Trinité a été reconnue officielle-
ment en 1514 par charte royale de Henry VIII, mais la
maison de Deptford, ainsi honorée, existait déjà depuis un
certain temps. Biais Roy
— 34G —
I^es frères Crisasy. (VI, X, 749.)— Ce nora sest
orthographié de différentes manières : Crisasy, Cri.».a>i.
Crisaei. Crisacy, Crosassy, Cresasy, Cressassy, Grisassy,
Grisalsy.
Il y a eu doux personnages du nom de Crisasy dans la
Nouvelle- France. Ile étaient frères. Originaires de Messine.
Sicile, ils étaient cousins germains du prince do Monaco et
appartenaient a une des plus illustres et des plus puissante»
familles d'Italie. Ils s'étaient révoltés contre leur prince
légitime dans le soulèvement de la Sicile, qui menaça d'en-
lever ce royaume au roi d'Espagne. Tous doux avaient été
des premiers a se déclarer pour le roi de France.
Lorsque les troubles eurent été paeirîés, ils ne purent ob-
tenir ou n'osèrent demander leur grâce à Sa Majesté Catho-
lique et se virent dépouiller de tous leurs biens qui étaient
considérables.
Les frères Crisasy crurent pendant quelque temps que le
roi de France s'intéresserait à leur faire rendre leur fortune
ou les emploierait d'une manière convenable à leur uaissance
et & leurs services. Mais ils furent trompés dans leur attente
et se virent réduits à accepter, chacun, une compagnie d'un
détachement de la marine qui partait pour la Nouvelle-
France.
Le marquis Antoine de Crisasy, 1 aîné des deux frère.*, ae
rendit très utile en 1(192, en déjouant les complots de huit
cents Iroquois qui avaient formé le projet de se jeter sur la
colonie.
En 109G, dans l'expédition de Frontenac contre les Iro-
quois, il eut la garde, au lac Onondaga, du fort où étaient
renfermées les provisions de l'armée.
Il succéda, en 1702, à François Prévost, en qualité de
gouverneur de Trois- Rivières. Il garda ce poste jusqu'à
sa mort arrivée à Troia-Rivières le 6 mai 1709.
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Le marquis do Crisasy avait épous1, à Québec, lo 17 f '«
vrier 1700, Mario-Claire, âgée do quinze ans, fille du procu-
rtur-général Ruette d'Auteuil. Cetto union fut do courte
durée, car, cinq an* plus tard le 9 octobro 1705, la mort
ravissait au marquis sa jeuno épouse.
Lo cadet, Thomas de Crisasy, qui était chovalior de Malte,
fut, dans la Xouvellc-Franeo, lo bras droit do Frontenac.
Avec M. de Vaudreuil. le capitaine do Mino et lo joune
LeMoine do Bienville, il livra bataillo, en 1690, aux On-
neiouths, à lîepentigny, et les défit.
C'est le chevalier de Crisasy qui. en 1(392, secourut Mlle
de Verchères attaquée par une bande d'Iroquois.
En 1694, il fut chargé par Frontenac do relevor Catara-
coui, ce qu'il tit avec une habileté qui lui valut les plus
grands éloges. Le gouvernour et 1 intendant tii-ent valoir
son mérite à la Cour, mais inutilement. La douleur de voir
ses services méconnus le conduisit au tombeau.
Le chevalier de Crisasy mourut à Montreal lo 1er mars
1696. Son acte de sépulture a été conservé. Il se lit comme
suit : " Avons inhumé dans le chœur de l'église do cette
paroisse, le corps do frère Thomas Crisasy, chevalier de
Malte, capitaine d'une compagnie d'un détachement de
marine, etc. En presence du marquis do la Grois et do M.
Tonty, capitaines."
Charlevoix a rendu un beau témoignage au chevalier de
Crisasy : " On ne savait ce qu'on devait le plus admirer en
lui. écrit-il, ou de son habileté dans la guerre, ou do sa pé-
nétration dans le conseil, ou de sa conduite dans les entre-
prises, ou de sa presence d'esprit dans l'action."
R.
Les prisonniers de la bataille des Plaines
d'Abraham. (VI, IX, 742.) — En rapportant l'issue de
la première bataille livrée sur les Plaines d'Abraham, et la
— 34S —
chute de Quél>ce, dans la journée du 13 septembre 1759, nos
historiens portent à 1000 le nombre des combattants cana-
dien* et français, tués et blessés, y compris les 250 soldats
laits prisonniers.
Quel fut le sort de ces 250 hommes ? L'histoire ne dit
pas un mot sur le traitement qu'il subiront. Cependant nous
avons été assez heureux pour découvrir un document ori-
ginal et inédit qui nous renseigne sur cette question. C'est
le témoignage de liberté donné par Alexis Dumontier à la
veuve d'un nommé Alexis Gagné dit Belavance, afin de lui
permettre de se remarier. Voici ce témoignage :
" Nous, Alexis Dumontier, demeurant à la Pointo-a-La-
caille (Saint-Thomas de Montmagny), certifions eu notre
unie et conscience, ce qui suit :
" lo Qu'après avoir été faits prisonniers a Québec, le 13
septembre 1759, avec quantité d'autres Canadiens, nous
avons été mis dans un transport tous ensemble quelque*
jours, et qu'après, nous avons été divisés pour être remi»
dans d'autres bâtiments.
" 2o Que tous les Canadions prisonniers ont été passés en
revue deux ou trois fois devant que de passer en Angleterre,
et qu'après les dites revues ils ont été tous embarqués sur
des vaisseaux de guerre et conduits à Plimouth.
" 3o Qu'étant arrivés à Plimouth, on nous a fait tous dé-
barquer et conduire en prison où nous sommes restés quatre
mois, et après les dits quatre mois, nous avons été conduit*
à Dieppe, port do France.
" 4o Qu'étant arrivé à Dieppe, avec tous les prisouHiers,Mr
Laco loin bière- iLacorne m'a chargé do faire une liste de tou*
les prisonniers canadiens, que j'ai faite très exactement, sans
en omettre aucun.
t! 5o Que Alexis Gagné dit Belavance, de la paroisse de
Saint-Pierre, Rivière du Sud, mon parent, n'a point paru
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— 349 —
•parmi les prisonniers, dans les revues qui ont été faites en
•Canada, devant que d'embarquer sur les vaisseaux pour
ailler à Plimouth, ni en arrivant à. Plimouth, ni a Dioppe,
quand Mr Lacolombière-Lacome a fait faire la liste de tous
les prisonniers Canadiens, ce qui est une preuve qu'il est
"mort dans le combat, comme je le pense.
" Kn foy de quoy j'ai signe le vingt -troÎB février, mil sept
cent soixante et quatre.
" Alexis Dumontier "
Moe Cyprikn Tanguât
Le mot canadien " tire (IV, II, 422.)— La fête
de sainte Catherine est toujours un événement dans la pro-
vince de Québec. Ce jour-là, les familles se réunissent, et l'un
•des ngréments de la soirée est d'étirer la tire. D'où vient
ce mot canadien de tire, f On dit que ce bonbon fut ainsi
nommé par la bienheureuse Marguerite Hourgeoys, pre-
mière supérieure des sœurs de la Congrégation de Notre-
Dame.
La bonne religieuse aurait inventé le bonbon du pay*,
pour attirer à elle les petits sauvages qu'elle voulait ins-
truire, et comme les jeunes indiens s'y laissaient prendre
comme des oiseaux à la glu, sœur Hourgeoys aurait baptisé
le sucre ainsi préparé et qui attirait si bien, du nom de tire.
R.
Les noms des Longueuil. (Ill, XI, 381.) — Charles
LeMoyno, fondateur de Longueuil, malgré l'attachement
qull avait pour la Nouvelle-France, n'oublia pas la Vieille-
France. Lorsqu'il fut anobli, il prit le nom do Longueuil
■d'un village de Normandie, aujourd'hui chef-lieu de canton,
<ians l'arrondissement de Dieppe.
Tous ses fils, moins Jacques, siour de Sainte-Hélène, qui
prit son nom do l'île Sainte-Hélène, en face de Montréal,
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— 350 —
tlont «on père était propriétaire, so donuèrent des noms qui
rappelaient aut*i la patrie de leur père.
Charlevoix croit que Pierre LeMoyne prit le nom qu'il
devait illustrer de celui d un sous -secrétaire d'état de la ma-
rine du nom de d Iberville qui était en fonction lorsque le
jeune LeMoyne commença sa carrière et le protégea. La
chose n'ot pas impo^iblo, inaiti nous croyons plutôt que
LeMoyne emprunta le nom d'ibervillo au chef-lieu de ce
nom à la Haie, dan» la chatellenie d'Jlotot de Dieppe.
Paul LeMoyne emprunta son nom de Maricourt d'une
commune située & quelque» nulles d'Amiens.
François *>e fit appeler sieur de Bienville en souvenir de la
commune de Bienville, qui fait aujourd'hui partie du dépar-
tement de l'Oise.
Le nom de Sérigny adopté par Joseph LeMoyne remé-
more la commune de Sérigny, près de Bellêmo.
Louis, sieur de Châteauguay, n*aurait-il pas pris son nom
de la commune de Châteauguay, à quelques lieues de
Kiom ?
11 y a près de Dieppe une commune qui porte le nom de
AoMgny. Gabriel, hieur d'AsMgny, le lui emprunta.
P.-G. R.
Les appointements de nos gouverneurs. (IVT
X, 518.)— En 1047, M. Louis d'Ailleboust, sieur de Cou-
longe, qui devait être gouverneur-général de la Nouvelle-
France un an plus tard, étant pass,' en France, réussit ■%,
faire opérer des modifications importantes dans l'adminis-
tration de la Nouvelle- France. Les appointements du gou-
verneur-général qui étaient de 25,000 livres, furent réduits
à 10,000 ; par contre ceux de» gouverneurs particuliers de
Montréal et de Trois- Rivières furent Wx-lë à 3,000 livres.
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Sir John-Coupe Sherbrooke. (VI, X, 753.)—
XJarnoau nous apprend que Sherbrooke avait demandé son
rappel à cause de sa mauvaise santé. Une note trouvée dans
les papiers de ee gouverneur donne raison à notre historien.
" Il a plu a la Providence de m'envoyer une grande afflic-
tion. Comme je revenais de ma marche, entro deux et trois
heures, je fus soudainement saisi d'une attaque de paralysie
qui me priva de l'usago do mes membres, et qui rendit né-
cessaire mon retour on Angleterre pour me fairo soigner.
J'ai on conséquenco envoyé ma résignation, et le 28 juillet
j'ai été remplacé par le duc de Richmond."
Sir John-Coupe Sherbrooke vécut encore douze ans après
son retour en Angleterre. Il s'était retiré au village de
Calverton, entro Nottingham et Southwell.
Lorsque Mgr Plessis passa en Angleterre en 1819 il ne
manqua pus d'aller présent or ses hommages a cet ancien
ami du Canada. II était infirme, raconte-t-il, mais conser-
vait une mémoire exquise, un jugement très-sain, et un
cœur ouvert et loyal ; le vieux général aimait toujours le
Bas-Canada et s'intéressait au bonheur du pays, plus vive-
ment qu'on n'aurait pu l'attendre d'un homme complète-
ment retiré des allai res. Après une conversation prolongée,
Mgr Plessis se sépara du géuéral, avec la douloureuse pen-
sée qu'il ne reverrait plus ce bienveillant ami du Canada.
Sherbrooke mourut en 1830, et fut inhumé dans le caveau
de sa famille à Oxton. L'épitaphe suivante préparéo par
lui-même fut placée dans l'église du village de Calverton :
" Sacred to the Memory of General Sir John Coape
Sherbrooke, G. C. B., Colonel of the 33rd Regiment of Foot.
He died on February 14, 1830, aged sixty-five years. And
his remains are deposited in the family vault at Oxton, in
this County."
P.-G. R.
— 352 —
QUESTIONS
754. — La route qui conduit de La Prairie i Saint-Jean,
est appek'c le 4t Chemin de Saint-Jean ", et est très
ancienne.
Qui pourrait me dire quand ce chemin a été fait et par
qui ? S. A. M.
755. — Sous l'ancien n'gimc à quoi correspondait le grade
de garde de la marine f Cltrio
75C. — On voit que Bigot, notre dernier intendant fran-
çais, fut commissaire-ordonnateur au Cap- Breton pub* à
Louisbourg. Quelles étaient alors les attributions du com-
missaire-ordonnateur ? Fonc
757. — Le» ennemis de notre foi voulaient alors (17S4)
mettre à la tête des a Maires ecclésiastiques, soit le domini-
cain Taylor, soit le récollet Kilder, personnages presque
entièrement jierduB de caractère." Quels étaient ces per-
sonnages ? Rir.
758. — Quel îtait ce capitaine Michel Biais dont il est si
souvent fait mention dans les récits de l'invasion américaine
de 1775 ? C. O. B.
759 — Quelqu'un pourrait-il donner des renseignements
sur l'arpenteur Sullivan qui exerçait sa profession à Wotton
et dont les rapports d'arpentage se terminent en 1809 ?
Cette queatiou est demandée au point de vue généalogique.
R. L.
760. — Kn 1743 ou 1744, il y avait un père récollet du nom
de Simple Boquet à Trois- Rivières. Mgr Tanguay ne men-
tionne pas ce religieux dans son Répertoire. Quelques-uns
des lecteurs du Bulletin possèdent-ils quelques notes sur le
père Boquet ? Franck
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L'ANNONCIATION DE NOTRE-DAME DE BONSE-
COURS DE L'ISLET
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. 6 DÉCEMBRE 1900 No. 12
L'ANNONCIATION" DE NOTRE-DAME DE BONSE-
COURS DE L'ISLET
La paroisse actuelle de l'Islet fut concédée en deux
seigneuries.
La première, de une lieue de front sur deux lieues do
profondeur, touchant par son extrémité nord-est à la sei-
gneurie de Port-Joly, fut concédée le 17 mai 1677 à Gene-
viève Oouillard, veuve du sieur du Tertre. Dans certains
actes de notaires, cette seignourie est appelée V Islet Saint-
Jean ; d'autres la nomment tout simplement Saint-Jean.
L'autre concession, bornée à son extrémité nord-ouest
parla seigneurie de Vincelotte (Cap Saint-Ignace) fut
accordée par l'intendant Duchosneau, le 1er juillet 1677, au
sieur Jean- François Bélanger. Elle contenait environ une
lieue et demie de front sur deux lieues de profondeur. On
désigna la seigneurie de Bélanger sous le nom de Bon-
secours.
Au pied du quai actuel de l'Islet, placé à huit arpents de
l'église, il y a, à l est, un rocher s'élevant à une quarantaine
de pieds environ au-dewms du niveau des hautes marées. Ce
rocher a un peu pins de quatre arpents de longueur sur
cent -cinquante pieds do largeur. Autrefois, il se trou-
vait entièrement eniouré des eaux du fleuve. Il formait
alors une petite île, un îlet, mot que l'on prononçait îlette.
Ce nom servit d'abord k désigner la seigneurie de la veuve
du Tertre. Plus tard il s'étendit à la paroisse formée des
deux seigneuries do l'Islet et de Bonsccours.
— 356 —
La ëituation avantageuse et la fertilité du soi de ces deux
seigneurie» y attirèrent aussitôt des colons. En 1701 ou
trouve déjà sur les domaines de la veuve du Tertre et du
sieur Bélanger une vingtaine de familles. On y voit des Bé-
langer, des Rouleau, des Cloutier, des Larouche, des Mar-
chand, des Langelier, des Lavergne, des Fortin, des Les-
sard, des Caron, des Leclerc, etc., eto.
Les courageux colons de Bonsocours et do l'Islet reçurent
dès l'origine de leur établissement la visite du missionnaire
envoyé par l'évêque de Québec. Il est bien probable que le
ministre de Dieu célébrait les saints mystères dans la mai-
son du seigneur Bélanger, mais il n'en est pas fait mention
dans les notes restées dans les archives de la paroisse.
La première église de l'Islet fut construite en 1700, à
l'endroit où se trouve aujourd'hui la chapelle dos morts, à
l'oiitréo du cimetière. Ses dimensions étaient bion modestes :
vingt-cinq pieds par vingt.
Cette église ne contenait que onze bancs. Quoique les
paroissiens fussent alors peu nombreux, onze bancs no pou-
vaient suffire à ceux qui venaient assister aux offices. Mais
il leur restait la ressource qu'on n'a pas perdue dans la plu-
part des églises du pays, celle d'entendre la messe debout
dans les allées ou en arrière des bancs.
C'est M. Louis Mathieu, premier curé du Cap Saint- Igna-
ce et desservant de Bonsocours, qui fit bâtir oe petit torn-
pie. (1)
En 1721-1722, à l'endroit môme qu'oocupe l'église actu-
elle, la deuxième église de l'Islet fut construite. Elle mesu-
rait soixante-douze pieds de longueur par vingt-cinq pieds
(t; Cette église, qu'on désigna longtemps) tout le non de chapelle des congre -
ganiste», fut démolie en 185t. Avec la pierre qu'il en retira, M. le cure Delâge fit
construire le solage de la chapelle adjointe au pan nord-ouest de l'église. Cette
chapelle peut contenir aisément dcux-cenUcinquante personnes. Elle n'a été ter-
minée qn'en iSS.v
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de largeur. Il y avait un retrait de dix pieds à l'entrée du
chœur, cinq pieds de chaque côté. On y mit quarante-un
bancs.
Elle fut bâtie sous la direction do M. Pierre Leclair, des-
servant de Bonseeours et du Cap Saint-Ignace.
En 1768, la deuxième église de l'Islet lut entièrement dJ-
radie pour faire place au temple actuol.
Il fut construit par le curé Hingan. Il mesurait à Tori
gine cent-vingt pieds do longueur par cinquante six de
largour.
I n 1830, M. le curé Bourget l'agrandit de quarante
pieds. Il éleva deux belles tours ayant saillie sur la façade
et sur les côtés, chacune se terminant par des clochers assez
jolis. C'est aussi à cette époquo que fut construit le petit
clocher qui est encore sur le rond-point. Dans chacun de
ces trois clochers M. Bourget plaça une cloche dont kj son
était bien agréable mais un peu iaible. Le carillon rendait
les notes sol, la, sî.
La façade un peu mesquine de 1830 fut considérablement
agrandie et embellie en 1884 et les clochers des tours f urent
entièrement refaits. On donna les cloches, l'une à l'église
de Saint-Cyrille et les deux autres a celle de Saint-Eugène.
De nouvelles cloches fabriquées par MM. M ears & Cio., de
Londres, pesant ensemblo 4086 livres, furent installées à
leur place.
En 1898, on a construit des galeries latéralos et on a fait
toilette nouvelle à l'intérieur et à l'extérieur de l'église.
Le chauffage avec poêles est disparu en 1898 et 1899, et
on a installé deux fournaises, l'uno à vapeur pour l'église
et l'autre à eau chaude pour la grando chapelle et la sa-
cristie.
Dans le cours de la belle saison de l'année 1900, la Fabri-
que a fait construire un quai magnifique avec plate-forme
et terrasse. On y a commencé des plantations d'arbres d'à-
r*- 'r.\*~.r. -.-.I Aî-.-.nt :.; ';>v*.~i ;-vrw»:f:an — c -s-t e nuns
. n & ;> .1-»» k '^rmMia^nrji — * i*^ «uir- it it-
.
A a rr. le : -*ii-.;'-.r» "• ?'>. p«. pvarj-.r: :e . Isiet e^ait
2*Jr4 i.r,»i»» - J *■"" 'a: rrsn* : m at-L-»- Le aumbr?-
5*rr. -tA.-„ i.* \1\ tr,nt I- 1 r%.
;>/-.. .<? .a pir.:.*-^ :<s ri.-:-:. :;-^ fit •! : = ::;: iraient
; -rr.^ »n. 1-74 :e :-^.x rxr r* r~tr»r..:L^* a l'Uârt. u na-
•j.' -Ja'j* ftftf* >l*rc,\irn par,'**» Î*- Oo -.rora'^.TS'.aa:*.
</-. r;\r. r.-.n ,a p. - ..'.sr., n a t-!.r>i;*"ra.b «a^rû ■iîrxnirt-
<.a.r.rt e 'l<TTi:<T q i*rt -ie ■•ir»:!'*. F«s-i -ie fa rû. .e* ■*.;it a.
* etar...r *';r 't«* r*rr** ro-ire'..**. ; pre*.ie tô-ti** --ti: r*a-
î-.''« lac* E:ao*-L r»L- -1 dan* ^rar.'i*:? v„«^ x
' *r*»<ia.
Mr.S.SlO.V.VAlR.-LS DE LiSLET
Jf Tfiom/u-.fc*gph Morel (Î679-1653). II arriva » Qu«^
b»*: !e 2* mai l»>;o. PnHre d* 5-:tniuaire Je l^a^-bec, cet
>nfV:;;.ihi<; rri;-rW,r»aire d*?->servit la </.V_e de Beaupré et I'iiv
'I Orléar,* jusqu'en 1667. puU avec- le même zèle il tit !e*
wii.-fi'iw au i-ikI du fleuve .Saint-Laurent «le Qtufbec à la
f{ivi«re<Oue]k jtwju'aprt-a 1675.
Le premier acte fait dan.-* le plu* ancien registre de
l'Iftlet daté du 3 juillet mil six cent septante neuf et est
*igrn'- par M. Morel. Le dernier acte de* registres de l'Islet
Hign«- par M. Morel est du 3 janvier 1683.
I >urn l'automne de 16>*7, M. Morel tit une mission à Cham-
plain. Il descendit à Québec dangereusement malade, et
mourut le 23 novembre suivant. Son corps repose dan» la
«athédralc de Québec dont il était un des chanoines.
li. P. Claude Motreau (1686). Le récollet Claude Moi-
rcau ou Moreau— il se servait des deux orthographes— arri-
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vu au Canada le 10 septembre 1671. Il fut successivement
missionnaire à Trois- Rivières, à la ftivière Saint- Jean (1675)
-et à la Pointe aux-Trembles.
De décembre 1686 à mai 1688, le P. Moireau desservit le
Cap Saint-Ignace et l'Islet. On ne trouve qu'un acte de
lui dans les registres de l'Islet. Il est daté de décembre
1686.
. En 1690, le P. Moireau se rendit au Cap-Santé. Il mou-
rut le 16 octobre 1705.
Ji. P. Louis Ober (1688). Le P. Louis Ober, *écol)et,
arriva au pays le 31 mai 1680.
11 était en 1688 missionnaire de la côte sud. en bas de
Québec. 11 y a deux actes du P. Ober dans les registres de
l'Islet. Ils sont tous deux de 1688.
Le P. Ober retourna en France en septembre 1700.
Jf. Jean Pinguet (1690-1692). M. Pinguet naquit à
Québec le 8 décembre 1655. Il était his de Noël Pinguet et
de Marie-Madeleine Dupont. Il fut ordonné prêtre le 21
décembre 1680. Nommé chanoine à l'élection du cli api t it-
do Québec, M. Pinguet desservit d'abord la Pointe-aux-
Tre mbles.
De 1690 à 1692, il desservit le Cap Saint-Ignace et l'Islet.
Lus registres de cette dernière ]>aroisso contiennent trois
actes de M. Pinguet, l'un du 28 avril 1690. l'autre du 27
août 1691 et le dernier du 21 juin 1632.
M. Pinguet fut curé de Beaumont de 1698 à 1704. 11
mourut au séininairo de Québec, dont il était membre, le
20 mars 1715. Ses restes reposent dans la cathédrale de
Québec.
JI. Louis J/afA*'cw(1699-1701). M.Mathieu, qui appar-
tenait au diocèse de Paris, était sous-diacre lorsqu'il arriva
à Québec. 11 fut ordonné prêtre le 16 février 1698.
Il desservit en même temps le Cap Saint-Ignace, dont il
fut le premier curé en titre, l'Ile-aux-Gruee, où il baptisa un
— 360 —
jeune Anglais captif des Sauvages, et l'Islet. La chapelle
do Bonsecours do l'Islet n'était alors qu'une annexe de la
cure du Cap Saint-Ignace. M. Mathieu a commencé à l'Islet
le troisiômo registre le 17 août 1699, et il le continua jus-
qu'au mois de février 1701.
M. Mathieu repassa en Franco en octobre 1720.
R. P. Rodolphe Duhus (1701-1702). Le récollet Rodol-
phe Du bus arrivé au Canada en juin 1G99, desservit, en
)701 et en 1702, le Cap Saint-Ignace et l'Islet. Le dernier
acte signé par le P. Dubus dans les registres de l'Islet est
du 27 septembre 1702.
Il mourut le 7 octobre 1737.
R. P. Pierre LePoyvre (1702-1704). Le P. LePoyvre,
récollet, né à Hheims, le 10 avril 1669, arriva à Québec le
1er juillet 1696. Il desservit successivement les paroisses de
Beaumont, de Saint-Michel et du Cap Saint-Ignace. En 1702,
il était supérieur des KécolleU à Trois- Rivières.
Du 11 novembre 1702 au 18 octobre 1704, il était à
l'Islet.
En 1721, il desservit Sainte- A nue de la Pérade et l'année
suivante il était missionnaire à Chambly. Il fut trouvé mort
dans sa chambre trois heures après avoir dit sa messe le 19
février 1741. 11 portait, nous dit le Mortuologe des Ricol-
lets, la bonne odeur de Jésus-Christ au -dedans et au
dehors.
R. P. Philippe Rageot (1704 1707). Le récollet Rageot
était fils de Gilles Rageot et de Madeleine Morin, et il naquit
à Québec le 11 juin 1678. Il reçut l'onction sacerdotale le
24 juillet 1701.
Le P. Rageot desservit d'abord le Cap Saint-Ignace et
l'Islet. Il tint les registres de cette dernière paroisse du 27
décembre 1704 au 25 septembre 1707.
Il fut ensuite curé du Cap-Santé puis de Kamouraska
(1709) où il mourut le 21 soptembre 1711.
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M. Yves Le Riche (1707-1712). M. Le Riche arriva dan»
la Nouvelle-France le 22 juin 1701. Il fut d'abord mission-
naire chez Ion Abénaquis, puis desservit la Baie Saint-Paul
de novembre 1701 à juillet 1706.
Nommé eu ré du Cap Saint-Tguaco en 1707 il en repartit
en 1712. C'est pendant son séjour au Cap Saint-Ignace que
M. Le Riche desservit l'Inlet. Il a signé les actes du 3 dé-
cembre 1712 au 14 mai 1714.
M. LeRiche partit du Cap Saint-Ignace pour aller pren-
dre possession de la euro de Saint- Laurent, île d'Orléans.
En novembre 1729, il était nommé chanoine du chapitre de
Québec. Il mourut le 10 décembre 1755, à l'Hôtel-Dieu de
Québec, et fut inhumé dans la cathédrale de Québec.
M. Charles Hazeur-Dessonneaux (1712). Il naquit à
Montréal le 17 avril 1083 du mariage de Léonard Hazeur,
marchand, et de Marie-Anne Pinguet. Ordonné prêtre en
1706, il fut nommé, quatre ans plus tard, curé de Berthier.
En 1712, il donna ses soins aux habitants de l'Islet.
En janvier 1715, son évêque lui donnait la dessorte do
Saint-Thomas. Il y mourut le 6 juin suivant.
li. P. Yves Godard (1712-1714). Le P. Godard, récollet,
arriva au pays le 6 juin 1709.
De 1712 à 1714, il desservit le Cap Saint-Ignace et l'Islet.
il a signé les registres de l'Islet du 3 décembre 1712 au 14
mai 1714.
11 mourut le 6 mars 1734.
M. Jean-Baptiste Duyaxt (1714). M. Dugast né à Mont-
réal le 15 juillet 1684, fut ordonné prêtre à Québec le 22
avril 1714.
Il fit une mission au Cap Saint-Ignace et à l'Islet du
mois de juin au mois d'août 1714.
Il fut ensuite chargé de la mission de Saint-François du
Lac, où il mourut le 9 mars 1763.
— 362 —
M. Pierre Leclair (1714-1722). Né en 1687. M. Leclair
fut ordonné prêtre à Québec le 7 octobre 1714-
Du 7 novombre 1714 au 13 septembre 1722, il desservit
le Cap Saint- Ignace et l'Islet.
En 1747, ou trouve M. Led air missionnaire à Saint-
Joseph et à Sainte-Marie de la Beauce. 11 mourut curé de
Saint- Vallier le 26 novembre 1761. Il fut inhumé dans l'é-
glise d© cette parois*».
R. P. Maurice Imbault (1722-1723). Le récollet
Imbault arriva au Canada le 26 juillet 1716. Il desservit
Saint- Anne de la Poeatière en 1719.
Du 8 novembre 1722 au 4 septembre 1723, le P. Imbault
desservit le Cap Saint-Ignace et l'Islet.
Il retourna ensuite à Sainte-Anne de la Poeatière. Il
mourut le 12 févrior 1758.
H. P. Simon Foucault (1727-1741). Le P. Foucault, ré-
collet, fut ordonné prêtre le 18 décembre 1723.
Il desservit le Cap Saint-Ignace, l'île -au x-G rues et l'Islet
du 20 novembre 1727 au 10 octobre 1741.
Le P. Foucault mourut à Mont n'ai le 9 octobre 1747.
M. Louis- François Soupiran (1741-1744). M. Sou pi ran
était le 61s du docteur Soupiran et il naquit à Québec le 26
février 1706. Ordonné prêtre le 23 septembre 1730, il fut,
l'année suivante, chargé des cures de Sainte- Anne de Beau-
pré et du Château -Richer.
M. Soupiran desservit l'Islet du 23 octobre 1741 au 6
juin 1744.
11 mourut le 8 juillet 1745.
LES CURÉS DE L'ISLET
M. Joseph-Romain Dolbec (1745-1767). M. Dolboc né à
Québec le 10 mars 1717 fut ordonné prêtre le 23 septembre
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— 363 —
1741. Il fut nommé, la même année, curé du Cap Saint-
Ignace.
En 1745, M. Dolbec fut nommé à la cure de l'Islet et
chargé en même temps de la dessorte de Saint- Jean Port-
Joli. Il est le premier prêtre qui ait pris le titre de curé de
l'Islet. Ses prédécesseurs, dont les premiers avaient toute
la côte du sud à desservir, signaient simplement mis&ion-
naires.
En 1767, M. Dolbec prit possession de la cure de l'Ange-
Gardien, qu'il garda jusqu'à sa mort le 10 décembre 1777.
Il est inhumé dans l'église de 1* Hôpital-Général de Québec.
M. Jacques Hingan (1767-1779). M. Hingan, né à
Avranches le 6 février 1729, était fils de Jean Hingan et de
Jeanne Jamany. Il fut ordonné prêtre à Québec le 17 no-
vembre 1753. L'année suivante, il était nommé curé des
Grondines, qu'il quittait, en 1762, pour aller à Saint-Jean
Deschaillons.
C'est en 1767 que M. Hingan fut nommé curé de l'Islet
avec la desserte du Cap Saint-Ignace où il fit bâtir l'église
en 1777.
En 1779, il prenait la cure de Saint-Jean Port-Joli.
Il mourut à l'Islet le 19 août de la même année. Il est
le premier prêtre inhumé à l'Islet. Lors de l'inhumation de
M. Bourget, en février 1833, ses ossements furent trouvés
près de la fenêtre du côté sud du chœur, entre le mur de
l'église actuelle et celui de l'ancienne.
M. Paul-Ambroise Bidard (1779). Tous les actes des re
gistres de l'Islet, du 5 avril 1779 au 6 octobre de la même
année, sont signés " Bédard, ptre, desservant du Cap
Saint-Ignace et de l'Islet". C'est probablement M. Paul-Am-
broise Bédard, ordonné prêtre le 17 août 1777. Il mourut
le 28 octobre 1780, à l'âge de vingt-six ans. Ses restes repo-
sent dans la chapelle du séminaire de Québec.
M. Jacques Panet (1779-1829). M. Jacques Panet, frère
— 3G4 —
de Mgr Bernard-Claude Panel, naquit à Québec le 14 te-
rrier 1754. Il fut ordonné prêtre le 29 mai 1779.
l^e 11 octobre de la même année. M. Pauet fut nommé
curé de 1° Islet, po>to qu'il conserva jusqu'au 7 octobre 1*29.
Eu abandonnant le ministère, M. Pauet ne quitta pas l'Islet.
Il y demeura jusqu'à son décès, le 23 mai 1834. Il fut inhu-
mé sous la marebe du maître autel.
M. Pierre Bour.jct (1*29-1833). M. Pierre Bourget était
le frère aîné do Mgr Ignace Bourget. Il naquit à Saint-
Joseph de Lévis, le 13 août 178(5, et fut ordonné prêtre le 4
juin 1814. D'abord vicaire à Saint- Hyacinthe, il fut nonim -
en 18 1(5 curé de Sorel, puis, l'année suivante, de Chateau-
guay, et, en 1822, de l'Isle- Verte et de Trois -PUt oies.
Le 11 octobre 1829, AL Bourget prenait |K»>se*sion de la
cure de l'Islet. 11 y mourut le 20 février ls:i:;. Il fut inhu-
mé dans le clurur de l'église, près <le la fenêtre du côté de
l'épitre.
M. Fnutroix A'avin- Ih-f,hjt: (1833-1S81). M. Dchîge-dit-
Lavigueur, né au Cap-Santé, le 20 décembre 1805, fut or-
donné prêtre le «i juillet 1828. 11 fut d'abord vicaire à Saint-
Louis de Kamouraska.
Le 1er octobre 1832, il allait vicaire à l'Islet sous M.
Bourget qu'il remplaça 1 »i\ mort, le 20 février 1833. d'à
Word commo desservant ju.squ'au 1er octobre de la même
année, puis comme curé. M. Delâgc résigna sa cure le 1er
octobre 1881 pour prendre un repos bien mérité. Il se retira
à I1 Islet où il mourut le 12 août 1S87. Il repo.se dans le sanc-
tuaire, à l'endroit qu'il avait fait préparer dix-sept ans au-
paravant, sous le prie-Dieu du prêtre, du côté de l'épitre,
entre l'enceinte do l'ancienne égli.se et celle de l'église ac-
tuelle.
M. Char Ut- Duc id Huron (curé actuel). M. Bacon est né à
Saint- Pierre de la Kivière-du-Sud le 1er mars 1840, du ma-
riage d'Antoine Bacon et de Marie- Madeleine- Ange Four-
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— 365 —
•nier. H fut ordonné prêtre à 1' Islet, le 31 juillet 1864, avec
M. Charles-Eugène Frenette, curé de Saint-Jean Port-Joli.
M. Bacon a été successivement professeur au college de
•Sainte- Anne de la PocatiAre, desservant de Saint-Picrro de
la Rivière-du-Sud (1873), curé de Notre-Dame de La Ter-
rière (1876) et curé de Berthier en-bas (1879).
En 1887, son évêque le nommait curé de llslct. M. Bacon
•est un prédicateur éloquent, un administrateur habile.
Avec dos ressources limitées il a lait beaucoup. Le couvent
et l'Académie Commerciale, oeuvres de son prédécesseur, ont
trouvé en lui plus qu'un protecteur. Il a été, pour ainsi dire,
le second fondateur de ces deux institutions. Les parois-
siens do l'Islet.— est-il nécessaire de le dire ? — vénèrent leur
l»on curé. P.-G. R
LA FAMILLE DE MONTENACH
Charles-Nicolas- Fortuné de Montenach, écu)-er, vint au
Canada en 1811 avec le régiment de Meuron dans lequel il
était lioutonant, Il était d'une famille patricienne de Fri-
bourg, Suisse, et descendait dos anciens barons de Monte-
nach, dont l'origine remonte au douzième siècle.
M. de Montenach épousa, à Montréal, en 1815, Marie*
Elisabeth (iront, sœur du cinquième baron de Longueuil,
tille du capitaine David- Alexandre Grant et de Marie-
Charles-Joseph LeMoyne, baronne de Longueuil.
En octobre 1830, M. de Montenach fut élu député d'Ya-
inaska. Malgré son court séjour à la Chambre d'Assemblée
il y occupa une place distinguée.
M. de Montenach mourut à Montréal, le 24 mai 1832, et
fut inhumé à Longueuil, dans l'église, où nous voyons uu
— 366 —
marbre à sa mémoire, et portant cette inscription : (1>
Hic jacet
Vir Génère ac Virtute Nobilis
Carolua, Xicolatus, Fortunatua
De Moutenach
Dominus de Perreville
Fnburgi, m Heivetiâ
B patricia gente ortot
In hac regione
ClariBsimœ Domina Garolœ Le Moine
Barouissœ de Longueuil
Gêner
Quem probitate, peritiâ, seioque bono public!
CoiiHpicuum,
Cives comitatibu* Yamaskensis
8uum in Commit i is Provincialibus Delegatum
Elegerunt,
Ubi Regis ac populi Jura Conoionibus,
Ac suffragiis acquft constancia défendit.
Dilectissimœ conjugi,
Kiliis, amicis ac Bonis omnibus.
Multum flebilis,
Obiit
Marianopoli, Die XXIV Maii, A. D. MDCCCXXXII,
An nos natus quadraginta et mense
Et in hâc sepulchrali capellâ
Familiœ de Longueuil
tumulatus
Die XXVIII ejusdem mensis
Requiescat in Pace.
(i) Cette sapultare dane l'effllee œtboliqoe de LongucaH était de droit réeervée
a 1* famille d« M ontenacb, branche catholique de U famille de I-onijueail, per
privilège spécial dea* l'acte de vente per mediae le baronne de Loofueuil aie
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— ■367 —
A la mort de la baronne de Longueuil, sa mère (1841),
madame de Montenach hérita de la seigneurie de Belocil.
-dont elle jouit jusqu'à sa mort , survenue à Montréal, le 8 juin
1870. Elle avait 78 ans et 11 mois et demi. En elle s'étei-
gnait l'un des rejetons de la plus vieille noblesse du pays.
Elle fut inhumée dans l'église de Longueuil le 14 juin 1870.
Une pierre érigée à : a mémoire porte l'inscription suivante :
ln hoc signo vincos
loi
Reposent les cendres de
Marie-Elisabeth Grant,
Veuve de feu
C.-N.-F. de Montenach,
décédée à Montréal,
le 8 juin 1870,
figée de 79 ans,
regrettée par ses amis,
pleuré* par ses enfanta
Sistite qui transitis, et orate.
Par ses qualités éminentee, plus encore que par l'éclat de
8a lignée, madame de Montenach mérite d'être rangée par-
mi les intelligences d'élite.
D'un esprit brillant et solide, enjouée dans la conversa-
tion, juste dans ses appréciations, dévouée pour ses amis et
charitable pour l'infortune, modeste et sans prétentions,
sympathique, versée dans les affaires, qu'un veuvage de
trente-huit ans la força d'étudier, tout à la fois énergique
et douce, ce beau type de la femme noble n'a jamais donné
que des exemples de simplicité et de vertu.
Nous ne saurions mieux faire connaître les mérites de
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- 3(78 —
cotte dame qu'en citant ce qu'en dit M. do (raspé, dans m»
Mémoires :
44 Si je ne craignais do blesser la modestie do madame de
Montenach, tille de feue madame la baronne do Longueuib
je dirais qu'une jeune demoiselle de l'dge do madame de
Selby ot sa cousine, partageait autrefois avec elle l'opinion
publique sur l'esprit brillant dont elles étaient toutes deux
douces ; que celle que l'on entendait causer la dernière fai-
sait oublier les saillies de sa rivale absonte, etc."
De son mariage, madame de Montenach laissa quatre en-
fants, trois filles et un til*.
L'aînée, Emma, née à Montréal, en 1810, épousa, le 1er
mars 1832. à Montréal, le capitaine Pritcbard, du 52e régi-
ment. 11 prit saretraito avec le grade de colonel, après
avoir été décoré d'une médaille d'honneur pour ses services,
et pour les glorieuses blessures qu'il avait reçues dans la
guerre de la Péninsule. Résidant à Montréal où son épouse
mourut le 29 juin 1848, il avait eu d'elle deux enfants, Em-
ma, m'e à, Québec, le 14 septembre 1844 (elle épousa le
comte Quiqueran de Beaujeu), et Charles qui entra daus
l'armée en 1856, et mourut à Gibraltar. Il était lieuteuant
au 55e régiment, et avait fait la campagne de Crimée.
La deuxième des tilles de madame de Montenach, Wil-
helmine-Dudding, néo à Québec en 1817, épousa à Lon-
gueuil le 14 octobre 1833, M. Olivier-JoBeph-Elzéar Per-
rault de Linière, (1) fils aîné de l'honorable Jean-Olivier
Perrault, mort en 1827, juge de la Cour du Banc du JRoi à
Québec, et de Louise-Marie Taschereau.
De ce mariage naquirent cinq enfants : mademoiselle
Marie-Victoria-Harlinc, née le 9 juin 1844, à Montréal, est
la seule survivante.
(i) Ainsi appelé du nom de l'on de te* fiefs, et en mémoire de son oncle mater-
nel, le colonel Linicrr.
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M. Perrault mourut à Montréal, !o 27 janvier 1870, et
fut inhumé à Longueuil, dans l'église, à lu placo réservée à
la famille de Montenach ; sur la pierre érigée à sa mémoire,
noua lisons :
Ici
Reposent les cendres do
Olivier J. E. Perrault de Linière,
Epoux de
M. W. Dudding do Montenach,
Décédé à Montréal,
Le 27 janvier 1870,
figé de 64 ans.
Priez pour lui.
Madame Perrault se romaria en secondes noces à Fri-
bourg, le 4 septembre 1871, à l'honorable Thomas Ryan,
lieuten»nt-coloncl et sénateur de la puissance du Canada.
Né en 1808, à Balinakill, comté de Kildare, Irlande, l'hono-
rablo M. Ryan, vint encore jeune au Canada, où il se voua
aux opérations commerciales. Il taisait partie de la maison
" Ryan et Frères ", à Montréal et à Québec. Il se retira
d'affaires eu 1863, avec une belle fortune. Elu conseiller
législatif pour la division Victoria, il siégea ainsi
jusqu'à la Confédération. Il fit partie de la commission nom-
mée par le gouvernement pour ouvrir des relations commer-
ciales dans divers pays, et comme tel fut envoyé aux Indes,
au Mexique et au Brésil. En 1867, il fut appelé à la charge
do sénateur de la puissance du Canada par proclamation
royale.
L'honorable Thomas Ryan mourut le 25 mai 1889. Sa
veuve lui survit.
Lors de son second mariage madame Ryan était devenue
co-propriétaire de la seigneurie de Belœil avec son frère, le
major Théodore de Montenach, a la mort de sa mère, ma-
— 370 —
dame de Montenach (1870). Elle devint seigneureese et
propriétaire do la môme seigneurie de Belœil en entier k la
mort de son frère, le 13 octobre 1885.
Madame Ryan eut une tille, qui épousa Edward
Smytho, capitaine au 30e régiment. Le capitaine Smythe
mourut à Montréal en 1878 et fut inhumé dans l'église de
Longueuil avec la famille de Montenach.
La troisième fille de madame de Montenach, Marianne,
m-e X Montréal, en 1818, y épouoa le lieutenant-colonel
Whyte, du 7e hussard. Ils allèrent réaider sur leur do-
maine en Irlande.
Le quatrième enfant de madame de Montenaeh, Charles-
Théodore, était né à Longueuil. le 20 novembre 1821. Ap-
partenant à une race de militaires, il se consacra, jeune
encore, à la carrière des armes, où il se distingua par sa
bravoure et son intrépidité.
Après un court passage dans une école élémentaire an-
glaise, il passa en Angleterre pour achever sas études dans
la célèbre institution de Stonyhurst, dirigée par les pères
Jésuites. A peine figé de dix-huit ans, fort et robuste, il
put, grâce a la protection d'un ami de la famille et d'un
ancien administrateur intérimaire du Canada, sir James
Kempt, occupant alors une charge élevée au ministère de
la guerre, obtenir une commission d'enseigne dans le 15e
régiment d'infanterie.
Le colonel ée son régiment se trouvait être lord Charles
Wellesley, fils cadet du duc do Wellington.
Après avoir été successivement en garnison dans plu-
sieurs villes d'Angleterre et d'Irlande, il reçut un jour l'or-
dre de partir pour les Indes et de so rendre à Colombo,
capitale de l'île de Ceylan ; île immense, couverte d'impéné-
trables forêts, au sein de la flore la plus variée en couleur,
et produit d'une puissante végétation ; cette lie, pleine d'é-
léphants, de rhinocéros, de tigres, d'hyènes, do cerfs, d'é-
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lane, de daims, d'un© multitude de singes, de serpents, d'oi-
waux, allait lui offrir le théâtre et le rôle qu'il rêvait.
Deux révoltes den indigènes, aussitôt réprimées, furent
les sou!» faits de sa vie militaire aux Indss.
La guerre, lui refusant les dramatiques épisodos des
combats et des luttes-, il rechercha dans les grandes chasses,
les émotions et les périls des rencontres avec les bêtes
jaunes.
Tantôt monté sur un éléphant, il chassait ou le tigre re-
doutable, ou le rhinocéros ; mais plus souvent le cerf le
chevreuil ou l'élan.
Que d'aventures survenues au courant de ces expéditions,
que le galant capitaine (car son avancement avait marché
avec le temps), racontait avec beaucoup de verve !
La publication en volume du récit des chasses du capi-
taine de Montenach à Ceylan, aurait obtenu tout le succès
de celles de Gérard, le tueur de lions, ou de Bonbonnel, le
tueur de panthères, deux officiers français morts à la
poinc.
Après dix ans de ces exercices, sous un ciel meurtrier
pour les Européens, le brave capitaine, sérieusement atteint
dans sa santé, se décida à abandonner l'armée au bout de
dix sept ans de service.
Il prit cette détermination malgré les avis de son colonel,
qui lui prédisait un splendide avenir militaire ; car, à trente
deux ans, notre Canadien était le plus ancien capitaine dJ
son régiment.
En 1856, il revint respirer l'air natal pour rétablir sa
santé ébranlée.
A son retour au Canada, il fut nommé major de brigade
à Saint-Hyacinthe, et subséquemment, député-adjudant-
général du septième district militaire.
— 372 —
Le major de Montenach consacra tout son temps, son
énergie et une partie de sa fortune, à travailler au succès
de la milice canadienne.
M. Theodore de Montenach était célibataire, et possédait
une grande fortune.
Il était co- propriétaire de la seigneurie de Belœil avec sa
soeur (madame Thomas Ryan), depuis la mort de sa mère
(1870).
Il alla demeurer à l'ile-aux Cerfs (1), qu'il a habit te et
possédé» jusqu'en 1882, époque où il vint demeurer à Mon
tréal chez sa sœur, madame Ryan.
M. de Montenach a toujours été un citoyen honorable ;
il était un type du parfait gentilhomme. Sa position et son
urbanité lui avaient fait un nombreux cercle d'amis.
Le major de Montenach était un homme d'une haute
stature et d'un extérieur imposant qui révélait le militaire.
Ses manières avaient le cachet de la distinction, et déno-
taient un esprit d roit, un cœur généreux et une âme fière.
mais compatissante. Il savait se dévouer à ses amis, et sou-
lager la misère des pauvres.
II était catholique et mourut à Montréal, le 18 octobre
1885 ; il fut inhumé à Longuenil, dans la nouvelle église
avec les autres membres de sa famille, le 23 octobre de 1»
même année.
Albx. Jodoin
(i, Situé* dan» le Richelieu, vit-i-TÏ» le haut de la paroi, m de Saint-Marc, i
1'ca.bo.chure du Ruiaaean de Behril, et prée de la «ciKneurie de Belœil.
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RÉPONSES
Officiers de marine en Canada sous le regime
français. (VI, XI, 755.)— La phrase suivante se rencon-
tre souvent dans les livres, les revues, et les journaux qui
mentionnent certains faite de notre histoire : '' AI. un tel un
tel était officier do la marine." Nous nous sommes embrouil-
lés tout à fait là-dessus.
Les " officiers do marine " se montrent à partir de 1673
dans les régistros des paroisses, les actes des notaires et la
correspond anoe dos gouverneurs.
En 1673, le régiment de Carignan était retourné en Fran-
co. Comme il fallait des soldats pour les petits postes de
Québec, Trois- Rivières, Sorel, Chambly, Montréal et Cata-
vacouy, on décida d'enrôler des hommes sortant do l'armée
française pour former un simple détachement, deux à trois
cents, qui seraient dispersés dans les garnisons de la
colonie.
Do cette manière, Louvois, ministre de la guerre, four-
nissait à Colbert, ministre de la marine et des colonies, les
dix ou vingt militaires demandés chaque année pour rem
placer le même nombre décédés ou déchargés. Parfois, co>
volontairos do France étaient moins nombreux que le chiffre
requis, et alors le gouverneur du Canada recrutait parmi
nous pour combler le vide.
Louvois consentait bien à donner quelques soldats, mais
non pas 4 les payer et entretenir au bout du monde. Colbert
se chargea do ce soin— c'est pourquoi l'on disait : " le déta-
chement de la marine entretenu en Canada."
Nos anciens papiers sont remplis de cetto formule.
Officiors et soldats qualifient ainsi le corps dans lequel
ils servaient., afin de n'être pas confondus avec la milice qui,
— 374 —
elîe aussi, se composait d'officiers, do soldats et avait une-
Le détachement dit de la marine n'était donc pas formé
de marine.
Il faut cesser de dire que notre population a reçu, par
l'entremise de ce détachement, un fort contingent d'hom-
mes de mer et que nous tenons d'eux les termes do marine
qui se rencontrent dans notre langage. Ces termes ne sont
pas plus extraordinaires en Canada qu'en France, où ils
abondent jusque dans l'intérieur dus terres.
Le tout petit nombre d'officiers de marine que nonsaron»
produit se sont éloignés du Canada pour toujours et n'ont
rien do commun avec notre détachement de la marine qui
tenait garnison sur suc ou sept points éloigné . les uns des-
autres, depuis Québec jusqu'au Détroit, et même Michili-
makinac.
Chaque garnison était commandée, selon son importance,,
par un enseigne, un lieutenant, parfois un capitaine.
La paie d'un capitaine était la plus haute que l'on put
toucher comme commandant d'un fort, même si l'officier
avait élé jadis major dans un régiment français
Le chef avait rang et solde de major. Il demeurait à>
Québec.
De 1670 à 1754, ce détachement fut toute notre armée
régulière. Il ne vint pas do régiment de Franco et l'on n'en
forma aucun dans le pays.
En 1683 et durant les années suivantes, à cause de la
guerre, il arriva quelques compagnies dont on aurait pu
former un petit régiment, mais la chose n'eut pas lieu. Ce*
corps demeurèrent indépendants les uns des autres et diri-
gés par le gouverneur général.
Louis XIV voyant, vers 1675, qu'il faudrait envoyer des
officiers pour remplacer ceux qui manqueraient dans le dé-
tachement dit de la marine, demanda au comte de Fro nie- •
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*nac de lui désigner les jeunes Canadiens, qui, par letir in-
telligence, etc., pourraient remplir ces situations. A partir
*de ce moment les trois quarts des officiers de nos garnisons
furent des Canadiens.
Ce sont ces mûmes hommes qui ont semé la terreur dans
la Nouvelle- Angleterre à plusieurs reprises, de 1690 à 1759:
et que M. Francis Parkman a le soin de qualifier "d'officiers
français "*vec une persistance qui serait curieuse si Ton ni*
savait que cet écrivain trouve tout mauvais chez nous et
-que tout lui paraît excellent chez les Français. Or, comme
il est obligé, coûte que coûte, de faire l'éloge de ces vail-
lants hommes, il s'en tire en les rangeant parmi les Fran
çais, ce qui, à ses yeux, signifie une classe supérieuie aux
•Canadiens.
Benjamin Sult*
Le capitaine Michel Biais. (VI, XI, 758).— Le
•capitaine Michel Biais se distingua dans l'invasion améri-
caine de 1775-1776.
A pprenantque tes Amérioains,dans lecampdesquels se trou -
vaient encore quelques Canadiens, se disposaient à faire de*
incursions au sud du fleuve, les propriétaires royalistes au
nombre d'environ quatre-vingt, se réunirent sous les ordres
de M. de Boaujou, seigneurie ltlo aux Grues, et vinrent re-
joindre, a Saint-Pierre de la Rivière du Snd, le capitaine
Biais, un des plus ardents royalistes. Sur sa maison fut
aussitôt arboré le pavillon anglais. C'était le 25 mars 1776.
M. Bailly de Messein (plus tard évêque) qui revenait des
missions s'était joint à la troupe en qualité d'aumônier. Une
suite d'environ cent-cinquante voitures des différentes pa-
roisses venait à la rencontre des Boutonnais qui s'avançaient
par la route de Saint-Vallicr. Ces derniers ayant placé des
canons sur une côte, qu'on appelle encore aujourd'hui la
Cùto au Canon ". firent sur la maison du capitaine Biais
- 37b- —
une décharge qui tua quelques Canadiens et blessa l'aumônier.
Lt« assiégés se défendirent courageusement ot les Améri-
cains eurent au i*i leu rs blessé. Cej>cndant les Canadiens
crurent prudent de se disperser. Los ennemis s'emparèrent
de la maison du capitaine Biais, le tirent prisonnier, lui et
son tils, ainsi que M. de Lanaudière. Ces braves turent plus
tard mis en liberté à Berthier, près do Montréal, par l'inter-
vention de M. Pouget, curé.
Deux des tilles du capitaine Biais se firent religieuses au
monastère des Ursulines de Québec. L'ainée, la mère Marie-
Joseph Biais de Saint- Michel, mourut lo 11 juin 17.H2 ;
l'autre, la mère Marguerite Biais de Saint-Pierre, s'éteignit
le 24 février 1830, après soixante-deux années de vie reli-
gieuse. R.
Le Pere Simple Boquet. (VI, XI, 760.)— Le Père
Simple Boquet ou Bocquet, récollet, arriva dans la Nou-
velle France on juin 1743 et fut envoyé immédiatement par
ses supérieurs à Trois- Rivières.
Lo 10 août 1754, il se rendit au Détroit pour remplacer
le Père Bonaventure Carpentier. Il y resta un grand nom-
bre d'années.
Parvenu à un âge avancé, le Pèro Boquet perdait sou-
vent la tramontane et il lui arrivait, parfois, do parler tout
haut dans l'église. Un jour qu'il faisait la procession de la
Sainte- Vierge il était si faible que deux marguillers furent
obligés de lui soutenir les bras qui pouvaient à peine porter
la statue. Voyant qu'elle trébuchait à chaque pas : " Qu'est-
ce qu'elle a dit-il assez haut, " elle frétille comme une
anguille ".
Une autre fois, pendant la mosse de la Sainte-Trinité, où
l'on faisait le renouvellement des vœux du baptême, il s'a-
perçut que son sacristain, François Leduc dit Persil, dor-
mait. 11 lui doDna un coup de cierge sur la tête pour le
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— 377 —
réveiller. " Quand je vous le disais qu'il mo tuerait ", dit
Persil tout haut en *e réveillant et en se frottant la tête.
A la fin le Pèro Hoquet radotait tant qu'on fut obligé de
le renvoyer à Québec, cbez les Récollcts, où los Pères
avaient la permission de continuer à subsister jusqu'au dé-
cès du dernier survivant de l'ordre en Canada, ainsi que l'a-
vait décrété le gouvernement anglais. On embarqua donc
le Père à bord d'un vaisseau. Au bout de quelque temps le
Père entendant sur sa tête le bruit des sacs qu'on chargeait
à bord : " Quest-ce donc ?," dit-il à Persil. " Ce n'est rien,
ce n'est Tien '', dit celui-ci, " ce sont les gens qui apportent
la dîme." " Tant mieux, tant mieux reprit le Père, "elle
rend bien cette année ".
P.-B. Casorain
Les Lauzon. (VI, X, 753.) — On connaît la pièce do
plomb émise par John (îoudio en 1S21, destim'e ù servir
comme billets de passage sur le bateau il vapeur '• Lauzon \
traversier entre Québec et la Pointe-Lévis. On connaît
également une variété de cette pièce, celle surchargée
• J. McK., " initiales de J. McKenzie, propriétaire subsé-
quent du " Lauzon ". Toutes deux devenues très-rares, la
dernière surtout— j'entends les véritables, car on en a mis
des contrefaçons en circulation.
Celui qui posséderait un Lauzon portant l'inscription
" Laurent Chabot " d'un côté et " Good for four pence "
de l'autre, aurait là une rareté dont il aurait droit de se
vanter.
J. \V. M.
— 3TS —
QUESTIONS
761 — On mo dit que la ville do Xicolet a pris sun nom do
l'interprète Jean Nicolet. Kn quelle aniu'e ? Nicolet a t il
habité cot endroit ? Rio
762 — Pouvezvous me donner la liste de tous le» consul*
de France qui se sont succédés» à Quélnit- depuis 1858, année
de l'arrivée du premier consul français en notre pay* ?
P. O. R
763 — Marie Morin a-t-elle réellement été la première reli-
gieuse canadienne ? X.
764. — Eu quelle année la dévotion à sainte Anne a-t-elle
été implantée dans la XouveHo-Franee ?
Québec
765. — Voulez-vous me dire en quelle année l'Ile du
Prince- Edouard a commencé a être colonisée ? Les pre-
miers colons étaient-ils des Canadiens ? A qui appartenait
1 île il y a 65 à 70 ans ?
Géographe
766. — Y a-t-il ou plusieurs oomtés et barounics érigés au
Canada sous le régime français ?
Appli.
767. — Où et quand mourut M. Titnothé O'Sullivan, Sul-
livan, .Sylvain ou Silvain, médocin irlandais, qui épousa ma-
dame veuve de la .Temmerais, mère de la célèbre fondatrice
des Sœurs Grises, madame d'Youville ?
Relio.
768. — Je possède un vieux bouquin intitulé Recueil de
cantiques à l usaye du diocèse de Québec et publié en 1819-
Est-ce là le fameux recueil de cantiques du Père Daulé ?
Ri p.
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— 379 —
TABLE DES MATIERES
PAGES
Alphonse Je Liguori, La théologie de saint., 102
Amhcrwt, Sir Jertery. 7. .. 192
Ancourt, Le comte d' 64, 117
Angleterre, La Nouvelle 62
Assistants au trône pont irisai, Les 256, 285, 286
\ul>t rt. M 133
Aubert, La carte de..... 160, 183
A u béry , Le Père J oaeph 324
A u tref bis et a ujou ni 1 > u i . 333
Baptiste, Le capitaine 121
Beaujcu Le comte du 321*
IVdard, L'emprisonnement de 57
JSeletto rozelet ou l'hermine, La, 201»
lîi 1>] ioLri'ai 'hie de la poésie franco-canadienne 232
bibliographie des ouvrages sur la flore canadienne 32'..'
Libliotlu-que circulante, L ne 142
Rigot. L intendant . 224
Bissot de Yincennes, Jean 109
Blairiindie. Le nom 12s
Biais, Michel 352, 375
Bois, Le» œuvres do l'abbé L.-E 280
Boquot, Le Père Simple 352, 376 *
Bord -a-Plourte, Le..... "TTT>
Borgia, Joseph Levasseur Ht!
Borgia, Le moulin et la maison 37
Boulogne, La mère de 32, 155
Bourdon, Jean 151
Bourg, L'abbé Joaeph-Mathurin 8, 263
Cadeau, Jean- Baptiste... ♦• -s3
Canada, avant 1672, L'histoire du
Canada,. Le Haut- 339
Canso,.. 205
Cassegrain. L'abbé Paul 86
Catholiques et protestants daus la même égliso 63
Caiighna^aga, Les Iroquois de 96, 116
<."au!incourt, Le général "de 64, 117
PAGES'
Chabot, Luu rent - .'Î20, oil
Chambly, Le eanul 224j 2*5
Champlaio, Samuel de HIM
Chanson dan» la Nouvel le- Franee, La 5ii
Chapelains d'honneur secrets de Sa Sainteté, Lee 247
Chasse galerie, La 51_. 2jii
Chateaubriand et le Canada 25n*
Chaumonot, L' Autobiographie du Père 224, 2jfè
Chenal entre Quebee et Montréal, I^e 224, 2â2.
(Chevaux au Canada, Les 218
Commissaire-ordonnateur, Lu» fonctions du &Ï2
Couette de nos ancêtres, La ïill
Couillard, Guillaume 115
Craig, Adresse des habitants do Lorette ;\ iiii2.
Craig's Koad liA
Créquy, L'abbé Jean-Antoine-Aido Uhi
Creupieul, Le Père Francois do 2ti8
Crisa*v, I^e*» frères ii2il
Dcweliors, L'abbé Pierre Ihii
Desjardins, L'abln- Louis- Joseph lt»4
De»jardins, Les tableaux de l'abbé P.-J.-L 32^ {ni
Devise canadienne, II no 214.
DOlbeau, Les Pèw» 2I£
Doliaid et ses compagnons 2j^ 12ii
Dorion et Gérin-Lajoie, J.-Ji.-Kric t>4
Dubuque, Origine du mot %
DuLuth, Origine du mot : &
Dumas, Le sieur
Dupré, LeCompte U\)
Durban, La ville de 128, 158
Kcosse, La Nouvelle SI
Elections sous l'Union, Los S2
Esclavage au Canada, L' 111}
Estrées, Jean d' 3l4
Faillon, Les œuvres do l'abbé « 288, 111
Fénélon's Falls, Origine du nom 333
Fief simple et tiof de dignité 224. 24S
File indienne 159
Finlay et le Père de Glapion, Hugh 2M
— 3S1 —
PAO KB
Flore canadienne, Bibliographie dos ouvrages sur la. .. 321)'
Forillon, Le 307
Foulons, Les 22
France antarctique, La - 96, 156. 251)
Frechette, Charles 1 53
Gardes de la marine, Les 352, 373
Gaspé, Etat des services de Philippe- Aubert do Ï9
Gazelle, L'abbé Pierre 255
Genealogies, Les 305
Georges III, La mémoire de I
Glapion, Hugh Finlay et le Père de 206
Gouverneurs, Les appointements de nos .. 350
Gugy au Canada, Les g$
Guignolée, La o&
Guillaume IV au Canada. Le voyage de ~ 147
Hébert, Louis „ 64,
Hermine ou belette rozelot, L' 209
norse boats, Les [qq\ ][)]
Humphrey, Le bourreau ' 281
Hurons, Los .... 32 * 64 , ail
Incarnation, La mère de 11 151
Indépendance, Les Canadiens et la guorro de i'...... 2M
Inhumations hfitives, Les il
Invasion de 1775 Tj^L' '. 132
Iroquois de CaugRnawaga, Les 96, H£
Islee, Les 224
Wet, Notre-Dame de Bonsecours de 1' 355.
Jacques-Cartier, Le fort 32
Journal publié au Canada, Le premier 160, 213
Juges de Trois-Rivièros, Les 128, 244.
Justice à la fin du dix-septième siècle, La 36.
Kilder, Le récollet 352
Lachine, Le canal 2M
Lachine, Les victimes du massacre de 41
LaMotte, Origine du nom lâfi
Langevin, La Trappe do 203
Langlois, Le père trappiste L.-A.-G IM
LaPotherie 23
LaSalle, Le fils de L£0
— 382 —
PAOXS
Laine, Le Tiro Picne IhZ
Les Lauzon 377
Lefebvre et U dame de la Pérade, Le curé WO, 340
Lefrançois, Le Frère François- Luc UiZ
Levis. Gaston Pierre-Marc de 2ft
Lt vis, Les journaux publiés à 2M
Longueuil, Le château de ÎH
Longueuil, Ijcs nome des 3lâ
Longueuil, L'orthographe du mot 152
Louisiane, Origine du mot 1M
Macdonald, Un duel désir John 215
MacNab et la langue française, Sir Allan IR
Marte), Jean 21
Mann?, La seigneurie de 25fi
Mésaventare, Une LU
Moine, Le chenal du 152
Montcalm, Les uniformes de l'armée sous Iâ5
Montcnach, La famille de 365
Mots d'origine sauvage, Les 294
Murray, Le général 312
Xadeau, Le capitaine 279
Nelson, Le docteur Wolfred L8Û
Niagara, La chute 125
N'oblos à la cession du pays, L'exode des 274
•• Notre-Dame de Bonsecours " 355
Oka et ses missionnaires, La mission 147. 220.
Olbeau, Les Pères d' 228
Omar et le Père Vaillant, Le testament de 12
Pain bénit, le 21
Patronage, Le droit de til
Peinture au Canada, La 15Q
Piastre, L'origine du signe ($) de 21fi
Pierron, Le Père 1M
Pitt, Lo ministre 2K£
Pizcau, La côte à til
Plaines d'Abraham, Les prisonniers des 288, 347
Poésie franco-canadienne, Bibliographie de la 232
Pommier, L'abbé Hughes 152
Porlier, L'abbé P.- A 132
Portage, Noire-Dame du 163
;
I
7\
*
— 383 —
PAGES
rothonc, La 23
Prêtres français prisonniers à Québec en 1801 lûl
Primogeniture, La loi de 286
Proverbes, Deux 216
Puiaaye et ses royalistes, Le comte de 22Q
Puisaye, L'épouse du comte de 192, 2SQ
Québec, La cathédrale de 128
Québec, Les anciennes prisons de 53
Rasle, Le Père Sébastien IMi 20.Î
Récher, L'épitaphe du curé 14i
Richard, L'abbé Gabriel 122
Riitigouche, La bataille de l^ii
Roberval, Lo navire de 2Jii
Saint-Alphonse du Saguenay 35
Saint-Clet doSoulange* ( jj9
Saint-Eloi de Témiscouata 251)
^ Saint-Ignace du Cap Saint- Ignace 2ILL
J 4 * Saint- Laurent, Le creusage du 224,
<tt , Saint Magloire de Roux. „ 3*-2.
y » Saint-Michel, L'anse 32
Saint-Sépulcre, L'ordre sacré et militaire du 256, 31111
o Saint-Ulric ée la Rivière- Blanche 3M
# Saint-Vallier, L'orthographe du nom
• Saint-Vallier, S^t-Philippe et Saint-Jacques de l^J
Saint-ZéuondePîopolis, 1^5
Sainte- Anne de la Pérade, Les curés de %^
Sainte-Anne des Plaines, Les curés de 2**
Sainte-Cécile de Valleyfield °
Sainte-Foye, Notre-Dame de j£i
Sainte-Luce de Rimbuski ~"J
Salaberry, Etat des Services du colonel de 14s>
Sartigan, L'ancien fort 2^4
Saunders, Sir Charles ™
Saut-au-Matelot, La croix du Jjjg
Siège de 1759, Pendant le 27 ]
Sherbrooke, Sir John-Coape 351
Smet, Le Père de ^ 2M
Société du feu, La 9b> *f\
Soq « ***
Suicide sous le régime français, La punition du 3_12
TAOER
Sullivan, L'arpenteur 352
Taylor, Le dominicain
Thibaudeau, L'hon Elie 62
Thorel, L'abbé* Ni colas- Aubin HQ
" Tire ", Le mot canadien 349
Tonty, Le père du chevalier .. 3J
Tourmente, Les croix du cap 1 ">s
Trappe de Langcvin. La 2n: ;
Trappiste canadien, Le premier ...
Trinité, Les maisons de la 256 345
Trois- Jîivières. Lt\s juges de 128, 2JJ
Uniformes français sous Montcalm, Les 185
Vacciner, La manière do 20S
Vaillant et le testament de Claude Omar, Le Père 4J>
Valley field, Sainte-Cécile de £
Villeray, Lea armes do M. de 122
Vincennes, Jean lîissot do 109
Vincent de Paul, Une lettre de saint L43
Walker, Une chanson sur l'expédition de 81
Winsor. Justin 54
Wolfe, L'épie do v, 282
Wolfe. Monument on son honneur dans l'abbaye de West-
minster . 320
Digitized by Google
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